"J'ai une certaine admiration pour les faussaires, dont certains sauvèrent bien des vies en leur confecionnant de faux papiers d'identité durant la dernière guerre. "
François Lagasse de Locht
Un commentaire cousu de fil d'or !
Minimes, citations et poésie du quotidien
"J'ai une certaine admiration pour les faussaires, dont certains sauvèrent bien des vies en leur confecionnant de faux papiers d'identité durant la dernière guerre. "
François Lagasse de Locht
Un commentaire cousu de fil d'or !
"Une œuvre peut-elle être vraie et fausse à la fois ?"
Monique Jeudy-Ballini,
Lu dans:
Anne Both. Authentiques artistes du faux. Le Monde des livres. 30
avril 2026.
Monique Jeudy-Ballini. Peintres de l’ombre. Les faussaires à
l’œuvre. Mimésis. Ethnologiques. 2026. 200 pages.
"S’asseoir au bord de soi-même
comme au bord d’un champ après la moisson.
Regarder longtemps.
Ne rien attendre.
Laisser venir ce qui vient
une inquiétude, une joie sans raison,
un souvenir qui marche lentement comme une vache dans la poussière
du soir.."
Luc Nancy, Daniel Tyradellis.
Comment se préserver? Garder en soi un lieu où le monde peut encore arriver sans être aussitôt découpé, jugé, classé, consommé. Un lieu pauvre et vaste, comme ces plateaux où le vent passe librement et où l’on entend de très loin la cloche d’un troupeau invisible. Et lorsque ce son ténu arrive on comprend soudain que tout ce vacarme autour n’était qu’un orage de surface.
Lu dans:
Jean-Luc Nancy, Daniel Tyradellis. Qu'appelons-nous penser? Diaphanes
Editions. 2013. 74 pages
« Plutôt que de donner sans mesure, je pense que le meilleur moyen de donner est de laisser la place à l’autre pour recevoir de lui. »
M.T.S, Novice jésuite en soins palliatifs
Donner, recevoir, à quand un seul terme pour ces deux notions si proches?
"Belle-Ile-en-Mer, Marie-Galante
Saint-Vincent
Loin Singapour
Seymour Ceylan
Vous c'est l'océan
Qui vous sépare
Et vous laisse à part
Moi des souvenirs d'enfance
En France
Violence
Manque d'indulgence
Par les différences que j'ai
Café
Léger
Au lait mélangé
Séparé petit enfant
Tout comme vous
Je connais ce sentiment
De solitude et d'isolement."
L. Voulzy, A. Souchon
Lu dans:
Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante. Paroles Alain Souchon, musique Laurent Voulzy. © LES EDITIONS LAURENT VOULZY - 1986
"Ces mots sont formés par composition, un procédé fréquent en allemand par lequel on assemble plusieurs mots en un seul sans recourir à des prépositions comme en français. Un exemple emblématique est le mot de 42 lettres Donaudampfschifffahrtsgesellschaftskapitän. Il agglutine six mots : Donau (Danube) dampf (vapeur) schiff (bateau) fahrt(s) (navigation) gesellschaft(s) (compagnie) kapitän (capitaine) et désigne un « capitaine d’une compagnie de navigation à vapeur sur le Danube ».
Anne Catherine Simon
Amusante réflexion sur l'usage des mots pour traduire un concept. Un Italien amusera son auditoire durant dix minutes à décrire cette même fonction qui consiste à gérer le trafic des bateaux-mouches, là où l'Allemand ne prononce qu'un seul mot. Mais quel mot! Il faut imaginer le gosse éperdu le jour de la rentrée des classes à qui l'instit demande "et il fait quoi comme métier ton papa?"
Lu dans:
Anne Catherine Simon. Ces mots intraduisibles en français. Le Soir. Chronique. 21 avril 2026
« Inspirée de faits réels, la bande d’images de ce film a été générée
par l’IA. Si vous vous êtes reconnu à l’écran, c’est que vous n’existez
pas. »
Olivier Smolders
Entre réalité et pointe d’ironie, Olivier Solders raconte l'histoire d'un ami d'enfance peu ordinaire. Réalisé avec l'aide de l'IA, ce court métrage est comme une déclaration adressée à cet ami disparu. L'œuvre joue avec subtilité sur la frontière entre réel et fiction, bien en phase avec notre époque où réel et virtuel se cotoient sans cesse. Jusque dans nos jeux les plus classiques: une patiente me signale hier être devenue addict aux puzzles Wasgij (le mot "jigsaw / puzzle" épelé à l'envers). Comme "envers du décor", l'image à reconstituer ne correspond jamais à celle figurant sur la boîte. Le concept repose sur l'utilisation d'indices visuels pour reconstituer une scène différente, souvent liée à un changement de perspective ou de temporalité: assembler ce que les personnages représentés sur la boîte voient eux-mêmes, ou voyager dans le temps et reconstruire la scène de la boîte dans le futur, soit encore deviner ce qui va se passer dans les minutes suivant l'instant figé sur la boîte. Loin d'une simple reconstruction visuelle passive au départ d'un modèle, le jeu fait appel à l'imagination, à la créativité et à une reconstruction d'un réel visible vers un réel imaginé au départ d'indices suggérés. "On s'ennuie profondément quand après cela on reprend un puzzle classique" me raconte la patiente. On veut bien la croire, elle en est à sa 65ème boîte en un an. L'auriez-vous deviné: on ne recommence jamais un puzzle Wasgij terminé, le plaisir étant dans le déchiffrage mental d'une réalité cachée, le refaire en connaissant la solution ne présente plus aucun intérêt.
Lu dans:
Fabienne Bradfer. L’IA est un nouvel outil qui dépend de la qualité de celui qui s’en empare. Le Soir du mercredi 22 avril 2026
Olivier Smolders. Souvenirs d’un ami. Documentaire. Belgique. 24 minutes. 2026
Le puzzle Wasgij. https://wasgij.com/fr-be
"Revenant à Venise après deux mois, je suis surpris de retrouver mon autre monde inchangé, à peine ridé par l'absence. Je me remets à lire avec plaisir les hebdomadaires abandonnés, articles périmés, compte-rendus de films disparus de l'affiche, livres chassés des vitrines des libraires, articles d'actualités et publicités pour des vacances révolues. Le silence sans urgence de l'inactuel, de ce qui est arrivé hier." Pierre Hebey
Amusant exercice, prendre au hasard un ouvrage datant de trente ans et y découvrir un passage traitant de l'inactualité. Rien ne périme davantage que ce qui est neuf.
Lu dans:
Pierre Hebey . Le goût de l'inactuel. NRF Gallimard. 1998. 294
pages. Extrai p18.
"Dès l’origine le désir de vie s’accompagne du désir de beau, prime signal de sens et de valeur ? Il y a l’âme du monde qui aspire à la beauté, et il y a l’âme humaine qui y répond, par la création artistique à multiples facettes."
François Cheng
Un parcours d'artistes de toute beauté a animé notre commune ce weekend, redécouvert à vélo ou par navettes gratuites. Des rencontres inattendues, 150 artistes aussi modestes que passionnés, L'écrin vaut parfois la perle, chapelle rénovée, atelier d'artiste sublimé, maison familiale transformée en bombonnière aux presonnages féériques, atelier de céramique transformé en paysage d'étangs et d'oiseaux. La beauté sauvera le monde n'est pas un simple slogan.
Lu dans:
"Liée aux paysages, aux objets et même aux êtres humains, l'idée du wabi-sabi peut être comprise comme une appréciation d'une beauté vouée à disparaître, voire comme une contemplation éphémère de quelque chose qui devient plus beau en vieillissant, en s'estompant, et qui acquiert par conséquent un nouveau charme: la beauté des choses fanées".
Andrew Juniper
Le bouquet de jardin a perdu ses pétales cette nuit, étalées à ses pieds comme la traine d'une robe de mariée. Une beauté éphémère succède à une autre, plus émouvante encore. Il y a une beauté d'après, que le regard se doit de saisir.
Lu dans:
Wabi Sabi: Andrew Juniper. The Japanese Art of Impermanence. Tuttle. 2003. 165 pages
« …Qu’est ce qu’un artisan ? C’est un rêveur qui transmet son âme
à ses outils… »
Alexander zt Emilienne Devaert
Un parcours d'artiste démarre ce soir à Anderlecht pour un long weekend. Sculptures, peintures, photos s'exposent pour notre bonheur à tous. L'intelligence des mains, des yeux, des oreilles partagée au plus grand nombre. Reconnaissance bien méritée pour tant de personnalités aussi douées que modestes. On s'en réjouit.
Lu dans :
ItinérArt · Parcours d'artistes d'Anderlecht.
Le parcours
d’artistes ItinérArt revient les 17, 18 et 19 avril à Anderlecht !
Partez à la découverte de la commune et découvrez les œuvres de
plus de 150 artistes à travers une cinquantaine de lieux.Au
programme : gravure, peinture, sculpture, photo, vidéo, mais aussi
concerts, théâtre, danse et animations diverses…
Vernissage :
Vendredi 17 avril à 19h à De Rinck (Place de la Vaillance 7,
Anderlecht). Toutes les infos sur le site du Centre culturel
d’Anderlecht : escaledunord.brussels
« Dans la vie, il faut savoir se contenter de beaucoup. »
Jacques Prévert
S'entourer de personnes qui vous emmènent au large, la barque chargée de grands filets: avec de petits filets on ne prend que de petits poissons. Se méfier des gens trop raisonnables qui en permanence prêchent le retour au port, la sécurité à l'abri des vents contraires. A trop s'assurer, n'oublie-t-on pas de vivre.
Lu dans:
cité par "Noël Godin dégaine sa Bible anarchiste", Nicolas
Crousse. Le Soir 16 avril 2026. Livres. p.15
« Ce qui m’a frappée, ce n’était pas nécessairement la Terre elle-même, mais toute cette obscurité qui l’entourait. La Terre n’était qu’un simple canot de sauvetage suspendu, immobile, dans l’univers. (..) Planète Terre, vous êtes un équipage."
Christina Koch (astronaute, au retour de la mission Artémis II, le 12 avril 2024)
Lu dans:
Fin de mission pour Artemis II. Belga, repris par Le Soir. 13 avril 2026
"Ne demande jamais ton chemin
tu risquerais de ne pas t'égarer."
Anne Rothschild
S'égarer, ce n'est pas se perdre, c'est laisser une chance à l'imprévu de nous trouver. Cela porte un beau nom, sérendipité, ou "trouver quelque chose que l'on ne cherchait pas". Ce qui permit à Christophe Colomb de trouver l'Amérique alors qu'il explorait la route des Indes, ou à Alexander Fleming de découvrir la pénicilline en triant à son retour de vacances des cultures contaminées par de la moisissure. Quand on ne sait plus où l'on va, on regarde autour de soi. L'attention se déplace de la destination vers le paysage. Transformer nos failles en possibilités nous offre parfois le luxe de la surprise. Et vous: quel fut votre meilleur "mauvais tournant", débouchant sur une bonne surprise ?
Lu dans:
Anne Rothschild. Quel monde à venir? Levant. 2024. 74 pages. Extrait p. 12
"Un jour de mars 2025, le président d’une association promouvant la déconnexion demanda à l’Intelligence Artificielle de Mistral de lui établir la liste des ouvrages les plus pertinents sur notre servitude numérique. Le robot obtempéra, et me cita parmi les cinq auteurs les plus importants jamais écrits sur le sujet. Une belle reconnaissance. À un détail près : je n’avais pas écrit l’essai qui m’était attribué et justifiait ma place dans ce classement. Ce livre, d’ailleurs, n’avait jamais été ni rédigé, ni publié. Notre révolution numérique nous fait peu à peu entrer dans l’âge des prophéties autoréalisatrices. Pour la machine, le livre existait sans avoir été écrit. Il fallait donc m’y atteler, avant que le robot ne décide de l’écrire lui-même."
Bruno Patino
Entre deux frustrations, celle d'avoir écrit un livre essentiel et ne pas être reconnu, ou celle de ne pas l'avoir écrit et l'être, que préférer? Quand Hergé dessinait des mirages dans le désert de "Tintin au pays de l’or noir", il nous initiait au mystère des destinations inatteignables car inexistantes, notion essentielle pour garder la bonne distance face aux chimères de la vie.
Lu dans:
Bruno Patino. Le temps de l'obsolescence humaine. Grasset. 2026. 208 pages
"Des yeux pour entendre
l’autre moitié de soi.
Un regard pour entendre
l’ailleurs de l’autre."
Brit Bennett,
Le Public présente "Le tremblement du monde", utopie fondée sur l'oeuvre d'Edouard Glissant pour qui "les frontières sont une invitation à goûter les différences". Par la voix d’Étienne Minoungou, conteur infatigable, de Katrine Suwalski, joueuse de ténor, et du multi-instrumentiste Simon Winsé, un spectacle envoûtant qui explore les possibilités d'un monde refusant les replis identitaires et nationalistes. Une bulle dans une actualité ô combien déstabilisante, qui détruit à petit feu les idéaux d'une vie, bulle intercalée comme une sorte de thérapie.
Lu dans:
Edouard Glissant. Tout-Monde. Gallimard. Folio. 1995. 624 pages.
Théatre Le Public. Le tremblement du monde. Avec Étienne Minoungou, Katrine Suwalski et Simon Winsé
"Quel aura été l'ami le plus compliqué, le moins fiable que j'aurais eu, si ce n'est moi?"
Pierre Hebey
Ce patient se désole de s'être disputé la veille avec son fils, puis aa femme, puis son voisin: "Je hais les gens, et ils me le rendent bien." Je le rassure comme je peux: "On ne se suppporte si souvent déjà pas soi-même, comment s'étonner dès lors que les autres nous soient parfois insupportables?" Il semble étonné par pareille évidence, mais finit par en sourire.
Lu dans:
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. NRF Gallimard. 1998. 294
pages. Extrait p.17
"Normalisation de la déviance, concept mis en lumière par la sociologue Diane Vaughan, qui pose qu’à force de vivre avec des dysfonctionnements, on finit par considérer leur existence comme normale." Bruno Patino
Lu dans:
Bruno Patino. Le temps de l'obsolescence humaine. Grasset. 2026.
208 pages.
"Angelo partit à quatre heures du matin. Les bois de hêtres (.. ) étaient très beaux. Ils étaient répandus par petits bosquets sur des pâturages très maigres couleur de renard, sur des terres à perte de vue , ondulées sous des lavandes et des pierrailles. Le petit chemin de terre fort doux au pas du cheval (..) serpentait entre ces bosquets d'arbres dans lesquels une lumière oblique ouvrait de profondes avenues dorées."
Jean Giono
Merveilleux matins de Päques. Un foisonnement d'images avec en arrière-fond le sentiment de se remettre en route après l'hiver, dans la lumière du petit matin qui s'éveille. Le retour des cloches et la chasse aux oeufs, on y croit toute une vie. Je vous souhaite une bonne fête de Pâques.
Lu dans:
Jean Giono. Le Hussard sur le toit. Gallimard. 1951. 498 pages
" Les clients qui empiètent sur le ou les sièges voisins doivent acheter le nombre de sièges nécessaires. L’accoudoir est considéré comme la limite entre les sièges."
Southwest Aviation.
Une récente circulaire de Southwest Aviation précise les
conditions d'accès en cabine pour les passagers en surpoids. Les
modalités d''application restent à définir, l'utilisatio d'un
siège-test n'est pas exclue. On rit, ou pas. Considérée longtemps
comme un péché captal, la gourmandise, l'obésité morbide sera-t-elle un
jour recoonnue comme une maladie source de handicap?
"On pense à tort que le destin concerne le futur; le destin, c'est le passé. C'est à lui qu'il est impossible d'échapper."
Josepha Calcerano
La phrase peut séduire car elle inverse notre intuition de ce que serait une destinée. Loin d'être un arc tendu vers l'avenir, elle se résumerait à tout ce qui a été vécu, transmis, incorporé dans notre passé et qui désormais nous constitue. La formule de Josepha Calcerano est néanmoins troublante et on peut s'étonner qu'une jeune auteure, lauréate d'un prix Jeunesse, puisse s'accomoder d'une vision à ce point contraignante de l'antique Destin, celui des dieux ancestraux ou de l'Inch Allah coranique. Le propre de l'être humain ne consiste-t-il pas à inlassablement remplacer 'C'est écrit' par 'C'est possible'? Il n'y a pas de destin, qu'il soit passé ou futur, mais sans cesse de nouvelles opportunités à saisir. Il faut relire Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, pour qui la trajectoire humaine n'est pas faite de fatalités mais de choix. Certes, Sisyphe ne peut échapper à la pierre qu'il roule inlassablement, comme nous ne pouvons échapper ni à notre finitude ni à notre histoire. L’essentiel n’est pas là, l’essentiel est dans la manière de les habiter et dans le refus de les sacraliser comme un destin aliénant. Sans nier le poids du passé, il existe une sagesse qui consiste à garder une distance fragile et toujours à reconquérir entre ce qui nous a faits et ce que nous faisons de ce qui nous a été fait. Le passé est pétrifié, mais le sens du passé, lui, ne l’est jamais. Ainsi, Sisyphe est heureux non parce que sa situation change, mais parce qu'il assume le choix de continuer plutôt que de s'arrêter, se préservant une capacité à rouvrir le possible là où tout semblait clos. La liberté et le choix qu'il se donne de porsuivre est son bonheur d'être humain.
Remarquez, cette improvisation inattendue sur le sens des choses et des choix assumés ne préjuge en rien des qualités du Grand Test, ni que ce soit un très beau roman. C'est une qualité qu'il nous fasse réfléchir. .
Lu dans:
Josepha Calcerano. Le Grand Test . Le muscadier . Rester vivant.
250 pages. 2024. Lauréate du Prix Première Victor du Livre
Jeunesse 2026
Le Soir — Édition spéciale | 1er avril
Washington. — L’inimaginable s’est produit dans
la nuit de lundi à mardi : le président des États-Unis, Donald
Trump, est introuvable. À l’heure où nous écrivons ces lignes,
aucune piste n’est écartée par les autorités américaines, qui
évoquent une situation « d’une gravité exceptionnelle ». Selon des
informations confirmées par plusieurs sources proches de
l’exécutif, c’est le majordome en chef de la Maison-Blanche qui a
donné l’alerte aux premières heures du jour. En pénétrant dans la
chambre présidentielle peu après 5 heures du matin, il aurait
découvert un lit défait, des vêtements éparpillés au sol — pyjama,
peignoir et effets personnels — comme abandonnés à la hâte. Plus
troublant encore : un mot manuscrit, laissé sur la table de
chevet. Une phrase brève, énigmatique :
« Ne me cherchez pas, je reviens rapidement. »
Le Secret Service a immédiatement enclenché le protocole d’urgence. Le FBI a été saisi dans la foulée. Dès l’aube, un périmètre de sécurité renforcé a été établi autour de la Maison-Blanche, tandis que des équipes cynophiles ratissent méthodiquement les jardins et les abords immédiats. Dans le ciel de Washington, plusieurs hélicoptères survolent la ville sans discontinuer. Une description pour le moins inhabituelle circule parmi les équipes engagées : celle d’un homme âgé, possiblement vêtu d’un pyjama clair et d’un peignoir, susceptible d’errer dans les rues de la capitale.Sur le fleuve Potomac, une unité de plongeurs a été déployée en fin de matinée. « Toutes les hypothèses sont envisagées », a déclaré un responsable fédéral sous couvert d’anonymat.
Les spéculations vont bon train, tant à Washington que dans les chancelleries étrangères. La piste d’un enlèvement, bien que non confirmée, est prise très au sérieux. Dans un contexte international particulièrement tendu, certains analystes n’excluent pas que le président américain puisse servir de levier dans des négociations secrètes liées au conflit en Iran. D’autres évoquent un scénario plus déroutant : celui d’une fugue volontaire, possiblement liée à un épisode de confusion. « Le contenu du message laisse planer un doute troublant sur l’état d’esprit du président au moment de sa disparition », confie un ancien conseiller de la Maison-Blanche. Une hypothèse plus singulière circule également dans certains cercles diplomatiques : celle d’un rendez-vous clandestin, dont la nature politique ou personnelle reste inconnue.
Enfin, une théorie plus explosive commence à émerger : celle d’une possible intervention d’un service de renseignement étranger. Des tensions récentes entre Washington et Tel-Aviv, notamment autour de la gestion du conflit au Moyen-Orient, alimentent des conjectures impliquant les services israéliens. Aucune preuve tangible ne vient toutefois étayer cette hypothèse à ce stade.
Une planète suspendue à l’inconnu
À Bruxelles comme à Paris, à Moscou comme à Pékin, les réactions oscillent entre stupeur et prudence. Les marchés financiers ont ouvert en nette baisse, tandis que plusieurs réunions d’urgence ont été convoquées au sein des institutions internationales. À Washington, le vice-président a été placé sous haute protection, sans qu’aucune déclaration officielle n’ait encore été faite sur un éventuel transfert temporaire de pouvoir. En attendant, une question domine toutes les autres : où est passé le président des États-Unis ? Et surtout reviendra-t-il comme il l’a lui-même écrit ?
C.V.
"Dans une maison aux murs qui respiraient l'oubli,
je découvris un miroir ancien, au cadre noirci,
qui ne reflétait pas mon visage, mais un autre espace.
Un monde suspendu, où les ombres glissaient sans bruit."
Arno Pluquet
Lu dans:
Arno Pluquet. Ce que la fatigue ne dit pas. UltraLetters. 2025. 88 pages. Extrait p.17
"On ne détruit pas des emplois, on les reconstitue avec moins de personnes."
Stijn Bijnens, CEO de Proximus. Le Soir. 27 février 2026
Ce ne doit sans doute pas être une mauvaise personne et lorsqu'il
évoque la suppression de
1.200 emplois comme une nécessaire "reconstitution" de sa firme il
en parle comme un médecin prendrait soin de son patient. Un CEO soigne
la structure, pas le
salarié qui devient une entité abstraite remplaçable, une variable
d'ajustement dans un budget. Dans leur banalité, les mots qu'on prononce sont révélateurs de notre vision de la réalité.
"Je regarde la vie sur le trottoir
y a des cœurs rouillés que je répare
et si demain je devais m'arrêter
si la boutique devait fermer
j'aurais peut-être pas été le meilleur
mais ce que j'ai fait, j'l'ai fait avec le cœur."
Christophe Maé
Et soudain nous revient ce "petit cordonnier, sans rien d'particulier / dans un village dont le nom m'a échappé / Il faisait des souliers si jolis, si légers / que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter" . Il y mettait du temps, du talent et du cœur, ainsi passait sa vie au milieu de nos heures zt loin des beaux discours, des grandes théories, à sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui : Il changeait la vie.
Lu dans:
Christophe Maé. La Boutique Des Rêves (En Duo Avec Francis Cabrel). 2026
Jean-Jacques Goldman. Il changeait la vie. 1987?
"Il colore la vie de ceux qui l’entourent… "
Lu dans: u
Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin. Les Strauss-Kahn. 2012. Albin Michel. 272 pages.
" Voici
la chambre où tous se trouvent
tes amis morts qui passent
à travers toi comme le vent
d'un carillon."
Ocean Vuong
Lu dans:
Ocean Vuong. Ciel de nuit blessé par balles. Mémoire Encrier.
2018. 127 pages. Ocean Vuong, né Vương Quốc Vinh le 14 octobre
1988 à Hô Chi Minh-Ville, au Viêt Nam, est un poète, romancier et
essayiste américain.
"Au-dessus de nous brillait la froideur des étoiles.
Dans ces cailloux, on avait cru voir un jour des ours, des dragons et des dieux. Puis le ciel s’était tu, nos mythes avaient rejoint des cavernes et l’univers était devenu mathématique.
Au final, qu’avait-on fait ? Des espaces courbes, un principe d’incertitude, la relativité du temps. À vouloir résoudre une énigme, on l’avait décuplée. "
Claire MAY
Lu dans:
Claire MAY. Rêves d’azote. Hélice Hélas. 2026. 192 p.
"Dans ma langue,
amour se dit Yêu.
Et faiblesse se dit Yêu.
La façon de dire ce que l'on veut dire change ce que l'on dit."
Ocean Vuong
Lu dans:
Ocean Vuong. Marguerite Capelle (Traduction). Le temps est une mère. Même pas. Gallimard 2023. 128 pages. Extrait p. 60.
"Nous avons exagéré le superflu.
Nous n'avons plus le nécessaire."
Pierre-Joseph Proudhon
"Y'a tant de vagues et de fumée
Qu'on n'arrive plus à distinguer
Le blanc du noir
Et l'énergie du désespoir (..)Y'a tant de vagues et tant d'idées
Qu'on n'arrive plus à décider
Le faux du vrai
Et qui aimer ou condamner (..)Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps
Tout seul avec le vent
Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Comme dans mes rêves d'enfant
Loin des regards de haine
Et des combats de sang
Retrouver les baleines
Parler aux poissons d'argent
Comme, comme, comme avant. "
Michel Berger
Lu dans:
Michel Berger. Le Paradis blanc. Album Ça ne tient pas debout.
1990.© Universal M B M Sarl
Il est où le soleil? Wajdi Mouawad. La
grande librairie. Mercredi 4 mars 2026.
"Ils mangèrent avec un grand silence heureux. Le pain était bon, le vin aussi. On sentait la joie de vivre."
Jean Giono. Que ma joie demeure
Conseils pour vos prochains repas d'amis, évitez le taboulé libanais, le houmous et les falafels, oubliez le filet américain, les ribs et l'apple pie. Evoquer votre goût pour le Boeuf Stroganov, le Bortsch et les blinis n'est pas une bonne idée non plus. Composez-vous un menu comprenant des plats neutres et politiquement aseptisés tels un velouté de potiron, un suprême de volaille (ou de tofu si vegans), un sorbet de citron et un thé de verveine. Orientez la conversation vers la littérature ancienne, votre dernier voyage en vélo en Zélande et des conseils de permaculture. Evitez de parler de votre tour du monde en avion, du début du ramadan, du dernier vaccin contre la grippe, de l'élevage de poussins intensif, du boeuf de Kobé, de religion, de la législation sur les voitures hybrides ou sur les guerres de même nom. Evitez de tousser ou de complimenter vos hôtes sur leur bonne mine(s) car il se trouvera toujours un rieur pour évoquer le détroit d'Ormuz qui en contient tant. Taisez-vous un maximum et évitez d'aborder tout ce qui fâche et démarre une conversation en vrille. Nul n'y échappe, car le chaos initié par quelques grands esprits dérangés se répand rapidement, et partout, nous contaminant tous bien plus qu'on l'imagine. Pour ma part je range les repas d'amis jusqu'à ce que survienne un improbable armistice.
Lu dans:
Jean Giono. Que ma joie demeure. Le Livre de Poche. 1959. 504 pages
« Ils ont mis un obus dans le cul de la planète. »
Dominique Eddé, romancière et essayiste libanaise
J'abhorre la trivialité et trouve pourtant appropriée la phrase citée par Dominique Eddé, qui l'a reprise à un collègue journaliste. Il faut avoir perdu l'esprit pour affirmer que grâce au chaos allumé au Moyen-Orient désormais "une grande paix régnera". Les lecteurs du Monde ont pu découvrir hier ces quelques lignes sobres de la romancière libanaise. "Dans cette partie du monde, la haine et l’épuisement se partagent les vies. Plus l’épuisement s’installe, plus la haine grandit. Le syndrome est en passe de contaminer la planète. Il appartient désormais à toute intelligence capable d’altérité et d’empathie de résister et de se faire entendre sous une forme ou une autre. Si modeste soit-elle. Il ne s’agit pas de l’emporter sur le raz-de-marée, il est en marche ; il s’agit pour chacun, chacune, de sauver à l’intérieur de soi ce qui vaut à notre espèce son qualificatif d’humaine."
Lu dans:
Dominique Eddé. Le temps du présent est écrasant, il est à la
destruction. Le Monde. 11 mars 2026.
"Malheur à nous !
Nous pouvons, oui, nous aussi pouvons nous soulever et vous tuer ! Nous aussi ! Nous aussi ! Mais nous pouvons aussi ce que vous n’avez jamais pu ni ne pourrez jamais sur cette terre : Ne pas tuer son prochain."
Yitshak Katzenelson. Chant du peuple juif assassiné. 1944
Une longue tradition de prophètes, ces "voix prêchant dans le désert", constelle l'histoire du peuple d'Israël. La voix d'Ytshak Katzenelson, poète et dramaturge juif, né le 1ᵉʳ juillet 1886 à Karelichy, près de Minsk, et assassiné par gazage le 1ᵉʳ mai 1944 au camp d'extermination nazi d'Auschwitz, résonne étrangement par ces temps de violence.
Lu dans:
Yitshak Katzenelson. Chant du peuple juif assassiné. 1944. trad. B. Baum. Paris. Zulma. 2007. Rédigé en 1944 au camp d'internement de Vittel.
cité par Hannah Arendt, Karl Jaspers. À propos de l'affaire Eichmann. Ed. L'Herne. 2021. 101 pages. Exergue
Ytshak Katzenelson https://fr.wikipedia.org/wiki/Ytshak_Katzenelson
"Tu ne tueras point."
Exode 20:13
Voir s'écrouler, jour après jour, toutes les valeurs sur lesquelles se fondèrent nos vies, est une profonde désillusion. On put dire après Auschwitz qu'on n'avait rien vu, mais même cela nous est enlevé aujourd'hui. On voit, on lit, on découvre, et un silence assourdissant y répond. Célébrer le retour du printemps, les jonquilles, le réveil des abeilles, les semences de progrès qu'il y aurait en tout homme n'occultera pas la profonde inhumanité dans laquelle nous baignons actuellement. On sourit de la férocité de Kroll dans Le Soir évoquant le rapatriement des vacanciers de Dubaï "maman, j'ai oublié mon essuie à la piscine de l'hôtel", mais ce sourire cache un profond malaise.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas,
Tu n’es pas cinq,
Tu es des millions. (./..)
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère."
Lu dans:
Nâzim Hikmet. Il neige dans la nuit et autres poèmes. Gallimard Poésie. 2000. 418 pages
"Nous sommes entrés dans une période de retour des empires, où les grandes puissances, les États-Unis, la Chine, la Russie, imposent leurs logiques de puissance. (./..) L’Europe devrait être une puissance de médiation et de droit. Notre responsabilité est de promouvoir des solutions politiques durables. Si nous abandonnons cette vocation, nous perdrons ce qui fait la singularité du projet européen."
Dominique de Villepin
Voix dissonante, qui ne se souvient du 14 février 2003 lorsque Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères, prononce un discours historique à l'ONU, s'opposant fermement à l'intervention militaire américaine en Irak. Son plaidoyer pour la paix et le désarmement par les inspections fut longuement applaudi, un fait rare au Conseil de sécurité. On le retrouve hier au JT 19h30 de la RTBF, à l'occasion d'un passage à Bruxelles dans un contexte international tout aussi perturbé, avec un discours qui paraît moins aligné sur les justifications israéliennes et américaines des récentes frappes en Iran et au Liban. L'avantage sans doute de ne pas être en position de responsabilité, mais paroles qui ont le mérite d'exister. "« Ce n’est plus le temps des architectes. C’est le temps des maçons, ceux qui, pierre après pierre, bâtissent patiemment la maison européenne.. ./.. Si l’Europe cherche à devenir une petite Amérique, elle perdra son âme et sa raison d’être. L’Europe n’a jamais été une puissance d’empire ; elle est une puissance de droit. ./.. Nous entrons dans un monde d’empires. Les grandes puissances pensent en continents, en ressources, en domination. Si l’Europe n’apprend pas à penser ainsi elle aussi, elle sera pensée par les autres. »
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Dominique de Villepin. JT 19h30 (RTBF), 6 mars 2026 . Bruxelles, 6 mars 2026, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, L’Europe face aux empires
"Le monde ne mourra pas par manque de merveilles mais uniquement par manque d'émerveillement." Vincent Munier
Un grand-père apprend patiemment l'émerveillement à son petit-fils et à découvrir la nécessité de se rendre invisible pour voir la nature. Le superbe film Le Chant des forêts, réalisé par le photographe naturaliste Vincent Munier explore la forêt des Vosges; dans l'observation et la transmission intergénérationnelle. S'émerveiller d'un mouvement d’herbe, d'un souffle dans la brume, d'un battement d’ailes, du passage furtif d’un animal. Rien de spectaculaire au sens habituel du cinéma. Et pourtant tout est là. La forêt révèle la puissance de l’infime, de ces riens si importants, de toutes ces choses qui n’existent presque pas. Elles ne produisent rien, ne font pas d’actualité, ne remplissent aucun écran. Elles sont trop petites, trop lentes, trop silencieuses. Et pourtant, la forêt repose sur cette multitude d’insignifiances: un insecte nourrit un oiseau, un champignon nourrit une racine, une graine oubliée devient un arbre. Et la vie persiste grâce à ce que nous ne voyons pas. Un film qui est pur moment de bonheur pour qui sait encore s'arrêter durant deux heures et simplement observer.
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Phrase de fin de l'émission Passe moi les jumelles - consacré au
photographe : Vincent Munier , l'éternel émerveillé
Vincent Munier. Le Chant des forêts. Documentaire. 93 minutes.
France. 2025
"Je me dis que d'autres hommes trouveront, eux aussi, le chemin vers la paix au Proche-Orient, en Ukraine ou ailleurs. Y a-t-il d'autre choix que d'y croire ? Un devoir d'optimisme au nom des enfants des autres et des miens."
Maryse Burgot
Un rayon de soleil dans la grisaille. Maryse Burgot, journaliste de France TV, partage son expérience et ses rencontres à l'occasion de la sortie de son autobiographie en Poche. Elle conclut sur une touche d'espoir, "car sinon à quoi bon continuer à faire quoi que ce soit" . Dans son métier, et dans tant d'autres. On retrouve "le serment d'être heureux" du philosophe Alain, adapté à notre époque.
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Maryse Burgot. Loin de chez moi : Grand reporter et fille de
paysans. Le Livre de Poche / Documents . 2026. 312 pages
La Grande Librairie. Mercredi 4 mars 2026 à 21:05 sur France 5,
Augustin Trapenard
"Arrêtez ce monde, je veux descendre."
Un mauvais rêve de fin de nuit. Profitant du chaos, la Chine s'empare de Taiwan, tuant son président et une quarantaine de ses plus hauts généraux, ministtres et scientifiques. Le monde réagit mollement, car la "la guerre n'est que la continuation de la politique par d’autres moyens ” comme nous le rappelle un ministre. Victime de ce noble principe, un de mes vieux patients fut massacré dans son sommeil à coups de trépied de baxter par un voisin de chambre qui le suspectait de grivoiserie. Ce qui n'était qu'un fait-divers de presse locale est transposé aujourd'hui en politique internationale. Moment de grâce annoncé, ce midi à la sortie des cours un repas partagé avec quelques-uns de nos petits, des concentrés de joie de vivre. Comment ne pas s'interroger sur le monde que nous leur laissons, envahis contre toute habitude par ce sentiment évoqué par Sylvain Tesson "de ne plus habiter ce vaisseau terrestre avec la même grâce"?
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Sylvain Tesson . Sur les chemins noirs. Gallimard. NRF. 2019. 176 pages
'La guerre n'est que ..."citation de Carl von Clausewitz, militaire
prussien, qui occupa une place centrale dans les guerres napoléoniennes
"Prenez garde, Père Ubu. Depuis cinq jours que vous êtes roi, vous avez commis plus de meurtres qu'il n'en faudrait pour damner tous les saints du Paradis. Le sang du roi et des nobles crie vengeance et ses cris seront entendus."
Alfred Jarry
Alfred Jarry reprend Eschyle et son imprécation "L’hubris (la démesure) engendre le tyran / lorsqu’elle fleurit / elle produit l’épi de l’égarement / dont la moisson est faite de larmes." Nous n’avons plus de dieux pour nous rappeler à l’ordre, mais les faits démontrent que l'Homme n'a rien appris.
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Alfred Jarry. Ubu Roi. Mercure de France. 1896.
Eschyle (525-456 av. J.-C). Agamemnon. Orestie.
"Dulce bellum inexpertis. / La guerre est douce à ceux qui ne l'ont pas vécue."
Sagesse latine
Une critique lucide, et ancienne, de l'enthousiasme guerrier. Une
réflexion profondément actuelle, propice à entamer ce mois de mars, Mars
dieu de la guerre dans la mythologie romaine.
« Tous les chagrins sont supportables si on en fait une histoire. »
Karen Blixen (1885-1962)
Il faut (re)lire l'oeuvre de Karen Blixen pour saisir la pertinence de cet épigraphe.Ou (re)découvrir les films éponymes.
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Karen Blixen. La Ferme africaine. Out of Africa. Gallimard. Coll. Blanche. 1942.
Karen Blixen. Le Festin de Babette et autres contes . Babette's Feast. 1958. Gallimard. Folio 4679. 2008.
"Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur."
Rosa Luxemburg. Lettres de prison.
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Laurence Nobécourt. La Petite sauvage. Grasset. 2026. 288 pages
Arundhati Roy. Mon refuge et mon orage. Gallimard. 2026. 400
pages.
Rosa Luxemburg. Lettres de prison. Recueil épistolaire (1915 -
1918) écrit pendant sa détention pour son opposition à la Première
Guerre mondiale.
"Gjensynsglede (norvégien): la joie de tomber sur une personne que l’on n’a pas vue depuis longtemps."
Un visage revient, comme un port sortant de la brume. Les années s’effacent un instant, on se regarde incrédules de vivre une double expérience. D'abord celle de la rencontre elle-même. Tout aurait pu empêcher ce moment, les hasards contrariés, les routes divergentes, les retards, les silences, les déménagements, les maladies, les choix infimes qui déplacent une vie de quelques degrés, autant de bifurcations qui auraient suffi à rendre cette rencontre impossible. Statistiquement, elle avait toutes les chances de ne pas advenir. Et puis celle de la reconnaissance d'un visage après de longues années. Les traits ont changé, la peau s’est affinée, les lignes se sont creusées, le regard a traversé des paysages que nous ignorons. Et pourtant, quelque chose demeure, une façon de plisser les yeux, d'incliner un sourire. Ce n’est pas la photographie que nous reconnaissons, mais bien le mouvement intérieur qui a survécu à tant d'années. Le visage n’est plus le même, et cependant il est resté fidèle à lui-même. Comme un vieux village dont les façades auraient été restaurées, mais dont les rues gardent la même orientation vers le soleil. Le temps transforme sans effacer. Ce qui aurait pu ne rester à jamais qu'une silhouette floue dans la mémoire est devenu ce visage transformé qui se tient là, vivant, respirant, devant nous. Gjensynsglede , un beau mot pour décrire ce qui aurait pu ne jamais être.
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Célia Saïph. Les Saisons de mon coeur. Laffont. 2023. 192 pages
"Dans la tasse fêlée
le thé fume encore
le temps a bu le reste."
Sagesse Wabi-sabi
La perfection fatigue. Totalement anachroniques, je découvre deux petits ouvrages étonnants sur le wabi-sabi, esthétique et philosophie japonaise qui célèbre la beauté de l’imperfection. Tel le kintsugi, art séculaire du Japon, qui répare une poterie brisée avec une laque mêlée d’or : la fissure n’est pas dissimulée, elle est sublimée. L’objet devient plus précieux à cause de sa blessure, la fragilité et les cicatrices font désormais partie de sa beauté. Bien plus qu'une philosophie, une invite à jeter un regard différent sur le vieillissement, la fragilité et la finitude. Il est paradoxal que ce soit au Japon que soit né après 1950 le concept japonais de Qualité Totale, approche de management stratégique visant le "zéro défaut". Toute société secrète le tout et son contraire. Il nous reste quelque mots à glisser dans la main du patient découragé par son déclin :
Apprendre à vieillir comme une pierre au soleil
vieille pierre que personne ne regarde,
elle n’en est que plus belle,
vieillir ainsi sans se plaindre, sans se retenir,
en devenant peu à peu exactement ce que l’on est.
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Léonard Koren. Wabi-sabi pour aller plus loin. Trad. Laurent Strim. Le Prunier. Sully. 2018. 96 pages
Léonard Koren. Wabi-sabi à l'usage des artistes, designers, poètes &
philosophes. Trad. Laurent Strim. Le Prunier. Sully. 2015. 110 pages
"Il me vient à penser
Que je n'existe vraiment pas,
Si ce n'est dans le regard
Et
Dans la voix de l'Autre."
Yves Namur
Que sais-je de moi, qui ne m'ait été dit? Que je suis né à telle date, un bébé de sexe masculin, né en Belgique, portant tel prénom et tel patronyme. Que sais-je de moi que je n'aie dû accepter, bon gré mal gré. Qu'on me prête quelques qualités et autant de manques, que je puisse exercer la médecine après avoir été proclamé, et conduire un véhicule après avoir été déclaré apte. Que les quelques paroles que j'ai prononcées ici et là furent justes ou dérisoires, le saurais-je sans en avoir entendu les commentaires? Et qu'un jour un de mes enfants annoncera une tr!ste nouvelle, qu'heureusement je n'entendrai pas.
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Yves Namur. Figures de l'éphémère. Poésie. Escale du Nord. 2026. 272 pages. Extrait p.194
"Il y a une autre belle armada qui flotte magnifiquement vers l’Iran en ce moment."
Donald Trump
Un politicien féru d'Histoire n'aurait sans doute pas évoqué le terme
armada pour glorifier ses navires en route vers les côtes iraniennes.
Il aurait gardé en mémoire le funeste destin de l'Invincible Armada,
puissante flotte espagnole de 130 navires lancée en 1588 par Philippe II
pour envahir l'Angleterre. Ce projet majeur a échoué face à la marine
anglaise et aux tempêtes, marquant un tournant historique et
affaiblissant durablement la puissance maritime espagnole. Quant aux
porte-avions réputés invincibles, le naufrage du Vasa, fleuron de la flotte suédoise pour dominer la Baltique, lors de son voyage inaugural le 10 août 1628, incite à la modestie. Navire, trop lourd et
instable, déséquilibré par un centre de gravité trop élevé par l'ajout d'énormes canons sur le pont supérieur, il sombra à la sortie du port de Stockholm en quelques minutes devant la Cour horrifiée, provoquant la mort d'environ 30 à 50 personnes.
"De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?
De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages, (..)
Toute la liberté qu’on prend à des oiseaux
Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
Nous avons des tyrans parce que nous en sommes."
Victor Hugo. L'Oiseau
Anny Duperey lit L'Oiseau à la Grande Librairie, "dont la cage qui pend au seuil de ta maison / vit, chante, et fait sortir de terre ta propre prison." De combien d'oiseaux sommes-nous les maîtres, le plus innocemment du monde? Dans une interview réalisée en 1998 par Bernard Pivot, Alexandre Soljenitsyne s'interrogeait sur la capacité qu'aurait l'habitant du 21ème siècle à rester libre dans une civilisation confortable, dont il serait à la fois l'esclave et le tyran. Pour les petites mains usées prématurément par la récolte de coltan pour nos smartphones, on est des princes. Par notre hyperdépendance aux enjeux financiers et stratégiques du monde, on est des serfs. Nous devrons un jour faire face à ce dilemme: à quoi sert une fenêtre ouverte, s'il n'y a plus de ciel? A quoi bon lever l'ancre s'il n'y pas plus de ligne d'horizon? Quel sens donner au voyage, si tout est programmé? Il est des libertés pires que la prison.
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Victor Hugo. À l'oiseau. Recueil Les Contemplations. 1856. Composé de
158 poèmes, divisé en deux parties (« Autrefois », « Aujourd'hui »)
témoignant de la vie du poète avant et après la mort de sa fille
Léopoldine en 1843.
"- Bonjour, dit le petit prince.- Bonjour, dit le marchand." C'était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif, on en avale une par semaine et l'on n'éprouve plus le besoin de boire. - Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince. - C'est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs, on épargne cinquante-trois minutes par semaine. - Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ? - On en fait ce que l'on veut... "Moi, se dit le petit prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine..."
Antoine de Saint Exupéry
Curieuse journée. Plusieurs patients ont évoqué le début du Ramadan demain mercredi, quelques autres (plus rares) le Mardi Gras précédant le Carême, et un dernier prolonge son Dry January en Dry Feb à la canadienne. Une coïncidence du calendrier qui cette année fait signe: existerait-il dans l'être humain une aspiration bien ancrée à la retenue, au ralentissement, au discernement que procure la maîtrise du besoin immédiat? Le Ramadan, le Mercredi des Cendres et Dry February ne partagent sans doute ni les mêmes fondements ni les mêmes finalités culturelles ou religieuses. Mais ils posent une question commune : que faisons-nous de nos désirs ? Je suis libre non pas quand je cède, mais quand je peux différer.
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Antoine de Saint Exupéry. Le Petit Prince. Chapitre XXIII
"Oui, je vis dans une tente et je dois me déplacer sur des charrettes tirées par des ânes, mais je suis heureuse. Mon pays est le plus beau du monde."
Rotana, réfugiée retrouvant son village détruit à Gaza
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Marie Jo Sader. C’est mon droit de revenir : à Gaza, un retour
traumatisant. Le Monde. 17/02/2026 .
"Dieu crée Adam, le premier homme, en le modelant à partir de la glaise, puis en insufflant dans ses narines un souffle de vie."
Genèse. chapitre 2
Fascinant pouvoir qui confie à un seul homme, dans notre démocratie, la création d'un ministre-président au terme d'une nuit de profonde réflexion. Il le créé, comme dans la Genèse, à son image et à sa ressemblance, mais pas trop, de peur qu'il lui fasse de l'ombre.
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Genèse . 1:26-27
« Les êtres malfaisants font belle figure.
Auprès de plus mauvais encore
n’être pas le pire, c’est déjà mériter l’éloge. »
William Shakespeare. Le Roi Lear
Relire ses classique à la lumière de l'actualité est un plaisir rare. Dans une atmosphère sombre, chaotique et violente, le Roi Lear sombre dans la folie et son royaume se déchire. L’ordre moral s’est effondré et affirmer qu'on n'est pas le pire est déjà une vertu. Shakespeare aurait pu éditorialiser dans le New York Times, sans déparer l'actualité. Déclassifier 3,5 millions de documents, incluant également plus de 2 000 vidéos et 180 000 images parfois caviardées, bouscule la hiérarchie du mal tout en la rendant totalement opaque. Les Epstein Files, sInistre pyramide de complicités, de silences et de proximités, qui savait et qui pas, qui a été invité à sa table, dans son avion, dans le salon de celui-ci ou dans la chambre, sur son île, dans sa boîte mail, quelle faveur pour quel prêt? Qui est coupable et qui ne l'est pas dans pareil cloaque? Dans le doute, on conclura sans doute qu'ils le sont tous, sauf le Dalaï Lama, Jimmy Carter et Yvonne de Gaulle, et quand on en aura épuisé l'actualité on n'en parlera plus.
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William Shakespeare. Le roi Lear. P.O.L. 2022. 256 pages
« La vie nous grandit,
l’âge nous émiette. »
Philippe Colmant
L’expérience, les rencontres, les épreuves, les joies, le lent apprentissage de la vie nous construisent. Nous gagnons en profondeur, en compréhension, parfois en compassion. Et paradoxalement, comme le feu entame la bûche, cette constructtion même nous émiette. Le temps ne se contente pas d’enrichir, il use. Le corps se fragilise, les certitudes se fissurent, la mémoire se troue, les forces se dispersent. De quel bois alimenter le feu pour ne pas qu'il s'éteigne?
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Philippe Colmant. Verso de l'ombre. Ed. Le Coudrier. 2025. 100
pages. Extrait p.87
"C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles."
William Shakespeare. Le Roi Lear
Merveilleux acteurs, et comme il est souligné avec émotion à la fin du spectacle, merveilleux accessoiristes, techniciens, maquilleurs, habilleurs, sans gloire aucune si ce n'est celle de nous partager ces textes venus du fond des temps. Ils nous rappelent que les tyrans fous font l'histoire des hommes depuis toujours, et que leur fragilité tôt ou tard les perd. C’est toute la magie de Shakespeare qui résonne, entre éclats de rire et instants d’émotion pure. Est-ce la vie qui imite la scène ou la scène qui dévore la vie?
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William Shakespeare. Le roi Lear. P.O.L. 2022. 256 pages
L’Habilleur. De Ronald Harwood. Version française de Dominique Hollier. Au Public, jusqu'au 28.2.26
"Maman, l’hiver, m’en donnait un petit morceau pour la gorge, quand je partais à l’école. L’instituteur m’apprit un jour qu’on ne dit pas le sucre candide mais le sucre candi.
Quelle déception ! Le lendemain je doutais du Père Noël et un peu plus tard, je réfléchis à l’existence de Dieu …"
Norge
Déception supplémentaire quand on découvre au Larousse que si candide qualifie
un enfant ou une personne innocente, naïve, ingénue ou d'une sincérité
désarmante souvent par inexpérience, appliqué à un adulte, il peut
suggérer une crédulité ou une niaiserie. On lui préférera dans ce cas le
terme de néophyte qui désigne celui qui porte un regard neuf. Quand les mots nous trahissent..
"Comment un robinet multifonctions peut changer votre vie quotidienne. Un robinet qui permet d’avoir de l’eau bouillante instantanément. "
Publicité SoSoir
... mais aussi de l'eau pétillante, des rafraichissement instantanément, un gain de temps apprécié pour gagner du temps et maîtriser sa vie. La pub pour cet ustensile de cuisine fait rêver, quotidienne dans mon Soir depuis des semaines, même si parfois elle se trompe de vie . Et si on cessait de voir le temps comme une simple ligne droite qui nous pousse vers l'avant, une ressource comptable (on le "gagne", on le "perd", on le "dépense"), mais le voir comme un espace à vivre, comme une habitation? Au lieu de traverser la minute en courant, on s'y installe. C'est la différence entre survoler un paysage en avion et s'y promener à pied. La façon dont nous occupons cet espace est le reflet direct de nos valeurs, ce que l'on fait de ses heures vides dit souvent plus sur nous que ce que l'on fait de ses heures pleines. Toute réflexion demande une pause dans le mouvement. C'est en s'arrêtant dans cet espace que l'image devient nette. Comme une eau agitée qui doit s'apaiser pour refléter le ciel. Où se nicheront les pauses dans notre journée aujourd'hui?
"Le cinquième jour
Du haut d’un nuage,
les mains rouges d’argile,
Dieu contemplait les animaux:
Je suis mécontent du zèbre»,
dit-il à Saint Rémi
qui tenait la liste,
«il ressemble trop au cheval.
Rayez-le! "
Pierre Ferran
Où se niche ce qui nous déride dans cette fable minimaliste? La double perception du mot "rayer", un sentiment de connivence avec le modeste zèbre qui ne sera jamais cheval, le soulagement de découvrir qu'un jeu de mots lui évite de se voir disparaître. Et une illustration amusante.

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Pierre Ferran. poète et enseignant. Le Cinquième Jour. Texte
souvent cité dans des groupes de littérature ou de poésie en
ligne, conté par Jean-Claude Carrière.
"Rosa Parks
( j’ai appris son nom )
Bus n°2857
sur Cleveland Avenue
Montgomey [ Alabama ]
ce 1er décembre 1955
lorsque le chauffeur James F.Blake
demande à Rosa de quitter sa place
elle lui répond NON
et le monde change
un tout petit peu. "
Thomas Vineau
C'est une très lointaine image d'enfance, juste assez pour entendre des choses qu'on ne comprendrea que bien plus tard. Le texte fait référence à un événement majeur de l’histoire des États-Unis : le refus de l'élève Rosa Parks de céder sa place dans un bus à Montgomery (Alabama), le 1er décembre 1955. Ce geste a déclenché le boycott des bus de Montgomery, une mobilisation massive de la population afro-américaine contre la ségrégation raciale dans les transports publics. Le boycott a duré 381 jours et a conduit, en 1956, à une décision de la Cour suprême des États-Unis déclarant inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus. C’est aussi l’événement qui a propulsé sur le devant de la scène nationale Martin Luther King Jr., alors jeune pasteur. Ce n’était “qu’un non”, mais un non qui a déplacé l’axe de l’histoire. Etrangement tout se rejoue aujourd'hui, pareil au même. Ne s'est-il donc rien passé entre tant d'années?
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Thomas Vinau. Recueil: Poèmes d’une Amérique imaginée. Editions: Le Castor Astral. Collection Poche/Poésie. 2021.
"Vos mères vous ont dit que les phares sont là pour éclairer l'océan; n'en croyez rien, ils sont là pour dire aux marins où ils sont."
Eric Tabarly
Une amusante et insolite "fable musicale" animée par Hélène Dispas, jeune médecin généraliste, nous a interpellés ce vendredi soir sur l'impact - santé des déterminants sociaux, ces conditions dans lesquelles les individus naissent, vivent, apprennent, travaillent et vieillissent. Les interrogations inquiètes sur les dysfonctionnements de notre système de santé, ses doutes quant à l'utilité de la médecine qu'on lui suggère m'ont replongé dans la lecture passionnée d'Ivan Ilitch et de sa "Némésis médicale", qui imprégna durablement ma jeune pratique. On sort pensif de pareille soirée: comment passe-t-on insensiblement au fil d'un long parcours du sentiment d'impuissance vers une certaine sérénité et le bonheur de pratiquer une médecine du quotidien aussi nécessaire que modeste? Comment se poser sans se renier? En découvrant sans doute que chaque consultation est une rencontre autant qu'un engagement. On prête à Eric Tabarly, la légende des navigateurs disparu en mer le 13 juin 1998, une belle réflexion sur les gardiens de phare. Un marin perdu est un naufragé en puissance, et les gardiens de phare n'ont eu de cesse au fil des siècles de conquérir, voire d'apprivoiser ces cailloux isolés et massacrés par les déferlantes. Ici comme ailleurs, la machine a progressivement remplacé l'être humain. La présence, rassurante pour les marins, d'un homme oublié comme eux au milieu de la tourmente des flots déchaînés, se fait rare. Si les phares guident toujours les navigateurs, le plus souvent ils n'abritent plus de gardien. Il demeure que l'image est belle de ces hommes perdus dans la détresse s'accrochant à une balise lointaine près de laquelle ils devinent un autre homme, affrontant les mêmes vents et les mêmes vagues. N'être à longueur de semaine que cet humble fanal perdu lui-même dans les flots parfois déchaînés de la vie, uniquement là "pour dire aux marins où ils sont" peut suffire, toute révolte ancienne intimement intégrée, à rendre un médecin heureux.
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Hélène Dispas. Docteur, le chômage me fait mal au ventre. Vendredi
30 janvier 2026. La Villa. Centre culturel de <Ganshoren, en
partenariat avec la Maison Médicale Calendula.
https://www.youtube.com/watch?v=xpDczrI1Gk4
"En ce monde, rien n’est bon ni mauvais au même titre pour tous."
Ismaïl Kadaré
"Que fais-tu donc?" dit la carpe au héron qui la tient dans son bec. "Je te sauve de la noyade." Tout est vrai, successivement.
"En fait il n’y a plus de couleurs."
Papier peint mauvais drap
Etonnnante métamorphose du parc forestier: une brume, légère comme un voile, habille tout, gommant relief et couleurs. On guette les premières taches de couleur, perce-neiges, jasmin, crocus pour nous signifier le début de la fin de l'hiver.
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COLLECTIF. Papier peint mauvais drap. n°3/4. octobre 2025
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Georges Perec. Recueil: Je me souviens.Hachette. Hachette. P.O.L. 1978
« Quand une personne regarde un tableau, ce qu’elle découvre, c’est que le tableau lui-même la regardait déjà. »
Paul Audi
Fasciné par l'expression des naufragés du Radeau de la Méduse de Géricault (1819, Le Louvre) , il me fallut un bon moment pour discerner à l'horizon d'une mer déchaînée, en haut à droite, la minuscule silhouette de l'Argus, pauvre rafiot perdu dans la brume qui venait à leur secours. Ce fut ma première leçon de peinture. Quand on croit regarder un tableau, on imagine un geste simple, à sens unique : un sujet actif (moi) face à un objet passif (l’œuvre). Or le tableau n’est pas seulement ce que l’on voit, mais il nous voit, il nous attend. Une œuvre porte en elle une intention que son auteur a imaginée bien avant de lancer le premier trait. Elle n'a été conçue que pour rencontrer un regard humain, pour l’interpeller. En entrant dans la salle, ce n’est pas nous qui commençons l’échange : l’échange était déjà en place. Il nous regarde et nous révèle par ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas. Deux personnes devant la même toile ne voient jamais la même chose, non parce que la toile change, mais parce qu’elle agit comme un miroir qui leur envoie l'image d'eux-mêmes. Pour certains le tableau résiste, se dérobe, garde son secret, l'Argus ne leur apparaîtra jamais ne laissant du tableau qu'une image de désespérance. Leçon d'humilité, comprendre une oevre n'est pas la posséder, ce n’est pas la consommer, c’est entrer en relation. On peut étendre la phrase de Paul Audi au monde lui-même, ou aux autres. Nous découvrons un rouge-gorge sur une haie et le fixons du regard, croyant que nous le regardons, alors que nous sommes peut-être regardé depuis une heure. Observés par la réalité, par le passé, par tout le petit peuple qui habite la nature et qui nous précède. L’art devient alors une école du regard réciproque, un apprentissage de l’attention au plus modeste, au presqu'invisible, à l'insignifiant.
Lu dans:
Paul Audi. Le Vrai du Beau. Regard sur la peinture. Flammarion.
Essai. 2026. 260 pages
«Le Groenland n'est qu'un gigantesque morceau de glace stratégique, que seuls les États-Unis ont la capacité de protéger." Donald Trump.Forum de Davos. 21.1.26
Comme une éclaircie par le vitrail un jour de grand-messe, on a apprécié le geste de protestation de la présidente de la Banque centrale européenne qui se lève et quitte un dîner officiel en réaction au mépris présidentiel américain. On s'est laissé interpeller par le discours de résistance du premier ministre canadien Mark Carney, qui lui valut une standing ovation aussi méritée qu'inhabituelle. Il est rassurant de redécouvrir que le respect ne se négocie pas. Face au mépris, affirmer que le Groenland n'est pas un glaçon mais une population, une culture, un rapport privilégié à la nature, nous concerne tous. A ceux qui nous représentent, et beaucoup d'entre eux le font le mieux qu'ils peuvent, on aimerait envoyer ce simple signal: ne nous laissez plus insulter, nous valons plus que cela. Notre seule richesse est d'être de simples humains, solidaires, laborieux, dotés de la capacité de rêver à une société plus juste, plus fraternelle, plus respectueuse de son environnement.
Comment
ne pas être inquiets de voir notre monde progressivement régi comme un
énorme souk où tout se négocie en termes de valeur marchande, de
ristournes, de droits d'accès aux organes de décision. Je suis
heureux d'habiter et de travailler dans la quatrième
commune la plus pauvre de Belgique, et émerveillé par la somme des
minimes solidarités du quotidien que j'y observe. Je suis
reconnaissant de pouvoir
m'y exprimer sans crainte de poursuites, de jouir d'une protection
sociale contre les aléas de la vie, de voir ma vie privée
protégée par une législation européenne qui règlemente les
pratiques
douteuses des réseaux sociaux. J'apprécie la chance de bénéficier
d'un
système politique basé non sur un chef providentiel mais sur les
compromis permanents,
quelles qu'en soient les insuffisances et les lenteurs. Chers
élus, ne nous laissez pas déposséder de tout cela. Intégrez
une part d'utopie et de sollicitude dans vos priorités
budgétaires, et
quand à travers vous un président ivre de sa puissance nous
méprise, cultivez le courage de vous
lever et de quitter la table, rappelant aux grands de la planète
que le respect est plus important que les deals.
"Le Temps, ce grand sculpteur."
Marguerite Yourcenar
Une belle évocation en son et lumière des 800 ans de saccages suivis de reconstructions qui furent nécessaires pour sculpter la cathédrale Saint Michel et Gudule, ce coeur battant de Bruxelles. La lumière sculpte la pierre, le son sculpte l'espace et la technique lie le tout. Tant de beauté préservée illustre à merveille la petitesse des vicissitudes politiques de notre époque à l'échelle du Temps.
Lu dans:
Luminescence. Les 800 ans de la cathédrale
Marguerite Yourcenar. Le Temps, ce grand sculpteur. NRF Gallimard. 2015. 256 pages.
"Où va cet homme
Flanqué d'un chien errant ?
Je ne sais pas son nom
Mais je connais son ombre,
Si proche de la mienne,
Presque jumelle.
Toutes les ombres
Sont soeurs de sang.
Où va cet homme errant
Flanqué d'un chien ?"
Philippe Colmant
Deux ombres côte à côte sur le sol. Etrangement similaires, ni riche ni pauvre. Ne se reconnaissent ni le plus souple, ni le plus doué, ni le plus jeune, celui sans avenir et celui sans passé. Les ombres n'ont ni patronyme, ni famille. Elles avancent pourtant toutes les deux au même rythme. Dans un monde idéal, on devrait peut-être s'en isnpirer.
Lu dans:
Philippe Colmant. Verso de l'ombre. Le Coudrier. 2025. 100 pages. Extrait p.31
« Si vous n’êtes pas autour de la table des négociations, c’est que vous êtes au menu. »
Béatrice Delvaux
Lu dans:
Béatrice Delvaux. Le Soir. 19 janvier 2026.
Editorial