23 février 2011

Le désir du désir de l'autre

"Le bonheur c'est de continuer à désirer ce qu'on possède."
Saint Augustin
Une récente et amusante observation de mes frères humains m'a remis en mémoire ce récit d'un groupe de singes face à un régime de bananes, toutes identiques. Une d'elles, un peu à l'écart, suscite l'envie d'un des singes qui tente de la saisir, provoquant la bagarre générale car soudain tous la convoitent et n'entendent la céder à aucun autre. "Rien de spécial ne distingue la banane disputée, sauf que le premier à choisir a jeté son dévolu sur elle - et cette sélection initiale, aussi fortuite soit-elle, a déclenché une réaction en chaîne de désirs mimétiques, avec pour résultat que cette banane-là est soudain apparue préférable à toutes les autres." Chez les animaux, certes, ces rivalités n'aboutissent pas à la mort, en vertu d'un "schéma de dominance" qui postule que l'individu dominant n'est jamais dans l'obligation de céder. Il n'en va pas nécessairement de même chez l'homme, cette "créature qui ne sait pas quoi désirer et qui se tourne vers les autres afin de se décider". (René Girard) On désire ce que les autres désirent pour la simple raison qu'on imite leurs désirs. Par-delà le fruit, c'est le désir du désir de l'autre qui fonde l'activité humaine. Lacan quand tu nous tiens!

Lu dans:
Citation de Saint Augustin placée en exergue de: Frédéric Lenoir. Petit traité de vie intérieure. Plon. 2010. 200 pages.
René Girard. Sanglantes origines. traduit de l'anglais par Bernard Vincent. Flammarion. 2011. 393 pages.

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