20 juin 2026

Solstice d'été


"Je n'ai pas besoin de bagage pour la route
J'aimerais sur le chemin garder les mains libres
avoir lâché prise     me laisser porter
flotter au fil du temps jusqu'à perdre de vue le temps
Je n'emporterai avec moi que ce qui ne pèse rien
Ton éclat de rire un soir rue Fontaine
Un rouge-gorge par grand froid qui vient manger tout près
Ta main dans ma main pendant l'atterrissage
parce que tu as peur et ne veux pas le montrer
                Claude Roy


Solstice d'été, le jour le plus long de l'année. Il flotte dans l'air un avant-goût de vacances, un besoin de légèreté favorisé par le grand beau temps réapparu. Lâcher prise et se laisser porter, qui n'en rêve? 


Lu dans: 
Claude Roy. A la lisière du temps. Rien à déclarer. NRF Gallimard. 208 pages. Extrait page 130.

18 juin 2026

Les fantômes qui nous hantent

 "Il n’y a pas de fantômes en ce monde. Hormis ceux qui nous habitent"   
                        Sherlock Holmes. 

                  


Foin de fantômes en drap blanc investissant nos murs la nuit tombante, ils ont fait place aux revenants intérieurs qui nous hantent. Certains sont doux : une voix maternelle, un geste d’enfance, une maison disparue, une odeur de café, un été qui ne reviendra pas. D’autres sont plus sombres : une humiliation ancienne, une parole blessante, un amour interrompu, une faute que l’on n’a pas réparée, une décision que l’on n’a jamais cessé de rejouer. Napoléon avait son fantôme favori dans son exil sur l'île de Sainte Hélène, revisitant périodiquement la défaite de Waterloo avec son chambellan Emmanuel de Las Cases, déployant les cartes de la bataille, réécrivant l'histoire d'une victoire possible si Grouchy n'était arrivé trop tard, s'il n'avait souffert d'une crise d'hémorroïdes ou qu'une pluie diluvienne n'avait noyé son artillerie et sa avalerie durant la nuit. Le château hanté, c’est nous, les pièces fermées, ce sont nos zones de silence, les bruits nocturnes, ce sont les souvenirs qui nous travaillent quand la raison s'endort. On a tous en nous quelque chose qui n’a pas été entendu, pleuré, nommé, pardonné. Certains de ces fantômes méritent d’être accueillis, ils sont les gardiens de ce qui a compté. Ils nous rappellent que nous ne sommes pas seulement des êtres de projet, mais aussi des êtres de traces, maisons mystérieuses où certaines portes grincent encore, où certaines chambres restent éclairées tard la nuit et où certains pas résonnent longtemps après que la vie ait changé d’étage.


Lu dans: 
Citation issue de la série télévisée Sherlock de la BBC, The Abominable Bride / L’Effroyable Mariée, diffusé en 2016. Attribuée trop rapidement à Sherlock Holmes, donc indirectement à Arthur Conan Doyle, la formule appartient plutôt aux scénaristes de la série Steven Moffat et Mark Gatiss.
Emmanuel de Las Cases. Mémorial de Sainte-Hélène (Tome 1) -Points. 2016. 928 pages. (Tome 2) 2008. 1904 pages. 

Le rire

 "Sacha Guitry racontait que pour être réussie, une blague nécessite trois personnes : celle qui la raconte, une autre qui la comprend et une troisième qui ne la comprend pas. Elle sera out, le bouc émissaire du trio. Grâce à elle, les deux autres seront apaisées, rassurées d’être in. Plus tard, un dramaturge de talent remettra au goût du jour cette nécessité d’exclure pour exister. Ce sera Le Dîner de cons. "
                                 Metin Arditi.

                                     


Il y a le rire qui libère, qui console, qui rapproche sans blesser et le rire qui trie, qui classe, qui sacrifie. Le rire n’est alors plus seulement une détente, mais petite cérémonie d’inclusion et d’exclusion. De quel rire voulons-nous être ? 


Lu dans: 
Metin Arditi. G7 d’Évian : entre la France et son voisin helvète, un si difficile amour. in Le Courrier International. 15 juin 2026

17 juin 2026

L'apprentissage revisité

 "Il ne s'agirait pas de transformer un apprentissage virtuel en catastrophe réelle." 
                            Gilles Kerdreux

                        
                

D'innombrables petites mains se voient investies en Inde d'une fonction d'apprentissage, acceptant pour un euro supplémentaire par heure de travailler avec une camera au front. Leur activité quotidienne, rangement d'une chambre, asssemblage à la chaîne, nettoyage, repassage, se voit ainsi analysée et traitée par l'intelligence artificielle afin de former des robots humanoïdes à les remplacer. On nous apprenait jusqu'il y a peu qu'une formation professionnelle permettait d'apprendre un métier sur le terrain pour l'exercer ensuite. Notre époque innove en formant ses tâcherons à programmer les robots qui les remplaceront. L'apprentissage revisité en quelque sorte, qui désignait jusqu'ici l'acquisition de savoirs, de savoir-faire (pratique) et de savoir-être. Les robots posséderont-ils le savoir-être?  


Lu dans:    
Gilles Kerdreux. Ouest-France. 16 décembre 2013

16 juin 2026

Sagesse de l'oiseau

 « Que n’apprend-il à voler ? dit l’oiseau. C’est si facile. »
                        Gilbert Cesbron


                               

Une phrase à la simplicité trompeuse, qui nous incite à nous méfier de l'évidence naïve de celui qui juge le monde depuis sa propre nature. Pour l’oiseau, voler n’est pas un exploit : c’est respirer autrement, il ne comprend donc pas que l’homme reste cloué au sol. Le savant s’étonne que l’ignorant ne comprenne pas, le valide s’étonne que le malade ralentisse, le riche s’étonne que le pauvre ne s’organise pas mieux, le calme s’étonne que l’anxieux s’inquiète. Chacun, depuis son perchoir, regarde l’autre et lui prête ses propres ailes. Par ailleurs, la même phrase rappelle à l’homme qu’il possède, lui aussi, des capacités qu’il sous-estime. Non pas voler comme un oiseau, mais s’élever autrement, par l’imagination, par la compassion, par l’art, par la pensée, par le souci du travail bien fait.  Ne jamais mépriser celui qui ne possède pas nos ailes et ne jamais oublier que nous avons peut-être les nôtres.


Lu dans: 
Gilbert Cesbron. Merci l’oiseau ! Robert Laffont. 1976. 208 pages

15 juin 2026

L'intelligence multiple

 "Il y a une seule manière d’être grand, et de nombreuses manières d’être intelligent. C’est ce qu’on découvre en observant d’autres animaux. Si impressionnants que nous soyons, nous pouvons être impressionnés par la manière dont les oiseaux se déplacent, dont les fourmis coopèrent, dont les araignées chassent. Chacun de ces animaux a été façonné par son environnement pour être intelligent différemment."   
                        Tom Griffiths

                                       

L’oiseau est intelligent dans l’air : il lit les courants, module ses trajectoires, migre parfois sur des milliers de kilomètres. La fourmi est intelligente dans le collectif : aucune ne possède le plan général, et pourtant la colonie construit, explore, stocke, se défend. L’araignée est intelligente dans la patience, la géométrie, la stratégie de chasse. Chacune manifeste une intelligence qui n’est pas inférieure à la nôtre, mais autrement orientée. L ’intelligence n’est jamais abstraite, elle naît d’un corps, d’un milieu, d’un danger, d’un besoin, d’une manière d’habiter le monde. L’homme a longtemps confondu intelligence et ressemblance avec lui-même. Il jugeait les animaux selon leur capacité à parler, compter, obéir, apprendre comme nous au lieu de regarder ce que chaque vivant réussit dans son propre monde. Il y a là une leçon d’humilité. Nous sommes impressionnants par nos outils, nos villes, nos livres, nos machines, nos intelligences artificielles. Mais nous pouvons aussi être impressionnés par ce que la nature a inventé sans plans, sans école, sans discours : l’orientation des oiseaux, l’organisation des insectes sociaux, la toile de l’araignée, l’écholocation de la chauve-souris, la mémoire du poulpe, la danse des abeilles. Cette réflexion vaut aussi pour les humains: aucune forme d'intelligence n’épuise les autres, qu'elle soit logique, manuelle, relationnelle, artistique, clinique, pratique, intuitive. Une leçon de modestie.


Lu dans: 
Tom Griffiths. À l’ère de l’IA, l’intelligence humaine est-elle encore spéciale ?. he Guardian. Repris parLe Courrier International du 15 juin 2026


13 juin 2026

Deux barques

 

Deux barques reposent sur les eaux calmes d’un lac silencieux. L’une, solide et entière, flotte avec assurance, tandis que l’autre, brisée, éventrée, semble suspendue entre deux mondes : celui de la surface et celui du reflet.  Le miroir de l’eau, d’une limpidité troublante, fusionne ciel et terre, donnant à l’épave une seconde existence. Tout est éphémère, tout se reflète et se transforme. 




Lu dans: 
Merci à Cécile Bolly pour la photo

12 juin 2026

L'Oulipo actualisé

 "L’armée américaine va frapper l’Iran TRÈS FORT CE SOIR, nous prendrons le contrôle de l’île de Kharg et d’autres sites pétroliers, et nous assumerons le contrôle total de leurs marchés du pétrole et du gaz. (./.) J’ai annulé les frappes et bombardements prévus contre l’Iran ce soir."
                            Donald Trump

                                     

Six heures séparent ces deux déclarations fortes d'un président de moins en moins discernable. Talleyrand, Closewitz et Henry Kissinger se retournent dans leurs tombes. Une nouvelle diplomatie est née, recréant l'Oulipo, cet amusant jeu littéraire imaginé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l'écrivain-poète Raymond Queneau, imaginant d'écrire comme des  «rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir».

11 juin 2026

Récits de guerre

 « La vérité, dit-on, est la première victime de la guerre.» 
                        Philip Snowden

                        


La phrase « Truth, it has been said, is the first casualty of war » apparaît en 1916 en introduction du livre Truth and the War d’E. D. Morel, mais Snowden écrit lui-même « it has been said », ce qui suggère qu’il reprend une formule déjà en circulation, attribuée à bien d'autres. La guerre ne détruit pas seulement des vies, des villes, des frontières : elle détruit aussi les conditions mêmes du jugement. Les faits deviennent suspects. Les mots se militarisent. Le mort civil devient « dommage collatéral », la retraite devient « repositionnement stratégique », l’échec devient « opération en cours », l’ennemi devient monstre, et le doute devient trahison. Elle se vérifie une fois de plus dans ces sinistres conflits actuels, dont les récits quotidiens nous laissent incrédules, et dans lesquels chaque camp construit un récit où il est contraint, juste, défensif, presque innocent ; l’autre camp, lui, incarne l’agression, la barbarie, la duplicité. La vérité est enrôlée pour justifier l’injustifiable. Mais la formule a aussi ses limites, dire que la vérité est la première victime de la guerre ne signifie pas que tout se vaut, que tous les récits sont également faux, ou qu’il serait impossible de distinguer agresseur et agressé, crime et riposte, massacre et propagande. Ce serait tomber dans un relativisme commode, car si croire trop vite devient dangereux, ne plus rien croire l’est tout autant. Entre récits et scepticisme la voie est étroite de continuer à  nommer les morts, écouter les témoins et ne pas se laisser gagner par l'indifférence. 


Lu dans:  
Philip Snowden. Introduction du livre Truth and the War d’E. D. Morel. 1916

10 juin 2026

Mon troupeau, mon école

 "La manie que j’ai d’observer avec acuité ce qui s’offre à ma vue, il se pourrait qu’elle me soit venue de ces heures interminables pendant lesquelles je gardais mes vaches." 
                        Charles Juliet

                            


Regarder les vaches, est-ce ne rien faire? Pas sûr: garder le troupeau est d'abord surveiller, une véritable école du regard. Là où d’autres ne verraient que l'ennui, Juliet suggère qu’il y a appris à voir les variations de lumière, les mouvements infimes des attitudes animales, les changements du ciel, les bruits de la campagne, peut-être aussi les mouvements de sa propre pensée. Et si on réhabilitait l'ennui, les temps morts, le temps apparemment vide pour en faire un temps de création intérieure? L’enfant qui garde les vaches ne produit rien, ne consomme rien, ne réussit rien mais habite le monde. Le réel n’est jamais pauvre pour qui sait le regarder. Leçon de modestie: avant de juger, d’interpréter, de parler, il faut observer longuement. La profondeur ne vient pas toujours de la pensée rapide, mais de la fréquentation patiente des choses. 


Lu dans: 
Charles Juliet. Mes meilleures années. Journal XI. Fragments. POL. 2025. 160 pages

09 juin 2026

Ostende


"Un ferry qui trône en marge des voiliers
la ville et mes pas me poussent vers la mer
je m’y retrouve assis et las d’avoir marché
promu, yeux grands ouverts, par la magie d’un banc,
sans billet et sans file,
voyageur immobile.". 
                        Pierre Coran


Ostende. Qui n'a rêvé de prendre la mer, assis sur un banc et des crevettes plein les mains, face au môle. C'était hier. Aujourdhui le même banc me fait simultanément rêver du large et de mon passé. 


Lu dans:
Pierre Coran. Ciels d’Ostende. Arbre à paroles. 2024. 86 pages.

06 juin 2026

Une vie, ce presque rien


"Ai-je vraiment existé ?
Sans doute
Mais vécu ? "
            Michel Van Den Bogaerde

Ce petit poème tient dans sa nudité. Trois lignes, presque rien. Mais ce presque rien ouvre un abîme résumé par ce "Sans doute”, murmure d’un homme qui à l’heure du bilan s'interroge sur la vraie mesure d’une vie qui ne réside ni dans sa longueur, ni dans ses œuvres ou ses titres mais dans la densité de présence qu’elle a contenue.  “Ai-je vraiment existé ?” question presqu'administrative à laquelle répond une évidence: oui, j’ai eu un nom, une adresse, des proches, des habitudes, des traces. J’ai occupé une place dans le monde, reconnue, mais comme on coche une case. On a été là. “Mais vécu ?” Tout bascule dans cette deuxième question. Vivre n’est plus seulement durer. C’est habiter le temps, consentir à l’instant, aimer, souffrir, choisir, risquer, regarder vraiment. On peut avoir existé sans avoir pleinement vécu : par prudence, par devoir, par fatigue, par peur, par ajournement perpétuel. La vie peut avoir été traversée comme une salle d’attente. Pas un regret, mais une invitation : ne pas attendre le soir pour se demander si l’on a vécu. La question devrait nous accompagner plus tôt, discrètement, comme une lampe. Car il reste toujours, même tard, cette « étincelle d’aujourd’hui » où l’on peut tenter d’être.


Lu dans: 
Michel Van Den Bogaerde. Suspension du prononcé. Coudrier. 2025. 66 pages

05 juin 2026

Fatigues

 "Alors que je n’étais encore qu’un enfant, mon père me disait souvent que le travail qui nous fatigue le plus est celui que l’on n’a pas fait. Plus je vieillis, mieux je mesure combien il avait raison. Je constate moi-même que ce sont précisément les tâches et les obligations que l’on repousse constamment qui nous font ruminer. Et nous tourmentent. Et comme nous n’avons pas envie de nous y atteler, alors que nous sommes parfaitement conscients du fait qu’il le faudra bien un jour ou l’autre, ce stress permanent et cette culpabilité nous pompent indéniablement beaucoup d’énergie." 

                                        Tomáš Sedláček



Lu dans:  
Tomáš Sedláček. Les Nouvelles économiques (Hospodarske Noviny). Prague. Cité par Le Courrier International. 29 mai 2026.

04 juin 2026

Shaking palsy

  « Le meilleur compte rendu sur la maladie [la "shaking palsy"] que j’ai eu sous les yeux est dû à un médecin généraliste dénommé Parkinson, aujourd’hui décédé. Un homme très respectable qui, en 1817, a écrit sur le sujet un essai dont j’ai pratiquement tiré tout ce que je sais sur l’affection.» 
                            John Elliotson (leçon clinique, 1830) et David Maclachlan (1863)


Le Dr James Parkinson sut-il jamais que sa description minutieuse en 1817 de la "paralysie agitante", affection jusqu'alors méconnue, serait citée jusqu'à nos jours comme la première description incontestée d'une maladie neurologique emblématique qui porterait son nom? L'observation portait sur six patients dont, fait étonnant, il n'en examina réellement qu'un seul, recueillant la plupart des informations nécessaires à son étude par l'observation de malades en rue lors de ses visites. Déjà auteur d'un traité sur la Goutte et d'un autre sur la Péritonite, cette reconnaissance  posthume n'aurait peut-être pas ajouté grand-chose à son plaisir d'existence. S'étant en effet progressivement détourné de la médecine au profit de l'observation de la nature, il commença une collection de fossiles qu'il dessina dans la dernière partie de sa vie. Il emmenait ses enfants et ses amis en excursion pour les recueillir et les décrire. Déplorant le manque de documentation disponible sur le sujet, il prit la décision d'en décrire lui-même un ouvrage sur le sujet. Il meurt à Londres le 21 décembre 1824, sept ans après avoir rédigé la description de "sa" maladie. 


Lu dans:
Quand l'esprit s'égare. Douwe Draaisma. Seuil. Couleur Idées.2014.  496 pages
An Essay on the Shaking Palsy. James Parkinson. 1817.

03 juin 2026

Sagesse de Mahmoud Darwich

 

"Douce pluie d’un automne lointain
les oiseaux sont bleus    bleus
et la terre est en fête
les oiseaux se sont envolés 
vers un temps qui ne reviendra pas (..)
et le soleil, un verger, au couchant.

L’oliveraie était verte, autrefois.
Était… Et le ciel,
Une forêt bleue… Était, mon amour.
Qu’est-ce qui l’a ainsi changée ce soir ? 
                        Mahmoud Darwich. Pluie d’automne lointain


Considéré comme "la voix de la Palestine", et un des plus grands poètes arabes contemporains, la voix de Mahmoud Darwich (†2008) semble résonner encore. En 1988, un de ses poèmes, En traversant les mots passants, est discuté à la Knesset; il est accusé de souhaiter voir partir les Juifs d'Israël. Darwich s'en défend en expliquant qu'il souhaitait uniquement les voir partir de la bande de Gaza et de Cisjordanie : 
« Alors quittez notre Terre
Nos rivages, notre mer
Notre blé, notre sel, notre blessure. »
Par un étonnant retour de l'Histoire, en mars 2000 Yossi Sarid, ministre israélien de l'Éducation, propose que certains de ses poèmes soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais le Premier ministre Ehud Barak refuse, considérant qu'« Israël n'est pas prêt. »  Qu'aurait écrit Darwich aujourd'hui dans les ruines de sa région suppliciée? 


Lu dans: 
La Terre nous est étroite et autres poèmes. Mahmoud Darwich. Elias Sanbar (Traducteur). Gallimard. Poésie. 2000. 388 pages

02 juin 2026

Pesimiste moi?

 « Ceux qui ne voient que l'amour dans le monde sont aussi bêtes que ceux qui ne le voient pas. »
                                            Jean Giraudoux

                                 


Cruel pour les optimistes à tout crin, l'auteur pacifiste Jean Giraudoux se défendait de tout angélisme. Comment rester lucide sans être pessimiste, un exercice devenu quotiden. 


Lu dans: 
Jean Giraudoux. La guerre de Troie n'aura pas lieu. Grasset. 1935

01 juin 2026

Drapeaux

 "Nous avons hissé beaucoup de drapeaux, Ils ont hissé beaucoup de drapeaux. Pour nous faire penser qu’ils sont heureux. Pour leur faire penser que nous sommes heureux." 

                                Nathan Devers


On appréciera que la phrase du dernier ouvrage de Nathan Devers ne distribue pas commodément les rôles entre les sincères et les menteurs. Elle dit : nous aussi, ils aussi. Mais il serait trop simple d’en conclure qu’il faudrait renoncer aux drapeaux. Les peuples blessés ont besoin de signes. Un drapeau peut aussi être une mémoire, une protection, une maison portative pour ceux qui n’en ont plus. Le problème commence quand le signe se substitue à la réalité. Quand le drapeau permet de ne plus voir l’enfant, le vieillard, le médecin, l’otage, le déplacé, le civil de l’autre côté. À ce moment-là, le symbole n’élève plus : il recouvre. L'exemple de la ville-symbole qu'est Jérusalem est là pour nous démontrer que parfois les signes sont trop lourds : chaque pierre y semble porter plusieurs mémoires, chaque rue plusieurs récits, chaque nom plusieurs douleurs. L’aimer vraiment supposerait de ne pas confondre fidélité et possession, mémoire et domination, appartenance et exclusion. Un ouvrage éclairant sur les multiples facettes d'un conflit sans fin. 


Lu dans: 
Nathan Devers. Aimer Jérusalem. Gallimard. NRF. 2026. 432 pages