31 décembre 2023

Sous le gui

 « Le Monde tel qu'il est a-t-il un avenir?» lui ai-je demandé à un moment. « Oh, tel qu'il est, bien sûr que non, fit-elle en détournant un peu son visage. Mais, et tu n'es pas obligé de me croire, quelque chose de beau sortira de tout ce désordre et de ce manque de bienveillance.» En disant cela elle a pris mon bras et nous avons marché sans rien dire vers la maison. Arrivés à la petite porte à ressort nous nous sommes dit au revoir, et ensuite maman a rebroussé chemin et je l'ai perdue de vue parmi le feuillage.

                        Jean-François Beauchemin


Une année prend fin, et ce soir on s'embrassera sous le gui, feignant d'oublier l'ironie des formules quand on les confronte aux images qui nous obsèdent. Elie Barnavi interrogé il y a quelques années sur les raisons qui empêchent les conflits de se terminer suggérait "que c'est quand on n'a pas atteint le fond de l'horreur." On y arrive, malheureusement. Paraphrasant l'ironie douce-amère de ce politique français selon qui "il n'est pas de problème dont l'absence de solution ne puisse venir à bout", on se prendra à rêver qu'au terme de ces guerres  d'un autre âge des solutions de paix encore impensables aujourd'hui puissent prendre corps.  


Je vous souhaite de trouver ce soir les mots qui sonnent juste, et de les voir se réaliser. 
CV


Lu dans: 
Jean-François Beauchemin. Le Roitelet. LA Québec Amérique. 2021. 144 pages. Extrait p.58
Henri Queuille (1884-1970), cité par Franz-Olivier Giesbert. Histoire intime de la Ve République. Tragédie française. NRF Gallimard. 2023. 504 pages. Extrait p.320

29 décembre 2023

Le fil du collier

 "Ce n'est pas la perle qui fait le collier, c'est le fil."

                    Louis Scutenaire


A l'heure de passer l'année, quel en fut le fil, reliant jours de fête et soirs moroses, nouveaux amis et vieux potes, projets et et abandons? Le traveling arrière sur ces 365 jours tient à la fois du Best Off  et du Bêtisier, on peut en rire comme en pleurer. C'est le moment où on est pris de vertige: que nous réserve l'année prochaine?


Lu dans :
Louis Scutenaire, cité François de Coninck. L'Art de rien. La Centrale, Bruxelles. Jusqu'au 17 mars


24 décembre 2023

Noël à Bethléem

 

"Faut croire que des p'tits Jésus
il y en a autant qu'il y a d'églises.
Mais pauv’ St Joseph
Y n’ avait pas la tête à ça, sais-tu" 
                            Julos Beaucarne


Une crèche à Bethléem fait le buzz sur les réseaux sociaux, alors que rien ne l'y prédisposait.  Une statue de l’enfant Jésus repose au milieu des gravats, emmailloté dans un petit bout de keffieh, figurant ce que serait la naissance du Christ aujourd'hui dans les décombres de Gaza. Œuvre d'art insolite, sans valeur marchande autre que celle du message qu'elle immortalise.

Puisse Noël nous aider à faire la paix en nous, à défaut de la faire dans le monde.
CV

Lu dans: 

Julos Beaucarne. Le Petit Jésus. Le texte du petit Jésus a été écrit par le québécois Yvon Deschamps et aménagé par Julos Beaucarne pour les publics belges et français. Disque "Front de libération des arbres fruitiers."


Noël annulé à Bethléem: « L’espoir, lui, ne peut pas être annulé »

22 décembre 2023

La beauté intérieure

 "A notre première rencontre je lui ai dit: toi, tu es beau de l'intérieur." 

            Sagesse de patiente


Une consultation voit parfois surgir une parole magnifique. Celle-ci m'a époustouflé.



19 décembre 2023

Temps venteux


"Les jours de tempête
la petite mare
s’imagine océan."
                Gilles Guilleron


Question de philo

 "Plus d'une fois je me suis demandé si, croisant cet enfant que j'ai été, nous nous reconnaîtrions ou feindrions de nous ignorer." 

                            Jean Prod'Hom


Une triple question - sans véritable réponse - sous-tend cette réflexion pour terminal de philo: reconnaîtrais-je l'enfant que j'étais? serait-il mon ami? et resterait-il mon ami dans le torrent de l'existence?  Sur ce, il est temps de chercher le sommeil.



Lu dans:
Jean Prod'Hom. Elargir les seuils. Petite bibliothèque de spiritualité. Labor et Fides. 2023. 110 pages. Extrait p. 36

18 décembre 2023

La traite

 "Aujourd’hui, la traite s’est perfectionnée, puisque les esclaves se livrent eux-mêmes : ce sont les émigrés."  

                                Ibrahima Thioub



Spécialiste des traites négrières africaines, fin analyste de la « connivence » entre marchands d’esclaves européens et chefs locaux vendant leur population, l’historien sénégalais Ibrahima Thioub dresse un parallèle éclairant entre ces pratiques révolues et l’actuelle exploitation des matières premières africaines 

Lu dans:
Philippe Bernard. L’immigration n’est pas seulement une question de police. Le Monde. Chronique. samedi 16 décembre 2023.

16 décembre 2023

Silent Night

 "Le fait que rien ne change n'y change rien : chaque année, c'est la même histoire. Pauvres et riches, heureux et tristes, puissants et faibles communient dans une trêve de douze secondes au cours desquelles, abjurant le vice et proclamant la bonté, ils se souhaitent, nous nous souhaitons, en feignant d'y croire, une excellente année. (..) On a beau savoir qu'aucune aube n'est nouvelle, que la fin de l'année n'est que le début de la suivante, que dès le 1er  janvier, à la seconde où le temps reprend son vol tout est à refaire, rien n'y fait . Comment se fait-il qu'aucun homme ne se sente vraiment concerné par les vœux qu'il reçoit, ou n'y croie quand il en présente, mais serait vexé qu'on ne lui en fasse pas et honteux de ne pas en présenter ? Pourquoi sommes-nous attachés à ce rite au point d'en pardonner plus aisément l'hypocrisie que l'absence ? Bonne année, bonne santé... "

                            Raphaël Enthoven



Nous sommes des êtres sociaux, et les rites de passage apaisent nos anxiétés. Pas toujours. Qui ne se souvient de l'extraordinaire version de Simon et Garfunkel, égrenant sur quelques mesures au piano de leurs voix éthérées les paroles de Silent Night sur fond des nouvelles du soir de Noël 1966, communiquées crescendo par la voix monocorde du présentateur, le soir de Noël 1966. L'enchantement dès les premières secondes ne se dément pas au long des quelque deux minutes du morceau dans un délicat et brutal contraste. Dix ans plus tard et dans un autre registre, c'est le même désordre du monde que l’on retrouve dans la formidable version instrumentale de Stille Nacht qu’Alfred Schnittke composa en 1978 pour le violoniste Gidon Kremer. On ne doute guère que cette année, sous le gui, le houx et le sapin, la douce musique de nos vœux se superpose dans nos têtes aux images de l'année, en espérant que celle qui vient sera bonne.



Lu dans:
Raphaël Enthoven. Matière première. NRF Gallimard. 2013. 151 pages. Extrait p. 126, 127
Parsley, Sage, Rosemary and Thyme. 7 O’Clock News/Silent Nigh.    Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=uWyY3qUZifc
Alfred Schnittke (1934-1998). Stille Nacht (1978). pour violon et piano  Ecouter :  https://www.youtube.com/watch?v=3p372PPPEzU

15 décembre 2023

Quand l'écho vous sauve

 

"Une table tout près, une lampe très loin
Qui dans l’air irrité ne peuvent se rejoindre,
Et jusqu’à l’horizon une plage déserte,
Un homme à la mer lèvre un bras, crie : « Au secours ! »
Et l’écho lui répond : « Qu’entendez-vous par là ? »
                            Jules Supervielle


Absurde n'est-ce pas? Et pourtant, l'homme survivra car l'écho de sa propre voix est celle - non de lui-même - mais d'un être humain comme lui qui l'a entendu et y a répondu. 



Lu dans:
Jules Supervielle. Les amis inconnus. Naufrage. Gallimard. 1934

12 décembre 2023

Sagesse de Pline l'Ancien

 "Cordonnier [ne juge pas] pas plus haut que ta sandale." - "Sutor, ne ultra crepidam." 

                            Pline l'Ancien



L'ultracrépidarianisme, ou l'art de parler de ce qu'on ne connaît pas , mot de l'année 2021, doit son nom à une anecdote de Pline l'Ancien.  Un cordonnier, entré dans l’atelier du peintre Apelle pour lui remettre une commande, en admirait les œuvres quand il lui signala une erreur dans la représentation d’une sandale. Le peintre la corrigea. Mais lorsque le cordonnier commença à émettre d’autres critiques, le peintre lui répondit « ne supra crepidam sutor iudicaret », « un cordonnier ne devrait pas émettre de jugement au-delà de la chaussure.» Le recours des chaînes d'information en continu à des invités - souvent les mêmes, doté d'une prétendue expertise universelle, bons orateurs ou brillants débatteurs - est de plus en plus fréquent. Épidémiologistes un jour, avant de devenir le lendemain experts de la guerre en Ukraine, puis au Proche-Orient, ces mêmes invités passent allégrement et avec une confiance assumée d’une opinion pointue sur le terrorisme à un avis plus ou moins pertinent sur l’échec scolaire. La contagion gagne, le récent Covid nous ayant fait découvrir que notre pays comptait bien dix millions d'experts en politiques de prévention, et autant en dangerosité des vaccins. Trêve de subtilité dans les débats. Comme le démontre la loi dite de Brandolini (ou "le principe d'asymétrie du baratin"), la quantité d’énergie et de temps nécessaire pour démonter des sottises est nettement supérieure à celle nécessaire pour les produire. Un véritable expert, exposant ses doutes face à un ultracrépidarien drapé dans ses certitudes, n'aura aucune chance de s'imposer dans un débat davantage destiné à créer le buzz que de faire avancer la connaissance.


Lu dans:
Jacques Folon. Vous n’êtes pas expert, mais vous avez sûrement un avis ?  Le Soir. 11 décembre. chronique. Page 24.
Laurent Vercueil. La loi de Brandolini ou le principe d'asymétrie du baratin : un défi pour les scientifiques. www.echosciences-grenoble.fr . 9 décembre 2016
Ultracrépidarianisme a été élu mot de l’année 2021 en Belgique francophone, selon un sondage Le soir et la RTBF.

11 décembre 2023

Sagesse de Tagore


"Il en est du bonheur comme de ces étoiles qui ne sauraient couvrir tout l'espace obscur.
Des intervalles les séparent.
Ainsi notre existence est tissée d'erreurs et de malentendus,
mais la trame laisse échapper par intervalles des rayons de vérité.
Je ne sais d'où vient cette joie qui emplit mon cœur ce soir." 
                            Tagore


Que n'a-t-on écrit sur le bonheur, "je me retourne pour regarder / la personne qui m’a croisé / la brume [Shiki]."


Lu dans :  
Rabindranath Tagore. Mashi. NRF Gallimard. 1925. 224 pages.

09 décembre 2023

Leçon du déluge

 "Il faut sauver les condors, pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais surtout parce que, pour les sauver, il nous faut développer les qualités humaines dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."

                        Marc Millan, écologiste du milieu du XIXe siècle


Sauver le canari quand il arrête de chanter sur le casque du mineur, annonçant le grisou, valait toutes les alarmes.  Pareil pour la colombe relâchée par Noé à la fin du déluge pour voir si les eaux avaient diminué de la surface du sol. Ne trouvant pas d’endroit où se poser elle revint vers lui dans l’arche, car les eaux étaient sur la surface de toute la terre. Sept autres jours, et elle revint portant une feuille d’olivier toute fraîche signifiant que les eaux avaient diminué. Encore sept autres jours et la colombe ne revint pas. L'arche était sauvée car le déluge avait pris fin. Les périls demeurent, mais qui observe encore le condor, le canari ou la colombe?


Lu dans: 
cité dans: Philippe Debongnie. La Pension Almayer. Ed. A pas de loups. 2023. Commander sur https://lapensionalmayer.com/index.php/produit/la-pension-almayer-le-livre-2/
Genèse VIII, 6-12. Le déluge.

08 décembre 2023

Quitter la scène doucement

"Dans l'attente sans appel
les témoins du corps
s'éteignent l'un après l'autre
Le toucher en premier
puis l'odorat
L'ouïe ne capte plus
que la vibration du son
à sa naissance
Le regard se fragmente
et s'effrite
N'en subsiste que l'irradiation
d'une tête d'épingle
inaltérée
au fond des iris."
                    Abdellatif Laâbi


Et si la sagesse consistait à vieillir sans en faire une maladie? Le hasard m'a fait découvrir le final de la symphonie Les adieux de Joseph Haydn, où le musicien facétieux suggérait à son prince Nicolas Iᵉʳ Joseph Esterházy que ses musiciens aspiraient à des vacances et à retourner chez eux. Dans la tonalité apaisante qui clôt le dernier mouvement chaque instrument quitte la scène, l’un après l’autre : d’abord premier hautbois puis second cor, basson, second hautbois et premier cor. Seules demeurent les cordes, avant que ne s’éclipsent successivement contrebasses, violoncelles, deuxièmes violons et altos. Ne restent plus sur scène que les premiers violons qui terminent seuls, en sourdine, dans une nuance de plus en plus piano. Toute vie devrait se terminer ainsi.


Lu dans:
Abdellatif Laâbi. Zone de turbulences. Clepsydre. Editions de la Différence. 2012. 112 pages. Extrait p. 21adresse électronique suivante : entrecafejournal-unsuscribe@yahoo.fr

07 décembre 2023

La vie soudain

 

"Tumulte de petits collégiens
qui sortent de l’école, en désordre,
emplissant l’air de la place ombragée
du tintamarre de leurs voix neuves." 
                    Antonio Machado


A midi pile , devant la grande école communale, seules les cloches de l'Angélus donnent signe de vie, et on s'interroge: l'école serait-elle fermée? Dix minutes plus tard, l'air bruisse des mille déplissements de la vie qui s'épand, magnifique. Il a suffit du modeste bruit d'une cloche pour réveiller l'école endormie. Il est des plaisirs simples dans une journée, mais tant de paix dans une rue simple d'un quartier modeste fait croire en la vie.

 


05 décembre 2023

Le sourire

 

"Le visage d'une personne dont les traits n'ont pas subi la distorsion minime que leur imprime la moindre émotion, et avec laquelle avant tout autre échange on n'échange qu'un regard, est proche encore du museau de l'animal alerté, de la tête d'oiseau qui a perçu un mouvement et qui épie. Que se passe-t-il quand ce visage sourit ? Comme pour le lever d'un rideau de théâtre, un ensemble complexe de treuils, de tringles, de poulies et de fils est mis en mouve ment par un machiniste qui demeure invisible. (..) Avec le sourire, la chair se plisse de courbes, s'enfle de rondeurs, s'illumine, tend à s'immatérialiser. (..) Leur rayonnement agit comme un déclic. Communicatif, il se propage aux alentours attisés soudain du même pétillement. Quelque chose se débloque, se dénoue, se dilate."
                                Patrick Devret.


Qu'est-ce qui émeut dans le premier sourire d'un bébé, si ce n'est le sentiment que - déjà - il communique . Le sourire n'est pas, comme son lointain cousin le rire, lié à la joie ou au comique, il est communication.


Lu dans: 
Patrick Devret . Le sourire. Gallimard NRF 1999. 200 pages. Extrait pp.8-9

02 décembre 2023

Cher Saint Nicolas

 "Ce n'est pas seulement pour duper nos enfants que nous les entretenons dans la croyance au Père Noël : leur ferveur nous réchauffe, nous aide à nous tromper nous-mêmes et à croire, puisqu'ils y croient, qu'un monde de générosité sans contrepartie n'est pas absolument incompatible avec la réalité."

                            Claude Lévi-Strauss


La fièvre monte, plus que trois jours et peut-être même ce weekend quand, comme chez nos parents, on l'avançait pour qu'elle n'empiète pas sur nos devoirs d'étude en examen. Seules périodes de l'année où les parents jouent vraiment, à cache cache jetant nics-nacs et bonbons en des moments insolites, à se déguiser en Saint Nicolas et Père Fouettard pour les plus futés, à imaginer le savant désordre que font des jouets jetés du ciel, à mimer ceux qui ne savent rien encore dans l'escalier et découvrent Byzance au salon. Courts moments où enfants et parents sont en parfaite  égalité, qu'ils soient dupes ou non, on joue tous le jeu craignant qu'il cesse un jour. Infiniment drôle, je connais un enfant, peut-être le plus malin de la bande, qui n'a jamais évoqué la réalité du grand saint, prolongeant - ou feignant prolonger - d'année en année la croyance, la fête, les cadeaux, l'émerveillement partagé avec ses parents, pas plus dupes que lui-même. Bien avant d'autres, il a compris que sortir volontairement d'un conte éveillé est une infinie sottise, vous privant de beaux avantages. On se garde de l'en dissuader, espérant qu'il gagne en influence et parvienne de la même manière dans bien des années à inspirer des projets, des rêves et des horizons susceptibles de rendre ses administrés ou ses collègues heureux. Il n'est guère de grands voyages sans avoir d'abord rêvé au grand vent et aux voiles, laissons-les rêver.


Lu dans:
Claude Lévi-Strauss. Tristes Tropiques. Plon. 1993. 500 pages.

01 décembre 2023

Les mots qui font vivre


"Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur et le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et
Certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d'amis."
                        Paul Éluard


Aux images de violence extrême diffusées hier par France 2 dans son journal du soir, la lecture d'Eluard peut-elle servir d'antidote? Lorsque elles percolent dans nos têtes, il est bien difficile d'effacer ces scènes de cruauté qui interpellent sur l'être humain: eux et nous sommes pourtant de la même nature. Le même jour, en consultation, pour apaiser l'anxiété d'une petite patiente apeurée avant un vaccin, je lui avais endormi le point d'injection à la xylocaïne, elle en avait retrouvé le sourire.  Ce geste simple me paraît soudain dérisoire face à ce que subissent au même moment d'innocentes victimes du même âge en Palestine. Méfions-nous: ne secrétons-nous pas une violence du même ordre, bien tapie en nous, que les circonstances de la vie pourraient réveiller? 



Lu dans:
Paul Eluard. Au rendez-vous allemand. Gabriel Peri. Paris. Éditions de Minuit. 1945.