08 juin 2010

Les violons sur le moi

"La gloire est le deuil éclatant du bonheur"
Madame de Staël
Une longue réflexion de Cathérine David joliment baptisée "Les violons sur le moi" scrute les motivations à "arriver là-haut, sur le podium, en haut des marches, sur la scène illuminée". "Les gens célèbres veulent bien être aimés, craints ou admirés, au fond peu importe. Mais surtout, ils veulent être célèbres. Et le rester." Critique littéraire durant trente-six ans au Nouvel Observateur, l'auteur note finement qu'i1 faudrait être une très vieille âme ou un véritable Julien Gracq pour rester tout à fait sain d'esprit en dépit de tous les signes de l'adoration publique.

Revient en mémoire cette séquence d'"Une femme qui s'affiche" ("It Should Happen to You") de George Cukor mettant en scène une jeune Américaine moyenne dont l'idée fixe est de voir son nom en très grand sur les murs deNew York, qui devient célèbre et se rend dans un magasin de tissus, juste en face de son affiche. Elle achète trois mouchoirs et demande à payer par chèque, de manière que la caissière reconnaisse son nom. "Gladys Glover ? Pas possible ! C'est bien vous ?" Oui, c'est bien moi, répond-elle modestement. Aussitôt, les clientes se bousculent autour d'elle pour tenter d'obtenir des autographes sans que personne ne sache ni ne songe à demander pourquoi elle est si connue. On a évoqué avec pertinence le terme de "société du reflet", demeuré d'actualité.

Lu dans :
Splendeurs et misère de la gloire. Eric de Bellefroid. La Libre Belgique du 31 mai 2010. Supplément Lire. Pages 2 et 3
Les Violons sur le moi. Pourquoi la célébrité nous fascine. Cathérine David. Denoël. 2010. 98 pages.

06 juin 2010

Une déception bienveillante

"Aujourd'hui nous avons été déçus, mais en bien."
Leçon de sagesse et art de vivre: la déception bienveillante


Lu dans.
La déception donne des ailes. Jean Birnbaum. Le Monde Magazine. 5 juin 2010. p.90

Etrangers sur la terre

« Chacun tâche simplement de retrouver le chemin qui mène jusque chez lui. »

Lu dans
Aux portes du rêve blanc. Cathérine Makereel. Le Soir du jeudi 3 juin 2010. p.35
Un homme est un homme. René Georges et Salifou Kientega. Jusqu’au 19 juin au Poche, Bois de la Cambre, Bruxelles

02 juin 2010

Respirer l'éternité

"Même si tout s'arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s'il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d'être né,
D'avoir bu à longs traits le vin de l'existence,
D'avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D'avoir aimé, d'avoir lutté, d'avoir pleuré.

Je n'ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l'on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j'ai parfois marché sur l'eau, flotté dans l'air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J'ai respiré un peu d'éternité."
Djalâl ad-Dîn Rûmî, dit Rûmî
Je me remémore le défi de la minute restante, durant laquelle l'invité doit dire quelque chose qu'il estime important. Ce matin j'ai fait mon choix.


Lu dans :
Liliane Wouters. Le livre du Soufi. Le Taillis Pré.2009. 64 pages. extrait p.64

If , if not

"Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ..."
R. Kipling


"Il vous reste une minute, pour nous dire quelque chose d'important." D'une voix sourde, hachée, l'invité de Vincent Josse débite le long poème If, de Rudyard Kipling (1910) qui n'a pas pris une ride malgré son centenaire. Me revient l'histoire de ce fils adoré, auquel Kipling avait adressé ce poème de légende parfois intitulé par son dernier vers « Tu seras un homme mon fils ». Pour être un homme aux yeux de son père, John s’était porté volontaire dans une armée qui l’avait réformé pour myopie sévère. Grâce à l’appui paternel, il avait réussi à intégrer un régiment des Irish Guards. Le jour de son tout premier assaut à la bataille de Loos (Artois), une rafale le balaya. C’était le 27 septembre 1915. Le lieutenant John Kipling avait 18 ans. Son père, l’inflexible Rudyard Kipling, conscience impériale de tout un peuple, ne se remit jamais du sentiment de culpabilité d'avoir été à l'origine de cette mort par cette exhortation à l'héroïsme, ni de ne pas avoir retrouvé sa dépouille. Les beaux textes ont souvent une histoire qui les humanise.

30 mai 2010

Sagesse de l'envol

"C’est mal récompenser un maître que de rester toujours son disciple."
F. Nietzsche

Lu dans
Nietzsche F. Ainsi parlait Zarathoustra. Aubier Montaigne. 1968, p. 175.

29 mai 2010

Des mots et des maux

"Peindre la vie avec le pinceau des mots."
Jean Loup Chiflet

La réflexion de Nancy Huston dont je termine le livre "L'espèce fabulatrice" me poursuit en écoutant le grammairien Jean Loup Chiflet sur France Inter dans la voiture ce matin. Peindre avec des mots, comme d'autres décrivent la réalité avec des couleurs, des reliefs ou des sons, donne de la chair aux concepts, aux sentiments, aux événements d'une existence: l'histoire telle qu'on la raconte devient la réalité, notre réalité.

Le Ring est chargé ce weekend, malgré l'heure matinale, et je révise mentalement le contenu de l'atelier que je dois modérer sur le thème "Le CARE dans le monde des soins de santé: un lieu privilégié pour le développement de la liberté ontologique et de la responsabilisation capacitante." L'orateur invité est prolixe, séduisant, érudit possédant une triple formation d'économiste, d'expert en santé publique et de philosophe. Mots, phrases et concepts se bousculent avec brio, fleurs de feu d'artifice qu'il me revient de rassembler en final en termes simples et sur lesquels les participants sont appelés à réagir ("un autre monde existe..." voir Eluard cité hier soir).
Je rentre chez moi au terme de l'exercice et découvre un appel angoissé au répondeur, auquel je donne suite. Un patient y évoque son horizon bouché, sa fatigue d'être, une chute, une solitude. Les mots ici sont pauvres, entrecoupés de longs silences, de quelques pleurs. Mots, maux. Je bénis cette confrontation brutale entre une théorie académique séduisante et une réalité en quête de réponses simples avec des mots de tous les jours, nous contraignant quotidiennement à ne pas tant chercher des explications, mais plutôt des issues.

Jean Loup Chiflet. France Inter 29 mai 2010. Neuf mots et expressions à foutre à la poubelle. Points 2010.

28 mai 2010

Utopie

" Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci."
Paul Eluard
Dictionnaire abrégé du surréalisme

27 mai 2010

L'amour la vie

"L'amour l'argent
la vie est un détergent
qui nettoie les gens."
A Souchon


cette vie qui ne vaut rien, mais ... rien ne vaut la vie. Je n'ai capté que les trois dernières notes de la délicieuse ritournelle d'Alain Souchon, invité de l'Oreille en coin sur France Inter ce matin, elles m'ont mises de bonne humeur.

26 mai 2010

Plus tard signifie beaucoup

"C'est quoi plus tard?
... quelque chose qui arrive
ou un projet qui nous anime
Est-ce "on verra bien" ou "on s'y voit bien"?
Plus tard peut signifier beaucoup."
Sagesse des publicitaires
Le groupe Dexia et ses publicitaires auraient-il lu Nancy Huston: "On ne naît pas soi, on le devient". Dans une longue réflexion sur l'"espèce fabulatrice" que constitue pour elle l'être humain, elle écrit de superbes lignes sur l'éternelle construction du soi, péniblement élaborée, toujours à reconfirmer au départ d'un récit construit et de projets qui finissent par constituer notre identité. Tous nous concevons des "romans" pour racontre notre séjour sur terre. Mieux, nous sommes ces romans. Moi, je, est la façon de (conce)voir l'ensemble de mes expériences."

Lu dans :
Nancy Huston. L'espèce fabulatrice. Babel. Actes Sud. 2008. 200 pages. Extrait p.25, p.27
Publicité Dexia. 22 mai 2010

24 mai 2010

Eloge de la lenteur

"Maison bâtie en 948, rebâtie en 1787."
Sagesse du Camino
La maison fait partie d'un hameau qui en compte quatre, Harambeltz, et porte cette inscription modeste. Je reste rêveur, ainsi que mes amis Suzanne et André qui rapportent l'anecdote dans leur délicieux récit vers Compostelle. Poser une pierre sur une autre, étançonner, couvrir de bardeaux pouvaient donc se concevoir à une époque dans le but d'abriter l'existence de dizaines de générations successives, et sans croissance. Lequel de nos projets dépasse actuellement une décennie? L'inquiétude envahit les marchés quand la croissance ralentit autour du pourcent. Le Temps, dit-on, s'est accéléré... ou courons-nous éperdument dans un de ces tonneaux sur roulettes dont les enfants apprécient le caractère ludique? Dans son récent opus où il poursuit sa quête sur le Temps, Jean Louis Servan Schreiber s'interroge sur la fragmentation accrue de nos journées et de nos heures, qui nous amène à fonctionner par mini-activités qui se succèdent, s’entrecroisent et se chevauchent. A part d’occasionnelles et bien trop longues réunions, l’unité de tâche courante est constituée d’appels téléphoniques, de rédaction de mails, de lecture de courts textes ou de brefs échanges de couloirs. Apprendre qu'un cadre en activité est couramment interrompu 70 à 80 fois par jour et ne s’en rend même pas compte ne rassure guère . La vraie richesse sera-t-elle considérée demain comme la capacité de pouvoir bénéficier de plages de tranquillité et de silence, nécessaires à la réflexion?

Lu dans:
Suzanne Dubois et André Linard. Compostelle. La mort d'un mythe? Couleur Livres. 2010. 130 pages. Extrait p. 99
JL Servan Schreiber. Trop vite. Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme. Ed Albin Michel. 2010. 198 pages.

La chair immatérielle du soleil

"... le jaune est la couleur de l'éternité, la chair immatérielle du soleil."
S. Germain

Vermeer, fasciné par un petit pan de mur jaune avec auvent dans "Vue de Delft", ou par le pan de voile jaune de sa "Jeune fille à la perle", ne souhaitait-il transmettre de manière subliminale qu'une vision de paix, de sérénité et de bonheur, alors que l'histoire nous apprend qu'il vivait dans une ville et une époque guère préservées? Découvrant ces lignes - et cette énigme - ce dimanche matin au petit-déjeûner, un rayon de soleil fait soudain resplendir l'étui à lunettes jaune de Marie-France, et le melon d'Espagne doré qui se trouve à ses côtés. La "chair immatérielle du soleil" prend soudain une consistance inattendue. La journée peut commencer.

Lu dans:
Sylvie Germain. Vermeer. Ed. Flohic. 1993
Francis Mathys. Les mensonges de Vermeer. Lire. LLB. lundi 17 mai 2010.
Michael Taylor. Les mensonges de Vermeer. Biro Editeur. 2010. 176 pages.

15 mai 2010

Carré vert, carré bleu

"Les deux carrés nécessaires à la survie de l'Homme: le carré d'herbe pour reposer le corps et un carré de ciel pour reposer les yeux."
S Tesson


Lu dans:
Sylvain Tesson. Petit traité sur l'immensité du monde. Edition des Eéquateurs 2005. 167 pages. extrait page 53

14 mai 2010

Tout va trop vite

"Vous avez remarqué comme les gens marchent vite
dans la rue ? . . .
Il y a quelques jours,
je rencontre um monsieur que je connaissais,
je vais pour lui serrer la main,
le temps de faire le geste . . .
il était passé !
Eh bien j'ai serré la main à un autre monsieur
qui, lui, tendait la sienne à un ami
qui était déjà passé depuis dix minutes."

Raymond Devos
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13 mai 2010

Un improbable destin

"J'ignore l'image que je donne de moi au monde, mais à mes propres yeux j'ai l'impression d'avoir toujours été un garçon jouant au bord de la mer, se divertissant du galet tout lisse ou du coquillage plus joli que d'ordinaire qu'il trouve de loin en loin, alors que le grand océan de la vérité s'étend devant lui, inexploré".
Isaac Newton
On retrouve la page blanche de l'adolescence, évoquée il y a quelques jours. Entre un improbable jamais tout-à-fait impossible et un réel jamais vraiment ordinaire, l'être humain se construit une existence. Le galet poli au creux de la main lui sert de certitude, l'infini de la mer le fait rêver. Faute d'un destin, il lui reste la possibilité de se construire le récit d'une vie à cheval sur le rêve et la réalité, et de le rendre convaincant. Certains y réusissent mieux que d'autres.

Lu dans :
La phrase de Newton sert d'épitaphe au roman "Ne plus jamais dormir" de WF Hermans, 1966. Trad. du néerlandais par Daniel Cunin, Gallimard, 2009.

Poésie du sol dièse

"On a improvisé pendant deux ans avec des centaines de casseroles achetées aux puces. A force, on a même découvert la note dominante d'une casserole: le sol dièse. Peu de gens savent qu'en cuisinant une omelette ou un steak, ils jouent sur ce ton."
Kevin Brooking.


Merveilleux acteurs de rue, Kevin Brooking et Colm O'Grady jouent des ustensiles de cuisine avec un humour déjanté. Si Molière nous a appris que Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, ils nous révèlent que nous faisons de la musique, autant savoir.


Lu dans:
Catherine Makereel. De l'art de prendre des casseroels en plein air. Le MAD du 12 mai 2010. page 42

L'âge de tous les possibles

"... au seuil de l'âge adulte, quand tout est possible et rien n'est faisable."
T. Sotinel


Adolescence. Une page blanche, où se déclineraient les multiples vies que l'on rêve possibles, et dont il est parfois si pénible d'écrire la première ligne. On l'oublie vite, mais il y avait toujours un bouton d'acné, un kilo de trop, - ou trop peu, - une angoisse de différence, une ignorance de ce qui se passait quand cela pourrait se passer, un lapsus stupide ou un faux pas ridicule, un pantalon trop large, ou trop court, ou trop vieux, un espoir déçu, une attente sans coup de téléphone, une flamme sans lendemain possible, un rêve de destin grandiose - devenir président des Etats-Unis par exemple, ou champion cycliste, ou acteur renommé - fracassé par une parole assassine du genre "elle est vraiment trop moche ta robe" ... L'adolescence me reste sur le coeur, pas vous?, âge fragile où je sortais comme enfoui sous un niqab ou une burqa, scrutant les visages sans vraiment offrir le mien. On met du temps à quitter le voile intégral, à se laisser voir, à se faire entendre, à prendre simplement quelqu'un par le bras pour l'aider à traverser une rue de l'existence. Curieux sentiment, mais je préfère le maintenant.

Allez, je vous souhaite une bonne fête de l'Ascension, ce récit énigmatique de la présence dans l'absence. Sont oubliées depuis longtemps l'imagerie saint-sulpicienne, les nuées et le départ vers les cieux, mais comment tuer l'humaine espérance que ceux qui nous ont aimés ne meurent jamais tout-à-fait? Faute d'être vrais, il est des mirages que l'on aime entretenir car ils enjolivent si bien la journée qu'on a quelque peine à s'en réveiller.

CV.

Lu dans :
Thomas Sotinel. De grands garçons blonds dans la lumière de journées interminables. Le Monde 12 mai 2010 (à propos du premier long-métrage du Suédois Jesper Ganslandt ADIEU FALKENBERG).

10 mai 2010

Protéger sans couper du soleil

"La haie protège le jardin des vents dominants, elle ne doit pas le couper du soleil."
Sagesse du jardinier
Les bonnes lectures du week-end recèlent de délicieuses surprises. Prenez l'entretien des haies, un véritable art de vivre dont tout pédagogue, parent ou édile, s'inspirera utilement. Saviez-vous qu'il convient d'utiliser au moins un tiers de persistants en mélange avec des caducs (toute comparaison avec des personnes, etc.) Privilégier des plantes à intérêts multiples, sauvegarder le parfum et la possibilité de bénéficier de fruits en abondance (ah les mûres de fin de saison). Aimer la la faune qui s'y abrite, paisible, curer la mare en laissant les débris recueillis quelques jours au bord pour que les petits animaux qui s'y trouvent puissent regagner l'eau: les plus petits gestes sont grands. Chacun devrait au moins une fois dans son existence planter son chêne, l'arbre qui nourrit le plus d'insectes différents avec son feuillage, ses bourgeons et son bois. Ne pas craindre sa taille imposante car il se laisse inclure dans une haie si on le rabat régulièrement à la base. Il ne fera dans ce cas pas de tronc unique mais un bouquet de rejets dont la hauteur sera facile à contrôler: j'en ferais volontiers une devise de vie.

Lu dans:
Plantes des haies champêtres. Christian Cogneaux. Photographies Bernard Gambier. Le Rouergue. 2009.
Pas toujours vertes les haies ? Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur. LLB. Momentum. 30/04/2010.

Cache-toi, objet. Slogan en Sorbonne, Mai 68

"Plus besoin de faire de recherches, nous avons déjà trouvé ce que vous voulez. "
Anand Venkataraman, créateur de Sense Networks

Quel avenir merveilleux. Quand vous posez une question à Google via votre mobile, celui-ci pourra la faire transiter par la plate-forme de Sense Networks, start-up qui compte aujourd'hui une quinzaine d'employés, répartis entre New York et la Californie, et exploite un système permettant de profiler un possesseur de téléphone portable sans rien lui demander, en se basant exclusivement sur ses déplacements quotidiens. Après une période d'observation continue des mouvements d'un téléphone, le moteur d'intelligence artificielle sait si son propriétaire est un homme ou une femme, jeune ou âgé, riche ou pauvre, dépensier ou avare, diplômé ou non, nomade ou sédentaire, employé stable ou précaire... Il reste à fournir via Google des recommandations basées sur ces informations personnelles, sur mesure, spécialement adaptés à ses goûts ou à son mode de vie.
Un soixante-huitard en moi persifle: "Plus besoin de faire de recherches, nous avons déjà trouvé ce que vous ne vouliez pas."


Lu dans:
Le téléphone qui en savait trop. Yves Eudes. Le Monde du 11.05.10

09 mai 2010

La fusion n'est pas amoureuse

"Vous demandez comment le sentiment d'aimer pourrait survenir. Elle vous répond : peut-être d'une faille soudaine dans la logique de l'univers."
M. Duras
Me revient soudain le souvenir ému de Gabrielle et Roger. Elle était bossue, il était borgne. Jamais couple aussi désappareillé ne fut pourtant mieux assorti. Vingt ans les séparait, elle était son aînée. Une vie commune sans passion ni romantisme, tissée de gestes affectueux qui permettent d'oublier qu'on est né sous le signe de pas de chance. Partager la même table aidait Roger à ne pas boire et augmentait l'appétit de sa compagne. Il est mort six mois avant elle, pas logique du tout quand on est le cadet. Elle ne lui survécut guère et j'eus le pénible privilège de la découvrir un matin, raide déjà, au pied de son lit. Depuis, j'ai révisé l'image "salon du mariage" de ce que devrait être le couple idéal.

Lu dans :
La maladie de la mort. Marguerite Duras. 1983. 64 pages

30 avril 2010

L'étrange et l'étranger

"Dans le monde, il n'y a que la France qui n'est pas un pays étranger."
Perle de potache


24 avril 2010

Chut, de chuchoter

"Les mots chuchotés
dans l'antre de l'oreille
ancrés plus fort encore
que les mots de l'encre."


Lu dans:
Bouche cousue. François David & Henri Galeron. Motus. 2010. 72 pages.

La mère qu'on voit danser

"Ma mère est la mer en forme humaine."
Marie, fille de Florence Arthaud.


Toutes les petites filles ne peuvent l'écrire, mais la phrase est amusante. Elle aurait été prononcée par Marie, fille de Florence Arthaud, "la petite fiancée de l'Atlantique", dont l'autobiographie se laisse lire. Une vie pas toujours simple, mais qui l'aurait pensé?

Lu dans:
Florence Arthaud. Un vent de liberté. Arthaud Poche. 2009. 160 pages. Extrait p.128

14 avril 2010

L'espace temps

"L'espace est la forme de ma puissance
le temps de mon impuissance."
Jules Lagneau
 
S'emparer de territoires que l'on ferme ensuite pour en disposer à sa guise, occuper l'espace, ne serait-ce que de sa berline qui elle-même nous donne l'illusion d'être rapidement où on veut quand on veut, est un signe visible de puissance. Gagner du temps aussi , mais cette dernière quête est illusoire car le temps nous ratrappe. 

  
Lu dans :
Elisabeth Pélegrin-Genel. Des souris dans un labyrinthe. Décrypter les ruses et manipulations de nos espaces quotidiens. Ed La Découverte.2010. 247 pages. Extrait p.73

12 avril 2010

L'espace d'une vie

"Vivre, c'est passer d'un espace à l'autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner."
G. Perec

Lu dans:
Georges Perec. Espèces d'espaces.  Paris Galilée 1974

Et voilà

"Les Français ont un trésor, qu'ils conservent jalousement : leur langue, et toutes ses subtilités.
Exemple : (..) Nous savons ponctuer nos phrases de "voilà" à tout bout de champ, à tout propos, du matin au soir. Il suffit d'écouter dix minutes de radio pour le mesurer. (..) C'est un tic délicieux, pas lassant du tout. Alors voilà, il fallait le saluer. Ce mot indispensable est prononcé avec une telle spontanéité, une telle générosité que voilà... Béquille ou bouée, il permet de ne pas terminer ses phrases, laissant entendre que tout a été dit. Souvent il permet de ne rien dire. Enfin voilà."
Robert Solé
Lu dans :
En voilà assez. Robert Solé.  Le Monde. Opinions. Edition du 10.04.10  

04 avril 2010

Le tombeau vide

"Quand je serai parti,
En un instant de tout à rien passé,
Laissant mon corps comme une outre percée,
Ne pleure pas, ne te joins pas au chœur des femmes
Qui vont hurlant, s'arrachant les cheveux,
À croire que jamais je ne te reviendrai.

Car je serai tout près de toi,
Plus proche qu'aujourd'hui d'être invisible.
Je t'envelopperai de mon absence,
Mon souffle sera dans le tien.
Sois attentive, tu me sentiras
Dans chaque goutte d'eau,
Dans le moindre rai de lumière,
Dans le vent qui caressera
Ton front, sois attentive,
Je serai là, toujours, tu le sauras."
        Djalâl ad-Dîn Rûmî, dit Rûmî

La symbolique de la fête de Pâques transcende nos parcours, qu'ils soient laïc ou religieux. Comment mieux décrire notre épouvante devant la disparition, le "tombeau vide" découvert par Marie-Madeleine, Marie et Salomé que par ce récit en quelques lignes d'un matin lumineux, d'une pierre roulée et d'un défunt dont même la dépouille nous a été enlevée. Belle illustration du passage vertigineux entre ce qui hier encore nous paraissait être "tout" et devient soudain le "rien", vacuité que tous ceux qui ont vécu un deuil, une séparation, une désillusion profonde, la perte de leur patrie ou de leur image propre connaissent bien. La désespérance est une réponse, mais pas la seule, même si nous passons une vie entière à y donner un sens. On peut imaginer Sisyphe heureux comme le suggérait Camus, qui n'était pas suspect de religiosité excessive, et n'avoir guère de peine à l'associer en une méditation commune à la poésie de l'évangile de Mathieu, au Pessa'h juif ("passage", évoquant la  sortie d'Egypte du peuple hébreu) et au mysticisme soufi de Rûmi.    

Je vous souhaite une bonne fête de Pâque(s)
CV.

Lu dans  :
Liliane Wouters. Le livre du Soufi. Le Taillis Pré.2009. 64 pages. extrait p.61

02 avril 2010

Un habit à sa mesure

"Il arrive au milieu de la vie
que la mort vienne prendre vos mesures.
Cette visite s'oublie et la vie continue.
Mais le costume se coud à votre insu."
Tomas Transtrômer. La place sauvage.


Un ami cher raconte sobrement qu'il a senti le souffle de la mort à deux reprises, lors de deux accidents de roulage aux conséquences dramatiques. Un moment de silence succède au récit, habité dans ma tête par le texte de Tranströmer. Vendredi Saint. Des souvenirs forts me reviennent en mémoire, récits colorés d'épisodes des écritures dites saintes, racontées avec conviction par des enseignants aujourd'hui tous disparus. Bientôt ces récits disparaîtront eux aussi, n'étant plus guère repris par personne. Méritaient-ils la place qu'on leur fit, méritent-ils l'oubli dans lequel on les plonge, je n'ai pas de réponse claire à ces questions aujourd'hui. Mais ils permirent à l'enfant que j'étais de suspendre un court temps ses jeux pour s'ouvrir aux questions éternelles de l'être humain: où étais-je avant d'être moi, où serai-je quand je ne serai plus? 


Lu dans:
Gabriel Ringlet.Un peu de mort sur le visage. Desclée de Brouwer. 1997. 153 pages. extrait p.108

01 avril 2010

"Faut pas se plaindre, cela pourrait aller mieux"
Sagesse d'un optimisme tempéré
 

29 mars 2010

Quand la mer se retire

"L'amour s'est longuement exalté de tout ce qui le contrariait. Un jour, l'impossible vient à portée de main, les amants éblouis capturent leur bonheur. Arcadie, terre promise enfin donnée, ils entrent d'un pas étonné dans le rêve. Les années appartiennent enfin à ceux qui ont compté les heures. L'impatience se tait, le cœur s'apaise, les jours déroulent leur lent accord, tout ce qui fut fièvre devient douceur et l'exaltation tendresse. Le visage où l'on a lu un destin amer nous appartient et la joie la plus aiguë sera demain la plus quotidienne. Au fil du temps, il n'est pas d'aiguillon qui ne s'émousse, de gestes qui ne perdent leur pouvoir. Quand la mer se retire, on songe avec indulgence aux tempêtes passées. Julie retrouve la gaieté et François le désordre. L'habitude a raison de tout et le bonheur des passions. L'amour heureux porte sa propre condamnation."
J. Harpman
Qui a lu la dernière page de "Belle du Seigneur" d'Albert Cohen la retrouve intacte dans la conclusion du roman "Brève Arcadie" de Jacqueline Harpman. Il faut lire deux fois sans doute pour comprendre, et le coeur bat moins vit qu'en parcourant les ouvrages de la collection Harlequin, mais certains se retrouveront peut-être dans ces lignes. De quoi entamer sur un mode interrogatif une semaine que je vous souhaite bonne.

Lu dans :
Jacqueline Harpman. Brève Arcadie. Editions Labor 2001 (1ère édition Julliard 1959). 216 pages. Extrait p.191.

27 mars 2010

La leçon du poulet

"Mais de toute ma carrière, je n'ai jamais connu d'accident [...] d'aucune sorte qui vaille la peine d'être mentionné. Pendant toutes ces années passées en mer, je n'ai vu qu'un seul navire en détresse. Je n'ai jamais vu de bateau échoué et je n'ai jamais échoué moi-même, ni été dans une situation difficile qui menaçait de tourner au désastre."
E. J. Smith, 1907, capitaine du Titanic (dont le navire sombra en 1912)
Une désespérée est morte en se défenestrant cette semaine, entraînant dans l'au-delà un septuagénaire sans histoire sur lequel elle a chuté. On ne peut dire dans le cas présent que le hasard ait bien fait les choses ni qu'il fut "the right man in the right place". Peut-être que pour éviter cet accident mortel, il aurait fallu le préparer, ni l'une ni l'autre n'ayant pu réunir tant de conditions précises pour un dénouement funeste. Hasard et prédictibilité se retrouvent dans la désopilante démonstration du philosophe Bertrand Russell, rapportée par Nassim Taleb. Il faut imaginer un poulet que l'on nourrit tous les jours. Chaque apport de nourriture va renforcer sa conviction que la règle générale de la vie est d'être nourri quotidiennement par de sympathiques amis soucieux de ses intérêts. Un jour pourtant, la veille d'une fête de famille, quelque chose de totalement inattendu va lui arriver, qui va l'amener à réviser ses croyances et poser une question existentielle: comment pouvons-nous connaître l'avenir en nous fondant sur ce que nous savons du passé? Ou, plus généralement, comment pouvons-nous arriver à comprendre les propriétés de l'inconnu (infini) sur la base du connu (fini) ? Qu'aurait pu apprendre notre poulet sur ce que lui réserve le lendemain en se basant sur les événements de la veille? Beaucoup de choses, peut-être, mais sans doute un peu moins qu'on ne le croit, et c'est ce "un peu moins" qui fait toute la différence. Une observation sur mille jours ne nous apprend hélas rien sur ce qui va arriver demain. 

La déclaration du capitaine Smith a fait florès, et se répète. En septembre 2006, un fonds baptisé Amaranthe ("fleur immortelle"), fut obligé de fermer après avoir perdu près de 7 milliards de dollars en quelques jours. Quelques jours avant, la société avait fait une déclaration pour expliquer aux investisseurs qu'il ne fallait pas qu'ils s'inquiètent, car elle employait douze gestionnaires de risque se servant de modèles du passé pour mesurer les risques de survenue d'un événement de ce genre. Faillite prémonitoire de la saga de l'automne 2009, mais les poulets cette fois étaient bien réels. 

Lu dans :
Nassim Nicholas Taleb. Le Cygne Noir. La puissance de l'imprévisible. Les belles lettres. 2007. 2008 pour l'éd. française. 500 pages. extrait p.74 

24 mars 2010

Vendre de l'huile de moteur

« Qu'est-ce que vous faites ? »
A de Botton.
A-t-on raison d'assimiler travail et production de sens ? De penser que notre profession définit notre identité, au point que la question que nous posons à une nouvelle connaissance est souvent : « Qu'est-ce que vous faites ? » L'essayiste suisse Alain de Botton interroge avec humour la croyance moderne qui lie travail, bonheur et sens de l'existence. N'a-t-on pas tendance à prendre le travail trop au sérieux, à « aborder des tâches avec la plus grande détermination et gravité alors même que leur absence de sens - voler vers Paris pour vendre de l'huile de moteur - est manifeste ? ». 

Quel chemin parcouru depuis les temps anciens, quand le mot « tripalium », qui a donné « travail », renvoyait à un instrument d'immobilisation ou de torture. Quel chemin et même quel tour de passe-passe étymologique ! Alors que le « travail » désignait l'état d'une personne qui souffre - un sens toujours utilisé en obstétrique -, il est devenu ce qui, aujourd'hui, doit faire sortir l'individu de l'exclusion et de la souffrance. Je ne mettrais pas ce livre entre toutes les mains... 

Lu dans :
Florence Noiville. Pourquoi travailler ? Pour oublier qu'on va mourir. Le Monde du 19.03.10. Supplément Livres.
Alain De Botton. Splendeurs et misères du travail. Mercure De France. Collection : Bibliothèque Étrangère. 2010. 373 pages.

23 mars 2010

Le temps des crises

"La France devient une cité dont le TGV est le métro et les autoroutes les rues."
Michel Serres
La crise, quelle crise? s'interroge Michel Serres dans son dernier opuscule. Une bien étrange crise financière qui a vu nos banques aligner des bénéfices insolites moins d'un an après s'être déclarées en faillite virtuelle, mais qui ne fut qu'un soubresaut de modifications bien plus profondes qu'il ne paraît. Comment l'homme demeurerait-il inchangé dans ce nouveau collectif qui voit se brasser les villes en un tissu multiculturel et marchand unique, le plus grand restaurant du monde étant le cathering de la première compagnie aérienne américaine. Habitant du monde, surinformé, consom-acteur d'activités devenues payantes mêmes pour les plus anodines comme la banale communication qui se monnaie par GSM interposé), l'homme porterait-il désormais tous les ingrédients des crise futures en lui de manière inéluctable? Pas sûr, avance Serres, car l'homme est acteur d'un texte qu'il écrit lui-même. 

 
Michel Serres. Le temps des crises. Manifestes. Le Pommier. 2009. 80 pages. Extrait p. 15
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Nos cerfs-volants trop lourds

"Les cerfs-volants ça ne s'envole pas si le vent n'est pas là. Et le tien est trop lourd."
J. Richard
Revoilà le temps de la fatigue, omniprésente en consultation, conjonction d'un hiver trop long, d'un manque de souffle à nos existences et d'activités trop nombreuses et trop prégnantes. De distractions, dirait Montaigne pour qui "c'est n'être en aucun lieu que d'être partout". L'image du laboureur derrière son cheval traçant son sillon a laissé la place à la machine agricole qui en trace une dizaine d'un coup, comme dans nos vies. 
 
Jacques Richard. La plage d'Oran. Ed. Albertine. 2010. 71 pages. extrait p.58.
Stefan Zweig. Montaigne. Préface de Roland Jaccard. Presses Universitaires de France - PUF. Coll.: Quadrige Grands textes. 2004. 125 pages. extrait p.72

21 mars 2010

Embrasse la vie


                           


Boire le vin de l'existence

"Même si tout s'arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s'il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d'être né,
D'avoir bu à longs traits le vin de l'existence,
D'avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D'avoir aimé, d'avoir lutté, d'avoir pleuré.

Je n'ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l'on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j'ai parfois marché sur l'eau, flotté dans l'air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J'ai respiré un peu d'éternité."
Djalâl ad-Dîn Rûmî, dit Rûmî

L'UNESCO a célébré le huitième centenaire de sa naissance en lui dédiant l'année 2007. Jalâl ud Dîn Rûmî, dit Rûmî (1207 - 1273) a profondément influencé le soufisme par  ses textes où le mystique n'est jamais bien loin du poème d'amour, comme un Cantique des cantiques transcrit par un musulman. Rûmî a également repris à son compte les fables d'Ésope dans son principal ouvrage le « Masnavî », que La Fontaine retraduira partiellement à son tour en français. Les Turcs et les Iraniens d'aujourd'hui continuent d'aimer ses poèmes. Reconnu de son vivant comme un saint, Rûmî avait des prises de position assez novatrices par rapport au pouvoir politique et au dogme musulman. Il aimait à fréquenter les chrétiens et les Juifs tout autant que ses coreligionnaires. Liliane Wouters vient de publier un délicieux petit ouvrage qui en collationne quelques textes poétiques représentatifs. Un bonheur de lecture.

Lu dans  :
Liliane Wouters. Le livre du Soufi. Le Taillis Pré.2009. 64 pages. extrait p.64

19 mars 2010

Aimer

"Aimer, c'est à travers le corps
Rencontrer l'âme, c'est aussi
Par les sentiers de l'âme aller
À la découverte du corps.
Aimer, c'est mêler l'âme au corps,
Le corps à l'âme, c'est encor
Du bout des doigts, au fond de l'être,
Toucher, sentir et reconnaître
Avec la chair, avec l'esprit,
Sans deviner lequel est pris
Et lequel prend, sans pouvoir dire
Qui se réveille et qui s'endort,
Lequel commence, où finit l'autre,
Quel est le vif, quel est le mort."
Rumi
  
Lu dans  :
Liliane Wouters. Le livre du Soufi. Le Taillis Pré.2009. 64 pages. extrait p.32.

17 mars 2010

Quand un président s'excuse

 "J'aime pas le passé, c'est trop difficile,
d'abord le passé simple, ça n'existe pas,
il n'y a que du passé compliqué."
S. , 11 ans
Cinq minutes de télévision comme on l'apprécie, au JT de la Une ce mercredi 17 mars. Le président Jean-Francis Jonckheere, qui présidait sa cent onzième cour d’assises, raconte avec émotion et sobriété pourquoi il a présenté ses excuses à Jessica Bily, infanticide en déni de grossesse qui risquait 30 ans de prison, quelques minutes après son acquittement. « A travers vous, j’adresse aussi mes excuses à une autre femme comparue il y a vingt ans et qui, dans les mêmes conditions que vous, a donné la vie à un enfant. Nous n’y connaissions rien et nous n’avions rien compris. Elle a été condamnée. Vous sortez libre et j’ai confiance ». 
  
Lu dans:
S., 11 ans, cité dans Abels Eber C., Enfants placés et construction d'historicité. Paris. L'Harmattan. 2000. p.30

Une embellie

"Ecris quelque chose de joli
Des vers peut-être ou de la prose
Un instant de rêve et de pause
Dans le tumulte de la vie
Ecris quelque chose de joli
Quelques mots de bleu et de rose
Un moment de métamorphose
Que tu nommerais l'embellie."


Demain on annonce du printemps, du vrai. Que ces paroles lui siéent bien, un peu comme si le soleil devenait musique. L'au revoir à Jean Ferrat me fait (re)découvrir les paroles de ce superbe morceau que nous avons fredonné sans l'avoir écouté: une superbe ode amoureuse en fait, qui s'épanouit dans ses dernières notes "Dans le tumulte de la vie/ Je l'aurais voulu si joli/ Mon amour en qui tout repose/ Et que nul ne puisse ni n'ose/ Douter que tu es dans ma vie/ L'embellie." 

Le même jour me révèle un petit trésor de Djâlal ud Din, dit Rumi, qui pendant que sur la France régnait Saint Louis, écrivait à son aimée (l'un était en Irak et l'autre au Khorassan) 
"Seigneur
rends-moi plus amoureux de toi que d'elle.
Je deviendrai le plus grand saint."

Lu dans :
Jean Ferrat. L'embellie. Ferrat 80, Temey/Sony (1980)
Liliane Wouters. Le livre du Soufi. Le Taillis Pré.2009. 64 pages. extrait p.31.

15 mars 2010

Paradoxe du maître

"On demanda un jour au Mullah Nasrudin :
- Nasrudin, est-ce que certains de tes étudiants sont déjà parvenus à l'illumination ?
- Bien sûr. Beaucoup d'entre eux, répondit Nasrudin.
- Mais comment peux-tu en être certain ?
- C'est facile. Ils ont cessé de me suivre et de suivre quiconque, ils ont cessé de parler sans cesse de «maîtres», d'«enseignements», de «spiritualité» et autres choses du même genre, et ils poursuivent leurs vies libres des peurs et des faux-semblants."

Merci à mon frère Marc qui m'envoie ce petit complément à la réflexion d'hier sur la coquille d'oeuf. 

Le message de la coquille d'oeuf

"La coquille de l'oeuf n'est vraiment utile que si, après avoir servi de protection, elle peut disparaître."
M. Balmary


Petite sagesse quotidienne à l'usage des parents et éducateurs

 
Marie Balmary, Fragilités, conditions de la parole selon la Bible et la psychanalyse. La fragilité, faiblesse ou richesse.  Albin Michel . 2009.  215 pages . extrait  p.24

13 mars 2010

Merveilleux seniors !

La persistance du jasmin

"Le jasmin entête. On pourrait avancer les yeux fermés, s'orienter à l'odeur.  En Turquie, dans son infirmerie-prison Nazim Hikmet, le poète enfermé pour ses idées , percevait la senteur des oeillets: ils avaient dû s'ouvrir quelque part au-delà des barrreaux. "
C. Nys-Mazure.
Une semaine se termine. J'ai ressenti avec force mon impuissance à tout guérir, à soulager entièrement, à apporter une aide efficace. J'ai dû me résoudre, une fois de plus, selon les mots de Lama Puntso à "donner à l'autre l'occasion de faire de sa fragilité un chemin". Le symbole du jasmin me poursuit: accepter de n'être dans ma profession que cette senteur subtile qui  franchit les barrières les plus infranchissables - la maladie incurable, le désespoir face à la mort, l'anéantisssement de son image personnelle, l'abandon par ses proches, l'anxiété et le sentiment d'avoir raté son existence - et permet de maintenir allumée au sein de la nuit humaine cette flamme ténue mais indispensable: l'espérance. 

Lu dans:
Colette Nys-Mazure. Courir sous l'averse. Desclée De Brouwer. coll. Littérature ouverte. 2009. 185 pages. Extrait page 20.

12 mars 2010

Risque de faille

"A la première fissure dans l'idéal, tout le réel s'y engouffre." 
Jean Rostand

  

10 mars 2010

L'éternelle quête de soi

"L'adaptation la moins coûteuse en énergie consiste à faire comme tout le monde."
 B. Cyrulnik
Le dernier ouvrage écrit par Stéphane Zweig, peu avant son suicide en exil, est consacré à Montaigne et à son éternelle quête de "penser par soi-même".  Les deux comparses, que quatre siècles séparaient, n'auraient certainement pas renié le récit que fit le comportementaliste Asch d'une de ses expérimentations consistant à observer des gens dans une salle d'attente. Tous les sièges, sauf un, sont occupés par des compères plongés dans la lecture d'un journal. La personne observée entre dans la salle où on lui a donné rendez-vous et ne peut s'asseoir que sur la chaise laissée libre. Le nouvel arrivant se met à lire, lui aussi. C'est alors qu'un complice fait sortir une épaisse fumée par un soupirail. Personne ne bouge puisque telle est la consigne. La fumée est intense, et l'odeur de bois brûlé importante. Le cobaye manifeste des signes d'inquiétude, mais puisque personne ne bouge, il se remet à lire. Il faudra attendre qu'un brouillard total obscurcisse la pièce pour qu'enfin il ose se désolidariser du groupe et s'enfuir, laissant les autres le nez dans leur journal. J'ai souri à la lecture du récit, qui m'a ensuite poursuivi jusqu'au soir:  quelle est notre fumée? 

Lu dans
Boris Cyrulnik. Autobiographie d'un épouvantail. Ed. Odile Jacob. 2008. 275 pages. extraits p. 168, 172
Asch S., Effects of group pressure upon the modification and distorsion of fragments, in H. Guetzkow, Human Relationships, Pittsburgh, Camege Press,
1951, p. 177-190.
Stefan Zweig. Montaigne. Préface de Roland Jaccard. Presses Universitaires de France - PUF. Coll.: Quadrige Grands textes. 2004. 125 pages. 

09 mars 2010

Le champion déchu

"Le spermatozoïde est un bandit à l'état pur."
D. Foenkinos
Bandit: qui agit en bande. Voilà une affirmation qui remet ce petit monstre à sa place. On lui a longtemps fait une réputation de champion olympique, du moins lorsqu'il remportait la course à l'ovule, dame: le plus véloce, le plus adroit, le plus vigoureux, le plus fûté, le plus résistant aux intempéries, en un mot comme en cent "tout le portrait de son père", voilà qui donnait à l'embryon à peine mis en route un égo de vainqueur, mieux: de survivant. Et le voilà réduit à ce qu'il est en fait, un vulgaire chasseur en bande, qui se retrouve par le hasard de sa position dans le pattex séminal en haut du peloton, porté par des flux favorables et par ses voisins plus malchanceux vers le saint Graal. Rien de plus qu'une boule sortie du tambour de la loterie nationale, presqu'étonnée de se trouver là. Dénué du moindre mérite, il entame sa nouvelle vie , planqué dans une cellule infiniment plus grande que lui, qui l'absorbe entièrement et referme aussitôt son étreinte sur sa proie. Petit petit, terrorisé, il reprend son souffle. Il lui reste à se tenir calme car il habite dans la maison d'une autre. Il y de quoi voir les choses d'un peu moins haut, me semble-t-il.


Lu dans
David Foenkinos. La délicatesse. NRF. Gallimard. 2009. 201 pages. Extrait p.79

Le rien et le presque tout

"Il faut avoir vécu des années dans le rien pour comprendre comment on peut être subitement effrayé par une possibilité."
David Foenkinos

Lu dans
David Foenkinos. La délicatesse. NRF. Gallimard. 2009. 201 pages. Extrait p.118 

06 mars 2010

Mon île

"Etre à soi-même une présence amie", l'expression d'Anne Philipe m'enchante, non comme un trait narcissique, un plaisir solitaire, mais comme une île, un enclos: être soi sans le regard contraignant d'autrui."
Lu dans :
Colette Nys-Mazure. L'enfant neuf. Bayard. 2005. 78 pages. Extrait p.59

05 mars 2010

Sagesse polonaise

 "Il y a des gens formidables
qu'on rencontre au mauvais moment.
Et il y a des gens qui sont formidables
parce qu'on les rencontre au bon moment."
 Pensée d'un philosophe polonais

 
Lu dans
David Foenkinos. La délicatesse. NRF. Gallimard. 2009. 201 pages. Extrait p.84 

04 mars 2010

De l'ordre au désordre

"Paul Valéry disait que deux grands dangers menacent l'homme, le désordre et l'ordre. Si on vit dans le désordre, on ne peut donner forme au monde qu'on perçoit. On perd sa cohérence, on est confus, on part dans tous les sens, on ne peut plus éprouver. Il faut donc un ordre, mais pas seulement, car l'ordre se pétrifie, se transforme en doctrine et finit par être désadapté du monde vivant... jusqu'au moment où une pichenette le fait disparaître! Ordre et désordre, nous sommes en fait devant deux forces opposées qui doivent se marier pour fonctionner ensemble."

Lu dans :
B Cyrulnik, E Morin. Dialogue sur la nature humaine. Ed Poches Essai , coll. L'Aube. 2000. 93 pages. Cit. p.26

01 mars 2010

Temps de dieu, temps des hommes

"L'homme dit  : Dieu  ?
Dieu dit  : Oui, moi-même
L'homme  : Puis-je vous poser une question  ? 
-Bien  sûr. -
L' homme  : Qu'est-ce qu' un million d' années pour vous  ? 
- Dieu  : Une  seconde.  -
L' homme  : Et un million d'euros  ? 
Dieu  : Pas même un  centime. 
L' homme  : Pouvez-vous me donner un centime  ? 
Dieu  : Attends une  seconde...     "

28 février 2010

Un bonheur de petite fille

"En ce monde
nous marchons sur le toit de l'enfer
et nous regardons les fleurs."
Issa Kobayashi
Mieux connu sous son seul prénom d'Issa (litt. "la tasse de thé"), le maître du haïku japonais finira sa vie sous le toit de sa grange, perdue six mois plus tôt dans l'incendie de son village. Les images de désolation en Vendée et de Concepcion au Chili du JT de 20 heures paraissent bien illustrées par ces trois lignes  de sagesse, complétées par ce délicieux mot d'enfant au téléphone: "à qui ai-je le bonheur?"

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Une barbarie à visage humain

"Sans l'espérance, vous ne rencontrerez jamais l'inespéré."
Héraclite d'Ephèse.
Printanier, un orgue de Barbarie égrène Piaf au seuil du Westland Shopping Center ce samedi matin. Un souffle de vent tiède, une paresse dans la fuite des jours, un ciel soudain un peu moins gris annoncent la fin proche de bonhomme hiver. Curieux tout de même qu'on puisse appeler Orgue de Barbarie un instrument aussi paisible et Little Boy (Petit garçon) la première bombe atomique larguée sur Hiroshima. Je m'étonne moi-même d'associer ainsi, sans les provoquer, des réflexions aussi saugrenues par un beau jour de (presque) printemps éclairé par un artiste de rue infirme égrenant sa musique: nos gestes les plus anodins réveillent chez l'autre que nous croisons des souvenirs issus de sa propre histoire, et c'est magique.
 
Lu dans
cité par Colette Nys Mazure. Les ombres et les jours. Alice Editions. 1999. 96 pages. Exergue p.49 

25 février 2010

Un ruban d'amour et de lumière

« Je n'ai pas dormi cette nuit, ne pouvant songer qu'à toi, qu'à nous.
Le soleil se lève, et une lanière orangée drape les toits de la ville.
Je t'aime comme cette lumière aime le jour. »
Lettre de Laetitia à Raphael.


Des mille et une manières de se dire Je t'aime, certaines sont tout de même bien tournées. Je l'ai lue ce matin dans un métro bondé, calé entre les uns, les autres et leur mystère propre.  Une gsmiste racontait la vente d'un appartement à un interlocuteur lointain. Un homme à la mine sérieuse émettait ses hypothèses sur les causes de la catastrophe de Buizingen. Sur la plate-forme, un peu esseulé, un homme vêtu d'un manteau bleu marine assez banal, portant un cartable en cuir élimé et un comique béret rond terminé par une minuscule petite virgule en feutre sur le sommet du crâne, dégageait je ne sais pourquoi la sympathie. Il souriait seul et semblait se parler à lui-même, bien le genre de type me suis-je dit à se prononcer, ou à écrire, le genre de phrase d'amour telle celle de Laetitia  à Raphael.  Le  gars à qui on  confie la présentation du JT parce qu'immédiatement on le croit, ou à qui on confierait quelque souci lourd à porter. Un "délit de sale gueule" en négatif en quelque sorte, que tout cela est étrange. Au fond, il a une tête de prof ai-je conclu, mais d'un genre un peu ancien. Il est descendu à la station Alma, et a emporté son mystère. 

Lu dans:
Vincent Engel. Raphael et Laetitia. Ed. Mille et une nuits. 2003. 72 pages. Extrait p. 47

Si le grain ne meurt

"Tu sais, mon grand-père, on l'a replanté !"
Sagesse enfantine

Mot d'enfant au retour de l'enterrement de son grand-père mort "rassasié d'années". 
 

Lu dans :
Un peu de mort sur le visage. Gabriel Ringlet. Desclée De Brouwer.1997. 150 pages. extrait p.138

21 février 2010

Match nul

"Le matin t'est donné,
ne le prends pas comme un dû."
Eugène Guillevic
Un oncle cher s'éteint, avec une lenteur infinie. Un cancer vaincu, un autre cancer vainqueur, match nul aurait ironisé Pierre Desproges qui estimait que son crabe n'était pas sociable. Soucieux de lui épargner une longue agonie, nous aurons guetté jusqu'au bout le mot de révolte, la demande d'en finir, le geste d'appel à l'aide pour quitter ce monde: rien, pas un souffle qui y ressemble, mystère insoluble de cette vie qui s'écoule  jour après jour et dont l'être humain espère bénéficier  jusqu'à la dernière goutte. Encore une dernière fois embrasser une épouse chère, une dernière fois voir un vrai soleil qui se lève, une dernière fois se sentir entouré de tous ses enfants réunis, une dernière fois passer une bonne nuit, une heure, juste une heure encore et puis on verra bien où se terminera cette source qui a commencé à sourdre minusculement pour enfler jusqu'à se jeter dans la mer immense dont nul ne revient.La vie reste notre grand mystère. 
 

Mille vies sont possibles

"Avec une seule existence, on peut écrire mille autobiographies. Il n'est pas nécessaire de mentir, il suffit de déplacer un mot, de changer un regard, d'éclairer un autre aspect du réel enfoui."
B. Cyrulnik
Le malheur crée des héros et des salauds, c'est selon. L'accident de trains à Hal n'échappe pas à la règle: les victimes appartiennent dans l'ensemble à la catégorie des premiers, sauf le conducteur de train qui en échappe. Les badauds qui se trouvaient sur le trajet et ont amené une chaise, un témoignage, ou pris la main d'une victime sont incontestablement des héros et figurent à la Une des reportages. Les responsables politiques, les cadres des compagnies incriminées, les actionnaires, qui se targuaient hier encore d'une parcelle de pouvoir, sont coupables à coup sûr: ils auraient dû prévoir. Le ministre d'il y a cinq ans est plutôt moins coupable que l'actuel, laissons ce retraité tranquille, même si la négligence s'étend sournoisement sur vingt années: l'actuel n'a pas pris en compte les leçons du passé. 

Derrière nos écrans chauds, nous appartenons tous à plusieurs de ces catégories en même temps, mais heureusement une catastrophe ne se produit que rarement et nous laisse la possibilité de nous placer du bon côté quand elle arrive dans le jardin des autres. J'espère qu'un sort mauvais m'épargnera de me trouver un jour du côté du paumé qui n'a pas vu le feu rouge dans sa profession lors d'un moment d'inattention conjugué à une succession de hasards malencontreux. 
 
Lu dans:
Boris Cyrulnik. Autobiographie d'un épouvantail. Ed. Odile Jacob. 2008. 275 pages. extrait p. 271

19 février 2010

Lever du jour

"Quand on a mission d'éveiller, on commence par faire sa toilette dans la rivière. Le premier enchantement comme le premier saisissement sont pour soi."
René Char
Petite phrase modeste. Je ne sais pourquoi elle m'a ravi, hier, me ramenant en mémoire des images de bonheur simple, oubliées dans mon activité actuelle je l'avoue. 
 

17 février 2010

Entre Mardi Gras et Cendres

"Cette part d'ombre en moi
et qui ne m'appartient pas
à qui dois-je la rendre?"
Vincensini
Le contraste entre l'apothéose du Roi Carnaval et le sévère rappel des cendres inaugurant le carème chrétien "homme, souviens-toi que tu es poussière et retourneras à la poussière" m'impressionna dès mon enfance, les deux événements m'apparaissant excessifs. Par contraste, ce modeste rappel d'un poète disparu célébrant notre part d'ombre fait résonner en moi avec justesse une ironie douce-amère qui transcende les croyances et les religions. Et je souscris à ce 
"Je n'aurai pour tout dire
Écrit sur mon chemin
Que mon incertitude
La buée qui recouvrait la vitre
Et peut-être la vitre
Mais jamais la fenêtre
Et jamais le chemin
(Vincensini. Pour tout dire)

La mer n'est plus la mer

"Quand nul ne la regarde
la mer n'est plus la mer
elle est ce que nous sommes
lorsque nul ne nous voit."
Supervielle

Magie des masques vénitiens un jour de Carnaval, une possibilité d'être vu sans se révéler ni être reconnu. Un jour par an se désintégrer de sa propre existence pour ne plus être qu'un être sans nom ni sans histoire. Me revient le récit du professeur Dautrebande, gilles de Binche dès sa plus tendre enfance, que nul ne voyait dans son service le jour de Mardi Gras car ce jour-là "il n'était plus ni médecin, ni radiologue, ni professeur, mais un gilles méconnaissable sautillant parmi les gilles, et jusqu'à la fin de la nuit." 
Lu dans 
Jules Supervielle. La fable du Monde. Poèmes. Gallimard . 1938 (Paris).
Colette Nys Mazure. Courir sous l'averse. Desclée de Brouwer. 2009.  184 pages. extrait p.64

13 février 2010

Le temps où l'âme se repose

"Ce doit être ici le relais
où l'âme change de chevaux."
Supervielle


Bon repos à tous ceux qui en ont l'occasion.
  

On disait qu'on s'aime

"Le plus difficile n'est pas tant d'aimer que de se laisser aimer."  
 JM Gueulette


Clin d'oeil aux Valentins


Lu dans
Jean Marie Gueulette. Une fragilité différente. La fragilité, faiblesse ou richesse.  Albin Michel . 2009.  215 pages . extrait  p.154 

La souffrance du médecin

"Le médecin vit comme un sentiment d'impuissance ce qui n'est en fait qu'une impossibilité, d'où son mal-être."
JP Lebrun
 
Lu dans:
JP Lebrun. De la maladie médicale . De Boeck Bruxelles. 1993.

12 février 2010

11 février 2010

Le bonheur dont on fait les robes

"Yves Saint Laurent, dont le bonheur tenait à un fil, le seul qu'il n'ait jamais pu tisser."
Alain Chamfort  


 
Entendu sur
France Inter. 11.2.2010. Alain Chamfort. Une vie Saint Laurent. 

10 février 2010

Un autoentartage réussi

"Quand un philosophe fait un exposé pompeux avec sa braguette ouverte à tous les vents, la gravité de ce qu'il dit est contredit par sa braguette." 
Boris Cyrulnik

C'est le genre de mésaventure qui vient de sauter au visage du philosophe Bernard-Henri Lévy, brillant de chez brillant, controversé mais toujours à la pointe quand il s'agit de faire un coup médiatique ou d'émettre une opinion destinée à devenir un courant de pensée. Autopiégé par une mystification ancienne dûment révélée par son auteur, journaliste au Canard enchaîné, BHL n'avait apparemment pas lu dans le cas présent la fin de l'histoire et suscite l'hilarité de la France d'en bas, trop heureuse de noter que les meilleurs n'échappent parfois pas au ridicule.
Citant dans son dernier ouvrage un certain Jean-Baptiste Botul, philosophe et amant à ses heures de Marthe Richard, Marie Bonaparte et Simone de Beauvoir (rien que ça), conférencier au Paraguay et auteur de "La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant", dont deux clics sur Wikipedia nous apprennent que tout n'est que supercherie, le beau Bernard-Henri tente péniblement de rétablir une crédibilité fissurée. Rien de bien méchant au fond, et c'est ce qui rend la phrase de Cyrulnik, écrite in tempore non suspecto, si adaptée à cet autoentartarge insolite. C'est Noël Godin qui doit se réjouir.

Lu dans:
Boris Cyrulnik. Autobiographie d'un épouvantail. Odile Jacob. 2008. 280 pages, extrait p.67

08 février 2010

Lumineuse fêlure

"Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière".
Béatitude pour le temps présent
La phrase est de Michel Audiard, citée par Marie Balmary lors d'un récent colloque de l'ISTR sur la fragilité les 24 et 25 janvier 2009 à Toulouse. Audiard lui-même s'est vraisemblablement inspiré de Léonard Cohen qui chante "Il y a une fissure, une fissure dans tout, comme cela la lumière peut entrer." Toutes deux belles au demeurant.
 
Lu dans :
Fragilité, Faiblesse ou richesse? Albin Michel. 2009, 217 pages, extrait P.9

Que de vent!

 "Le vent c'est de l'argent."
Sagesse des publicitaires

Glané à la radio, ce clin d'oeil pour les éoliennes Eole m'a fait sourire. Et vous?

05 février 2010

Sagesse de Liliane Wouters

« Mourir n’est après tout que changer d’apparence,
Nous dégager de ce cocon de chair et d’os
Comme nous avons dû quitter la poche d’eau.
Mais hélas nous serons plus nus qu’à la naissance
Car même notre corps fera défaut."
Liliane Wouters. 
Liliane Wouters. Le livre du soufi. Editions Le Taillis Pré. Décembre 2009.  

L'histoire se répète

"Ce qui importe pour un grand homme, c'est qu'il soit né à la bonne époque."
Epitaphe du pape Adrien VI
Intrigué par cette inscription tombale, comment ne pas s'enquérir de ce pape opportuniste? Adriaan Floriszoon (si si, comme ceux de La Panne Adinkerke, Méli etc.)  fut pape du 9 janvier 1522 au 14 septembre 1523, ce qui n'est pas bien long pour un souverain pontife, dernier pape non-italien avant l’élection de Jean-Paul II en 1978. On apprend qu'il fut chanoine au chapitre d'Anderlecht (si non e vero!) et aurait passé la plus grande partie de sa vie à l’Université de Louvain, d’abord comme étudiant et ensuite comme enseignant, recteur et chancelier avant d'être élu pape, quasi inconnu et en n'étant pas présent au conclave: l'élection de cet homme modeste, guère suspect de faire de l'ombre aux cardinaux désunis, sema la consternation à Rome et les électeurs regrettèrent vite leur choix. Il réduit le nombre de ses serviteurs à quatre (de 100 qu’avait son prédécesseur), évite les banquets et interdit le port d’armes dans la ville, devenant un reproche vivant pour beaucoup. Il meurt le 14 septembre 1523, dans l’indifférence, sinon l'hostilité, générale. Pour la réforme de l’Eglise en tout cas, ce fut une occasion manquée. Les bonnes intentions ne suffisent pas. 

Lu dans:
Godfried Danneels. Confidences d'un cardinal. Racine.2009. 173 pages. extrait p.105.
Wikipedia. Adrien VI. http://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_VI

03 février 2010

Sagesse du législateur

«La loi est la même pour tous les misérables.» 
Carlo Dossi

La violence des berges

"On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent."
Bertolt Brecht

La presse m'apprend ce matin que j'habite en bordure d'une zone de non-droit, truffée d'armes de guerre et de trafics sordides. On ne doit pas avoir de la violence ni du droit la même conception, moi qui reste viscéralement attaché à cette zone urbaine où le matin il fait bon voir s'éveiller les quartiers. Où les paumés s'ébrouent en rue sans honte et où on peut encore se promener librement partout, sans buter sur les grilles de lotissements protégés par des portails électroniques abritant la tranquilllité des plus riches. Où trois continents se côtoient dans une ambiance débonnaire le weekend sur plusieurs kilomètres carrés de marché offrant à la vente tout ce que la terre peut produire de fruits, de vins, d'épices et de mets colorés. Les rares policiers qu'on y croise canalisent les voitures mal garées comme le ferait l'agent 33 de Quick et Flupke et je m'y sens infiniment plus en sécurité qu'au coeur du quartier européen, devant le Charlemagne, où on me vola ma trousse en fracturant le carreau arrière de ma voiture l'an passé. Plutôt que de stigmatiser certains quartiers en les désignant comme des repaires de lépreux, ne faut-il s'interroger sur la violence créée par la hausse des loyers et du prix des maisons qui chasse nos enfants et leur impose des navettes éreintantes, ou concentre l'extrême pauvreté dans quelques ghettos pourris pour mieux les contenir. 

Dorénavant donc, tolérance zéro pour Curegem/Anderlecht. Pourquoi la règle qui est applicable à un homme ne le serait-elle pas également à tous les autres, se demandait Alexis de Tocqueville? Les petits délits bien profitables sont-ils donc à ce point concentrés dans la zone entre le canal et la gare du Midi, alors que le reste du pays respire l'honnêteté et le goût du bien. Dès demain je me promène en rue agitant la clochette de la lèpre. 

01 février 2010

De mauvais gré

"Je suis né le 5 avril 1929. Contre mon gré: je suis né par césarienne."
Hugo Claus
 

Lu  dans:
Le monologue de Hugo Claus. Le Soir 1 février 2010. page 37. 

31 janvier 2010

Chaque douleur est unique

"Il s'aperçut que, si quelqu'un souffre, sa douleur lui appartient en propre, nul ne peut l'en décharger si légèrement que ce soit; il s'aperçut que si quelqu'un souffre, autrui n'en souffre pas pour autant, même si son amour est grand, et c'est cela qui fait la solitude de la vie."
Dino Buzzati. Le Désert des Tartares.
Interrogée par des étudiants en médecine sur le message qu'elle laisserait à d'autres patients atteinte de la même affection qu'elle (une maladie neurodégénérative), cette patiente eut cette phrase similaire: chaque douleur est unique. On ne saurait mieux dire. 

Lu dans :
Le Désert des Tartares. Dino Buzzati. LGF. Livre de Poche. 1995. 242 pages.

C'est où chez moi

«Les gens pensent toujours que ce qui est vrai est vrai cent pour cent.»
Jerome David Salinger


Secret, insaisissable, l'écrivain Jérome D Salinger est mort la semaine passée à l'âge de 91 ans. Singulière figure que celle de ce disparu volontaire qui, après avoir publié en 1951 'L' Attrape-coeurs', roman considéré comme son chef-d' oeuvre, s'est cloîtré dans la propriété qui lui servira de retraite jusqu'à la fin de ses jours, une petite maison dans le village de Cornish (Vermont). Il s'y installe le jour de ses 34 ans, le 1er janvier 1953. On ne le reverra quasiment plus, allant jusqu'à interdire à son agent et à sa famille de lui faire suivre son courrier que de toute façon il ne lirait pas. Certains racontent que Salinger n'a jamais cessé d'écrire, empilant des décennies de manuscrits dans un coffre-fort, de livres sans lecteurs. Comment ne pas évoquer Rimbaud, autre retraité volontaire après avoir écrit "Une saison en enfer". Ou plus récemment Grigory Perelman, 40 ans, le chercheur russe nominé pour la médaille Fields de mathématique que les jurés ont débusqué, barbu et hirsute, dans ses forêts russes, cueillant des fruits pour sa maman alors qu'il ne donnait plus signe de vie depuis un bon moment. Il n'a pas réclamé le million de dollars échu... 

Quelle clé de lecture? Le philosophe Jean Michel Longneaux s'interrogeait cet après-midi sur "c'est quoi chez soi, c'est où chez soi?" et sur la nature réelle de ce qu'est un domicile. Paraphrasant Levinas, une maison devient cet endroit intemporel où l'homme peut s'abriter du monde pour (re)devenir lui-même, quittant le statut d'objet parmi les objets pour celui de sujet face au monde. D'où l'horreur que peuvent ressentir d'aucuns à l'idée d'une invasion possible par les voleurs, les cafards, les souris ou ... les honneurs. La langue française ne pousse-t-elle pas l'assimilation de cet endroit où l'homme vit et devient lui-même au point que lorsqu'il nomme son domicile il parlera sobrement de son "chez moi". 

Lu dans :
L'attrape-coeurs, trad. Annie Saumont, p.17, Livre de Poche n°2108
C'est quoi chez soi, c'est où chez soi. Jean michel LOngneaux. Vieillir chez soi. SSMG/Chaire de médecine générale. Grande journée Gériatrie. 30.1.2010 

23 janvier 2010

En faire toute une histoire

"Alas ! It is delusion all :
The future cheats us from afar,
Nor can we be what we recall,
Nor dare we think on what we are."
"Hélas, tout est illusion,
L'avenir se moque de nous à distance,
Nous ne pouvons ni ressembler à nos souvenirs,
Ni oser nous accepter comme nous sommes."

Lord Byron, Stanzas for Music.

Des théories de la mémoire suggèrent que tout souvenir est une reconstruction, et non un "fichier" que nous puiserions intact dans notre cerveau: celui-ci ne s'apparente guère à un disque dur.  Le même souvenir d'une image, d'une mélodie, d'une saveur ancienne pourrait ainsi être évoqué d'année en année à la fois intact et entièrement différent car remodelé par nos expériences intercurrentes et la signification que nous lui donnons au moment où nous y repensons. L'évocation d'un moment passé n'équivaudrait pas à l'extraction d'une fiche bien rangée mais s'apparenterait davantage à l'aiguille à tricoter que l'on enfile au-travers d'un grand nombre de cartes perforées, des plus anciennes aux plus récentes. On ne peut se raconter sans donner un sens au récit de notre existence et chacun de nos souvenirs nous raconte tout entier. On ne peut que s'extasier devant la prescience d'écrivains, de dramaturges et de poètes (Lord Byron ici, mais Proust écrivit de superbes pages sur le sujet) à exprimer en beauté ce que de savantes études démontrent parfois bien plus tard. 


Lu dans
Jacques Attali. Une brève histoire de l'avenir. Fayard.  2009. 422 pages.  p.7 

22 janvier 2010

We are the world, we are the children


"We Are The World
We are the children
We are the ones who make a brighter day
So let's start giving
There's a choice we're making
We're saving our own lives
It's true we'll make a better day
Just you and me "
On peut aimer Chopin, Ravel et Boulez et vibrer quand Quincy Jones et Lionel Richie réinterprètent « We are the world » 25 ans après son premier enregistrement.  Un quart de siècle est passé , nos bébés sont devenus parents eux-mêmes et leurs enfants "are the world, are the children who make a brighter day." Le réaliser fait se bousculer les images dans nos oreilles en découvrant ce clip, et en fait la magie.

Le bruit merveilleux des mots quand ils se brisent

"Nous nous servons des mots avec l'habileté mais aussi l'imprudence des ouvriers qui manipulent chaque jour des explosifs."
Gilbert Cesbron.


Les mots tuent, l'absence de mots aussi. Une patiente qui m'était chère fut un jour cruellement blessée par une phrase à double signification: elle ne retint que celle qui correspondait à sa souffrance interne, sans même que j'en prisse conscience au moment même. Je ne la revis pas, et tous mes efforts d'explication butèrent sur ce qu'elle avait pris pour du mépris alors que je souhaitais simplement la réconforter. Dix ans plus tard je maudis encore mon incompréhension et regrette de ne pas avoir mesuré à temps le contresens. Mais les mots apaisent également, et ce sont parfois les plus anodins. "Votre biopsie est normale", quatre mots génériques mis bout à bout qui peuvent inonder d'une joie pareille à la plus merveilleuse déclaration d'amour, "votre test de grossesse est positif", "je ne vous reverrai pas , vous êtes guérie",  ou le banal "tout est normal" constituent autant de mots lumineux que je savoure à longueur de journée et donnent à la profession d'être humain une saveur d'éternité. 

 Gilbert Cesbron. Journal sans date. Paris. Robert Laffont. 1963

19 janvier 2010

Des racines et des ailes

"Si la branche veut fleurir, qu’elle honore ses racines »
Sagesse africaine
Une parole de sagesse pour la fête des Morts, et un rappel humoristique aux oublieux de la fête des mères. Qui rétorqueront sans doute que si la force des arbres vient de leurs racines, leur survie est due à leur pollen. Il faut à l'enfant des racines et des ailes, né pour être à la fois l'oiseau qui vole et l'arbre qui le protège.


Lu dans
Le Soir du 19 janvier 2010. L’UCL : « Nous sommes sereins et ouverts au dialogue ». Frédéric Soumois, citant Bruno Delvaux (recteur du l'UCL). 

18 janvier 2010

Les larmes peuvent faire un drôle de bruit

«Joanie est en train de faire un bruit amusant.»
O. Sacks

 
Cyrulnik décrit dans son dernier ouvrage avoir éprouvé un sentiment étrange de gaieté à l'entrée de la synagogue où on triait les familles juives en partance pour les camps de la mort: il en ignorait jusqu'à l'existence, il y avait du monde et beaucoup de lumière, et il avait surtout l'impression de vivre des moments exceptionnels. On n'est pas adulte à six ans, et tant mieux sans doute. Comment ne pas évoquer le film de Roberto Benigni "La vita è bella" (Grand Prix du Festival de Cannes 1998), où Guido persuade son petit garçon Giosué que les occupations du camp allemand sont en réalité un jeu, dont le but serait de gagner un char d'assaut. 

Ce sentiment étrange de décalage réapparaît, dans un contexte totalement différent, en découvrant l'extraordinaire récit d'Olivier Sacks "Un anthropologue sur Mars". Une de ses collègues neurologues, le Dr Hermelin, lui avait raconté qu'une petite patiente autiste surdouée s'était un jour approchée d'elle pour lui dire à propos d'une autre élève: «Joanie est en train de faire un bruit amusant»; et Hermelin, allant voir ce qui se passait, avait trouvé Joanie en pleurs. La signification de ces larmes avait donc totalement échappé à cette jeune autiste - elle les avait simplement cataloguées comme un événement physique qui produisait « un bruit amusant ». Dans un registre similaire, l'autiste Jessy Park avait découvert avec fascination que les oignons peuvent faire pleurer, mais avait été totalement incapable de comprendre qu'il est possible de verser des larmes de joie. Cette longue introspection dans les pathologies mentales débouche sur une interrogation fondamentale sur l'être humain, son intelligence et sa personnaité profonde. Fascinante aventure, qui ne laisse pas intact. 

Lu dans:
Olivier Sacks. Un anthropologue sur Mars. Essais. Seuil. 1996. 460 pages. Extrait p.380. 
Boris Cyrulnik. Je me souviens. L'Esprit du Temps. 2009. 90 pages. Extrait p.44.
Roberto Benigni. La Vie est belle - La Vita è bella. Italie, 1998, 1h54.

17 janvier 2010

Sagesse de la résilience

"Tu ne peux voir ton nez car il est trop près de tes yeux.»
Sagesse chinoise
Je découvre le dernier ouvrage de Boris Cyrulnik qui suggère qu'aucune situation n'est à ce point inextricable qu'elle ne résiste à la prise de distance: dans le temps, dans l'espace ou par le biais d'un observateur externe. Son "Je me souviens" prend place dans la lignée des témoignages tardifs sur la vie des camps qui, de Primo Levi à Elie Wiesel en passant par Jorge Semprùn, mirent des années avant de pouvoir écrire l'indicible. Prise de distance, ici aussi sans aucun doute, nécessaire pour surmonter l'incrédulité des proches, le sentiment de culpabilité tenace d'être en vie alors que tant d'autres moururent, l'impression d'avoir quitté un monde réel, fut-il horrible, pour tomber dans une vie irréelle de survivant ayant perdu ses repères.

Lu dans:
Boris Cyrulnik. Je me souviens. L'Esprit du Temps. 2009. 90 pages. Extrait p.44.

Sagesse de la frugalité

"Jeter le superflu pour faire de l'espace en soi."
Dominique Loreau


Lu dans :
Dominique Loreau. L'art de l'essentiel. Flammarion 2008. 189p.

Le choeur du monde

10 janvier 2010

De Sisyphe à la première gorgée de bière

"Il faut imaginer Sisyphe heureux."
A Camus


Une récente enquête sur notre bonheur en classe les principales causes de 1. (passer une bonne nuit) à 50. (faire pèter sous ses doigts les petites bulles en plastic des emballages d'objets fragiles). On y retrouve l'inévitable câlin mais aussi la commande d'une pizza le soir en rentrant du boulot. La même page de journal commémore le décès il y a 50 ans d'Albert Camus, philosophe de l'absurde et du bonheur. Nous vibrions à la lecture de ces lignes ardentes sur le destin personnel du héros quotidien qui se sait le maître de ses jours. "A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." 

Les auteurs décrivent leur époque en quelques mots denses mieux qu'aucune encyclopédie. Au "Mythe de Sisyphe" de Camus fait écho "La première gorgée de bière et autres plaisir minuscules" de Philippe Delerm. On ne départagera point: à chaque époque son (ses) bonheur(s).

Lu dans
Albert Camus. Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942.

08 janvier 2010

L'impressionnante relativité du chaos

"Plus un phénomène tend à disparaître d'une société, plus son reliquat est considéré comme intolérable."
 Tocqueville
La météo du weekend annonce du vent , du gel et 5 cm de neige. Le thermomètre pourra descendre à -2°. Le Soir titre à la Une: "L'inévitable chaos."
Déf. Chaos. Désordre épouvantable (Petit Larousse). Inévitable: fatal, inéluctable (ibid).

Mes yeux s'arrêtent sur le tableau hivernal de Pieter Breugel l'Ancien (1566) "Le recensement à Bethléem", qui représente l’arrivée de Marie et Joseph à Bethléem, près de l’auberge qui sert de bureau de dénombrement. Une arrivée qui passe inaperçue et se situe dans un paysage hivernal aux caractéristiques nordiques: la neige  omniprésente est balayée, on se déplace à l’aise sur l’étang gelé car la barrique est prise dans la glace. Des enfants s’amusent : patinage, batailles à boules de neige. Au premier plan , on égorge un porc; c’est un moment fort important de la vie familiale, qui se situe habituellement en hiver. Le couple s’avance au milieu des personnes qui s’adonnent à leurs activités quotidiennes. Le tout dégage une impression de paix impressionnante. Quel bonheur est le nôtre de ne plus en être là. 

Lu dans:
Le Soir. De la machine qui patine à Tocqueville.  Stéphane  Detaille. 8 janvier 2010. p5. 

07 janvier 2010

Limites

"Je sais être très très gentille, mais pas très longtemps."
Sagesse d'enfant

03 janvier 2010

Impression réveillon

Nuit de réveillon, impression fugace. Une église illuminée sur un parvis désert, à Cureghem (Anderlecht). Trois jeunes assis sur les marches et sur des canettes de Gordon vides font exploser des pétards sans joie, comme en attendant Godot, en espérant un improbable passant à faire sursauter. Europe 1 annonce que la fête partout bat son plein. A chacun ses Champs-Elysées. 

Humain par nécessité, français par contingence

"Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d'être français ou bien parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis français que par hasard."
Montesquieu 
 
Lu dans:
Maurice T.Maschino. Je ne suis français que par pure contingence. Le Monde, jeudi 31 décembre 2009. p.17 

31 décembre 2009

La petite fée espérance

"Je suis étendue là toute seule, enroulée dans les plis sombres de la nuit, de l'ennui, de la captivité, et cependant mon coeur bat d'une incompréhensible joie intérieure. Et je souris à la vie dans l'ombre de mon cachot."
Rosa Luxembourg.   
L'année tourne sa dernière page. Comme l'écrit un poète "hier s'en fut , demain n'est pas encore là, aujourd'hui s'en va sans s'arrêter un instant: nous sommes un fut et un sera. (Quevedo)". C'est le moment de feuilleter distraitement les rétrospectives d'une année, d'une décennie. L'actualité nous apprend qu'Obama a été brûlé en effigie  à Lahore, que  90 millions de SMS vont s'échanger ce soir sous les lampions, que Johnny entame un procès, que le créateur de Barbie n'était qu'un pervers rêvant d'immortaliser une call-girl. Et soudain surgit ce court entrefilet narrant qu'un épagneul, perdu il y a trois ans par ses maîtres dans le Gers, est revenu à la maison la semaine passée , fourbu, crasseux mais jappant à en perdre haleine. Notre quotidien s'en trouve soudain embelli, pareil à la boîte mythique de Pandore laissant s'échapper un à un les papillons des passions humaines et ne laissant s'envoler en dernier que le plus fort : l'espérance. 

Je vous souhaite une bonne année 2010
CV. 

30 décembre 2009

Jamais trop vieux pour chanter

« Nathanaël, enseigne-moi la ferveur.»
A Gide

La phrase de Gide s'est imposée d'elle-même lors de la vision du film documentaire "Jeunes de choeur" (Young@Heart) de Stephen Walker, qui s'efface derrière les membres de la petite chorale Young at Heart, formée de personnes âgées de 77 à 93 ans. L’ensemble est dirigé par Bob Cilman, totalement dévoué à son projet et qui leur fait alterner rock, punk, "Should I Stay or Should I Go" du groupe The Clash,  "Stayin’ Alive" ou "I Feel Good".  L'affection que porte le réalisateur au groupe ne perd rien de sa fraîcheur ni de sa spontanéité tout au long des 90 minutes que dure ce portrait sincère, dont le récit sur la résistance au temps et la pulsion vitale est  d'une poésie pure. Un film rassurant en quelque sorte.
 
Lu dans :
André Gide. Les Nourritures terrestres. NRF Gallimard. 1897.
Young@Heart. You're never too old to rock. Stephen Walker. 1h50 minutes.

28 décembre 2009

Voir, percevoir, s'apercevoir

«lci, au bord de la rivière, les motifs se multiplient, le même sujet vu sous un angle différent offre un sujet d'étude du plus puissant intérêt, et si varié que je crois que je pourrais m'occuper pendant des mois sans changer de place en m'inclinant tantôt plus à droite, tantôt plus à gauche. »
Cézanne
Lu dans :
 Oliver Sacks. Un anthropologue sur Mars. Ed du Seuil. 1995. Points. 460 pages. Extrait p. 190.

25 décembre 2009

Le nain de neige

"Réveillon -
Seul, dans le fond de la cour,
Le bonhomme de neige."
Jocelyne Villeneuve

 
Merci à mon frère Marc pour ce haïku bien de saison. Il n'est pas anodin dans le cas présent d'apprendre que celle qui le rédigea, bibliothécaire de profession s'est mise à l'écriture après un accident de voiture qui la laissa tétraplégique et contrainte à l'intermédiaire bienveillant des mains de ses proches pour jeter sa pensée sur papier. Oeuvre sensible, dans laquelle la symbolique des mots fait référence au vécu de l'auteure en permanence, telle dans ce simple 
"Pique-nique. La fourmi
sur la nappe quadrillée disparaît
dans un carreau noir."
Ce matin de Noël, la neige a fondu dans notre minuscule jardin de ville, et ce qui pouvait passer hier pour un bonhomme de neige est redevenu un nain de jardin dégoulinant de pluie. Il faut peu de chose pour passer d'un aspect de la réalité à un autre, du carreau blanc au carreau noir de la table quadrillée, d'une existence sans souci à la difficulté d'être. Un message posté sur mon répondeur hier soir à 20 heures sollicite une prescription non-urgente et me souhaite de bonnes fêtes. En d'autres temps, plus jeune, j'aurais morigéné l'impétrante soulignant le moment inapproprié. La connaissant mieux, et percevant davantage ce que la solitude peut peser un soir de fêtes, je trouve l'appel plutôt touchant, et lui retéléphonerai ce matin. Je tente d'imaginer les proches et familiers qui découvrent la beauté simple de "ce bonhomme de neige seul au fond de la cour" de Jocelyne Villeneuve, les uns dans le bonheur, les autres en difficulté: que la fête Noël vous soit douce. 
CV. 

17 décembre 2009

Une variante de la peau de l'ours

"Il ne faut pas préparer la poêle tant que le poisson est dans la mer."
Proverbe bulgare
 
La mésaventure survenue à Louis Michel ( contre toute attente, le Suisse Joseph Deiss lui a été préféré pour présider la 65ème assemblée générale de l'ONU) ce lundi en rappelle d'autres, qui furent plus philosophes dans leur dépit. Avoir humé l'air des sommets est une ivresse, parfois triste.
 

16 décembre 2009

Une carrière où se blottir

"Une carrière réussie est une chose merveilleuse, mais on ne peut pas se pelotonner contre elle, la nuit,  quand on a froid l'hiver."
Marilyn Monroe
 On doit à la même Marilyn, orfèvre en la matière de gloire et de sentiment de solitude, un pathétique "j'ai une mémoire merveilleuse pour les chose qu'il s'agit d'oublier". Oublier les nuits de solitude, les faux amis, l'isolement accompagné, la pauvreté de l'âme qui bat la campagne. Oublier que réussir n'est pas toujours une réussite, alors que le départ d'êtres dont l'affection, par-delà la mort nous réchauffe n'a guère un goût d'échec. 
 
Lu dans :
Eric de Bellefroid. Enquête indiscrète sur la réussite. Lire. LLB. 14 décembre 2009.
Don Wolfe. Marilyn Monroe. Echange avec Sidney SKOLSKY. Enquête sur un assassinat. Ed Albin Michel 1998. J’ai Lu 

15 décembre 2009

Magie de Noël

"Pour préparer un arbre de Noël, il faut trois choses, outre les ornements et l'arbre, la foi dans les beaux jours à venir."
Zahrad.
Je ne connaissais pas Zareh Yaldcyan dit Zahrad, poète arménien (1924 - 2007) dont les œuvres ont été traduites dans vingt-deux langues. Orphelin de père à trois ans, il a su (vous avez dit résilience ?) développer un point de vue original sur la condition humaine mettant l'accent sur l'action humaine au centre de l'histoire qui constitue un motif de transformation. On peut en prendre une pincée. 

PS On me signale que Paroles d'arbres (que je citais dimanche) est épuisé, remplacé par un 2ème tome, Magie des arbres (plus beau encore), toujours chez Weyrich.

13 décembre 2009

Entre Guantanamo et la fonte des glaces

"C'est ainsi que personne ne peut dire d'un geste gratuit qu'il sera inutile à terme. (..) Il peut arriver que , sans qu'on s'y attende, on vous fasse cadeau du prisonnier pour lequel vous êtes intervenu."
Vladimir Jankélévitch.
Les récentes difficultés rencontrées par le président Obama à concrétiser son engagement de fermer au plus vite le centre de détention de Guantanamo me viennent à l'esprit en découvrant les trente mille (cent mille ?) manifestants qui ont défilé samedi après-midi à Copenhague, en marge des négociations sur le climat. S'il ne se trouve aucun pays pour accueillir les résidents du sinistre camp de concentration, seront-ils plus nombreux à concrétiser leur exigence de lutter contre la fonte des glaciers en acceptant de voir leur niveau de vie baisser significativement, la viande disparaître de leur assiette, leur mobilité réduite et de travailler en pull plus tard et plus longtemps. Signer une pétition pour un monde meilleur, la libération d'un prisonnier d'opinion, le respect de la vie et celui de la femme, la suppression de l'énergie atomique n'engage que l'encre de la plume si nous n'assumons pas les conséquences immédiates de nos revendications, comme nous le ferions dans le cas d'un contrat moral. Et surtout d'envisager l'impensable: ralentir.  
  
Lu dans:
Jean-Jacques Lubrina. Vladimir Jankélévitch. Les dernières traces du maître. Editions du Félin. 2009. 200 pages. Extrait p.68

Ecouter un arbre

 "J'eus le sentiment que cet arbre venait d'entendre les pesantes questions qui me tourmentaient et s'amusait d'elles, allègrement."
Henri Gougaud.
Herman Van Rompuy élude finement la question de l'après-Europe en citant Malraux "je me contenterai de voir grandir un arbre" ... et jouer avec des enfants. Pour avoir gardé deux de nos petits-enfants ce weekend, on peut assurer qu'il s'agira sans aucun doute d'une retraite active. Quant aux arbres, conseillons-lui le superbe livre-cadeau de Cécile Bolly, orfèvre en la matière en ce qui concerne les confidences des plus silencieux et les plus sages de nos interlocuteurs (Paroles d'arbres). Notre président philosophe y puisera sans aucun doute matière à réflexion pour ses futures interviews et discours.
  
Lu dans:
Cécile Bolly. Paroles d'arbres. Weyrich Editions. 2002. 125 pages. Extrait p.42
André Malraux. Les chênes qu'on abat. Correspondance. Gallimard. 1971.
Herman Van Rompuy tourne la page belge. Interview Le Soir Martine Dubuisson & Véronique Lamquin. 12-13 décembre 2009. page 24. . 

10 décembre 2009

Sagesse de William Osler

"Au lieu de vous demander: "De quoi telle personne est-elle malade?" demandez-vous plutôt: "Pourquoi telle maladie a-t-elle choisi telle personne?"
 (attribué à) William Osler
D'Osler il a été écrit qu'il fut à la fois médecin, clinicien au diagnostic réputé, anatomo-pathologiste, enseignant, bibliophile, historien, essayiste, conférencier, organisateur et auteur... Il fut surtout médecin et sa plus grande contribution fut sans doute son programme pour que les étudiants apprennent leur métier en voyant des patients et en leur parlant, préconisant la mise en place des résidents en médecine (internes). Cette dernière idée s'est répandue dans tout le monde anglophone et reste en place aujourd'hui dans la plupart des hôpitaux universitaires. Peu de temps après son arrivée à Baltimore où il enseigne, Osler a insisté pour que les étudiants en médecine puisse se rendre au chevet des patients dès le début de leur formation. Pendant leur troisième année, ils recueillaient l'histoire du patient, réalisaient des examens cliniques et pratiquaient des examens de laboratoire sur les sécrétions, le sang et les selles au lieu de prendre des notes dans une salle de cours. Il a réduit l’importance des cours magistraux et a déclaré un jour qu'il espérait que sur sa pierre tombale on écrirait seulement, "Il a amené les étudiants en médecine au chevet des malades pour y recevoir leur enseignement", considérant cela comme étant de loin le travail le plus utile et le plus important qu'il ait été amené à faire. Devenu doyen d'Oxford, il n'en demeura pas moins un farceur invétéré, écrivant plusieurs pièces humoristiques sous le pseudonyme d’Egerton Yorrick Davis, parvenant même à tromper le rédacteur en chef des Philadelphia Medical News avec un article sur le soi-disant phénomène du pénis captivus (pénis captif). Il aimait à dire: "Celui qui étudie la médecine sans livres navigue sur une mer inconnue, mais celui qui étudie la médecine, sans voir les patients ne va même pas en mer. Si vous écoutez attentivement le patient, ils vous donnera le diagnostic."

Lu dans;
Oliver Sackx. Un anthropologue sur Mars. Seuil . 1996 460 pages. Exergue p.7
Wikipedia. William Osler. http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Osler

06 décembre 2009

05 décembre 2009

Article 27 asbl

"On peut vivre sans le "je ne sais quoi" comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien."
V.Jankélévitch
 
Je termine ma consultation par J. qui vient "juste pour un papier" destiné à son médecin du travail. L'occasion est belle pour évoquer son quotidien paumé, détruit par l'alcool, son gris cortège et sa déstructuration lente. Il me surprend par sa connaissance du théatre et du cinéma, qu'il fréquente bien plus régulièrement que moi et le plaisir qu'il y prend. J'apprends ainsi l'existence de l'asbl Article 27 qui se donne pour mission "de sensibiliser et de faciliter l'accès à toute forme de culture pour toute personne vivant une situation sociale et/ou économique difficile" en permettant un accès gratuit à une vaste série de manifestations culturelles. Le choix est varié, théâtre, danse, cirque, théâtre de rue, spectacles de musique classique, opéra, jazz, rock ou musiques folkloriques. Le cinéma n'est pas oublié, des films passant en salle aux documentaires, exploration du monde, tout comme les expositions d’arts plastiques (exposition de peinture, sculpture, architecture, arts contemporains, etc.) A découvrir et à faire partager par tous ceux à qui cette initiative étonnante pourrait redonner un peu de sens à une vie bien éteinte. 

Lu dans:
Jean-Jacques Lubrina. Vladimir Jankélévitch. Les dernières traces du maître. Editions du Félin. 2009. 200 pages. Extrait p.23
Article 27 asbl http://www.article27.be/index.php
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02 décembre 2009

Le meilleur d'entre nous

« L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture ne m'ait ôté. »
Montesquieu
Me revient le récit de ce sage qui, se sachant condamné, décide d'apprendre à jouer de la flûte. D'aucuns s'en étonnent, lui demandent quelle utilité cela peut avoir quand il ne reste que quelques semaines à vivre. Si ce n'est "d'approcher ce qu'on ressent quand on apprend encore à quelques jours de sa mort." 
La réflexion de Montesquieu est citée dans le cadre des Grandes Conférences catholiques, qui ce soir recevaient Alain Juppé. Les revers de la vie et des amitiés politiques auraient-ils bonifié cet énarque froid, ex-premier de France, "le meilleur d'entre nous tous" comme le nommait Chirac, mais dont la réputation d'intellectuel calculateur creusa la perte. Revenu d'un long exil québecois, le "moins durable des ministres de l'environnement durable" dans le premier gouvernement Fillon (trois petites semaines de fonction) est redevenu le premier municipaliste de Bordeaux où il découvre une "sobriété heureuse". Une heure de bonheur pour un public conquis, partage chaleureux d'expérience et de convictions nouvelles issues de blessures profondes, d'échecs et de trahisons sur lesquelles il n'est guère disert. On finira par souhaiter quelques "traversées du désert" à  nos responsables politiques. 

Montesquieu (1689-1755). Cahiers.
Je ne mangerai plus de cerises en hiver. Alain JUPPE. Plon . 2009. 252 pages