31 décembre 2006

Ouvrir toute grande une fenêtre

"Je me serai souvent tenue derrière les fenêtres. L'hiver, avec des enfants encore petits, juchés sur une chaise, appuyant leur bouche au carreau pour y faire fondre le givre. Au printemps, c'était pour suivre le vol d'une hirondelle.

Mais ce que j'aime avant tout c'est ouvrir toute grande une fenêtre. De préférence, sur des arbres ou une prairie. De mes deux poings, pousser les volets sur le printemps revenu. Arbres. Écureuils. Balcons. Cerises aux oreilles des enfants. Ne me quittez pas.
Le jour est revenu. Avec lui, non pas forcément le bonheur ou la joie de vivre. Mais la vie. Simplement la vie. La conscience absolue d'être en vie.

Avec l'aube reviennent les cloches. Le chant d'un coq. L'aboiement d'un chien. On entend la campagne qui s'éveille. Les sons d'une vie bien plus ancienne que la nôtre reviennent à notre mémoire. On entend résonner un marteau sur une enclume. Pourtant, ce bruit n'existe plus, même dans nos villages. Il vient de notre enfance ou d'une autre vie. Mais, dans cette vie-là, j'entends encore le marteau d'un charpentier. Et c'est un son qui me remplit de joie. Je ne sais pas exactement pourquoi. Peut-être parce qu'il me ramène à des gestes simples. Construire. Bâtir. L'opposé de la guerre.
Avec le jour qui se lève, ces bruits que j'aime me donnent du courage. Curieusement, ils produisent du sIlence. Concerto pour le jour qui se lève. "

Françoise Lefèvre. Se perdre avec les ombres. Editions du Rocher 2004.

Ouvrir toute grande la fenêtre d'une année qui commence, c'est tout le bonheur qu'on puisse se souhaiter en ce moment de l'année, où "on porte en soi tous les rêves du monde" comme l'écrivait le poète Alvaro de Campos.
Je vous souhaite sincèrement une bonne année 2007

CV.

Ame contre âme

« Quand les amoureux quittent leurs corps nocturnes,
l'un se pose sur une branche au loin,
l'autre s'accoude à la fenêtre.
L'amour, c'est âme contre âme. »

PASCAL QUlGNARD. Vie secrète. (Gallimard, 1998)

29 décembre 2006

En relisant Goethe

Über allen Gipfeln
Ist Ruh .
ln allen Wipfeln
Spürest Du
Kaum einen Hauch.
Die Vögelein schweigen im Walde.
Warte nur, balde
Ruhest Du auch .

Sur toutes les cimes
Ce n'est que repos.
Au sommet des arbres
A peine si tu sens
Le moindre souffle.
Les oiseaux dans la forêt se taisent.
Patience. Bientôt
Toi aussi tu connaîtras le repos.

Goethe. Über allen Gipfeln
cité par W. Stegner. Vue cavalière.


28 décembre 2006

L'automne à Kyoto

Je suis à Kyoto,
rêvant d'être à Kyoto,
Ô, oiseau du temps!

Le soleil écarlate
ne connaît pas
le froid du vent d'automne,

Un oiseau se baigne
dans l'ombre de l'arbre
sur le lac d'automne,

On envie leur beauté.
Elles sont pourtant mortes
les feuilles d'érable pourpres.

Un chardon gris-bleu
après la pluie d'automne:
ah! bijou très précieux.

Ciel clair et calme.
La fumée du feu d'herbes
monte droit.

Une cloche dans la brume
un faisan dans la montagne,
l'automne, mes cheveux blancs.

Une libellule verte
dans le soleil d'automne.
Elle ne sait pas que c'est la fin.

Automne. Crépuscule.
Faut-il allumer la lampe?
dit une voix.

Je me suis retourné
mais déjà le passant
était voilé de brume.

Sur la grande cloche
quand elle ne sonne pas
dort le dernier papillon.

Le chemin
où ne passe personne
l'ombre d'automne le recouvre

J'arrête mon cheval. J'écoute.
Quelle est cette rivière?
Le vent d'automne dans les arbres.

Un daim au milieu de la mer?
Dans l'étang de la forêt
son reflet pendant qu'il boit.

Je m'en vais, un.
Vous restez, une.
Deux automnes.

Feuilles qui tombent
sur les feuilles.
Pluie qui pleut sur la pluie.

Au galop, des cavaliers
passent dans la nuit:
bourrasque d'automne.

Une branche noire et nue.
Un corbeau noir,
crépuscule d'automne.

Premières bourrasques.
Les feuilles d'érable s'envolent.
La chatte rentre à la maison.

Dans la brume, des pèlerins
revenant du temple en devisant.
Cris des oies sauvages volant vers le sud.

Quand aucun vent n'agite
l'arbre Kiri
une feuille qui tombe, seule.

Cerisiers en fleur, chant du coucou,
pleine lune, érables rouges, pluie, neige - et déjà
l'année est passée.

Claude Roy

Dernier vendredi , dernier week end, et déjà l'année est passée.
Je vous souhaite une bonne fin de semaine
CV.

La vie , comme un tourbillon

"Et pour ce qui est de ta vie, considère ce qu'elle est:
un vent;
et non pas un vent soutenu, mais, à chaque instant d'une heure,
tantôt s'échappant, tantôt aspiré de nouveau ..."

Marc Aurèle.

26 décembre 2006

Le secret et ses mystères

"Ne cherche pas le fin mot d'une énigme: le secret a sa raison d'être.
Qu'il n'y ait pas de réponse à certaines questions devrait multiplier le nombre des gens heureux. "
Robert Pinget.

25 décembre 2006

regard sur le passé

"L'historien est un prophète du passé."
Hegel.

Ma série de misères informatiques se poursuivant, je suis sans ligne Internet
depuis mercredi.
Ceci explique l'interruption de mes pensées entre café et jounal, devenues bien
irrégulières ce mois-ci.
C'est beau la technique, mais vulnérable
Demain cela ira mieux.

Relisant Bède le Vénérable

"La représentation la plus exacte que je connaisse de la vie est proposée par Bède le Vénérable : c'est cet oiseau qui entre dans le hall éclairé, y volette quelques instants , puis ressort dans la nuit."
Wallace Stegner. Vue cavalière.

Bède était moine et érudit anglais, a vécu à cheval sur les VIIème et VIIIème siècle. Toute l'érudition du monde tient parfois en une formule de quelques mots compréhensibles par chacun, et inaltérés d'un siècle à l'autre.
En lisant ceci, nous partageons quelques moments fugaces dans le même hall éclairé, on sait que cela ne durera guère, mais c'était bon tout de même.

Je vous souhaite un joyeux Noël

24 décembre 2006

un avenir de Noël

"Le monde a de l’avenir et il nous le prouve."
Couverture de la revue Reporters d’espoir (novembre 2005)

Des rats dressés à la détection de mines antipersonnel. Une école du week-end pour les enfants des rues brésiliens. Des plastiques biodégradables en un temps record. Des PDG qui conseillent bénévolement les futurs créateurs d'entreprise. Des femmes bosniaques, serbes, croates et kosovares réunies dans un voyage de mémoire commun, à travers l'ex-Yougoslavie. Des filets pour attraper la brume du désert chilien et la transformer en eau ...
Point commun entre ces différentes informations? Montrer que des solutions existent. Y compris à l'échelle de nos existences individuelles.

Je retrouve avec étonnement mon clavier, qui à nouveau communique après une quinzaine de jours d'interruption de ligne Internet aussi mystérieuse qu'inattendue. Personne n'a pu me fournir d'explication sur cette coupure intempestive, de Belgacom à Scarlet, ex-Tiscali, ex-Wanadoo si ce n'est que mystérieusement ma ligne ADSL n'apparaissait plus nulle part. Disparue aussi soudainement que nous disparaîtrons un jour à notre tour, tout cela n'est finalement que bien humain. Tout baigne puisqu'à terme, ceci au moins se répare. J'ai appris en outre ce qu'est un interlocuteur anonyme, officier de call-desks délocalisés, et leurs tempéraments divers. Le dernier fut charmant, compétent, attentif au problème, qu'il en soit remercié.
Une série de phrases lues durant ces quinze jours se sont déjà volatilisées de ma mémoire, "tout ce qui n'est pas donné est perdu" dit le proverbe, tant pis. On savourera d'autant mieux celles qui viennent.

12 décembre 2006

se lever au coucher du soleil

"A quoi servirait un lever de soleil si nous ne nous levions pas? "
Georg Christoph Liechtenberg. Le miroir de l'âme. 1997.

11 décembre 2006

on a changé le sens des poussettes

"Olivier Rey, professeur de mathématique à Polytechnique, chercheur au CNRS, jeune auteur du Seuil, m’a fait un jour remarquer un détail emblématique : vers le milieu des années 70, les poussettes ont changé de sens ! Je vous invite à repenser à cela. On est passé des poussettes où l’enfant était tourné vers ses parents à des poussettes où l’enfant tourne le dos à ses parents et est projeté dans l’avenir. Comme si l’enfant devait faire son deuil de l’héritage, de la transmission, de la filiation elle-même. C’est tout de même étrange que des designers et des industriels en même temps, dans la plupart des pays développés, aient tous eu la même idée : changer le sens des poussettes !"

02 décembre 2006

un seul , plusieurs

"Nous naissons plusieurs, nous mourons un seul."
Paul Valéry

On passe une vie à se forger parmi les mille possibilités offertes, pour parvenir comme le dit Claude Arnaud dans son dernier opuscule (prix Femina de l'essai 2006) à être celui qui dit Je en nous.
Notre époque y a ajouté un correctif: m'identité laisse progressivement la place à la notoriété, Oedipe s'efface devant Narcisse, pour être, il ne faut plus seulement être enraciné mais connu.
Y gagne-t-on ? Beau sujet de méditation pour une journée de repos.

la neige en hiver

"la neige , c'est de l'eau qui fleurit en hiver."
M. Jourdan. Journal du réel gravé sur un baton.

s'engager

« S’engager, c’est adhérer volontairement à une cause que l’on sait imparfaite ».
Paul-Louis Landsberg (1901-1944)

30 novembre 2006

tout changer

"Il faut changer de vie. Il faut changer tout.
Mais tout changer, ce n'est pas tout détruire: c'est sauver tout."
Maurice Bellet. La Longue Veille. DDB 2002

29 novembre 2006

poire comme un feu de bois

"Tu faisais partie de ces gens auprès de qui on se tient comme un bon feu de bois."
Bertrand Tavernier, évoquant Philippe Noiret.

Ce dernier mit des années à se consoler de son allure disgracieuse, un profil en forme de poire si on en croit les critiques de l'époque. Il estimait qu'il assumait là un handicap insurmontable dans sa fonction d'acteur. On a tous besoin d'un feu de bois et d'une personne en forme de poire à un moment ou l'autre de notre existence.

26 novembre 2006

l'obscur et la raison

"L'obscurantisme est de retour. Mais cette fois-ci nous avons affaire à des gens qui se réclament de la raison. "
Pierre Bourdieu

23 novembre 2006

la poussière de pollen de l'été finissant

"Nous partagerons notre souffle, quand nos cendres seront éteintes. Nous serons
cette poussière de pollen que l'été soulève aux coins intimes de la véranda. Et
des jeunes gens s'embrassant dans ces coins diront: « Mais qu'est-ce que cela ?
Cela sent comme l'été, c'est bouleversant...» Et l'on entendra l'océan.
Françoise Lefèvre. L'or des chambres.

Philippe Noiret a tiré sa révérence. Inoubliable Alexandre le Bienheureux, dont
on revit quelques images au JT de France2 ce soir. J'ai retrouvé avec bonheur
celui auquel je m'identifiai le mieux lors des visions répétées de ce qui
demeure mon film fétiche: son chien, avec lequel il s'enfonce dans les champs
dans la dernière séquence, faisant s'envoler une nuée d'oiseaux dans le soleil
couchant.

20 novembre 2006

le petit et l'infini

"Quand on a une aiguille dans l'oeil, que peut bien vous faire l'avenir de la maribe britannique?"
Henri Michaux.

19 novembre 2006

les ruines et leur reflet

"Les fleurs sont le reflet riant des ruines."
Pierre Jean Jouve

Découvert sur les murs d'une cabine de bain dans l'ancienne piscine de Roubaix, métamorphosée en un superbe musée d'art et de technique.

entre mélancolie et espoir

"Dans ces épreuves, je suis partagé entre deux sentiments contraires; la mélancolie, en voyant s'abîmer ce que j'ai aimé.
Mais aussi l'espérance; lorsque les éléments sont décomposés, ils peuvent se recomposer d'une manière plus pure, pour préparer une nouvelle aurore."
Jean Guitton. Un siècle une vie.

Ecrits de retour de captivité. Les rescapés n'étaient plus des héros, comme en attesteront bien d'autres écrivains rescapés par la suite, de Primo Levi à Jorge Semprun, des vétérans du Vietnam qui campèrent hagards dans Central Parc à New York aux éclopés d'Irak. Mais reste-t-il aujourd'hui l'espoir d'une nouvelle aurore?

le parallèle et l'infini

"Le chemin de fer est l'image du successif qui se rapproche du parallèle : la parité des rails."
Robert Delaunay, cité par Merleau-Ponty in L'oeil et l'Esprit."

Notre cadette et son compagnon nous surprennent hier dans notre quotidien pour nous parler de leurs projets. Leur enthousiasme et leur foi dans la Vie fait du bien à voir. Les rails qui convergent et ne convergent pas, qui convergent pour rester là-bas équidistants, belle image allégorique pour un couple qui tisse son existence. La lecture de quelques pages de Merleau Ponty ce matin me les fait découvrir par hasard, et je ne résiste pas au plaisir de vous les partager.

14 novembre 2006

ma patrie ici bas

"Mes chaussures sont ma patrie."

A. Jodorowski. Les pierres du chemin.

silence et absence de vide

"Le silence est une tranquillité mais jamais un vide
il est clarté mais jamais absence de couleur
il est rythme
il est le fondement de toute pensée. "

Yehudi Menuhin

11 novembre 2006

10 novembre 2006

ce tic tac assourdi

"À l'heure où le vent tombe
où le jour se suspend
lorsque les hirondelles ne sortent plus du nid
quand la chouette chevêche se prépare à chasser
quand les feuilles des arbres parlent à voix si basse
que leur chuchotement est tissé de silence

ce battement de sang ce tic-tac assourdi
est-ce ton c½ur? Est-ce le mien?
Est-ce la mer qui inspire et respire
ou le souffle du temps qui passe et glisse et fuit?
Écoute
Des pas légers hésitent dans le noir
Qui vient à la rencontre? Qui se tait? Qui attend?
Est-ce toi? Est-ce moi? Est-ce nous deux ensemble?"

Claude Roy. LE SILENCE DE LA NUIT

Curieux moment de l'année, où la nuit reprend le dessus sur le jour.
L'alternance de toute chose dans la nature demeure ma meilleure boussole de vie.

l'espoir le désir

"Tout espoir envolé, il nous reste le désir."
Dante
Hubert Nyssen reprend cette phrase de Dante dans son dernier ouvrage, "la sagesse de l'éditeur", et l'aime manifestement. Il la reprend texto dans une des notes de son blog ainsi que dans la lettre ouverte adressée à son arrière petie fille de deux ans : « Ne jamais oublier le plaisir dans la nécessité, ni la nécessité dans le plaisir ; ne jamais cesser de pédaler sous peine de voir le vélo vaciller et entraîner le cycliste dans sa chute, et, selon les mots de Dante, se rappeler que, “tout espoir envolé, il reste le désir”.

05 novembre 2006

de la liberté présumée

"Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage: on en changera tout au plus le nom.
Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses: soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares."
Marguerite Yourcenar . Mémoires d'Hadrien.

en évoquant la maison d'Erasme

"Les choses les plus belles sont celles
que souffle la folie et qu'écrit la raison."
André Gide Journal

Cité par Hubert Nyssen en exergue de son dernier ouvrage-confession "La sagesse de l'éditeur". Il y raconte les après-midi de ses jeunes années , durant la guerre, où il allait puiser la sagesse dans l'enclos magique de la maison d'Ersame, à Anderlecht.
Le conservateur lui fit découvrir L'éloge de la folie en édition originale, soigneusement conservé dans une vitrine. Il en fut marqué à jamais.

La maison d'Erasme se situe à 250 m de notre maison, et j'adore m'y recueillir de temps en temps, endroit préservé et bénéfique pour la santé de l'esprit.
Je ne sais pourquoi, ce petit clin d'oeil m'a rendu heureux.

02 novembre 2006

connu inconnu

"Nous vivons auprès d'êtres que nous croyons connaître: il manque l'événement qui les fera apparaître tout à coup autres que nous les savons."
Marcel Proust

Ces frontières qu'on outrepasse

"Il n’est frontière qu’on n’outrepasse."
Edouard Glissant. Le Monde diplomatique , octobre 2006.

A défaut de montagnes ou de mers, l'homme a inventé toutes sortes de frontières pour se protéger de l'Autre: grillages, barbelés, murs, barrières électrifiées, etc. Aucune, pourtant, n'a résisté à l'irrépressible volonté - ou nécessité - de passer outre.
Nous fréquenons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l'impossible. mais comme lieux du passage et de la transformation. Dans la relation. l'influence mutuelle des identités, individuelles et collectives, requiert une autonomie réelle de chacune de ces identités. La Relation n'est pas confusion ou dilution. Je peux changer en échangeant avec l'autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer.
C'est pourquoi nous avons besoin des froncières. non plus pour nous arrêter, mais pour exercer ce libre passage du même à l'autre, pou souligner la merveille de l'ici-là.

Pour ce qui est des frontières légales entre communautés, observons comme il est agréable de les quitter sans contrainte, sans mesure, de continuer comme naturellement de l'atmosphère Maroc à l'atmosphère Algérie et de ce vivre-France à ce vivre-Espagne, et de l'air qu'on respire en Savoie à l'air qu'on respire en Toscane ("C'est encore loin, la Toscane?"), et des déserts bleus du Pérou aux déserts ocre du Chili. Vous vous sentez léger d'une inouië vêture, et plein d'un appétit ancien pour ce qui va survenir, la frontière est cette invitation à goûter les différences, et tout un plaisir de varier.
Mais revenons ensuite à tous ceux qui ne disposent pas d'un tel loisir, les immigrants interdits, et concevons le poids terrible de cet interdit. Franchir la frontière est un privilège dont nul ne devrait être privé, sous quelque raison que ce soit. Il n'y a de frontière que pour cette plénitude enfin de l'outrepasser, et à travers elle de partager à plein souffle les différences."

28 octobre 2006

Les choses s'arrangent

"Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux."
Kate Atkinson. De Fallois . 2006

La lecture du supplément Livres du Soir devant la télévision donne parfois de comiques raccourcis. Telle la découverte de ce récent roman dont le titre s'est superposé aux images télévisées de Bush commentant les résultats de l'intervention américaine en Irak et di Rupo la reprise en main des affaires de Charleroi.

Se perdre

"C'est en se perdant en soi-même qu'on peut un jour s'accepter."
Jacques Attali . Chemins de sagesse, Traité du labyrinthe.

C'est en se perdant qu'Ulysse réalise l'amour de sa femme, que Colomb découvre l'Amérique, que Newton comprend la gravitation. C'est en s'égarant dans le désert que le peuple juif a reçu sa Loi. C'est aussi ce que dit la sagesse celte lorsqu'elle écrit quë « dans certains voyages, c'est quand les voyageurs ont perdu leur chemin et qu'ils ramènent leurs rames à bord, quand ils ne vont plus nulle part, qu'ils atteignent les îles merveilleuses.
Dans la société industrielle, se perdre, c'est perdre. Perdre du temps et de l'argent. Toutes nos sociétés font de l'égarement un échec, voire une folie: il faut marcher droit, savoir où l'on va, ne jamais reconnaître qu'on s'est perdu.
Le labyrinthe - tous les labyrinthes dont j'ai parlé jusqu'ici - requiert pourtant une tout autre attitude. En y entrant, il faut accepter d'être désorienté, de vivre hors de J'espace et du temps, d'avoir le vertige, le tournis, de ne connaître d'avance ni la durée ni le chemin; d'admettre, alors qu'on croit atteindre le centre, qu'on est peut-être en train de s'en éloigner.

De fait, se perdre n'est jamais un échec. C'est une occasion de prendre du recul, d'aller là où l'on n'est pas attendu, de se trouver. Il faut même vouloir être égaré, trouver du plaisir à être perdu, ne pas faire ne pas faire ne pas faire d'une traversée un combat, mais une expectative curieuse. Ne pas craindre l'errance, la solitude, dominer la peur de l'inconnu, accepter d'avancer à l'aveugle, malgré l'ennemi peut-être tapi après la prochaine bifurcation. En science, sans errance, on ne trouve rien de ce qu'on ne cherche pas. En art, se perdre est la condition de la création. Dans l' apprentissage, sans échecs, on n'apprend rien.
Aimer se perdre suppose encore une qualité particulière: la curiosité. Elle permet d'apprendre dans l'égarement, de découvrir dans l'inconnu, de rencontrer dans l'ignorance. Elle implique de s'intéresser aux autres, de ne point chercher à leur imposer d'emblée sa propre voie, d'être aux aguets de toutes les différences, de se mettre à la place de l'étranger pour comprendre sa singularité. La curiosité est la qualité vitale du nomade, essentielle au voyageur du futur. Nombre de jeux vidéo forment assez bien à cette exigence. J'y vois même un exercice infiniment plus enrichissant que la contemplation passive de la télévision. Etrange coïncidence que l'avènement d'une technologie à l'heure où se révèle toute son utilité initiatrice pour les adolescents de demain.

C'est en se perdant dans une ville qu'on la rencontre. « Labyrinther », dit Rabelais; «trabouler », dit-on à Lyon. C'est se perdre avec plaisir. C'est en se perdant sur Internet qu'on apprend ce qu'on croyait ne pas avoir à savoir. C'est en se perdant en soi-même qu'on peut un jour s'accepter.

26 octobre 2006

le feu, le vide

"C'est par le vide entre deux bûches
que le feu brûle."

Michel Jourdan. Journal du réel gravé sur un bâton.

23 octobre 2006

Toute passion abolie

"J'ai toujours pensé qu'il valait mieux plaire beaucoup à une seule personne, qu'un peu à tout le monde!"
Vita Sackville-West. Toute passion abolie. p.65, Ed. Autrement, 2005

22 octobre 2006

les besoins d'un arbre

"Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d'élégance. La beauté qui leur est nécessaire c'est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d'étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches.[...]
Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait."
Erri de Luca . Trois chevaux, trad. Danièle Valin, p.23, Folio n°3678

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

20 octobre 2006

Mort sans descendance

ÉPITAPHE DE MISANTHROPE
"Je suis mort sans laisser de fils, et regrettant Que mon père avant moi n'en eût pas fait autant."
Anth. Pal., VII, 309.
Épigramme anonyme dans le goût de Callimaque, date incertaine. Peut-être Ille siècle avant notre ère

19 octobre 2006

les temps ordinaires

« C’est ainsi que je revins dans les temps ordinaires : on ne peut vivre sans cesse dans les aveuglantes certitudes de la vie et de la mort. Il faut bien qu'elles s’apaisent et que on retourne au temps mesuré des jours qui passent en glissant, égaux, où nous mènent des rênes invisibles et des repères banals et forts. Les enfants reprirent leur place d'enfants, nous la place de parents. »

Marie Rouanet. Année blanche. Albin Michel. 2003

L'inoubliable et l'inespéré

"Ce qui de mon passé m'échappe, les autres peuvent s'en souvenir. Accepter l'oubli, c'est aussi accepter que je ne sois pas le seul à me souvenir de moi, ni moi seul le lieu où je puisse me saisir moi-même. Accepter l'oubli, c'est aussi m'en remettre à l'autre de mon oublieuse mémoire, croire sa parole sur ce que je ne puis voir ni revoir. L'altération de la mémoire par l'oubli ne constitue pas seulement une destruction ou une mutilation, elle forme aussi le site possible d'une confiance. "
JL Chrétien. L'inoubliable et l'inespéré, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

16 octobre 2006

des yeux pour voir

"Il ne suffit pas d'ouvrir les yeux pour voir, il faut que ces yeux interrogent."

Jean Louis Chrétien. L'appel et la réponse, Paris, éditions de Minuit, 1992.

15 octobre 2006

vos rires

« J'entends vos rires »
Alice Ferney. Les autres

Une courte phrase du dernier livre d'une auteure qui nous a déjà enchanté il y a peu. Parmi le florilège de belles phrases dont elle nous a gâtés, elle ne nous en voudra pas d'avoir choisi la plus simple pour en symboliser le coeur, dernier mots d'une vieille femme qui va mourir : «J'entends vos rires »


Bilan d'une vie

Ci-gît un fameux Cardinal
Qui fit plus de mal que de bien
Le bien qu'il fit, il le fit mal
Le mal qu'il fit, il le fit bien.

Epitaphe pour le cardinal Richelieu

14 octobre 2006

la beauté des ponts

"J'ai passé ma vie à Istanboul, sur la rive européenne, dans les maisons donnant sur l'autre rive, l'Asie. Demeurer auprès de l'eau, en regardant la rive d'en face, l'autre continent, me rappelait sans cesse ma place dans le monde, et c'était bien. Et puis un jour, ils ont construit un pont qui joignait les deux rives du Bosphore. Lorsque je suis monté sur ce pont et que j'ai regardé le paysage, j'ai compris que c'était encore mieux, encore plus beau de voir les deux rives en même temps. J'ai saisi que le mieux était d'être un pont entre deux rives. S'adresser aux deux rives sans appartenir totalement à l'une ni à l'autre dévoilait le plus beau des paysages. "

Turquie, Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature 2006.

12 octobre 2006

sans hésitation c'est oui

«Quel est le plus beau mot d'amour? me demanda-t-il un jour.
« Sans hésitation, c'est: oui. »
FO Giesbert. Le vieil homme et la mort.

la suite dans le texte :
Il (Mitterrand) hocha la tête et me récita en substance les dernières lignes d'Ulysse de James Joyce: «Alors, je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne et d'abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son c½ur battait comme un fou et oui j'ai dit oui je veux bien oui. »

10 octobre 2006

des étoiles dorment

"Au fond des puits
dorment des étoiles."
A Gide

Une petite phrase qu'on a envie d'adresser à tous ceux (ou celles) qui ce soir sont tristes.

faire du silence une oreille

Un homme parle
et fait de cent silences
une vibrante oeille

Claire Lejeune

09 octobre 2006

Je c'est tout moi

Dès notre naissance, nous vivons avec un inconnu. Il faut s'arranger ensemble, et essayer de se comprendre, ce n'est pas toujours évident. "Je" ne s'entend pas avec "moi". Et pour certains, cela durera jusqu'à ce qu'ils soient enfin sous la terre. De la clarté à l'ombre, le différend aura duré. Et j'ose aussi écrire le différent avec un t.
J. Green. Le grand calme du soir. Flammarion. p.253

08 octobre 2006

07 octobre 2006

la poule n'est pas une nuisance

"Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d'un oeuf) au serein (dégustation d'un ver de terre) en passant par l'affolé (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommodé que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux à l'égard des propriétaires de ces gallinacés ; la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre et la poule un habitant d'un lieu-dit ".
Sagesse des décisions judiciaires.

05 octobre 2006

fleurs de neige

"La neige c'est de l'eau qui fleurit en hiver."

Michel Jourdan. Journal du réel gravé sur un baton. Ed du Rocher.

éveil et acte

"Tel homme s'éveille, le matin, dans son lit. A peine levé, il est déjà de nouveau endormi ; en se livrant à tous les automatismes qui font que son on corps s'habiller, sortir, marcher, aller à son travail, s'agiter selon la règle quotidienne, manger, bavarder, lire un journal; car c'est en général le corps seul qui se charge de tout cela , ce faisant il dort 'Pour s'éveiller il faudrait qu'il pensât : toute cette agitation est hors de moi. Il lui faudrait un acte de réflexion. Mais si cet acte déclenche en lui de nouveaux automatismes, ceux de la mémoire, du raisonnement , sa voix pourra continuer à prétendre qu'il réfléchit toujours; nais il s'est encore endormi. Il peut ainsi passer des journées entières sans s'éveiller un seul instant. Songe seulement à cela au milieu d'une foule, et tu te verras environné d'un peuple de somnambules L'homme passe, non pas, comme on dit, un tiers. de sa vie, mais presque toute sa vie à dormir de ce vrai sommeil de l'esprit. Et ce sommeil, qui est l'inertie de la conscience a beau jeu de prendre l'homme dans ses pièges : car celui-ci, naturellement et presque irrémédiablement paresseux, vouait bien s'éveiller certes, mais comme l'effort lui répugne, il voudrait; et, naïvement il croit la chose possible, que cet effort une fois accompli le plaçât dans un état de veille définitif ou au moins de quelque longue durée; voulant se reposer dans son éveil, il s'endort. De même qu'on ne peut pas vouloir dormir, car vouloir, quoi que ce soit, c'est toujours s'éveiller, de même on ne peut rester que si on le veut à tout instant.

Et le seul acte immédiat que tu puisses accomplir, c'est t'éveiller, c'est prendre conscience de toi-même. Jette alors un regard sur ce que tu crois avoir fait depuis le commencement de cette journée c'est peut-être la première fois que tu t'éveille vraiment; et c'est seulement en cet instant que tu as conscience de tu as conscience de tout ce que tu as fait, comme un automate sans pensée. Pour la plupart, les hommes ne s'éveillent même jamais à ce point qu'ils se rendent, compte d'avoir dormi. Maintenant, accepte si tu veux cette existence de somnambule. Tu pourras te comporter dans la vie en oisif, en ouvrier en paysan, en marchand, en diplomate, en artiste, en philosophe sans t'éveiller jamais que, de temps en temps, juste ce qu'il faut pour jouir ou souffrir de la façon dont tu dors ; ce serait même peut-être plus commode, sans rien changer à ton apparence, de ne pas t'éveiller du tout.

René Daumal, Tu t'es toujours trompé, Mercure de France

03 octobre 2006

plus plus moins

"Plus vite, plus fort, plus tôt, plus longtemps, plus tard,
plus performant, plus mobile, plus polyglotte, plus jeune
plus diplômé, plus svelte, plus sportif, plus bronzé
plus payé, plus embouteillé, plus pollué, plus enveloppé, plus imbibé
plus PLUS
cent millions d'euros d'antidépresseurs precrits en Belgique en 2005
quatre vingt trois millions d'euros d'antiulcéreux
les médecins prescrivent décidément ces choses-là sans aucun discernement."

musique

"Musique est lumière convertie à l'oreille."
C. Lejeune

02 octobre 2006

seul plein d'amis

"I'm sitting alone with some friends."
Ballade irlandaise

C'est une vieille et rude ballade irlandaise, qui parle d'un vieux chanteur entouré d'amis qui l'entourent, et si seul pourtant. Le contraire aussi existe: seul avec une étendue immense sous les yeux, et des amis plein le coeur.

01 octobre 2006

le vide et la vie

"Aux noces de Cana, je leur servirai la soif
Et ils me reprocheront de ne pas l'avoir servie d'abord."
Claire Lejeune. La gangue et le feu.

Le TAO nous rappelle que tout s'articule autour d'un vide, qui seul permet le mouvement, la vie: moyeu de la roue, bloc-cylindre des moteurs, case vide des puzzles carrés de notre enfance qui nous voyaient reconstruire une image cohérente en faisant glisser sous nos doigts de minuscules cases imagées, enveloppe creuse de la montgolfière.
La soif, faim et désert de l'âme précèdent-ils les plus belles fêtes?

29 septembre 2006

de sales fréquentations

"Le cochon n'est devenu sale que par suite de ses fréquentations avec l'homme. A l'état sauvage, c'est un animal très propre. "
Pierre Loti.

28 septembre 2006

en tout homme un cochon sommeille

« Dans les différentes ethnies peuplant notre globe, le cochon imite la couleur de l'homme chez qui il se trouve. Sans doute est-ce l'homme qui, au départ, a sélectionné le porc sauvage le plus proche de sa nature: ainsi le cochon est rose et blanc en Europe et en Amérique du Nord; noir en Afrique; jaune en Asie et orangé en Amérique du Sud. »

Julien Green. Le Grand Large du soir. P.150

Soif

"J'ai soif et rien que la mer à boire !"
Claire Lejeune. Mémoire de rien.

26 septembre 2006

les confidences que rapportent les fauteuils

"Ce qu'ont entendu les meubles, confidences et disputes, les fauteuils le gardent avec cet air de présence qu'ils ont quand ils sont seuls. Les inconnus, pour nous ici les inconnus de la famille, les grands-parents, leurs invités, sont les ombres qui vont y rêver quand nous ne sommes pas dans la pièce. Nous sommes nous-mêmes les fantômes de demain, nous envahissons chaque jour nos meubles avec des souvenirs vivants, nous hantons le présent qui pour nous-mêmes devient chaque jour du passé. Nous sommes déjà les inconnus de la maison au c½ur de notre vie quotidienne."
Julien Green. Le grand large du soir.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

25 septembre 2006

La lumière me rend ma nuit

Il y aussi une douceur anglaise. Je songe à Milton aveugle, dans le poème où il rêve qu'il voit sa femme.
Il est heureux tout le temps que dure ce rêve, et puis le jour vient et « la lumière me rend ma nuit ».
Julien Green . Le Grand Large du soir. 2006. p 113. Flammarion.

Piqué par la curiosité, j'ai voulu retrouver dans l'oeuvre de Milton ces versets où il parle de son infortune.
On les retrouve dans ses Derniers Sonnets, et la légende veut que ces lignes soient les dernières qu'il ait écrites.

"Came vested all in white, pure as her mind;
Her face was veil'd; yet to my fancied sight
Love, sweetness, goodness, in her person shin'd
So clear, as in no face with more delight.
But O, as to embrace me she inclin'd,
I wak'd; she fled; and day brought back my night."

John Milton (1608 - 1674)

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

24 septembre 2006

la fureur des berges

"On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent,
mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent."

Bertolt Brecht..

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

ces livre sans nom d'auteur

Les livres devraient être publiés sans nom d'auteur, ça résoudrait bien des choses. On attend de l'écrivain qu'il soit remarquable dans toutes les circonstances. Mais on ne l'est pas toujours, moi je suis bête à mourir. Quand j'étais jeune, j'avais un jour abordé un grand écrivain. Bonjour, je lui dis. Bonjour, me répond-il. Je m'attendais à une grande phrase qui allait me révéler les secrets de la vie. J'avais été très déçu.. .
Antonio Antunes

22 septembre 2006

beauté du bouquet

"Unifier, c’est nouer les diversités, non les effacer."
Saint Exupéry

Je vous souhaite un bon week end
CV.

20 septembre 2006

En pique nique

"Notre existence est tissée de choses faites trop tard."

L'histoire est reprise par le Dalaï Lama qui introduit ses moments de méditation par la conclusion qu'il en tire. Un moine bouddhiste se faisait prier par un de ses élèves: "Emmène-moi donc en pique-nique comme tu me l'as si souvent promis." Nouvelle promesse, nouvelle attente, nouvelle désillusion: il y a tant de choses à faire, bien plus urgentes au quotidien. Les années passent, l'élève devient moine son tour, le vieux moine meurt inopinément un jour d'automne. Son disciple aimé ouvre le cortège funéraire. Sur le bord du chemin, deux étrangers s'interrogent: "Qui est-ce, et où vont-ils donc?" Le Dalaï Lama conclut dans un sourire contagieux: "Vous l'aurez deviné, en pique-nique."

On ne possède rien, jamais, qu'un peu de temps. Depuis mon retour de vacances, Je me dis que je dois absolument aller rendre visite à Louis, hospitalisé au centre ville. Vieil ami de toujours, tout bon, tout rond, tout gros, il a maigri sans raison et le corps médical s'en est alarmé. Son prénom reporté de semaine en semaine sur les pages de mon agenda (trop de trafic ce jour, pas de parking, trop de consultations urgentes, une reprise des cours imminente, grosse fatigue aujourd'hui, demain ne pas oublier Louis) sont un vivant reflet d'un certain mode de vie, ou peut-être la traduction inconsciente d'une anxiété diffuse à affronter l'image du cancer qui nous attend tous au tournant. J'ai appris sa mort ce matin. J'en ai traîné le regret toute la journée: croyais-je donc qu'il était immortel? Vendredi , Louis sera enterré près de sa plage natale, loin d'ici, près de chez lui. J'irai lui dire un tardif adieu, bloquant une journée que j'aurais été bien inspiré de lui consacrer un mois plus tôt. Où vont-ils donc? En pique-nique.

19 septembre 2006

d'humeur excellente

« Quand, d'aventure, l'envie m'en prend, je vais puiser l'eau limpide de la rivière et je prépare mon repas. L'eau qui coule, goutte à goutte, me ravit et, en face de mon simple bûcher, je me sens d'une humeur excellente. »
Bashô, Journaux de voyage, poète de haïku japonais, 1644 - 1694. Pour Bashô, le haïku n'est pas dans la lettre mais dans le coeur. Il s'efforce d'exprimer la beauté contenue dans les plus simples choses de la vie :

« Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l'eau. »

C'est une poésie de l'allusion et du non-dit qui fait appel à la sensibilité du lecteur. Par exemple il évite de décrire l'évidente beauté du mont Fuji :

« Brume et pluie.
Fuji caché. Mais maintenant je vais
Content.»

En passant devant les ruines du château ou périt le célèbre Minamoto no Yoshitsune alors qu'il était assiégé par l'armée de son frère Yoritomo, le poète est frappé de voir qu'il ne reste rien de cette gigantesque bataille, de tous ces glorieux combats et que la nature a repris ses droits :

« Herbes de l'été.
Des valeureux guerriers
La trace d'un songe. »

On songe aussitôt à Brassens et à ses deux oncles
"Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain."

Bashô; est le premier grand maître du haïku et sans aucun doute le plus célèbre au Japon où il reste littéralement vénéré.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

17 septembre 2006

le bruit des autres

"Quand deux têtes se cognent et que ça sonne creux, ce n'est pas toujours à cause de la tête de l'autre."
Sagesse populaire

16 septembre 2006

malentendu

"Il se demande si ce qu'il a toujours pris pour la richesse du silence
n'était pas en fait la pauvreté de ne jamais être entendu."
Nicole Krauss. L'histoire de l'amour. Gallimard.

13 septembre 2006

du chaos à la poussière

"Tout est rien, tout est vide et tout farce grossière.
Nous sortons du chaos pour devenir poussière."
Glycon. anth.pal X 124 5ème siècle de notre ère.

Qui a dit que nos temps sont désespérés? Au 5ème siècle après JC, certains cultivaient déjà un certain pessimisme sur la condition humaine..

12 septembre 2006

11 septembre 2006

Richesse infinie

"Ce printemps dans ma cabane
Absolument rien
Absolument tout."

Haïku de Kobayashi Issa (poète japonais, de son vrai nom Kobayashi Nobuyuki. Né en 1763 dans le village de Kashiwabara dans la province de Shinano et est mort en 1828 à Kashiwabara.
Fils d'un paysan aisé, la vie d'Issa fut marquée par une succession de malheurs et par la pauvreté.

10 septembre 2006

Dolce agonia

Aucune grande voix
de lumière et pardon
ne s'est élevée des décombres.
Une femme, Nancy
Nancy Huston, avant le crime
avait prophétisé dans un poème:
"Que feront-ils sans nos prières?
Qui priera pour nos assassins?
Quand ils nous auront tués."

Henri Bauchau. Poésie pour le 11 septembre

l'eau , les fleurs

Dans chaque jardin
Les fleurs sont multiples
et l'eau est unique

Abdel Malik

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

09 septembre 2006

la beauté de septembre

Jamais la fin d'été n'avait paru si belle.
Les vignes de l'année auront de beaux raisins.
On voit se rassembler, au loin les hirondelles
Mais il faut se quitter. Pourtant, l'on s'aimait bien.

Quel joli temps pour se dire au revoir.
Quel joli soir pour jouer ses vingt ans.
Sur la fumée des cigarettes,
L'amour s'en va, mon c½ur s'arrête.
Quel joli temps pour se dire au revoir.
Quel joli soir pour jouer ses vingt ans.

Les fleurs portent déjà les couleurs de Septembre
Et l'on entend, de loin, s'annoncer les bateaux.
Beau temps pour un chagrin que ce temps couleur d'ombre.
Je reste sur le quai, mon amour. A bientôt.

Quel joli temps, mon amour, au revoir.
Quel joli soir pour jouer ces vingt ans.
Sur la fumée des cigarettes,
L'amour nous reviendra peut-être.
Peut-être un soir, au détour d'un printemps.
Ah quel joli temps, le temps de se revoir.

Jamais les fleurs de Mai n'auront paru si belles.
Les vignes de l'année auront de beaux raisins.
Quand tu me reviendras, avec les hirondelles,
Car tu me reviendras, mon amour, à demain...

Septembre, quel joli temps. Barbara

L'ambiance douce de l'été indien , avec ses rites (rentrée, journées du
patrimoine, dimanche et barbecues urbains sans voiture, braderies, marrons et
noix, vendanges, est de retour.

06 septembre 2006

Un univers d'intranquillité

"Tout ce qui s'oppose à soi-même est en même temps en harmonie avec soi. comme en témoignent l'arc et la lyre."
Héraclite

Beau sujet de dissertation. Si on connaît bien l'arc, moins connue est l'antique lyre, tendue par ses quelques cordes à l'extrême limite de la rupture de son mince cadre en bois.
Tension interne, opposition, harmonie des sons qui jaillissent de la lyre, force de la flèche que l'arc propulse, tension jusqu'à la souffrance des doigts qui en pincent les cordes, attention extrême du cerveau qui se concentre pour en extraire le meilleur...
L'art de l'archer est une prière chez les moines boudhistes, l'art de la lyre une magie dans l'antiquité.
Nous aurions tort de craindre la tension interne qui, maîtrisée, nous donne le chant de la lyre et la précision puissante de la flèche. Curieux bonheur d'aujourd'hui, où la tranquillité est devenue un objectif, une mer sans vagues une destination de voyage, un ciel sans nuage un but de vacances.
Un parcours scolaire sans échec un idéal de parent. Un visage sans ride un idéal de femme.

Qui nous fera rêver un jour à un univers d'intranquillité qui nous réconcilie avec la vraie vie?

05 septembre 2006

le cheval qui va tout seul

"Le plus grand compliment que l'on puisse faire à un cavalier, c'est de lui dire que son cheval va tout seul. Mais rien ne se fait tout seul."
Félix Marie Brasseur. Médaille d'or en atelage à quatre à Aix)

Dans un registre différent, mais en droite ligne du message d'hier, bonne rentrée scolaire bis.

04 septembre 2006

paradoxes démocratiques

"L'école qui mène à la démocratie ne peut pas être démocratique."
Marcel Gauchet.

Cité par Olivier Rey, qui ajoute que "les enfants ne naissent pas libres , mais destinés à l'être pour peu qu'on leur en donne les moyens.
Ce qui suppose qu'on ne les en estime pas d'emblée détenteurs. Il ne s'agit pas de critiquer les valeurs de la modernité, mais d'éviter que, par un déploiement inconditionné, elles en viennent à saper leurs conditions de possibilité."
Allons, bonne rentrée des classes à tous.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

03 septembre 2006

Lettre à mon fils à l'occasion de Noël.

"Ainsi, cher Stefano, je t'offrirai des fusils. Et je t'apprendrai à jouer à des guerres très compliquées, où la vérité ne se trouve jamais d'un seul côté, où l'on doit signer, à l'occasion, des armistices. Tu te défouleras, dans tes jeunes années; tes idées s'embrouilleront un peu, mais des convictions naîtront lentement en toi. Puis, une fois adulte, tu croiras que tout cela n'aura été qu'un conte: le chaperon rouge, Cendrillon, les fusils, les canons, l'homme contre l'homme, la sorcière contre les sept nains, les armées contre les armées. Mais si d'aventure, quand tu seras grand, il y a encore les monstrueuses figures de tes rêves d'enfant, les sorcières, les kobolds, les armées, les bombes, les mobilisations générales, peut-être que tu auras acquis une conscience critique à l'égard des fables, et que tu apprendras à te mouvoir de façon critique dans le monde réel."

Umberto Eco. Pastiches et Postiches.

02 septembre 2006

les âmes tapies

"Angéline avait trois secrets: elle savait ce qu'elle voulait, elle avait compris ce qui était possible (c'est-à-dire que tout ne l'est pas), et aussi ce qui se tait avec profit. Cela faisait beaucoup de sagesse. Elle débusquait les âmes tapies derrière la chair."
Alice Ferney. Grâce et dénuement. Actes Sud 1997. p.23

Alice Ferney n'a pas son pareil pour décrire des personnages lumineux. Qui telle Angéline, la mama gitane, ne savent parfois ni lire ni écrire, et pourtant. Un régal de lecture qui a enchanté ma semaine.

Les semences du chagrin

"Vois la vie et la joie et retourne auprès d'elles
Puisqu'il faut bien qu'un peu de bonheur recommence."
Anna de Noailles. L'ombre des jours.

Vues à la consultation ce soir, une jeune maman belgo-turque et ses deux jeunes enfants. Je la "connais de toujours" comme elle aime le rappeler, mais elle dissimule mal sa détresse.
Veuve deux mois avant la naissance de sa petite fille Ines, son mari s'est pendu à la clenche de la porte de leur chambre à coucher avec la ceinture de son peignoir à elle, au cours d'une crise de profonde dépression aussi soudaine qu'inattendue et inexpliquée.
Elle ne s'en remet pas et protège comme elle peut ses deux bambins d'un sort contraire.

J'observe Ines, 8 mois, du coin de l'oeil pendant que sa maman me parle : la petite n'arrête de sourire, voire de rire aux éclats quand son frère lui souffle quelque chose à l'oreille. Sa maman me confirme qu'elle sourit tout le temps, rit pour un rien, un vrai soleil.
On ne pleure que ce qu'on a connu, et perdu.

01 septembre 2006

Immortalité.

"- Un dieu, - un dieu, à moins que ce ne soit le Méphisto du Docteur Faust, - t'offre d'exaucer le premier de tes v½ux. Te voilà affranchi de la mort. Mais il t'a mis en garde. Ce don est définitif. Tu veux l'immortalité. Tu n'y échapperas plus.
Tu vas voir vieillir et mourir ce que tu aimes. Tu vas voir s'éloigner et disparaître comme des barques à l'horizon ta jeune et tendre maîtresse, puis celle qui lui aura succédé, et une autre, et une autre encore, et tes enfants et tes petits-enfants et les arrièrepetits-enfants de tes petits-enfants.
Tu verras tomber en poussière et pourrir tout ce qui faisait à tes yeux le prix de la vie et la beauté du monde. Toute joie sera pour toi, dans un monde devenu étranger, tarie dans sa source même par l'infinie répétition et l'éc½urante satiété. Il ne faudra pas beaucoup de siècles pour que ta propre vie, ta vie immortelle, devienne pour toi un objet d'ennui et de dégoût, pour que toutes les minutes en soient pareilles, pour que tu n'aies plus ni raison ni envie de faire ceci aujourd'hui plutôt que demain, d'aller ici plutôt que là.
Mais ce ne sera encore que le commencement, la première aube de ton supplice. Tu verras vieillir et se disloquer ta planète. Tu verras ton soleil pâlir et rougeoyer comme un charbon qui s'éteint. Tu verras périr l'univers sans l'espoir d'être englouti par ce désastre même. Tu resteras les yeux ouverts sur le vide et la nuit de l'éternel néant. Tout au plus entendras-tu alors hurler vers un ciel sans écho et sans étoiles une voix qui criera: « Au secours. Aidez-moi. Par pitié. Accordez-moi de mourir. »
Mais il n'y aura pas de réponse à cette voix qui sera la tienne. Voilà ce qui t'attend. Veux-tu toujours l'immortalité? Si tu la veux, elle est à toi."

Thierry Maulnier. Le Dieu masqué. Gallimard NRF. p 31.32

30 août 2006

la pulpe des jours

"Les jours ont leur pulpe
et je la goûte simplement
et pour la première fois de ma vie
je suis libre.
C'est à la fois très inquiétant et très délicieux."

Christiane Singer. Seul ce qui brûle. Albin Michel 2006. p.69

Le parfum et autres possessions permises

"L'odorat a ceci de merveilleux qu'il n'implique aucune possession. On peut être poignardé de plaisir, dans la rue, par un parfum porté par une personne non identifiée. C'est le sens idéal, autrement efficace que l'oreille toujours bouchée, autrement discret que l'½il qui a des manières de propriétaire, autrement subtil que le goût qui ne jouit que s'il y a consommation. Si nous vivions à ses ordres, le nez ferait de nous des aristocrates."

Amélie Nothomb. Journal d'Hirondelle. Albin Michel 2006. p.15

27 août 2006

éloge de la fragilité

" J'ai rencontré quelques grands ancêtres, Shakespeare et Dostoïevski, les auteurs inconnus du Mahâbhârata, Corneille, Chateaubriand, Balzac, Proust. Ils m'ont appris ce que je savais sans doute déjà : un personnage ne peut nous toucher que lorsque nous avons trouvé en lui ce que nous appelons "vulnérabilité". Tout le théâtre, tout le cinéma, toute la littérature, toute forme d'expression repose sur la fragilité. Elle est notre source cachée, le moteur de toute émotion et de toute beauté."

Jean Claude Carrière. Fragilité.

éloge de l'inaction

«Celui qui fait quelque chose a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et surtout la grande armée des gens d'autant plus sévères qu'ils ne font rien du tout. »
Jules Claretie

25 août 2006

à quoi servent les ballons ?

1783. François Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes effectuent en montgolfière le premier vol humain, entre le château de la Muette et la Butte aux Cailles.
«Un grincheux prit à témoin un élégant vieillard aux longs cheveux blancs : "A quoi, Monsieur, peuvent servir les ballons?" Tout à la joie de l'événement, le vieillard réfléchit un instant et sourit avant de répondre: "Monsieur, à quoi peut servir l'enfant qui vient de naître?" Le vieil homme s'appelait Benjamin Franklin.
»
Bernard Marck, Histoire de l'aviation

La vie du vieillard au longs cheveux blancs est à elle seule une encyclopédie: à découvrir.
Les ballons ont rendez-vous chez nous pour une coupe Gordon Bennett qui fête ses cent ans. Le Mondial du ballon à gaz s'élancera de Waasmunster le 9 septembre. Féérie assurée paraît-il.
L'enfant qui vient de naître se reconnaîtra sans aucun doute, et ses parents aussi. La fabuleuse histoire des ballons est à l'image de l'existence qu'on lui souhaite.

24 août 2006

La honte de survivre

“Since then, at an uncertain hour that agony returns
And till my ghostly tale is told
This heart within me burns.”

Coleridge, cite par Primo Levi

(« Depuis lors, à une heure incertaine, cette agonie revient
Et jusqu'à ce que mon effrayante histoire soit racontée,
Ce cœur en moi brûle.)

Une saison de machettes : suite . Je baigne encore dans le récit des machettes, et termine mes journées par quelques bonnes lectures comparées. Hier Rwanda versus Hannah Arendt ou la banalité du mal. Ce soir : l’incroyable retournement qui amène les victimes rescapées à se sentir coupables, de manière durable, allant parfois jusqu’au suicide comme ce fut le cas de Primo Levi, qui le premier décrivit ce paradoxe : le survivant se considère coupable par le simple fait d’être là, d’être vivant, mémoire et rappel vivant des abjections commises. On retrouve ces conclusions presque reprises mot pour mot dans les témoignages des tueurs et des rescapés du Rwanda, alors qu’il existe peu de chances qu’ils aient lu Lévi ou Semprun auparavant. C’est surprenant. Quelques extraits édifiants permettront d’illustrer ceci, tirés soit de Semprun (communiste résistant espagnol, rescapé de Buchenwald), soit de Lévi (Si c‘est un homme), soit de simples rwandais ayant participé ou échappé au massacre.

« Voudra-t-on écouter nos histoires?» se demande Semprun dans un livre sur les camps de la mort qu’il mit quarante ans à écrie (L’écriture ou la vie). Ce sentiment de ne pas être cru a été partagé par tous les déportés. Ceux qui ne pouvaient faire connaître publiquement leur expérience, décrivent l'impossibilité de parler de l’indicible, même en famille. Mais la société est-elle prête à les entendre? Primo Levi écrit qu’au fur et à mesure qu'il raconte ce qu'il a vécu, il voit les siens se détacher de lui et le laisser seul face à ses souvenirs.

« Le fait est que les rescapés gênaient, qu'ils étaient la preuve vivante - je parle de ceux qui avaient réchappé à l'extermination - que la France n'avait pas été aussi brave qu'on voulait le croire. Et puis, ces survivants développaient eux-mêmes un sentiment de culpabilité par rapport à ceux de leurs familles qui étaient partis en fumée. Ils étaient vivants par hasard. »
G. Semprun .

« PIO : Dans le camp des Tutsis, ce doit être très différent. Je ne connais pas leur situation, mais je pense que cette folie peut bien exister chez ceux qui ont échappé aux tueries. Celui qui a partagé son existence avec un nombre de morts; je veux dire celui qui a regardé un nombre de vaet-vient fatals en attendant son tour, celui qui s'est attendu tomber sanguinolent dans les dernières ténèbres, sa raison peut se gâter. Recevoir le mal, et la souffrance qui va avec, favorise plus la démence que le donner. »
Jean Hatzfeld. Une saison de machettes.

« PANCRACE: Chez les tueurs, la malaria ou le choléra ont beaucoup tué en prison. La peur de la vengeance a tué. La vie misérable ou les bagarres ont tué, mais les regrets jamais. La vie se montre trop vigoureuse contre les regrets et consorts. Celui qui a tué de trop dans les marais, il a tendance à abandonner ses souvenirs ensanglantés au milieu des cadavres qu'il a laissés. Il veut seulement se rappeler le peu qu'il a fait dans les marais aux yeux de tous, et qu'il ne peut pas nier sans être traité de menteur. Il cache le restant. Il égare les remords trop pénalisants. Sa mémoire se montre solidaire de son intérêt, elle zigzague pour le tirer à travers les risques de punitions. »

« Clémentine: « Moi, je vois que les rescapés et les tueurs ne se souviennent pas du tOut pareillement. Les tueurs, s'ils acceptent de parler à haute voix, ils peuvent dire la vérité sur tous les détails de ce qu'ils ont fait. Ils ont gardé une mémoire plus naturelle de ce qui s'est passé sur leur colline. Leur mémoire ne se cogne sur rien de ce qu'ils ont vécu, elle ne se sent pas dépassée par de terribles événements. Elle ne s'embrouille jamais dans la confusion. Les tueurs gardent leurs souvenirs à l'eau claire. Mais ces souvenirs, ils les partagent seulement
entre eux; parce qu'ils sont risquants. »

Les rescapés, ils ne s'entendent pas si bien avec leur mémoire. Elle zigzague sans cesse avec la vérité, à cause de la peur ou de l'humiliation de ce qu'il leur est arrivé. Ils se sentent blâmables d'une autre façon. Ils se sentent plus blâmables d'une certaine manière d'une faute qui leur échappe pour toujours. Pour eux, les morts sont proches, ils sont même touchants. Ils doivent composer de petites associations pour additionner et comparer leurs souvenirs, à pas prudents, sans se tromper. Mais par après, ils vont se rappeler des terribles événements sans peur des embûches.
Les rescapés cherchent la tranquillité dans une partie de la mémoire. Les tueurs la cherchent dans une autre partie. Ils ne s'échangent ni la tristesse ni la peur. Ils ne demandent pas la même assistance au mensonge. Je crois qu'ils ne pourront jamais partager une part importante de vérité. »

du masque et du visage

"Donnez un masque à un homme, il vous dira la vérité."
Oscar Wilde

22 août 2006

Vous êtes le père ?

"Tout artiste est témoin de son époque avant tout. A un notable, aux opinions
nazies reconnues, qui l'interroge sur son tableau-fresque" Guernica, "C'est de
vous cette oeuvre, maître?", ce dernier répond imperturbable : "Non, c'est de
vous"."
Rapporté dans Le Monde 2 ce week end. Comme tous les journaux, celui-ci vit
déjà sa seconde vie dans les mains d'un de mes garçons, avant de finir
emballant les épluchures de pommes de terre. Je ne possède donc plus les
références de l'article. Fallait-il jeter l'anecdote pour autant?

Je vous souhaite une bonne semaine

CV.

APPEL A COLLABORATION

PS Comme chaque année, mais avec deux ans de retard, je rassemble mes Pensées
entre café et journal de l'année. Quelqu'un parmi vous aurait-il conservé
celles de la période allant du 1er janver 2004 au 21 avril 2004, que j'ai
égarées? Je lui réserve volontiers un exemplaire broché 2004 2005 2006 lors de
sa parution.

chasser moutonnement, chasser férocement

"JOSEPH-DÉSIRÉ: Des maladroits, il y en a toujours eu, surtout pour l'achèvement des blessés. Si tu es né avec un caractère timide, c'est difficile de le changer, en pleines tueries dans les marais. Alors, ceux qui se sentaient à l'aise épaulaient ceux qui se sentaient gênés. Ce n'était pas conséquent du moment que ça continuait.

IGNACE: Il ya ceux qui chassaient moutonnement, ceux qui chassaient férocement. Ceux qui chassaient lentement parce qu'ils étaient apeurés; ceux qui chassaient lentement parce qu'ils étaient paresseux; ceux qui cognaient lentement par méchanceté et ceux qui cognaient vite, pour terminer le programme et pour rentrer plus tôt, à cause d'une autre activité. Ça n'avait pas d'importance, c'était chacun sa technique et son caractère.

JOSEPH-DÉSIRÉ: C'était une folie qui roulait sans plus être dirigée. Tu courais devant ou tu t'écartais au passage pour ne pas être bousculé, mais tu suivais la multitude. Celui qui était lancé la machette à la main, il n'écoutait plus rien. Il oubliait tout et en premier lieu son niveau intellectuel. Le programme répété nous dispensait de réfléchir à ce qu'on faisait. On allait et on revenait, sans croiser une idée. On chassait parce que c'était le programme de nos journées, jusqu'à ce qu'il soit terminé. Nos bras commandaient nos têtes, en tout cas nos têtes ne disaient plus leur mot."

Jean Hatzfeld. Une saison de machettes.

La lecture hier soir d'une trentaine de pages de récit de génocidaires lors de la tuerie du Rwanda ne peut laisser indifférent. La journée est avancée, et je me surprends à m'assoupir dans le fauteil de ma lecture, pour me réveiller en sursaut empêtré dans un horrible cauchemar où les tueurs sont ces voisins banaux qui m'entourent. On croit réentendre Hannah Arendt, fougueuse envoyée de presse aux procès nazis, constatant l'horrible vérité de la banalité du mal. Envoyée au procès d'Eichman, Hannah Arendt récuse le plaidoyer du procureur. Elle soutient au contraire qu’Eichmann n’était pas un méchant, un démon, un monstre ou encore un être inhumain, mais un homme ordinaire, normal. Bien que les faits aient été monstrueux, Eichmann ne peut être considéré comme un monstre.
La seule caractéristique décelable dans son passé comme dans son comportement dans le procès était un fait négatif : ce n’était pas de la stupidité mais une curieuse et authentique inaptitude à penser. On relit à ce stade le roisième fragment de témoignage de Joseph-Désiré: l'histoire bégaie.
Eichmann est caractérisé par l’absence de pensée et par l’usage constant d’un langage stéréotypé, de clichés standardisés. C’est, de plus, un employé modèle, un bureaucrate méticuleux. Toute "la saison des machettes" , 50 ans plus tard, n'écrit rien d'autre.
Je me réjouis déjà de découvrir après cette lecture le sensible ouvrage Grâce et dénuement d'Alice Ferney, que la poste vient de me déposer ce midi.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

21 août 2006

le temps de vivre

"Six heures suffisent aux travaux ; celles qui viennent après tracent aux hommes les lettres suivantes : Vivez !"
Epigraphe. Lucien de Samoaste (140 ap JC)

19 août 2006

un long bruit silencieux

"Bien moins connu que le Niagara mais bien plus énorme et mémorable est la cascade de Staubbach, à Lauterbrunnen, le fleuve de poussière d'eau cristalline. J'en fis la découverte aux alentours de 1916; j'entendis de loin la grande rumeur de l'eau verticale et pesante qui tombait de haut dans un puits de pierre qu'elle continue de labourer et d'approfondir presque depuis le commencement des temps. Nous passâmes là une nuit; pour nous comme pour les gens du village, le bruit constant finit par être le silence."

Borges. Atlas.

18 août 2006

la phrase sur le bout de la langue

"Ce matin-là il avait commencé une phrase
« Il faudra pourtant se décider à... » et à ce moment
le téléphone a sonné
C'était André qui lui apprenait la nouvelle
et il est parti aussitôt
Nous ne l'avons pas revu vivant
Et je ne sais pas comment il aurait terminé la phrase
ni à quoi il pensait qu'il fallait pourtant se décider

Est-ce qu'il existe au Grand Central de la Terre
quelqu'un qui est chargé de terminer les phrases
inachevées?
y a-t-il un ministère où les employés
sont chargés de répondre aux lettres
auxquelles on projetait de répondre
les lettres qu'on n'a pas eu le temps d'écrire?
Existe-t-il un service
qui se charge de faire les cadeaux
qu'on projetait de faire mais qu'on n'a pas fait?
Où est le cabinet-conseil
qui nous réconcilierait malgré notre absence
avec l'ami avec qui nous étions brouillés
(mais nous avions décidé que la brouille était absurde)
Qui finira pour nous malgré l'absence après
l'arrêt subit
la vie qu'on avait pourtant l'intention de vivre?"

Claude Roy
Kerdavid. Samedi 29 août 1992

Petite invitation à la rêverie : demain, dans une semaine,
l'année scolaire reprend. Derniers moment volés pour quelques
modestes réflexions existentielles de fin d'été.

UN BRUIT TRÈS BAS

"Le bruit très bas à peine si on l'entend
de la pluie qui commence à tomber
et pose doucement ses doigts sur les feuilles
une à une puis s'enhardit
et gifle le feuillage heureux que l'eau ruisselle

Le bruit très bas à peine si on l'entend
de la source timide cachée sous la verdure
entre les menthes les guimauves le cresson
la source qui fait modestement son travail de source
mais va rejoindre par de très longs chemins
l'océan Atlantique

Le bruit très bas à peine si on l'entend
d'une mélodie encore suspendue que les doigts
du musicien effleurent incertains sur le clavier
inventant à tâtons de l'oreille la suite de l'air naissant
qui cherche à s'achever à s'accomplir Il chante enfin

Le bruit très fin à peine si Dieu l'entend
de la petite araignée épeire diadème
filant à volonté du fil sec ou gluant
pour tendre sur ses branches sa toile en spirale
sur le modèle exact d'un cristal de neige et de la galaxie

Le sigle minuscule du monde transfini."

Claude Roy. Kerdavid.
Samedi 22 août 1992

Que faisiez-vous le 22 août 1992?

15 août 2006

en citant Borgès

"La mémoire choisit ce qu'elle oublie."
Borgès

Un autre nom pour Marie

"Elle n'avait pas eu le temps de se préoccuper des autres. Oui, pensa-t-elle, la vieillesse peut servir à cela, donner sa bienveillance, parce qu'on a le temps qu'il faut, parce qu'on n'attend plus avec impatience et colère des choses, qui, ne venant pas, nous rendent hargneux envers ceux qui les ont."

Alice Ferney

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

13 août 2006

Ce qui restera toujours

« Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes. »

Marguerite Yourcenar. Mémoire d'Hadrien. Gallimard 1974

12 août 2006

L'amitié

« Ne croyez pas que celui qui essaie de vous réconforter vive sans effort parmi les mots simples et sereins qui parfois vous font du bien. Sa vie connaît tant de peines et de tristesses qui le laissent loin derrière elles. S'il en allait autrement, il n'aurait jamais pu trouver ces mots-là . »
Rainer Maria Rilke Lettres à un jeune poète.

Je vous souhaite un bon dimanche
CV.

10 août 2006

09 août 2006

L'article impénétrable

"Une bonne constitution doit être à la fois claire et obscure, et comporter au moins un article impénétrable, comme on le voit de nos jours dans nos propres constitutions, où il existe un paragraphe sibyllin, bien utile au pouvoir."

Jean Guitton , citant Talleyrand. Un siècle, une vie. p.113

08 août 2006

Je n'entnds rien

«Je n'entends rien.»
Jascha Heifetz

Un bel article consacré aux violons d'exception dans Le Monde 2 de cette semaine.
Et une conclusion pétrie de sagesse: un grand violon peut nourrir la confiance, aider à exprimer pleinement sa personnalité, mais on n'a jamais vu un grand musicien passer à côté d'une carrière parce qu'iljouait sur une crêpe, ni même un étudiant ne pas réussir à cause de son instrument», selon Marc Coppey, professeur au Conservatoire de Paris.
Une façon de rappeler l'évidence, à savoir que l'instrumentiste tient malgré tout le rôle fondamental.
A une admiratrice qui, à l'issue d'un concert, lui vantait le son de son merveilleux stradivarius, le grand Jascha Heifetz répondit, en portant son violon àl'oreille: «Je n'entends rien.» L'anecdote est restée célèbre. Les possesseurs de stradirius adorent la raconter."

06 août 2006

à jamais

"Depuis,la vie m'a enseigné une chose: tout vous sera retiré par le fleuve du temps qui vous emporte qu'il soit tranquille ou non , tout , sauf les souvenirs du bonheur.Ils sont incrustés en vous pour toujours et, si on les laisse agir, ils vous envoient continuellement des flots de sérénité."

Madeleine Chapsal

05 août 2006

la vie humaine

"A quoi comparerai-je la vie humaine?
Il faut la comparer à une oie sauvage qui interrompt son vol pour se poser un instant sur la neige.
Elle y laisse l'empreinte de sa patte, puis s'envole Dieu sait où.
Notre ami le vieux moine est mort. Sur le mur en ruine du monastère, plus moyen de déchiffrer notre ancienne inscription.
Te souviens-tu encore de nos aventures d'antan?"

Su Dongpo (1037-1111).
Poète, peintre, calligraphe, penseur, haut fonctionnaire, précepteur de l’Empereur, un immense personnage de la Chine médiévale.
Tantôt au sommet de l’Empire et dans la confidence des empereurs, le lendemain relégué aux confins et échappant de justesse à la condamnation à mort, Su Dongpo, ouvert à toutes les expériences, convaincu par l’idéal confucéen d’une harmonie naturelle, est l’auteur d’une œuvre considérable tant en prose qu’en poésie.
Claude Roy, séduit par ses textes en traduisit bon nombre, avant d'écrire un merveilleux petit ouvrage adresé "à son ami de l'an mil", avec lequel il converse la nuit, par lune interposée.

Je vous souhaite un bon week-end
CV.

03 août 2006

Le moment de l'aurore

Pendant le Forum économique de Davos, Shimon Peres,
prix Nobel de la paix, a raconté l'histoire qui suit.
Un rabbin réunit ses élèves et demanda :
«Comment savons-nous le moment précis où la nuit
s'achève et où le jour commence?
- Quand, de loin, nous pouvons distinguer une brebis
d'un chien, dit un jeune garçon.
- En réalité, dit un autre élève, nous savons qu'il fait jour quand nous pouvons distinguer, de loin, un olivier d'un figuier.
- Ce n'est pas une bonne définition.
- Quelle est la réponse, alors? » demandèrent les gamins. Et le rabbin dit:
« Quand un étranger s'approche, nous le confondons avec
notre frère, et les conflits disparaissent - voilà le moment où la nuit prend fin et où le jour commence. »

Paulo Coelho. Comme le fleuve qui coule.

02 août 2006

comme l'odeur du Liban

"Filles de Jerusalem
Ne réveillez pas Amour avant envie

Avant le souffle du matin avant la fuite des ombres
Derrière ton voile
tes yeux oh des colombes
Moi j'irai sur la montagne Myrrhe et sur la colline Encens
Entièrement belle mon amie
Ici tes cheveux
Des chèvres noires
dévalent de la montagne de Galaad
Ici tes dents un troupeau tout blanc remonte du bain
Chacune a sa jumelle aucune ne manque

Toi sans défaut
Ma fiancée viens du Liban avec moi allez viens du Liban avec moi
Tu auras la vue depuis le haut de l'Amana du haut du Senir et de l'Hermon
Tes lèvres ressemblent à un fil écarlate
Depuis l'endroit des lions les montagnes des léopards
Quand tu parles c'est magnifique
Mon c?ur pris par toi ma s?ur fiancée
Ta joue derrière ton voile pareille à une moitié de grenade
C?ur pris par toi par un seul de tes yeux

C'est si beau
Tes amours de toi
c'est très bon
Mieux que le vin
Comme odeur
tes parfums meilleurs que tout baume
Du miel coule
de tes lèvres ma fiancée
Du miel et du lait sous ta langue
L'odeur de tes vêtements
comme l'odeur du Liban."

Le Poème, traduction du Cantique des cantiques par Olivier Cadiot et Michel
Berder. La Bible Bayard.

la statue en devenir

"Reviens à toi-même et regarde: si tu ne te vois pas encore toi-même beau, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle: il enlève, il gratte, il polit, il nettoie, jusqu'à ce qu'il fasse apparaître un beau visage dans la statue. Toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse tout ce qui est tortueux, nettoyant tout ce qui est sombre, rends-le brillant, et ne cesse de sculpter ta propre statue, jusqu'à ce que resplendisse pour toi la divine splendeur de la vertu."
Plotin (205-270 après JC)

31 juillet 2006

que tout se perd

"J'ai vécu heureuse
Dans mes palais
D'or noir et de pierres précieuses
Le Tigre glissait
Sur les pavés de cristal
Mille califes se bousculaient
Sur mes carnets de bal

On m'appelait
La Cité pleine de grâce
Dieu Comme le temps passe
On m'appelait
Capitale de lumière
Dieu Que tout se perd

Je m'appelle Bagdad
Et je suis tombée
Sous le feu des blindés
Sous le feu des blindés
Je m'appelle Bagdad
Princesse défigurée
Et Shéhérazade
M'a oubliée

Je vis sur mes terres
Comme une pauvre mendiante
Sous les bulldozers
Les esprits me hantent
Je pleure ma beauté en ruine
Sous les pierres encore fumantes
C'est mon âme qu'on assassine

On m'appelait
Capitale de lumière
Dieu Que tout se perd."

Tina Arena
Je m'appelle Bagdad

L'incomparable promenade

"On ne fume plus - ou alors des super lights, des extra lights, sans nicotine sans goudron sans tabac. On ne fume plus, on ne boit plus - ou alors des cafés sans caféine, des bières sans alcool, des boîtes de Coke sans coca-cola.

Et on mange sans graisse, sans calories, sans conservants ; sans pelures et sans pépins, sans couleurs, sans goût et sans appétit. On roule sans plomb, on lave sans savon ; on baise sans baiser, voici les jours légers - avec millions de papiers signés pour garantir que tout est bien, propre et clair.

Voici les jours légers - et l'âme lourde à ne plus bouger d'un pouce, à tout regarder de travers. Voici les jours à vivre sans vivre."

Francis Dannemark, L'incomparable promenade,

13 juillet 2006

Et ma vie, elle se passe où ?

« Lorsque la famille était réunie à table, et que la soupière fumait, Maman disait parfois:
- Cessez un instant de boire et de parler. Nous obéissions.
Nous nous regardions sans comprendre, amusés.
- C'est pour vous faire penser au bonheur, ajoutait-elle.
Nous n'avions plus envie de rire. »

Félix Leclerc. Pieds nus dans l'aube

Demain matin valises, bison fûté, bitume chaud et puant, modern transhumance, ambiance Jacques Borel et Expresso Jacques Vabre des stations d'autoroute.
Entre deux smarties, pensées humides pour ceux qui restent sur le quai, avec qui on a partagé toute une année, râlé, fêté, espéré.
Les grandes cellules explosent un moment fugace, en chacun de nous un spartacus se libère un court moment de ses chaînes en poussant un cri jubilatoire, pour se retrouver dans la même minute dans son espace peugeot, le gps branché sur l'eau et la verdure, avec le roman de l'été, le maillot qu'on sait devenu trop petit et le sudoku dans le sac de plage. Spartacus est devenu papa pingouin.
Le bonheur c'est avoir quelqu'un à perdre, aurait dit Camus cité par Philippe Delerm. Heureux et triste simultanément, à considérer ces dizaines de visages qu'on abandonne sur l'escapade, le mouchoir à la main. Tout d'un coup, on réalise que partir en vacances c'est se perdre et se retrouver à la fois. Perdre une réalité sûre, aux nuisances bien connues mais rassurantes, pour une aventure floue parée des mille atours de superbes courtisanes: par ici le bonheur. C'est un sport bien plus dangereux que le saut à l'élastique, car dans ce premier, qui nous assure qu'il y ait un élastique?
Une tradition ancestrale souhaite qu'on se crée durant ces trois semaines des moments souvenirs de bonheur, qu'on montrera en septembre à ceux qu'on aime. Malheur au pingouin ermite, indépendant, solitaire, esseulé ou abandonné: s'il fait lui-même la photo, il montrera une feuille blanche: banquise, été 2006. Papa Pingouin, lui, aura une vidéo qu'il baptisera modestement: la marche de l'Empereur. Comme dit la kabbale, la différence gît dans les détails. Nous avons perdu les dents, mais le goût du sang est intact.

Résumons-nous: perdre ceux qu'on aime pour retrouver ceux qu'on aime: l'homme est compliqué. Paradoxe, non? Et ma vie, elle se passe où?

11 juillet 2006

nos vies

"Le nombre des vies qui pénètrent la nôtre est incalculable."
John Berger. D'ici là.

Une toute petite phrase, d'apparence insignifiante. D'apparence.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

le petit balancier

"Chacun d'entre nous, au fond de lui, possède ce minuscule balancier, d'une grande fragilité: en une demi- seconde, la mauvaise décision ou la bonne."
Sagesse des blogs

09 juillet 2006

l'homme qui était dieu

"Seule la victoire est jolie."
Michel Malinovsky.

La fête est finie. Depuis un mois, le quartier entier bruisse chaque nuit de cortèges délirants fêtant la victoire des innombrables communautés formant l'entité bruxelloise.
Les drapeaux et oriflammes ornant les fenêtres vont se ranger. L'absence de Zidane lors de la cérémonie de clôture ont cassé le rêve, nous rapprochant tous de notre condition humaine: le soleil carbonise ceux qui l'approchent de trop près, et l'homme sait s'y prendre mieux que quiconque pour précipiter la chose.
Demain le tribunax italiens vont ramener à leur tour les idoles à d'autres réalités.
C'était Brel qui nous rappelait que "tu n'es pas le Bon Dieu, toi, tu es beaucoup mieux, tu es un homme." C'était la coupe du monde 2006.

les affaires des autres

"On excelle tous à régler les affaires d'autrui."
F. Leclerc. Le calepin d'un flâneur

Je vous souhaite un bon week end
CV.

08 juillet 2006

Mois de juin volés

"Si je fais le compte des occasions où j'ai pu me dire au cours de ma vie qu'une chose m'avait réellement rendu heureux, réellement reconnaissant, réellement humble, je m'aperçois qu'elles sont infiniment rares. Mon souhait le plus cher est de conserver intacts dans le fond de mon c½ur, le plus longtemps possible, ces sentiments privilégiés qui m' habitaient alors."
Sôseki. Choses dont je me souviens.

Beaucoup de café, des journaux à demi-lus, peu de pensées depuis le ... 16 juin. Juin devrait être l'apothéose de notre année, avec ses soirées si longues qu'elles tendent presque la main au petit jour. Ce fut une fois de plus une apothéose de stress et de fatigue, prolongeant une longue tradition entamée ce jour où nos pas maladroits franchissaient pour la première fois la porte cochère de la grande école.
C'en serait fini désormais de l'insouciance des fraises et des longues soirées bleutées qui se prolongent en d'interminables conversations à mi-voix. Mois de juin volés, et qui ne reviendront guère. S'il m'en reste quelques-uns à venir, je souhaite les raccrocher à ceux de ma prime enfance: il reste à décider et à rêver.

Je vous souhaite un bon week end
CV.

15 juin 2006

La chute ascensionnelle de Devos

"Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Pas comme avant."
France Gall

Raymond Devos est mort, mais meurt-on quand on a tant fait rêver et rire qu'il ne le fît. Il a entamé ce jour sa "chute ascensionnelle" , lui qui prétendait ne rien faire d'autre que "raconter ce qu'il observait", por ajouter après un silence... "bien sûr il y a observer et observer." Tout est là, dans cette rondeur, ce volume, cette légèreté de la montgolfière qui vous emportait, vous et vos rêves.
Observer la vie comme elle vient, triste et gaie. "Il n'y a pas une grande différence entre le tragique et le comique, c'est seulement une différence de dose."
"Le comique, c'est toute notre histoire observée avec honnêteté : les moments exceptionnels, les grandes idées, les moments de gloire, et les moments de chute. Il y a des thèmes auxquels il ne faut pas toucher, tout ce qui est au dessous de la ceinture, tout ce qui est dégradant pour l'homme. Plus généralement, rions de nous, mais pas des autres. Protégeons le rire !"
« Quand on s'est connus, ma femme et moi, on était tellement timides tous les deux qu'on n'osait pas se regarder. Maintenant, on ne peut plus se voir ! »
Il avait surtout le chic de rire sans blesser, avec cette autodérision envers le contribuable qu'il était, traqué par le fisc, et "qu'un abattement fait se redresser alors qu'un redressement l'abat."
Ses dernières semaines un accident vasculaire cérébral et de mauvaises querelles de proximité avaient assombri la sortie de l'artiste. On peine à l'imaginer amoindri dans une chambre d'hôpial pour vieux. A tout prendre, il rejoint aujourd'hui son image de jongleur pour l'éternel et c'est mieux ainsi. Merci l'artiste pour tant de bonheur donné.

13 juin 2006

La promenade vers la mer

"On va faire une promenade?
- Mais certainement ! Avec plaisir."
Ils sont partis en direction de la mer. En volant.
C'était des oiseaux.

Félix Leclerc. Le calepin d'un flâneur.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

06 juin 2006

une hérédité flatteuse

"L'homme descend du songe."
Daniel Mermet

la poussière de nos vies

"... nous aurons dessiné quelques traces lointaine dans la poussière de cette vie ."Joël Vernet. Petit traité de la marche en saison de pluies. Curieuse association d'idées, l'angélus qui sonne au clocher de l'église proche (si si, on vit en ville mais on est au village), et une luminosité particulière de l'air me rappellent les petits villages de Normandie. Le jour le plus long. Il ne reste même plus de traces sur le sable des plages, seuls quelques blocs en béton des ports artificiels. Et l'Irak qui est parvenu à brouiller jusqu'à l'image d'un grand pays si contrasté.

05 juin 2006

02 juin 2006

baisers volés

Magie des mots associés, par quel hasard ?
"Pourquoi des sentiers battus et des passages
protégés, des hôtels borgnes et des lanternes
sourdes, des pas perdus, des fenêtres condamnées,
des services rendus et des baisers volés?"

JC Brisville . Quartiers d'hiver

01 juin 2006

primesautier

"Il traîne à l'arrière, ou il court devant,
parfois il marche un petit moment à nos côtés : le bonheur.

Félix Leclerc. Le calepin d'un flâneur.

le regard des autres

"Un étranger m'a dit que mon voisin avait la plus belle voix du monde.
Quand donc découvrirai-je les choses par moi-même?"

André Gaulin

31 mai 2006

du bruit avec des mots

"Les gens parlent rarement.
Ils font du bruit avec des mots, mais ils parlent rarement."
Marie Depussé.

30 mai 2006

bienveillance

"Le président Bush est quelqu'un de très agréable sur le plan personnel.
Sur le plan professionnel, je pense qu'il manque de conseillers."
Le Dalaï Lama

C'est une attitude qui n'est pas donnée à tout le monde :
regarder les autres avec bienveillance.

28 mai 2006

l'oubli, le chagrin

L'homme est parfois assez fou pour préférer le chagrin à l'oubli.
Maurice Chapelan

Les pas du silence

"Dans ce pays
quand on veut dire bonjour
à quelqu'un qui passe
on dit « Soyez source»
et quand on veut dire au revoir à celui qui s'en va
on dit « Soyez là »

Dans ce pays
pour dire le tien-et-le-mien
il n'y a qu'un seul mot

Ce pays n'existe pas
sauf pour celui qui dit «j'y vis »

Claude Roy . Les pas du silence .
Porquerolles lundi 27 mai 1991

26 mai 2006

La quête du vide

« Ce n’est que dans le vide que réside ce qui est vraiment essentiel. L’on trouvera, par exemple, la réalité d’une chambre dans l’espace libre clos par le toit et les murs, non dans le toit et les murs eux-mêmes.
L’utilité d’une cruche à eau réside dans le vide où l’on peut mettre l’eau, non dans la forme de la cruche ou la matière dont elle est faite.
Le vide est tout puissant parce qu’il peut tout contenir. Dans le vide seul le mouvement devient possible.
Celui qui pourrait faire de lui-même un vide où les autres pourraient librement pénétrer deviendrait maître de toutes les situations. Le tout peut toujours dominer la partie.
Appliqué à l’art, ce principe essentiel se démontre par la valeur de la suggestion ; en ne disant pas tout, l’artiste laisse au spectateur l’occasion de compléter son idée et c’est ainsi qu’un grand chef-d’œuvre retient irrésistiblement notre attention jusqu’à ce que nous croyions momentanément faire partie de lui. Il y a là un vide où nous pouvons pénétrer et que nous pouvons remplir de la mesure entière de notre émotion artistique. »

Lao Tseu

24 mai 2006

22 mai 2006

La Geste du Roi et de la Reine

"Sur ces paroles ils se reconnurent,
Ils se retirèrent derrière le rideau du ciel
Ils s’ëtreignirent et se connurent,
Dans la force de leur désir,
Dans l'amour qu'ils se portaient l'un à l'autre.
Et, voici, le monde entier connut désormais la nuit et le jour,
La nuit suivant le jour et puis le jour la nuit,
Et par les saisons tantôt l'un l'emportant sur l'autre,
Et tantôt l'autre sur l'un.
Car ils partagèrent leurs royaumes
En homme et en femme [..] ils le partagèrent,
Et elle régna sur lui la nuit,
Et il régna sur elle le jour,
Et leur amour ne connut pas de fin."

La Geste du Roi et de la Reine, IIIème millénaire
Bas-relief de la grotte dite du Kilomètre 7
Texte établi par P. P. Kalou et G. P. Agathou,
In J. Arch. St., vol. LVI, Sept. 1990, pp. 215-254

Ce beau texte, placé en exergue du superbe roman de Bérangère Deprez, Kilomètre 7
édité chez Luce Wilquin en mars 2006, l'irrigue de sa force sobre tout au long des
330 pages de passion, d'intelligence et d'une histoire romanesque comme on n'en fait plus.
Savoir conter de belles histoires se perd: si vous aimiez les écouter, enfants, vous serez
séduits. Tout est imaginaire dans ce roman, et rien ne l'est, même la violence des sentiments
qui nous traversent et que Bérangère Deprez décrit avec un art consommé. Si vous avez du mal
à vous le procurer, on le trouve chez Tropismes, ou mieux commandez-le chez votre libraire
habituel, cela le fera découvrir par d'autres: on l'achèterait rien que pour la beauté de sa couverture.

21 mai 2006

Brûler un livre

"Parfois
tu brûles un livre car
il fait froid
et il faut du feu
pour te réchauffer
et
parfois
tu lis un
livre pour la même raison. "

Motet médiéval tardif extrait du Codex de Montpellier,
cité par le poète américain Charles Bernstein
dans le livret de Shadowtime (1999-2004),
opéra en sept scènes de Brian Ferneyhough
sur la vie et l’oeuvre de Walter Benjamin

20 mai 2006

18 mai 2006

Passé et avenir

"Faire en sorte que notre passé ne soit pas l'avenir de nos enfants."
Elie Wiesel

Glané hier dans un débat littéraire sur France 2.

17 mai 2006

naître

"Dans la vie, il y a deux choses que l'on ne peut pas faire a
moitié : C'est naître et mourir."

GELUCK

16 mai 2006

15 mai 2006

Le prix d'un ami

"Amyntor. Un soldat. Il repose en Lydie.
Il n'est pas mort surpris par un lâche ennemi
Ni fiévreux, emporté par quelque maladie:
Il tomba de plein gré pour sauver son ami."

Sur le tombeau d'un soldat. Anth Pal VII , 232

Le hasard des lectures me fait découvrir ce soir ces sobres
paroles d'Antipater de Sidon, poète du IIe siècle avant notre ère.
Comme j'aurais aimé connaître l'histoire d'Amyntor, et connaître son
ami.

14 mai 2006

Pourquoi écrire un nom ?

"Au cimetière de Kok- Tébel, les monts Bleus,
les Tartares ne mettent sur leur tombe
qu'une pierre pas même taillée, sans inscription.

Pourquoi écrire un nom où l'homme n'est plus?
Pour nous? Croyez-vous donc, disent-ils, que nous puissions
l'oublier?
Pour Dieu? Dieu le connaît de toute éternité."

Poème écrit sur un brasier dans un désert,

Le monde appartient ...

"Le monde appartient à ceux qui rêvent tôt."

Grand Corps Malade. Midi vingt

13 mai 2006

Choses nommées

"Toutes les choses prononcent des noms".
A.Porchia

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

11 mai 2006

10 mai 2006

Rien ne vaut le malheur d'aimer (Eluard).

"Si nous étions immortels, peut-être n'aurions-nous jamais songé à aimer: nous prendrions notre temps, rien ne nous retiendrait.
Il y a au fond de tous nos attachements la certitude que nous en serons un jour détachés.
L'amour est une invention de la mort."

Claude Roy Le malheur d'aimer

La goutte qui cherche

"Es-tu cette goutte d'eau qui cherche son océan?"
Kalmia

08 mai 2006

Le vent n'est à personne

"Peux-tu me vendre l'air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh , non, pas toute!) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère?
Peux-tu?

Le vent tournoie et passe
dans un papillon.
Il n'est à personne, à personne. "

Nicolas Guillén (Cuba)

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

07 mai 2006

Le soleil donne

"Le soleil donne
De l'or intelligent
Le soleil donne
La même couleur aux gens
La même couleur aux gens
Gentiment"

Laurent Voulzy

06 mai 2006

Mélangez-vous

"Mélangez-vous, mélangez-vous, quand tout's les peaux finiront par se ressembler, mélangez-vous, un jour, les hommes sauront même plus sur qui taper."
Pierre Perret. Mélangez-vous.

04 mai 2006

Membrane poreuse

"Les gens, parfois, sont des miroirs qui nous renvoient violemment ce que nous avions cru cesser d'être. Nous nous étions réconciliés avec nous-mêmes et nous voilà brouillés à nouveau, alourdis soudain d’anciens doutes, lestés de vieilles maladresses. Et alors le sol craque sous nos pas - comme la glace sous les circonvolutions du patineur.
La membrane est-elle donc à ce point ténue entre le présent qu’on pensait si fiable et le passé presque oublié ? Par quelle porosité secrète les deux chambres de nos vies poursuivent-elles leurs échanges ?"

Richard. Weblog Avant la lettre richardg.blogs.com/avantlalettre

30 avril 2006

La vie c'est gratuit

"La vie c’est gratuit je vais me resservir et tu devrais faire pareil".
Grand corps malade. Je dors sur mes deux oreilles.

"C’est pas moi le plus chanceux mais je me sens pas le plus à plaindre
Et j’ai compris les règles du jeu, ma vie c’est moi qui vais la peindre
Alors je vais y mettre le feu en ajoutant plein de couleurs
Moi quand je regarde par la fenêtre je vois que le béton est en fleur
J’ai envie d’être au cœur de la ville et envie d’être au bord de la mer
De voir le delta du Nil et j’ai envie d’embrasser ma mère
J’ai envie d’être avec les miens et j’ai envie de faire des rencontres
J’ai les moyens de me sentir bien et ça maintenant je m’en rends compte."

Je vous souhaite une bonne fête du muguet
CV.

Fermez les yeux

"Quand je ferme les yeux, c’est pour mieux ouvrir les cieux."
Grand corps malade. Je dors sur mes deux oreilles.

29 avril 2006

Regarder les étoiles

"On ne peut marcher en regardant le étoiles quand on a une piere dans son soulier"
Cité par Y Duteil

28 avril 2006

La cruauté du monde

"Jules lui prodiguait l'affection qui permet de découvrir la cruauté du monde sans la craindre ou imaginer qu'elle vous est destinée."

Alice Ferney. Dans la guerre

27 avril 2006

L'essentiel et le beaucoup

"Ce n'est pas parce qu'on cause beaucoup qu'on dit l'essentiel."

"Il faut apprendre à connaître l'autre par lui-même et non par nous-mêmes."

Pietro Pizzuti. Le silence des mères. Jusqu'au 27 mai au Théâtre de la place des Martyrs.

25 avril 2006

Chaînes et liberté

"Préfère une injure qui délie à une louange qui enchaîne."
Louis Scutenaire. Mes inscriptions (1943-1944)

24 avril 2006

Protégez-moi de la vie

"Si tu ne veux pas que meurent les fleurs de ton jardin,
ouvre ton jardin."
A. Porchia. Voix.

Souvenir de passionnantes discussions entre enseignants: jusqu'où faut-il tolérer l'accès libre ,
et les possibilités de piratage, de recopiage, de réutilisation de cours écrits, de diaporamas,
de créations protégées par un copyright? Notre centre académique de médecine générale a fait le pari
d'ouvrir largement portes et fenêtres, supprimant autant que possible les mots de passe et les accès
protégés.
"Recopiez-moi, j'en referai de plus belles" assurait Coco Chanel.

Cette petite phrase d'Antonio Porchia en donne une merveilleuse illustration.

23 avril 2006

Découverte

"Dans son bocal
un poisson rouge
découvre l'océan."

Laura Maigne

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

22 avril 2006

Une conduite de sagesse

L'histoire nous enseigne que les hommes et les nations ne se conduisent avec sagesse qu'après avoir épuisé toutes les autres solutions
Abba Eban

Jamais phrase ne m'est apparue plus juste que ces derniers jours en découvrant chaque matin les nouvelles du monde

Terre natale

Volez loin sur les ailes du vent
Jusqu'à votre terre natale, de notre chanson originelle
où nous vous avions chanté avec la facilité,
où vous et nous étions tant librement.

20 avril 2006

17 avril 2006

16 avril 2006

Matin de Pâques

Que d'images enfouies dans l'oeuf dur dont on casse avec soin la coquille colorée un matin de Pâques .
Que vous souhaiter de plus que d'en faire une récolte heureuse, teintée parfois d'un brin de nostalgie qui, comme il fut joliment écrit, n'est que le bonheur d'être triste.

CV.

15 avril 2006

L'amour est ma religion

"Mon coeur accueille toute forme de religion : c'est une prairie pour les gazelles, un cloître pour les moines, un temple pour les idoles, et une Kaaba pour le pèlerin, les tables de la Thora et le livre saint du Coran. L'amour seul est ma religion"

Ibn Arabi (1165-1240)
Cité par Malek Chebel dans "L'islam et la raison - le combat des idées" Ed. Perrin.

Mohammed Ibn Arabî , connu sous son seul nom de Ibn Arabî (1165, Murcie dans le pays d'al-Andalûs - 1240, Damas).
Appelé aussi « Cheikh al-Akbar » (« le plus grand maître », en arabe) , il est un mystique, auteur de 846 ouvrages. Son oeuvre aurait influencé Dante et Saint-Jean-de-la-Croix. Dans ses poèmes il traite de l'amour, de la passion, de la beauté et de l'absence.
En 1179, il rencontre le philosophe Averroès à Cordoue. Cette rencontre avec le vieux philosophe marqua le jeune mystique (il n'a pas alors 14 ans) qui, malgré son jeune âge, perçut immédiatement la faiblesse théologique de la philosophie dont la voie ne mène pas à la Révélation. Ibn Arabî se forma lui-même aux théologies, considérant Jésus comme son premier maître spirituel. Il acquit une science considérable par la lecture de différents maîtres.