"Il y a une seule manière d’être grand, et de nombreuses manières
d’être intelligent. C’est ce qu’on découvre en observant d’autres
animaux. Si impressionnants que nous soyons, nous pouvons être
impressionnés par la manière dont les oiseaux se déplacent, dont les
fourmis coopèrent, dont les araignées chassent. Chacun de ces
animaux a été façonné par son environnement pour être intelligent
différemment."
Tom Griffiths
L’oiseau est intelligent dans l’air : il lit les courants, module
ses trajectoires, migre parfois sur des milliers de kilomètres. La
fourmi est intelligente dans le collectif : aucune ne possède le
plan général, et pourtant la colonie construit, explore, stocke,
se défend. L’araignée est intelligente dans la patience, la
géométrie, la stratégie de chasse. Chacune manifeste une
intelligence qui n’est pas inférieure à la nôtre, mais autrement
orientée. L ’intelligence n’est jamais abstraite, elle naît d’un
corps, d’un milieu, d’un danger, d’un besoin, d’une manière
d’habiter le monde. L’homme a longtemps confondu intelligence et
ressemblance avec lui-même. Il jugeait les animaux selon leur
capacité à parler, compter, obéir, apprendre comme nous au lieu de
regarder ce que chaque vivant réussit dans son propre monde. Il y
a là une leçon d’humilité. Nous sommes impressionnants par nos
outils, nos villes, nos livres, nos machines, nos intelligences
artificielles. Mais nous pouvons aussi être impressionnés par ce
que la nature a inventé sans plans, sans école, sans discours :
l’orientation des oiseaux, l’organisation des insectes sociaux, la
toile de l’araignée, l’écholocation de la chauve-souris, la
mémoire du poulpe, la danse des abeilles. Cette réflexion vaut
aussi pour les humains: aucune forme d'intelligence n’épuise les
autres, qu'elle soit logique, manuelle, relationnelle, artistique,
clinique, pratique, intuitive. Une leçon de modestie.
Lu dans:
Tom Griffiths. À l’ère de l’IA, l’intelligence humaine est-elle
encore spéciale ?. he Guardian. Repris parLe Courrier
International du 15 juin 2026