02 juin 2011

La pourriture a un avenir

« Mais finalement, ces raisins pourris, chez nous, ce n'est pas une catastrophe.»
A. de Lur Saluces
Que j'aime lire ces lignes d'oenologue, et les transposer. La pourriture a un nom, le botrytis cinerea, qui colonise progressivement le raisin du futur Chateau Yquem. Les légendes expliquent simplement et symboliquement ce qui est complexe à exposer. L'une d'entre elles veut qu'un des ancêtres du célèbre patronyme soit arrivé en retard pour faire les vendanges provoquant une sorte d'accident qui devint une prise de conscience. À l'inverse des autres vignobles craignant la pourriture comme on craint un parasite, les propriétaires tentèrent d'en tirer parti, produisant un vin liquoreux exceptionnel dont le seul nom fit rêver des générations d'amateurs. Comme l'effervescence en Champagne, à l'origine un handicap, un défaut devint un bienfait de la nature. Beau sujet de dissertation à l'heure de tant de vendanges dans nos classes et auditoires.


Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann, entretiens avec Alexandre de Lur Saluces. La morale d'Yquem. Grasset - Mollat. 1999. 142 pages. Extrait p. 49

La morale d'Yquem

"Surtout soyez vigilant: votre vin (le Chateau Yquem) est le meilleur du monde. J'en parle d'autant mieux que je ne l'ai jamais bu."
Lettre au propriétaire.
Ce jeudi férié (fête de l'Ascension) me replonge dans le souvenir des textes évangéliques tentant d'expliquer le mystère de la connaissance des êtres et des choses: on peut être présent dans l'absence, connaître sans jamais avoir possédé. Eternels pélerins d'Emmaüs, nous cheminons à longueur d'existence aux côtés de personnes que nous ne voyons pas et dont la présence est pourtant bien réelle. Les écritures nous ont appris le virtuel avant l'heure, en quelque sorte.

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann, entretiens avec Alexandre de Lur Saluces. La morale d'Yquem. Grasset - Mollat. 1999. 142 pages. Extrait p. 11

01 juin 2011

Le beau mois de juin

"Quand le bonheur de vivre est contenu
dans ta main
dangereusement entrouverte,
Quand les jours les plus longs
se piquent d'être aussi
les plus beaux,
Voici le mois de juin."
F. Mitterrand

Lu dans :
Christophe Barbier. Les derniers jours de Mitterrand. Grasset. 2011. 430 pages. Extrait page 100.

31 mai 2011

L'eau et la réalité virtuelle

"Des centaines de millions d'êtres humains partagent ainsi, et depuis peu, un bien étrange condition: ils sont à la fois connectés et affamés."
Jean Claude Guillebaud.

L'accès au monde virtuel (via Internet, la téléphonie mobile, la multiplication des écrans de toute sorte) connaît une croissance de type épidémique, occultant quelques réalités qui font mal: sept cent millions d'humains n'ont pas accès à l'eau potable, 2.6 milliards ne dispose pas d'un équipement sanitaire minimal (*), 3 milliards disposent de moins de 2,5 $ pour assurer leurs besoins quotidiens. Comparaison choquante en première approche, quand on compare les sommes nécessaires pour assurer l'équipement collectif en eau et à l'extension des réseaux immatériels. L'un ira-t-il sans l'autre? La pauvreté d'aujourd'hui est de se voir privé d'accès à un monde interconnecté.

Lu dans :
(*) Rapport Programme conjoint OMS/Unicef 2009.
Jean-Claude Guillebaud. La Vie vivante. Les Arènes. 2011. 280 pages. Extrait 55

29 mai 2011

Le mot juste

« J'aimerais terminer sur un message d'espoir. Je n'en ai pas.
En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ? »
Woody Allen
Inévitablement, on sourit, et c'est le début d'une rencontre. Les (bons) mots demeurent ce qu'on a trouvé de meilleur pour affronter la détresse et créer du lien.

28 mai 2011

Des nuits plus belles que les jours

"Je dors bien la nuit, mal le jour."
Louis Althusser
On sourit, et pourtant. Il m'est arrivé d'interroger sur le contenu d'une journée des patients souffrant de dépression profonde. "Les jours où je vais moins mal, je regarde un peu la télévision et je parcours le journal, sinon je me repose." Donner un contenu passionnant à ses journées demeure un cadeau, jamais acquis. S'éveiller avec la perspective de "vivre un jour" est déjà du bonheur.

Lu dans :
Jean Birnbaum Althusser, le lyrisme et la déraison Le Monde des Livres . 27 mai 2011. p.1
Louis Althusser. Lettres à Hélène. Grasset/IMEC, 720 p.

26 mai 2011

Marcher n'est pas un sport

"Marcher n'est pas un sport."

"Pas de résultat, pas de chiffre quand on se rencontre: le marcheur dira quel chemin il a pris, sur quel sentier s'offre le plus beau paysage, la vue qu'on a depuis tel promontoire. La marche, on n'a rien trouvé de mieux pour aller plus lentement. Pour marcher, il faut d'abord deux jambes. Le reste est vain. Aller plus vite? Alors, ne marchez pas, faites autre chose: roulez, glissez, volez. Ne marchez pas. Et puis, marchant, il n'y a qu'une performance qui compte: l'intensité du ciel, l'éclat des paysages. Marcher n'est pas un sport. Mais une fois debout, l'homme ne tient pas en place. ."

Lu dans :
Frédéric Gros. Marcher, une philosophie. Champs Essais. 2009. 315 pages. Extrait p. 8, 9.

25 mai 2011

La douleur d'aimer

" C’est de la douleur d’aimer, ça c’est bien sûr, mais c’est tout pire de ne pas aimer."

Alice Ferney. Grâce et dénuement.

Un désert bien ordonné

"Je mets beaucoup d'ordre dans mes idées.
Ca ne va pas tout seul:
Il y a des idées qui ne supportent pas l'ordre
Et qui préfèrent crever.
A la fin j'arrive à avoir beaucoup d'ordre,
Et presque plus d'idées ."
Norge


Norge. Les Oignons. 1953

24 mai 2011

Recherche silence et discipline de fer

Denrées devenant précieuses : de l'air pur, de l'eau , du silence.

La Bibliothèque royale de Belgique est prise d'assaut par des étudiants en blocus appréciant le silence monacal qui y est imposé par la discipline de fer de sa surveillante, Erna. Cela lui vaut quelques surnoms peu amènes, mais ne semble pas l'affecter . Silence qui ne se retrouve plus guère dans les bibliothèques des facultés et des grandes écoles, faute de cerbères aussi redoutables sans doute. Ironiques et prompts à commenter la dureté d'Erna ainsi que la rareté de ses sourires, les bacheliers se pressent pourtant chaque jour plus nombreux dans sa salle de lecture, reconnaissant que ce silence est devenu un luxe rare. Et gratuit jusqu'à nouvel ordre, moyennant un droit d'inscription léger.

Lu dans:
Blocus sous surveillance. Ophélie Delarouzée. Le Soir. 23 mai 2011. p. 34

22 mai 2011

Moi, émoi

"Il y a des moi plus moi que d'autres."
Paul Valéry

Lundi. Je laisse ce moi que je n'aime à la patère, et j'essaierais volontiers un autre. Pas si simple: il faut demeurer reconnaissable. Et c'est ainsi qu'on reprend l'ancien.


La langue des vieux

"Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence."
René Char

Presque mot pour mot ce que m'a confié une patiente de 90 ans la semaine passée : "A notre âge on ne parle plus beaucoup, mais quelle présence !". Son mari, malentendant, n'a pas entendu, mais paraît avoir compris, car il opine. On sort meilleur de visites-consultations pareilles.

21 mai 2011

La grenouille et le scorpion

"En tout homme gît un grain de folie et un cromagnon."
Entendu sur les ondes cette folle semaine


M'est revenue en mémoire cette délicieuse histoire, narrée au cours de psychologie médicale par Philippe Heureux. Un scorpion entreprend une grenouille: "Peux-tu me hisser sur ton dos pour traverser la rivière, je ne sais pas nager." "Pas folle, si tu me piques, j'en mourrai." "Pas fou, pourquoi te piquerais-je, je me noierais?" Et voilà ce couple incertain parti pour une traversée à la nage, l'arthropode sur l'amphibien. Au mileu du cours d'eau, la grenouille ressent une douleur fulgurante et se sent défaillir. "Mais que fais-tu donc, tu m'avais pourtant promis?" " C'est plus fort que moi, grenouille, n'oublie pas que je suis un scorpion et que c'est dans ma nature." Et ils se noient tous deux. On ne peut aimer les êtres humains que si on admet la survivance d'une part d'irrationalité.

20 mai 2011

La lettre cadeau

"La forme épistolaire se perd. J'ai récemment écrit une lettre à mon oncle anglais de 83 ans. Il m'a répondu par e-mail. J'avais tellement de plaisir à voir arriver ses lettres avec le tampon de Piccadilly , le timbre à l'effigie de la reine, son écriture penchée ! L'e-mail n'a pas ce charme. "
Tatiana de Rosnay.


La communication était un plaisir des yeux, mais aussi du sentir, de l'humer, de l'ouïr (le bonheur du son de la boîte aux lettres dans laquelle tombe le courrier du jour), du goût (la colle de l'enveloppe sur le bout de langue), du temps imposé entre l'envoi et sa réponse, propice à la sédimentation des sentiments, des aléas liés à la poste, aux vacances, aux perturbations imaginées si la réponse tarde. L'instantanéité essouffle le corps et les coeurs. Le Journal de votre naissance est devenu le cadeau to be, réinventera-t-on un jour la lettre comme un signe particulier d'affection ou d'attention?



Lu dans:
Adrienne Nizet. La fidèle Rose. Le Soir Livres. 20 mai 2011. p. 43

18 mai 2011

Arx tarpeia ...

" Arx tarpeia Capitoli proxima."
Trad. "La roche Tarpéienne est proche du Capitole."
La roche Tarpéienne, crête rocheuse située à l’extrémité sud-ouest du Capitole, siège du Sénat à Rome, était le lieu d’exécution capitale pendant l’Antiquité. C’est de là qu’étaient précipités, jusqu’à la fin de la République romaine, les criminels, les vaincus, ceux qui souffraient d’une déficience mentale ou physique importante. Une citation latine l’a fait passer à la postérité (voir plus haut). Elle est employée pour signifier qu’après les honneurs, la déchéance peut venir rapidement (5ème siècle avant JC). Le droit romain de l'époque consacrait la présomption d'innocence de tout accusé, quel que soit son crime. L'étude du latin se voit progressivement abandonnée durant les études secondaires depuis un certain nombre d'années.


15 mai 2011

La seule chose qui tourne sur cette terre

"Rétines et pupilles,
Les garçons ont les yeux qui brillent
Pour un jeu de dupes :
Voir sous les jupes des filles,
Et la vie toute entière,
Absorbés par cette affaire,
Par ce jeu de dupes :
Voir sous les jupes des filles.
(..)
La faiblesse des hommes, elles savent
Que la seule chose qui tourne sur cette terre,
C'est leurs robes légères...
[Répétition]
La, la, la, la, la... "

Alain Souchon. Extrait de l'album : C'est Déjà Ça. 1993. Label : Virgin

Au plus près du vrai

"La science est l'asymptote de la vérité. Elle s'approche sans cesse et ne touche jamais."
Victor Hugo.
Lu dans:
Virginie Roussel. Ameisen, l'homme "poéthique". Momento. LLB. p 28. 14 mai 2011.

14 mai 2011

Le bel avenir

... Il croyait en ce bel avenir qui d'année en année recule devant nous.
«Il nous a échappé? Qu'importe!
Demain, nous courrons plus vite,
nos bras s'étendront plus loin ...
Et un beau matin ...
C'est ainsi que nous avançons,
barques luttant contre un courant
qui nous rejette sans cesse vers le passé. »

Francis Scott Fitzgerald. Gatsby, le magnifique.

Lu dans :
Franz-Olivier Giesbert. Le vieil homme et la mort. Gallimard. 1996. 150 pages. Extrait 146.

12 mai 2011

Entre thé et journal

"De bon matin, je lis dans le journal les plans que font pour notre siècle
Et le pape et les rois et les banquiers et les grands seigneurs du pétrole.
De l’autre œil je surveille
L’eau pour le thé dans la casserole,
L’eau qui se trouble et se met à chanter, redevient claire
Puis débordant, étouffe le feu. "

Bertolt Brecht, Poèmes 1941-1947.

11 mai 2011

L'écheveau d'une vie

"Tantôt je pense, tantôt je vis."
Paul Valéry.
On sort ébloui du film consacré à François Mitterrand programmé par France 2 ce soir de 30ème anniversaire (François Mitterrand à bout portant, 1993-1996). Non guère par la personne du président mais par le brio avec lequel est abordée la complexité d'une pensée nourrie par un siècle de vie française, pétrie de contradictions assumées. Par l'interrogation de l'après et du sens de toute action humaine, que l'approche de la mort rendait lançinante . Par la cohabitation de tant de contradictions, d'une sincérité habillée de mensonges, d'une tendresse dissimulant tant de calculs. Et on murmure les paroles de Sirl Hustvedt dans son dernier ouvrage: "Nul d'entre nous ne peut jamais démêler le noeud des fictions qui composent cette chose incertaine que nous appelons notre moi."

Lu dans :
François Jullien. Philosophie du vivre. NRF Gallimard. Bibliothèque des Idées. 2011. 270 pages. Extrait page 9
Siri Hustvedt. Un été sans les hommes. Actes Sud. 2011. 216 pages.

10 mai 2011

Le parler vrai

"Mais j'ai assez parlé de moi, parlons plutôt de mes oeuvres."
Edgar Faure (parole émise après 30 minutes d'entretien)
Du même homme politique, j'ai souri en découvrant «Chez moi, quand on tue le cochon, tout le monde rit ! Sauf le cochon.»

09 mai 2011

Une modestie qu s'affiche

"Il n'a qu'une qualité: il est modeste. Et il s'en vante."
Alfred Capus


Lu dans:
Franz-Olivier Giesbert. M. le Président. Flammarion. 2011. 290 pages. Extrait p. 177

08 mai 2011

Une présence diluée d'absence

".. ayant écouté, à des sourds ils ressemblent (..): présents, ils sont absents."
Héraclite
Vingt-six siècles nous séparent, les mêmes constats demeurent. Concentré sur dix tâches simultanées, on peut se trouver en réunion (ou à un dîner en tête-à-tête, c'est encore pire), répondre à ses messages électroniques, écouter de la musique, parcourir les résultats du match de notre équipe favorite, feuilleter le journal, jeter un coup d'oeil aux infos diffusées par l'écran de TV au-dessus de notre tête. Multipliant la présence, la technique la dilue. Qui "rencontrons"-nous encore dans ce zapping permanent, dans cette présence ponctuée en permanence d'absences, et quelle place laissons-nous à la surprise de la beauté soudaine "de la dernière lumière le soir, en quittant la forêt"? Se donner entièrement, sans réserve ni possibilité de fuite, à une personne, à une perception, à une lecture est devenu le cadeau (ou le luxe) suprême.


Lu dans :
François Jullien. Philosophie du vivre. NRF Gallimard. Bibliothèque des Idées. 2011. 270 pages. Extrait page 20

07 mai 2011

Le vivant et l'inachevé

"Achever un tableau, comme disait Picasso, c'est comme achever un taureau, c'est le tuer."


Beaudelaire ne disait rien d'autre quand il dit de certaines tâches qu'elles étaient "faites" mais "non-finies", l'auteur les ayant quittées avant terme pour demeurer à l'oeuvre. La semaine passée, interrogeant un ami cher, sculpteur, sur le plaisir que lui procurait la réalisation d'une sculpture il me confiait que le véritable plaisir résidait dans le fait de sculpter, et non dans sa fin.

Dans un autre contexte, et presqu'antinomique de Picasso, me revient l'image du dernier tableau d'un patient, inachevé car atteint de troubles de la vue et d'un Alzheimer débutant. Il ne parvenait plus à capter la lumière pour la placer dans son paysage et rangea ses pinceaux laissant la toile sur son chevalet dans l'atelier désormais inoccupé. Inachevée, mais "morte" car déshabitée par la luminosité habituelle à ses autres peintures.



Lu dans
François Jullien. Philosophie du vivre. NRF Gallimard. Bibliothèque des Idées. 2011. 270 pages. Extrait page 56.

06 mai 2011

Danse danse

"Parfois vous restez sans voix, et c'est là que commence la danse."
Pina Bausch

Le réalisateur Wim Wenders rend hommage à son amie, décédée, la chorégraphe Pina Bausch, dans un film présenté au festival de Berlin.

Wim Wenders. Pina. Actuellement à l'Actor's Studio , Bruxelles.

04 mai 2011

L'épuisement du monde

"Sa fatigue est celle du gladiateur après le combat, son travail fut de blanchir à la chaux le coin d'un bureau de fonctionnaire."
Kafka
Tous symptômes confondus, la fatigue est sans aucun doute le plus universel, le plus varié dans son contenu, sa description et ses causes. Il fut un temps où pour la combattre on se reposait, cette époque est révolue, aujourd'hui rien n'est simple. On la soigne donc, avec de mauvais remèdes, la rebaptisant de noms saugrenus, joute permanente contre un ennemi insaisissable qui s'est allié à une comparse retorse: l'insomnie.

Lu dans:
Les aphorismes de Zurau. Franz Kafka. Gallimard. 2010. 142 pages. Extrait p.46

Le style simple

"Les meilleurs articles de presse: un sujet, un verbe et un compliment."
Alfred Chapus.
Petite maxime rosse pour décrire la presse française au début de l'hyperprésidence de Nicolas Sarkozy, dans un livre qui ne l'est pas moins. Curieusement, dans son dernier chapitre l'auteur semble pris d'un remords tardif en contemplant son tableau. Il est des lectures qui nous font nous féliciter d'être un citoyen lambda.

PS. Il ne faut y voir, dit-on, aucun lien de cause à effet, mais peu de jours après la parution de l'ouvrage de Giesbert "M. le Président", un peu vache il est vrai, son émission sur France 2 "minée par une audience vieillissante" est supprimée.

Lu dans
Franz-Olivier Giesbert. M. le Président. Flammarion. 2011. 290 pages. Extrait p. 171

03 mai 2011

L'équilibre qui naît des antagonismes

"Qu’est-ce donc que la vérité ?
C’est cet équilibre fragile qui naît du choc des antagonismes.
C’est la blanche écume des vagues.
C’est le parfum, synthèse de tous les ingrédients qui mijotent dans la marmite.
La vérité n’est point monolithique.
Elle est enrichissement réciproque dans le respect des contraires."

Irénée Guilane Dioh

01 mai 2011

Ces livres qui réchauffent

"Parfois tu brûles un livre car il fait froid
et il faut du feu pour te réchauffer
et parfois tu lis un livre pour la même raison. "

Motet médiéval tardif extrait du Codex de Montpellier

Lu dans:
Charles Bernstein. Shadowtime. 1999-2004. Opéra en sept scènes de Brian Ferneyhough sur la vie et l’oeuvre de Walter Benjamin.

27 avril 2011

Chercheurs d'or

«Mon père était un chercheur d'or, l'ennui c'est qu'il en a trouvé».
Jacques Brel. Chanson "L'enfance".
Cruel vis-à-vis de son père, le grand Jacques, car lui-même publiera en une dizaine d'années un des plus riches répertoires de la chanson française qu'il quittera en pleine gloire. L'or, il l'aura connu et bien davantage que son géniteur. On ne peut en dire autant de Vincent Van Gogh qui en dix ans lui aussi (curieuse similitude, de même que leur disparition prématurée) peint quelques 2000 toiles et dessins, dont la plupart durant les dernières semaines de sa vie chez le Dr Gachet à Auvers-sur-Oise. Oeuvre majeure, dont il ne vendra de son vivant que ... trois toiles. 120.000 personnes se presseront en 1930 (40 ans après sa mort) pour les admirer à une exposition du Museum of Modern Art à New York. La reconnaissance peut être posthume.


25 avril 2011

Ombres et lumières

Sur la route

Dans le vide
qui vient à notre rencontre
quelques strates d'ombre
Elles murmurent
dans la lumière prisonnière
que le vide n'est pas vide
ni lumière la lumière
P. Mathy
Lu dans :
Philippe Mathy. Un automne au creux des bras. L'herbe qui tremble. 2009. 105 pages. Extrait page 39.

Un souffle passe

"Entre la foi et l'incrédulité, un souffle,
Entre la certitude et le doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis,
Car la vie elle-même est dans le souffle qui passe. "

Omar Khayyam

24 avril 2011

La vie la première

«Si la vie n'était pas
La seule la première
A quoi bon la rosée
Sur le front du matin. »
René-Guy Cadou
On imagine les femmes, les deux Marie, et Salomé, sur la route du tombeau dès le lever du jour face au soleil, dans cette lointaine Palestine, occupée. Peur et tristesse, et pourtant que de lumière dans ce récit fondateur de l'évangile de Marc. La phrase de René-Guy Cadou aurait pu s'y glisser en catimini sans en trahir l'esprit. La clarté des petits matins et les textes se donnent la main de siècle en siècle. Demain s'annonce comme un jour de beauté, le moment paraît propice pour ranger l'esprit grognon.

Bonne fête de Pâques.

Lu dans:
René Guy Cadou. La vie rêvée. Ed. Robert Laffont 1944.
Christophe Barbier. Les derniers jours de François Mitterrand. Grasset. 2011. 428 pages. Extrait page 287.

23 avril 2011

L'exode

«O mort parle plus bas, on pourra nous entendre
Approche-toi encore et parle avec les doigts ... »
René-Guy Cadou


La liturgie des grandes fêtes religieuses a déserté nos existences, leur parfum reste, souvenir entêtant des années d'enfance quand - entre le Vendredi Saint et la fête de Pâques- le samedi déroulait un temps de réflexion empreint de vacuité: la mort avait fait son oeuvre "and so what"... Les cloches de nos églises arrêtaient de sonner, ce n'était plus le jeûne mais pas encore la fête, on se tenait comme tapi dans une incertitude existentielle qui peu à peu façonnait notre être. On apprenait, tout enfant, que l'existence était - ou serait - faite de bonheurs mais aussi de périodes où "de la douleur, mon Dieu, j'en eus toujours assez/Mon ombre fut mon seul compagnon de voyage» comme l'écrit Cadou dans La Vie rêvée. La fête de Pâques suivait l'exode dans l'écriture sainte, raison sans doute pour laquelle on a repris l'expression nomade de l'"exode sur l'autoroute de la mer" pour baptiser la première grande transhumance des périodes ensoleillées. On vous la souhaite empreinte d'un souvenir de cloches carillonnantes.

Lu dans :
René Guy Cadou. La vie rêvée. Ed. Robert Laffont 1944.

21 avril 2011

Tu ne m'aurais créé si tu ne m'avais connu

"J'ai vu un ange dans le marbre
et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer."
Michel-Ange

Vacance de l'esprit

"Etre en vacances c'est n'avoir rien à faire et avoir toute la journée pour le faire. "
Robert Orben


19 avril 2011

Ma patrie belle et perdue


Le 12 mars 2011, l’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti, œuvre autant musicale que politique.

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. Puis se tournant vers la salle:

"Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue"."


Le bel aujourd'hui

"...prêt à participer à une manifestation pour l’augmentation du goût de la vie."
B. Pivot.
Perle qui se faufile dans la récente apologie des mots que publie Bernard Pivot, parmi lesquels celui qu’il tient pour le plus beau de la langue française : « Aujourd’hui », le plus présent, le plus vivant, un mot qui sent le café et le pain grillé du matin, celui dont Mallarmé n’eut aucune peine à nous convaincre qu’il est « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui ».


Lu dans :
Bernard Pivot. Les mots de ma vie. Albin Michel. 2011. 320 pages.

18 avril 2011

Les paroles essentielles

"Dans la bouche de l'ami la parole est un joyau."
Hâfez de Chiraz.
Moment paisible dans la journée, seul dans le bureau silencieux je feuillette quelques pages et me laisse imprégner par ces paroles venues du fond des temps. Confronté à la souffrance d'autrui, comment trouver les paroles essentielles?
Lu dans:
Hâfez de Chiraz. Le Divân. Verdier de Poche. Oeuvre lyrique d'un spirituel en Perse au 14e siècle. 2006. 1280 pages. Extrait page 1018, Ghazal 411.

16 avril 2011

Le temps partagé

"Je prends mon temps et je donne mon temps."
Sagesse d'enseignant(e) pré-retraitée
Merci à Nanou pour cette superbe incitation à se reconvertir après une carrière aussi pleine qu'heureuse.

15 avril 2011

Sagesse urbaine

"Chacun sa règle, et tout se dérègle."
Sagesse affichée sur les vitres des bus de la RATP, à Paris.

09 avril 2011

Sagesse de la simplicité volontaire

"Quelle merveille !
Je balaie la cour
et je vais chercher de l'eau au puits."
Vieux poème d'un moine chinois
Cité par la célèbre académicienne, le petit haïku participe à sa légende, comme en écho à cette description d'Archives du Nord où elle se décrit "Je pétris le pain, je balaie le seuil, après les nuits de grand vent je ramasse le bois mort". La description par Matthieu Galey de sa modeste maison La petite Plaisance sur l'île de Monts Déserts dans le Maine, "là [où on ne peut mener] qu'une existence volontairement réduite au luxe de l'essentiel; on dirait que la réflexion y va de soi, suivant le rythme qu'imposent la nature et les saisons", nous donne un désir de vacances, pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre. On vous les souhaite bonnes.
CV.

Lu dans :
Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Le Livre de Poche 5577. Ed Le Centurion 1980. 317 pages. Extrait p.6 et p.284

Des chats et des amis

"Je pense à ce mot charmant, dans un livre de Montherlant. On s'étonne qu'une jeune fille n'ait pas donné de nom à son chat: "Comment faites-vous pour l'appeler? - Je ne l'appelle pas, il vient quand il veut." Ainsi les amis viennent souvent par le plus grand des hasards.
M. Yourcenar

Lu dans:
Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Le Livre de Poche 5577. Ed Le Centurion 1980. 317 pages. Extrait p.301

07 avril 2011

Quelle force, quelles faiblesses

"C'est une succession de moments de faiblesse,
mais au bout, quelle force."
Exergue du film Van Gogh, de Maurice Pialat

Un matin lumineux, où la nature vous veut du bien. Un patient métamorphosé a arrêté de boire depuis 37 jours. Peu de choses à l'échelle du monde sans doute, mais au plan individuel quel Everest !


Vu dans
Van Gogh, un film de Jacques Pialat, Gaumont, 1991.

La coque du vase

"Tout voyage se double d'une exploration intérieure. Il en est de ce que nous faisons et de ce que nous pensons comme de la courbe extérieure et de la courbe intérieure d'un vase: l'une modèle l'autre."
Marguerite Yourcenar.


Lu dans:
Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Le Livre de Poche 5577. Ed Le Centurion 1980. 317 pages. Extrait p.305.

06 avril 2011

Du désordre

"Pourquoi ajouter à l'encombrement du monde?"
M. Yourcenar

Lu dans:
Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Le Livre de Poche 5577. Ed Le Centurion 1980. 317 pages. Extrait p.133

05 avril 2011

Le pouvoir des paupières

"Quand j'ouvre les yeux
j'observe ma petitesse dans l'univers
Quand je les ferme
j'ai l'univers en moi."
Inayat Khan

03 avril 2011

Les non dits de Socrate

Pensons à Socrate , dont la légende nous dit qu'il murmurait, en lisant les premiers écrits de Platon "Que de choses ce jeune homme me fait dire."

Quelque chose demeure , pourtant ... L'innocente notation qu'en fait Marguerite Yourcenar m'a fait sourire.

Je vous souhaite un bon dimanche
CV.

Lu dans:
Marguerite Yourcenar. Les yeux ouverts. Le Livre de Poche 5577. Ed Le Centurion 1980. 317 pages. Extrait p.241.

01 avril 2011

Champagne à l'eau

Aujourd'hui, champagne dans l'eau de l'aquarium de la salle d'attente. Et ça marche, les poissons ont l'air drôle.

31 mars 2011

Alors on danse

"La danse, c'est le mouvement du corps heureux."
Nietzsche
Amusant intermède durant ma tournée: frère et soeur, sept ans à deux ensemble, dansant leur Travolta de manière endiablée sur Summer Nights diffusé par Radio Nostalgie. Besoin de public n'a pas d'âge et ma présence inattendue a manifestement eu pour don de stimuler leur ardeur. On fait comment pour redevenir enfant?

Alors on danse

"La danse, c'est le mouvement du corps heureux."
Nietzsche
Amusant intermède durant ma tournée: frère et soeur, sept ans à deux ensemble, dansant leur Travolta de manière endiablée sur Summer Nights diffusé par Radio Nostalgie. Besoin de public n'a pas d'âge et ma présence inattendue a manifestement eu pour don de stimuler leur ardeur. On fait comment pour redevenir enfant?

24 mars 2011

La vie augmente

"Quand on nous dit:
la vie augmente, ce n'est pas

que le corps des femmes
devient plus vaste, que les arbres

se sont mis à monter
par-dessus les nuages,
..
Mais c'est, tout simplement
qu'il devient difficile
de vivre simplement."

Eugène Guillevic

Lu dans
Colette Nys-Mazure. L'eau à la bouche. DDB. 2011. 150 pages. Extrait p.81

23 mars 2011

Soudain un visage

"N'étant plus personne, j'étais enfin quelqu'un."
Yannick Haenel
Ceux qui fréquentent la sortie Drogenbos du Ring de Bruxelles l'identifieront sans peine: pauvre hère barbu au sourire édenté, les cheveux en pétard, faisant la quête entre les voitures. Je le vois depuis des mois mais ne saurais le reconnaître s'il changeait de carrefour: la misère possède un seul et même visage. La semaine passée, attendant que le feu passe au vert, mon attention fut attirée par un petit abri de fortune dissimulé sur un versant du talus à ma gauche: une bâche sans couleur, deux cordes, deux piquets. Une forme allongée s'y devine, un vieux vélo à ses pieds. L'inconnu du pont de Ruysbroek soudain s'identifiait, et laissait deviner ce que pouvait être son existence. Pas de réseau mafieux mais un sans-abri passant sa vie dans un triangle de dix mètres sur dix, réveillé par les bruits de voitures et nourri par l'aumône. On tente d'imaginer ce que fut sa vie antérieure, redoutant découvrir qu'elle ressemblait peut-être à la nôtre et l'enchaînement des circonstances malchanceuses qui peuvent amener un être humain à vivre dans une tanière.

Du cercle et de la cathédrale

"L'idée du cercle n'est pas ronde."
Spinoza
La correspondance entre un projet, sa réalisation et le concept qu'il devient me fascine. Revisitant Notre-Dame de Paris le mois passé, une foule d'admirateurs de toutes nationalités s'y pressent. Ils ont de la cathédrale, de ses origines et de ses formes, des défis architecturaux qui la sous-tendent, de la culture dont elle est issue, une connaissance plus précise que ses bâtisseurs. Mais notre époque est incapable de la bâtir.

20 mars 2011

D'une rencontre

"C'est ainsi que la vie commence. L'élément mâle rencontre l'élément femelle et se perd, se dilue en lui, tous deux perdant leur identité, leur individualité dans une individualité nouvelle où leur vie continue en cessant d'être la leur."

Un courrier amical de Bérengère Deprez suscite réflexion ... et réécriture de la pensée de ce dimanche:
"Sympa le "éventre", ça donne tout de suite le ton des rapports homme-femme. Quelle maladresse ! Il ne pouvait pas dire "rencontre", tout simplement ? Tu penses qu'une femme aurait écrit "C'est ainsi que le vie commence. L'élément femelle engloutit l'élément mâle" ? Comme disait Benoîte Groult, c'est quand on inverse les termes que certains ridicules sautent aux yeux..."

Déjà la kabbale notait avec sagesse que " Dieu gît dans les détails."

Je vous souhaite une bonne semaine. Le printemps météorologique commence ce lundi, tout s'ébroue. C'est aussi ainsi que la vie commence.

19 mars 2011

La dissolution des identités

"C'est ainsi que la vie commence. L'élément mâle éventre l'élément femelle et se perd, se dilue en lui, tous deux perdant leur identité, leur individualité dans une individualité nouvelle où leur vie continue en cessant d'être la leur."
T. Maulnier

Lu dans :
Thierry Maulnier. Les vaches sacrées. NRF Gallimard. 1977. 435 pages. Extrait p.116.

Taper sa pipe

« Pourquoi aurais-je peur de la mort, moi qui dors si bien ? »
Florence Gould
Ranger soigneusement ses lunettes, taper sa pipe encore chaude sur le bord du cendrier et la déposer doucement au creux de la rigole, placer un signet dans le livre qu'on interrompt pour en reprendre la lecture un jour meilleur. Se souvenir qu'on se disait adolescent que la vie était à prendre, adulte qu'elle était belle, et enfin qu'elle passait vite. Ecrire deux lignes sur un PostIt pour se souvenir de la journée, éteindre la lampe. On devrait partir ainsi.

17 mars 2011

Une fleur dans les cendres du camp

"L'ouvrage fourmille d'anecdotes ou de faits précis, certains bouleversants. Tel ce petit juif danois de 2 ans, malade dans le camp de Ravensbrück. Un médecin allemand, le docteur Treite, le soigne pendant plusieurs jours pour une diphtérie. Un jour, le médecin arrive ; il prend le petit garçon sur son genou gauche, l'ausculte attentivement avec beaucoup de douceur et de gentillesse, et il dit : « Bon, il est guéri. Il peut partir à Auschwitz. »
Lu dans:
Michel Reynaud et Germaine Tillion. L'Enfant de la rue et la dame du siècle. Ed. Tirésias. 2010. 336 pages.

All the world's a stage

Le monde est une vaste scène. La vie n'est qu'un "je".
William Shakespeare (*)
Peut-être. Le malheur qui accable le Japon aura néanmoins davantage fait progresser la conscience d'appartenir à un "nous" planétaire que tous les discours. Et la dignité de ses habitants interpelle le grognon qui sommeille en nous.

(*) "All the world's a stage,
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances,
And one man in his time plays many parts,
His acts being seven ages."

As You Like It Act 2, scene 7, 139–143

Une neige en deuil

"Est-ce qu'on s'abritait tous des crachats du ciel? (..) J'étais sûre que si j'ouvrais la fenêtre j'aurais été salie des pieds à la tête."
V. Olmi. Bord de mer.
La neige a maintenant recouvert les décombres, sans parvenir à en dissimuler la désolation. Une neige hostile, peut-être mortelle, ajoute une couche de silence au silence. Vents contraires, pluie radioactive, neige contaminée, tous nos repères se voient brouillés. Seul rayon de soleil, le courage obstiné de ces sauveteurs fouillant les gravats, arrosant les brèches des centrales fumantes au prix de leur vie, marins terrestres sur des esquifs en déroute.

Lu dans.
Véronique Olmi. Bord de mer. Babel. Actes Sud 2001. 12& pages. Extrait p.84

14 mars 2011

Voir loin

" Presbyte: personne qui ne distingue bien que ce qui est éloigné".

Je découvre ce matin le rapport entre presbytère et presbyte. Issu du grec presbuterion, le premier est une assemblée d'anciens. Le second est un emprunt savant de presbutês, dérivé de presbus, vieillard, personnage important. Les choses ont changé. Nom ou adjectif, ce presbyte appartient désormais au jargon médical et s’applique à une personne qui ne distingue bien que ce qui est éloigné. De nos jours défaut visuel, qui apparaît surtout à la vieillesse, âge tenu pour vénérable dans l’Antiquité grecque. On peut imaginer que ce fut un jour une qualité ajoutée, proche de la perspicacité.

Lu dans:
En bons termes. Le Soir. 14 mars 2011. p.44

13 mars 2011

De la survie et de la perte

"Tous ceux qui survenaient et n’étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même."
Guillaume Apollinaire. Alcools.
Perte de netbook n'est pas mortelle. L'achat d'un modèle comparable et la magie des sauvegardes me fait retrouver une semaine plus tard, inchangé, au domicile de mes patients l'environnement familier de leur fiche médicale. Tout est identique, néanmoins rien ne subsiste de l'ancien support: le gris métallisé a remplacé le noir, le clavier s'est élargi, l'écran a gagné en luminosité, tout est plus rapide d'accès. De l'immortel a transité par du mortel, comme nous le ferons.

A contrario, me revient le souvenir d'un ancien programme du même type, m'insatisfaisant, et que je détruisis en moins de quinze secondes, utilisant de longues années encore l'ordinateur qui le supportait et qui dort maintenant à la cave. Du mortel a transité par de l'immortel, comme une sonate de violon transite par un Stradivarius ou nos rêves fugaces qui s'estompent. Immatériel et matériel forment un couple étrange, que serait la pensée sans notre cerveau?

Nous mourrons et, bonne nouvelle, nous survivrons. On observe tous avec amusement nos gènes transmis, nos attitudes reproduites par l'un et l'autre, les éblouissements partagés et assimilés durablement par nos descendants et amis. Tous candidats à la perte de nous-mêmes un jour inattendu, comme mon netbook à la station Aumale, tous immortels pourtant, mais fragmentés sans recomposition possible car la vie nous survit en nous dilatant. Et je m'amuse soudain du sinuement de pensées que peut susciter dans une journée banale la perte d'un objet familier.

04 mars 2011

Mon père cet enfant

"Impossible d'être seul sur le chemin
Un vieillard te précède
un enfant t'accompagne
lui aussi te ressemble."
P. Mathy

Brève image de rêve, mon père au volant de ma voiture, portant mes habits. Mon frère, trois ans à nouveau, pousse la balançoire de ma petite-fille, ils chantonnent. On ne sait jamais vraiment où on se situe sur le chemin de la vie.

Lu dans:
Philippe Mathy. Un automne au creux des bras. Ed. L'herbe qui tremble. 2009. 104 pages. Extrait page 18

De la beauté quotidienne

"Un vaste anticyclone favorable s'étire de l'Irlande jusqu'en Ukraine, nous faisant profiter d'une journée très ensoleillée: soleil généreux et aucun nuage visible dans le ciel. La nuit, les étoiles seront dominantes, au détriment des nuages qui seront absents. "
La météo du 4 mars 2011. Le Soir. page 44.

Qui a dit que les journaux égrenaient les malheurs? Une poésie du quotidien se dissimule dans les rubriques les plus inattendues. Elle sait se renouveler chaque jour: demain, peut-être, description de la beauté sombre des nuages et du vent, avant la douceur de la pluie qui nous lave les yeux et le visage.

03 mars 2011

La résurrections des morts

"La Résurrection générale: des embrassades, et puis après tout de suite des reproches."
André Blanchard. Autres directions. Le dilettante.

Lu dans
La Libre Lire du 28 février 2011

02 mars 2011

Ainsi va la vie

"Heureusement la mémoire trie.
Elle sait les morts auxquels elle s'appuie, elle vit d'eux comme des autres vivants. (..)
Je peux fermer les yeux, j'aurai mon paradis dans les coeurs qui se souviendront."
Maurice Genevoix. Trente mille jours
Eblouissante Annie Girardot dans "Ainsi va la vie", émouvant film sur sa maladie d'Alzheimer. Il m'a fallu le "Huitième Jour" pour découvrir la trisomie 21, "Un Homme d'exception" pour la schizophrénie, Le scaphandre et le papillon" pour le locked-in syndrome... Je découvre ce soir, après l'avoir tant étudiée, qu'il y a une vie derrière la démence d'Alzheimer, des amitiés, des périodes de bonheur et un temps pour la reconnaissance. Une occasion aussi pour permettre à l'entourage, tout simplement, de révéler sa bonté et le meilleur que chacun abrite en soi.

Apprendre la médecine par les films qui traitent d'elles? Projet fou qui germe petit à petit en moi depuis quelques mois, sait-on jamais?


Film:
Ainsi va la vie. Documentaire de Nicolas Baulieu. 2007. TF1. 1 mars 2011, 23h15.

28 février 2011

Les puits non-encore creusés

"En avant, Mars."

Je crois l'avoir déjà utilisée, mais elle m'amuse toujours autant. Les éphémérides de ce troisième mois de l'année nous apprennent qu'entre le 1er et le 31 mars nous gagnerons deux heures de luminosité, saluerons l'éclosion fragile de la nature, fêterons le printemps astronomique (le 21) et le retour de l'heure d'été (le 27). Il ne m'en faut pas plus pour sentir la grande fatigue de l'hiver prendre ses quartiers, renaître l'impatience du lendemain, des rêves de fondation et des curiosités inusitées. Le Deutéronome y fait allusion lorsqu'il évoque "la terre promise, avec ses villes que l'on n'a pas encore construites, ses maisons que l'on n'a pas remplies, ses puits que l'on n'a pas creusés, ses vignes et ses oliviers que l'on n'a pas encore plantés (Dt 6,10-12)." Afin de retrouver en nous cette joie qu'évoquait Bernanos lorsqu'il parlait de l'« espérance violente des matins ». Quel programme !

Lu dans:
Jean-Claude Guillebaud. La confusion des valeurs. DDB. 2009. 275 pages. Extrait p.75

27 février 2011

Entre contrainte et interdit

"On n'interdit plus, on empêche."
Jean-Pierre Lebrun
Qu'il s'agisse de plots ancrés dans les trottoirs de nos placettes pour nous empêcher de stationner sur les trottoirs - nous forçant à nous extraire de notre véhicule au prix de contorsions grotesques - , de barrières automatiques, de fosses caillouteuses et cloutées balisant les rails de tram en passage protégé, de badges d'accès et bientôt d'éthylomètres intégrés au démarrage des véhicules , l'obligation morale de respecter des consignes semble définitivement remplacée par un faisceau de contraintes physiques subtiles nous ôtant jusqu'à la possibilité de braver l'interdit. L'organisation de l'espace public n'est d'ailleurs pas seule à se voir ainsi profondément modifiée: du refus de certains caractères lors du remplissage de formulaires informatisés à l'avalage des cartes de banque en cas d'erreur, en passant par l'itinéraire obligé serpentant dans un espace Ikéa, nous voilà désormais pris par la main - à la fois guidé et empêché - tout au long de notre activité quotidienne , pour notre plus grande sécurité apparente et celle d'autrui. L'organisation de la vie en commun y gagne peut-être, la responsabilisation de l'homme-citoyen s'en voit réduite.

Le choix de transgresser et la construction mentale de l'interdit demeuraient depuis Adam (et la pomme) le fondement de notre humanité. Cette subtile modification qui envahit nos existences, pour séduisante qu'elle soit puisqu'elle supprime jusqu'à l'idée de punition pour une faute qu'on ne peut plus commettre, constitue plus que toute autre un recul dont nous ne mesurons pas la portée.

L'hiver craque aux entournures

"À soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d'été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c'est ainsi : on est sûr d'avoir franchi le solstice. C'est peut-être un bon moment pour essayer de garder le meilleur, (..) rester léger dans les instants, avec les mots."
Philippe Delerm.
Ce matin, les oiseaux ont salué mon lever, et vendredi j'en ai entendu timidement s'essayer la voix. Il y a comme un frémissement dans l'air, signes prémonitoires de toute une population d'être engourdis qui va dire au bonhomme Hiver "Dégage".

Lu dans :
Philippe Delerm. Le trottoir au soleil. Gallimard. 2011. 192 pages

26 février 2011

Migraine à flux tendu

"J’ai une migraine ! Infernale !
C’est comme si... il y avait un métro
qui me traversait la tête. "
Raymond Devos. Migraine infernale.


"Hallucinant tournis mondial. Les nouveaux modes de gestion « à flux tendus» aboutissent à ce que les stocks de produits, en réalité, ne sont plus dans des dépôts mais sur les routes ou les océans. (..)
Question simple: est-il tout simplement raisonnable de faire parcourir quinze mille kilomètres à une cervelle d'agneau congelée ou à une grappe de raisin pour la mettre à notre disposition? (..) Marchandises qui, parfois, se croisent absurdement sur les océans."

Lu dans:
Jean-Claude Guillebaud. La confusion des valeurs. DDB. 2009. 275 pages. Extrait p.172

25 février 2011

Les amis essentiels

"Puisses-tu
au vent de ta branche
garder tes amis essentiels."
René Char

Me revient le récit que font Jean-Pierre et Rachel Cartier du retour du vieux philosophe Karlfried Graf Dürckheim dans sa chaumière en Forêt Noire, après une vie imprégnée des questions et des drames du XXe siècle. Il jette ses agendas et carnets d'adresse, limitant son activité à recevoir individuellement des femmes et des hommes en quête de sens. Ceux qui tiennent à le rencontrer sauront aisément le retrouver, sourit-il en notant que sa vue devient déficiente et que ses genoux ne font absolument plus ce qu'il attend d'eux, alors autant réduire la voilure de ses ambitions. Il meurt en 1988 à 92 ans. Comme le conclut l'article de Wikipedia qui lui est consacré, il n’y a qu’une sagesse, elle est là où vous rencontrez un sage.


Lu dans:
L'eau à la bouche. Colette Nys-Mazure. Ed. Desclee De Brouwer. 2011.149 pages. Extrait p.40.
Prophètes d'aujourd'hui. Jean-Pierre et Rachel Cartier. Éd. Albin Michel. 1992. Collection Espaces libres. 336 pages

23 février 2011

Le désir du désir de l'autre

"Le bonheur c'est de continuer à désirer ce qu'on possède."
Saint Augustin
Une récente et amusante observation de mes frères humains m'a remis en mémoire ce récit d'un groupe de singes face à un régime de bananes, toutes identiques. Une d'elles, un peu à l'écart, suscite l'envie d'un des singes qui tente de la saisir, provoquant la bagarre générale car soudain tous la convoitent et n'entendent la céder à aucun autre. "Rien de spécial ne distingue la banane disputée, sauf que le premier à choisir a jeté son dévolu sur elle - et cette sélection initiale, aussi fortuite soit-elle, a déclenché une réaction en chaîne de désirs mimétiques, avec pour résultat que cette banane-là est soudain apparue préférable à toutes les autres." Chez les animaux, certes, ces rivalités n'aboutissent pas à la mort, en vertu d'un "schéma de dominance" qui postule que l'individu dominant n'est jamais dans l'obligation de céder. Il n'en va pas nécessairement de même chez l'homme, cette "créature qui ne sait pas quoi désirer et qui se tourne vers les autres afin de se décider". (René Girard) On désire ce que les autres désirent pour la simple raison qu'on imite leurs désirs. Par-delà le fruit, c'est le désir du désir de l'autre qui fonde l'activité humaine. Lacan quand tu nous tiens!

Lu dans:
Citation de Saint Augustin placée en exergue de: Frédéric Lenoir. Petit traité de vie intérieure. Plon. 2010. 200 pages.
René Girard. Sanglantes origines. traduit de l'anglais par Bernard Vincent. Flammarion. 2011. 393 pages.

22 février 2011

Au loin les oiseaux

"Voir un oiseau passer n'est pas voler. Y penser ouvre pourtant les ailes."
P. Mathy
Souvenir discret de vacances bretonnes en famille. On range, cette nuit un gros orage a cassé l'été, déjà un parfum de rentrée scolaire. Au loin, sur la mer, le départ en escadron des oiseaux vers les contrées chaudes. Les vacances sont pliées.
Lu dans:
Philippe Mathy. Jardin sous les paupières. Le Taillis Pré. 2002. 175 pages. Extrait p 131.

20 février 2011

Les mots coincés dans la bouche

"Je parle aujourd'hui en souvenir des mots coincés autrefois dans ma bouche,
en souvenir des roues dentées broyant les syllabes sous la langue
(..)
La maîtresse, posant une main sur mon épaule, racontait
que Moïse bégayait aussi et pourtant il avait atteint le mont Sinaï.
Ma montagne à moi, c'était une fillette assise
à mes côtés dans la classe, mais je n'avais pas de braise dans
le buisson ardent de la bouche pour attiser, devant elle,
les paroles consumées d'amour."
R. Someck
Sous le charme du film de Tom Hooper "Le discours d'un roi", narrant le combat de George VI contre son handicap (le bégaiement) pour assumer son rôle de roi d'Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, je découvre au-travers d'un poème israélien que Moïse aussi était bègue. Belle leçon pour nous tous, aux multiples handicaps dissimulés ou visibles: rien n'est jamais joué d'avance. La performance d'acteur de Colin Firth (George VI), face à Geoffrey Rush (le thérapeute) est époustouflante, permettant une lecture multiple d'un scénario issu d'une histoire vraie. Belle réflexion sur la relation thérapeutique, ainsi que l'infinie distance entre la pensée et son expression.

Lu dans:
Ronny Someck. La vengeance de l'enfant bègue. Éditions PHI, traduction Marlena Braester
Pierre Chuvin. dans Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie 2010. 955 pages. Extrait p.201,203
The King's Speech. Réalisé par Tom Hooper. Avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Derek Jacobi. Long-métrage britannique , australien , américain . Durée : 01h58min Année de production : 2010 Distributeur : Wild Bunch Distribution

Des fourmis et des hommes

"Aussi discret qu'un point-virgule dans un roman de huit cent pages."
D. Foenkinos

... c'est peu de chose effectivement. Encore que, comparé à notre existence à chacun, un sur sept milliards, ce point-virgule occupe finalement une place enviable.

Lu dans
David Foenkinos. La délicatesse. NRF. Gallimard. 2009. 201 pages. Extrait p.83

18 février 2011

Le plein qui délivre

"Il faudrait ne s'emplir que de ce qui délivre."
P. Mathy
Un enfant découvre une immensité de sable, préservée entre Oostduinkerke et Coxyde. Promené au bout de ce sable, son regard se perd dans une immensité d'eau dont le gris finit par se confondre avec le gris d'un ciel lui aussi immense. Plein les yeux de tant d'espace encore donné à prendre, plein les oreilles du vent qui poursuit quelques ombres perdues, plein les narines des senteurs de varech et de coquillages, les paumes pleines de quelques cailloux d'une valeur de souvenir inestimable, c'est ainsi que se découvre à quatre ans la richesse sans possession. Nous étions cet enfant, qu'en reste-t-il?

Lu dans:
Philippe Mathy. Le Temps qui bat. Ed. Le Taillis Pré. 1999. 92 pages. Extrait p.82

16 février 2011

Un grand homme, expression au masculin singulier

"Si le verre est fin plus fin est le vin."
Hilmi Yavuz
On l'admirait pour tant de réussite accumulée. De belle ascendance, arrivé au bon endroit au bon moment, quelques relations choisies, il représentait mieux que quiconque le subtil mélange de l'intelligence et de l'adresse. De sa femme, on ne savait rien, et il lui devait tout. Sur la scène de la vie, l'image naît de l'orientation du projecteur.

Lu dans :
Hilmi Yavuz. Les exils de l'Orient. Ed. Varlik Yayinlari. Trad. Michèle Aquien, Guzine Dino, Pierre Chuvin. dans Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie 2010. 955 pages. Extrait p.149.

15 février 2011

La fascination du beau et l'étrange

"Je possède un joyau, et cherche quelqu'un qui sache le regarder."
Hafez. Divân. 373,4
Mots énigmatiques, prononcés au 14e siècle par un mystique persan, qui ravivent dans mon cerveau une image vivace. Un jeune patient, débile moteur cérébral profond, montre mille signes d'irritation extrême. Attente d'un orage, tensions familiales, colique improductive, allez savoir. Rien ne paraît pouvoir le calmer et le malaise gagne par cercles concentriques proches et médecin. Sa maman lui prend la main, l'assied et programme la vision d'une rencontre olympique de patinage sur glace. Un couple divin emplit la piste d'arabesques envoûtantes, ce qui procure dans l'instant une détente totale de l'enfant-loup dont les traits se relâchent pour la première fois de la journée. La magie dure une heure, le laissant fasciné et apaisé. Ce qui est visible possède sur le regard un pouvoir fascinant, qui court-circuite parfois les zones les plus structurées de notre cerveau pour allumer la veilleuse minuscule qui veille en nous quand on croit que tout dort.

Demeure intact cet autre mystère, l'itinéraire improbable de cette pensée d'un poète de Chiraz, recueillie et transcrite il y a des centaines d'années, traduite ensuite du persan dans ma langue maternelle, éditée par une maison téméraire qui ne craint pas les pertes financières et aboutissant sur ma table de chevet par l'intermédiaire d'un ami cher. J'aime imaginer le paysage désertique qui la vit éclore, sa sécheresse et l'âpre densité du lac salé Maharlu qui la ciselèrent, l'appel vers les cimes des monts Zagros et le franchissement du détroit d'Ormuz pour se perdre dans le temps et dans l'espace. Que de gorges à franchir, de révolutions et d'empires avant de s'inviter impromptu dans ma tête où elle réveille une vision vieille de vingt ans. Le caractère improbable d'une rencontre différée entre la rêverie d'un modeste boulanger persan aimant la vie et la détente d'un handicapé aimant la danse sur glace en fait la magie, et me fait aimer (encore un peu plus) la vie.

Lu dans:
Hâfez de Chiraz. Le Divân. Verdier de Poche. Oeuvre lyrique d'un spirituel en Perse au 14e siècle. 2006. 1280 pages. Extrait p.940

13 février 2011

Grandir de ses fragilités

"Ils me voient tous
comme un bloc de granit
posé sur le sol, mais moi (..)
Si seulement ils savaient ! "
A. Romanes

Dans "Les Roses de la solitude", Jacqueline de Romilly se désole d'avoir laissé s'abîmer le petit bureau familial, qui lui avait été transmis intact. Taché, le cuir qui supporta ses mains, stylos, livres et colis mouillés durant 50 ans lui apparaît soudain comme exemplatif de son incapacité à être l'épouse, mère de famille et maîtresse de maison qu'on attendait qu'elle fût. L'académicienne, érudite de haut vol, se fait aider pour ses rangements par une personne simple qui lui rétorque « Eh, oui ! Les choses s'abîment ... C'est comme nous tous ... ». Les mots s'appliquent beaucoup plus à elle-même qu'au bureau et à son cuir, aux modestes taches qui marquent le temps qui passe, des êtres qui meurent, du temps qui ne reviendra jamais. Cerner et accepter ses vulnérabilités peut constituer une libération.

Lu dans :
Alexandre Romanes. Paroles perdues. NRF Gallimard. 2004. 95 pages. Extrait p.75
Jacqueline de Romilly. Les Roses de la Solitude. Ed. De Fallois 2006.LLP.30950.155 pages. Extrait page 97-98

12 février 2011

Respirer l'eau en même temps que l'air

"A nos pieds, (..) le torrent étroit mais rapide qui descendait entre ces pentes rocheuses; l'eau courait, transparente, et lançait des reflets mouvants de lumière. (..)
Un léger murmure montait de cette gorge et l'on avait le sentiment de respirer l'eau en même temps que l'air."
J. de Romilly.
Il est des mots qui peignent, et nous font toucher à l'image du bonheur. Trouver ces mots pour panser les blessures de nos patients et amis, on met une vie à l'apprendre.

Lu dans :
Jacqueline de Romilly. Les Roses de la Solitude. Ed. De Fallois 2006.LLP.30950.155 pages. Extrait page 20

09 février 2011

L'étoffe dont on fait les rêves

«Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil.»
William Shakespeare. La tempête.
Une journée se clôt en écoutant Stéphane Hessel évoquer sa mort prochaine: de l'éveil du nouveau-né à l'assoupissement du vieillard, une existence nous est donnée, entourée de sommeil. Nous la rêverons pour une bonne part, imaginant des possibles, reconstruisant des raisons à nos échecs, testant des sentiers inconnus, créant des ponts vers l'avenir. La simplicité de dire les choses graves avec légèreté n'appartient pas à tout le monde.

Stéphane Hessel. Noms de dieux. Une émission d'Edmond Blattchen. RTBF La Deux. Mardi 8 février 2011, 23h30. 60 min.

07 février 2011

Le temps qui nous leste

"Je cherche surtout la légèreté, le temps vous leste si vite."
Andrée Chedid
Andrée Chedid s'est éteinte. Entre l'Egypte de sa jeunesse, le Liban de ses aïeux et la France de ses toujours, une sorte d'alliance très libre s'était peu à peu fait jour, par dépouillements successifs. Le prix à payer à cette liberté fut le renoncement à toute certitude, à toute appartenance, aux "déterminations ordinaires liées un dessein final, passion terrible des hommes pour les vérités intangibles, et auxquelles ils sacrifient tout. Au contraire, j'aime le mystère de la condition humaine." De son appartement de bord de Seine, au 14e étage d'une tour de verre et de béton, elle rêvait à cet autre fleuve - le Nil - qui ne s'arrête pour personne et qui continue sa route. A l'âge de 90 ans, aurait-elle mis un terme à sa navigation et rejoint par-delà les siècles Nefertiti dont elle a raconté la vie et qui dans le secret de sa pyramide avait conçu une cité idéale? Cela demeurera son mystère.

Lu dans :
Jean-Louis Ezine. Andrée Chedid, romancière déchirée.le Nouvel Observateur" du 28 décembre 2000.
Andrée Chedid. Nefertiti et le rêve d'Akhenaton , Les mémoires d'un scribe. Flammarion. 1993. 224 pages

06 février 2011

Je vis

"...chaque instant que je vis m'éloigne de la mort."
Lydie Dattas
Absurde n'est-il pas? A moins que... J'ai pris bonheur à relire ce soir un paragraphe de Gide enseignant à Nathanaël la ferveur, et à donner au terme Je vis une signification.

Lu dans:
Lydie Dattas. Le Livre des anges. NRF. Gallimard. 2003. 165 pages. Extrait p.152

Les parures humaines

"Si on jetait des diamants dans le ruisseau
il ne serait pas plus beau ."
Abdelmajid Benjelloun

05 février 2011

L'avenir s'est mis en marche

A contre vent

"Ma vie magnifique, comme l'oiseau
qui vole contre le vent
les yeux fixés sur le ciel."
A Romanes


... la neige, le vent, les étoiles:
pour certains ce n'est pas assez.

Lu dans :
Alexandre Romanes. Paroles perdues. NRF Gallimard. 2004. 95 pages. Extraits pp 92, 93

02 février 2011

Les réponses des autres

Deux aphorismes cueillis sur la pas de la porte hier:

" Penser, c'est prendre les réponses des autres, et de préférence les plus catégoriques, comme sujets d'interrogation."
"Tout problème a une solution. Quand il y a un problème et qu'il n'y a pas de solutions, c'est qu'il n'y a pas de problème."

Laisser ce type de sentence vous pénétrer dans le cerveau le matin au lever peut se terminer par une migraine, prudence. Une variante est de trouver quelques exemples issus de son expérience personnelle, ou de celle de ses proches, et d'en évaluer la pertinence. Dans ce dernier cas, c'est migraine + tournis. Une bonne prévention consiste à s'orienter vers des maximes plus simples du type: "Soleil de la Chandeleur Annonce hiver et malheur ." Ah les mythiques crèpes mielleuse de l'enfance, mais je préfère néanmoins celles d'aujourd'hui.

01 février 2011

Somewhere over the Rainbow

"Reconnaissez la diversité,
et vous atteindrez l'unité."
Rabidranath Tagore.
Je ne sais pour vous, mais il y a dans l'air comme une envie de prendre un peu de hauteur, "au-delà de l'arc-en-ciel, où les rêves que tu oses deviennent réalité" comme le chantaient Arlen et Harburg... en 1938. De clamer que c'est "parce qu'on est petits que nous sommes grands", la faune des coincés dans le métro, des bouchons du carrefour Léonard, des poussés aux soldes, à la Saint Valentin, aux souks aéroportés vers le soleil au Carnaval ou à Pâques, des bouffeurs de chips du dimanche midi s'extasiant devant le Clan des Sept à Mise au Point ou à Controverse (les mêmes, en direct, à la même heure, comment font-ils donc?). On peut ironiser sur Arno et les artistes d'un soir au KVS, mais eux au moins ils nous font rêver, alors que les manchettes du Soir depuis neuf mois ... Marguerite Yourcenar devrait-elle à sa belgitude d'avoir écrit que "les subcultures ont du bon à une époque où la culture s'ossifie ou périclite, et où le mot « marginal » s'emploie péjorativement comme si nous étions tous d'accord sur la valeur du texte en pleine page"?

Savez-vous ce qui me ferait saliver vraiment demain matin? Recevoir mon journal sous la format de la feuille de choux "Le Pochard" louvaniste qui nous informait avec impertinence des grands compromis et des petits secrets qu'on ne peut divulguer, avec un humour et une créativité réjouissants. De me lever demain au son de Radio Caroline, la mythique radio pirate ancrée dans les années 60 au large d'Ostende, interviewant sans effet de col son bourgmestre (Johan Vande Lanotte) racontant - comme nous le ferions à table - ce qui s'est vraiment dit pendant les trois mois de sa mission royale. De voir Basta sur YouTube bloquer l'entrée du Palais royal un matin à l'aube avec un wagon de chemin de fer pour signer l'armistice, d'entendre Stromae entonner avec Jamel "Alors on danse" en flamand et en français à la réception des corps constitués - quand elle aura lieu dans un mois ou dans un an. De me voir convoqué mercredi par le Roi pour expliquer comment un obscur médecin généraliste aborde un problème sans solution, situation dans laquelle hélas on excelle.

Je sais, je mélange tout, mais j'écris dans le désordre, comme je reçois les infos le soir en picorant mes raviolis devant le 20 heures. C'est parce "qu'on est petits que nous sommes grands" clament dans les rues des dizaines de milliers de Tunisiens, d'Egyptiens, de Yéménites, de Marocains, et demain de Chinois ou de Coréens du Nord. Vous ne me croirez pas: mais soudain je les comprends. Marre de ne compter pour rien, de n'être qu'un Audimat: soudain, chacun de ces cul-terreux de Tunis ou du Caire EXISTE. Evidemment, ici comme ailleurs, on ne sait trop où on va, mais on y va. Et y aller possède déjà un petit goût d'aventure, de cette aventure qui nous manque tant et qu'en d'autres temps on appelait l'espérance.

PS Merci pour le hasard qui fit se croiser ce weekend les mails de Jan, de Dominique, de Guy, de Benoît, de Paul et Astrid, de Luc et Nanou, de Paulette, de Bérengère, de Christiane et Bruno, la sublime musique de Bénédicte et d'Andrew et la superbe célébration de mariage de Cathérine et Axel qui ont ensemble sans le savoir inspiré ce billet.

Lu dans:
Zhu Xiao-Mei. La Rivière et son secret. Robert Laffont. 2007. 335 pages. Extrait page 282
Marguerite Yourcenar. Bleue, blanche, rose, gaie. Le Tour de la prison. Gallimard. 1991
H Arlen. EY Harburg. Somewhere over the Rainbow. Le Magicien d'Oz. 1938

30 janvier 2011

Rêver, réussir

"Rêver avec la certitude tranquille que donne une première réussite."
J de Romilly
Lu dans :
Jacqueline de Romilly. Ouverture à coeur. Editions de Fallois. 1990. 291 pages. Extrait p.145

28 janvier 2011

La vie qu'on souhaite

" Il but, les yeux fermés. C’était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu’un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l’effort de mes bras. Elle était bonne pour le cœur, comme un cadeau."
Le Petit Prince. Antoine de Saint-Exupéry
La narratrice de ce superbe roman recueille chez elle une petite-fille adoptive. Un premier soir touche à sa fin, et soudain... "J'ai entendu gratter à ma porte; et la petite fille est apparue, en chemise de nuit, à l'entrée de ma chambre. Elle était pieds nus et effarouchée. Elle tenait une grande bouteille d'eau minérale et m'a fait un signe pathétique, pour me montrer qu'elle n'avait pas pu l'ouvrir. Elle avait l'air consterné. Peut-être avait-elle très soif, (..) c'est possible. Mais je crois plutôt qu'elle avait le secret besoin d'une présence humaine. Il est dur, à tout âge, de s'éveiller en pleine nuit dans une chambre inconnue, loin de toutes ses habitudes. Dans ce cas, elle n'avait pas voulu l'avouer : elle avait fait passer, comme nous le faisons tous, sa craintive soif d'amour sous le couvert d'une soif banale ... Peut-être aussi était-ce comme un test: dans cette maison nouvelle, avec cette dame nouvelle à qui [elle] avait [été] confiée, elle voulait savoir, tout de suite, sans attendre le matin, si elle était en pays ami ou pas. Elle avait peur, comme un jeune animal qui tremble; mais c'était moi qui passais l'examen!

La bouteille était une bouteille en matière plastique, de l'ancien modèle, fermée par une de ces fines capsules de métal, dont les oreilles se déchirent assez fréquemment : elles étaient déchirées; et toute prise avait disparu. Il a fallu faire sauter la capsule avec un couteau. Nous l'avons fait; et nous avons bu, dans ma chambre, chacune notre verre d'eau. La fillette semblait toute contente. Et moi, j'étais contente qu'elle fût venue vers moi. Et puis il était beau de partager cette eau toute simple. L'eau était le plus modeste des biens que l'on pût partager: je savais cependant (si l'enfant l'ignorait) que c'est aussi, dans la fièvre ou la souffrance, dans les longues marches, dans l'abandon sur des sommets, dans les déserts, ou dans toutes les solitudes, le bien le plus précieux. L'enfant a manifesté, avec réserve, que l'eau était bonne: j'ai approuvé, sur le même ton. Assise au pied de mon lit, elle me regardait avec des yeux attentifs et soyeux - un peu inquiets, entraînés par l'espérance et retenus par la méfiance: autour de ce verre d'eau (le rite en avait ainsi décidé) se nouaient ouvertement nos rapports futurs."

Il y a peu, interrogée par Le Figaro, Jacqueline Jacqueline de Romilly disait d'elle-même ne pas avoir eu, la vie qu'elle souhaitait : « Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais. » On comprend mieux la précision des sentiments du récit de cette première soirée commune: le vécu personnel pour le contenu, la talent du professeur de lettres pour la forme.


Lu dans :
Antoine de Saint-Exupéry. Le Petit Prince. http://wikilivres.info/wiki/Le_Petit_Prince. Chapitre XXV
Jacqueline de Romilly. Ouverture à coeur. Editions de Fallois. 1990. 291 pages. Extrait p.289-291

27 janvier 2011

Sagesse de l'insignifiance

"Ce sont les tâches insignifiantes qui perdurent: lessive, cuisine, rangement, ménage. Jamais rien de noble et d'important, mais les minuscules rituels qui permettent à une vie humaine de ne pas s'effilocher."
Maggie O'Farrell.

Lu dans.
Maggie O'Farrell. L'étrange disparition d'Esme Lennox. 2006. Belfond. 10/18 Domaine étranger. 4282. 230 pages . Extrait p. 12.

Pessimisme heureux

« Là où grandit le péril, là aussi grandit ce qui sauve."
Hölderlin
Cité par Edgar Morin ce soir sur France 3, lors d'un débat avec Nicolas Hulot (Ce soir ou jamais). Optimisme sceptique ou pessimisme heureux? Me revient en filigrane le récit de cette petite fille qui sauve son frère au terme d'un improbable parcours d'obstacles qu'elle surmonte "parce qu'il ne s'est trouvé personne pour lui dire que ce serait impossible."

26 janvier 2011

Un verre pour ..

"Pourquoi ce verre vide sur la table de nuit? C'est pour quand on n'a pas soif."
Humour d'outre-Quiévrain
Perdue dans la longue traîne du film "Rien à déclarer", cette petite saillie m'a fait sourire. Et vous?

23 janvier 2011

Un moment musical

« Sans musique la vie serait une erreur »
Frédéric Nietzsche

... semble nous souffler notre filleule, Bénédicte Mayeur, au terme d’un parcours de formation aussi méritant que varié, en nous invitant à un récital de violon qu’elle donnera avec le pianiste et compositeur anglais Andrew Wise ce dimanche 30 janvier 2011 à 17h00 à la Muziekakademie, 5 place de la Vaillance à 1070 Bruxelles. La symbolique de cette prestation au seuil de sa jeune carrière à Anderlecht, dans la commune où elle a grandi, n’échappera à personne. Votre présence lui sera un précieux encouragement pour la route difficile qu’elle a choisie avec enthousiasme. Vous ne le regretterez pas car le concert promet d’être de qualité.

Lu dans :
Frédéric Nietzsche. Crépuscule des idoles, Maximes et pointes, § 33.

La petite musique de Francis Dannemark

"La vie est comme un solo de violon qu'on devrait interpréter en public, tout en apprenant à jouer de l'instrument au fur et à mesure de l'exécution."
Samuel Butler
... Butler que l'on découvre en parcourant le dernier opus de Francis Dannemark , dont l'éternelle petite musique n'a pas fini de nous séduire. Kant écrit une oeuvre au pied de son arbre, Francis Dannemark semble écrire ses romans en état de mobilité permanente (Choses qu'on dit la nuit entre deux villes, La longue promenade avec un cheval mort, La longue course...). Un train pour Lisbonne permet une rencontre, et deux vies se déclinent au fil des arrêts de gare, des cafés partagés et des songes éveillés quand la nuit s'installe. Le tendre et l'amer alternent dans ce carnet de confidences, qui ne raconte somme toute que nos vies à tous. On se souvient du dernier roman d'Eric Pessan (Incident de Personne, Albin Michel), composé quasi simultanément et se déroulant lui aussi entièrement dans un wagon entre deux destinations, comme si la poésie des longues distances parcourues en train s'insinuait progressivement comme une nécessité dans nos existences vécues à fil tendu.

Lu dans:
Francis Dannemark. Du train où vont les choses à la fin d'un long hiver. Robert Laffont. 2011. 92 pages. Extrait p.44.

18 janvier 2011

Comme un chant par la fenêtre

"Six heures du matin
Par la fenêtre bondit
Un chant multiple
Une grappe de fruits."
V. Wautier
Demain est un autre jour. Pouvoir déposer sa fatigue et ses découragements dans le panier à linge, confiants de retrouver demain dès l'aube de nouvelles raisons de vivre bien pliées sur le meuble, n'est pas donné à tous, ni durant toute l'existence. J'aimerais être déjà demain, un de ces jours-là.

Lu dans :
Véronique Wautier. Godelieve Vandamme. Le jour aux ignorants. Eranthis. 2010. 64 pages. Extrait page 45.

16 janvier 2011

Un berger patient

"La mort patiente
(..) nous compte
comme le berger ses moutons.
Je ne fais rien pour l'agacer."
Lu dans :
Alexandre Romanes. Paroles perdues. NRF. Gallimard. 2004. 98 pages. Extrait page 14

La cale qui tient la meule

"Notre capacité de modifier notre futur historique est sans aucun doute considérable, mais imprévisible dans la direction et l'étendue de ses effets. Nous ne pouvons embrasser la totalité des données de la situation dans laquelle notre action va s'insérer. Nous sommes aveugles devant un avenir dont nous savons qu'il ne peut être à l'image de nos désirs et de nos rêves, et que pourtant il dépend de nous, que nous le voulions ou non. "
Thierry Maulnier
Quand une patrouille de police de Sidi Bouzid empêche un informaticien au chômage de vendre ses fruits et légumes le 17 décembre, qui imagine que cet incident débouchera moins d'un mois plus tard sur le renversement d'un pouvoir en apparence inamovible. L'équilibre du monde repose sur de minuscules cales que le moindre de nos actes peut balayer.

Lu dans :
Thierry Maulnier.Les matins que tu ne verras pas. NRF. Gallimard. 1989. 212 pages. Extrait p.94

12 janvier 2011

Le tyran au coeur sensible

"Le tyran au coeur sensible. Ce n'est pas quand ses peuples souffrent qu'il est troublé dans son sommeil, c'est quand ils hurlent."
T. Maulnier.
"Tandis que les affrontement ont gagné la capitale Tunis mercredi, le régime tunisien a cherché à trouver une sortie de crise aux émeutes sociales que connaît le pays depuis quatre semaines. Il a ainsi annoncé le limogeage du ministre de l'intérieur ainsi que la libération de toutes les personnes détenues depuis le début du mouvement. Il a également annoncé, au cours d'une conférence de presse, la formation d'une commission d'enquête sur des actes de corruption."
Lu dans :
Thierry Maulnier. Les matins que tu ne verras pas. NRF. Gallimard. 1989. 212 pages. Extrait p.109
Vincent Geisser. Tunisie : les gages de Ben Ali, symbole d'un "régime aux abois" Le Monde du 12 janvier 2011

Alors on danse - Stromae

"Qui dit étude dit travail,
Qui dit taf te dit les thunes,
Qui dit argent dit dépenses,
Qui dit crédit dit créance
Alors on danse..."

Le Bruxellois Stromae, dont la chanson "Alors on danse" a été en tête des charts dans de nombreux pays européens, a été consacré révélation de l'année par le secteur flamand de la musique lors de la quatrième édition des Music Industry Awards (MIA), qui récompense en Flandre les meilleurs artistes. Il concourait également vendredi soir sur la chaîne française TF1 pour le titre de chanson de l'année 2010, mais ne l'a pas remporté. Découvrez comment ce tube a été créé et vous ne l'oublierez plus.

09 janvier 2011

La recette du thé dans le désert

"Pour faire le thé il faut 3 choses :des amis ,des braises et le temps."
Sagesse touareg
Des amis me font découvrir cette recette séculaire. Je l'ai testée et elle donne une boisson délicieuse.

06 janvier 2011

La mémoire de l'Histoire

"Mais malgré l'impact de leurs exécutions nocturnes et malgré l'intensité de leur propagande, les nazis n'obtiennent pas la majorité absolue aux élections de mars 1933. Le NSDAP recueille 44 % des suffrages. Il n'est pas vrai, autrement dit, que la démocratie ait porté Hitler au pouvoir. Un autre événement a eu lieu, plus énigmatique que l'adhésion pleine et entière mise en avant par notre mémoire imprécise: les chefs des partis d'opposition ont abandonné le combat, tous ensemble et d'un seul coup. Le 5 mars, les nazis étaient minoritaires, le 6, ils triomphaient."
S. Haffner.

Lu dans :
Sébastien Haffner , Histoire d'un Allemand, Babel, Actes Sud 2002, 425 pages.
Alain Finkelkraut. Un coeur intelligent. Lectures. Stock Flammarion 2009. Folio 5156. 257 pages. Extraits pp 81-82

03 janvier 2011

Derrière l'icône

"On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres."
La Rochefoucauld.
La phrase m'est revenue, et m'a fait sourire, en découvrant ce matin que Charlie Chaplin lui-même a perdu un jour un concours de sosies de Charlot. Je souris moins en découvrant dans le même journal la faille révélée chez un candidat au Nobel de la Paix qui se révèle soudain être un humain comme nous avec son "fatras de petits secrets" peu ragoûtants. Quand est-on soi-même? A quel âge, en quelle saison, en quel costume? Dans la vraie vie, les guignols de l'info devraient posséder dix marionnettes différentes pour chacun de leurs personnages selon les âges de la vie, les lieux et les circonstances : j'ai connu des héros lumineux de vingt ans morts dans le marasme, et le contraire. Des médecins emblématiques véritables tyrans domestiques et des pères de famille modèles butinant toutes les rondeurs à portée de main sur le plateau de travail. Lors de la mise en terre de l'un d'eux, la question me taraudait: qui était vraiment celui qu'on pleure aujourd'hui, l'ami rayonnant qui nous impressionnait par son intelligence ou l'ombre qu'il dissimulait soigneusement et se révéla en fin de vie. Ayant eu la chance d'avoir connu les deux, j'apprécie ce jour plus que jamais l'icône et son ombre réunies sur le même sentier.

01 janvier 2011

Moins que rien

"Premier jour de l’an
Une minute de soleil
En plus."
Comme l'aurait dit Raymond Devos, c'est moins que rien, mais moins que rien c'est déjà quelque chose...

Lu dans:
Haïku de Damien Gabriels

Meilleurs voeux

"Dans le creux de l'hiver
Nous verserons de la lumière
Dans les mains des mendiants
Nous poserons nos poings
Dans les mots nous mettrons
Des cailloux des journées des brindilles
Toutes choses dues."
V. Wautier
"Nouvelle année, un autre calendrier au même clou?" Le haïku m'a fait sourire. Surgit en même temps comme une envie de résister à la brume dense qui cette nuit saluait le lever de l'an neuf, à ces rétrospectives d'année mijotées dans la potion amère, à cette morosité institutionnalisée. Les quelques mots de Véronique Wautier sont une bonne entrée en matière: c'est tout le bien qu'on peut se souhaiter pour 2011.

Lu dans :
Véronique Wautier. Godelieve Vandamme. Le jour aux ignorants. Eranthis. 2010. 64 pages. Extrait page 41.
Haïku de Damien Gabriels

28 décembre 2010

"Si j'avais su que je l'aimais tant
je l'aurais aimé encore davantage."
Frédéric Dard



en exergue de Rappelle-moi. Michel Drucker. Robert Laffont. 2010. 328 pages.

26 décembre 2010

Noël d'aujourd'hui

"Il neige
il neige
il neige
le jour s'achève
il neige
la nuit."
A. Kiarostami
Matin de Noël. La neige a rendu à ma rue et le silence, et la paix. Une famille la remonte à pied, à contre-sens, sur la voie désertée par les autos. La maman pousse son bébé dans un landeau. Le père suit, deux enfants à la main. Ils viennent d'Afrique et rient à tue-tête à chaque glissade. Mieux qu'une crèche pour fêter un Noël d'aujourd'hui.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.8

23 décembre 2010

Un hiver de l'âme

"On était heureux,
on ne le savait pas.
Les jours tendres sont loin.
Se retourner, pourquoi faire?
Il y a longtemps, tous les deux
main dans la main,
on a scellé un pacte avec le ciel.
Maintenant, tout ce qui m'arrive
n'est rien. "

Alexandre Romanès
Les mots manquent pour imaginer Jacques sans Anne. Me revient un dessin de Royer le lendemain du décès du Roi Baudouin, l'ombre d'un bras sur une épaule. Soudain, c'est l'hiver.

Lu dans:
Alexandre Romanès. Sur l'épaule de l'ange. NRF Gallimard. 2010. 90 pages. Extrait p 83


21 décembre 2010

Une aptitude à être heureux

"... comme une inaptitude au bonheur."
Belle conclusion de l'émission consacrée hier soir à Jacques Martin, lequel semble être passé à côté du bonheur malgré le succès indéniable de ses émissions: il se rêvait acteur, il ne fut qu'animateur. L'aptitude au bonheur est diversément répartie, l'observation de tout petits enfants permet de s'en rendre compte. Nul n'est pourtant condamné à l'inaptitude, et à l'heure des bilans nos bonnes lectures et bons amis nous permettent de remettre nos réussites et échecs en perspective.

20 décembre 2010

"Il faudrait réconcilier l'intensité des regards et la chaleur des poignées de mains".
Paul Vincensini

19 décembre 2010

La faculté d'oubli

"L'oubli, c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour les secrets. Ce n'est pas de la lâcheté, c'est juste la voix de la vie. Ecoute-moi bien parce que je vais te donner le vrai secret: la mémoire est pour les morts ou les mourants, l'oubli est pour les vivants. C'est valable pour les peuples comme pour les individus."
Fabrice Humbert
Etrange réflexion, que l'auteur d'un superbe roman prolonge en distinguant l'oubli de l'ignorance "tout savoir pour oublier, parce que la vie est dans l'oubli et pas le ressassement." Comment ne pas évoquer Irénée Funes (de Borges) qui, suite à un accident de cheval, a perdu la capacité d’oublier. Il retient tout, sans tri, sans filtre, « j’ai à moi seul plus de souvenirs que n’en peuvent avoir eu tous les hommes depuis que le monde est monde » mais désordonnée, « ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures ». Prisonnier de sa propre mémoire, Funes absorbe tout et retient tout sans pouvoir ordonner cette fantastique accumulation. Arrivé à un certain point, il décide de ne retenir que l’essentiel et d’essayer de réduire ce qu’il retient, de prioriser. Mais cette tâche s’avère impossible : « Il décida de réduire chacune de ses journées passées à quelques soixante-dix mille souvenirs, qu’il définirait ensuite par des chiffres. Il en fut dissuadé par deux considérations : la conscience que la besogne était interminable, la conscience qu’elle était inutile. Il pensa qu’à l’heure de sa mort il n’aurait pas fini de classer tous ses souvenirs d’enfance ».

Ne sommes-nous pas entrés insensiblement dans un processus pathologique du même ordre qui un jour nous empêchera de penser, ou d'ordonner nos connaissances professionnelles? Une réflexion pédagogique sur l'acquisition du savoir paraît urgente, mais pas nécessairement admise. Au quotidien, l'accès permanent "à l'entièreté des connaissances de l'univers", triée avec toutes les apparences de l'objectivité - un leurre commercial mais laissons aux innocents leurs illusions - par Google, ne fait-il pas de nous des Funes en puissance?

Quant à la faculté d'oubli nécessaire pour surmonter les blessures d'enfance, les secrets de famille, les humiliations fondatrices, la vie de tous les jours nous en apporte suffisamment de preuves vivantes. D'aucuns soulignent volontiers avoir une mémoire d'éléphant pour les dols subis, on ne saurait les envier.

Lu dans:
Fabrice Humbert. L'origine de la violence. Le Passage éditions. Le Livre de Poche 31750. 345 pages. Extrait page 255.

12 décembre 2010

Demain je recommence

"Vieillir est une chose merveilleuse pour celui qui n'a pas désappris à débuter."
Martin Buber

Roger fait partie de ces patients hors d'âge qui donnent presqu'envie de devenir vieux. Il apprend depuis peu à confectionner des mouches d'appât pour la pêche en utilisant des plumes d'oiseaux, à la mode des trappeurs canadiens des siècles passés. Rien ne sert de sacrifier une mouche vivante quand on peut façonner un leurre, adapté de surcroît au type de poisson qu'on souhaite appâter. J'apprendrais que demain il se met à l'apprentissage de la flûte à bec que je n'en serais pas autrement surpris.

Lu dans:
Martin Buber, cité d'après Heinrich Schipperges, Sein alter Leben. Wege zu erfüIIten späten Jahren, Fribourg-en-Brisgau, 1986, p. 91.
Anselm Grün. L'art de bien vieillir. Albin Michel. 2008. 200 pages. Extrait p. 40.

10 décembre 2010

La roue

"Si je suis un point sur la circonférence de la roue quand elle tourne, j'ai le sentiment d'être entraîné dans un mouvement circulaire. Mais la voiture avance, et j'avance moi aussi, dans un mouvement rectiligne que le mouvement circulaire a pour fonction d'obtenir, il en est ainsi sans doute de nos mouvements d'êtres vivants. Ils servent d'autres mouvements que nous connaissons mal. "
Th. Maulnier

Lu dans
Thierry Maulnier. L'étrangeté d'être. NRF. Gallimard. 1982.325 pages. Extrait p.156 157

09 décembre 2010

Une liberté domestique

"Quoi de plus gai que la foi en un dieu domestique?"
F. Kafka
"Nos technologies vous permettent d'être heureux en voiture (publicité du GPS TomTom). "
"Nous sommes déterminés à contribuer à faire naître un monde dans lequel chacun aura plus de liberté pour se déplacer." Message de Harold Goddijn, CEO, TomTom.

Qu'on ne s'y méprenne pas : j'apprécie mon GPS. De là à projeter qu'il augmente mon bonheur en voiture, et mieux encore qu'il augmente ma liberté, Kafka a du génie.
Franz Kafka. Les aphorismes de Zürau. Arcades Gallimard. 2004. 146 pages. Extrait p.80

08 décembre 2010

Sauve qui peut

"Il est curieux que l'on dise de quelqu'un "il se sauve" quand il s'en va. On ne peut pas se sauver en restant?"
F. Beigbeder
L'expression est pourtant quotidienne, au terme d'une soirée agréable, d'une rencontre bienveillante: allez, je me sauve. Un doute désormais m'habite: de qui, ou de quoi se sauve-t-il? Etonnante langue française.

Lu dans:
Frédéric Beigberger. Un roman français. Le Livre de poche 31879. Grasset 2009. 250 pages. Extrait p.33

06 décembre 2010

Sagesse des bibliothèques

"Que d'autres se flattent des livres qu'ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j'ai lus."
J L Borges
Découvrir la personnalité de célébrités en parcourant leur bibliothèque est tendance, surtout quand il s'agit d'écrivains étant entendu que tous ont commencé par être, et demeurent avant tout, des lecteurs. Borges a ainsi offert un millier de livres lui ayant appartenu à la bibliothèque nationale de Buenos Aires, invitation à ses biographes à se plonger dans son imaginaire. Parfois, la collection personnelle a été détruite et les historiens sont amenés à la reconstituer à l'identique, comme ce fut le cas récemment pour le philosophe Walter Benjamin. Un de mes amis chers a reconstitué ainsi patiemment, précurseur de cette approche historique à la mode actuellement, la bibliothèque d'Edgar Allan Poe. Ce billet est une manière subtile d'envoyer à ce grand modeste un amical et admiratif bonjour.

Lu dans:
La bibliothèque ressuscitée de Walter Benjamin. Pierre Assouline. Le Mondes des Livres. Vendredi 3.12.10. p. 12
"Ne dit-on pas que, pour rendre fou un caméléon, il suffit de le placer sur un plaid écossais ?"



Alain Beuve-Méry.Romain Gary, l'homme aux multiples visages. Le Monde des livres 03.12.10

05 décembre 2010

Sagesse du bonhomme hiver

"Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau."

Jacques Prévert. Le bonhomme de neige. Chanson pour les enfants l'hiver
Quelques heures de pluie ont lavé un paysage de neige qu'on croyait installé pour longtemps. Notre pipe et notre vieux chapeau nous survivront à nous aussi

04 décembre 2010

Du chemin à prendre

"Voudriez-vous, je vous prie, me dire quel chemin je dois prendre pour m'en aller d'ici? Cela dépend en grande partie du lieu où vous voulez vous rendre, déclara le chat."

Lewis Carroll. Alice au Pays des Merveilles. 1865

02 décembre 2010

Des pas dans la neige

"Les pas d'un homme dans la neige
Qu'est-il allé chercher
Reviendra-t-il
par le même chemin"
Abbas Kiarostami

La neige trace nos pas. Rares sont les jours d'une année où nos actions laissent trace. Le détachement s'apprend progressivement.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.9

01 décembre 2010

La neige au pouvoir

"La blancheur de l'oiseau
se perd dans les nuages blancs
un jour de neige."
Abbas Kiarostami
J'aime la neige comme le premier jour où je la vis. La magie de la métamorphose rapide de tout un paysage, gagné soudain par le silence, m'émerveille. Rien ne ressemble plus à rien: ainsi ma voiture dont j'ai dégagé patiemment le pare-brise et les lucarnes pour m'apercevoir, les mains gelées et le travail achevé qu'il s'agissait de celle du voisin. La neige peut faire sourire de grand matin.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.12