"Ils mangèrent avec un grand silence heureux. Le pain était bon, le vin aussi. On sentait la joie de vivre."
Jean Giono. Que ma joie demeure
Conseils pour vos prochains repas d'amis, évitez le taboulé libanais, le houmous et les falafels, oubliez le filet américain, les ribs et l'apple pie. Evoquer votre goût pour le Boeuf Stroganov, le Bortsch et les blinis n'est pas une bonne idée non plus. Composez-vous un menu comprenant des plats neutres et politiquement aseptisés tels un velouté de potiron, un suprême de volaille (ou de tofu si vegans), un sorbet de citron et un thé de verveine. Orientez la conversation vers la littérature ancienne, votre dernier voyage en vélo en Zélande et des conseils de permaculture. Evitez de parler de votre tour du monde en avion, du début du ramadan, du dernier vaccin contre la grippe, de l'élevage de poussins intensif, du boeuf de Kobé, de religion, de la législation sur les voitures hybrides ou sur les guerres de même nom. Evitez de tousser ou de complimenter vos hôtes sur leur bonne mine(s) car il se trouvera toujours un rieur pour évoquer le détroit d'Ormuz qui en contient tant. Taisez-vous un maximum et évitez d'aborder tout ce qui fâche et démarre une conversation en vrille. Nul n'y échappe, car le chaos initié par quelques grands esprits dérangés se répand rapidement, et partout, nous contaminant tous bien plus qu'on l'imagine. Pour ma part je range les repas d'amis jusqu'à ce que survienne un improbable armistice.
Lu dans:
Jean Giono. Que ma joie demeure. Le Livre de Poche. 1959. 504 pages
