"Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur."
Rosa Luxemburg. Lettres de prison.
Méfiez-vous des livres, car on ne sait où ils nous mènent. Ce
soir La Grande Librairie diffusée sur France 5 fait s'entrecroiser
Laurence Nobécourt (La Petite Sauvage), Arundhati Roy (Mon refuge
et mon orage)... et Rosa Luxemburg, figure emblématique de la
Première Guerre mondiale, non évoquée mais qui surgit
irrésistiblement dans ma mémoire. Emprisonnée elle contemple un
oiseau, un jardin minuscule, la lumière changeante et affirme une
joie profonde malgré l’enfermement. Elle est à la fois cette
"petite sauvage" que Laurence Nobécourt décrit comme une figure
intérieure de l'enfant en nous avant l’adaptation sociale, à la
part indomptée, intacte, qui refuse la domestication. Et cette
capacité à ne pas consentir à la brutalité du monde, décrite par
Arundhati Roy comme ultime refuge quand se déchaîne l'orage:
"comment rester humain quand le monde se durcit". Il existe en
nous un noyau antérieur au trauma, au pouvoir, à la contrainte, un
point de liberté que ni la famille, ni l’État, ni la prison ne
peuvent entièrement étouffer. Nobécourt le nomme "sauvage". Roy le
nomme "refuge". Luxemburg le vit comme une joie intérieure
indestructible. Et si la petite sauvage, le refuge et la prison
libre n'étaient qu’un seul et même lieu, l’espace intérieur où la
dignité demeure? Trois voix mêlées, trois femmes, respect.
Lu dans:
Laurence Nobécourt. La Petite sauvage. Grasset. 2026. 288 pages
Arundhati Roy. Mon refuge et mon orage. Gallimard. 2026. 400
pages.
Rosa Luxemburg. Lettres de prison. Recueil épistolaire (1915 -
1918) écrit pendant sa détention pour son opposition à la Première
Guerre mondiale.
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