10 juin 2026

Mon troupeau, mon école

 "La manie que j’ai d’observer avec acuité ce qui s’offre à ma vue, il se pourrait qu’elle me soit venue de ces heures interminables pendant lesquelles je gardais mes vaches." 
                        Charles Juliet

                            


Regarder les vaches, est-ce ne rien faire? Pas sûr: garder le troupeau est d'abord surveiller, une véritable école du regard. Là où d’autres ne verraient que l'ennui, Juliet suggère qu’il y a appris à voir les variations de lumière, les mouvements infimes des attitudes animales, les changements du ciel, les bruits de la campagne, peut-être aussi les mouvements de sa propre pensée. Et si on réhabilitait l'ennui, les temps morts, le temps apparemment vide pour en faire un temps de création intérieure? L’enfant qui garde les vaches ne produit rien, ne consomme rien, ne réussit rien mais habite le monde. Le réel n’est jamais pauvre pour qui sait le regarder. Leçon de modestie: avant de juger, d’interpréter, de parler, il faut observer longuement. La profondeur ne vient pas toujours de la pensée rapide, mais de la fréquentation patiente des choses. 


Lu dans: 
Charles Juliet. Mes meilleures années. Journal XI. Fragments. POL. 2025. 160 pages

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