15 avril 2006

Ephémères

Qu'est l'homme?

....Éphémères !
Qu'est l'homme ? Que n'est pas l'homme ? L'homme est le rêve
D'une ombre...Mais quelquefois, comme
Un rayon descendu d'en haut, la lueur brève
D'une joie embellit sa vie, et il connaît
Quelque douceur...

Pindare, traduit par Marguerite Yourcenar
Hymne Pythique, 95-100

07 avril 2006

le peu se dilate

"Un grand coeur se remplit de très peu."
Antonio Porchia. Voix

Je vous souhaite un bon week end
CV.

06 avril 2006

le quotidien quotidien

Un monsieur prend l'autobus après avoir acheté le journal et l'avoir mis sous son bras. Une demiheure plus tard, il descend avec le même journal sous le même bras.
Mais ce n'est plus le même journal, c'est maintenant un tas de feuilles imprimées que ce monsieur abandonne sur un banc de la place.
A peine est-il seul sur le banc que le tas de feuilles imprimées redevient un journal jusqu'à ce qu'un jeune homme le voie, le lise et le repose, transformé en un tas de feuilles imprimées.
A peine est-il seul sur le banc que le tas de feuilles imprimées redevient un journal, jusqu'à ce qu'une vieille femme le trouve, le lise et le repose, transformé en un tas de feuilles imprimées. Elle se ravise
et l'emporte et, chemin faisant, elle s'en sert pour envelopper un demi-kilo de blettes, ce à quoi servent tous les journaux après avoir subi ces excitantes métamorphoses.

Le quotidien quotidien. Julio Cortazar

05 avril 2006

une naissance ouvre un livre

"Je vis, je ne sais pour quel temps
je mourrai, je ne sais quand
je pars, je ne sais où
je m'émerveille d'être si joyeux."

Jean Sulivan. Devance tout adieu.

où ai-je donc lu le "de tout temps je savais que ce jour arriverait, mais m'étonne que ce soit aujourd'hui".
Clin d'oeil à Eurielle et Vincent, parents comblés: chaque naissance ouvre un livre.

existez-vous vraiment ?

"L'essentiel est d'effacer les traces. Comme cet escroc qui après avoir réalisé une copie d'une oeuvre de James Ensor, détruit l'original "Le Ballet des masques", dont il se retrouve alors l'unique auteur. Bravo!"
Excusez les fautes du copiste. Grégoire Polet. Gallimard.

Un monde d'illusions. Sharon Stone fait son cinéma devant la presse pour présenter son film come-back Basic Instinct 2, reçoit sans ciller les commentaires admiratifs sur sa plastique prafaite, sans ride aucune dans les scènes acrobatiques dénudées. Elle pratique enfin la bisexualité, rompant la monotomnie, du moins dans son film. Elle aime cela dit-elle sans broncher, et cela conserve une peau tendue.
On apprend par la petite presse spécialisée qu'elle se fit doubler pour les scènes d'amour, sélectionnant l'élue copie conforme parmi douze candidates dont on ne connaîtra jamais le visage.
On apprend que mère Teresa va être l'héroïne d'un film indien. Son personnage sera joué par l'actrice de films érotiques Paris April, dont le visage est le sosie parfait de celui de la face ridée comme une pomme de reinette de la petite soeur de Calcutta. Puisqu'on le dit. Si l'image soit ressemblante, et même si toute ressemblance de vie s'arrête là Paris vaut bien une messe.
Berlusconi va peut-être se faire réélire grâce à ses chaînes télévisées, sa chirurgie plastique, ses implants capillaires, et le reste. Un monde virtuel, en représentation permanente: le feu d'artifice en boucle.

Vous ne me croirez pas , mais j'aime vos rides, votre bégaiement, votre démarche mal assurée, vos mains qui se tordent quand vous devez prendre la parole en public, votre petit tremblement de main et la soupe qui goutte sur la nappe, votre petit bedon, votre crane lisse, votre verrue au coin du nez, vos pertes de mémoire et vos colères: elles me prouvent que VOUS au moins vous existez vraiment.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

04 avril 2006

Cinquante francs

"Aujourd'hui, j'ai ma gueule de misère: Filou est mort ce matin.
Je ne savais pas combien il faisait partie de moi-même. Filou était le seul être vivant qui partageait ma maison.
Définitivement, j'y suis seul avec mes souvenirs. J'ai porté le corps de Filou à Veeweyde où un employé l'a enregistré.
Puis il a dit à son collègue: « Un cadavre». Et se tournant vers moi : "Cinquante francs ».
Ainsi se terminait un roman d'amour qui avait duré quinze ans."

Jo Delahaut. Mon chien est mort.

01 avril 2006

Changer de peur

Vieillir, c'est sûrement ça aussi : changer de peur.
Claude Roy

Je vous souhaite un bon week end
CV.

Je me ferais bateau

J'ai pour toi un lac

J'ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu
Comme un oeil ouvert sur la nuit profonde
Un cristal frileux
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille
A brise d'automne et chanson d'hiver
S'y mire le temps, s'y meurent et s'y cueillent
Mes jours à l'endroit mes nuits à l'envers.

J'ai pour toi très loin une promenade
Sur un sable doux
Des milliers de pas sans bruits, sans parade
Vers on ne sait où
Et les doigts du vent des saisons entières
Y ont dessiné comme sur nos fronts
Les vagues du jour fendues des croisières
Des beaux naufragés que nous y ferons.

J'ai pour toi défait, mais refait sans cesse
Les mille châteaux
D'un nuage aimé qui pour ma princesse
Se ferait bateau
Se ferait pommier se ferait couronne
Se ferait panier plein de fruits vermeils
Et moi je serai celui qui te donne
La terre et la lune avec le soleil.

J'ai pour toi l'amour quelque part au monde
Ne le laisse pas se perdre à la ronde.

Gilles Vigneault

30 mars 2006

Les paroles inutiles

« Il faut éviter aussi les paroles inutiles,
c’est-à-dire celles qui ne servent en rien
ni à celui qui les prononce ni à autrui,
et qui ne sont pas non plus prononcées
dans l’intention d’être utiles. »

Ignace de Loyola

Vous souvenez-vous des trois passoires de Socrate?
Ceux qui se laissent imprégner de ces deux textes simultanés risquent d'être plutôt silencieux aujourd'hui.

29 mars 2006

La part de mystère

Le mystère

Et plus que tout, dit-il, j'aime la part de toi
que je ne comprends pas, l'ombre
qui cerne tes yeux, le silence qui s'engouffre
entre trois de tes mots, j'aime le secret
qui te porte et dont tu n'as pas la clé.

Il donne à tes lèvres le goût
d'un fruit d'enfance, il donne
à l'amour qui te fait encore défaut
la force d'une promesse
longue comme le jour.

Francis Dannemark. Une fraction d'éternité

entre deux

Comme une locomotive noire au terme du voyage
remorquant péniblement vers l'ombre la moitié éclairée de la terre
quand la moitié obscure cherche à tâtons le premier trait de lumière.
Amos Oz

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

27 mars 2006

les fleuves meurent aussi

"Le fleuve meurt
d'aimer ses rives
jusqu'à la mer."

Véronique Wautier

où vont les hirondelles?

"Peu m'importe ce que deviennent les gloires ou les neiges
Je veux savoir où se rejoignent après la mort
les hirondelles."

Julio Cortazar

20 mars 2006

Du noir au plus noir

"Bien sûr, nul n'est irremplaçable.
Mais à la mort d'Anna,
le noir est devenu un peu plus noir,
et l'obscurité un peu plus sombre
si cela pouvait."

Ingmar Bergman. Salamandre.

19 mars 2006

Une traduction de Yi Ching

Un soir, dans une librairie, le patron m'a dit que le livre que je cherchais
n'était plus disponible,
j'ai répondu que ce n'était pas grave, je suis sorti dans la rue où la nuit
tombait. Une employée de la librairie m'a rattrapé sur le trottoir, un livre en
main. « C'est ce que vous cherchez? En fait nous l'avions, il avait glissé
derrière un rayonnage, je l'ai retrouvé il y a quelques
jours... » C'était une traduction du Yi Ching. Je la cherchais sans le savoir
depuis vingt ans.

F. Dannemark. Une fraction d'éternité.

J'ai retrouvé mon exemplaire d'une Fraction d'éternité. L'ayant prêté à trois
quatre personnes , je ne le localisais plus. C'est comme si je venais de
l'acheter une deuxième fois. Je retrouve les passages soulignés, les sonorités
chères, les images mixtes nord-sud de Lisbonne la méridionale ornée de marchés
de Noël venus du Nord.
Nos livres scandent notre existence.

Un demain si ancien

"Il y a des jours où demain paraît si loin, si sombre.
Si ancien en quelque sorte."

Francis Dannemark. Une fraction d'éternité.

C'est un temps pas si lointain où les dates portaient encore des noms de saints. Mon père en connaissait une mieux que toutes les autres: le 19 mars, fête de la saint Joseph, et de la course cycliste Milan-San Remo.
Ce jour-là précis, chaque année à Louvain-Leuven les cafetiers plaçaient leurs tables et chaises en terrasse pour la première fois de l'année, l'air était frais et traditionnellement ensoleillé. Les étudiants savaient qu'il était temps de sortir leurs syllabus, parfois pour la première fois également. C'était un temps pas si lointain où l'année universitaire se divisant en deux semestres bien distincts : avant Milan - San Remo, les mois de gaîté et d'insouciance, sans session d'hiver ni évaluation permanente, après Milan San Remo les mois chauds et doux du printemps, des couples qui s'apparient en rue et dans les auditoires, des plans de bloque et des premières inquiétudes en envisageant une session de juin-juillet plus si éloignée.
Il a fait ensoleillé et frais aujourd'hui, Milan San Remo c'était hier, j'ai vu quelques rares tables de café mais n'étais pas à Louvain - Leuven, mes syllabus jaunis dorment d'un sommeil profond dans ma bibliothèque. Notre père est mort depuis dix ans. Mais où est donc passé Saint Joseph?

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

17 mars 2006

La Marseillaise de Graeme Allwright

La Marseillaise (2005)

Pour tous les enfants de la terre
Chantons amour et liberté.
Contre toutes les haines et les guerres
L'étendard d'espoir est levé
L'étendard de justice et de paix.
Rassemblons nos forces, notre courage
Pour vaincre la misère et la peur
Que règnent au fond de nos coeurs
L'amitié la joie et le partage.
La flamme qui nous éclaire,
Traverse les frontières
Partons, partons, amis, solidaires
Marchons vers la lumière.

Graeme Allwright - Sylvie Dien
Graeme Allwright est parolier et chanteur folk d'origine
néozélandaise. Plusieurs de ses chansons font maintenant partie du
patrimoine de la chanson française. Devenues des classiques, elles
sont fredonnées par plusieurs générations.

"En 1792 à la suite de la déclaration de guerre du Roi d'Autriche, un officier français, Rouget de l'Isle, en poste à Strasbourg, compose "Le chant de Guerre pour l'armée du Rhin". Je me suis toujours demandé comment les français peuvent continuer à chanter, comme chant National, un chant de guerre, avec des paroles belliqueuses, sanguinaires et racistes.
En regardant à la télé des petits enfants obligés d'apprendre ces paroles épouvantables, j'ai été profondément peiné, et j'ai décidé d'essayer de faire une autre version de La Marseillaise. Le jour où les politiques décideront de changer les paroles de La Marseillaise, ce sera un grand jour pour la France." G.Allwright.

Je vous souhaite un bon week end
CV.

l'incendie du soleil froid et de sa flèche

"Ce matin dans le métro volant, entre Passy et Bir-Hakeim, la rame a fuaé au grand air à l'instant où, par-dessus la Seine, se levait la tour Eiffel. Ou plutôt le crista1 orange du so1eil tout neuf qui donnait l'impression fugace d'un lever de tour Eiffel. Plus haut dans le ciel, comme si la flèche de métal montrait la direction, un avion traçait une ligne blanche. Et l'addition de tout cela, la résille d'acier de la Tour, l'incendie du soleil froid et le trait étincelant du long courrier, brillait commme une avant-première du printemps."
Eric Fottorino. Avant-première. Le Monde mercredi 15 mars 2006.

Petit joyau d'écriture cueilli dans le Monde hier. Les perles se récoltent décidément là où on ne les attend plus. La poésie au quotidien, modeste dans ses atours d'articulet de cinq lignes en dernière page, n'a guère à rougir des éditions dorées sur tranche des quatrains édités par la Pléiade. Elle s'en distingue par son côté ephémère: on la lit, on la jette, et c'est comme si elle n'avait jamais existé. J'ai voulu ce soir réparer comme une injustice.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

16 mars 2006

Un cercueil dans le désert

"Notre passé est triste , notre présent est tragique,
heureusement nous n'avons pas d'avenir."
Hiner Saleem, Kilomètre zéro

Il y a du Woody Allen dans cette réflexion désabusée du jeune réalisateur
kurde.
Embarqué dans une road movie avec le cercueil de son père sur les routes
irakiennes, il peut méditer à l'aise sur la perte de sens dans certaines
circonstances historiques.
Ionesco, Beckett et Anouilh auraient sans doute aussi troqué la plume pour la
caméra: il faut imaginer les comparses d'En attendant Godot tirant le cercueil
de leur père dans le sable et sous le soleil kurde.

14 mars 2006

d'herbe tendre et de haïku

"Couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi."

Haïku

Par un de ces curieux raccourci dont la mémoire a le secret, ce haïku japonais découvert par hasard me rajeunit de vingt ans.
Allongé sur l'herbe tendre du jardin chinois de Singapour, seul en fin d'une chaude après midi, à cinq kilomètres de la métropole bruissante dans un silence étonnant, je m'endors.
Cela ne m'était plus arrivé depuis au moins quinze ans de sentir l'herbe tendre sous moi, et cette sensation d'enfance avait eu un effet tellement décontractant que j'avais sombré dans le rêve en moins de cinq minutes.
Ce soir , la découverte inattendue de ce haïku provoque une bouffée d'envie d'herbe chaude, et d'une pareille quiétude. Tout cela est loin.

13 mars 2006

du vieux neuf encore et encore

Quand dirons nous enfin des choses nouvelles ?

Jacques Chanaz

Le pouvoir des anagrammes

Elle s'appelle Annaëlle d'Ansieu et est folle de son médecin, Philippe Isther. Comment former des mots anagrammes avec les lettres contenues dans leurs deux noms et prénoms, impossible tentative : déjà, il n'y a pas de o, ni de m, alors qu'il y a tant de a et de i d'une part et tant de p d'autre part. Il va plutôt falloir dormir. Ne plus penser au nom du docteur. Ni à quoi que ce soit du docteur. A moins que ...

"Sans faire de bruit, elle a pris dans la boîte de Scrabble les vingt-neuf lettres nécessaires (dont une blanche pour figurer le troisième p, car il n'y a que deux lettres p dans ce jeu) et est remontée. Puis elle s'est mise au travail.
Annaëlle d'Ansieu a d'abord trouvé: Pas un plein de haine: hélas, il périt!. Bien sûr, on peut inverser l'ordre des mots. Si l'on préfère: Pas un, hélas! Il périt plein de haine, c'est tout aussi valable. Ensuite elle a trouvé: Intrus idéal, il pense, happe, inhale... Ce n'est pas mal. Évidemment, le sens est un peu ésotérique, mais la phrase plaît à Annaëlle.
Dans la sphère, ni thé, ni pilule: paie! C'est toujours assez hermétique, mais Annaëlle a trouvé la martingale: il faut commencer par placer les h, les coincer chacun dans un mot, et puis meubler autour. Grâce à cette astuce, elle a trouvé: Nihiliste, Raphaël n'a plus de peine. Et s'est endormie."

Les plus vieux de mes potes se souviennent que je leur ai fait découvrir il y a 25 ans Pascal Quignard (ah ce salon de Wurtenberg) bien avant qu'il ne soit goncourtisé pour Vie secréte, Michel Rio, Francis Dannemark ou Christian Bobin dont je n'avais à l'époque qu'un pâle photocopie de son premier ouvrage tiré à si peu d'exemplaires qu'il était épuisé sans réédition.
Retenez le nom de cette jeune auteure dont mes enfants m'ont offert le premier ouvrage: Aurelia Jane Lee pour Dans ses petits papiers, aux éditions Luce Wilquin. Elle a 21 ans, et nul ne prétendra qu'il s'agisse d'une oeuvre aboutie, ou de maturité, mais elle a cette petite musique si caractéristique de ceux ou celles que la passion d'écrire habite. Un titre s'impose dans ma mémoire en la découvrant: Bonjour tristesse, de Françoise Sagan qui avait à l'époque également la vie devant elle.
Cela ne lui a pas toujours réussi , mais il n'y a pas de fatalité. Bonne chance Aurelia.


11 mars 2006

sagesse rabbinique

« Ne limitez pas un enfant à votre propre apprentissage, car il est né à une autre époque. »
Proverbe rabbinique

09 mars 2006

où ailleurs

"On part sans savoir où l'on va, et on finit par arriver ailleurs."
Francis Sigrist

08 mars 2006

le vent de ton désir

" N'essaie pas de retenir le vent, même s'il souffle au gré de ton désir."
Hafiz, Chams al-Din Muhammad. Les Ghazels

Hafiz, Chams al-Din Muhammad est considéré comme le plus grand poète lyrique
persan (v. 1320-v. 1389).
Il se vit décerner le titre honorifique de Hafiz ou «celui qui connaît par
coeur le Coran» en enseignant l'exégèse coranique.


sagesse de SJP

"Vous, mes yeux bienheureux,
Ce que vous avez vu,
- Advienne que pourra -,
Cela était si beau."

Saint John Perse . Second Faust (acte V)

05 mars 2006

Une confiance d'oiseau

"Soyez comme l’oiseau posé pour un instant
Sur des rameaux trop frêles
Qui sent plier la branche et qui chante pourtant
Sachant qu’il a des ailes !".

Je vous souhaite un bon week end
CV.

03 mars 2006

penser être suivre

"Je pense donc je ne suis pas"
Sagesse anonyme

J'ai vu des pots loquaces

J'ai vu chez un potier, dans de vastes espaces,
Deux milles pots, les uns muets, d'autres loquaces
A son voisin un pot disait : Où sont allés
Le potier, l'acheteur et le vendeur rapaces? "

Omar Khayyam. Robaiyat.

Découverts incidemment sur la table d'une vieille patiente fort digne ce matin, les Robaiyat (Quatrains) d'Omar Khayyam, poète philosophe mathématicien érudit ayant vécu autour de l'an mil.
Je ne le connaissais guère, elle avait reçu le livre de son directeur d'école de secrétariat il y a de fort longues années. "Je le relis, il me console de mon actuelle infortune."
Je le recherche sur eBay ce soir: plenty of choice, surtout en anglais, vendus sur la terre entière. Je garde le nom comme un cadeau.

01 mars 2006

L'eau prisonnière des secrets de mon coeur

"Mes pensées se sont peu à peu éloignées, mais ayant abordé un sentier
accueillant, je repousse les contrariétés tumultueuses et je m'arrête, les yeux
fermés, grisé par un parfum de passé que j'ai conservé, durant mon petit corps
à corps avec la vie. J'ai vécu hier, uniquement. Aujourd'hui a cette nudité qui
attend la chose désirée, ce cachet provisoire qui vieillit en nous sans amour.
Hier est un arbre aux longs branchages, à l'ombre duquel je suis allongé,
abandonné à la mémoire.
Soudain, je regarde, étonné: en longues caravanes, des voyageurs sont arrivés
dans le même sentier; les yeux endormis dans le souvenir, ils fredonnent des
chansons et évoquent ce qui fut. Et je crois deviner qu'ils se sont déplacés
pour s'arrêter, qu'ils ont parlé pour se taire, qu'ils ont ouvert leurs yeux
stupéfaits devant la fête des étoiles pour les fermer et revivre l'enallé...
Étendu dans ce nouveau chemin, avec les yeux avides et fleuris des jours
lointains, j'essaie vainement d'enrayer le fleuve du temps qui ondoie sur mes
faits et gestes. Mais l'eau que je parviens à recueillir reste prisonnière des
bassins secrets de mon coeur, dans lesquels, demain, devront s'enfoncer mes
veilles mains solitaires".

Pablo Neruda. LE FLEUVE INVISIBLE, Premiers Poèmes

28 février 2006

24 février 2006

Brève

Irak, fauve qui peut

faim de rêves

faims

besoin de boire
soif
besoin de manger
faim
besoin de repos
fatigue
besoin de drogue
manque
besoin de chaleur
froid

mais besoin de rêves?

Denis Heudré

22 février 2006

comme du Proust à l'envers

"Et si le temps gagné par l'entremise de la vitesse était inutilisable pour le bonheur?"
Denis Grozdanovitch. Petit traité de la désinvolture.

C'est un peu comme du Proust à l'envers, "à la recherche de la perte du temps gagné",
avec à la clé l'invention des distractions les plus niaises pour en venir à bout.

21 février 2006

des filets toujours plus grands

"Si je recommençais ma vie, je tâcherais de faire mes rêves encore plus grands ; parce que la vie est infiniment plus belle et plus grande que ne n'avais jamais cru, même en rêve."
Bernanos

Comment ne pas évoquer le violoniste virtuose Ivry GITLIS, ambassadeur de l'Unesco, qui préconise - "si on veut ramener de gros poissons - de partir à la pêche avec de gros filets. Qui part avec de minuscules filets ne ramènera que de minuscules prises" car la vie ne se compte pas en respirations, mais par les moments qui t’ont coupé le souffle.

la complainte de l'ange fatigué

La complainte de l'ange fatigué,
de l'oiseau blessé
et de l'amoureux éconduit :

Comme ils sont longs,
Les jours,
Sans ailes.

Gilda Fiermonte. La vie sans ailes

Le hasard de mes rêves cette nuit , un peu agités sans doute suite à la délicieuse soirée passée avec les enfants et leurs beaux hier soir, m’a fait croiser et recroiser tout au long de la nuit un curieux bonhomme sans âge qui portait un drôle de nom, de consonance étrangère mais dont je me souviens parce qu’il le prononçait à voix basse , tout seul : Wibenictoch. A un moment j’ai cru me reconnaître sous ses traits, mais je me suis aperçu que c’était mon propre reflet dans la glace. La réalité nous joue bien des tours, nous fait des farces comme on dit à Bruxelles. Saurai-je jamais qui il est vraiment, mais sait-on jamais qui on est vraiment ? Le plus mystérieux est sans doute qu’appartenant au monde du rêve je ne suis pas sûr d’encore le rencontrer un jour, puisque que rien ne laisse supposer qu’il ait jamais existé. Revoit-on jamais un fugace reflet dans une glace? Le seul nom à consonance étrangère demeure, et je me plais à le prononcer pour moi seul, à voix basse.

18 février 2006

le travail

Le travail c'est bien une maladie, puisqu'il y a une médecine du travail.
Coluche

17 février 2006

Le printemps se retient

"Ciel léger ce Vendredi, libre lumière. Une belle journée de Février, et le soir au retour une giboulée.
Le printemps se retient, se concentre, se devine."
Jacques Chanaz

le bonheur come vocation

"Du jour où je parvins à me persuader que je n'avais pas besoin d'être heureux, commença d'habiter en moi le bonheur ; oui, du jour où je me persuadai que je n'avais besoin de rien pour être heureux. Il semblait, après avoir donné le coup de pioche à l'égoïsme, que j'avais fait jaillir aussitôt de mon coeur une telle abondance de joie que j'en pusse abreuver tous les autres. Je compris que le meilleur enseignement est d'exemple. J'assumai mon bonheur comme une vocation."
André Gide. Les nourritures terrestres.

16 février 2006

il reste quelque chose

"En s'en allant, Geai laissait quelque chose. Elle laissait le meilleur
d'elle-même, mais peut-être le meilleur de nous-mêmes ne nous appartient-il
pas, peut-être ne sommes-nous que les gardiens d'une chose qui, lorsque nous
disparaissons, demeure."
Chrisitian Bobin. Geai.

Une vie avant la mort

"Y a-t-il une vie avant la mort?"

Ce titre clin d'oeil d'un articulet du Soir au sujet de la pièce "Il y a quelque chose après le Signal de Botrange", jouée à l'Atelier 210 à Bruxelles, m'a faît sourire. Aurais-je été prof de lettres, je l'aurais donné comme sujet de dissertation ce jour même c'est sûr. Je ne le suis pas, alors je m'invente mes dissert à moi tout seul, et je trouve que l'anodine phrase est bien plus dense qu'il n'y paraît.

13 février 2006

La voix des choses

Le 3 octobre ou le 4, me trouvant à l'hôpital de Bangor, dans le Maine, où j'étais hospitalisée depuis deux jours, et ayant subi ce matin-là un angiogramme, Jerry Wilson, arrivé de Paris deux ou trois jours plus tôt pour me soigner, et lui-même malade, me mit entre les mains l'admirable plaque de malachite que j'avais marchandée à plusieurs reprises, en 1983 et 1985 à New Delhi, pour la lui offrir, et finalement donnée le 22 mars précédent, pour son anniversaire, quand il était lui-même hospitalisé dans le Maine. Elle ne l'avait pas quitté depuis. Mais sans doute mes mains étaient faibles, ou moi-même un peu assoupie, car j'ai senti glisser quelque chose, un bruit léger, fatal, irréparable, me réveilla de mon sommeil.
J' étais bouleversée d'avoir ainsi détruit à jamais cet objet qui avait tant compté pour nous, cette plaque de minéral au dessin parfait à peu près aussi antique que la terre. De quel dépôt cent fois millénaire était-elle venue pour nous attendre deux ans chez un bijoutier hindou, puis pour passer et repasser deux fois l'Atlantique, aux mains d'un ami qui n'avait peut-être plus longtemps à vivre? De quel Himalaya, de quel Pamir? Mais le son même de sa fin avait été beau... «Oui, me dit-il, la voix des choses. » J' aurais voulu retourner en Inde pour lui retrouver une autre plaque aussi belle que celle-là. Mais j'ai décidé d'appeler La Voix des choses ce petit livre - où rien à peu près n'est de moi, sauf quelques traductions - mais qui m'a servi de livre de chevet et de livre de voyage pendant tant d'années et parfois de provision de courage.

Marguerite Yourcenar . Octobre 1985 - Juin 1987. La voix des choses . Éditions Gallimard, 1987.

La pensée d'aujourd'hui se fait clin d'oeil. On adore la Saint Valentin ou on l'exècre, c'est selon. Et si par la force de ce court texte, un moment, on élevait un peu le niveau. Ce qui unit les êtres dépasse le factuel, les phrases éculées, les symboles vulgaires. D'où vient donc que ce court texte dont les mots clé sont "malade", "vieux", "faible", "brisé" recèle tant de tendresse? Les sentiments forts s'expriment en mineures.

Harmonie du mouvement et de l'immobilité

Pendant que le printemps était encore sec, avant les averses et les orages successifs, il m'arrivait de passer un moment dans ma vigne, sur un petit" bout de jardin en friche où je faisais alors mon feu. Depuis des années, un hêtre poussait là, au beau milieu de la haie d'aubépine qui bordait le terrain. Au début, c'était un minuscule petit arbuste, issu d'une graine amenée de la forêt par les vents. Des années.durant, je l'avais laissé se développer provisoirement et un peu à contrecœur. J'avais de la peine pour l'aubépine, mais, par la suite, le petit arbuste opiniâtre s'épanouit si magnifiquement que j'acceptai définitivement sa présence. Aujourd'hui, c'est déjà un beau petit arbre qui m'est devenu deux fois plus cher qu'avant, car on vient d'abattre dans la forêt voisine mon arbre préféré, le vieux hêtre majestueux dont les morceaux de tronc sciés, lourds et puissants, jonchent encore le sol, là-bas, comme les tambours d'une colonne antique. Mon petit arbre est vraisemblablement issu de ce hêtre. Je me suis toujours senti heureux et impressionné de voir avec quelle opiniâtreté mon petit hêtre garde son feuillage. Quand tous les arbres sont depuis longtemps déjà dépouillés, il conserve encore son habit de feuilles flétries et traverse ainsi le mois de décembre, de janvier, de février. Les tempêtes le tiraillent, la neige le recouvre puis fond petit à petit, les feuilles desséchées, d'un brun foncé, prennent une teinte de plus en plus claire, elles deviennent plus fermes, plus soyeuses, mais l'arbre ne les laisse pas s'envoler, car elles doivent protéger les jeunes bourgeons. Enfin, au printemps, à chaque fois plus tard qu'on ne s'y attendait, l'arbre apparaît un jour transformé. Il a perdu son ancien feuillage et sort ses tendres bourgeons tout neufs recouverts de rosée.

Cette fois-ci, je fus témoin de cette métamorphose. Cela se passa peu après que la pluie eut reverdi et rafraîchi le paysage. C'était au milieu du mois d'avril, dans l'après-midi; je n'avais pas encore entendu chanter le coucou et découvert les narcisses dans les prés. Quelques jours auparavant, j'étais venu jusqu'à cet endroit. Le vent du nord soufflait avec force. Tout frissonnant, le col de mon manteau relevé, j'avais regardé avec admiration le hêtre résistant, insensible aux bourrasques qui le harcelaient, cédant à peine une petite feuille. Avec opiniâtreté et bravoure, dureté et entêtement, il retenait son vieux feuillage pâle.
Ce jour-là, alors que je me tenais auprès de mon feu, coupant du bois dans la douceur d'une journée sans vent, je vis la chose arriver: une brise imperceptible et tiède se leva tout à coup, une simple respiration, et par centaines, par milliers, les feuilles si longtemps épargnées s'envolèrent, silencieuses, légères, dociles, lassées de leur persévérance, lassées de leur résistance et de leur vaillance. Ce qui avait tenu et résisté pendant cinq, six mois, succomba en quelques minutes à un petit rien, à un souffle: l'heure de la fin avait sonné, l'amère persévérance n'était plus nécessaire. Les feuilles se dispersèrent, flottèrent au gré du vent, souriantes, consentantes, sans livrer combat. Ce petit vent était cependant bien trop faible pour emmener au loin ces feuilles si légères et fines, et comme une bruine, elles tombèrent à terre, recouvrant le chemin et l'herbe au pied du jeune arbre dont quelques bourgeons seulement avaient verdi après être éclos. Que m'avait révélé ce spectacle surprenant et pathétique? Était-ce la mort, la mort du feuillage hivernal qui s 'était accomplie sans heurt, sans résistance? Etait ce la vie, la jeunesse impatiente et gaie des bourgeons dont la volonté s'était soudain éveillée, leur permettant de conquérir l'espace dont ils avaient besoin? Était-ce triste, étaitce amusant? Était-ce un avertissement destiné au vieil homme que j'étais, me sommant de voleter puis de tomber moi aussi, me rappelant que j'étais peut-être en train de ravir de l'espace à des jeunes gens, à des êtres plus forts? Ou bien étais-je invité à résister comme le feuillage du hêtre, à me tenir debout aussi longtemps, aussi opiniâtrement que possible, à m'opposer et à me défendre, puisque plus tard, au moment opportun, les adieux seraient faciles et joyeux? Non, comme lors de chaque révélation, c'étaient le Tout et l'Éternel qui m'étaient apparus, l'anéantissement des contraires, leur fusion dans la réalité incandescente.

Cela n'avait aucune signification particulière, ne m'avertissait de rien. Au contraire, cela signifiait tout, le secret de l'Être se dévoilait ici, et, pour celui qui regardait, c'était merveilleux, cela représentait le bonheur, le sens, c'était un présent, une découverte comme pour une oreille emplie de la musique de Bach, comme pour un œil fasciné par un tableau de Cézanne. Cependant, ces termes et ces explications ne constituaient pas l'événement, ils n'apparurent qu'a posteriori. L'événement en lui-même se résumait en fait à une apparition, un miracle, un mystère aussi beau que grave, plein de grâce mais aussi implacable.

À ce même endroit, près de la haie d'aubépine et du hêtre, je fus à nouveau touché par le grand Mystère lors d'une expérience visuelle tout aussi allégorique. Le monde avait pris une teinte verte éclatante et, lors du dimanche de Pâques, le cri du coucou avait retenti pour la première fois dans notre forêt. C'était par un de ces jours d'orage où l'atmosphère douce et humide était très changeante et ventée. Le ciel chargé, qui laissait régulièrement passer quelques rayons de soleil illuminant la verdure toute neuve de la vallée, était traversé par de grandes masses nuageuses; le vent semblait venir de partout, même si la direction sud nord dominait. L'agitation et la fureur emplissaient l'atmosphère de tensions extrêmement fortes. Et là, au beau milieu de ce spectacle, s'imposant à mon regard, se tenait à nouveau un arbre, un bel arbre jeune, un peuplier au feuillage tout neuf ornant le jardin voisin du mien. Telle une fusée, il montait vers le ciel, balançant avec souplesse dans le vent sa cime effilée. Pendant les courtes accalmies, il semblait se fermer comme un cyprès, resserrant ses branches contre son tronc, mais, lorsque le vent reprenait vigueur, ses mille branches fines qui partaient si facilement dans tous les sens se mettaient à gesticuler. La cime de l'arbre magnifique dont le feuillage bruissant scintillait délicatement oscillait de-ci de-là, puis se raidissait, heureuse de sa force et de sa nouvelle jeunesse. Ce va-et-vient incessant qui produisait un léger murmure ressemblait au mouvement de l'aiguille sur une balance. La cime semblait tantôt ployer sous les assauts répétés du vent, tantôt se redresser dans un
brusque sursaut de volonté. (Bien plus tard, je me suis rappelé que, plusieurs dizaines d'années auparavant, mes sens à l'écoute avaient observé ce jeu sur une branche de pêcher et que j'avais retranscrit mes impressions dans un poème intitulé: « Le rameau en fleur ».)

Avec joie et sans crainte, avec gaieté de cœur même, le peuplier abandonnait ses branches et son habit de feuilles au vent humide, qui s'amplifiait considérablement. Le chant qu'il faisait entendre par cette journée d'orage, les formes que sa cime effilée dessinait dans le ciel me semblaient merveilleux, incomparables. Ils exprimaient la joie aussi bien que la gravité, la volonté active et la soumission, le jeu de la liberté et le destin. Ils rassemblaient en eux-mêmes tous les antagonismes et les contraires. La victoire et la force n'appartenaient pas au vent parce qu'il était capable de secouer et de faire ployer ainsi le peuplier; la victoire et la force n'appartenaient pas non plus à l'arbre parce qu'il savait se redresser, souple et triomphant après chaque fléchissement. Elles revenaient au jeu auquel ils s'adonnaient tous deux, à l'harmonie qui s'était établie entre le mouvement et l'immobilité, entre les forces célestes et les forces terrestres. La danse infiniment mouvante de la cime de l'arbre dans la tempête n'était qu'une image dévoilant le mystère du monde, au-delà de la force et de la faiblesse, du bien et du mal, de l'agir et du subir. Pendant un instant, une petite minute d'éternité,
je vis apparaître sous une forme pure et parfaite, plus pure et plus parfaite que si j'avais lu Anaxagore ou Lao Tseu, ce qui d'habitude restait caché et' secret. Et là encore, j'eus le sentiment que pour apercevoir cette image, en déchiffrer le sens, il n'avait pas simplement fallu le miracle de cette heure printanière, mais aussi les voyages et les errances, les folies et les expériences, les plaisirs et les souffrances de dizaines et de dizaines d'années. Le peuplier qui m'avait offert cette vision m'apparut lui-même comme un enfant, un être inexpérimenté et inconscient. Bien des gelées et des averses de neige devraient encore l'user, bien des tempêtes devraient encore le bousculer, bien des éclairs le toucher et le blesser avant qu'un jour peut-être il ne fût capable de voir et d'écouter, avant qu'il ne devînt avide de découvrir le grand Mystère.

Hermann Hesse. Eloge de la vieillesse. Biblio.

12 février 2006

Parabole chinoise

"Un vieil homme du nom de Chunglang, qui signifie «Maître des rochers », possédait un
petit lopin de terre dans les montagnes. Un jour, il perdit l'un de ses chevaux. Des voisins vinrent alors lui exprimer leurs condoléances pour ce malheur.
Mais le vieil homme leur demanda: « Pour quoi pensez-vous que cela soit un malheur? »
Et voilà que quelques jours plus tard l'animal revint, suivi d'une horde de chevaux sauvages. À nouveau les voisins apparurent, pour le féliciter cette fois-ci de cette aubaine.
Mais le vieil homme leur rétorqua: « Pourquoi pensez-vous que cela soit une aubaine? »
Les chevaux étant devenus très nombreux, le fils du vieil homme se prit de passion pour l'équitation, mais un beau jour il se cassa la jambe. Alors, encore une fois, les voisins vinrent présenter leurs condoléances et à nouveau le vieil homme leur rétorqua: «Pour quoi pensez-vous que cela soit un accident malheureux? »
L'année suivante, la commission des Grands Flandrins arriva dans la montagne. Elle recrutait des hommes forts pour devenir valets de pied de l'empereur et porter la chaise de celui-ci. Le fils du vieil homme, toujours blessé à la jambe, ne fut pas choisi.
Chunglang ne put réprimer un sourire."

Feuille morte

Feuille morte

Toutes les fleurs veulent se changer en fruits,
Toute matinée veut devenir soirée,
Sur terre rien n'est éternité,
Si ce n'est le mouvement, le temps qui fuit.

Même le plus bel été veut voir une fois
La nature qui se fane, l'automne qui vient.
Reste tranquille, feuille, garde ton sang-froid
Lorsque le vent veut t'enlever au loin.

Poursuis tes jeux et ne te défends pas,
Laisse les choses advenir sans heurts,
Laisse enfin le vent qui te détacha
Te conduire jusqu'à ta demeure.

Hermann Hesse . Eloge de la vieillesse

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

11 février 2006

le modèle

Elle me disait que parfois il lui arrivait de faire exécuter au patient quelques gestes ou postures, debout bras tendus ou immobile, ou penché vers l'avant ou relevant le cou et qu'alors elle se sentait dans cet instant de silence, comme un maître de danse, un sculpteur qui se concentre, se recueille, se tend, pour mieux sentir, comprendre les attaches et les muscles du modèle, et il n'y a pas de modèle laid, pas de corps laid, pas de visage ou d'oeil laid. Pas de main laide.
Jacuqes Chanaz

10 février 2006

Eloge de la vieillesse

"Le vent froid de l'automne siffle dans les
[ajoncs desséchés
Qui blanchissent dans la lumière du soir ;
Les corneilles quittent les saules et volent vers
[l'intérieur des terres.

Un vieil homme se repose, seul sur la grève,
Il sent le vent dans ses cheveux, la nuit et la
[neige qui vient.
Depuis la rive plongée dans l'ombre il regarde
[vers la clarté,
Là-bas, entre nuages et lac, une bande
De terre éloignée brille encore dans la lumière
[chaude:
Au-delà merveilleux, règne de félicité comme
[le rêve et la poésie.

Il fIxe du regard cette image lumineuse,
Repense à son pays, aux années de bonheur, Voit pâlir l'or, le voit disparaître,
Se détourne, quitte les saules
Et marche lentement vers l'intérieur des terres."

Hermann Hesse. Eloge de la vieillesse. Biblio.

Au petit-déjeûner ce matin, je peste un moment car Le Soir n'est pas arrivé
pour participer à mon réveil comme il le fait habituellement.
Je le remplace par la lecture de quelques pages de l'Eloge à la vieillesse
d'Hermann Hesse et trouve cette belle page qui lance ma journée d'aussi
belle manière que ne l'aurait fait la lecture des petites nouvelles.
Je ne verrai pas mes vieux patients ce jour de la même manière.

09 février 2006

La vie est une scène

Le monde entier est une scène,
Hommes et femmes, tous, n’y sont que des acteurs,
Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties,
Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles.

Shakespeare, As you like it

07 février 2006

Le bonheur d'être puce

"Être petit et s'attaquer à quelqu'un de très grand est une action d'éclat.
C'est beau d'être la puce d'un lion... Le lion humilié a dans sa chair le dard
de l'insecte, et la puce peut dire : j'ai en moi du sang de lion."
Victor Hugo

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

Sagesse des mathématiques

"Le carré de l'hypoténuse d'un triangle droit
est égale à la somme des carrés des deux autres côtés."

Lewis Carroll (Curiosa mathematica, 1888), celui d'Alice, disait de ce théorème qu'il était aussi beau, aussi éblouissant aujourd'hui qu'à l'heure où Pythagore le découvrait. Les siècles n'en ont pas altéré la limpidité. La capacité d'émerveillement débusque la beauté dans les domaines les plus austères. Que débusquerez-vous aujourd'hui?

Sagesse des mathématiques

"Le carré de l'hypoténuse d'un triangle droit
est égale à la somme des carrés des deux autres côtés."

Lewis Carroll (Curiosa mathematica, 1888), celui d'Alice, disait de ce théorème qu'il était aussi beau, aussi éblouissant aujourd'hui qu'à l'heure où Pythagore le découvrait. Les siècles n'en ont pas altéré la limpidité. La capacité d'émerveillement débusque la beauté dans les domaines les plus austères. Que débusquerez-vous aujourd'hui?

05 février 2006

Son âme aux cheveux gris

"Que chacun se rajeunisse
dépouille vite
son âme aux cheveux gris. "

Vladimir Maïakovski. Poésie . Gallimard.

03 février 2006

Mystère de la peinture japonaise

«Je dessine depuis l'âge de six ans toutes les formes qui me rencontrent. Quand j'ai eu cinquante ans, j'avais déjà publié des masses de dessins mais tout ce que j'ai fait avant soixantedix ans n'est pas digne d'être évoqué. A soixante-treize ans, j'ai commencé à saisir la vraie nature des bêtes, des arbres, des herbes, des oiseaux. A quatre-vingts ans, j'aurai fait des progrès. A quatre-vingt-dix ans, j'aurai peut-être approché le secret des choses. A cent ans, j'aurai atteint un grade de perfection qui touchera. Et à cent dix ans, tout ce que je dessinerai, ne serait-ce qu'un point ou une ligne, sera vivant. »

Hokusai Katsushika (1760-1849), peintre, dessinateur, graveur et auteur d'écrits populaires japonais. Son œuvre influence de nombreux artistes européens, en particulier Gauguin et Van Gogh. Il signe parfois ses travaux, à partir de 1800, par la formule « Gakyôjin », Le fou de dessin. Il meurt le 10 mai 1849. Il laisse derrière lui une œuvre qui comprend 30 000 dessins.
Ses derniers mots sont : « Encore cinq ans et je serais devenu un grand artiste. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hokusai

01 février 2006

petite peine grande peine

Les petites peines sont bruyantes et les grands chagrins muets.

Proverbe danois.

sagesse du chagrin

Dans ma jeunesse, je n'avais jamais connu le goût du chagrin
Mais je me plaisais à hanter de hauts balcons
Du haut desquels, pour écrire des poèmes nouveaux,
je me forçais à chanter d'imaginaires chagrins.

Aujourd'hui que j'ai bu le chagrin jusqu'à la lie
Je voudrais en parler, mais je me tais
Et si j'ouvre la bouche, c'est seulement pour dire:
«L'air est frais, quel bel automne! »

Xin Qiji (1140 - 1207, écrivain chinois)

sagesse du chagrin

Dans ma jeunesse, je n'avais jamais connu le goût du chagrin
Mais je me plaisais à hanter de hauts balcons
Du haut desquels, pour écrire des poèmes nouveaux,
je me forçais à chanter d'imaginaires chagrins.

Aujourd'hui que j'ai bu le chagrin jusqu'à la lie
Je voudrais en parler, mais je me tais
Et si j'ouvre la bouche, c'est seulement pour dire:
«L'air est frais, quel bel automne! »

Xin Qiji (1140 - 1207, écrivain chinois)

30 janvier 2006

Je t'ai cherchée

"Je t’ai cherchée
Dans tous les regards
Et dans l’absence des regards,
( ...)
Je t’ai cherchée
Dans la rosée abandonnée.
( ...)
J’ai appris qu’une morte
Soustraite, évanouie,
Peut devenir soleil."

Eugène Guilevic:

29 janvier 2006

Quelque chose à partir de rien

"L'art, éternelle énigme de faire quelque chose de rien."
John Berger. D'ici là. Ed de l'Olivier.

Le mystère de la création artistique "ex nihilo" a passionné l'homme de toute éternité. Les créatures peintes sur les parois des grottes de Lascaux existèrent-elles ou surgirent-elles de l'imagination pure des premiers peintres?
Le hasard de mes lectures m'a fait découvrir la semaine passée ce court texte de réflexion sur les rapports mystérieux entre mémoire, travail imagination et création. "Créer quelque chose de rien" prend ici une coloration toute différente.

"De façon un peu étonnante, le lien entre l'imagination et la mémoire (l'impossibilité d'une création ex nihilo) n'est pas souvent clairement énoncé. Peut-être parce qu'il rend inutile le recours à une mystérieuse « inspiration ». À une transcendance.
Imaginer, pourtant, qu'est-ce d'autre qu'opérer, d'une certaine façon, tel le travailleur du rêve, sur sa propre mémoire. La délier, la fragmenter, l'attaquer sous tous les angles, la pulvériser jusqu'à en faire un matériau propice aux combinatoires imprévues, aux connexions inattendues. Un imaginaire possible. Chaque personnage de Balzac ou de Proust, créé à partir de multiples rencontres, est un être nouveau, vivant, à la fois insaisissable et inoubliable. Une composition d'images, de sons, de gestes,
de rythmes à partir de blocs de souvenirs qu'il aura fallu démonter - pour prendre ici un nez, là le timbre d'une voix - et remonter autrement 1. Arracher certains instants à une habitude de pensée, décoller des conventions les moments de soi incarcérés qui avaient gardé l'empreinte de tel ou tel groupe. "Même pour les choses inanimées (ou soi-disant telles), j'extrais une génétalité de mille téminiscences inconscientes. Je ne peux vous dire combien d'églises ont "posé" pour mon église de Combray" dans "Du côté de chez Swann" », écrivait Proust (Lettres à Robert de Montesquiou, Librairie Plon, 1930, p. 284.)."

"Comment l'imagination créatrice parvient-elle à déconstruire le passé, pour reconstruire quelque chose de fondamentalement neuf? Il faut concevoir la mémoire telle une superposition de plaques transparentes dont la surimpression brouillée n'accède à la conscience que sous forme d'affects. C'est le mouvement des plaques les unes par rapport aux autres qui permet de cisailler virtuellement et de déplacer certaines figures du passé. De nouvelles compositions alors surgissent. Le petit sourire de Spinoza, par exemple, peut aller se poser sur le visage de Freud. Travail de rêve, mais aussi, du même coup, possibilitéd'attaque, de mise à mal des clichés qui dormaient, immobiles, terrorisants. Parfois, les plaques s'immobilisent sur un élément commun, un détail apparemment anodin que la surimpression condense. Elles tournent alors autour de ce pivot, de cette brûlante transerelle. Et les souvenirs-écrans deviennent des cerceaux en flammes à travers lesquels de petits fauves longtemps contenus vont pouvoir s'élancer. Dans l'incendie, les plaques se gondolent et reprennent une ancienne courbure. Des thèmes, au fond d'un pli, retrouvent leur charge émotionnelle. L'incandescence passe des images aux mots - soudain miraculeusement capables de dire les affects."

Max Dorra. Quelle petite phrase bouleversante au coeur d'un être? NRF Gallimard. 2005.

28 janvier 2006

permanence du pêcheur à la ligne

«Right and Wrong reach not where men fish
Glory and Disgrace dog the official riding his horse.»

« Mon père, quand j'étais adolescent et qu'il me voyait préoccupé par je ne sais quelle tournure prise par les événements, avait coutume de me répéter: «Dis-toi bien, fiston, qu'au cours de toutes les circonstances de l'histoire, il y a toujours eu des pêcheurs à la ligne.»

Or Jünger raconte, dans son journal d'occupation que j'ai lu beaucoup plus tard, qu'entrant dans Paris déserté par l'exode, juché sur un des chars de sa compagnie et passant sur le pont de la Concorde, il remarque, en contrebas des piles du pont, un type très paisible qui pêche tout en fumant tranquillement sa pipe.

Pareillement, si nous entrons dans n'importe quel musée d'art asiatique ancien et que nous nous dirigeons vers les collections chinoises, nous tomberons certainement à un moment ou à un autre, faiblement éclairé derrière sa vitrine, sur l'un des grands rouleaux de par chemin exquisément peint par l'un de ces mystérieux artistes Tch'an des anciens temps, et nous y verrons, probablement représentés dans leur uniforme rutilant et multicolore, les innombrables soudards redoutablement féroces de deux armées rivales - arborant de magnifiques bannières peinturlurées sur lesquelles des dragons crachent le feu - en train de se tailler généreusement en pièces dans des combats sans merci.

En approfondissant notre examen, nous finirons bientôt par découvrir dans un coin du rouleau, généralement dissimulé derrière un rideau d'arbres, un étang à moitié couvert de nénuphars où vient se jeter en bouillonnant joyeusement un torrent qui dévale de la montagne en gracieux zigzags. A la surface de cet étang, sous un saule vaporeux avoisinant d'autres arbres couronnés de fragiles fleurs blanches, non loin de quelques canards méditatifs qui se laissent dériver sur l'onde parmi des lambeaux de brume, repose une barque dans laquelle un petit personnage coiffé d'un.chapeau de paille pêche sans se soucier de rien.

Et, si nous avons encore la patience de déchiffrer les notes érudites qui accompagnent d'ordinaire ces peintures, nous apprenons que, pour les ermites du Tch'an, le pêcheur à la ligne (particulièrement s'il est un peu ivre de vin de riz) représente le plus parfait symbole de la sagesse. Sur l'un de ces rouleaux qui se trouve au Metropolitan Museum de New York, la minuscule sentence calligraphiée en chinois et qui flanque la tête du pêcheur a été traduite en anglais et dit ceci:

«Right and Wrong reach not where men fish
Glory and Disgrace dog the official riding his horse.»

Denis Grozdanovitch. Petit traité de désinvolture.

Nuits mouvementées

"Pour contempler les fleurs
regarder leur reflet dans l'eau

les bambous
leur ombre sous la lune

une belle femme
sa silhouette derrière un store."

Wu Congxian . Vu par la petite fenêtre. Aphorismes. Ed Bleu de Chine. 2005.

On croit se souvenir de nos cours d'esthétique de Poésie ou de Rhéto: l'allusif est plus suggestif que le descriptif.
On en est loin actuellement, et nos littérateurs contemporains pourraient relire avantageusement Wu Congxian et les descriptions de ses "nuits mouvementées", expression chinoise signifiant à la fois "rafale de vent" et "ébats amoureux."

26 janvier 2006

Une épé nue

"Si personne ne m'avait dit que c'était l'amour, j'aurais pensé que c'était ue épée nue."
Texte attribué par Rudyard Kipling à un ancien poète indien, cité également pat Jorge Luis Borges, et placée en exergue de "Diotime et les lions" d'Henry Bauchau.

Etrange : la phrase, dans son énigmatique beauté, m'a habité pendant un mois sans que j'en perçoive le sens avec clarté.
La lecture de "Diotime eet les lions" ne m'avait donné aucune clé de comprhéension supplémentaire.
Jusqu'à hier, et l'histoire triste de ce patient touché en plein vol par une histoire d'amour aussi merveilleux qu'impossible. On devine sa souffrance, inexprimée.
Une épé nue.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

25 janvier 2006

Sagesse du Zen

"... dans le printemps aux cent fleurs, sur les grandes allées
je joue à la balle
si en chemin un passant m'interroge je réponds
"je suis un homme oisif à une époque de paix".»

Ryokan, sagesse du Zen

23 janvier 2006

mais c'est ma poche !

"Au secours je me moi".
Raymond Devos

Ah le hasard des associations. Je découvre dans une de mes lectures de ce week end cette phrase de Devos qui m'amuse sans que je la comprenne. Elle me rappelle un incident comique du week-end passé: au concert aux Beaux Arts, je coince en m'asseyant la main de mon voisin avec la poche de mon veston.
Il me demande poliment: Je peux reprendre ma main? et poursuit instantanément sans que je lui demande rien : Mais c'est ma poche. Oui mais c'est ma main. Et termine en disant. C'est du Devos.
Essayant de retrouver l'extrait précis sur Google, je trouve cet autre texte hilarant que je vous livre en partage. Un peu long, mais on est le week end, cela tombe bien.
Bon dimanche

J'AI DES DOUTES
(L'artiste entre tenant d'une main, une chaise, de
l'autre, sa guitare.)
_ J'ai des doutes!... J'ai des doutes!...
Hier soir, en rentrant dans mes foyers plus tôt que d'habitude...
il y avait quelqu'un dans mes pantoufles...
Mon meilleur copain...
Si bien que je me demande si, quand je ne suis pas là... (s'asseyant)
il ne se sert pas de mes affaires!...
J'ai des doutes!...
(Se levant)... Je vais vous jouer une étude de Sor.
Sor était espagnol de 1778 à ... j'ai des doutes!...
Ce n'est pas sa pointure!... vous comprenez?... alors, il la force!...
après, moi je... (il montre que sa pantoufle est trop large).
Il n'a qu'à s'en payer une paire!
(Revenant à son étude:)
Sor était espagnol de 1778... jusqu'à... sa mort... après de très belles études...
il en a écrit plusieurs très belles aussi...
dont la cinquième que je vais vous interpréter.
(Il se rassied.)
J'ai horreur que l'on se serve de mes affaires!... Pour cinq francs!...
Il a une paire de pantoufles... n'importe où...
La Cinquième Etude de Sor.
(Il joue la première phrase de l'étude de Sor.)
... Mon pyjama!... C'est pareil!... depuis qu'il a acheté le même...
je ne retrouve plus le mien!... il s'en sert... quoi!... il n'y a pas de doute!...
(Il joue la deuxième phrase de l'étude de Sor.)
... Ma femme ne voulait pas le croire. Je lui ai dit:
_ Tu vas voir!... un de ces jours... il va aussi se servir de tes affaires!
Mon vieux, le lendemain, je retrouve son soutien-gorge dans la poche
de son pardessus! Il s'en sert, quoi!... il n'y a pas de doute!
(Il joue la troisième phrase de l'étude de Sor.)
... Un soir, j'arrive sur le palier... j'entends:
"Profitons-en pendant qu'il n'est pas là!...
Débarrasse-toi de ton bonhomme de mari, c'est un rabat-joie!..."
Ah! mon vieux... j'entre... je dis à mon copain qui était là:
_ Oh!... Eh!... eh!... (il lui fait signe de baisser le ton).
Baisse un peu la radio, on l'entend d'en bas!
Il s'en sert, quoi!... il n'y a pas de doute!
(Il joue la quatrième phrase de l'étude de Sor.)
... Trois jours après!... j'entre... je le trouve dans mon lit,
en train de fumer une cigarette, une des miennes!...
Je dis à ma femme qui était à côté:
_ Tu ne peux pas l'empécher de fumer, non? Il va
brûler mes draps!...
Il s'en sert, quoi!... il n'y a pas de doute!
... Alors!... mes pantoufles!... mon pyjama!... ma radio!... mes cigarettes!...
et pourquoi pas ma femme pendant qu'il y est!...
(Il réalise soudain que ce n'est pas seulement de ses
affaires dont son copain abuse...)
(Il réalise aussi qu'il a dévoilé son infortune devant tout le monde,
et ce n'est plus qu'un pauvre homme qui joue la cinquième et dernière
phrase de l'étude de Sor... et qui sort.)

Raymond Devos.

Toute passion abolie

En un éclair lady Slane sentit que le puzzle éclaté de ses souvenirs venait de se reconstituer, comme le font des notes de musique éparpillées qui prennent soudain forme et redeviennent cette mélodie familière que nous portons en nous. »

Vita Sackville-West (1892-1962), Toute passion abolie.

Je viens de fermer un roman merveilleux, histoire d’une vieille dame indigne, "adossée à la mort pour contempler la vie", qui constitue sans aucun doute un des plus beaux portraits de personne âgée que j’aie lu. L’intrigue est pourtant simplissime : le jour même de la mort de son mari Henry Holland, comte de Slane, lady Slane décide de vivre enfin sa vie. Elle a quatre vingt-huit ans et surprend son entourage en se retirant à Hampstead, dans une petite maison aperçue une seule fois, et aimée aussitôt, trente ans auparavant. Dans sa nouvelle demeure, toute passion abolie par l'âge et le choix du détachement - elle a pris soin de prévenir ses enfants: plus de visites familiales -, lady Slane se sent libre enfin de se souvenir et de rêver. Le reste dans le live pou ne pas déflorer votre plaisir.

Extrait.
« Soudain elle se souvint comment, avec Henry, lors d'une traversée du désert persan, leur voiture avait été escortée par une nuée de papillons blancs et jaunes qui dansaient parmi eux, à l'avant du convoi, puis autour d'eux, s'envolant parfois dans un vaste mouvement d'ensemble, revenant vers eux pour les entourer à nouveau, semblant prendre plaisir à exprimer leur frivolité par cette voltige harmonieuse autour du pesant chariot, mais incapables pourtant d'accorder leur vol à cette lenteur, et qui, pour apaiser leur impatience, repartaient en voletant très haut dans le ciel ou plongeaient entre les essieux, se glissant sous les voitures, s'en échappant avec grâce à l'instant même où, lourdement, les chevaux allaient poser leurs sabots; dessinant parfois de modestes taches d'ombre sur le sable, comme de petites ancres sombres, qui leur donnaient l'air d'être reliés soudain au sol par d'invisibles câbles, se laissant doucement entraîner avec la même légèreté capricieuse, semblant brusquement bercés par la progression monotone de la troupe qui, face au soleil, avançait de l'aube au crépuscule, comme une charrue qui creuserait son sillon tout droit vers la lumière, un unique et profond sillon qui semblait contourner le monde dans sa totalité - et elle se souvint alors avoir pensé que tout cela ressemblait à sa propre vie, que si Henry Holland était son soleil, le nuage de papillons représentait ses pensées les plus insolentes, ses rêves les plus fous, dansant dans la lumière sans jamais oser ni pouvoir ralentir la progression du convoi; ne touchant jamais le chariot de leurs ailes, voletant à perdre haleine, s'échappant, se lançant en avant, impertinents, envahissants, pour s'infiltrer à nouveau sous les essieux, illustrant toute une vie de liberté et de beauté, celle d'une bande de jeunes vagabonds insolents qui se contentaient d'effleurer la surface du désert et ses pesants chariots. Mais Henry qui commandait la mission se contentait de commenter: « C'est terrible, l'ophtalmie chez ces gens. Il faut faire quelque chose. » Et, sachant qu'il avait raison et que, dès leur arrivée, il en parlerait aux missionnaires, elle prenait soin d'oublier les papillons, et ne pensait plus qu'à son devoir. Dès qu'ils auraient atteint Yezd, Shiraz, ou une autre ville, elle établirait des programmes avec les épouses des missionnaires et s'occuperait de faire venir de l'acide borique d'Angleterre.
Mais par quelle étrange perversion, le vol léger des papillons était-il toujours demeuré le plus important? »

22 janvier 2006

un bonheur pessimiste

"Un optimiste est un pessimiste qui n'a pas toutes les informations"
Cioran

Incroyable Cioran, dont je croyais avoir tout lu et dont je découvre cette citation dans Le Monde2 de ce week end.
L'homme se défendait bec et ongles d'être déprimé, se bornant à rappeler que son pessimisme n'était qu'une vision réaliste du monde, lui procurant une certaine forme de bonheur dans la mesure où, n'en attendant rien, il ne pouvait jamais être déçu. De trop grandes attentes, ou des attentes irréalistes des gens et des choses, rendent à l'inverse parfois inutilement malheureux .
A méditer, malgré le cynisme apparent de cet auteur inclassable.

20 janvier 2006

tout changer

"Il faut changer de vie, il faut changer tout; mais tout changer n'est pas tout détruite; c'est sauver tout."
Maurice Bellet. La longue veille. DDB 2002

Nuages, merveilleux nuages

« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ton père, ta mère, ta sœur, ou ton frère? .
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je .l'aimerais volontiers déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! Qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent…
là-bas... là-bas... les merveilleux nuages! »

CHARLES. BAUDELAIRE Poèmes en prose

« Luke Howard s'est aperçu qu'on peut ramener leurs modifications à trois grands types fondamentaux. Certains nuages en effet semblent surplomber tous les autres, et s'étirent comme des griffures de chats ou des crinières, en longues fibres parallèles ou divergentes, presque diaphanes; Howard les nomme des filaments: ce seront, en latin, les cirrus. D'autres nuages paraissent plus denses et se dressent sur leur base horizontale, en jouant avec les rayons du soleil, de toute leur masse, si monumentaux que Luke Howard les nomme des amas, soit, en latin toujours, les cumulus. Mais il arrive aussi et souvent en Angleterre que les nuées ne forment qu'une seule nappe immense et continue, qui parfois touche le sol et se nomme brouillard, masquant tout le bleu du ciel; cette couche informe mérite le nom de nuage étendu; d'où l'appellation de stratus. Pour compléter la série, Howard repère également le nimbus, ou nuage de pluie, dont il fait un type mixte, qu'il baptise aussi cumulo-cirro-stratus.

La conférence connaît un vif succès. On la publie aussitôt, sous un titre parfaitement ascétique: Sur la modification des nuages. C'est un mince fascicule, illustré de dessins de nuages au crayon, d'une facture maladroite, mais fort clairs. Il est un signe plus sûr encore de la réussite du jeune Howard: la communauté scientifique anglaise commence à utiliser sa terminologie. D'année en année la classification d'Howard, parfois amendée, jamais abandonnée, se répand à travers le monde; c'est encore elle que nous utilisons, sans savoir à qui nous la devons. Il en va ainsi, déclare pour finir Akira Kumo à Virginie Latour, de bien des inventions, et parmi les plus accomplies: leur auteur souvent s'efface derrière le bien qu'il a fait; à moins qu'il n'organise lui-même, et bruyamment, sa propre publicité, poussé par un associé."

La théorie des nuages . Stéphane Audeguy. Gallimard.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

18 janvier 2006

17 janvier 2006

Avicenne et la mort

"La vie est une monture qu'il faut savoir abandonner quand le trajet est accompli."
Avicenne, repris par Françoise Giroud dans son dernier ouvrage "Demain, déjà", journal de deux années qui se termine le jour précédant la nuit de son décès accidentel.

À la recherche du temps perdu, un roman de science-fiction

Mais la séparation radicale du champ littéraire et du champ scientifique, qui semble être un axiome de la culture occidentale, a pour but d'embrouiller les esprits. Les littéraires ne se ren­dent pas compte qu'une œuvre telle que la Recher­che constitue une exploration scientifique, au même titre que l'œuvre de Freud ou de Newton. Et les scientifiques ne disposent généralement pas des moyens qui leur permettraient d'affronter le type de problématique qui y est abordé. Et puis il faut dire qu'ils n'ont pas la tête à ça!

F. Guattari, « Les ritournelles du temps perdu ", L'Inconscient machinique, essais de schizo-anaryse. Recherches 1979

16 janvier 2006

un sens au monde

"Mais alors dit Alice , si le monde n'a absolument aucun sens qui nous empêche d'en inventer un ? "
Lewis Caroll. Alice au Pays des Merveilles (dans le dernier ouvrage de Bernard Werber)

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

15 janvier 2006

sagesse de l'homme debout

"Ô astre puissant! quel serait ton bonheur si tu n'avais pas ceux à qui tu donnes la lumière ?"

F. Nietszche. Ainsi parlait Zarathoustra

Cette adresse, majestueuse et effrontée à la fois au soleil, pourrait s'appliquer à bien d'autres puissants de ce monde. Elle correspond dans l'oeuvre de Nietszche à un véritable réveil de la conscience d'exister, associée à la nécessité d'assumer son sort et son existence sans plus en référer à quiconque. Il faut pour cela relire les lignes qui précèdent la célèbre apostrophe :
"Lorsque Zarathoustra atteignit la trentaine, il quitta la maison pour les montagnes où il passa dix ans à jouir de son âme et de la solitude, sans se lasser. Mais enfin son cœur changea et, un matin, il se leva à l'aube et parla au soleil: Ô astre puissant! quel serait ton bonheur si tu n'avais pas ceux à qui tu donnes la lumière ?"

Sur ces toniques résolutions, je vous souhaite une bonne semaine
CV.

L'instinct de punir

"Méfiez-vous de tous ceux en qui l'instinct de punir est puissant."
Friedrich Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra

Je vous souhaite un bon dimanche
CV.

13 janvier 2006

Sagesse des petites mains

"Tant que mes patrons faisaient comme si je gagnais beaucoup
je faisais comme si je travaillais beaucoup."

le risque de l'amour




"L'amour est un risque terrible car ce n'est pas seulement soi que l'on engage.
On engage la personne aimée, on engage aussi ceux qui nous aiment sans qu'on
les aime, et ceux qui l'aiment sans qu'elle les aime. "
E Morin. Amour, poésie, sagesse. Seuil

12 janvier 2006

Moins tu as de fric..

"Etre pauvre coûte cher."
Martin Hirsch

Entendu ce soir, de la bouche de Martin Hirsch. président d’Emmaüs France, qui démontre que le décile le plus pauvre de la population française loue cher le mètre carré de sa chambre de bonne que le décile le plus riche ne le fera pour aucune de ses propriétés. Que le loyer de l'argent à des taux d'usurier pour boucler sa fin de mois dépasse tous les taux imaginables pour une population aisée. Que le budget nourriture est infiniment plus lourd chez les plus pauvres par manque d'infrastructure élémentaire pour cuisiner.
Cela résonne comme du Coluche : "Un crédit au long cours, cela se traduit par: moins tu as de fric , plus on t'en demande."
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

11 janvier 2006

Sagesse de l'éphémère

"- Alors? interrogea le géographe.
- Oh! chez moi, dit le petit prince, ce n'est pas très intéressant, c'est tout petit. J'ai trois volcans. Deux volcans en activité, et un volcan éteint. Mais on ne sait jamais.
- On ne sait jamais, dit le géographe.
- J'ai aussi une fleur.
- Nous ne notons pas les fleurs, dit le géographe.
- Pourquoi ça! c'est le plus joli!
- Parce que les fleurs sont éphémères. - Qu'est-ce que signifie: éphémère?
- Ça signifie « Qui est menacé de disparition prochaine. »
- Ma fleur est menacée de disparition prochaine ?
- Bien sûr.
- Ma fleur est éphémère, se dit le petit prince."

A de Saint-Exupéry . Le petit Prince.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

09 janvier 2006

Piedras del camino

Oh! le parfum
de l'herbe!
Pourquoi
lui demander des fleurs ?

Oh el perfume
de la hierba
Para qué
pedirle fores ?

A. Jodorowski . Piedras del amino.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

08 janvier 2006

Magie de la musique celtique

"Chaque être que l'on ne connaît pas peut se révéler une exception à la règle."
Björn Larsson. La sagesse de la Mer

Petite règle simple de philosophie du quotidien qui nous aidera avant de poser un jugement peremptoire. Chaque individu est une île.
Comme le notait déjà Simone de Beauvoir dans "Tout compte fait": "Cette solitude qui nous est commune à tous et qui cependant nous rend étrangers les uns aux autres."

Du monde de la mer à la culture celtique, il n'y a qu'un pas, que j'ai franchi ce week end, découvrant la magie mystérieuse que dégage la musique celtique.
On connaissait Enya. J'ai découvert Runrig, Karen Matheson, Barzaz. On y retrouve en filigrane une foi en la vie au-delà d'une certaine mélancolie, quelque chose d'aérien.
Ecoutez Runrig chanter "Ill keep coming home","Sailing away", "Loch Lomond" ou réinterprétan l'inoubliable "Times they are a changing" de Dylan. Découvrez "mi le m 'uilinn" de Karen Matheson, ou encore "All ezvamm" de Barzaz.
Une fois par an, à Quimper, a lieu un festival interceltique de musique. Des centaines de milliers de gens font le déplacement pour entendre de la musique celtique traditionnelle, qu'elle soit écossaise, irlandaise, galloise ou bretonne.
L'édition de l'an 2000 a attiré un demi-million de personnes. Des milliers de musiciens s'y réunissent pour apprendre et s'inspirer les uns des autres. Il y a quelques années, le guitariste breton Dan Ar Braz a eu l'idée de réunir une centaine de musiciens celtes en activité et d'enregistrer un CD. Ce fut un succès sans précédent, avec des centaines de milliers d'exemplaires vendus, et Le Monde lui-même a évoqué le phénomène musical celtique en première page.
Est-ce dans la musique que se trouve aujourd'hui l'âme celte?

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

Regrets, désirs

"Le regret est l'inverse du désir, un désir qui a seulement changé de sens."
Lavelle

07 janvier 2006

Ssagesse du retour

"Il a l'air d'un vrai magicien. Mais ne croyez pas cela. Il a sûrement le crâne plein de bon sens. Quatre et quatre font huit. Et la laine pousse sur les moutons, pas sur les arbres. Quant à la mer du Nord, c'est de l'eau."
La vision de la mer peut être fort différente selon les points de vue. Celui exprimé ci-dessus est attribué à un gardien d'un port industriel d'Angleterre. Comme l'exprime Harry Martinson, "il n'est pas facile de capter le bonheur, quand on est entouré de gens qui ne sont que des êtres de raison bourrés de bon sens."
"Aucun doute, nous étions à nouveau au pays. Mais le bonheur du retour pour le marin, très fugitif, vous glisse fort vite entre les mains. Nous n'arrivons jamais à destination, de façon à voir le bonheur sous tous ses aspects, car il s'esquive, effrayé par cette diantre de chevauchée."

Harry Martinson, Kap Farväl.

05 janvier 2006

Les bateaux amarrés , bateaux déchaînés

"L'amour humain, la foi humaine sont toujours dangereux, car ils se brisent. Plus grand est l'amour, plus grande est la foi, et plus grand est le danger, plus grand le désastre. En effet, placer une foi absolue en un autre être humain est en soi un désastre pour les deux parties, car chaque être humain est un navire qui doit poursuivre sa propre route, même s'il navigue de conserve avec un autre. Deux navires peuvent naviguer de conserve jusqu'à l'autre bout du monde. Mais amarrez-les en couple au milieu de l'océan, et tâchez de les gouverner d'un seul gouvernail, et ils s'entrechoqueront l'un contre l'autre, et ils se mettront mutuellement en pièces. Il en va de même pour l'individu qui voudrait en aimer un autre d'un amour absolu, ou croire en lui d'une foi absolue. Les amants absolus s'entrechoquent à mort, de même que les croyants absolus. Depuis que l'homme cherche à aimer les femmes d'un amour absolu, et les femmes à aimer l'homme, l'espèce humaine a presque réussi à se saborder."

Human love, human trust are always perilous because they break down. The greater the love, the greater the trust, and the greater the peril, the greater the disaster. Because to place absolute trust in another human being is in itself a disaster, both ways, since each human being is a ship that must sail its own course, even if it goes in company with another ship. Two ships may sail together to the world's end. But lock them together in mid ocean and try to steer both with one rudder, and they will smash one another to bits. $0 it is when one individual seeks absolutely to love, or trust, another. Absolute lovers always smash one another, absolute trusters the same. $ince man has been trying absolutely to love women, and women to love man, the human species has almost wrecked itself.

D.H. Lawrence

Etonnant rapprochement que ce texte de DH Lawrence, auteur du sulfureux Amant de Lady Chatterley de l'Angleterre des années 20, dans lequel une belle anglaise tombe éperdûment en amour pour son garde-chasse, et la chanson de Mannick qui en reprend manifestement les principaux accents. Premier au hit-parade des chants de cérémonies de mariage, on imagine mal la lecture du texte de DH Lawrence en chaire, alors que l'essentiel du discours est strictement superposable.

Je connais des bateaux qui restent dans le port
De peur que les courants les entraînent trop fort,
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
A ne jamais risquer une voile au dehors.

Je connais des bateaux qui oublient de partir
Ils ont peur de la mer à force de vieillir,
Et les vagues, jamais, ne les ont séparés,
Leur voyage est fini avant de commencer.

Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu'ils en ont désappris comment se regarder,
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment surs de ne pas se quitter.

Je connais des bateaux qui s'en vont deux par deux
Affronter le gros temps quand l'orage est sur eux,
Je connais des bateaux qui s'égratignent un peu
Sur les routes océanes où les mènent leurs jeux.

Je connais des bateaux qui n'ont jamais fini
De s'épouser encore chaque jour de leur vie,
Et qui ne craignent pas, parfois, de s'éloigner
L'un de l'autre un moment pour mieux se retrouver.

Je connais des bateaux qui reviennent au port
Labourés de partout mais plus graves et plus forts,
Je connais des bateaux étrangement pareils
Quand ils ont partagé des années de soleil.

Je connais des bateaux qui reviennent d'amour
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour,
Sans jamais replier leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont le cœur à taille d'océan.

Mannick

de la réussite

"J’ai tout réussi sauf ma vie."
Serge Gainsbourg

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

03 janvier 2006

Là où se finit la terre

"Notre idéal ne devrait pas être le calme plat
qui peut transformer la mer en marécage,
ni l'ouragan, mais le grand et puissant alizé,
plein de vie, de joie, de force et de santé,
balayant le monde de son souffle perpétuel."

Harry MARTINSON, Kap Farväl
repris en exergue du superbe livre de Björn Larsson "La Sagesse de la Mer".
Lequel décrit un mythique voyage en voilier le menant du Cap de la Colère (Cape Wrath) au Bout du monde (Finistère).
J'y ai appris que le Cap de la Colère relève d'une traduction littérale erronée de l'initial norrois Cape Hvaif signifiant "tournant, point où on fait demi-tour" et que le Finistère breton est bien cette pointe lancée dans la mer où "se finit la terre".
Beau programme pour chacun de nous, surtout ceux et celles du midlife, arrivés au point "où on fait demi-tour" pour mettre le cap sur "là où se finit la terre".

02 janvier 2006

L'homme s'endort

"Nombreuses fois
Nombre de fois
L' homme s'endort
Son corps l'éveille
Puis une fois
Rien qu'une fois
L'homme s'endort
Et perd son Corps.

René Char .

Chaque début d'années se déroule dans mon cabinet un étrange inventaire: la
descente dans les archives du sous-sol des fichiers de patients disparus durant
l'année écoulée.
Cette année fut particulièrement productive en ce domaine, laissant une moisson
de visages chers, souriants, attentifs, connus depuis parfois trente ans et
plus , et qui meurent ainsi une deuxième fois.
Qui peuplera l'année prochaine de sa silhouette cette curieuse descente vers
l'au-delà? Qui entamera la marche, qui la cloturera? Toute prévision s'avère
souvent bien hasardeuse car mois que quiconque le médecin ne connaît ni le jour
ni l'heure.

01 janvier 2006

sagesse de Maïmonide

"Aussi ne faut-il pas trop y penser,
ni trop se réjouir ni trop s'attrister
car bonheur et malheur ne sont grands
que dans notre imaginaire."

Moïse Ibn Maïmoun , dit Maïmonide (1135-1204)

30 décembre 2005

Une page tournée

"Allant neuf !"

Qu'ajouter de plus au moment de tourner la page de l'an vieux ?
Je vous souhaite de tout coeur un bon passage d'année.

CV.

29 décembre 2005

When 1 am an old woman

"En tant que vieux, je me supporte,
mais je ne supporte pas les vieux - les autres vieux."
Cioran

Avertissement:
Quand je serai une vieille femme je m 'habillerai en violet,
Avec un chapeau rouge mal assorti et qui ne me va pas,
Et je gaspillerai ma pension à acheter du cognac ou des gants d'été
Et des sandales de satin, et je dirai que nous n'avons plus d'argent pour le beurre.
Je m'assiérai à même le trottoir quand je serai fatiguée
Et je me gorgerai de ces échantillons gratuits qu'on vous verse dans les magasins, et je tirerai les sonnettes d'alarme
Et je raclerai bruyamment les balustrades de fer des bâtiments publics avec ma canne
Et je compenserai pour toute la sobriété de ma jeunesse.
Je sortirai en pantoufles sous la pluie
Je cueillerai des fleurs dans les jardins des autres
Et j'apprendrai à cracher.
Vous pouvez porter de hideuses chemises et devenir obèse
Et dévorer trois livres de saucisses d'un coup
Ou vivre de pain sec et de cornichons pendant une semaine
Et entasser plumes et crayons, et sous-verres à bière en carton et toutes sortes de choses encore dans des boîtes.

Mais pour le moment je dois porter des vêtements qui me tiennent au sec
Et payer notre loyer, et m'abstenir de jurer dans la rue
Et donner le bon exemple aux enfants.
Nous devons inviter des amis à dîner, et lire les journaux.
Mais peut-être devrais-je dès maintenant acquérir un peu de pratique?
Ainsi les gens qui me connaissent ne seront pas trop surpris et choqués
Quand soudainement je serai vieille et commencerai à m 'habiller de violet.

(Waming :
When 1 am an old woman 1 shaH wear purple
With a red hat which doesn't go and doesn't suit me
And 1 shaH spend my pension on brandy and summer gloves
And satin sandals, and say we've no money for butter.
1 shaH sit down on the pavement when l'm tired
And gobble up samples in shops and press alarm bells
And ram my stick along the public railings
And make up for the sobriety of my youth
1 shaH go out in my slippers in the rain
And pick the flowers in other people's gardens And leam to spit.
You can wear terrible shirts and grow more fat
And eat three pounds of sausages at a go
Or only bread and pickle for a week
And hoard pens and pendIs and beermats and things in boxes.
But now we must have clothes that keep us dry
And pay our rent and not swear in the street
And set a good example for the children.
We must have friends to dinner and read the papers.
But maybe 1 ought to practice a little now ?
So people who know me are not too shocked and surprised
When suddenly 1 am old, and start to wear purple.)

Jenny Joseph

Désopilante lecture de ce poème de Jenny Joseph, méconnu chez nous mais très populaire en terres anglo-saxonnes où il fut deux fois nominé comme "poème le plus populaire de la seconde moitié du XXe siècle".
Popularisé aux Etats-Uni, on le retrouve dans les années 80' sur d'innombrable calendriers, almanachs, supports de sagesse populaire.
Il me fait considérer différemment cette vieille habillée comme un clown, ce vieux qui pisse entre deux voitures, ces deux octogénaires qui - bras dessus bras dessous - descendent du tram en chantant une chanson grivoise.
Une certaine liberté serait-elle le privilège du grand âge?

sagesse des peintres

"J'aime les tableaux qui me donnent envie de me balader dedans."

Pierre Auguste Renoir.

27 décembre 2005

Lecture et déraison

"Un bon livre n'est pas seulement un livre qui donne envie d'en lire un autre. C'est un livre qui donne envie de courir dans un jardin, de partir à la rencontre de quelqu'un pour nous jeter dans ses bras, d'aller coûte que coûte vers la vie! Quand les sens se réveillent et nous révèlent la merveille du créé, alors la question du sens de la vie perd son acuité, sa brûlure.
Les sens nous restituent le sens."

Christiane Singer. La quête du sens. Albin Michel. 2000.

On n'est pas loin du célèbre "Nathanaël, enseigne-moi la ferveur", de Nietzsche... Hasard? Y a-t-il jamais de hasard?
Je retrouve ce court extrait de Christiane Singer au moment de terminer la lecture de la superbe biographie de Nietzsche par Stéfan Zweig. Le talent littéraire de l'un au service de la compréhension de l'autre. On referme cet ouvrage avec une impression de coup de poing à l'estomac, nous laissant un moment sans réaction devant la trajectoire étonnante de ce philosophe demeuré énigmatique pour beaucoup d'entre nous.
La comparaison des derniers mois de l'existence de Nietzsche et de son contemporain Van Gogh (qui crée dans un état d'exaltation totale ses 70 toiles les plus lumineuses en l'espace de deux mois, puis se tue), est un morceau d'anthologie et fascine par leur similitude. Quelle folie commune les habite, ou quel génie? La démesure interpelle parce qu'elle touche de près à l'infini, et d'aucuns ont prétendu qu'on a nommé ceux qui en souffrent de fous pour mieux les neutraliser. Débat sans fin.

26 décembre 2005

sagesse de Zhuang i

"Qui me dit que mon attachement à la vie n'est pas une illusion?
Qui me dit que mon horreur de la mort n'est pas simplement la réaction d'un individu qui, ayant quitté sa maison natale tout enfant, aurait oublié le chemin du retour?"

ZHUANG ZI (Tchouang-tseu)

Si l'on est sûr qu'il a réellement existé, on ne sait cependant que très peu de choses sur la personne de ce philosophe taoïste chinois qui vécut à l'époque des Royaumes Combattants (IVe siècle av. J.-C.). Les « Annales Historiques » de Sima Qian rapportent qu'il était originaire de la culture méridionale de Chu qui s'épanouissait dans le bassin moyen du fleuve Bleu. Il occupa des charges administratives subalternes et refusa le poste de Premier ministre que lui offrait le Seigneur de Chu.
Il termina sa vie complètement retiré du monde menant une vie nomade proche du peuple.
Une image connue de Zhuang Zi est l'histoire où le sage rêve qu'il est un papillon, mais en fin de compte, il se demande si ce n'est pas plutôt le papillon qui rêve qu'il est Zhuang Zi, ce qui pose la question de la possibilité de distinguer la réalité et le rêve, l'illusion. Ces idées se retrouvent dans le bouddhisme zen chinois et rejoignent celles de la Mâyâ indienne.

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

la rencontre du silex

"Osons une métaphore. Pour définir tel silex, le spécialiste le soumet à de multiples tests physiques ou chimiques, il en mesure
mille caractéristiques, mais il ne peut découvrir celle de ses propriétés qui est la plus remarquable: la capacité de ce silex de produire une étincelle lorsqu'il est heurté par un autre silex. Cette performance, en effet, n'est pas celle d'un objet isolé; elle
a pour source la rencontre de deux objets.
De la même façon, la performance la plus décisive d'un être humain, celle qui fait de lui un produit du cosmos à nul autre pareil, ne peut pas être constatée si on l'isole. Cette performance inouïe est la capacité non seulement à être, ce qui est à la portée de tout objet, mais à se savoir être, ce qui est réservé à nos semblables. Elle ne peut se manifester que dans le rapport à l'autre; c'est le choc de la rencontre qui fait apparaître en chacun la conscience de sa propre existence.
Nous ne pouvons dire «je », c'est-à-dire parler de soi comme si l'on était un autre, que grâce aux « tu » qui nous sont adressés. L'éclair de la conscience ne peut jaillir que de la fécondation de notre pensée par celle de l'autre. Un humain ne peut donc être défini que par les caractéristiques de son insertion dans la communauté humaine. Ce qu'il est n'est pas seulement l'objet visible qui se manifeste, mais l'ensemble des liens qui le relient aux autres. Chacun est le produit d'une métamorphose: l'individu biologique fait par la nature devient la personne construite par les rencontres.
Oui, il s'agit vraiment d'une métamor~ phose, plus décisive et plus mystérieuse que celle de la chenille devenant papillon. Elle nous oblige à distinguer en chacun de nous deux humains: d'une part l'individu apporté par les mécanismes naturels de la procréation, d'autre part la personne construite par la rencontre des autres."

Albert Jacquard. Définir l’être humain .

24 décembre 2005

une imperceptible métamorphose

Un conte de Noël.
Le hasard des grandes mises en ordre me fait redécouvrir un document, écrit il y a 6 ans par une étudiante en médecine toute fraîche diplômée. Le texte est si simple et si beau que je ne résiste pas au plaisir de vous le partager ce soir de Noël.
Chantal est médecin généraliste et fête ce dernier Noël du millénaire… dans sa voiture et au chevet de ses premiers patients, ayant commencé un remplacement le 22 décembre.

Une imperceptible métamorphose du regard.
Situation étrange entre toutes: je suis médecin, ai un caducée sur mon pare-brise, et ce soir c'est Noël. Les gens se promènent avec de gros paquets enrubannés, ne prêtant guère attention à la jeune fille rêveuse qui dix ans plus tôt fêtait Noël comme eux , en toute insouciance. Quelque chose a changé dans ma vie, me modifiant fondamentalement, imperceptiblement et irréversiblement.
Je regarde ces familles occupées à préparer leurs fêtes, et je ne peux m'empêcher de songer à la précarité de l'équilibre que chaque famille tente de maintenir. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes ces crises cachées sous des apparences de paix et de bonheur, crises dont mes patients viennent déverser le trop plein en consultation.
J'ai perdu cette insouciance et cette irresponsabilité de ceux qui pensent que ces façades heureuses sont la vraie vie. Le contact journalier avec la souffrance physique et mentale m'a rendue plus consciente de la nature humaine, et plus patiente avec la vie. Le poids des responsabilités, parfois au dessus de mes compétences ou de mes forces, m'a fait prendre conscience de mes limites, et m'a poussé à donner le meilleur de moi-même.
Et malgré ce "désenchantement" ( qui est en fait un autre enchantement face aux ressources de l'être humain!), je suis pleine d'admiration pour ces personnes décidées à donner et partager le plaisir de la fête. La contagion me gagne et je voudrais pour quelques jours retrouver mes yeux d'enfants. Sera-t-il possible de déconnecter dans ma tête le film de toutes ces vies et ces douleurs?

Chantal Renoy.
Médecin généraliste, décembre 1999

Je vous souhaite une joyeuse fête de Noël

CV.

23 décembre 2005

où vont les bateaux ?

"Ces beaux et grands navires imperceptiblement balancés sur les eaux tranquilles, ces robustes navires à l'air désoeuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette et magique : quand partons-nous pour le bonheur?
Charles Baudelaire

Si le bonheur, ou la perception qu'on en a, demeure une denrée inéquitablement partagée, la capacité de rêver au bonheur nous est donnée à tous. Divers visages croisés ces dernières semaines me reviennent en mémoire en écrivant ces lignes.
Un couple croisé dans une brasserie à Toulouse, où j'avais choisi une table pour lire. Elle, plus tout-à-fait jeune mais encore belle, lui, du même âge et encore fier, bel habillage et allure chicos, prennent place à une table voisine pour partager un thé. Impressionnant d'observer à la dérobée deux regards non-crois&s pendant une demi-heure, sans qu'un seul mot ne s'échange, ni une ébauche de sourire, ni une complicité, ni une étincelle heureuse. Il ne manque rien, en apparence, il manque tout, peut-être. Lui quitte la table cinq minutes. A ce moment, seule, la femme sourit durant deux minutes, rêveuse. Etrange.
Deux tables plus loin, un vieillard fringant commande une bière trappiste, et en commente la qualité lors de son dernier passage. Courte attente de trois à quatre minutes, et un vieil ami, aussi vieux que lui, entre à son tour. Ils se sont manifestement donné rendez-vous et le bonheur de leur retrouvailles donne chaud au coeur: on s'exclame, s'étreint longuement, se prend par l'épaule, se commente les rides au visage et le pett bedon, une joie bruyante et contagieuse. Une deuxième trappiste clot ce moment de retrouvailles tant attendues. Etrange, aussi, la capacité de bonheur de certains à fêter les choses simples. Pour peu, on irait les rejoindre à leur table pour partager.
Vu ce matin sur les trottoirs du Botanique, un accordéoniste âgé faisant la manche, deux chiens dans leur panier, qui souriait tout seul en égrenant les notes avec tant de bonheur qu'on suspendait le pas pour partager plus longtemps la mélodie. Cinquante mètres plus bas, une jeune femme voilée de noir, prostrée la main tendue et le visage calé vers ses chaussures, quêtait elle aussi une piécette, ou je ne sais quoi. Etrange, tout-à-coup, on n'a plus l'envie de rire sans bien pouvoir analyser pourquoi.

Six personnes qui me sont restées totalement inconnues. Une sympathie innée bien diversément répartie. Et pourtant, tous individus humains balancés dans la même aventure humaine que la nôtre, tous les six épris de bonheur j'imagine. Quels sont leurs rêves la nuit quand le sommeil les rend égaux? Et à quoi rêvent-ils en s'endormant? On en revient soudain aux beaux grands bateaux de Baudelaire.

" .. dans cette goutte d'eau que je suis, l'Océan entier aurait place."
Christiane Singer

19 décembre 2005

ce que je vaux

"Les esprits valent selon ce qu'ils exigent. Je vaux ce que je veux."
Paul Valéry. Mauvaises pensées et autres. Gallimard . 1942

Présomptueux? Moins qu'on l'imagine. Le même aimait à répéter en préambule à ses conférences "Je viens ignorer deant vous", excellente entrée en matière pour de pareils sujets.
Alimentant quelque peu davantage cette modeste réflexion sur la destinée humaine, pourquoi ne pas y ajouter ces quelques lignes de lumière extraites du dernier opuscule de Francis Dannemark

"Combien de vies dans une vie?
C'est comme demander combien de pièces dans un puzzle, dit-il. Lun en compte douze, l'autre douze fois plus, il en faudra mille ici, là quarante. Et chemin faisant,
on comprend que chacun aura
très exactement le temps
de compléter le sien, et que le nombre
de pièces n'aura rien signifié,
et que le temps lui-même,
cent ans, dix secondes, n'aura jamais été qu'un instant,
une fabuleuse fraction
d'éternité."

Puzzle. Une fraction d'éternité. Francis Dannemark. Le Castor astral . 2005.

Le destin de l'homme

"On ne naît pas homme , on le devient"
Erasme . Oeuvres choisies. (En exergue du petit ouvrage "Le métier d'Homme" (Alexandre Jollien)

Voilà qui nous aidera à bien commencer l'avant-dernière semaine de cette année. Vous en souhaitez une pincée de plus?
Marguerite Yourcenar place dans la bouche de l'empereur Hadrien un constat qui situe l'homme: « Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes 1. » Tel est, tôt ou tard, le lot commun, je ne le sais que trop. Mais où chercher les vertus à même d'adoucir la dureté de l'existence et comment forger l'état d'esprit, l'arme à opposer à l'ennemi?
Peut-être sied-il de partir de l'unique certitude, de la perspective du néant dont nous procédons et vers lequel nous sommes précipités chaque jour? Au cœur même des réjouissances, le tragique nous précède, tant que nous vivons. Le nier, c'est en quelque sorte le mettre au premier plan. Complice ou adversaire, il constitue la toile de fond, la substance même de ma condition. Un tel constat est évidemment loin de mettre en joie. Pascal l'avait vu. On cherche à fuir le tragique dans les jeux, dans l'action;

18 décembre 2005

le sourire de Mona Lisa

"Langage d'avant le langage, le sourire dit toujours ce qu'aucun langage ne sera capable de traduire."
Patrick Devret . Le sourire. Gallimard NRF 1999.

Le célèbre et énigmatique sourire de Mona Lisa traduit à 83 % le bonheur, à 9 % le dédain, à 6 % la peur et à 2 % la colère, ont conclu des scientifiques qui l'ont décrypté.
Le chef d'oeuvre de Léonard de Vinci, qui garde son mystère depuis 500 ans, a été passé au crible d'un logiciel de reconnaissance des émotions, à l'université d'Amsterdam, aux Pays-Bas, rapporte l'hebdomadaire britannique de vulgarisation scientifique New Scientist.
L'algorythme utilisé, développé conjointement à Amsterdam et par des chercheurs de l'université d'Illinois (Etats-Unis), prend en compte les principaux traits du visage, tels que la courbure des lèvres ou les pattes d'oie autour des yeux, et les met en relation avec six émotions de base.

16 décembre 2005

enseigner et eros

Platon dit: « Pour enseigner, il faut de l'éros. » L'éros est un mot grec qui signifie le plaisir, l'amour, la passion. Pour communiquer, il ne sert à rien de débiter du savoir en tranches, mais il faut aimer ce que l'on fait et aimer les gens qui sont en face de nous. L'enseignant est celui qui, à travers ce qu'il professe, peut vous aider à découvrir vos propres vérités.
E Morin Dialogue sur la connaissance, p.28, Édition de l'aube, 2002

14 décembre 2005

Sagesse des étoiles

"Comment la clarté des étoiles nous serait-elle visible si la nuit ne leur prêtait pas , pour s'en détacher, son fond de ténèbres?

Christiane Singer. Une passion entre ciel et chair.

Tout est à prendre en part égale sur cette terre. On repense au quatrain de Lao-Tseu
"Le malheur
marche au bras du bonheur
Le bonheur
couche au pied du malheur."
Telle déchirure à vingt ans se révèle une bénédiction à quarante, la vie distribue toute chose avec sagesse.

13 décembre 2005

poésie des gares

Gare du Nord

Mais que font les trains dans les gares
depuis qu'on ferre les chemins?
Dans les gares, les trains rêvent
et tous ces rêves de tant de trains
emplissent l'air dans les gares,
autour des gares et parfois loin.

Que font les humains dans les gares?
Ils consultent en courant
les horaires de l'amour
qui les attendait, qui les attend,
de l'amour qui les attendra.
Ils font rêver les trains
et vibrer l'air dans les gares,
autour des gares et parfois loin.

Francis Dannemark. Une fraction d'éternité

Note de l'auteur.
Un jour, on m'a proposé d'écrire un poème à propos d'une gare française. C'était pour le Printemps des Poètes. La SNCF, partenaire de l'opération, allait afficher des poèmes, en offrir aux voyageurs. J'ai choisi la gare du Nord, à Paris ,. c'est la seule gare que je
connaisse un peu, avec la gare du Midi, à Bruxelles. Si l'on se déplace en train, on ne peut pas connaître moins de deux gares. C'est aussi le nombre minimum de personnes requises pour une histoire d'amour digne de ce nom. Moins, ce n'est pas assez. Il arrive pourtant qu'on doive s'en contenter. Le voyage s'en ressent.