30 juin 2022

La pêche à la ligne

 "Quand on veut ferrer le poisson, on commence par soigner l'hameçon." 

                        Sophie Kester
 


A peine édité, le roman dont on parle.  Notre petite Jeanne pourrait nous faire l'article, dame, l'auteure est la maman d'une de ses amies. Je n'en ai découvert qu'une phrase, mais elle m'amuse car elle évoque le souvenir d'une patiente âgée qui, l'été venu, prenait chaque matin le train pour Ostende et passait à l’œil une délicieuse journée avec un monsieur - jamais le même - qu'elle choisissait avec soin à la sortie de la gare. La phrase talisman était: "Je ne suis pas d'ici, et cherche un endroit où manger une bonne gaufre." Elle assurait que jamais elle n'était restée sur le quai, que le repas de midi succédait habituellement à la gaufre , et que tout cela faisait deux heureux, alors pourquoi s'en priver? 

 

Lu dans:
Sophie Kester. Au-dela des ombres. 180°. 2022. 336 p.

28 juin 2022

La leçon des groseilles

 "Rien jamais ne nous est dû."  

                    Jean-Michel Longneaux

 
 

La saison des fruits rouges, fraises, groseilles, framboises est aussi celle de l'émerveillement des gosses devant pareille abondance gratuite. On cueille jusqu'à remplir le récipient, et puis on donne en se servant au passage, sans paiement ni merci. Observer la scène est une leçon de vie, on ne donne finalement jamais que ce qu'on a soi-même reçu, en toute gratuité.

 


Cité dans :
Quelle est donc la puissance de la douceur? Ed. Weyrich.  Coll Printemps de l'éthique. 2022. 154 p. Extrait p.12

27 juin 2022

Sagesse du Mahâbhârata

"À la fin du Mahâbhârata, d'un côté comme de l'autre, tous les fils des héros sont morts. Les mères, les épouses, les sœurs errent lentement parmi les cadavres, au lever du jour. Ce qui pourrait se présenter comme une victoire lumineuse n'est qu'un sordide et puant désastre.

D'ailleurs le poème le dit lui-même. À quelque dieu caché dans un lac qui demande : «Donne-moi un exemple de défaite », un homme donne la bonne réponse : « La victoire. » 
                Jean-Claude Carrière.


 


Les récits héroïques se reconnaissent à leur répétition, sans que jamais on apprenne. Des villes tombent, on améliore la précision et la force des flèches, on ironise sur l'adversaire avec lequel on traitait il y a peu, en attendant de pactiser le temps venu. C'est la longue histoire de l'humanité.


 

Lu dans:
Jean-Claude Carrière. Fragilité. Odile Jacob Poches. 2007. 284 pages. Extrait p.76

25 juin 2022

Amis, chers amis

 "Dans le cimetière de Mirabeau, tant la douleur me paralysait la tête et la voix, je n’aurais pas pu prononcer un mot devant le cercueil de mon ami [l'éditeur Jean Claude Lattès]. Mais, quelques jours plus tard, au cours de l’hommage qui lui a été rendu à la synagogue de la rue Copernic, je suis monté à la tribune pour dire à sa famille et à ses autres et nombreux amis combien j’avais été heureux d’être si proche de lui et combien son départ me rendait triste. J’ai commencé ainsi mon salut à Jean-Claude:  «  Dans l’amitié, il n’y a pas de promesses. Dans l’amitié, il n’y a pas d’engagement. Dans l’amitié, il n’y a pas de serments. L’amitié est un sentiment muet, même s’il unit deux bavards.  » 

                                Bernard Pivot



L'amitié est un sentiment muet. L'amour est volubile, déclarations, serments, interrogations inquiètes, parcours jalonné de paroles et de gestes, rien de tel dans la relation amicale et c'est sans doute ce qui la rend si naturelle. L'amitié supporte bien le partage, n'étant guère exclusive ni hiérarchisante. Mais peut-être faut-il du temps, et des années, pour en mesurer la richesse. C'est ce qui rend la lecture du petit ouvrage de Bernard Pivot, écrivain sur le tard après avoir tant lu, si rafraichissante.

 



Lu dans :
Bernard Pivot. Amis, chers amis. Allary Éditions.  2022. 160 pages. Extrait p.152

21 juin 2022

Quand le vent est au rire


"Avec de l'Italie
Qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la Blonde
Quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre
Nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante
Et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire
Quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud
Écoutez-le chanter
Le plat pays
Qui est le mien." 
                Jacques Brel . Le plat pays



Cela porte un bien beau nom: solstice d'été, aux soirées interminables et à la certitude de s'éveiller dans la clarté. Tout paraît léger, et annonce le long pont des vacances. On feint d'oublier qu'à partir de demain les jours raccourcissent, tout dans l’existence n'est qu'équilibre. Bel été quand même, il est de superbes automnes.

 

20 juin 2022

Sagesse de Sénèque

 "Pour être heureux il faut supprimer deux choses:  la peur d'un mal futur et le souvenir d'un mal passé."

                        Sénèque

 
 

18 juin 2022

Du parfum de l'aubépine

 "Aucun penseur n'oserait dire que le parfum de l'aubépine est inutile aux constellations."

                    Victor Hugo

 

Ce qui ne se voit ou ne se mesure pas, est-il pour autant inutile, ou insignifiant?  C'est comme s'interroger sur l'utilité de sourire à un aveugle. Moi j'y crois.



Cité par
Cécile Bolly. A l'ombre des fleurs. Ed. Weyrich.  Coll Printemps de l'éthique. 2022. 154 p. Extrait p.14 

17 juin 2022

Cambouis

 "Pas de boue, pas de lotus."

                Thich Nhat Hahn



Chaque jour qui se lève nous plonge les mains dans le cambouis, pas toujours drôle mais si utile.



Cité par
Cécile Bolly. A l'ombre des fleurs, in Quelle est donc la puissance de la douceur? Ed. Weyrich.  Coll Printemps de l'éthique. 2022. 154 p. Extrait p.10

16 juin 2022

Les adieux disparates


"Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre  (...)
le temps qui m'est donné que l'amour le prolonge."
                        René Guy Cadou
 



Il fit de bonnes affaires, la rumeur publique lui prêtait une centaine de maisons de rapport sur le territoire de la commune. Le jour de ses funérailles, l'église était vide et l'employé des pompes funèbres interrogea l'abbé sur la nécessité de sortir le corps du corbillard, personne n'en saurait rien. J'ai connu de bien plus miséreux entourés de plus d'amis au moment du départ.


 


Lu dans:
René Guy Cadou. Poésie la vie entière. Extrait du poème la Barrière de l'Octroi. Seghers. 2001.  480 pages.

15 juin 2022

Passage de relais


"C'est toujours toi qui m'accueilles
au bas de l'escalier (..)
Quand tes mains voleront sous les prèles
quand la terre baignera tes paupières
je reprendrai la vie où tu l'auras laissée."
                    René Guy Cadou


Au plafond de la Sixtine, deux mains s'effleurent comme un passage de relais. Plus proche, l'au revoir à la vie de ce grand-père le jour même où naît un arrière-petit-fils. La vie est source permanente.


Lu dans:
René Guy Cadou. Poésie la vie entière. Le cœur au bond. Seghers. 2001. 480 pages. 

13 juin 2022

Le puzzle d'une vie

 "Ma vieille maison a son grenier, sous la pente, jonché de souvenirs sauvages, des objets. Les hommes sont des gardiens d’objets. Mais peut-être que ça va changer, peut-être que je vais me détacher des petites pièces, des collections, des miniatures. J’ai un bocal de surprises en plastique, un Schtroumpf costaud, une fée avec un tampon, à encre je veux dire, pour imprimer un petit cœur sur du papier. Je vais peut-être devenir un autre, nu. "

                        Luc Baba

 


Court moment où, comme dans ce récit des inondations de la Vesdre l'été passé, on a l'impression de tout perdre. Comme le note avec justesse Thierry Detienne dans une recension de l'ouvrage, "dans l’esprit de ceux et celles qui attendent,  réfugiés dans leur grenier, des images défilent, les visages des parents et amis, la crainte du pire, des lambeaux de prières, des souvenirs qui se bousculent. On est sous le toit et on sait que ce qui est en-dessous est déjà perdu, le puzzle qu’on a commencé, la photo encadrée, les livres et les choses que l’on aime. Et on pense à l’après. "




Lu dans:
Luc BABA. Vesdre. Arbre à paroles. 2022. 123 pages.
Recension par Thierry Detienne. Le Carnet et les Instants. 10 juin 2022.

11 juin 2022

Comme on se quitte

 "Aimer, c’est savoir ce dont l’autre a besoin et dans quelle quantité."     

                        Katherine Pancol

 

Elle le quitte, laissant un mot sur la table: tu es trop gentil pour moi. Il lui a voué une passion dévorante, devançant tous ses souhaits, assurant vaisselles, lessives, repassages, réparations diverses, lui préparant des tables de fête et des bouquets somptueux pour ses retours à domicile le soir après un boulot harassant, évitant les sujets qui fâchent, redoutant les controverses. Un soir mauvais, elle lui a lâché que c'est d'un pair qu'elle avait besoin, pas d'un caniche. Calmée, le lendemain elle exprimait qu'elle rêvait de ne recevoir que ce qu'elle pourrait rendre, il ne comprit guère le sens de ces confidences prémonitoires. La veille de son départ, elle a noté dans son agenda: un cœur sans amour dessèche, trop d'amour inonde. Depuis, il est inconsolable.


Lu dans:
Katherine Pancol. J'étais là avant. Le livre de poche. 2001. 245 pages

09 juin 2022

Dans le miroir de l'autre

 "On ne s'ennuie jamais à contempler l'heur ou le malheur d'autrui tant il vous renseigne plus efficacement que n'importe quel docteur de l'âme sur vos propres désordres."

                 Katherine Pancol

Lu dans:
Katherine Pancol. J'étais là avant. Le livre de poche. 2001. 245 pages

08 juin 2022

Ceux qu'on croise

 « Et puis, il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie."

                    Victor Hugo


Lu dans:
Amanda Sthers. Le café suspendu. Grasset. 2022. 232 pages. Exergue.

07 juin 2022

Vision d'enfant par la fenêtre

 "Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit. L’enfant dont on dit qu’il a les cheveux gris. Dont on attend des choses, promesses, gloires et  accomplissements, alors que tout ce qu’il souhaite, c’est rester à jouer avec son bâton en regardant tomber la pluie, les mains couvertes de boue. Je suis vieux, (..) parce que j’ai sept ans tous les jours depuis sept décennies, mais que personne ne le voit."

                        Antoine Wauters




Ce midi j'ai entendu un coucou, l'odeur âcre du bois qu'on enflamme n'a pas changé après tant d 'années, la fraise cueillie a gardé son parfum de fraise, et même la silhouette de l'hôpital Érasme dans le soleil m'a rappelé le temps pas si éloigné où je le voyais sortir de terre. Où se niche l'illusion? Dans le train de l'existence où je me vois embarqué, la réalité est-elle dans le paysage qui se transforme sans cesse, ou dans le compartiment immobile où je reste assis, face à des compagnons de voyage inamovibles qui me sont devenus familiers?



Lu dans:
Antoine Wauters. Mahmoud ou la montée des eaux. Verdier. 2021. 144 pages. Extrait page 46
Lewis    Carroll,    Alice    au    pays    des    merveilles    :    de    l’autre    coté    du    miroir.  Livre de Poche Jeunesse. 2010. 160 pages  

06 juin 2022

Caffè sospeso Napoli

 "Lorsqu'on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l'ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu, offert à qui entrera sans avoir les moyens d'en payer une tasse. Certains disent que cette tradition a été initiée lors des années douloureuses de la Seconde Guerre mondiale, elle serait née de l'habitude d'une bande de copains qui laissaient toujours un peu plus d'argent car ils ne savaient jamais lequel d'entre eux avait pensé à régler l'addition ; certains la font remonter au dix-neuvième siècle, lorsqu'il existait encore des cafetiers ambulants qui se promenaient avec deux gros récipients, l'un empli de café et l'autre de lait. Quand ils croisaient un malheureux, ils lui tendaient le café suspendu qu'un homme plus fortuné avait payé avec le sien, par solidarité et sans doute, dans ce pays imprégné de chrétienté, par charité. Un ami m'a dit que je me trompais, que c'est le fameux acteur Totè, proche de ses racines et généreux, qui en était l'instigateur. Peu importe son origine, le café sospeso vit encore aujourd'hui. On a beau faire une mauvaise réputation à Naples et recommander de prêter attention à son sac quand on s'y promène, il y a des tasses fumantes de générosité partout dans la ville."  

                        Amanda Sthers


 
 
La différence entre une bonne journée et une très bonne journée tient peut-être dans la survenue de ces "cafés suspendus", minimes signes inattendus, anonymes et gratuits rompant avec une vision sinistre de l'avenir et de la société. Il existe donc, perdue dans la foule de passants qui se pressent, au moins une personne qui a souhaité partager sans en faire étalage le bonheur d'un moment de paix à la terrasse, d'un café crémeux, d'un moment d'échange avec le patron et surtout d'une pensée bienveillante. Ce café n'a pas de prix.


Lu dans: Amanda Sthers. Le café suspendu. Grasset. 2022. 232 pages. Extrait p.12

04 juin 2022

Paysage tranquille


« Même un paysage tranquille
même une prairie avec des vols de corbeaux des moissons et des feux d’herbe
même une route où passent des voitures des paysans des couples
même un village pour vacances avec une foire et un clocher
peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration…"
                Nuit et brouillard. Alain Resnais et Jean Cayrol. Texte lu par Michel Bouquet





Rien ne résiste tant à l'horreur que le quotidien. Il se dit qu'aux pires moments des combats et bombardements à Alep et Damas, une partie de la capitale syrienne vivait tout-à-fait normalement, comme si rien ne s'y passait. La même indifférence nous saisit en mesurant la multiplicité des distractions, événements culturels et mini-trips qui ont succédé à la fin du Covid-19 dans nos pays. Certes on garde les yeux fixés sur la pompe, mais ce regard se reporte rapidement sur la route qui nous attend, et les plages.



Lu dans :
Jean Cayrol, Alain Resnais. Nuit et brouillard 1955. La Petite Collection t. 572. Fayard/Mille et une nuits.

02 juin 2022

Sagesse de Romain Gary

 « Parfois je lève la tête et je regarde mon frère l’océan avec amitié. Il feint l’infini. Mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites. Et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte. Tout ce fracas. "                                 Romain Gary





Parvenue à une fonction correspondant à ses attentes, elle a décidé de ne plus s'étendre, d'interrompre la course vers les cimes, d'investir dans la qualité l'énergie de la conquête. On dit d'elle qu'elle n'a pas d'ambition. Je pense plutôt que j'ai affaire à une sage.





Lu dans:
Romain Gary. La Promesse de l'aube. Folio. 1973. 456 pages.