Sans doute
Mais vécu ? "
Michel Van Den Bogaerde
Ce petit poème tient dans sa nudité. Trois lignes, presque rien. Mais ce presque rien ouvre un abîme résumé par ce "Sans doute”, murmure d’un homme qui à l’heure du bilan s'interroge sur la vraie mesure d’une vie qui ne réside ni dans sa longueur, ni dans ses œuvres ou ses titres mais dans la densité de présence qu’elle a contenue. “Ai-je vraiment existé ?” question presqu'administrative à laquelle répond une évidence: oui, j’ai eu un nom, une adresse, des proches, des habitudes, des traces. J’ai occupé une place dans le monde, reconnue, mais comme on coche une case. On a été là. “Mais vécu ?” Tout bascule dans cette deuxième question. Vivre n’est plus seulement durer. C’est habiter le temps, consentir à l’instant, aimer, souffrir, choisir, risquer, regarder vraiment. On peut avoir existé sans avoir pleinement vécu : par prudence, par devoir, par fatigue, par peur, par ajournement perpétuel. La vie peut avoir été traversée comme une salle d’attente. Pas un regret, mais une invitation : ne pas attendre le soir pour se demander si l’on a vécu. La question devrait nous accompagner plus tôt, discrètement, comme une lampe. Car il reste toujours, même tard, cette « étincelle d’aujourd’hui » où l’on peut tenter d’être.
Lu dans:
Michel Van Den Bogaerde. Suspension du prononcé. Coudrier. 2025.
66 pages
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