01 juin 2026

Drapeaux

 "Nous avons hissé beaucoup de drapeaux, Ils ont hissé beaucoup de drapeaux. Pour nous faire penser qu’ils sont heureux. Pour leur faire penser que nous sommes heureux." 

                                Nathan Devers


On appréciera que la phrase du dernier ouvrage de Nathan Devers ne distribue pas commodément les rôles entre les sincères et les menteurs. Elle dit : nous aussi, ils aussi. Mais il serait trop simple d’en conclure qu’il faudrait renoncer aux drapeaux. Les peuples blessés ont besoin de signes. Un drapeau peut aussi être une mémoire, une protection, une maison portative pour ceux qui n’en ont plus. Le problème commence quand le signe se substitue à la réalité. Quand le drapeau permet de ne plus voir l’enfant, le vieillard, le médecin, l’otage, le déplacé, le civil de l’autre côté. À ce moment-là, le symbole n’élève plus : il recouvre. L'exemple de la ville-symbole qu'est Jérusalem est là pour nous démontrer que parfois les signes sont trop lourds : chaque pierre y semble porter plusieurs mémoires, chaque rue plusieurs récits, chaque nom plusieurs douleurs. L’aimer vraiment supposerait de ne pas confondre fidélité et possession, mémoire et domination, appartenance et exclusion. Un ouvrage éclairant sur les multiples facettes d'un conflit sans fin. 


Lu dans: 
Nathan Devers. Aimer Jérusalem. Gallimard. NRF. 2026. 432 pages