31 janvier 2023

Pluie


"Flocon de neige
goutte d’eau en parachute,
grêle
pluie en colère.
                    Charles Wright


... sans oublier la pluie toute simple, qui fait partie de nos vies comme on le constate ces dernières semaines. On rêve de soleil mais comme le chante Orelsan "si j'suis parti, c'est parce que j'avais peur de rouiller/ mais trempé, j'aurais jamais pensé / qu'le mauvais temps finirait par me manquer."



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Charles Wright. Le chemin des estives. Flammarion. 2021. 368 pages

30 janvier 2023

Jolis souvenirs

 "J'aime la mer. Je répète volontiers à mon entourage que je finirai mes vieux jours non loin des vagues. Je débarque à la côte belge, bien emmitouflée, avec un besoin urgent d'écrire, de me ressourcer. (..) Je viens d'envoyer un message à ma mère pour savoir si nous étions venues, ici, à La Panne, lorsque j'étais enfant. Je cherche des couches de souvenirs pour épaissir le réel. Sa réponse est d'abord négative. C'est à Knokke-le-Zoute que nous allions. J'imagine mes parents, habitant un logement social dans une cité, décider de venir se délasser dans la station la plus huppée de la côte... Ensuite, elle m'envoie une photo délavée. Si, nous y sommes venus une fois. Je ne pose pas d'autres questions." 

                            Lisette Lombé

C'est une sorte de premier héritage, que nos parents nous lèguent en nous recréant le récit de leur propre vie, enjolivé par endroits, excluant les zones d'ombre. Mais non, nous n'allions pas à La Panne, nous c'était Knokke-le-Zoute. On sourit avec tendresse, rectifiant la mise au point en fonction de nos propres souvenirs d'enfance, replaçant ces petites omissions dans leur cadre des souvenirs privilégiés qu'on souhaite transmettre. Tout cela n'est pas bien grave et fait la vie. 


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Lisette Lombé. L'acceptation est une marche vers la liberté. Trottoirs philosophes .  Le Vif Weekend. 26.1.23

28 janvier 2023

La plage l'hiver

 "Si vous saviez à quel point je savoure cette première marche à la mer de l'année. Mon podomètre gardera trace de la distance effectivement parcourue mais pas celle de cette bouffée d'iode, pas des traces de ces statues d'hommes regardant dans trois directions différentes, pas des traces du chemin intérieur, de cette mesure d'une tout autre nature. Je suis calme, juste dans la joie du mouvement.  (..) Marcher ici demande plus d'efforts que sur le bitume mais la proximité de l'eau rend néanmoins mon pas léger. (..) J'aime la mer. Je répète volontiers à mon entourage que je finirai mes vieux jours non loin des vagues. J'aime la mer en été, en famille, en maillot, en vacances mais aussi en hiver, pour d'autres raisons. Moins de touristes, moins d'agitation, moins d'électricité dans l'air. La plage est investie, Froid piquant, grisaille inspirante. "

                        Lisette Lombé


C'est fou comme ce qui s'écrit peut s'entrelacer avec nos vécus. La simple évocation du littoral, de sa ligne d'horizon découverte au terme de onze mois d'attente et d'un interminable voyage, du piquant du vent et du sel sur nos joues, de notre temporalité face à l'éternité des vagues constitue un voyage dans le temps. Passé et futur se confondent, imaginaire et réalité. Nous sommes issus des flots.


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Lisette Lombé. L'acceptation est une marche vers la liberté. Trottoirs philosophes .  Le Vif Weekend. 26.1.23


27 janvier 2023

Je vole

 "Pourquoi on reçoit toute cette vie si on ne peut pas s’en servir ?"

                    Willy Russell



Ode à la vie, "Shirley Valentine" interprétée par une émouvante Marie-Hélène Remacle, charrie l’émotion et la drôlerie quand elle égrène seule en scène vérités drôles et réflexions touchantes sur son existence vide. Déroutée par les parts d’elle-même auxquelles elle a renoncé sans même s’en apercevoir, elle rêve de troquer le petit verre de vin qu'elle siffle en préparant le repas pour un pichet au soleil, en bord de mer dans un pays où pousse la vigne…  mais on ne s’élance pas sans appréhension au-delà des murs qui nous protègent. Réflexions essentielles qui  nous parlent à tous. 


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Willy Russell. Shirley Valentine. Au théâtre Le Public. Adaptation française Denise Périez. Mise en scène Martine Willequet.  Avec Marie-Hélène Remacle

24 janvier 2023

Sagesse des cimes

 "En outre, un col arriverait fatalement. Il faudrait redescendre : l’histoire des hommes n’est pas une course infinie vers le sommet. En Histoire comme en montagne, à un moment, tout le monde descend !"

                        Sylvain Tesson




Me revient cet aphorisme de Marcel Jouhandeau, qui note "qu'on ne peut vivre dans un paroxysme constant." Consentir à "l’humble répétition des jours, ces épousailles avec l’ordinaire", à l’image de cette bonne-mamy affairée dans son potager à prélever les mauvaises herbes, n'est certes pas la seule clé du bonheur, mais y participe. 


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Sylvain Tesson. Blanc. Gallimard. 2022. 240 pages.
Jouhandeau, cité par Charles Wright dans Le chemin des estives. Flammarion. 2021. 368 pages

23 janvier 2023

Un couple étrange

 « J’ai dormi au cœur du Tessin dans une grange solitaire où ruminait une vache osseuse qui accepta de me céder un peu de sa paille. » 

                            lettre adressée par Rimbaud, en goguette en Suisse, à sa sœur



Ah la vache ! Ces animaux tendres et pacifiques souffrent d’un discrédit dont témoigne le langage : peau de vache, grosse vache, vacherie, regard bovin. Alors qu'elles nous humanisent, de véritables professeurs en vie mystique. Dans les prés, elles regardent d’un œil étonné le passant s’agiter, avec l’air de se demander : — Insensé, après quoi cours-tu ?"



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Charles Wright. Le chemin des estives. Flammarion. 2021. 368 pages

22 janvier 2023

Hiver


 "Soudain voila le gel
qui recouvre tout d'un voile
les arbres se parent d'argent
le froid se fait piquant
la nature se tait    elle se repose
la beauté de l'hiver est là         dans chaque instant."


Il y eut la pluie, et maintenant le givre aux carreaux. Oserais-je dire que cela nous rassure?


19 janvier 2023

Amour et archéologie

 "Épousez un archéologue: plus vous vieillirez, plus il vous aimera."

                        Agatha Christie




Ce qu'elle fit. En 1930, Agatha Christie, alors âgée de quarante ans et divorcée depuis peu, laisse derrière elle sa chère Angleterre et sa carrière littéraire pour découvrir le site d'Our en Iraq. Elle a pour cicérone Max Mallowan, un archéologue de vingt-six ans qu'elle épouse quelques mois plus tard. Commence alors une vie de voyages à deux : cinq saisons de fouilles se succèdent jusqu'en 1939.  Ses pérégrinations lui inspireront trois de ses livres les plus célèbres : «Le Crime de l'Orient-Express», «Meurtre en Mésopotamie» et «Mort sur le Nil».



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Agatha Christie-Mallowan. La romancière et l'archéologue (Dis-moi comment tu vis ). Jean-Noël Liaut (Traducteur). Payot et Rivages.  Réédition 2006. 316 pages.


Demain je sors

 « Recoiffe-moi le moral » 

                publicité Jacques Dessange



Il n'y a pas d'âge pour se faire belle. Quitter son appartement n'est jamais simple, à 89 ans elle s'y résout pour une maison de repos proche. Ma première visite est un étonnement: elle avait oublié ce qu'était un peigne, une bague, et même certains jours une robe. Ni sortie, ni emplettes depuis le début du confinement, un enterrement librement consenti avant même d'être morte.  Je la retrouve rajeunie de dix ans, rouge aux lèvres, boucles d'oreille, bague au doigt, coiffée avec élégance, "quand je descend pour dîner, je me mire dans le regard des autres et je mesure l'image que je donne." On a écrit que l'enfer c'est les autres, mais dans ce cas-ci les autres l'ont aidée à renaître. Demain elle s'est donné pour objectif une sortie à pied de reconnaissance du quartier. Je la quitte, reconsidérant mon opinion sur les maisons de repos qui pour certains sont une renaissance.



17 janvier 2023

Abdallah

 "Perpetuum mobile: c’est le mouvement perpétuel, se dit d’une personne agitée, qui ne peut rester en place."

                définition Wiktionnaire




Aux abris, le voilà! Je l'aurais volontiers attaché à sa chaise, si j'avais pu. Une tornade, un ouragan, un raz-de-marée: quelle est la dépense en watts d'un enfant hyperkinétique le temps d'une consultation? Mal m'en aurait pris:  en moins de cinq minutes Abdallah a retrouvé sous le bureau le passeport égaré, éperdument recherché depuis une semaine à mon plus grand déplaisir. Cinq minutes, une semaine, le différentiel entre l'énergie d'un enfant hyperkinétique et celle d'un grand-père qu'on dit sage, mais amorti.


Il reste la vie


 "Mes jours, mes nuits, mes deuils, mes peines, mon mal, tout fut oublié (..)
Enfin que j'me suis dit, il me reste la vie." 
                    Félix Leclerc




On peut connaître l'anatomie et toute la physiologie du corps humain, on ne saura jamais où se cache la poche de bonheur. Hier j'ai rencontré dans sa maison de repos une de mes plus attachantes patientes, 86 ans, accompagnée depuis une vingtaine d'années. Elle traine la misère d'une polyarthrite sévère qui l'immobilise dans sa chaise roulante tout au long de la journée, face à ses photos de famille, images de bonheur, du cadre sépia de la photo de son époux disparu, de son calendrier tout frais annoté de quelques promesses de visites, d'une tasse contenant quelques raisins pour la matinée, d'une grande montre qui égrène le temps qui lui reste, de dessins d'enfants, d'une statue de la Vierge, d'un bic, de ciseaux et de son GSM à grandes touches à portée de mains: sa cabine de survie sur terre.

On tente de communiquer avec les moyens du bord: elle entend mal, et sa voix est à peine chuchotée, inaudible. On se place dans l'axe du regard pour être vu car elle ne peut tourner la tête, la colonne entièrement ankylosée.

Elle sourit, un vrai sourire, en m'accueillant et opine en clignant les yeux quand je lui demande si tout va bien. Elle a eu la visite de sa fille, reçu une carte de sa petite-fille de France, le repas du midi est délicieux, que souhaiter de plus? Je la quitte, méditant sur l'étrange monde où on peste contre la pluie, la sécheresse, et tout ce qui fait une journée, oubliant qu'il nous reste la vie.



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Félix Leclerc. Le petit bonheur. Le p'tit bonheur est l'une des chansons les plus connues de Félix Leclerc, chantée pour la première fois par celui-ci en 1948 au Théâtre du Gesù à Montréal (Canada). Elle servait de transition dans la pièce « Au Petit Bonheur » écrit et mis en scène par le chanteur, permettant ainsi aux machinistes de changer les décors.  

11 janvier 2023

Se faire lumière du soir

"La lumière crue de midi éclaire sans pitié les objets et les choses, sans ombre où se protéger, brûlant les yeux et le cœur. Alors que la lumière du soir effleure les contours, laissant aux ombres leur part de doute, lumière douce aux multiples nuances, pénétrant les choses de biais et sans violence. Toi qui me soignes, quand tu me parles de ce mal que je ne peux pas nommer, s'il te plaît, fais-toi lumière du soir."
            Christiane Gleize




Lu dans:
Christiane Gleize, Se faire lumière du soir


Parfum douteux

 "Être pauvre c'est sentir mauvais quand l'argent n'a pas d'odeur." 

Myriam Leroy.







Lu dans:
Myriam Leroy. Le mystère de la femme sans tête. Le Seuil. 2023 288 pages

10 janvier 2023

 "Plus tu remues le passé, plus tu comprends que ce qu’on appelle vérité est la version du dernier qui a parlé." 

                        Myriam Leroy




Lu dans:
Myriam Leroy. Le mystère de la femme sans tête. Le Seuil. 2023. 288 pages

09 janvier 2023

La langue d'hier

 "Je viens d’une enfance où l’on ne parlait pas la langue d’aujourd’hui. Tous ces mots anxiogènes : chômage, insécurité, immigration, intégration, réchauffement climatique, Internet, réseaux sociaux, portables, sida et même cancer ne faisaient pas partie de notre vocabulaire. Misère non plus. Des SDF, il n’y en avait pas dans les rues de Périgueux. Parfois un clochard devant l’église mendiait à la sortie de la messe. La pauvreté existait bien sûr, mais on ne la voyait pas. Alors, hormis des araignées, je n’avais peur de rien, l’inquiétude métaphysique ne me torturait pas. C’était le temps de l’insouciance, mot que l’on ne prononçait pas non plus puisqu’elle était aussi naturelle que l’air que l’on respirait."  

                            Cathérine Nay




Eh oui, nous venons nous aussi d'une enfance où l’on ne parlait pas la langue d’aujourd’hui. Était-ce pour autant "le bon temps"? La question fait les beaux débats en réunion de famille, et les réponses dépendent dépendent fort de l'âge des convives...




Lu dans :
Cathérine Nay. Souvenirs, souvenirs. Laffont. 2019. 328 pages. Extrait p. 16