"Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
Elle tourne toujours pareille
Aux danseuses d'antiquités
Sur la ville il fait trop chaud
Hommes et femmes sont assoupis
Et regardent par le carreau
Cette fille qui danse à midi."
Jacques Brel
Tout est immobile : la place, la chaleur, la ville, les hommes et
les femmes assoupis. Le soleil écrase la ville, suspend le temps et
les corps. Et au centre, soudain, une fille danse, mieux: elle
tourne, elle devient le seul mouvement dans un univers figé, Elle
nous signale que la vie n’est pas seulement prudence, ombre et
sommeil, la danseuse n’est peut-être même pas heureuse ; mais elle
est vivante. Me revient le souvenir heureux d'une scène de rue à
Ronda en Andalousie, une placette au soleil, un guitariste faisant
ses gammes et soudain surgie de nulle part une spectatrice qui se
met à danser seule. La scène ne dura que quelques minutes mais m'est
restée comme le symbole de la beauté instantanée dans un paysage
endormi.
Lu dans:
Jacques Brel. Sur la place. Chansons ou Versions Inédites de
Jeunesse. 1953
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