26 février 2026

La Petite Sauvage

 "Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur." 

                                        Rosa Luxemburg. Lettres de prison. 


Méfiez-vous des livres, car on ne sait où ils nous mènent. Ce soir La Grande Librairie diffusée sur France 5 fait s'entrecroiser Laurence Nobécourt (La Petite Sauvage), Arundhati Roy (Mon refuge et mon orage)... et Rosa Luxemburg, figure emblématique de la Première Guerre mondiale, non évoquée mais qui surgit irrésistiblement dans ma mémoire. Emprisonnée elle contemple un oiseau, un jardin minuscule, la lumière changeante et affirme une joie profonde malgré l’enfermement. Elle est à la fois cette "petite sauvage" que Laurence Nobécourt décrit comme une figure intérieure de l'enfant en nous avant l’adaptation sociale, à la part indomptée, intacte, qui refuse la domestication. Et cette capacité à ne pas consentir à la brutalité du monde, décrite par Arundhati Roy comme ultime refuge quand se déchaîne l'orage: "comment rester humain quand le monde se durcit". Il existe en nous un noyau antérieur au trauma, au pouvoir, à la contrainte, un point de liberté que ni la famille, ni l’État, ni la prison ne peuvent entièrement étouffer. Nobécourt le nomme "sauvage". Roy le nomme "refuge". Luxemburg le vit comme une joie intérieure indestructible. Et si la petite sauvage, le refuge et la prison libre n'étaient qu’un seul et même lieu,  l’espace intérieur où la dignité demeure?  Trois voix mêlées, trois femmes, respect. 


Lu dans: 
Laurence Nobécourt. La Petite sauvage. Grasset. 2026. 288 pages 
Arundhati Roy. Mon refuge et mon orage. Gallimard. 2026. 400 pages. 
Rosa Luxemburg. Lettres de prison. Recueil épistolaire (1915 - 1918) écrit pendant sa détention pour son opposition à la Première Guerre mondiale. 

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