« La vérité, dit-on, est la première victime de la guerre.»
Philip Snowden
La phrase « Truth, it has been said, is the first casualty of war » apparaît en 1916 en introduction du livre Truth and the War d’E. D. Morel, mais Snowden écrit lui-même « it has been said », ce qui suggère qu’il reprend une formule déjà en circulation, attribuée à bien d'autres. La guerre ne détruit pas seulement des vies, des villes, des frontières : elle détruit aussi les conditions mêmes du jugement. Les faits deviennent suspects. Les mots se militarisent. Le mort civil devient « dommage collatéral », la retraite devient « repositionnement stratégique », l’échec devient « opération en cours », l’ennemi devient monstre, et le doute devient trahison. Elle se vérifie une fois de plus dans ces sinistres conflits actuels, dont les récits quotidiens nous laissent incrédules, et dans lesquels chaque camp construit un récit où il est contraint, juste, défensif, presque innocent ; l’autre camp, lui, incarne l’agression, la barbarie, la duplicité. La vérité est enrôlée pour justifier l’injustifiable. Mais la formule a aussi ses limites, dire que la vérité est la première victime de la guerre ne signifie pas que tout se vaut, que tous les récits sont également faux, ou qu’il serait impossible de distinguer agresseur et agressé, crime et riposte, massacre et propagande. Ce serait tomber dans un relativisme commode, car si croire trop vite devient dangereux, ne plus rien croire l’est tout autant. Entre récits et scepticisme la voie est étroite de continuer à nommer les morts, écouter les témoins et ne pas se laisser gagner par l'indifférence.
Lu dans:
Philip Snowden. Introduction du livre Truth and the War d’E. D. Morel. 1916
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire