"Tu sais, seul ce que je t'ai confié en silence
nous élève dans la profondeur."
Paul Celan
27 janvier 2013
25 janvier 2013
Les années bonheur
"Tout nous échappe sans cesse, même les êtres qu'on aime. Mais reste la certitude que certains moments ont été ce qu'on appelle le bonheur."
Laurence Tardieu.
.
C'est idiot!
"Assistant à l’une de ses pièces, Tristan Bernard se trouvait assis à côté d’un monsieur qui bâillait en répétant: « C’est complètement idiot! » Entendant, quelques rangs derrière lui, un spectateur riant aux éclats, il trouve plus réconfortant de changer de place. Et il entend son nouveau voisin répéter, en s’étouffant de rire: « C’est complètement idiot ! »
Repris par Raymond Devos dans un entretien avec Alfred Sauvy.
Lu dans :
Sauvy-Devos: Laissez-nous rire. Archives L'EXPRESS. 20/07/1984.
23 janvier 2013
Sagesse des taciturnes
"Quand j'ai tort, j'ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes torts."
Raymond Devos. A tort ou à raison.
Ah Devos, notre maître ès usage du silence et de la parole. "Quand un
homme ne dit rien alors que tout le monde parle, on n’entend plus que
lui ! Je n’en continuai pas moins mon exposé... mais je commençai à
faire attention à ce que je disais. De temps en temps, je me tournais
vers celui qui ne disait rien, pour savoir ce qu’il en pensait. Mais
comment voulez-vous savoir ce que pense quelqu’un qui ne dit rien et
qui, en plus, écoute... Car, de plus, il écoutait ! J’ai dit: « Mes
amis, puisque vous êtes tous d’accord avec mes idées... Quelqu’un s’est
levé. Il m’a dit : « Monsieur, toute réflexion faite, nous serions
plutôt de l’avis de ce monsieur qui n’a rien dit. » Et ils ont quitté la
salle!"
Ce paysage incertain où se tisse l'avenir
"Si Auschwitz n'a su guérir l'homme du racisme, qu'est-ce qui pourrait y parvenir?"
E. Wiesel
Au moment de subir un multiple pontage coronaire, l'ancien déporté
à Auschwitz-Birkenau et à Buchenwald (il y perdra ses parents et
sa sœur), prix Nobel de la Paix 86, scrute le parcours de son
existence avec désenchantement. "Dans mon combat contre la haine,
que je voulais inlassable, ai-je investi suffisamment de temps,
d'énergie pour dénoncer le fanatisme sous ses masques divers? Sans
doute pas puisque, nous tous qui avons mené ce combat, devons
admettre la défaite. Une fois les camps libérés, je m'en souviens,
nous étions convaincus qu'après Auschwitz il n'y aurait plus de
guerre, plus de racisme, plus de haine, plus d'antisémitisme. Nous
nous sommes trompés. D'où un sentiment proche du désespoir. Car si
Auschwitz n'a su guérir l'homme du racisme, qu'est-ce qui pourrait
y parvenir? À nous de l'admettre: le monde n'a rien appris. Sinon,
comment comprendre les atrocités au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie
... ? " Peut-être. Se remet-on jamais d'un retour des camps et le
regard qui a vu l'abomination peut-il retrouver la vision paisible
des paysages lumineux?
Comment sonder les pensées de cette marée
humaine, jeune, créative, avide d'échanges internationaux et de
voyages, connectée au village humain par l'Internet, développant
une culture commune multiforme au-travers d'impressionnants
réseaux sociaux. On ne peut nier qu'une humanité neuve se dessine,
dont la nouveauté inquiète parce qu'indiscernable, mais aussi
enthousiaste que ne le furent ses aînés. Les atrocités citées par
Elie Wiesel ne sauraient être oubliées, mais l'être humain - comme
l'humanité - a ses maladies, que l'on soigne et dont on se relève
plus fort qu'avant. Il faut se promener dix minutes dans les rues
paisibles de mon quartier anderlechtois pour mesurer ce qu'est une
société multiculturelle, écouter "Le monde est un village" pour
s'émerveiller de tant de musiques devenues familières à nos
oreilles, savourer à nos tables le quinoa, le boulghour, le
houmous, le couscous, le chili con carne en même temps qu'un
lièvre à la gueuze ou une bouillabaisse. Intégrés dans nos vies de
manière indélébile, mineurs mais désormais bien enracinés, ces
changements multiples de nos quotidiens sont autant de reculs du
racisme primaire dont on ne peut que se réjouir et qu'on ne
saurait minimiser.
Lu dans:
Elie Wiesel. Coeur ouvert. Flammarion 2011. J'ai Lu Récit 10190. 92 pages. Extrait p. 53
21 janvier 2013
La musique comme on l'aime
"Mon sens de l'ouiëSur une place à Sabadell (Barcelone) se trouve un homme avec une contrebasse. Une petite fille met une pièce dans son chapeau et reçoit en retour beaucoup pour son argent…
est passé dans celui du toucher
où il apprend à voir."
Paul Celan
20 janvier 2013
Sagesse d'Elie Wiesel
"Ce dernier (Alexandre Zauber), adore me faire rire. À sa première visite, il veut tout savoir de mon accident. Je cite mes différentes fractures et lui, pour chacune, opine du chef en disant: « Cela aurait pu être pire. » J'ai des maux de tête atroces: « Cela aurait pu être pire. » Ma cheville gauche est atteinte: « Cela aurait pu être pire. » Mes genoux sont en flammes: «Cela aurait pu être pire. » Étonné, agacé un peu, à un moment je ne peux me retenir: « Mais enfin, Alexandre, qu'est-ce qui aurait pu être pire? ". Et lui, le visage sérieux, murmure: « Cela aurait pu m'arriver, à moi. » Elie Wiesel
On le dit triste. Elie Wiesel révèle dans ce court texte un sens de l'humour teinté d'une philosophie douce-amère. Renversé par un taxi, il est opéré de fractures multiples, réconforté par la visite d'amis chers. Rire de soi reste le propre des grands.
Lu dans:
Elie Wiesel. Coeur ouvert. Flammarion 2011. J'ai Lu Récit 10190. 92 pages. Extrait p. 62
Elie Wiesel. Coeur ouvert. Flammarion 2011. J'ai Lu Récit 10190. 92 pages. Extrait p. 62
19 janvier 2013
Sagesse des cartoons
"A ton avis, quel est le plus grand mal de notre époque:
l'ignorance ou l'indifférence?
- Je ne sais pas, et je m'en fous."
- Je ne sais pas, et je m'en fous."
18 janvier 2013
Au moins j'ai essayé
« Si l’on me demandait aujourd’hui : “Qu’avez-vous fait de votre vie ?”, je répondrais : “J’ai compris les autres.” Ou, du moins, j’ai essayé… »
Françoise Giroud
Autoportrait nuancé d'une personnalité plus fragile que ne le
laisse supposer son parcours professionnel et politique, écrit au moment où elle tente
de se donner la mort au terme d'une rupture amoureuse en 1960. «
Moi, je ne m’aimais pas, et lui s’aimait. (..) Il n’y a pas de
place pour moi. Ni ici, ni là. Nulle part. Je ne la trouverai
jamais, la place où je pourrais poser ma tête… »
Que celle qui fut directrice de l'Express, ministre sous Giscard,
auteure de nombreux livres succès de librairie, ait pu
écrire pareilles lignes démontre une fois de plus la multiplicité de l'âme humaine.
Lu dans:
FRANÇOISE GIROUD. Une femme libre. Gallimard 2012. 248 p.
Pierre Maury. Le récit inédit de Françoise Giroud. Le Soir du 18 janvier 2013. p.39
Sagesse amérindienne
"Un vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a
en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup
représente la sérénité, l'amour et la gentillesse. Le second loup
représente l'avidité, la peur et la haine. Lequel des deux gagne,
demande l'enfant. Celui que l'on nourrit, répond le grand-père."
Sagesse amérindienne
Sagesse amérindienne
17 janvier 2013
Sagesse de Lennon
"Quand je suis allé à l'école, ils m'ont demandé ce que je voulais faire quand je serai grand. J'ai répondu: être heureux. Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question, j'ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie."
John Lennon.
14 janvier 2013
L'espace du bonheur
"Je me suis laissé porter par la vague, je me suis allongée et le malaise est passé. Maintenant, je me repose dans un fauteuil en osier. Le monde s'engouffre par les portes de mes yeux, je le laisse entrer et il m'emplit d'une matière aérienne, élastique et douce. Je suppose que c'est le bonheur, cette alliance de la lumière, du son et de la douceur de l'air. Le bonheur dure peu de temps, mais, si on lui en laisse la place, il peut occuper un très grand espace. Le malheur n'est pas le contraire du bonheur. Il n'en est pas le revers, pas plus que la vie n'est une médaille qui présenterait alternativement sa face claire et sa face d'ombre. Le malheur ne s'use pas. Le malheur peut durer longtemps. Mais, si on lui interdit de s'étendre, on arrive à restreindre considérablement la place qu'il occupe. Il faut s'y employer bien sûr un peu sérieusement. Le malheur et le bonheur peuvent cohabiter. Il n'est pas donné à tout le monde de le savoir. Il n'est pas donné à tout le monde de forcer les portes de l'expérience. "
L. Violet et M. Desplechin
Lu dans:
L. Violet et M. Desplechin. La Vie sauve. Seuil 2005. 127 pages
Fins de règne
"Ah! que c'est dur de n'être plus rien quand on s'est cru presque tout."
P. Rambaud
La fin des despotes est rarement heureuse, qu'il s'agisse de Napoléon
revisitant quotidiennement le déroulement de sa défaite à Waterloo
durant son exil à sainte Hélène, d'Hitler dans son dernier bunker
fustigeant le peuple allemand "indigne de lui et qui - à ce titre -
mérite de disparaître" ou de Mohammed Reza, dernier shah d'Iran fuyant
son pays malade et ne trouvant un dernier refuge qu'en Egypte auprès de
Sadate, où il meurt quelques jours plus tard. Comme le note Chamfort
"ils croient posséder le pouvoir et c'est le pouvoir qui les possède".
Lu dans:
Patrick Rambaud. Tombeau de Nicolas 1er, avènement de François IV. Grasset 2013. 234 pages.
Diane Ducret, Emmanuel Hecht. Les derniers jours des dictateurs. Perrin. 2012; 340 pages. Extraits pp.15, 46, 181
13 janvier 2013
Le prix d'un Goncourt (bis)
« Les Anciens se méfiaient de la réussite non seulement parce qu'ils craignaient la jalousie des dieux mais encore le danger de déséquilibre intérieur lié à tout succès comme tel. »
CIORAN, Aveux et Anathèmes
"Fiers de mon prix Goncourt, ils (mes fils) doivent se dire en
leur for intérieur qu'on a couronné un lascar qui cachait bien son
jeu. Ils ne se trompent guère. Cette distinction m'allait comme
une queue de morue à un garde champêtre. Alors pourquoi donner
tant d'importance à cet événement intempestif en lui consacrant
ces pages? C'est que j'avais besoin de me mettre à table, de
passer aux aveux, d'en finir une bonne fois pour toutes avec le
malentendu qui pesait sur ma vie désormais reverdie: ménage de
printemps. On en profite pour flanquer à la poubelle toutes sortes
de reliques qui encombrent les placards. On ouvre les fenêtres, on
arrache les vieilles tapisseries imbibées de nos marasmes et de
nos malchances, on reblanchit les plafonds témoins de nos
hébétudes. L'air frais a le goût du matin sur la mer. (..) Il
m'arrive encore de rêver, l'espace d'un éclair infinitésimal, que
je vais subitement me retrouver dans le jardin de
Montfort-L'Amaury, juché sur les collines au-dessus de Nîmes, un
matin de mai, lorsque l'air présente un versant chaud et un
versant frais. Il y aura ma grand-mère sous la tonnelle, en train
d'éplucher ses oignons, ma mère jouant les "Scènes d'enfants" de
Schumann au piano, mes deux sœurs se chamailleront dans le
grenier, le portail grincera, mon père entrera en poussant sa
bicyclette. - Il paraît qu'un jeune Nîmois est favori pour le
Goncourt - , me dira-t-il en sirotant son Antésite. Mais il ne
s'agira pas de moi. " J.Carrière.
Jean Carrière, dans un petit livre de réflexion douce-amère que
j'ai retrouvé récemment, règle ses comptes avec "son" Goncourt,
expérience déconstructive entre toutes dont il mit des années à se
remetttre. Celui-ci fut paradoxalement un succès de vente resté
inégalé jusqu'ici, des centaines de milliers d'exemplaires écoulés
pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.
Lu dans:
Jean Carrière. Les cendres de la gloire. Le Prix d'un Goncourt. Ed. JJ Pauvert. 1987. 235 pages. Extraits: Exergue, p.13, pp 234-235
12 janvier 2013
Le prix d'un Goncourt
« Le succès est un malentendu, le pire de tous peut-être. »
Jorge-Luis BORGES
"Une heure de l'après-midi. Armand Lanoux, dans le chahut habituel,
annonçait devant les micros et les caméras, en même temps que ma
victoire (Jean Carrière a reçu le Prix Goncourt le 21 novembre 1972,
pour son livre "L'épervier de Maheux") , une avalanche de déboires dont
c'est à peine si je vois la fin. (..) Quand je revois les séquences
prises à l'instant où le succès s'abattait sur moi comme un rapace, le
malaise que je ressens me montre quelle erreur j'ai commise en ne
restant pas terré au fin fond de mon Sud."
Lu dans:
Jean Carrière. Les cendres de la gloire. Le Prix d'un Goncourt. Ed. JJ Pauvert. 1987. 235 pages. Extraits: Exergue, p.13
11 janvier 2013
La mélodie de la limaille de fer
"Ainsi préparé, l'invité approche en silence du sanctuaire; s'il s'agit d'un samouraï, il laisse son sabre au râtelier placé sous l'auvent - puisque la chambre de thé est avant tout la demeure de la paix. Ensuite, il se courbe pour se glisser à l'intérieur de la chambre par une minuscule porte d'à peine trois pieds de haut. Imposé à tous les invités, sans distinction de rang, ce procédé avait pour but d'enseigner à chacun l'humilité. Selon un ordre de préséance fixé par accord mutuel durant l'attente sous le portique, les invités entrent l'un après l'autre sans le moindre bruit et ne viennent s'asseoir qu'après avoir contemplé avec déférence la peinture ou l'arrangement floral qui orne le tokonoma. L'hôte, lui, n'entre dans la pièce que lorsque tous les convives y sont installés et qu'un silence parfait y règne, sérénité que seul trouble le frémissement de l'eau dans le chaudron en fonte. Le chant du chaudron est subtil, car on a pris soin d'y disposer quelques morceaux de fer, afin d'engendrer une mélodie particulière où l'on peut reconnaître les échos, assourdis par les nuages, d'une cascade, du lointain déferlement des vagues sur les rochers, d'une ondée balayant une forêt de bambous, ou du soupir des pins sur quelque colline éloignée."
Lu dans :
Okakura Kakuzô. Le livre du thé. Ed. Philippe Picquier. 1996. 172 pages. Extrait p. 84
Okakura Kakuzô. Le livre du thé. Ed. Philippe Picquier. 1996. 172 pages. Extrait p. 84
09 janvier 2013
Recherche chambre de thé
"(..) notre méthode de décoration intérieure diffère de celle qui a cours en Occident. Dans les maisons occidentales, nous sommes souvent confrontés à ce qui nous apparaît comme une redite inutile. Par exemple, lorsque nous parlons à un homme qui se tient devant son propre portrait grandeur nature. Nous nous demandons alors lequel est réel, du portrait ou de celui qui nous parle, et nous sommes convaincus - étrangement - que l'un des deux doit être faux. Combien de fois nous sommes-nous assis à une table de fête en contemplant, au grand dam de notre digestion, quelque représentation de l'abondance ornant les murs de la salle à manger? Pourquoi ces tableaux montrant des scènes de chasse, ces sculptures délicates de poissons ou de fruits? Pourquoi cet étalage d'argenterie familiale, qui
vient nous rappeler les morts qui dînèrent ici autrefois?
La simplicité dévolue à la chambre de thé et son absence de toute vulgarité en font un véritable sanctuaire contre les tourments du monde. Là, et là seulement, nous pouvons nous consacrer sans le moindre trouble à l'adoration du beau. Au XVIe siècle, la chambre de thé offrit aux guerriers et aux hommes d'Etat, qui œuvraient à l'unification et à la reconstruction du Japon, des instants de répit bienvenu au milieu de leurs tâches ardues. Aujourd'hui, et ce sur toute la planète, l'industrialisme rend le véritable raffinement toujours plus inaccessible. Jamais l'homme n'a eu autant besoin de la chambre de thé! "
Lu dans :
Okakura Kakuzô. Le livre du thé. Ed. Philippe Picquier. 1996. 172 pages. Extrait p. 93-95
08 janvier 2013
Sagesse du thé
"Puis on emplit les tasses et l'on boit. 0 nectar! Les petites feuilles membraneuses demeurent suspendues comme des nuages s'écaillant dans un ciel serein ou flottent comme des nénuphars sur un étang d'émeraude. C'est un tel breuvage qu'évoquait Lo Tong, poète Tang, lorsqu'il écrivait: « La première tasse humecte mes lèvres et mon gosier, la deuxième rompt ma solitude, la troisième fouille mes entrailles mises à nu et y débusque mille volumes d'étranges idéogrammes, la quatrième suscite une légère sueur - et tout le noir de ma vie se dissout à travers mes pores. A la cinquième tasse, je suis purifié; la sixième m'expédie au royaume des Immortels. La septième - ah, je ne saurais en absorber davantage! Je sens seulement un souffle de vent frais gonfler mes manches. (..) Ah! Laissez-moi chevaucher cette douce brise et m'envoler loin d'ici! "
Lou Yu. Tch'a king. Le Code du thé.
Lu dans :
Okakura Kakuzô. Le livre du thé. Ed. Philippe Picquier. 1996. 172 pages. Extrait p. 46
Quand la science ne fait plus recette
"La France a eu cette année un prix Nobel de physique (Serge Haroche). Quand je lis dans les journaux la liste des choses importantes qui se sont passées en France, il n'y figure jamais. Tout le monde connaît Michael Jackson mais qui connaît Serge Haroche ? Il y a à peine 50 ans, si vous aviez le prix Nobel, vous deveniez immédiatement un héros national; aujourd'hui, cela a disparu du spectacle, comme s'il n'y avait pas de science ..."
Michel Serres
Sur les 10 premiers à se hisser en haut du palmarès des
personnalités les plus appréciées des Français, sept d'entre eux
sont acteurs et/ou humoristes. L'acteur Omar Sy se plaçe sur la
première marche du podium. Le suivent de près Gad Elmaleh, puis
Yannick Noah qui atterrit sur la troisième marche, Jamel Debbouze
et Jean Dujardin. Simone Veil, Zinédine Zidane et Dany Boon sont
eux aussi toujours et là et bien placés. Cette liste récente confirme bien la réflexion de Michel Serres.
Lu dans:
Michel Serres, William Bourton. Nous sommes à l'orée d'un nouveau monde. Le Soir 31.12.2012. p.13
07 janvier 2013
Un nouveau monde
"Ce n'est pas forcément en regardant la politique et l'économique qu'on a les réponses aux questions qu'on se pose. Nous vivons une bascule entre deux mondes. Et dans cette bascule, je crois que les questions les plus graves se passent ailleurs. Lors des tremblements de terre, on voit des lézardes mais à des kilomètres de profondeur, il y a des plaques tectoniques qui sont la cause de ces séismes. (..) Aujourd'hui, la crise économique, ce sont des lézardes superficielles et contemporaines, mais il y a des causes profondes qui travaillent. Si l'on prend du recul, on s'aperçoit qu'il s'est passé des événements dont on n'a pas beaucoup parlé et qui sont pourtant décisifs. Prenez le nombre des paysans en Belgique ou en France. Il est passé de 70-75 % en 1900 à 1,8 % en 2000. C'est un événement millénaire. Ce n'est plus le même monde. Si vous regardez l'espérance de vie, vous constatez que, vers les années 1850, elle était de 30 ans pour les femmes alors qu'elle est aujourd'hui de 85 ans. Ce n'est plus la même femme; ce n'est plus le même corps; ce n'est plus le même mariage. Nous étions un milliard lorsque je suis né (1930); on est 6,5 milliards aujourd'hui. Ce n'est pas la même humanité. Jusqu'en 1800, 3 % de cette humanité habitait en ville; en 2050, ce chiffre atteindra 70 %. Là encore, ce n'est plus le même monde."
Michel Serres
Lu dans:
Michel Serres, William Bourton. Nous sommes à l'orée d'un nouveau monde. Le Soir 31.12.2012. p.13
05 janvier 2013
La voix de la muette
"Ce qu'il y a de bien maintenant, avec la science, c'est que ce genre de personnes, on peut les voir dans le ventre de leur mère et on les tue."
cité par Marie Limet
Marie Limet n'a rien inventé. Tout ce qu'elle partage sur scène,
exhibant avec un humour décapant un avant-bras handicapé appareillé dont
elle joue avec maîtrise pour interroger et provoquer son public,
elle l'a entendu. Comme cette phrase, entendue à une exposition
sur Elephant Man: "Ce qu'il y a de bien maintenant, avec la
science, c'est que ce genre de personnes, on peut les voir dans le
ventre de leur mère et on les tue." On rit, et soudain on se
demande pourquoi, puisqu'on le fait. Le rire comme exorcisme de
toutes ces évolutions si rapides que nous ne les maîtrisons plus
guère.
Lu dans:
Catherine Makereel. Mettons les tabous sur la table. Le Soir 4.1.13. p.29
Marie Limet. Tout le monde ça n'existe pas. Théâtre de Poche, Bruxelles, du 8 au 26 janvier 2013.
04 janvier 2013
Pétards pleins la fête
Je lui imagine un visage. Il portait peut-être un de ces polar à capuche des gavroches de mon quartier. J'ai cru lire qu'il est mort le soir de l'an en faisant exploser des pétards. Je pense à ses parents, aux nombre de couches-culottes, de réveils la nuit, d'émerveillements des premiers pas, aux premiers septembre, aux 30 juin, aux rêves de diplômes, aux bouderies, aux fêtes des pères, aux noëls aux santons, aux grandes joies et aux vrais rêves pour cet enfant qui les continuerait. Le vacarme dérisoire de la pétarade sans fin ce 31 décembre 2012 de 22h30 à 2 heures du matin n'a désormais plus quitté mes oreilles, pétoire discontinue, dans tous les coins, le feu mis à l'arsenal. Des feux d'artifice de toute taille à 360° autour de la maison, à 100 mètres, à 500, à 2 kilomètres, à 10, comme si on fêtait un millénaire de lait et de miel, la naissance d'un monde neuf paré de toutes les promesses d'une prospérité jamais connue à ce jour, le plein emploi, la fin d'une grande guerre, la survenue de grandes inventions. Chez nos voisins d'outre-Quiévrain, les bengales ne suffisant plus à la fête, on alluma des voitures en batterie: on n'a que les fêtes qu'on se donne. S'il est triste de perdre un enfant à la guerre, le perdre en faisant exploser des pétards pour mimer une fête sans contenu constitue un chagrin dont on ne se remet guère.
.
25 décembre 2012
Noël, fête incertaine
"La sculpture trônait, sœur de toutes les autres, elle témoignait de la même obsession, faire du juste avec de l'injustice, de la passion avec de la misère. Et du désir avec de l'absence."
Claudie Gallay.
Joyeux Noël. Entre la rue de Tabora et la Grand-Place de Bruxelles, des
Pères Noël partout: à la vente du vin chaud, au violon, aux huîtres, sur
une escabelle faisant la quête. Près de la Bourse, un sans-abri s'est
lui aussi affublé d'une couverture rouge vif, de la barbe et du bonnet, à
l'abri d'une palissade où copulent frénétiquement ses deux chiens
bâtards. Je sens comme une envie de fuite. Le Noël qui se voit se heurte
dans mon esprit au Noël qui se vit, celui de toutes les solitudes, des
familles recomposées qui peinent à se rassembler, des enfants sans
attaches nettes recherchant un cadeau incertain. Noël constitue un
passage redoutable pour les fragilisés de la vie, celui où on se compte
autour du sapin, et où se font les bilans d'une année. Comme eux, je me
prends à attendre avec impatience ma modeste activité professionnelle
quotidienne, peuplée d'objectifs ô combien modestes "faire du juste avec
de l'injustice, de la passion avec de la misère, du désir avec de
l'absence."
Lu dans:
Claudie Gallay. Les déferlantes. Editions du Rouergue. La Brume. 2008. 526 pages. Extrait p.182
23 décembre 2012
Mon père ce héros
"Jour après jour, depuis la plage, un adolescent assiste aux évolutions d'un pilote d'acrobatie aérienne aux commandes d'un petit biplan. Tonneaux, boucles, perte de vitesse, glissades sur l'aile ou la queue, piqués, remontées en chandelle, brusques retournements, vrilles, redressements à basse altitude, passages sur le dos: chaque jour l'émerveillement dujeune garçon grandit à mesure qu'il apprécie mieux l'enchaînement des figures, leur rythme, toute l'aisance de cette pure beauté dans le ciel. Et voici qu'un jour il s'enhardit et se rend à bicyclette jusqu'au petit aérodrome dans l'espoir d'apercevoir son héros. Assis sur la barrière, un garçon à peine plus âgé est déjà là, et pour les mêmes raisons. Avec tout le sérieux dont l'adolescence est capable, il explique au nouveau venu que le biplan est un Stampe conçu en Belgique dans les années trente, qu'en dépit de son âge il est resté à l'acrobatie ce que le Stradivarius est au violon, qu'extrêmement léger, puisqu'il est fait de bois et de toile, il est tiré par un moteur de cent quarante chevaux qui en fait un petit bolide en même temps que sa double voilure lui assure la portance d'un grand oiseau. De fil en aiguille, et tout imbu de ce qu'il vient de lire dans la coupure d'un journal local affichée chez la boulangère, l'aîné ajoute que, si le pilote s'entraîne au-dessus de la mer, c'est pour ne mettre personne en danger s'il venait à s'écraser, qu'il est au nombre des quatre ou cinq meilleurs pilotes d'acrobatie au monde, qu'il a remporté de nombreuses compétitions, que, s'il vole le reste de l'année sur des avions plus rapides et plus modernes, il vient chaque été ici, pendant ses vacances, avec le Stampe démonté dans une remorque, que, en plus de ses exercices quotidiens, il s'entraîne chez lui à rester suspendu au-dessus d'une porte avec des bottes de gravité pour mieux se préparer à voler la tête en bas, que ses pires ennemis sont le voile noir qui, privant le cerveau de sang, peut lui faire perdre toute conscience pendant l'exécution d'une figure très serrée, et aussi l'éblouissement soudain du contre-jour, allié à toute la force de la réverbération du soleil sur la mer et qui, en quelques fractions de seconde, assez en tout cas pour enclencher le mauvais réflexe, peuvent se confondre à jamais dans son champ de vision.
Mais, déjà, le petit biplan se pose. Après deux ou trois cahotements, il s'immobilise sur le gazon. Le pilote arrache un dernier rugissement au moteur, qui répond par un curieux hoquet quand il coupe les gaz. Les deux adolescents s'attendent à voir descendre un dieu, peut-être Apollon lui-même, en tout cas un athlète. Ils aperçoivent un petit homme chauve, les cheveux grisonnants, ne mesurant guère plus d'un mètre soixante, très légèrement bedonnant, les pieds dans des charentaises d'un autre âge, ses lunettes de myope fixées sur le nez et les tempes par du gros sparadrap médical rose qu'il arrache maintenant en faisant la grimace avant de se moucher dans ses doigts, de les nettoyer soigneusement dans l'herbe, et de s'essuyer le visage du revers de sa manche parce que l'incroyable pression qu'il vient d'endurer et le froid intense dans le petit cockpit découvert ont inondé son visage de morve et de larmes. "
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait pp. 44-46
22 décembre 2012
De Cyrano à Obélix
"C'est possible.
Mais on n'abdique pas l'honneur d'être une cible."
E Rostand. Cyrano de Bergerac
Les revoilou. Depardieu, Tapie. Tapie, Depardieu. Ils apparaissent, et l'écran bruisse. Ils vivent de la controverse comme d'une friandise rare. Du Cyrano contemporain.
21 décembre 2012
Nantes
"Quand on ne voit pas Le Havre, c'est qu'il pleut.
Quand on voit Le Havre, c'est qu'il va pleuvoir."
Marcel Proust regardant la mer depuis Cabourg
Lu dans:
Monique Verdussen. Aimer, rêver, souffrir. Supplément Lire. LLB 12 novembre 2012. p. 4
Quand on voit Le Havre, c'est qu'il va pleuvoir."
Marcel Proust regardant la mer depuis Cabourg
Lu dans:
Monique Verdussen. Aimer, rêver, souffrir. Supplément Lire. LLB 12 novembre 2012. p. 4
17 décembre 2012
Les pépins de la réalité
"Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes (..)
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité."
Jacques Prévert
Que j'aime Prévert dont la poésie douce-amère colore si bien les récits
de mes patients. Ces "terrifiants pépins de la réalité" qu'on dépose sur
le bureau, plaintes et peurs, échéances difficiles, attente anxieuse de
résultats d'investigations, douleurs sourdes qu'on voudrait bénignes,
pertes et deuils, espoirs déçus, silhouettes alourdies, visages ravinés.
La pauvreté rend laid, les rues comme les gens, et quand quelques mots
choisis d'un poème hors du temps les illumine, nos journées s'en
trouvent embellies.
Lu dans:
Jacques Prévert. La promenade de Picasso.
16 décembre 2012
Inaccessibles rêves
"Grand-père bien-aimé, dis-je, donne-moi un ordre. Tu as souri, posé ta main sur ma tête. Ce n'était pas une main, mais un feu multicolore. Et ce feu s'est répandu jusqu'aux racines de mon esprit. - Va jusqu'où tu peux, mon enfant... - Ta voix était grave, sombre, comme si elle sortait de la gorge profonde de la terre. Elle avait atteint les racines de mon cerveau, mais mon cœur n'avait pas tressailli.- Grand-père, criai-je alors d'une voix plus forte, donne-moi un ordre plus difficile, plus crétois. Et brusquement, à peine l'avais-je dit, une flamme a déchiré l'air en sifflant (..) : -Va jusqu'où tu ne peux pas!-"
Nikos Kazantzaki. Lettre au Greco.
On croit deviner au loin la voix éraillée du grand Jacques Brel tenter,
"sans force et sans armure, d'atteindre son inaccessible étoile".
Transmettre nos impossibles rêves, tout en donnant les moyens de
les réaliser, beau programme au soir d'une existence. Un vieux
patient ayant beaucoup vécu avait coutume de rappeler qu'on
n'apprend rien à retourner sur le terrain de ses réussites, alors
que revenir sur le terrain des ses échecs avec de nouveaux outils,
mieux adaptés, accompagné de plus jeunes, faisait progresser
l'humanité.
"Le cri que tu as entendu ne vient pas de toi seul. Ce n'est pas
toi seul qui parles. D'innombrables ancêtres parlent aussi par ta
bouche. Ce n'est pas toi seul qui désires: d'innombrables
générations de descendants désirent déjà dans ton coeur. Tes morts
ne reposent pas dans la terre. Ils se sont transformés en oiseaux,
en arbres, en air. C'est à leur ombre que tu es assis, de leur
chair que tu te nourris, de leur haleine que tu te gonfles. Ils
sont devenus les idées et les passions qui déterminent ta volonté
et tes actes. «Ne meurs pas, sinon nous mourrons!» crient les
morts en toi. Nous n'avons pas eu le temps de jouir des femmes que
nous avons désirées. Toi, trouve le temps de les aimer! Nous
n'avons pas eu le temps de transformer nos idées en actes.
Trouve-le, toi! Nous n'avons pas eu le temps de saisir le visage
de notre espérance. Toi, saisis-le, fixe-le. Achève notre oeuvre,
achève-la! Jour et nuit nous traversons ton corps en criant. Nous
ne sommes pas partis, nous ne sommes pas séparés de toi. nous ne
sommes pas descendus dans la terre. Nous sommes enfouis au plus
profond de tes entrailles et nous continuons la lutte!»
Nikos Kazantzaki. Ancêtres.
Deux textes éclairants de l'oeuvre de Kazantzaki, l'inoubliable
auteur de Zorba le Grec dansant le sirtaki sur la plage du "plus
magnifique échec de sa vie". Et soudain la scène finale de ce film
d'anthologie nous devient compréhensible.
15 décembre 2012
14 décembre 2012
A l'ouest rien de nouveau
"Je me lève, je suis très calme.
Les mois et les années peuvent venir.
Ils ne me prendront plus rien.
Ils ne peuvent plus rien me prendre.
Je suis si seul et si dénué d'espérance que je peux les accueillir sans crainte. "
Erich Maria Remarque. A l'Ouest, rien de nouveau. 1928
Un regard d'un écrivain allemand sur la première guerre mondiale:
l'absurdité d'une guerre et le désespoir d'une génération sacrifiée.
Paul, un jeune soldat de 19 ans raconte sa vie dans les tranchées, dans
l'attente de l'armistice imminente et devant le vide de l'avenir qui
s'ouvre devant lui. "L'armistice va venir bientôt; maintenant, je le
crois, moi aussi. Alors, nous rentrerons chez nous; c'est à quoi
s'arrêtent mes pensées. (..) Si nous étions rentrés chez nous en mil
neuf cent seize, par la douleur et la force de ce que nous avions vécu,
nous aurions déchaîné une tempête. Si maintenant nous revenons dans nos
foyers, nous sommes las, déprimés, vidés, sans racine et sans espoirs.
Nous ne pourrons plus reprendre le dessus. (..) On ne nous comprendra
pas non plus, car devant nous croît une génération qui, il est vrai, a
passé ces années·là en commun avec nous, mais qui avait déjà un foyer et
une profession et qui, maintenant, reviendra dans ses anciennes
positions, où elle oubliera la guerre; et, derrière nous, croît une
génération semblable à ce que nous étions autrefois, qui nous sera
étrangère et nous écartera. Nous sommes inutiles à nous-mêmes. Nous
grandirons; quelques-uns s'adapteront; d'autres se résigneront et
beaucoup seront absolument désemparés; les années s'écouleront et,
finalement, nous succomberons. (..) Je me lève, je suis très calme. Les
mois et les années peuvent venir. Ils ne me prendront plus rien. Ils ne
peuvent plus rien me prendre. Je suis si seul et si dénué d'espérance
que je peux les accueillir sans crainte. La vie qui m'a porté à travers
ces années est encore présente dans mes mains et dans mes yeux. En
étais-je le maître? je l'ignore. Mais, tant qu'elle est là, elle
cherchera sa route, avec ou sans le consentement de cette force qui est
en moi et qui dit «Je».
Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit par une journée qui fut si
tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu'à
l'ouest il n'y avait rien de nouveau. Il était tombé la tête en avant,
étendu sur le sol, comme s'il dormait. Lorsqu'on le retourna, on vit
qu'il n'avait pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et
exprimait comme un contentement de ce que cela s'était ainsi terminé.
Lu dans:
Erich Maria Remarque. À l'Ouest rien de nouveau. 1928. Le Livre de Poche (1973) 224 pages.
13 décembre 2012
If
"Si tu sais méditer, observer et connaître
sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
penser sans n'être qu'un penseur
... tu seras un homme mon fils."
Rudyard Kipling.
Comme un oiseau au hasard d'une branche, ce fragment de Kipling a voleté
dans mes pensées ce soir. Que transmettons-nous à nos proches de ce qui
tisse nos existences, et qui soit essentiel? Peu, car s'il est
difficile de partager nos avoirs, que dire de notre être? Quel risque
aussi que de partager des convictions temporaires, aussitôt démontées
par les expériences, les échecs et les rencontres. L'histoire
personnelle de Rudyard Kipling l'illustre de manière dramatique. Premier
Prix Nobel de littérature anglophone, il écrit le célèbre "If" qui
reste le texte préféré des Anglais, exhortation au contrôle de soi et au
stoïcisme, indéniablement son plus beau poème. Cinq ans plus tard son
fils, le lieutenant John Kipling, est tué à la bataille de Loos en 1915.
Dans sa douleur, le père écrit ces lignes amères: « Si quelqu'un veut
savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur : parce que nos pères
ont menti » ("If any question why we died/ Tell them, because our
fathers lied"). Il est possible que Kipling ait éprouvé un sentiment de
culpabilité pour avoir contribué à faire entrer son fils dans la garde
irlandaise de la British Army, alors que le jeune homme avait été
réformé à cause de sa myopie. Il ne s'en remit guère, mais "If" demeura contre vents et marées attaché à sa légende.
12 décembre 2012
11 décembre 2012
Commedia dell'arte
"Combien de fois faudra-t-il donc que je te tue pour que tu meures ?"
Philippe de Broca, Le Bossu (1997)
Psychodrame politique en Italie, où réapparaît le vieux chef que l'on croyait presque mis en bière.
Lu dans:
Philippe Ridet. Berlusconi repart du terrain (de football). Blog Campagne d'Italie. Le Monde en ligne. 8.12.12
09 décembre 2012
Un jour de progrès
" Je me suis demandé pourquoi tous les efforts des politiciens étaient impuissants contre les maux de l'Europe, et j'ai vu qu'il n'y avait de salut pour elle que dans une réorganisation générale. "
Saint-Simon (1760-1825)
L’Union européenne recevra ce lundi 10 décembre à Oslo le prix Nobel de
la paix. Dans sa déclaration du 12 octobre 2012, le comité norvégien du
Nobel dit avoir voulu honorer le rôle stabilisateur joué par l’UE, qui a
su transformer la plus grande partie du continent européen, marqué par
la guerre, en un continent de paix.
08 décembre 2012
Et pourtant elle tourne
«Galilée: la gloire de cet homme de génie repose surtout sur des découvertes qu'il n'a jamais faites, et sur des exploits qu'il n'a jamais accomplis. Galilée n'a pas inventé le télescope, ni le microscope, ni le thermomètre. Ni l'horloge à balancier. Il n'a pas découvert la loi d'inertie; ni le parallélogramme de forces ou de mouvements; ni les taches du soleil. Il n'a apporté aucune contribution à l'astronomie théorique, il n'a pas laissé tomber de poids du haut de la tour de Pise, il n'a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n'a pas été torturé par l'Inquisition, il n'a point langui dans ses cachots, il n'a pas dit "eppur si muove", il n'a pas été un martyr de la science. Même la célèbre formule «Et pourtant elle tourne» (Eppur si muoue) est apocryphe. Elle a été inventée en 1757, largement plus d'un siècle après la mort de l'astronome, par un libelliste italien installé à Londres, Giuseppe Baretti, qui écrivait pour des lecteurs anglais dont il flattait l'antipapisme."
Arthur Koestler
Les légendes ont la vie dure, souvent réécrites en fonction de
l'idéologie dominante de l'époque où elles se créent. Celle de
Galilée, dont d'aucuns croient parfois qu'il est mort sur le
bûcher de l'Inquisition, y participe. L'antipapisme s'est
subtilement modifié au fil des siècles, et décrire un esprit
novateur mortellement persécuté par les préjugés religieux reste
porteur. Comme l'écrit Jean Sévillia dans un chapitre qu'il lui
consacre, la sentence prononcée contre lui par le tribunal du
Saint Office le 22 juin 1633, apparaît pourtant bien plus modérée
que ce que l'Histoire en a retenu. II est lui est interdit
d'enseigner la théorie copernicienne et de se livrer à
l'interprétation des Écritures. Une formule d'abjuration lui est
imposée, et le Dialogue est mis à l'Index. L'auteur est condamné à
une peine de prison dont la durée n'est pas spécifiée, ainsi qu'à
la récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept
psaumes de la pénitence - peine que l'astronome obtiendra de faire
dire par sa fille aînée, qui est religieuse. En guise de prison,
Galilée est d'abord assigné à résidence chez l'ambassadeur de
Florence, dont le palais n'est autre que l'actuelle Villa Médicis.
Au bout de deux semaines, il est autorisé à se rendre à Sienne, où
il s'installe chez l'archevêque, un de ses amis. Cinq mois plus
tard, Urbain VIII accorde à l'astronome la permission de regagner
Florence. C'est dans sa demeure d'Arcetri, dans la campagne
florentine, que Galilée va désormais vivre. Poursuivant son
travail de recherche, recevant élèves et amis, il écrit son
dernier livre, celui que les spécialistes considèrent comme son
apport principal à la science: les Discours, un traité sur la
dynamique et les lois du mouvement, publié à Leyde en 1638.
Galilée meurt en 1642, à 78 ans.
Lu dans:
Arthur Koestler. Les somnambules. Calmann-Lévy. 1961. 595 pages.
Jean Sévilla. Historiquement incorrect. Fayard. 2011. 360 pages. Extrait pp.82,83
Arthur Koestler. Les somnambules. Calmann-Lévy. 1961. 595 pages.
Jean Sévilla. Historiquement incorrect. Fayard. 2011. 360 pages. Extrait pp.82,83
07 décembre 2012
Le fromage évanoui
" Qu'advient-il du trou lorsque le fromage a disparu ? »
Bertolt Brecht
Grandeur et servitude, tous les membres de l'ancienne équipe dirigeante
de Fortis ont été inculpés hier pour les trois mêmes motifs:
manipulation de cours, escroquerie et faux en écriture: le trou.
Fortis-ABN Amro-Royal Bank of Scotland et Banco Santander: le fromage,
un rêve aujourd'hui évanoui.
06 décembre 2012
Sagesse d'enfance
"Dans un jardin public un homme observe un petit garçon en larmes dont les deux barquettes à la confiture viennent de tomber dans le sable. Et il découvre que son extrême légèreté, ce jour-là, doit autant à l'après-midi ensoleillé, et aux quelques minutes qu'il est en train de voler à ses activités professionnelles, qu'au drame de l'enfant proprement dit.
«Tant d'années pour émerger et en avoir eu si peu conscience jusqu'ici », se dit l'homme en songeant au cortège des malheurs ordinaires de l'enfance : la peur panique de l'obscurité lorsqu'il fallait se coucher. Les genoux entaillés après une chute sur l'asphalte. La morsure de l'alcool sur la plaie vive. Les poches percées et ses plus belles billes disparaissant dans une bouche d'égout. Ses jouets favoris brisés, perdus ou volés. Les chaussures trop petites, ou trop grandes. L'ennui irrépressible, certains jours, parce qu'au square personne n'acceptait un compagnon de jeu inconnu. La grisaille de l'itinéraire, quatre fois par jour, pour aller à l'école communale et en revenir. La peur d'être montré du doigt par le maître. Un temps étale enfin, sans la moindre aspérité, et la perspective des plus grandes joies elles-même qui paraissait toujours se perdre dans un futur improbable."
Marcel Cohen
Belle occasion de placer une description de souvenirs d'enfance ce 6 décembre. Belle Saint Nicolas à ceux qui peuvent encore la vivre.
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait pp.227,228
05 décembre 2012
Une décennie de paix
"(..) pour la violence internationale, les guerres proches ou lointaines, les télespectateurs que nous sommes sont persuadés que le monde est à feu et à sang. Or ce n'est pas toujours vrai. Les guerres sont plus "visibles" en temps réel, mais il peut arriver que leur intensité diminue. Si l'on quantifie en nombre de morts la violence guerrière, (..) la décennie 2001-2011 aura été la moins meurtrière que le monde ait connu depuis plus d'un siècle. Entre 2001 et 2011, les différentes guerres (Irak, Darfour, Afghanistan, Congo, etc.) ont fait moins d'un million de morts en dix ans. Le chiffre glace le sang, mais il n'est rien si on le compare à celui de la décennie précédente soit les années 1990-2000 (Tchétchénie Rwanda et Grands Lacs), ou à celui des années 1980 (Irak-Iran, Erythrée, intervention soviétique en Afghanistan), ou encore à celui des années 1970 (Vietnam, Cambodge, Angola, Bengladesh). Il faut remonter à la période 1815-1840, celle qui suit les hécatombes des guerres napoléoniennes, pour retrouver un étiage de victimes aussi bas que durant les années 2001 à 2011. Imaginons un grand journal ou une chaîne de télévision qui titrerait: Le monde connaît une accalmie sans précédent depuis un siècle: (..) il serait jugé irresponsable ou provocateur."
Jean-Claude Guillebaud.
Lu dans:
Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible. L'Iconoclaste. 2012. 215 pages. Extrait pp. 193-195
Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible. L'Iconoclaste. 2012. 215 pages. Extrait pp. 193-195
03 décembre 2012
A l'aune du Temps
«Votre demande me met dans l'embarras, car je mène une vie d'ermite et, depuis des années, celle aussi d'un homme malade, et ne peux recevoir de visite, non plus que m'intéresser à la diffusion et à la traduction de mes écrits. Il y a longtemps que je n'ai plus d'orgueil et ne fais fondamentalement plus rien pour la connaissance de ceux-ci. Si, cinquante ans après ma mort, quelqu'un quelque part sur terre s'y intéresse encore, tout pays pourra aller puiser et s'approprier dans mon œuvre ce qui lui conviendra. En revanche, si, dans cinquante ans, on a oublié mes écrits, c'est qu'ils n'étaient pas indispensables.»
H. Hesse.
Lu dans:
François Mathieu. Hermann Hesse, poète ou rien. Calmann-Lévy. 2012. 542 pages. Exergue.
Paroles d'aujourd'hui
"Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain
Qui meurt pour un oui ou pour un non."
Primo Levi (Se questo è un uomo - Si c'est un homme)
Dernière page d'un livre émouvant, qui se termine par l'évocation de
son père ouvrier. Les paroles de Primo Levi n'ont rien perdu de
leur force, ni de leur actualité.
Lu dans:
Max Gallo. l'oubli est la ruse du diable. Edtions XO. 2012. 397 pages. Extraits p.389
02 décembre 2012
L'oubli est la ruse du diable
"- C'est d'avant toi, tout ça, avait-il dit en se penchant sur cette machine à écrire dont il commençait à visser le clavier. Puis il faisait fonctionner le tabulateur, glissait une feuille de papier dans le tambour qu'il tournait et elle surgissait, blanche, vierge. Mon père commençait à nettoyer la machine, astiquant chaque touche, caressant le bâti métallique jusqu'à ce qu'il brille. - Comme neuve, disait-il en se reculant. Il ne la quittait pas des yeux, m'expliquant qu'elle était destinée à la casse, qu'elle avait donc été rayée de l'inventaire du matériel. Puis il l'avait soulevée, l'avait tournée et poussée vers moi. - Elle est pour toi. Tu peux gagner de grandes batailles avec ça. (..) Et, agenouillé devant elle, j'ai frappé, touche après touche, doigt après doigt, mes premiers mots italiens: « Mafalda divina commedia. » Ainsi a commencé ma deuxième vie.
Max Gallo
Comme le résume bien François Busnel dans L'Express de ce mois, "c'est le livre que l'on n'attendait plus et qui, pourtant, explique tous
les autres. Max Gallo signe, à 80 ans, ses Mémoires. Il trouve le ton
juste pour raconter ses failles et ses fêlures.." Aujourd'hui à la tête
d'une bibliographie qui compte une centaine de titres, membre de
l'Académie française, ancien porte-parole de François Mitterrand, ancien
député de sa ville natale, ancien patron de presse, cet historien n'a
rien oublié de ses origines d'Italien immigré à Nice, fils d'ouvrier
n'ayant autre horizon qu'un bac technique. Intime des grands intellectuels
de son temps (qui furent aussi de grands écrivains) : l'ombre de
Jean-François Revel et de Raymond Aron plane sur ce beau livre qui se
dévore comme un thriller.
Lu dans:
Max Gallo. l'oubli est la ruse du diable. Edtions XO. 2012. 397 pages. Extraits pp.168, 165.
01 décembre 2012
Sagesse cistercienne
"Que chacun s'efforce de ne pas être en dissidence avec soi-même.
Connais ta propre mesure
Tu ne dois ni t'abaisser ni te grandir, ni t'échapper ni te répandre.
Avance donc avec précaution dans cette considération de toi-même.
Sois envers toi intransigeant.
Evite lorsqu'il s'agit de toi l'excès de complaisance et d'indulgence. »
Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux (1090-1153)
Lu dans:
Max Gallo. L'oubli est la ruse du diable. Editions XO. 2012. 397 pages. Extrait p 523.
Max Gallo. L'oubli est la ruse du diable. Editions XO. 2012. 397 pages. Extrait p 523.
30 novembre 2012
De rêve et d'abandon
"Dormeuse, amas doré d'ombres et d'abandon."
Paul Valéry
Seul dans le cabinet silencieux, je me surprends à observer la pleine
lune par un interstice du rideau. Elle veille sur les rêves de tant de
personnes chères, dans les bras de Morphée à l'heure qu'il est. Sur
notre fils Benoît endormi au pied du mont Simandou en Guinée, sur nos
mômes si pleins de vie, et sur tant d'autres que nos vies croisent.
Leurs rêves rejoindront les miens dans quelques minutes, comme le
souffle Claude Roy :
"Tu traverses mon rêve sur la pointe des pieds
un doigt sur la bouche « Ne te réveille pas»
Je réponds dans mon rêve «Je ne dors pas je rêve»
Tu dis à voix basse «Est-ce moi qui rêve que tu dors?
Ou bien toi qui ne dors pas et je te parle en vrai? »
(..) Allez savoir où est la vraie Toutes le sont
et même celle de l'absence."
le Haut Bout . 25 septembre 1983
Lu dans:
Claude Roy. A la lisière du temps. Les passantes du rêve. NRF Gallimard. 208 pages. Extrait pp. 166,167
Claude Roy. A la lisière du temps. Les passantes du rêve. NRF Gallimard. 208 pages. Extrait pp. 166,167
28 novembre 2012
Moi, la face cachée
"Le sommeil est ce moment particulier où notre conscience nous échappe et devient l'autre de nous-même."
Juan Paparella
Juan Paparella expose à Tourinnes-la-Grosse "L'étranger. L'autre. Celui qui nous habite.", oeuvre monumentale représentant le trait oscillatoire dessiné à la mèche d'artificier d'un électroencéphalogramme de son sommeil. Symbole de la fragilité des choses, il la découpera en fragments à la fin de l'exposition, remis aux visiteurs et amis présents.
_
On s'aime comme on se quitte
"Chaque jour, après avoir accompagné son fils à l'école maternelle, une femme s'attarde à l'observer un instant à travers la porte vitrée donnant sur la cour de récréation. Et chaque jour, pendant quelques secondes au moins, suivant des yeux le petit anorak bleu roi et le bonnet rouge, elle est saisie de la même bouffée d'angoisse : c'est comme si l'enfant était déjà inaccessible dans la distance et la multitude de toute une génération. Alors qu'il était si désespéré à l'idée de la quitter, il y a quelques minutes à peine, le voici d'ailleurs, les joues encore mouillées de larmes, qui se met à sautiller et à courir comme tous les autres enfants. "
Marcel Cohen
Qui de nous n'a vécu pareille étape, involontairement cruelle: nos
enfants ne nous appartiennent guère. Au mieux, nous leur assurons une
piste de lancement, un espace de passage vers une existence propre. A
leur naissance, nous nous sentons pourtant investis d'une mission longue
comme un quart de vie, et quelques mois plus tard ils nous rappellent
déjà que nous ne constituons qu'une minime partie de leur univers. Pour
un temps, ils nous reviendront chaque jour, puis chaque weekend, puis
ils conduiront eux-mêmes leurs mioches en maternelle. Seule la porte
vitrée donnant sur la cour de récréation ne change guère, et je ne
changerais pourtant ma vie pour la sienne: nos petits d'hommes sont
faits de la chair dont on fait les projets, fragiles et forts à la
fois.
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait p.149
25 novembre 2012
Un coeur morcelé
"Ils portent le fer dans le ciel,
ils construisent des murs partout,
pour chaque mouvement du bras, une loi.
S'ils pouvaient faire des parcelles
avec le ciel, ils le feraient.
Assis dans l'herbe
entre les fleurs et les reflets du ciel,
je les regarde courir dans tous les sens.
Ils n'avancent pas.
Pire : ils reculent."
A. Romanes
Alexandre Romanes, poète gitan, ancien du cirque Bouglione, écrit mieux
que quiconque la souffrance des murs qu'on dresse, des parcelles, et des
législations contraignantes. A le relire, par-delà le récit de son
peuple, il me semble que c'est toute l'histoire des hommes qu'il pleure,
souffrances sans cesse reproduites et aussitôt oubliées.
Lu dans :
Alexandre Romanes. NRF. Gallimard. 2004. 98 pages. Extrait p. 50
L'air tissé par le vent
"L'eau
fait sonner son tambour
d'argent
Les arbres
tissent le vent."
F. Garcia Lorca
Soudaines secousses cette nuit dans un automne aux couleurs
impressionnistes. Des forces internes se réveillent, s'ébrouent,
renversant les plantes en pots de la terrasse et déshabillant les Gingko
Bilobas de leurs feuilles ambrées. Le bol de café dominical me rassure
les mains de sa douce chaleur, et je pense à la semaine qui s'ouvre en
contemplant le jardin. Combien de bonheurs, combien de malheurs? le
futur demeure une fascination.
Lu dans:
Federico Garcia Lorca. Poésies II. NRF Gallimard. 1955. 240 pages. Extrait p.161
24 novembre 2012
Tâches ingrates
"Un homme se demande quelle solitude élémentaire il cherche encore à préserver (et avec quelle étrange pudeur) quand il se croit tenu d'expliquer qu'il vient de passer une heure à s'acquitter de tâches ingrates, alors qu'en réalité il observait, allongé dans l'herbe, comme il le faisait enfant, l'offensive d'une légion de fourmis rouges contre les cohortes, sans cesse renouvelées, d'une armée de fourmis noires."
M. Cohen
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait p.80
23 novembre 2012
Eloge de la veille
"Je ne m'endormirai que si d'autres veillent."
Paul Eluard
« Dans ma compagnie, explique un ancien militaire, monter la garde était
considéré par tous comme une corvée. Personnellement, j'aimais la
solitude des nuits au grand air, et me portais fréquemment volontaire
(..), ce qui me valait de passer pour un excentrique. Comment expliquer
ce que je ressentais? Sans doute ne le comprenais-je pas tout à fait
moi-même. Ce qui ne m'empêchait pas d'être conscient de protéger des
bâtiments où personne n'aurait songé pénétrer. Qui tenterait d'entrer
par effraction dans une caserne bourrée d'armement où quelques centaines
d'hommes dans la force de l'âge, et parfaitement entraînés, dorment à
proximité de leur fusil ? Ainsi, ma présence était-elle plus symbolique
que dissuasive. En réalité, ce sont mes camarades endormis qui me
gardaient, non le contraire. Moi, il suffisait que je sois là !"
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait p.36
21 novembre 2012
Hasards simultanés
« Il arrive qu’une série de correspondances inhabituelles ou d’événements similaires ne forment pas une pure coïncidence, mais une coïncidence signifiante. Cette synchronicité est parfois ce que nous attendions pour nous pousser à des changements et des éveils auxquels nous sommes prêts. »
Pierre Teilhard de Chardin
Lu dans:
David Richo. Le pouvoir des coïncidences. Petite bibliothèque Payot. 2012. 263 p. Introduction.
Ces merveilleux fous volants
"Un UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle, drone de combat volant) est programmé pour suivre un trajet et atteindre un objectif, conduisant sa mission avec une grande autonomie, sans intervention humaine. Qui peut être tenu responsable d'une opération militaire menée avec ces drones autonomes ? Le commandant, le programmeur de drones, le constructeur de l'appareil?"
Laurent Checola et Edouard Pflim
Lu dans :
Laurent Checola et Edouard Pflimlin. Drones : des ONG demandent l'interdiction des "robots tueurs". Le Monde.fr . 20.11.2012
Laurent Checola et Edouard Pflimlin. Drones : des ONG demandent l'interdiction des "robots tueurs". Le Monde.fr . 20.11.2012
20 novembre 2012
Métamorphose dans la nuit
"Soir après soir, lorsqu'il éteint sa lampe de chevet avant de s'endormir, un homme retrouve cette pensée telle une petite flamme qu'il ne parviendrait pas à étouffer en dépit de toutes les difficultés du jour: si une maturation lente, échappant à toute conscience, a bien lieu pendant le sommeil alors, et si minime soit-elle, ce n'est pas tout à fait le même homme qui s'éveillera le lendemain, ni tout à fait dans le même monde."
Marcel Cohen
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait p.102
17 novembre 2012
Le prix d'une médaille
"Un mathématicien est comme un aveugle dans une pièce noire, cherchant à voir un chat noir, qui n'est peut-être même pas là."
Cédric Villani
Quand un lauréat récent de la médaille Fields de mathématiques
raconte son quotidien dans l'élucidation de questions de physique
statistique, maîtresse jalouse qui hante ses nuits et ses weekend,
cela donne un livre étrange (Théorème vivant, 2012, Grasset).
Pot-pourri où il livre en vrac récit de vie, messages électroniques, articles scientifiques, croquis et démonstrations
manuscrites, rêves, désillusions et petites vanités. On ne
comprend qu'un tiers, mais on a l'ambiance, la petite musique d'un
monde pas exempt d'une certaine schizophrénie où se mêlent en
permanence la réalité, les hallucinations visionnaires et quelques
moments inattendus où surgissent soudain la solution de questions
restées sans réponse depuis des décennies. Un monde hermétique
pour qui n'en possède pas les clés, ce qui n'est pas l'apanage des
mathématiques d'ailleurs, que le lecteur lambda découvre en se
risquant un oeil par le trou de la serrure.
Lu dans:
Cédric Villani. Théorème vivant. Grasset 2012. 280 pages. Extrait pp 263-264.
16 novembre 2012
D'ombre et de lune
"Une nuit d'été, deux hommes jouent aux échecs sur le pont d'un navire. Soudain, la pleine lune, émergeant entre les nuages, projette si bien l'ombre des pièces à leurs pieds que les joueurs s'interrompent pour suivre cette seconde partie qui s'est engagée à leur insu et en grandeur nature. En effet, les pièces ne se détachent pas seulement sur le pont avec une netteté confondante : animées par le double mouvement du roulis et du tangage, elles grossissent, s'entre-dévorent, se ruent sur les joueurs eux-mêmes puis, démesurées, se font un instant hésitantes et refluent en s'amenuisant. Elles amorcent alors un mouvement de rotation, s'effilent, vacillent, se couchent, s'emmêlent, avant de surgir une fois encore de l'ombre. Mais les deux hommes aperçoivent maintenant une pièce supplémentaire : un fou, ou une reine, se déplaçant sur la diagonale à une vitesse telle qu'à l'évidence elle ne doit plus rien aux mouvements du navire : l'ombre d'un homme sur le pont. ".
Marcel Cohen
J'ai aimé ce court texte décrivant les plans enchevêtrés de notre existence où se superposent comme sur l'écran d'une lanterne magique nos actes, la représentation que nous nous en faisons et le monde extérieur. Nos vies sont ce jeu d'ombres et de lune sur le pont du navire qu'agite le roulis.
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait p. 68
13 novembre 2012
Visages de la peur
"La nuit, dans un faubourg où il s'est égaré, un homme doit affronter un gros chien le menaçant au milieu d'une rue déserte. Loin de rebrousser chemin, le passant choisit de poursuivre sa route : il est trop mécontent de lui ce jour-là, trop fatigué, trop assommé par tout le désespoir de ce quartier éloigné pour accepter, de surcroît, l'idée de rentrer chez lui en ayant manqué de courage. Lorsqu'il parvient à sa hauteur, le chien hurle avec rage en montrant les crocs. Cependant, loin d'attaquer il recule et, maintenant que l'homme est à sa portée, il se calme même un peu. Bientôt, les aboiements tournent au grognement, et de plus en plus faible, tandis que l'animal baisse les oreilles. L'homme a largement dépassé le chien quand il se retourne. C'est pour apercevoir l'animal silencieux, tout penaud au milieu de la rue, et qui agite faiblement la queue. Se sentant encouragé par le regard du passant attardé, il lui emboîte même le pas. «Nous avons eu peur l'un et l'autre », murmure l'homme en lui caressant le crâne de sa main encore moite, «nous avons été courageux l'un et l'autre. Et maintenant qui n'aurait besoin d'un peu d'amour? »
Marcel Cohen
Lu dans:
Marcel Cohen. Faits. NRF Gallimard. 2002. 242 pages. Extrait pp. 13-14
Rêver l'impossible
"Peu de rêves sont aussi séduisants que ceux qui sont impossibles."
B. Larsson
Faut-il espérer dans ce cas qu'ils se réalisent? Un jeune patient,
étiqueté d'étourdi par ses professeurs, rêvait de devenir Américain et
pilote de Boeing. Il devint les deux. Aux dernières nouvelles, ruiné par
le jeu, l'argent et les femmes faciles, il ne survivrait que grâce à
des emplois précaires. Ses parents sont morts, emportant les dernières
nouvelles de son enfer.
Lu dans:
Björn Larsson. Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers. Grasset. 2012; 491 pages.
11 novembre 2012
Au son du Last Post
"Je ne m'endormirai que si d'autres veillent."
Paul Eluard
Soir de 11 novembre. Si on tend l'oreille, l'écho du Last Post se
répercute jusqu'aux murs de mon bureau silencieux. La maison a retenti
ce matin des cris et des sauts de nos petits-enfants. Me revient en écho
l'image sépia d'un grand-père revenu malade d'une guerre de tranchées
sur l'Yser, et que je ne connus pas. Si peu de générations séparent ces
rires et cette vie hypothéquée, ces enfants rieurs et ce Poilu qui
partit selon toute vraisemblance avec optimisme pour une guerre qu'on
croyait courte. La semaine passée, deux de nos petites-filles
sautillaient entre les tombes, trouvant que "c'était beau un cimetière,
avec plein de fleurs partout, et des feuilles couleur or qui volent
partout". Ce passé qui prend la main de l'avenir donne une texture à nos
journées.
Lu dans:
Eluard cité par David Lelait-Hélo. Sur l'épaule de la nuit. Editions Anne Carrière. 2010. 175 pages. Extrait p. 158
09 novembre 2012
La gratuité de vivre
"N’être que l’odeur des fruits.
N’être que l’heure en suspens.."
Jean Grosjean
Une journée se termine, lisse et bientôt oubliée. Des rencontres, des
paroles, des questions, quelques ébauches de réponses. Ni querelle
vaine, ni angoisse excessive, c'est déjà du bonheur. A celui qui me
demandera "qu'avez-vous fait le 8 novembre 2012?" il me sera impossible
de citer le moindre fait saillant. Comme vous sans doute, je me serai
coulé dans le lit du fleuve et laissé porter par la gratuité de vivre: «
Courir dans les champs, / sentir le vent, / ce n’était pas assez. /
Comme tous ceux / qui n’ont rien dans la tête, / moi aussi j’ai cru /
qu’il fallait faire des choses. (..) La neige, le vent, les étoiles : /
si le coeur est parfait, / pourquoi vouloir plus ? » (A. Romanes).
Lu dans:
Jean Grosjean, Les Vasistas, Paris, Gallimard, « Romance », p. 12.
Alexandre Romanès, Sur l’épaule de l’ange, Paris, Gallimard, p. 54.
07 novembre 2012
Opportunité n'est pas choix
"La vie, c'est ce qui t'arrive alors que tu es occupé à faire d'autres plans." ("Life is what happens to you while you're busy making other plans.")
John Lennon. Beautiful Boy.
John Lennon berce son second fils Sean au son de cette mélodie qu'il
vient de composer pour lui, quelques mois avant sa mort violente près de
Central Park. Sans doute rêve-t-il aux multiples opportunités d'une
existence, aux portes prématurément refermées comme aux fenêtres qui
s'ouvrent. Ces pensées m'ont occupé durant cette journée, oscillant sans
cesse entre soleil et brume, entre espoirs et craintes des divers
patients venus se confier. "Planifier au minimum pour s'adapter à tout
pourrait être la devise du monde vivant" relève Dominique Dupagne, et -
qui sait? - la clé de son avenir.
Obama: quatre ans de plus. Il s'en fallut d'un cheveu cette nuit qu'il puisse méditer la ritournelle de Lennon. A quoi tient l'Histoire ..
Lu dans:
Renata Saleci. La tyrannie du choix. Albin Michel. 2012? 216 pages. Extrait page 206.
Dominique Dupagne. La revanche du rameur. Michel Lafon. 2012. 345 pages. Extrait p.115
Sagesse du choix
"Deux routes divergeaient dans un bois, et moi,
J'ai pris celle par laquelle on voyage le moins souvent,
Et c'est cela qui a tout changé."
Robert Frost. La route non prise.
Lu dans:
Renata Saleci. La tyrannie du choix. Albin Michel. 2012? 216 pages. Extrait page 164.
02 novembre 2012
Sagesse d'un astronome
"Moi qui passe et qui meurs, je vous contemple, étoiles!
La terre n'étreint plus l'enfant qu'elle a porté.
Debout, tout près des dieux, dans la nuit aux cent voiles,
Je m'associe, infime, à cette immensité;
Je goûte, en vous voyant, ma part d'éternité. "
Claude Ptolémée, dit l'Astronome.
Géographe, mathématicien, astronome, auteur de traités
d'optique, de tables chronologiques, d'un essai ("Sur les
harmoniques"), d'un ouvrage philosophique ("Sur les critères et
les principes
vecteurs de l'âme"), Claude Ptolémée, vécut à Alexandrie vers
l'époque de Marc Aurèle. Disciple de l'astronome Hipparque de
Bithynie, plus vieux que lui d'un demi-siècle, il le compléta
portant de 850 à 1022 le nombre des étoiles fixes cataloguées par
son prédécesseur. Ses ouvrages, traduits en arabe, servirent de
fondement à l'astronomie musulmane du Moyen Age; en Europe, son
système s'efforçant d'accorder les données mathématiques avec le
mouvement apparent des astres régna jusqu'à Copernic et Galilée.
Le jardin rouille sous la pluie, donnant sa juste tonalité à la
fête des morts. Nos pensées s'envolent vers tant d'êtres chers
disparus à notre vue, nous situant nous-mêmes dans le vaste cours
des choses. Il me plaît de m'y aider en lisant Ptolémée, plutôt
que Glycon dans une tonalité bien plus sombre : "Tout est rien,
tout est vide, et tout farce grossière. Nous sortons du chaos pour
devenir poussière." (Anth/pal. X.124).
Lu dans:
Seule épigramme connue de Claude Ptolémée, dit l'Astronome (IIème siècle de notre ère). Anth. Pal., IX
Marguerite Yourcenar. La Couronne et la Lyre. Gallimard. NRF 1979, 485 p., extrait page 381-382
31 octobre 2012
La lente dénaturation de l'identité
"Aujourd’hui, il est techniquement possible de dénaturer la vie d’une personne – ce qu’elle est, comme elle est, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, ce qu’elle pense, ce qu’elle écrit – et l’altérer subtilement petit à petit au point de la dénaturer en totalité, et de provoquer en elle des dommages irréparables. Le pire est sans doute que ces opérations délictueuses ne résultent même pas d’une conspiration politique, économique ou culturelle mais, plus vulgairement, de pauvres diables qui, de cette manière, essaient de combattre l’ennui et la pauvreté terrible de leurs vies."
Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature péruvien
Deux mésaventures récentes sous-tendent cette réflexion récente et désabusée du Prix Nobel péruvien et espagnol de Littérature (2010). L’une concerne Philip Roth qui a demandé à Wikipédia de modifier une information qui apparaissait sur sa page, et qui n’était pas exacte. Requête à laquelle Wikipédia a répondu que "la parole de l’auteur était une source non suffisante à la modification de cette information". L'autre touche Vargas Llosa lui-même, surpris de découvrir deux textes diffusés via Internet, signés de lui et qu’il n’a pas écrits. Après avoir consulté un avocat qui l'a dissuadé de procéder vu la complexité de la question du droit d’auteur et du copyright sur Internet, et de la difficulté de trouver les personnes à l’origine de ces textes, il a considéré qu'il valait mieux oublier tout ça. Ces textes poursuivent donc leur existence de contrebande sous son nom, en toute impunité.
Lu dans:
Mario Vargas Llosa. La identidad perdida (L’identité perdue). Tribune publiée dans le quotidien espagnol El Pais le 21 octobre 2012.
L’identité perdue ? Xavier de la Porte. L'identité perdue. InternetActu. 29/10/12
30 octobre 2012
La fleur au canon
"Belle et grande et juste guerre. Je sens profondément qu'on sera vainqueur."
Alain-Fournier. Lettre à sa soeur.
Le 4 août 14, le lieutenant Henri Fournier écrit à sa soeur. Un
mois plus tard, il meurt au front. Il venait de terminer la
rédaction du Grand Meaulnes dans lequel il fait dire à son héros
"dans la mort seulement, je retrouverai peut-être la beauté de ce
temps-là?" Quatre années de tranchées et de combats meurtriers
descillèrent les yeux des engagés de 14, quand ils survécurent.
Sommes-nous pour autant devenus plus lucides?
Lu dans :
Jean-Christian Petitfils. Le frémissement de la grâce. Le roman du grand Meaulnes. Fayard. 2012 . 263 pages. Extrait p.245.
28 octobre 2012
De l'écriture
"L'écriture est la peinture de la voix."
Voltaire.
“Il y a quelques mois, j’ai réalisé que je n’avais aucune idée
de ce à quoi ressemblait l’écriture manuscrite d’un de mes meilleurs
amis. Je le connais depuis 10 ans, mais nous n’avons jamais utilisé
l’écriture manuscrite pour communiquer, ni une lettre, ni une carte
postale, ni un petit mot. Je ne sais pas si son écriture est droite ou
inclinée, italique ou arrondie, élégante ou bâclée. M’a frappé
l’évidence que nous étions à un moment de l’Histoire où l’écriture
manuscrite semble sur le point de disparaître de nos vies. Nous l'avons
abandonnée pour quelque chose de
plus mécanique, moins distinctement humain, quelque chose qui dit
moins sur nous. (..) Dans le passé, l’écriture manuscrite était
considérée comme le signe le plus fort de l’individualité. De la
même manière que les rituels et autres petites conséquences liés à
l’écriture avec un stylo. Ainsi la petite bosse calleuse sur le
côté de l’index. Ou le mâchonnage du stylo (et même tout ce qu’on
pouvait faire avec le morceau de plastique au bout d’un bic). Nos
rituels et l’engagement sensoriel avec le stylo nous relient à
lui. Ce qui n’est pas le cas avec les manières d’écrire
d’aujourd’hui. Comme tout le monde, depuis une vingtaine d’années,
j’écris beaucoup sur ordinateur. Et je peux identifier très
précisément quand je suis passé du stylo au clavier. C’était en
1987, pour écrire mon PhD à Cambridge. Mais depuis tout ce temps,
je n’ai pas identifié de vraies sensations pour cet objet, ne
pouvant pas le sucer ou le regarder comme une extension directe de
mon être, comme je le fais avec un stylo. Le stylo est avec nous
depuis si longtemps qu’il semble presque en vie, comme un doigt
supplémentaire. Les autres outils contemporains d’écritures, comme
les téléphones, occupent un espace psychologique qui est plus
proche du stylo. Il y a dix ans, les gens gardaient leurs
téléphones dans leur poche. Aujourd’hui, ils l’ont continuellement
à la main, comme un petit animal colérique, qui nous scrute d’un
air maussade, et exprime le besoin d’être constamment apaisé. Très
clairement, les gens regardent leurs téléphones comme, jusqu’à un
certain point, une extension d’eux-mêmes. Et pourtant, nous
n’avons pas développé avec eux tous ces petits et plaisants gestes
qui sont l’ordinaire de notre rapport au stylo. Si vous aperceviez
quelqu’un en train de sucer son téléphone pendant qu’il réfléchit
à la prochaine phrase de son texto, vous penseriez qu’il est
complètement fou. (..)
De la même manière qu’on ne glisse pas toujours des plats préparés dans
notre four à micro-ondes, et qu’il nous arrive, par amour pour ceux que
l’on nourrit, de prendre le temps d’éplucher des légumes, de suivre une
recette pas à pas, l’écriture manuscrite est bonne pour nous. C’est par
cette voie que l’écriture manuscrite reviendra dans nos vies, comme un
plaisir, comme quelque chose qui nous fait du bien, qui est plus humain
que d’autres moyens de communication."
Lu dans :
Xavier de la Porte. L’encre perdue. Blog InternetActu.net. 15/10/12
Philip Hensher. The Missing Ink : The Lost Art of Handwriting, and Why it Still Matters (L’encre perdue : l’art oublié de l’écriture manuscrite, et pourquoi elle importe encore). Macmillan. 2012. 300 pages
Heure d'hiver
"La dernière nous tue".
Sagesse de cadran solaire
Une heure de bonus. Belle occasion d'ajouter quelque chose d'inattendu à cette journée.
26 octobre 2012
Vue sur nuit
"La grange a brûlé -
A présent
Je vois la lune."
Masahide ( 1657 - 1723 )
Il a perdu toute protection, et son emploi dans une multinationale. Il a
cinquante ans et bénéficie - qu'en français ces choses-là sont bien
dites - d'une mise à la retraite anticipée. La bergerie provençale de
sa prime enfance l'héberge désormais, et le tilleul, et la vision du
Ventoux. Qu'il lui ait fallu tout ce parcours pour admirer le
bourdonnement de l'abeille se lovant dans une fleur, et leur gratuité,
est une découverte.
Lu dans :
Julie Otzuka. Certains n'avaient jamais vu la mer. Phébus. 2011 . 144 pages. Exergue.
L'épouvante du vide
"Quand vous êtes habitués à une stimulation constante, dès qu’elle vous manque, vous ne savez plus quoi faire de vous-mêmes. Quand vous êtes habitués à ne plus avoir aucun temps mort, tout vide produit de l’angoisse. Et là, nous avons le smartphone, il est le perpétuel soulagement à nos angoisses."
Doug Gross
... ou rêvasser sur un banc la joue caressée par le soleil d'automne. Il n'est pas certain que l'ennui soit éliminé par l'activité.
Lu dans :
Doug Gross. Les smartphones ont-ils tué l’ennui ? http://internetactu.blog.lemonde.fr/tag/alienation/
25 octobre 2012
La chute
"Je m'appelle Peter. Pendant plus de 15 ans j'ai été le n°2 dans un gang spécialisé dans l'extorsion de fonds, le chantage, le racket, les enlèvements, les vols avec violence. Et l'alcool a détruit tout ça."
Voutch.
23 octobre 2012
Prendre les mots au sérieux
« Après cette victoire, même si elle n'a pas été durable, il fallait une réévaluation, il fallait se demander si l'humanité méritait encore qu'on lui fasse confiance, chercher où nous avions échoué, où se trouvait la première faute, le premier écart dont les autres échecs sont issus. En réalité, pour moi, la première faute, le premier écart, le premier échec est de ne pas avoir pris les mots au sérieux. Cela doit toujours nous servir d'avertissement. Bien sûr, les métamorphoses que les sciences font entrevoir constituent un appel puissant à l'imaginaire. Bien que les circonstances soient très différentes, je crois pourtant qu'il ne faut jamais perdre la leçon de ce que nous avons constaté. La ligne de partage peut être vite franchie: des choses impossibles deviennent possibles, l'impensable devient pensable. Alors, faisons attention, il s'agit du sort de l'humanité. Le plus grand danger, c'est au fond quand le mal prend le visage du bien."
Elie Wiesel
Michel Serres suggère que désormais "il n'y a plus d'autre autorité que la conviction."
Lisant Elie Wiesel, on en accepte l'augure. Rescapé des camps,
écrivain, prix Nobel de la Paix, il voit la fondation créée avec les
fonds reçus s'effondrer financièrement dans la faillite frauduleuse de
Bernard Madoff en 2008. On lui propose le poste de président de l'état
d'Israël, qu'il décline "car il n'est qu'un écrivain". Des prises de
position (le soutien à la guerre en Irak) qu'il regrette, motivées par
son admiration profonde pour Colin Powell (« un grand soldat est un
homme qui n'aime pas la guerre ») n'enlèvent rien aux interrogations
fortes qu'il nous envoie. Avez-vous lu le récit de sa captivité, La
nuit?
Lu dans :
Elie Wiesel La Ville de la chance Seuil 1962
Monique Atlan, Roger-Pol Droit. Humain. Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies. Flammarion 2012 560 paeges extrait p 501
Ube biographie succincte d'Elie Wiesel sur Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Elie_Wiesel
22 octobre 2012
Poussière de vie
"Des rais obliques, où danse la poussière, filtraient à-travers les volets clos."
Christine Vigneron
Douze mots, et de la poussière écrivent un traité contre le désespoir.
Lu dans:
Christine Vigneron. Jean est là-bas. Arléa. 2010 110 pages page 15
18 octobre 2012
Eloge de la fuite
"Face à la mer qui monte il est souvent préférable de construire un bateau pour explorer de nouveaux territoires plutôt que de s'échiner à construire une digue de sable."
F. Dupagne
Ou comment résumer en une courte phrase l'"Eloge de la fuite" d'Henri
Laborit (1985, Folio), le chirurgien qui s'orienta ensuite vers la
recherche fondamentale et la biologie des comportements. "Quand il ne
peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y
a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc
bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de
la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière
avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la
seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de
découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes
retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la
chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers,
la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.
Vous connaissez sans doute un voilier nommé « Désir ».
Le marin qui sommeille en nous finirait-il par aimer les tempêtes, qui
débouchent sur des horizons nouveaux? Entre cape et fuite, il reste une
possibilité, celle de faire demi-tour et tenter de rentrer au port.
Choix de marins, choix de vie, duquel rêverez-vous cette nuit?
Lu dans:
Dominique Dupagne. La revanche du rameur. Michel Lafon. 2012. 345 pages. Extrait p.311
Dominique Dupagne. La revanche du rameur. Michel Lafon. 2012. 345 pages. Extrait p.311
« L’homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu’il aura tout mangé, il ne faudra pas s’en étonner. »
Andreï Tarkovski, cinéaste (1932-1986)
Lu dans:
Le Soir. 17 octobre 2012. p.40
17 octobre 2012
16 octobre 2012
14 octobre 2012
Sagesse de jungle
"Personne n'a le droit de te mordre, et surtout pas un lapin."
Voutch
Papa loup donne ses conseils à son louveteau. J'adore.
C'était Waterloo
« Rien n'est plus triste qu'une bataille gagnée, si ce n'est une bataille perdue."
Wellington, parcourant le champ de bataille le soir de sa victoire à Waterloo.
Victor Hugo, dans Les Misérables, donne à ce moment une intensité
épique. On est dans la défaite : on la respire, on la boit, elle
vous étouffe. Et, miracle de l'art, elle se transforme en beauté
tant elle traduit l'inéluctable destin humain qui est de perdre,
de souffrir, de périr. « Si quelque chose est effroyable, s'il existe une réalité qui
dépasse le rêve, c'est ceci : vivre, voir le soleil, être en
pleine possession de la force virile, avoir la santé et la joie,
rire vaillamment, courir vers une gloire qu'on a devant soi,
éblouissante, se sentir dans la poitrine un poumon qui respire, un
cœur qui bat, une volonté qui raisonne, parler, penser, espérer,
aimer, avoir une mère, avoir une femme, avoir des enfants, avoir
la lumière, et tout à coup, le temps d'un cri, en moins d'une
minute, s'effondrer dans un abîme, tomber, rouler, écraser, être
écrasé, voir des épis de blé, des fleurs, des feuilles, des
branches, ne pouvoir se retenir à rien, sentir son sabre inutile,
des hommes sous soi, des chevaux sur soi, se débattre en vain, les
os brisés par quelque ruade dans les ténèbres, sentir un talon qui
vous fait jaillir les yeux, mordre avec rage des fers de chevaux,
étouffer, hurler, se tordre, être là-dessous et se dire: "Tout à
l'heure, j'étais un vivant!" »
Le vote dans nos pays a remplacé le canon. Victoire, défaite demeurent,
l'élection reste une confrontation, voire un combat de chefs. Nettement
moins épique toutefois que la description qu'en fait Victor Hugo. Ce
soir pourtant, on laissera avec un certain amusement les vainqueurs
avancer leurs bulletins de victoire.
Lu dans:
Jean-Marie Rouart. Napoléon ou la destinée. Gallimard 2012. 347 pages.
13 octobre 2012
La vie comme une chance
"La seule définition qui vaille est connue, et ne va pas fort loin. Elle dit en substance que l'homme est une page blanche, le seul des vivants à se construire, à se confronter à ce vide qui le constitue, et à devoir y inscrire, à mesure, une histoire que nul ne connaît, et surtout pas lui-même, avant qu'il ne l'invente. D'où cette conséquence, autre version de la même idée : l'humain se définit par le fait qu'il se demande ce qu'il est. De tous les vivants, lui seul est taraudé par l'énigme insoluble de son existence, de sa place, de son identité. "
Monique Atlan, Roger-Pol Droit.
Bienvenue à Cécilia, qui soudain s'invite à la table familiale chez
Laurence et Pascal par un tonitruant "poussez-vous là, et faites-moi une
place". Selon la formule consacrée, la maman et le bébé vont bien. Née
hier, retour à la maison aujourd'hui, les temps changent. Que sera son
existence, comment se transformeront les cellules-souches de sa vie
débutante, de quels récits se noirciront les plages blanches du cahier
de ses jours? Faisons confiance, son arrivée est une chance.
Lu dans:
Monique Atlan, Roger-Pol Droit. Humain. Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies. Flammarion 2012 560 pages. Extrait p 10
Monique Atlan, Roger-Pol Droit. Humain. Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies. Flammarion 2012 560 pages. Extrait p 10
12 octobre 2012
L'âme des choses
"Les objets ne doivent pas tous avoir servi à quelque chose. Une tige et une rondelle d’acier forgé, sur le bureau, sont surtout le résultat concret d’un savoir-faire, celui du grand-père qui les avait rangées dans un tiroir. Il en émane l’idée d’une perfection dans le travail et le souvenir de celui qui l’a accompli : « Sur ma table, c’est sa présence, mieux qu’une photo ou quoi que ce soit d’autre. En dix heures, il a fallu percer la rondelle, puis creuser les cinq pans au bon angle, et soigner la perpendiculaire au plan. Puis araser sur la tige les mêmes six pans, la lime travaillant alors de l’extérieur et non plus de l’intérieur, puis commencer la longue approche de l’ajustement. »
François Bon
Lu dans:
Pierre Mauty. Objets inanimés, avez-vous une âme ? Le Soir Livres. 12 octobre 2012. p.41
François Bon . Autobiographie des objets . Seuil. 2012. 244 p.
11 octobre 2012
Y a un homme qui part
"Malheureux celui qui ne se réjouit plus quand on sonne à sa porte".
Les Misérables. Victor Hugo.
"Regarde bien, petit,
Regarde bien
Sur la plaine là-bas
À hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien, petit,
Regarde bien
Est-ce un lointain voisin
Un voyageur perdu
Un revenant de guerre
(..) Est-ce mon frère qui vient
Me dire qu´il est temps
D´un peu moins nous haïr?
Ou n´est-ce que le vent
Qui gonfle un peu le sable
Et forme des mirages
Pour nous passer le temps?
Sur la plaine là-bas
À hauteur des roseaux
Entre ciel et moulin
Y a un homme qui part
Que nous ne saurons pas
Regarde bien, petit,
Regarde bien
Il faut sécher tes larmes
Y a un homme qui part
Que nous ne saurons pas
Tu peux ranger les armes."
Jacques Brel
10 octobre 2012
Pages sur la neige
"Il faut apprendre à lire la page qui déjà s'efface
parce que le temps se fait plus doux et que la neige fond
Que dit le texte imprimé sur le sel blanc crissant?
Que disent les caractères sur le sable fuyant?
Peut-être simplement qu'il suffit d'avancer pas à pas
le plus léger possible insouciant de durer
content qu'il ait neigé et content qu'il déneige
prenant le soleil comme il va la brume comme elle vient
(..) comme ça se passe d'ailleurs pour de vrai
lorsque la vie retient son souffle et la clarté
avant que recommence à couler la durée."
Claude Roy . Le Haut Bout . Jeudi 3 octobre 1985
Lignes légères et graves, qui résonnent en moi d'une manière
particulière en ce début d'automne. Un ami cher fête ses 90 ans ce
jour; il est resté le plus jeune de nous tous et son sourire merveilleux
semble dévaler de la colline de Clerlande vers les endroits où vivent
ceux qu'il aime et qui l'aiment. Un autre ami tout aussi cher a déposé
sa trousse et son stéthoscope il y a quelques jours, après plus d'un
demi-siècle de médecine générale. Il était resté le plus passionné par
son métier de nous tous, et une de mes références. Notre chemin passe
par les pas de ceux qui nous précèdent.
Lu dans:
Claude Roy. Le voyage d'automne. NRF. Gallimard. 1987. 115 pages. Extrait pp 8-9
09 octobre 2012
Heureux les assoiffés ..
"Embrasse-moi, je meurs de soif."
Edith Stein
Lu dans:
Yann Moix. Mort et vie d'Edith Stein. Grasset. 2007. 195 pages. Extrait p.22
Yann Moix. Mort et vie d'Edith Stein. Grasset. 2007. 195 pages. Extrait p.22
08 octobre 2012
Mystérieux débuts
"Où vont les gens quand ils disparaissent de notre vie ?"
".. au début, on ne sait pas que c'est le début,
au début on ne sait pas que les choses commencent,
au début on n'est pas certain que les rêves sont des rêves,
et surtout au début on ne sait pas combien de temps cela va durer..."
Kiss & Cry. Michèle-Anne De Mey, Jaco Van Dormael
Un simple frôlement de mains peut marquer à jamais. Sur un quai de
gare, une femme se remémore son passé, se demandant « où vont les gens
quand ils disparaissent de notre vie ? ». Pour évoquer le thème délicat
du souvenir, Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael ont imaginé un
ingénieux dispositif qui mixe cinéma grandeur nature, décors miniatures
et danse. Danse ? «NanoDanse» pour reprendre l’expression des auteurs:
des mains agiles personnifient sur écran géant les héros de cette
fantasmagorie douce-amère.
07 octobre 2012
Sagesse des cartoons
"Un de mes dessins préférés montre un conseil d'administration. Le président est debout et déclare: Pour notre entreprise, cette question soulève à la fois un grave problème éthique et un problème économique. Si personne n'y voit d'objection, passons directement au problème économique."
Voutch
Lu dans:
Dominique Dupagne. La revanche du rameur. Michel Lafon. 2012. 345 pages. Extrait p.338
Voutch. Le monde merveilleux de l'entreprise. Le Cherche Midi. 2010.
06 octobre 2012
Sagesse de comptable
"Ne me parle pas de tes valeurs. Dis moi comment tu ventiles ton budget, je te
dirai tes valeurs."
04 octobre 2012
Sagesse simple
"Tant que l'hommes sera mortel, il ne pourra pas être totalement décontracté."
Woody Allen
Lu dans:
Dominique Dupagne. La revanche du rameur. Michel Lafon. 2012. 345 pages. Extrait p.27
Eloge des choses simples
"Faites-moi retrouver le goût des choses."
C'est l’histoire vraie d’Hortense Laborie, cuisinière réputée du
Périgord, appelée par l’Elysée pour s’occuper des repas personnels du
président Mitterrand. On rêve déjà des prochaines vacances en France,
ses cépages, sa cuisine et le goût des choses.
Lu dans:
Fabienne Bradfer. Les saveurs du palais : de l’art culinaire aux coulisses du pouvoir avec une pincée de sel. MAD. 3.10.12. p.11
Les saveurs du palais. Film de Christian Vincent, avec Catherine Frot et Jean d’Ormesson, Hippolyte Girardot, 95 mn.
03 octobre 2012
Sommeil présidentiel
"L'Elysée compte six entrées, dont l'officielle, marquée par le porche, la loge et la Cour d'Honneur, au numéro 55, de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le courrier destiné au président de la République, au palais de l'Elysée en règle générale, est à adresser à ce numéro, dans cette rue. C'est là, à la loge d'honneur, que Philippe de Gaulle se présente le 10 novembre 1970 à 7 h 30 du matin. Il vient annoncer la mort de son père au président de la République Georges Pompidou [Premier ministre de de Gaulle du 14 avril 1962 au 10 juillet 1968, ce qui constitue à ce jour un record de durée à ce poste], et rappeler que le Général a refusé par testament des obsèques nationales. Philippe de Gaulle dira par la suite n'avoir eu, depuis la loge, qu'un bref contact téléphonique avec Denis Baudouin, chargé de la communication de l'Élysée, qui refusera qu'on dérange le président à une heure aussi matinale."
Lu dans:
Patrice Duhamel, Jacques Santamaria. L'Elysée, coulisses et secrets d'un palais. Plon. 2012. 396 pages. Extrait p. 17
Patrice Duhamel, Jacques Santamaria. L'Elysée, coulisses et secrets d'un palais. Plon. 2012. 396 pages. Extrait p. 17
01 octobre 2012
Si je ne suis pas moi, qui le sera?
"Si tu veux trouver le repos, ne te compare pas aux autres."
Edith Stein
Lu dans:
Yann Moix. Mort et vie d'Edith Stein. Grasset. 2007. 195 pages. Extrait p.17.
Une noce tranquille
"Catherine de Médicis favorisa le mariage de sa fille, Marguerite de Valois, avec le chef du parti protestant, le jeune Henri de Navarre. Mais, très vite, Catherine de Médicis comprit qu'elle risquait de perdre toute autorité. Huit jours après le mariage de sa fille, elle arracha au faible Charles IX l'ordre de faire massacrer les chefs protestants venus à Paris pour les noces. Cette «Saint-Barthélemy» de la nuit du 23 au 24 août 1572 fit trois mille morts."
Jean-Claude Barreau. Toute l'histoire de France.
Douce France, cher pays de mon enfance, bercé de tendre insouciance...
Lu dans:
Jean-Claude Barreau. Toute l'histoire de France. ditions du Toucan 2011. Le Livre de Poche n°32677. 285 pages. Extrait p. 113
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