"Gjensynsglede (norvégien): la joie de tomber sur une personne que l’on n’a pas vue depuis longtemps."
Un visage revient, comme un port sortant de la brume. Les années s’effacent un instant, on se regarde incrédules de vivre une double expérience. D'abord celle de la rencontre elle-même. Tout aurait pu empêcher ce moment, les hasards contrariés, les routes divergentes, les retards, les silences, les déménagements, les maladies, les choix infimes qui déplacent une vie de quelques degrés, autant de bifurcations qui auraient suffi à rendre cette rencontre impossible. Statistiquement, elle avait toutes les chances de ne pas advenir. Et puis celle de la reconnaissance d'un visage après de longues années. Les traits ont changé, la peau s’est affinée, les lignes se sont creusées, le regard a traversé des paysages que nous ignorons. Et pourtant, quelque chose demeure, une façon de plisser les yeux, d'incliner un sourire. Ce n’est pas la photographie que nous reconnaissons, mais bien le mouvement intérieur qui a survécu à tant d'années. Le visage n’est plus le même, et cependant il est resté fidèle à lui-même. Comme un vieux village dont les façades auraient été restaurées, mais dont les rues gardent la même orientation vers le soleil. Le temps transforme sans effacer. Ce qui aurait pu ne rester à jamais qu'une silhouette floue dans la mémoire est devenu ce visage transformé qui se tient là, vivant, respirant, devant nous. Gjensynsglede , un beau mot pour décrire ce qui aurait pu ne jamais être.
Lu dans:
Célia Saïph. Les Saisons de mon coeur. Laffont. 2023. 192 pages
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