"Solastalgie: détresse psychologique et existentielle causée par la dégradation irrémédiable de son environnement."
Glenn Albrecht
Je découvre un mot étrange: la solastalgie, théorisée par le philosophe australien Glenn Albrecht: la douleur de ne plus reconnaître le lieu où l’on vit. Non pas la nostalgie de l’exilé qui souffre d’être loin de chez lui, mais la détresse de celui qui reste chez lui et voit son chez soi devenir autre. Le paysage ne disparaît pas forcément d’un coup ; il se défait par nuances : un été plus sec, une rivière plus basse, des arbres brûlés par la chaleur, des oiseaux absents, une neige qui ne vient plus, une saison qui ne tient plus sa promesse. Avec le réchauffement climatique, cette souffrance prend une dimension nouvelle. Mais elle n’est pas seulement tristesse ; elle est aussi lucidité lorsque l’on comprend que le changement climatique n’est pas un scénario abstrait réservé aux courbes du GIEC, mais une expérience vécue : le cerisier qui fleurit trop tôt, la pelouse devenue paille, les nuits tropicales qui empêchent les anciens de dormir, les patients fragiles qui consultent davantage lors des pics de chaleur. On pourrait dire que la solastalgie est la forme contemporaine du mal du pays, mais d’un pays que l’on n’a pas quitté. Pathologie saine, elle est souffrance mais l’indifférence serait plus grave, car celui qui l'éprouve demeure capable d’envisager des changements.
Lu dans:
Catherine Makereelv. La mémoire des eaux. Recueillir les larmes pour réparer les vivants. Le Soir du 24 juin 2026. Culture. Page 24.
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