05 octobre 2009

Marek Edelman, mort d’un héros éternel

Nous le croyions immortel ! Et il l’est… sans doute. Il ne sera pas oublié. Il était l’une des rares autorités morales absolues en Pologne. Il savait, disaient ses amis, comment vivre et comment mourir. Il n’a jamais accepté de se taire, n’a jamais plié à la conjoncture : il était, quelles que furent les circonstances et même à l’égard de ses proches amis, un procureur sans appel contre l’injustice, l’indifférence, la passivité, et contre la peur quand il fallait défendre l’homme et sa mémoire. 

Il fut un grand Juif et un grand Polonais. Pourquoi  était-il est resté en Pologne, malgré le souvenir de l’Holocauste, malgré les pogroms de l’après-guerre et la campagne antisémite de 1968 qui ont poussé tant de Juifs polonais à l’exode ? Edelman, dernier commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, répondait :  « C’est ici qu’est enterré mon peuple. Je suis resté car je suis le gardien des tombes juives. » 

Il y aura d’innombrables gardiens de la tombe de Marek Edelman, mort vendredi dernier, à 90 ans. Il fait partie de l’histoire des Juifs, des Polonais et de l’humanité tout entière. Né à Homl, une ville maintenant située au Belarus, dans une famille de Juifs engagés dans le Bund, le parti socialiste juif, Edelman fut, dès l’enfance, imprégné de l’idéologie de mouvement ouvrier. 

Quand il était tout petit sa famille s’était installée à Varsovie. « C’est ma ville. C’est ici que j’ai appris le polonais, le yiddish et l’allemand. C’est ici, qu’à l’école, j’ai appris qu’il fallait toujours prendre soin des autres. C’est aussi ici que j’ai pris, pour la première fois, un coup dans la figure seulement parce que j’étais juif », avait dit Edelman quand il fut fait citoyen d’honneur de Varsovie en 2001. 

Quand éclata la Seconde Guerre mondiale, il se retrouva, avec près d’un demi-million de Juifs, confiné par les Allemands dans le ghetto de Varsovie. Créé le 12 avril 1942, entouré d’un mur de 3 mètres de haut et de barbelés sur 18 km, le ghetto généra des conditions de vie très vite insupportables. Maladie et mort y devinrent banales. Entre le 22 juillet et le 12 septembre, 300.000 Juifs furent arrêtés et envoyés à Treblinka, camp de la mort. Il ne resta plus qu’environ 70.000 personnes dans le ghetto, destinées à une seconde vague de déportations. Elles devaient commencer le 18 janvier 1943. Mais cette fois les Juifs les plus jeunes et les plus vaillants qui restaient dans le ghetto, n’ayant plus rien à perdre, osèrent résister. Pour l’honneur. Ils disposaient de quelques armes livrées par la résistance polonaise. Le 19 avril 1943, les nazis pénétrèrent en force dans le ghetto et l’encerclèrent. 

« On savait parfaitement qu’on ne pouvait en aucun cas gagner. Face à 220 garçons mal armés, il y avait une armée puissante », expliquait Edelman, fondateur de l’Organisation juive de combat. Mais, ajouta-t-il, « l’humanité a décidé que la mort armes aux mains est plus belle que sans armes. Nous avons respecté cette consigne ». Ils transformèrent les caves en bunkers et malgré l’inégalité des forces, l’insurrection allait durer trois longues semaines. Lorsque Mordechaï Anielewicz, 24 ans, le commandant de l’insurrection, pris au piège, se suicida, c’est Edelman qui reprit le commandement. Pour venir à bout de l’insurrection, les Allemands brûlèrent tout le ghetto, maison par maison. Ce fut la fin. Certains combattants, dont Edelman, purent s’enfuir par les égouts. Mi-mai 1943, le général Jünger Stroop qui commandait les opérations annonça à Hitler : « Le quartier juif de Varsovie n’existe plus ! » 

Ayant échappé aux lance-flammes, Edelman réussit à exister. Il rejoignit la résistance polonaise, participa en 1944 à l’insurrection de Varsovie, qui  coûta la vie à 200.000 Varsoviens. Après la guerre, il fit des études de médecine et devint un cardiologue célèbre. Il s’engagea du côté de l’opposition anticommuniste, puis dans Solidarité et il fut interné sous la loi martiale du général Jaruzelski. A la chute du communisme en 1989, il fut élu sénateur. Il restera dans la mémoire juive et polonaise comme le symbole du combat contre le racisme et l’antisémitisme, contre le cynisme, le mensonge. L’enfer qu’il vécut et qui l’avait marqué à jamais, lui avait donné la force d’être « un homme qui a eu le courage de la vérité », référence suprême dans ce qui fait la dignité de l’homme. 

Lu dans :
Pol Mathil. Marek Edelman, mort d’un héros éternel Journaliste. Le Soir. Lundi 05 octobre 2009. 

04 octobre 2009

Si nous partions en promenade

"Qu'y a-t-il de plus beau qu'un oiseau libre qui vole vers le soleil ?"
J. Van Hamme


A l'arrêt sur 10 bandes de circulation (?) dans les deux sens, le Ring de Bruxelles se morfond à hauteur de Grimbergen ce mardi matin. Tache lumineuse sur un versant herbeux qui surplombe la route, fine silhouette découpée dans le soleil, un héron fait la pause en observant ce spectacle insolite. Immobile pour immobiles, gracieux, le bel oiseau "au long bec emmanché d’un long cou" décrit par Jean de la Fontaine paraît fasciné par tant d'impuissance concentrée, escargots collés au sol en attente d'un sort meilleur.  Et soudain s'envole de deux battements d'ailes en direction de la mer. "Si nous partions en promenade, et il s'envolent. C'étaient des oiseaux?" écrivit joliment Félix Leclerc. La phrase m'est revenue, et m'a fait rêver. 

Lu dans
Jean Van Hamme , Grzegorz Rosinski. Thorgal - L'île des mers gelées.   Thorgal. Tome 2. 2000. Ed. Le Lombard, 50 pages

Notre histoire à tous

"Ah, et puis: je préfère ce qui me rapproche des autres hommes à ce qui ce qui m'en distingue. Cela aussi est nouveau."
E. Carrère

 
Un précédent ouvrage (L'adversaire) m'a fait découvrir Emmanuel Carrère. Je l'ai retrouvé la semaine passée dans son dernier roman "D'autres vies que la mienne." Une longue traversée d'une transformation intérieure par la confrontation au deuil de ses proches. Qui débouche sur une certaine forme de lumière, après des longueurs - mais qui n'en a? 


Lu dans:
Emmanuel Carrère. D'autres vies que la mienne. P.O.L. 2009. 310 p. Extrait p.308

02 octobre 2009

Se fier aux haies et aux fossés

"Nous évoluions parmi eux avec l'insouciance de promeneurs qui, dans un zoo moderne dont on a supprimé les cages, vont et viennent parmi les fauves en se fiant aux haies et aux fosssés. Les fauves, de leur côté, devaient éprouver un sentiment correspondant: pour désigner l'ordre invisible qui leur assignait des limites tout en les laissant en liberté."
S. Haffner
Il y a six ou sept ans , un collègue luxembourgeois hébergé une nuit chez nous m'offrit un petit livre que je lui promis de découvrir rapidement, et rangeai. Les affaires urgentes prirent le dessus et je l'ai lu... la semaine passée. Ce livre modeste, écrit par un Allemand qui quitta son pays en 1933 devant la montée des périls, offre une explication subtile de la prise de pouvoir par les voies les plus légales du national-socialisme en Allemagne dans les années trente. De petites merveilles dorment paisiblement dans les rayonnages de nos bibliothèques.

 
Lu dans
Sébastien Haffner , Histoire d'un Allemand, Babel, Actes Sud 2002, 425 p. , extrait p.128

01 octobre 2009

S'élancer

«Pour aller de l'avant, il faut prendre du recul
Car prendre du recul, c'est prendre de l'élan.»

MC Solaar
 

30 septembre 2009

Une absence de bruit

«Pas d'aile, pas d'oiseau, pas de vent, mais la nuit,
 Rien que le battement d'une absence de bruit.»

Eugène Guillevic 

28 septembre 2009

Le soleil s'est porté pâle

"Ce matin c'est l'automne
A dire ces mots
Je me sens vieillir."
Issa

Ce matin , quatre patients différents me décrivent avec leurs mots la brume matinale qui accompagna leur lever:  "On ne voyait même pas le clocher de Saint Guidon", "le soleil s'était porté pâle", "un boruillard à faire tousser", "tout-à-coup, un rappel de ce qu'est l'hiver" pour ensuite s'émerveiller d'une fin de saison superbe qui reprend vigueur dès 10 heures. Une étincelle d'émerveillement sommeille au coeur du citadin le plus endurci. 

27 septembre 2009

Trouvez-vous une vie

" Bas les pattes. Trouvez-vous une vie."
 Michelle Obama


La Première Dame ne supporte plus les gestes déplacés des groupies de son mari, mains aux fesses, suggestions coquines susurrées à l'oreille, numéros de portables discrètement glissés dans les poches du Président. "J'ai envie de dire à toutes ces femmes: Bas les pattes, trouvez-vous une vie.


Lu dans 
La Libre Momenton. 26 sptembre 2009. p.24

Time to move

"TTM, Time-To-Move"
 Les cadres de France Télécom testent à leurs dépens une règle interne redoutée, le "TTM", "Time-To-Move" (il est temps de bouger), ou "Tire-Toi-Maintenant !". Un cadre sup doit bouger tous les trois ans. Un cadre normal, tous les cinq ans. Ces mobilités forcées seraient en grande partie responsables, des suicides de salariés, vingt-trois au total depuis début 2008, six durant ce seul été dans la grande firme de télécommunications. Dont certains, d'une rare violence symbolique, comme celui, le 11 septembre, de Stéphanie, une jeune femme de 32 ans, qui s'est donné la mort en se défénestrant d'un des sites de l'opérateur à Paris. Sans parler des tentatives. Une salariée qui avale des barbituriques dans une agence commerciale mi-septembre, un technicien de Troyes qui se plante un couteau dans l'abdomen en pleine réunion, une semaine avant. Ou ce cadre qui a tenté de se jeter du 17e étage d'un site du groupe à Bercy, au début de l'année. "Le chef a dit à son équipe qu'il y en avait un de trop. Il était le plus vieux", raconte un collègue. 
  
Lu dans:
Cécile Ducourtieux. Le Monde interactif. 25.09.09 . France Télécom : "Mon chef m'a dit..."

09 septembre 2009

Avec autant d'espace auour de peu de mots

"Si j'écris un jour, je voudrais tracer quelques mots au pinceau sur un grand fond de silence, (..) comme cette estampe avec une branche fleurie dans un coin inférieur."
 E. Hillesum

 
Lu dans :
Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 126

07 septembre 2009

ma gueule comme fonds de commerce

".. jusqu'au jour où je me suis regardé dans une glace. Alors je me suis rendu compte que ma tête était un fonds de commerce possible. » 
 Sim
Sim, est mort ce dimanche 6 septembre. Il était d'abord une gueule, "des lèvres réduites à un fin et large trait ouvert sur le visage, long nez plongeant sur le menton pointu en galoche, crâne très vite dégarni, valises sous les yeux." et un "sourire qui lui fendait sa tronche en biais en deux, d'une oreille à l'autre, ni d'un pétillement de l'œil qui montrait toute sa distance d'avec ses pitreries." Adieu l'artiste, qui nous appris à rire de nous avant de rire des autres. 

Lu dans
Sim a cassé sa fameuse gueule. Jean Claude Vantroyen, Jean François Lauwens, avec AFP. Le Soir , 7 septembre 2009, p. 18

Vie publique, vie privée

"Chaque personnage est intéressant car tous ont une vie publique, une vie privée et une vie secrète."
Meryl Streep venue présenter le film "Julie et Julia" à Deauville.

Lue entre café et journal ce matin, l'innocente réflexion me poursuit, têtue. On a tendance à confondre les deux dernières, la vie privée et la secrète, alors qu'elles ne se confondent guère dans nos têtes. La vie secrète, faite de mille et un petits bonheurs et misères pas nécessairement partageables, aussi vraie que les deux autres vies dans lesquelles elle se glisse sans qu'on la remarque, trois notes de Satie à la radio ou une bouffée de parfum humée fugacement en rue, un pinceau de soleil entre deux buissons, un trait d'humour aussitôt dit aussitôt évaporé à jamais, un café meilleur que les autres de la semaine. Le bonheur ne serait-il finalement que la recherche patiente de se sentir bien à la fois dans sa vie publique, sa vie privée et sa vie secrète? 

Lu dans 
Fabienne Bradfer. Meryl dans les rues de Deauville. Le Soir. Culture. 7 septembre 2009. p. 17.

04 septembre 2009

La rose et les bonobos

"La rose est sans pourquoi: elle fleurit parce qu'elle fleurit
N'a souci d'elle même, ne cherche pas si on la voit."
Angelus Silesius
Le célèbre vers du mystique allemand a inspiré Heidegger, ce qui incite à la prudence au regard de l'attitude quelque peu veule de ce dernier à l'égard des théories nazies. L'être humain s'épanouit-il en s'oubliant lui-même, dans un abandon confiant au temps, ou au contraire dans une courageuse confontation permanente au monde  qui le forme, l'informe et sur lequel il a l'audace de croire qu'il peut influer? N'est-il vraiment lui-même que s'il est à sa manière comme la rose - sans pourquoi ni souci de laisser trace - ou dans un combat éperdu contre un destin parfois absurde et des forces de destruction toujours présentes? L'époque actuelle a quelque peu perdu l'acuité des débats qui nous passionnaient naguère, ou les défis auraient-ils changé de nature ?  La simple vision des actualités nous rappelle pourtant chaque jour que ces questions demeurent d'actualité. Gunzig opposait avec humour dans une récente carte blanche le désir de rejoindre les bonobos dans les arbres ou d'affronter quotidiennement "un monde aussi réel qu’une prison chinoise, qu’un tibia cassé sur un terrain de foot, qu’un potentat libyen qui fête ses quarante ans de règne sans emmerdements notables, qu’un double millénaire de guerres immondes, qu’une multitude de petites arnaques pouilleuses dans un pays minuscule, que l’hypocrisie de l’économie libérale et le cauchemar de l’économie planifiée." Le prix est élevé pour être un humain responsable. 

Lu dans :
  • Angelus Silesius, Le Pèlerin chérubinique, éd. Arfuyen, trad. R Munier, 1988, p. 28-29.
« Die Ros' ist ohn' Warum, sie blühet, weil sie blühet,
Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie sieht. » (1,289.)

  • Bonobo. Thomas Gunzig . Le Soir. mercredi 2 septembre 2009.
  • Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 71-72 

03 septembre 2009

"Et puisque, désormais libre, je ne veux plus rien posséder, désormais tout m'appartient et ma richesse intérieure est immense. "
Etty Hillesum
Le livre reposait paisiblement dans la bibliothèque, depuis presque dix ans. Je savais qu'un jour je le dévorerais, c'est arrivé. Simplement il fallait que je sois prêt à l'entendre. Des événements survenus il y a 60 ans sont d'une actualité surprenante. L'histoire d'une jeune Juive hollandaise, Etty Hillesum, née le 15 janvier 1914 à Middelbourg, en Zélande, aux Pays-Bas et décédée le 30 novembre 1943 au camp de concentration d’Auschwitz en Pologne, est restée d'une rare actualité: la banalité du mal, la liberté intérieure et les liens qui unissent le bourreau et la victime ne connaissent ni époque ni pays.  Alors que nos journaux reprennent la genèse de la seconde guerre mondiale et que la télévision égrène les six épisodes d'Apocalypse, il n'est pas anodin de lire la description clinique des transports de déportés juifs hollandais vers Auschwitz. 
 
"En juin (42) Eichmann a passé un accord avec les chemins de fer du Reich pour assurer le «transfert» vers l'Est de milliers de familles ratissées à travers l'Europe. Un contingent de 40 000 Juifs est fixé pour la Hollande à court terme; ce chiffre sera largement multiplié par la suite. La Reichsbahn (la société des chemins de fer allemands) coopère sans le moindre état d'âme: elle consent à des tarifs de groupe (ceux réservés aux excursions) pour les adultes; les enfants de moins de dix ans bénéficient du demi-tarif et ceux de moins de quatre ans de la gratuité. Mais tous n'ont droit qu'à un « aller simple », sans distinction d'âge. Le ticket retour n'est octroyé qu'aux gardes, lesquels ont souvent les mêmes trajets à effectuer pour convoyer une cargaison sans cesse renouvelée. « Maintenant, précise Raul Hilberg, si les wagons étaient souillés ou endommagés -ce qui n'était pas rare - à cause des longs trajets et parce que 5 à 10 % des prisonniers mouraient en route, un supplément était facturé pour les dégâts. » Quant  au coût de ces transports, il était couvert par l'argent tiré des biens confisqués aux Juifs; le système fonctionne à circuit fermé, de manière impeccable. "

Lu dans:
Raul Hilberg, in Shoah de Claude Lanzmann, Gallimard, coll. Folio, pp 201-202
Etty Hillesum, Une vie bouleversée, coll. Points, Paris, 1995, p. 23
Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 47

02 septembre 2009

Bonjour l'école

Ainsi, cher Stefano, je t'offrirai des fusils. Et je t'apprendrai à jouer à des guerres très compliquées, où la vérité ne se trouve jamais d'un seul côté, où l'on doit
signer, à l'occasion, des armistices. Tu te défouleras, dans tes jeunes années; tes idées s'embrouilleront un peu, mais des convictions naîtront lentement en toi. Puis, une fois adulte, tu croiras que tout cela n'aura été qu'un conte: le chaperon rouge, Cendrillon, les fusils, les canons, l'homme contre l'homme, la sorcière contre les sept nains, les armées contre les armées. Mais si d'aventure, quand tu seras grand, il y a encore les monstrueuses figures de tes rêves d'enfant, les sorcières, les kobolds, les armées, les bombes, les mobilisations générales, peut-être que tu auras acquis une conscience critique à l'égard des fables, et que tu apprendras à te mouvoir de façon critique dans le monde réel. "
Umberto Eco

Une pensée accompagne l'ainé de nos petits-enfants qui entre à l'école ce matin. Quelques larmes inévitables pour un enfant sensible dont on devine les craintes devant tant de nouveauté. Soixante années de mise au pas et de respect des consignes s'ouvrent, de certifs à produire les jours de fièvre ou d'entérite, de coude-à-coude précautionneux. A moins que dès l'école gardienne se produise ce miracle: qu'il croise sur son chemin des passeurs de sens, qui sachent ouvrir la cage aux oiseaux et lui apprennent à voler.  C'est pas gagné d'avance.
 
Lu dans 
Umberto Eco. Pastiches et postiches Bibliothèque 10/18. 1992. 183 p. Extrait page 176.  
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29 août 2009

ombres dans la rue

"Qu'est-ce qu'une ombre
Une silhouette qui t'accompagne dans la rue
ou un corps qui te cherche quand tu es déjà parti ? "
Homero Aridjis

Lu dans
Les poèmes solaires. Homero Aridjis. Mercure de France. 2008. 182 pages. extrait p.  157 
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28 août 2009

Comme l'ombre et le vent

"Toutes ces choses sont passées comme l'ombre et comme le vent."
Victor Hugo. Les contemplations.

Lu dans.
François Bayrou. Abus de pouvoir. Plon. 2009. 252 p. extrait page 23. 

26 août 2009

chic un cul

"Je suis à un tournant de ma carrière".
Geluck


Décidément , le réverbère inspire et se voit chargé de tout un imaginaire folklorique, lié aux chiens de rue le plus souvent. J'ai souri en lisant vos messages décrivant ce cartoon de Geluck où l'on voit le chat s'affairer à tourner énergiquement en rond autour d'un réverbère et déclarer: "Je suis à un tournant de ma carrière", et encore cette délicieuse petite histoire de basset tournant lui aussi autour d'un réverbère: 
"il trouve un cul
il dit :chic un  cul
snif , merde c'est le mien.."

Très allégorique tout cela, car souvent avouons-le, nous sommes comme ce chat ou ce basset, inconscients du ridicule de nos grandes décisions, découvertes et enthousiasmes, immenses à notre petite échelle, minuscules à l'échelle de la planète.

25 août 2009

Y voir clair

"Une nuit. Un homme, seul, tourne autour d'un réverbère. Un autre s'approche: " Vous avez perdu quelque chose? » - " Oui, répond le premier, mes clefs. » Et ils cherchent ensemble. Au bout d'un moment, le second: « Vos clefs, vous êtes sûr de les avoir perdues ici ? - « Non, là-bas, mais là-bas on n'y voit rien. »
Norbert Bensaïd

Le célèbre médecin, psychiatre et écrivain français nous réenchante encore par son sens de la formule. Décédé en 94, il fut à l'origine du célèbre «A vouloir supprimer tous les risques, c'est la vie elle-même qu'on réduit à rien.» (in "La Lumière médicale") . J'y repensais à l'écoute du Journal télévisé de France 2 narrant l'infortune de ce conducteur verbalisé pour avoir fumé au volant.  Bigre, on a tué le péché mais par quoi l'a-t-on donc remplacé. 
 
 
Lu dans
Norbert Bensaïd. La consultation. Médiations. Denoël Gonthier. Mercure de France 1974. 308 pages. extrait p.7

Une passion pour l'inutile

"La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse , ni même la jeunesse comme tu disais: c'est la passion pour l'inutile."
Jean Giono

Lu dans
Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extrait p.39
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24 août 2009

La bâtisse d'ombre seule compte

"En bas, Marthe alluma l'âtre avec le bois préparé. L'eau du chaudron commença à chanter. Le café était moulu, la. débéloire prête sur la table. Marthe v:ersa le café sec sur la passoire. Ça sentait déjà fort. Le feu, le chant de l'eau, l'odeur du café étaient une maison beaucoup plus solide que la ferme. On pouvait s'abriter là-dedans beaucoup mieux que dans toutes les constructions de pierre. C'était souverain contre le vent d'est. Marthe versa doucement l'eau bouillante. Le café se mit à passer. Il clapotait dans le bas de la débéloire, goutte par goutte. Ça donnait envie de s'asseoir près du feu, la tasse chaude.dans la main et de boire par petites lappées."
Jean Giono.

L'image de ce café chaud plus solide que la ferme elle-même est poursuivie de superbe manière : "On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent pas très exactement ce qu'ils font. Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d'une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la bâtisse d'ombre qui compte."



Lu dans
Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extrait p.27

23 août 2009

La dernière goutte

"Montaigne décrit la vie à partir de la vieillesse et comme une transition graduelle, « conduits par sa main, d'une douce pente et comme insensible, peu à peu, de degré en degré, elle nous roule dans ce misérable état et nous y apprivoise; si bien que nous ne sentons aucune secousse, quand la jeunesse meurt en nous .. ». Le passage est même plus rude de la jeunesse à la vieillesse, nous dit Montaigne, que de la vieillesse à la mort: il est plus « lourd» d'un être doux et fleurissant à un être pénible et douloureux» que «du mal être au non être ».

cité par François Jullien


Les dernières lignes de l'opus de François Jullien m'habitent, opposant les transformations silencieuses à l'événementiel qui fait notre vie quotidienne. L'acutalité d'un monde qui se transforme de manière sûre, constante et invisible face aux actualités se bousculant pour nous distraire de notre ennui , accumulant les petites phrases de nos hommes politiques et décideurs, l'annonce du décès de tel chanteur où la satisfaction devant le ministre d'une claque de fausses ménagères se réjouissant que le panier de la rentée soit moins cher.  

Ce dimanche nous offre un soleil éclatant, noces de l'été qui lance son bouquet final comme un superbe feu d'artifice. Je finis une longue tournée de patients hospitalisés vers 12h30, la tête pleine de questions: que ressent-on dans son lit d'hôpital quand on demande un peu d'eau fraîche avec une paille, puis un petit bonbon, petits bonheurs infmes qui parviennent à ramener le sourire sur un visage?  Les hasards (?) de l'existence me font relire durant la sieste ce passage de Giono, qui me soufflent comme une réponse à l'oreille. "Dans la montagne, un jour, je suis arrivé près de la maison où je suis né, je suis entré chez un de mes amis. Il était vieux, paralysé dans son lit, nourri de lait, incapable de bouger. Soigné par sa fille. Seule. J'entre. Je le vois, je reste un moment, je me dis: « Il serait mieux mort." (..) Sa fille était là. A un moment il nous  regarda. Il essaya. Il fit bouger son œil. Un signe. Alors je la vis. Elle alla chercher la pipe. Elle la bourra de tabac. Elle l'alluma, la mettant à sa bouche à elle et tirant. Une fois bien allumée elle la lui donna. Il se mit à pomper tout doucement. Il ferma les yeux. Sa fille me dit:  « Viens, sortons. Ça, il l'aime." (..) Une seule joie, et le monde vaut encore la peine. Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière goutte nous fait encore vivre. Le monde est une nourriture."

Le mystère de la dernière goutte de vie, voilà une petite réflexion qui peut nourrir une semaine, non?

 Lu dans:
  • François Jullien. Les transformations silencieuses. Grasset. 2009. 110 pages. extrait p.35 et 36
  • Montaigne. Essais. I. 20. éd. par Jean Plattard, coll. Les textes français.  p.123  
  • Zuanghzi. "Da Zong Shi". Guo. p.142
  • Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extraits p.16 et 266

21 août 2009

Certitudes imaginaires

"[Une vieille histoire juive] celle de ce père athée qui, soucieux de donner à son fils la meilleure instruction possible, l'envoie à l'école des jésuites; l'enfant doit, malgré ses origines, assister au cours de catéchisme, où on lui enseigne le dogme catholique de la Trinité; de retour chez lui, il demande à son père s'il est vrai qu'il y a « trois dieux». L'autre fronce les sourcils: « Ecoute-moi bien, mon fils ! Il n'y a qu'un seul Dieu, et nous n'y croyons pas! »
Amin Maalouf  
Lu dans 
Amin Maalouf. Le dérèglement du monde. Grasset.  2009. 316 pages. Extrait page 217. 

19 août 2009

Les rêves illusoires

"Man has survived hitherto
because he was too ignorant to know
how to realize his wishes.
Now that he can realize them,
he must either change them
or perish ."
William Carlos Williams (1883-1963)
 
"L'homme a survécu jusqu'ici
parce qu'il était trop ignorant
pour pouvoir réaliser ses désirs.
Maintenant qu'il peut les réaliser,
il doit les changer, ou périr."

Le moment paraît venu de reprendre de bonnes habitudes, triant parmi ce qui fut lu, annoté, médité durant les vacances ce qui paraît digne d'être partagé. On débutera donc par l'exergue du beau livre "Le dérèglement du monde" d'Amin Maalouf, tout un programme. 


Lu dans
Amin Maalouf. Le dérèglement du monde. Grasset.  2009. 316 pages. Extrait page 9.  

12 juillet 2009

L'extinction des des feux

"Le grand repos que donnent les bêtes
c'est que je m'intéresse à elles
qui s'intéressent peu à moi."
Claude Roy
Un changement de phase, d'à peine dix minutes, m'a fait assister hier soir sur notre terrasse paisible avec vue sur jardin, à la magie d'un décor qui s'éteint. L'éclat du soleil frisant sur la tour de la collégiale Saint Michel et Gudule, relayé par l'illumination de la fée électricité a donné l'envoi. Le vol de cinq oiseaux en escadrille dans l'exacte ligne tracée par un avion parti vers l'autre bout du monde me remémore Félix Leclerc : "On va faire une promenade? Avec plaisir. Ils sont partis en direction de la mer, en volant: c'étaient des oiseaux". Le bleu soleil sombre peu à peu dans le bleu nuit. Le chuchotement d'un couple sur une terrasse voisine - la ville par la proximité des lieux de vie enseigne la discrétion et le respect des environnements particuliers - s'estompe avec la clarté. Les arbres bruissent d'oiseaux divers dont les chants se répondent, mais se répondent-ils ? Tout ce que j'ai appris ne m'a pas donné réponse à la nature profonde du langage des oiseaux: le merle de la cîme du sapin répond-il à la merlette du bas, ou chantent-ils leur partition sans se tracasser l'un de l'autre? Le pépiement des moineaux domestiques se soucie-t-il le moins du monde des trilles des mésanges ou des rouge-gorges , bref ce qui est symphonie pour nos oreilles humaines ne serait-elle qu'une cacophonie d'instruments naturellement accordés les uns aux autres, mais sans aucune partition commune. 

Un couple de tourterelles a réintégré sa place habituelle pour y bâtir son nid. Où étaient-elles donc durant leur longue absence? Pourquoi sont-elles revenues exactement à la même place, et sont-ce les mêmes d'année en année? Qui écrira l'histoire des couples de tourterelles, il doit y avoir là comme ailleurs de bien étranges histoires. Le rôle peu clair des pies reste lui aussi à éclaircir, elles n'ont pas une réputation bien nette dans le milieu et on n'en voit que rarement cohabiter avec d'autres oiseaux dans notre minuscule enclos urbain, rafraîchi par un minuscule étang. Surprise la semaine passée: un héron, un vrai, s'y est déposé, le bec avantageusement orienté vers les poissons qui y nagent. Il s'envole dès notre arrivée, la conscience apparemment peu tranquille, même si comme dans l'histoire de comptoir "il voulait sauver les poissons d'une noyade certaine en les emportant dans les cieux." 

Soudain la nuit est tombée. Les fenêtres se sont allumées une à une, quelques étoiles aussi. Un chien se met à aboyer dans le jardin d'en face, et aussitôt un voisin rageur (pavlov n'est pas mort) lui intime de se taire en frappant dans les mains, en hurlant "silence" et en s'époumonnant dans un sifflet de policier. Les oiseaux qui se sont tus les uns après les autres rient sous cape, pour autant qu'ils s'intéressent à nous autant que nous à eux, ce qui n'est pas sûr du tout. Et ils auraient raison, car il est paradoxal de hurler "silence" alors qu'on pourrait se contenter de chuchoter "bruit", surtout après l'extinction des feux. 

Je vous souhaite une bonne semaine. Je vogue demain pour quelques jours vers le moulin de Tartarin de Tarascon, Fontvieille et ses cigales, s'il en reste: je vous le confirmerai volontiers. Vivre un 14 juillet en outre-Quiévrain reste pour nous un bonheur rare. J'ai dans les bagages des livres neufs et un vieux Livre de Poche à l'odeur âcre intitulé Que ma joie demeure, du Giono pur jus qui m'avait ému à l'époque. Mais j'avais 16 ans, et de l'eau a coulé dans la Durance de Stewball et de Daudet depuis. J'en commencerai le premier chapitre et on verra bien. 

Lu dans
Impromptu de juillet. Ecrit le 13 juillet 1986. Le voyage d'automne. Gallimard. 1987. 114 pages. Extrait p.96
Le calepin d'un flâneur. Félix Leclerc. Bibiothèque québecqoise. 1961. 218 pages. Extrait p 87.

Une toux guère innocente

"Je ne resterai jamais dans une salle d'où je ne peux pas sortir !"
G. Banu

Que n'a t-on dit sur le silence durant une représentation. Récemment je fus abasourdi par la virulence d'une altercation entre une spectatrice tousseuse et une voisine de balcon au Bozar, incapable de départager le droit inaliénable d'une asthmatique d'assister à une finale du Concours Reine Elisabeth et d'une mélomane à l'ouië (trop?) sensible. Quoique. Le symptôme d'ennui n'est-il pas dans ces toux éparses, ce frémissement gêné... Les applaudissements, protocole respecté, ne sauront pas effacer les indices inquiétants fournis par le comportement du public. Ils sont repérables. Lisibles. Subtile réflexion que développe Georges Banu dans Le Monde ce samedi, qui ne clôt guère le débat.  "L'homme de théâtre ne fustige rien de plus que le spectateur qui quitte une salle au point même d'élaborer une fois encore des stratégies à même de juguler les hémorragies prévisibles. La suppression de l'entracte s'explique, parmi d'autres, par de pareilles craintes aussi. A-t-on droit de partir ? Etant jeune, dans une salle bondée, je me souviens d'un vieux metteur en scène respecté que j'ai vu se lever, lorsqu'il a appris que, selon les coutumes de l'avant-garde des années 1960, les portes du théâtre étaient fermées. En se retournant vers nous, il cria : "Je ne resterai jamais dans une salle d'où je ne peux pas sortir ! Il y a des modes violents ou discrets pour quitter une salle, mais ce départ doit toujours rester possible. A-t-on lu tous les livres jusqu'au bout ? (..) Une question : pourquoi part-on toujours en couple ? Est-ce signe de fusion ou de soumission ? "

Lu dans
Silence amoureux et départ volontaire, par Georges Banu. 11.07.09. Le Monde. Georges Banu est critique théâtral, auteur de "Miniatures théoriques" (Actes Sud, 144 pages, 22 €). 

10 juillet 2009

Sagesse du doute

«C'est un triste chemin que de monter et de descendre l'escalier d'autrui.»
Dante, La Divine comédie 


J'avais oublié jusqu'à l'existence de Dante, Cathérine (82 ans) me l'a remise en mémoire hier. Son mari est décédé des suites d'une démence il y a trois ans, et pour la première fois elle est revenue à sa bibliothèque pour se lancer dans la lecture de La divine comédie, imprimé il y a 50 ans. Elle y a découvert un mince feuillet jauni écrit de la main de son beau-père, recommandant de s'inspirer autant que possible de la lecture du poète italien ("Autant que savoir, douter me plaît", souligné dans le texte) et conseillant de poursuivre par la découverte de maître Eckkaert...  Cathérine m'explique qu'elle oublie de plus en plus, ce pourquoi elle recopie dans un cahier toilé l'essentiel de ses découvertes et de ses réflexions personnelles. "Je m'aperçois que mémoire et réflexion sont deux notions totalement différentes" souffle-t-elle, "dès lors et si je perds l'une, l'autre fonctionne comme lorsque j'avais 20 ans, dès lors j'écris." 

Je la quitte pour rendre visite à une autre patiente, plus âgée, plus oublieuse, dont je note l'étonnant monologue: "je ne sais pas où je suis, ni même plus qui je suis, heureusement qu'il y a des cartes d'identité, mais c'est ma fille qui l'a car elle craint que je la perde. On est le 2 juillet, je ne m'en souviens pas mais je viens de le lire sur la première page de mon journal, c'est agréable un 2 juillet, cela évoque le 21 juillet et la fête nationale, et des dizaines de souvenirs heureux. Heureusement qu'on a encore tout ce bonheur dans la tête. Je n'entends plus bien, j'ai les oreilles bouchées, tant mieux, ainsi les souvenirs heureux ne pourront pas sortir. "

On quitte tout cela avec des sentiments mélangés, dehors le ciel est gris plombé d'un côté, tout bleu de l'autre, juillet cette année est capricieux. Comme la vie sans doute, heureusement qu'on a la possibilité de garder tout ce bonheur dans la tête. 

09 juillet 2009

Sagesse de la différence

"Le progrès de la connaissance est entièrement basé sur les divergences d'opinion."

Karl Popper

07 juillet 2009

La connaissance accroît les limites de l'ignorance

"Je sens que je progresse à ceci que je recommence à ne rien comprendre à rien."
Ramuz
 
Lu dans
Charles Ferdinand Ramuz. Journal, 10 septembre 1917. Extrait du Chant de notre Rhône.

Sagesse du Sun Zi

"Souvenons-nous de ces maximes du Sunzi: si l'ennemi arrive reposé, commencez par le fatiguer; s'il arrive rassasié commencez par l'affamer; s'il arrive uni, commencez par le désunir. Sans même qu'il s'en rende compte, transformez-le jusqu'à ce qu'il ait perdu la capacité de vous résister; dès lors, à peine vous l'attaquez, il se défait, et 1'action devient inutile."


Un des premiers principes de l’art de la guerre chez Sun Zi est de pouvoir gagner sans combat. L’Art de la guerre de Sun Zi fut à l’origine un ouvrage militaire, mais dont les principes sont aujourd’hui couramment utilisés dans le monde de l’entreprise et dans la construction de stratégies de développement économique par les entreprises chinoises, en particulier à l’international. La guerre devient ainsi un art de l’affrontement indirect, basé sur la tactique et l’intelligence plus que sur les forces en présence. C’est la recherche de la meilleure adaptation, par l’étude approfondie du terrain, la ruse mais aussi grâce à une utilisation optimale de l’information. Ces concepts de base de l’analyse stratégique de Sun Zi sont très adaptés à la vie économique actuelle et à la compétition qui règne pour la maîtrise des secteurs économiques dominants. 

Lu dans
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 184.

05 juillet 2009

Sagesse de Mencius

"Un paysan qui veut que son blé pousse, tire sur les pousses; le soir, quand ses enfants accourent voir le résultat, tout est desséché. En tirant sur les pousses, en visant par cette action directement l'effet, il a forcé l'effet et produit immanquablement du contre-effet. Car la poussée est dans la situation: la graine qui est dans la terre et ne demande qu'à pousser. Faut-il pour autant rester passivement au bord du champ et regarder pousser: j'attends que ça pousse... ? Non, bien sûr; il convient seulement, nous dit Mencius, de faire ce que tout paysan sait, qui est discret et non pas héroïque: de jour en jour, biner, sarcler, bêcher, au pied de la pousse - favoriser la poussée, c'est-à-dire favoriser la transformation silencieuse qui aboutit peu à peu, sous nos yeux, mais sans qu'on s'en aperçoive, à ce que le blé un jour soit mûr et qu'on n'ait plus qu'à le couper. "
Mencius
 
Mencius, est à la fois le nom d'un penseur chinois ayant vécu aux alentours de 380-289 av. J.-C, disciple de Confucius et recueil d'entretiens consignés dans le livre qui porte son nom, le Mencius. On y retrouve cette autre anecdote souvent racontée aux enfants en Asie du Sud-Est. Un jour, sa mère, ayant élu domicile dans un endroit "convenable" pour l'éducation de son fils, était à son ouvrage - un métier à tisser. Elle vit le jeune garçon rentrer de l'école plus tôt que prévu. Sans mot dire, elle prit les ciseaux et coupa le beau morceau de tissu qu'elle était en train de réaliser. Le jeune Mencius lui demanda pourquoi ce geste de destruction d'un si bel ouvrage ! Ce à quoi sa mère rétorqua : « C'est exactement ce que tu es en train de faire ! » Aussitôt, l'enfant se confondant en excuses, retourna à l'école et devint le grand philosophe Mencius. 

Lu dans:
Mencius II, A, 2 (16)
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 185

Pilote automatique

"Depuis la fin des années 1980 et la catastrophe de la navette Challenger, on a découvert que l'erreur humaine n'existe pas, et que c'est l'organisation du travail qui place l'homme en situation d'échec. Cela débouche sur l'analyse de la dangerosité des systèmes socio-techniques eux-mêmes." Car la relation entre l'homme et les automatismes est paradoxale : ceux-ci ne sont sûrs que s'ils intègrent l'homme comme ultime recours pour parer à leur propre défaillance ; mais l'homme qui n'intervient plus dans la conduite ordinaire perd peu à peu sa capacité d'intervention en urgence...
Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises de l'Ecole des mines de Paris

 
Ce qui vaut pour Challenger paraît s'appliquer à l'Airbus A330 d'Air France qui effectuait la liaison Rio-Paris, dans la nuit du 31 mai au 1er juin et s'est abîmé en mer sans raison connue à ce jour. Mais aussi à de nombreuses situations vécues dans notre quotidien, à chacun d'entre nous d'en faire la liste. 

 
Lu dans
Quatre minutes et quinze secondes du vol Rio-Paris, Alain Faujas, LE MONDE, 03.07.09

04 juillet 2009

La mer au plus près

"J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fabuleuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide."
Albert Camus. La mer au plus près


Aujourd'hui la terre suffit pour incarner les tourments humains, et la mer paradoxalement devient refuge ce qu'elle n'était guère jadis. La mer, mère nourricière et cimetière des marins est devenue symbole d'une fuite perpétuelle des misères de la terre. Petite pensée pour accompagner les vacanciers qui se dirigent vers elle ce week end.   
 

03 juillet 2009

La montre dans les chaussures

Sieste à la plage
La montre dans ma chaussure
Le temps est à mes pieds

Christophe Rohu
 
Un certain nombre bénéficie d'un départ en vacances ce week end, ce petit clin d'oeil pour les leurs souhaiter bénéfiques

01 juillet 2009

HArmonie

«L’art est beau quand la main, la tête et le coeur travaillent ensemble.»
John Ruskin 
 

29 juin 2009

L'été est là

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales à la main !

Sagesse des haïkus . Buson

 

26 juin 2009

L'écorce de l'existence

"J'aime appuyer ma main sur le tronc d'un arbre devant lequel je passe, non pour m'assurer de l'existence de l'arbre - dont je ne doute pas - mais de la mienne " 
Christian Bobin

25 juin 2009

Enfin juillet

"Devant les mystères qui nous entourent, feignons de les organiser !" 
 Jean Cocteau 


Un jeune remonte ma rue, il sourit tout seul sans raison, cela devient rare. Je le reconnais quand il arrive à ma hauteur, "Docteur j'ai réussi mes examens." Je lui lance un "Bravo bonhomme, continue comme cela." "Merci docteur, bonne journée." Cinq secondes, une éternité, une étincelle de bonheur brut. Je sors d'une semaine occupée à aligner des points et des appréciations, comme Cocteau, j'ai feint d'organiser le mystère. Que d'itinéraires divers pour arriver à cette réussite, ou à ces échecs: les premiers de classe, les derniers, les bosseurs, les tricheurs, les flatteurs, les obsessionnels, les anxieux, les rêveurs, les scolaires et les rebelles auront parcouru les routes du savoir de mille et une manières. Il est temps maintenant d'en revenir aux fondamentaux, la féérie du mois de juillet qui propose ses bras accueillants  aux enfants que nous sommes restés. 

24 juin 2009

Les foins l'été

"Murmures derrière la charrette de foin.
Voilà un jour d'été."
Sagesse des haikus. Ippekiro


Une belle manière d'accueillir cette journée ensoleillée qui s'offre à nous.

22 juin 2009

Une étincelle d'été

"Un moineau s'envole
d'une poche du manteau
de l'épouvantail."
Haiku  Robert Davezies


C'est l'été.
 

21 juin 2009

Venu de si loin

"Certaines croix étaient décorées d'ancres marine faites de clous de cuivre aujourd'hui disparus. Il fut bouleversé par l'épitaphe d'un enfant de dix ans , "un pauvre petit mousse venu de si loin pour mourir."
Jean Paul Kauffmann

Les circonstances changent, les épitaphes demeurent. La mort d'un enfant demeure bouleversante, qu'il soit mousse mort aux îles de la Désolation ou écolière à Louvain-la-Neuve. On vient tous de si loin pour arriver sur Terre, et quand la mort vous enlève peu de temps après la naissance demeure un sentiment de profonde incompréhension. 

Lu dans :
Jean Paul Kauffmann. L'arche des Kerguelen. Voyage aux îles de la Désolation. Flammarion. 1993. 250 pages. Extrait p.200 

19 juin 2009

Paradoxe

"Le pire des malheurs en prison, pensa-t-il, c’est de ne pouvoir fermer sa porte."
Stendhal

14 juin 2009

Intelligence et incertitude

"On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter."
Emmanuel Kant


09 juin 2009

lpslol

"lpslol"
signifie "fais gaffe, les parents surveillent, je suis mort de rire".
Sagesse des sms
 Une étonnante page de Wikipedia nous apprend comment passer par étapes de la phrase « La linguistique par ordinateur pourrait tirer profit d'une langue abrégée à la fois dans sa syntaxe et ses matériaux - non seulement du point de vue de la mémoire - mais surtout du point de vue de l'analyse algorithmique du langage humain, la particularité d'une langue abrégée étant de supprimer ou de contourner les idiomatismes. » (331 caractères) à celle-ci "Lngk pr ordi pov7 tir pft du lng abr al fs dn sn sytx e sn matr# - nn slmt ptdv mmr - ms srtt ptdv algo spc a lngg hm, 1prtk lng abr = 8:supr o ktrn idiom#." (156 caractères) en cinq étapes pour personnes de plus en plus initiées. Ou encore les secrets d'un idiome faisant de plus en plus appel aux rébus pour donner 2m1 = demain, bi1 = bien, K7 = cassette, koi 2 9 = quoi de neuf.. 
Et pendant ce temps, l'académie réforme l'orthographe, lol.

Pas mal non plus en son genre, lue ce matin dans le Monde, la phrase "Ségolène Royal (..) a assuré Martine Aubry de son soutien complet pour toutes les initiatives qu'elle prendra pour la transformation radicale du Parti socialiste", ou la manière la plus raffinée de féliciter quelqu'un en lui signifiant sa plus complète opposition, lol 2x. 
 
 
Lu dans
http://fr.wikipedia.org/, Langage SMS.
Le Monde,  Au PS, Martine Aubry sous pression, avec AFP, 09.06.09

06 juin 2009

Imiter Beethoven ou la cascade

"Un peuple qui chante est proche du bonheur"
Villa-Lobos
Il disait de sa musique qu'elle lui était naturelle, comme une chute d'eau . Quand le compositeur brésilien Villa-Lobos meurt, le 17 novembre 1959 à Rio de Janeiro, ville de son coeur, il laisse environ 1 000 oeuvres de tous styles, avec 12 symphonies, 17 quatuors à cordes, des opéras, des ballets, des suites, des poèmes symphoniques, des concertos, des œuvres vocales, des pièces pour piano, de la musique religieuse et des musiques de film. Au-delà d'avoir été un grand compositeur, il fut également un pédagogue musical pour son pays. Il conçut un système d'apprentissage de la musique pour des générations de Brésiliens, basé sur la riche culture musicale brésilienne, et prenant ses racines dans un patriotisme profond et toujours explicite. Il composa de la musique chorale pour de grands chœurs d'enfants des écoles, souvent adaptée du folklore. Ce qu'il a légué au Brésil d'aujourd'hui, même au sein des nouvelles générations élevées avec les écoles de samba ou MTV, c'est un sentiment profond de fierté et d'amour pour lui, mêlé de semblables sentiments pour leur pays. C'est surprenant, si l'on considère qu'il s'agit d'un compositeur de musique « classique » mort depuis plus de quarante ans  1903, qui s'enfuit de chez lui à 20 ans pour parcourir le Brésil, plus particulièrement les régions de Nordeste, car "il trouvait stupide de continuer à imiter Beethoven." 

04 juin 2009

Quand le passé devient l'avenir

"Vieillir, c'est organiser sa jeunesse au cours des ans."
Paul Eluard
Laure égrène le dernier mois qui la sépare de ses cent ans. On l'a placée sous les combles du home le plus crado que je connaisse, qui abrita les carrières de deux médecins anderlechtois et où résonnent maintenant l'accent kinois à tous les étages, les rires et les éclats de voix d'infirmières aux formes généreuses, plutôt appréciées par cette population simple de l'ouest de Bruxelles. Un vieil accordéoniste esquinte son instrument dans la chambre voisine, il viendra comme chaque jour lui proposer ses services en fin de matinée. Hier il lui a rapporté du beurre, discrètement car Laure se fait gourmander pour ce caprice, dame, le beurre n'est guère bon pour la santé. Elle n'en a cure, et se rit des ses cent kilos qu'elle mobilise gracieusement d'une chaise à l'autre. Aujourd'hui ce sera une feuille de salade pour son canari, demain quatre Mon Chéri. Il sera payé d'une petite récompense en nature, il a les mains alertes. Laure me raconte que hier était versé le pécule de vacances de sa petite pension, aussitôt récupéré par la directrice de la maison de repos "car il y a beaucoup de frais". Comme c'est de toute manière vacances tous les jours, pas de souci, et puis après tout elle n'en a cure, même si elle n'est pas dupe. Le beurre, le canari, l'accordéon, rejoignent ce nouvel art de vivre que semblent découvrir avec bonheur les compatriotes de Barak Obama. Il paraîtrait que pour ses maisons, voitures, alimentation, en crise économique et écologique, l'Amérique redécouvre avec entrain les vertus de la sobriété et des cabanons précaires bien isolés et chauffés au bois. Laure, qui est tombée dans la frugalité non-choisie dès les premiers jours de sa vie, peut mourir en paix: son passé est devenu l'avenir.

 Lu dans
Résister ou lâcher prise, comment choisir. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009. 178 pages. extrait p 35
Vivre en plus petit : la nouvelle frugalité américaine. Hélène Crié-Wiesner. 03/06/2009. Rue 89. www.rue89.com. _______________________________________________________________________________________
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03 juin 2009

Si je ne suis pas moi, qui le sera?

"Près de sa fin , Rabbi Zousya prononça ces paroles :
Dans le monde qui vient la question qu'on va me poser ce n'est pas Pourquoi n'as-tu pas été Moïse? mais  Pourquoi n'as-tu pas été Zousya? "
Martin Buber

 

Lu dans
Résister ou lâcher prise, comment choisir. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009. 178 pages. extrait p 51

02 juin 2009

Quand les aigles mangeront des grains

"Les hommes nous enseignent à penser comme des poules, bien que nous soyons des aigles.  Étendez vos ailes et envolez-vous !  Et ne vous contentez jamais des grains que l'on vous jette."
James Aggrey
À la manière de Soljenitsyne, j'ajouterais les trois consignes qui sauvent le prisonnier du goulag de la déchéance, - on peut les reprendre dans sa propre existence d'ailleurs:  ne pas lécher sa gamelle (ne pas revenir sans cesse sur ce qui fut pour en espérer un dernier prolongement),  ne pas roder  autour de l’infirmerie (ne pas espérer de bénéfices secondaires de situations qui nous placent de fait dans des états de dépendance),  ne pas contempler le ciel à-travers les barbelés (nos principales limites sont celles que nous nous imposons nous-mêmes, le ciel est notre limite, appel à élargir le cadre de nos projets à ce qui au départ apparaît comme utopique). Ceux qui me connaissent bien relieront spontanément ces modestes réflexions à celles de la cage aux singes et de la petite poèle rouge. Et avec tout cela, je vote quoi dimanche? 


31 mai 2009

Le vide de l'âme

"Je vais être condamné à une inaction d'une semaine sur l'une des mers les plus désertes et les plus tourmentées du monde. Mais je devine qu'à la différence des palaces flottants ou des voiliers de croisière le Marion-Dufresne m'apportera le prélude indispensable à la connaissance de tout pays inconnu: l'attente et l'ennui. Plus que la souffrance le désœuvrement n'est-il pas l'épreuve suprême? Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire. Il triomphe du supplice le plus cruel: le temps sans mesure ni terme. La douleur occupe; l'être souffrant se contemple dans son tourment. L'ennui ne connaît ni la nuance ni la satiété."
Jean Paul Kauffmann 
 
Une petite révolution agite la maison de repos. Andrée, 88 ans, a décidé de ne plus allumer sa télévision, ni pour les journaux télévisés, ni pour Question pour un champion, ni pour les débats: pour rien. Elle leur préfère la lecture de Cronin, de Boissard, des soeurs Gould et de la collection Harlequin, mais n'ouvre plus le journal  quotidien auquel elle est abonnée depuis son plus jeune âge. Une désolation pour les enfants et les équipes de soin qu'une pareille fuite du monde désole. On me suggère de lui prescrire un peu de citalopram, antidépresseur bien toléré qui fait des miracles. On préconise de lui faire douce violence en ouvrant le poste systématiquement durant certaines heures de la journée, avec le son en sourdine. L'absence de toute raison objective à cette attitude négativiste énerve l'entourage, autant que sa propension à rester parfois une ou deux heures sans rien dire ou faire, le regard perdu dans ses pensées. La pensée de Jean Paul Kauffmann me hante en la quittant ce matin: "Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire." Qui est fou et qui est sage dans cette curieuse affaire? Je penche à penser qu'André nous devance. 
  
Lu dans:
Jean Paul Kauffmann. L'arche des Kerguelen. Voyage aux îles de la Désolation. Flammarion. 1993. 250 pages. Extrait p.20

30 mai 2009

Une réflexion musicale

« Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […] Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez que vous n’avez pas été justes avec moi, et que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Ludwig van Beethoven. Testament de Heiligenstadt, lettre qui ne fut jamais envoyée et retrouvée seulement après sa mort


Une invitation inattendue (merci Mathieu) a permis d'écouter hier soir la jeune violoniste coréenne Kim Suyoen interprétant le concerto pour violon de Beethoven. Les critiques ont noté un faux pas dans le premier mouvement, auquel le public apporta la meilleure réaction qui soit à savoir des applaudissements d'encouragement inhabituels au terme de celui-ci. Je n'ai rien entendu, emporté par la magie de cette oeuvre, une des plus tendres que Beethoven ait écrite. Malade, porté sur la bouteille, abandonné peu de temps auparavant par son amie Joséphine von Brunsvik, il semble qu'il n'en ait achevé l'écriture que peu avant le concert, obligeant le soliste à faire du déchiffrage en direct. Elle ne fut guère jouée du vivant du musicien, les auditeurs la trouvant assez peu virtuose, et succède à l'échec retentissant de Fidelio. La vie, même des plus grands, n'est décidément pas un long fleuve tranquille. Il n'empêche, on demeure songeur. Qu'une musique écrite en 1806 à Vienne par un homme sourd, alcoolique et misanthrope de réputation, déchiffrée par une jeune fille coréenne de 21 ans, jouée sur un violon amoureusement assemblé par un luthier italien en 1742, traverse ainsi le temps, l'espace, les cultures, pour me faire revivre dans mon jardin secret ma vie à moi et m'émouvoir autant que ne le ferait une lettre envoyée par une personne chère reste un mystère. Les petits trébuchages dans l'interprétation, inaudibles au profane, ajoutent paradoxalement une touche d'humanité au bonheur partagé: c'est de la vie qui s'échange, mêlant du grisé au bleu. 

Il y a 26 ans, nous assistions dans la même salle au triomphe de Pierre-Alain Volondat, alors âgé de de vingt ans, qui cumulait le premier prix de piano, le prix de la Reine Fabiola, le prix du public et la médaille de vermeil, un cumul unique dans l'histoire du prestigieux concours. Heureux présage à la naissance de Véronique, notre cadette qui vint au monde quelques heures plus tard. La beauté avait induit le travail. Cela explique sans aucun doute qu'elle est un soleil dans notre vie. Avec un peu d'avance, bon anniversaire chérie. 

29 mai 2009

Des limites et des traditions

"La mémoire est à la base de la personnalité individuelle, comme la tradition est à la base de la personnalité collective."
Miguel de Unamuno

 
Une petite fille interroge sa maman: pourquoi coupe-t-elle un bout à chaque côté de la saucisse avant de la cuire? On a toujours fait ainsi dans la famille. Demande à grand-maman. Grand-maman confirme la tradition, qui remonte à sa propre mère, centenaire, placée en maison de repos. L'enfant dévale la rue, déboule chez l'aïeule qui s'esclaffe: "Tu ne vas tout de même pas me dire qu'on utilise encore cette ridicule petite poèle rouge, si petite qu'elle ne pouvait contenir une saucisse sans la couper." Nous nous imposons des limites héritées, que deux minutes de réflexion feraient sauter. 

28 mai 2009

Ici c'est comme ça

"L'ignorance est la mère des traditions."
Montesquieu
On raconte qu'une équipe de chercheurs plaça cinq singes dans une cage et, au milieu de celle-ci, un escabeau avec des bananes. Lorqu'un des singes tentait de grimper à l’escabeau pour se saisir d'une banane, une douche glacée aspergeait automatiquement les autres. Chaque fois qu’un des singes faisait mine de vouloir grimper sur l’escabeau, les autres le frappaient par crainte de se faire asperger et rapidement plus aucun des singes ne se risqua plus à l'escalader. On remplaça un des singes, qui aussitôt tenta d'atteindre le régime de bananes.. et se fit rosser. Paradoxe: il apprit à ne plus grimper, sans même connaître la raison de cette interdiction. Un deuxième singe fut remplacé et  subit le même sort que le premier, qui se joignit d'ailleurs aux autres pour le battre. Et d'un troisième, puis d'un quatrième et d'un cinquième, qui subirent le même sort. On retrouva ainsi un groupe de cinq singes qui, bien que n’ayant jamais reçu de douche froide, continuèrent à frapper tout nouvel arrivant qui tentait de monter sur l’escabeau. Pourquoi? “Je ne sais pas, mais ici c’est comme ça.”  
 

24 mai 2009

De belles perles moirées

"Les coquillages, quand ils se blessent dans la mer, pour calmer leur blessure et la guérir, ils font de bel1es perIes tout autour, des perles toutes moirées, de vrais trésors qui possèdent le souvenir, la mémoire de la blessure... Eh bien nous autres les hommes, quand on se blesse, ou qu'on blesse quelqu'un, nos perIes à nous, ce sont les regrets, on se fabrique de beaux regrets, et dans une vie, qu'on soit prince, cordonnier ou sénateur, nos regrets sont écrits sur un grand livre, un superbe livre avec beaucoup d'or et d'enluminures."
Philippe Claudel

Ce qu'un crustacé peut réaliser, - faire de ses blessures des trésors, - pourquoi nous les hommes ne pourrions-nous pas le faire? Sans pour autant être des Van Gogh, des Camille Claudel ou ou des Beethoven (qui créa le final de sa neuvième symphonie atteint d'une surdité profonde), ce devrait être à notre portée. Beau programme pour une journée de printemps qui s'ouvre comme un appel au renouveau.


Lu dans:
Quelques-uns des cent regrets. Philippe Claudel. Gallimard 2000. Stock Folio 2005. 182 pages. Extrait p.178

23 mai 2009

Porter un nom

"Suis-je vraiment celui qui porte mon nom?"
L.Wittgenstein

Je sors d'un étonnant concert en nocturne. Réveillé tôt, on peut apprécier le silence du jardin qui borde la chambre. Un premier merle lance son chant, belle série de notes mélodieuses et flûtées, d'une sonorité variée formant des phrases, avant de se terminer par une pause et de reprendre. Il chante seul, comme si le lever du soleil en dépendait. Ce doit être l'heure des coqs à la campagne toute proche, et des boulangers dans l'odeur chaude des pains que l'on enfourne. Il chante ainsi en solo pendant un quart d'heure, rejoint bientôt par un deuxième, au timbre plus modeste, qui lui répond. Vers cinq heures, lever des moineaux, petites musiques modestes mais multiples, groupées dans un coin de la scène. Cinq heures trente, la voix profonde des ramiers s'élève, comme un appel aux grandes orgues. Paisible ensemble symphonique, qui s'adjoint à ce moment une armée d'autres voix que je ne reconnais guère. Les merles chantent toujours, fil rouge de ce concert dans l'obscurité, bientôt trouée par une lueur. A six heures, un carillon lointain laisse imaginer un clocher flamand sur une placette du Pajottenland tout proche. Première sonorité humaine, encore que vraisemblablement actionnée par une minuterie: même en Flandre, on se lève plus tard un samedi. Le passage d'un premier bus annonce les choses sérieuses, l'homme se met en route. Le suivent rapidement la stridence d'une moto à folle allure, et celle d'une ambulance à destination de l'hôpital Erasme. Il est six heures trente, sur le Ring enfle déjà une rumeur discontinue de véhicules. On devine les nouvelles du monde diffusées par les autoradios, les pensées des uns des autres se rendant qui au boulot, qui aux loisirs d'un long weekend printannier, pleins de projets, de joies et de souffrances. Comment s'empêcher de mettre en parallèle les deux tempos de mon concert nocturne, le merle moqueur anonyme et ceux dont le nom qu'on leur a attribué les engage. Le conducteur du bus et les ramiers se sont vraisemblablement éveillés à la même heure, mais ces derniers "ne filent ni ne sèment" comme il nous fut enseigné. Qu'on le regrette ou non, porter un nom fait une sacrée différence. 


Lu dans :
L'extrait de Wittgenstein est cité par Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.277

18 mai 2009

Vainqueur mais meurtri

"Sur cet épisode de ma vie, j'ai toujours tendance à éluder. Je n'aime pas trop qu'on m'enferme dans ces trois années de détention. Il faut sans cesse m'évader de la nouvelle prison qu'on m'a assignée. La répétition est la punition de l'ex-otage. Aux questions - toujours les mêmes - l'ancien prisonnier ne peut que rabâcher. (..) Aussi bien les questions ne peuvent qu'être toujours les mêmes. Comment pourrait-il en être autrement? Seuls ceux qui ont vécu une telle épreuve seraient habilités à les poser. Ils se gardent bien de le faire sous peine de se retrouver à nouveau dans l'état d'exhibition qui était le leur. (..) J'essaie d'expliquer que tout homme lutte fatalement un jour avec l'Ange: à chacun son moment de vérité! Mais il est vrai que la difficulté repose sur une incertitude: celle d'identifier le moment du combat. Une telle circonstance peut passer inaperçue. Sur le coup on ne distingue pas toujours l'enjeu ni l'injonction qui nous est faite de livrer bataille. Il y a des gens qui ne sauront jamais l'instant précis où leur destin a irrémédiablement basculé."
Jean Paul Kauffmann

 
Un des rares passages où Jean Paul Kauffmann évoque sa captivité (otage au Liban de mai 85 à mai 88), et la difficulté de reprendre le cours d'une vie normale. Réduits à un court moment médiatisé de leur existence, les otages partagent avec ceux que le succès a frappé le destin de ne plus exister qu'en fonction d'une circonstance et guère plus pour eux-mêmes. Certains ne s'en remettent guère, d'autres difficilement. L'Épervier de Maheux, roman couronné par un Goncourt en 1972 , apportera à Jean Carrière la gloire et une dépression dont il mettra des années à guérir. Prix Nobel de littérature 2007 à l'âge de 87 ans, Doris Lessing confiera un an plus tard qu'il aurait mieux valu pour elle ne jamais le recevoir. Buzz Aldrin, miné par la dépression et l'alcoolisme, qualifie de magnifique désolation son retour sur terre après la première marche de l'homme sur la lune en 1979. Primo Levi, l'auteur du sublime "Si c'est un homme" se donne la mort en 1987 quarante-deux ans après sa libération des camps, Bruno Bettelheim, interné à Buchenwald et Dachau en 38-39 avant d’en sortir après paiement d’une sorte de rançon payée au Reich, comme il était possible de le faire avant le début des hostilités, se suicide en utilisant un sac en plastique. On peut multiplier les exemples, comme s'il devenait impossible de renouer avec une vie dont on maîtrise le fil quand les circonstances vous ont réduit à ne plus rien maîtriser du tout. "Je n'étais plus maître de ma vie" confiera Aldrin, "et tous voulaient que je demeure le meilleur." Philosophe, Kauffmann compare cette confrontation avec soi-même à l'allégorique Lutte avec l'ange du peintre Delacroix, enviant le sort de ceux qui peuvent vivre celle-ci dans l'incognito. Tout comme Jacob sort vainqueur de son combat mais blessé à la hanche, l'otage libéré demeure meurtri à jamais. 

 
Lu dans:
Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.226

17 mai 2009

Les transformations silencieuses

"L'aspect de cette vieille [femme],  juxtaposé à celui de la jeune qu'elle était, semble tellement l'exclure »
M. Proust


"Vieillir, c'est en même temps et du même point de vue, indissolublement, être encore jeune et déjà vieux: vieux, parce qu'il y a si tôt de l'usure et de la mort à l'oeuvre en nous; et jeune, parce que la vie se renouvelle avec une opiniâtreté qui étonne, que le coeur bat toujours avec vigueur et que se lève encore dans sa fraîcheur, et même comme s'il était le premier du monde, un matin de plus. À quoi s'ajoute à présent, dénaturant le vieillir, ce que la physique grecque nous impose comme début et fin du mouvement, points de départ et d'arrivée. Car, d'une part, est-il un début du vieillissement? Quand, «à partir d'où », ai-je commencé de vieillir? Aucun début n'est assignable: aussi loin qu'on remonte en sa vie, on a toujours commencé de vieillir. Des cellules meurent déjà, sculptant le fœtus. Vieillir a toujours déjà commencé."
 
Emile est mort hier. Il était l'intelligence, la sensibilité, la gentillesse mêmes. Sa collection de Pléiade me faisait envie, une visite dans son appartement d'où on entendait les cloches de la collégiale Saint Guidon me détendait. D'une écriture appliquée, il consignait ses activités et ses pensées avec un soin presqu'obsessionnel. Sa femme le quitta il y a dix ans, et il descendit progressivement aux enfers. L'esprit se dilue dans ces moments-là, et l'attention se relâche. L'entourage se fait pressant, tonton quand te places-tu? Il entra en résistance, creusa des tranchées, noua quelques alliances douteuses. Il y a un mois, - ma dernière visite -, désemparé il me montra son agenda dont l'encollage avait lâché, libérant une à une les feuilles de ses activités quotidiennes. Le dernier repère avait cédé, et la chute fut immédiate. Le lendemain je lui apportai un agenda Janssens 2009 récupéré chez un confrère qui ne l'utilisait pas, et dont l'encollage est prévu pour résister au feu du Jugement dernier. Las, le surlendemain on le trouva errant en rue. Hospitalisé, l'incohérence de ses propos décrivait un monde de prédateurs et de comploteurs faisant le siège de sa chambre. Au placement chez les hommes , il a préféré selon ses convictions religieuses un placement auprès de l'Eternel. On lui souhaite d'avoir fait le bon pari. Je l'aimais bien. 

Lu dans:
Marcel Proust. A la recherche du temps perdu.
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 72.

16 mai 2009

Vide et plein

"Le vide du funambule a beau n'être ni solide ni liquide, c'est un espace terriblement plein, qui noie plus sûrement que l'eau et ensevelit plus profondément que la terre."
 Jean Paul Kauffmann

Il y a du Raymond Devos dans cette allégorie du vide qui parfois peut être plein. Le contraire est vrai aussi par ailleurs, quand on est plein, on est vide. Quand on est plein et qu'on vous fait marcher sur un fil, mieux vaut que le fil ne soit pas tendu entre les deux tours de Saint Sulpice. Les lecteurs perspicaces auront noté que je suis dans ma période de découverte des ouvrages de Kauffmann. Une bonne période. 
 

Lu dans :
Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.164.

15 mai 2009

Sagesse des yourtes

"À Osoaviachim (Krghizistan), je retrouve Hassan et sa famille. Jamais personne ne m'a accueilli avec une telle ferveur exubérante. J'apprends ainsi qu'à la réception des photos que je leur ai envoyées les habitants ont organisé des festivités dans le village. Mais on ne nous fait plus fête quand j'annonce qu'il nous faut déjà repartir. Hassan ne comprend pas que l'on puisse venir de si loin pour ne rester que deux heures. Il a raison: nous avons perdu le sens commun. Notre liberté, plus que jamais, m'apparaît illusoire."
Bernard Ollivier

 
qui poursuit: "Sur le chemin de Tash Rabat, une apparition: cette écuyère altière, royale, l' œil gentiment goguenard devant le tableau que nous représentons: des étrangers aux lourds bagages, enfermés dans une boîte d'acier à l'air vicié, alors que l'espace devant nous est ouvert, immense, que l'air est pur, les routes libres et désertes... Même le cheval semble attristé par le spectacle que nous offrons."

 
Lu dans:
Bernard Ollivier, François Dermaut. Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 154 pages. Extrait p.126

13 mai 2009

Pour un baiser on perd la tête

«Sarmacande, le plus beau visage que la terre ait jamais tourné vers le soleil»
Omar Khayyâm

Le nom vous dit quelque chose? Vraisemblablement aurez-vous vu le roman Samarcande, d'Amin Maalouf, en vitrine mettant en scène Omar Khayyam (qui y vécut de 1072 à 1074 avant de s'installer en Iran). A moins que lecteur de BD, vous n'ayez lu d'Hugo Pratt le Corto Maltese La Maison dorée de Samarcande. L'UNESCO a célébré son 2750ème anniversaire , ville de passage éternelle entre le monde turc et le monde persan. Je suis tombé en arrêt sur cette cité mythique de 400.000 habitants en lisant sa description dans le dernier ouvrage de Bernard Ollivier. 

"La place du Registan, d'abord, qui transporte dans les contes des Mille et Une Nuits qui l'aborde. Ici, le bleu est roi : turquoise, myosotis, azur, outre-mer, céruléen, pervenche, saphir... Cherchez bien dans vos mémoires, ils y sont tous. Les murs du paradis, d'après l'Apocalypse de saint Jean, n'étaient-ils pas faits de saphir?
La cité, après l'invasion arabe, devient une ville prospère, nantie de palais et de caravansérails somptueux. Elle est alors le premier centre de papeterie du monde arabe, fournissant même le monde chrétien. Mais c'est Timour Lang - Tamerlan -, grand conquérant turco-mongol, lointain descendant de Gengis Khan, qui choisit Samarcande comme capitale de son empire et, protecteur des arts (il fut aussi un tyran sanguinaire, amateur de pyramides montées avec les crânes des habitants qu'il avait massacrés, deux faces opposées d'un même homme.. .), fit appel aux artisans les plus doués de Perse, d'Inde et d'Asie centrale. On ne saurait aller à Samarcande sans visiter son mausolée, le Gour Emir, et la mosquée que fit construire Bibi Khanim, sa favorite. Mosquée somptueuse, aussi belle que l'était Bibi. La favorite était en effet si éblouissante, dit-on, que l'architecte pressenti, follement amoureux d'clIc, refusa de terminer l'édifice si elle ne lui accordait pas un baiser. Baiser refusé qui coûta cher au beau bâtisseur, car à son retour Tamerlan le fit proprement décapiter. C'est alors que le tyran, décrétant que la beauté des femmes est une provocation permanente pour l'homme, instaura le port du voile."

 Lu dans:
Bernard Ollivier, François Dermaut. Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 154 pages. Extrait pp.108-109

Le temps, le vin et la patience

 "Le temps ne respecte rien de ce qui se fait sans lui."
Paul Claudel
 
Réflexion puisée adossée à cette belle description du vin, "fils du soleil et de la terre, avec le travail comme auxiliaire", le vin est le travail de la patience.

 Lu dans:
Critique amoureuse des Français. Alberto Toscano. Hachette Littératures, 2009, 282 p.
Paul Claudel. discours du 2 mai 1935, Inauguration de la foire de Bruxelles 

11 mai 2009

Sagesse des condors

"Il faut sauver les condors
Non pas tellement parce que nous avons besoin d'eux
mais parce qu'il faut développer des qualités humaines pour les sauver;
celles-là même dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan (19ème siècle)
Lu dans:
Résister ou lâcher prise: comment choisir?  Ed. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009.  180 pages. Extrait p.7. 

10 mai 2009

Une passion de vie

"Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque  de mourir d'ennui."
Raoul Vaneigem


Début mai 1968, Le Monde titrait : "La France s'ennuie"... Il est temps de faire la fête. Un récit de voyage chez les Inuits, dont j'ai perdu la référence, narrait leur étonnement face à la terreur qui saisit l'homme blanc quand il envisage une journée d'ennui, vide de toute activité. Que dire d'une vie d'ennui? Le fourmillement de nos centres commerciaux atteints de furie d'achat fournit une réponse indirecte, faute d'y trouver "un usage véritablement plus passionnant de l'existence" (extrait de l'Internationale situationniste). 

Lu dans :
Pierre Henri Simon. Deux éloges de la subversion. Le Monde du 14 février 1968. repris en Archives du Monde 2 du 9 mai 2009, p.57

09 mai 2009

Voyage

"Aller me suffit."
René Char
Lu dans:
Bernard Ollivier François Dermaut, Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 153 p. extrait page 5

07 mai 2009

Embrasser la vie humaine comme un tout

«Dans le monde moderne abandonné par la philosophie, fractionné par des centaines de spécialisations scientifiques, le roman nous reste comme le dernier observatoire d'où l'on puisse embrasser la vie humaine comme un tout.»

Embrasser la vie comme un tout: tout un programme. Surtout pour qui a grandi dans un schéma de pensée analytique et quantitatif. L'exercice est d'ailleurs difficile pour tous ceux qui essaient de restituer le produit d'une recherche académique et intellectuelle. Ainsi, le chercheur en sciences humaines ou sociales a certainement autant de difficultés à «embrasser la vie comme un tout» que le scientifique issu des sciences dites dures. Il faut sans aucun doute y voir la raison profonde de mon amour immodéré pour la lecture, qui fait voyager son invité dans les domaines les plus divers, aux moments les plus divers de sa journée, où qu'il soit. Un bonheur sans cesse renouvelé. 

Lu dans
Micheline Louis-Courvoisier. Les livres que j'aimerais que mon médecin lise. Georg. 2008 200 pages. Extrait p.15

06 mai 2009

Eloge du manque

"Un bon repas doit commencer par la faim"
Daniel Tammer

Lu dans
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Les Arènes.  2009. 330 pages. Extrait  p.256 

04 mai 2009

La lumière au bord de ses mains

" .. entourée par tant de vie qu'elle n'a jamais vue
elle ouvre les yeux pour regarder la lumière
au bord de ses mains."
Homero Aridjis.

Elle s'appelle Jeanne, est née à l'autre bout du monde dans un pays arc-en-ciel, dans une ville située sur une mine d'or, un deux mai printannier, par une année printannière: heureux présages. Comme elle, nous sommes à nouveau éblouis par tant de vie. 

Lu dans
Homero Aridjis . Les poèmes solaires. Mercure de France . 2008 . 190 pages. extrait p.30

02 mai 2009

J'ai été mouillé

"Mon amie, il y a eu hier une grande bataille, la victoire m'est restée, mais j'ai perdu bien du monde. (..) Je suis un peu fatigué, j'ai été mouillé deux ou trois fois dans la journée."
Lettres de Napoléon à Marie-Louise après les batailles d'Eylau et de Bautzen.


Un mari trempé, menacé d'un rhume, écrit à sa femme. C'est une expression du réel. Vingt-cinq mille morts français, la moitié chez les Russes (Eylau), vingt-mille de part et d'autre (Bautzen), c'en est une autre. Vie privée, vie publique. « Quel massacre! Et sans résultats! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre » écrit-il au soir de la bataille d'Eylau, avant d'inviter à dîner les officiers d'artillerie. « Pour aller souper chez l'Empereur, nous passions entre deux montagnes de corps, de membres mis en pièces, des bras, des têtes, hélas! celles de nos amis », racontera un des invités. « Personne n'avait faim , mais ce qui dégoûta encore plus et mit le comble à la nausée, c'est que chacun, en ouvrant sa serviette, y trouva un billet de banque. » Un billet de banque pour faire oublier l'horreur d'une bataille dont la victoire fut revendiquée par les deux parties: les troupes françaises, restées maîtres du terrain, les Russes repliés en bon ordre,  les Français décrits comme trop épuisés pour les poursuivre. Que de réflexions possibles sur la vanité des événements et la duplicité des personnes en si peu de lignes. L'élévation des réflexions pacifistes de l'empereur ("inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre") résiste mal à la longue énumération des bataillles ayant émaillé son règne et à la récompense prosaïque du repas d'après bataille... dont feint s'indigner une des participants dans ses mémoires. Les choses ont-elle changé aujourd'hui? 

Lu dans :
Jean-Paul Kauffmann. La chambre noire de Longwood. Folio. La table ronde 1997. 360 p. Extraits pages 160, 204 et 206
Michelet, Histoire du dix-neuvième siècle

01 mai 2009

On est devenus pauvres

"Comme tout désormais
Me semble différent.
Abandonnez, amis, cette chasse harassante;
Vos biens, comprenez-le, sont à jamais perdus;
Mais notre pauvreté, ce n'est pas, voyez-vous,
De n'être plus comblés de biens terrestres,
Tout le monde ici-bas ne saurait être riche.
Notre pauvreté, c'est d'avoir perdu
Le sens des valeurs les plus hautes."
B. Brecht


Phrase prémonitoire de la réflexion de Pierre Bérégovoy, devenu Premier ministe de François Miterrand, accablé par les affaires, lâché par ses camarades socialistes, qui à la veille de perdre les élections, dit à sa femme : « On a fini par oublier de payer nos places au théâtre, aux avant-premières, et c’est là qu’on est devenus pauvres. (..) A 60 balais, il m’a fallu deux banques et un prêt privé pour acheter mon appartement. On va perdre les élections, et j’aurai quoi, après ? Rien ». Il se suicidera le 1er mai 1993. France 2 lui rend ce soir dans un émouvant téléfilm un hommage posthume qui célèbre de belle manière la fête du Travail. 
 
Lu dans :
Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des Abattoirs,L'Arche, Collection : Scene Ouverte, 1997. Extrait p.98
L’honneur sali de Bérégovoy. Vanhoenacker Charline, Le Soir, jeudi 30 avril 2009.  

29 avril 2009

Une prison de nuages

"On ne s'échappe pas d'une prison sans murs. (..) Les Anglais avaient bien choisi l'endroit. Longwood est une prison de nuages, un cachot aérien. Dans cette geôle, le prisonnier jouit de toutes  les apparences de la liberté: l'océan illimité à 1'horizon, le plateau dégagé, une échappée vers le plus haut sommet de l'île, le pic de Diane. Cependant, l'air et le ciel isolent et confinent aussi sûrement qu'une cellule."
 Passionnante réflexion des dernières années de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène. On s'y croirait. Quel destin tout de même.

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La chambre noire de Longwood. Folio. La table ronde 1997. 360 p. Extrait pages 98 et 148  

24 avril 2009

Le visage paysage

«La grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu, chaque jour, dans le même visage.
C’est plus grand que tous les voyages autour du monde.» 
Alberto Giacometti 

Comme je disais hier

"Leôn, théologien fameux de Salamanque, fut arrêté au beau milieu de son cours par le tribunal de l'Inquisition. Torturé puis condamné, Leôn passa une dizaine d'années en prison. Libéré, il reprit son enseignement à l'université, à l'endroit même où il l'avait abandonné en disant: «Comme je le disais hier ». 
J-P Kauffmann 

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La maison du retour. Folio. Gallimard 2007. 289 p. extrait page 260

23 avril 2009

Le bonheur des débuts

".. ce mal-être moderne: la mélancolie de l'acomplissement. (..) L'unique joie au monde, c'est de commencer. Tout ce qui est atteint est détruit."
Jean-Paul Kauffmann, citant Pavese et Montherlant.

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La maison du retour. Folio. Gallimard 2007. 289 p. extraits pages 74 et 270.
Cesare Pavese. Le métier de vivre. Folio. Gallimard. 1987.

19 avril 2009

C'est facile à danser


La mélodie du Bonheur 
do : le dos, qu'il a bon dos 
ré : rayon de soleil d'or 
mi : c'est la moitié d'un tout 
fa : c'est facile à chanter 
sol : l'endroit ou nous marchons 
la : là bas où nous allons 
si: c'est siffler comme un pinson 
Et nous retournons à do, do do do DO ! 

do : le dos, qu'il a bon dos 
ré : rayon de soleil d'or 
mi : c'est la moitié d'un tout 
fa : c'est facile à chanter



18 avril 2009

Les remèdes d'aujourd'hui

"Mon doux trésor, je suis en train de te faire de bien stupides aveux et, à vrai dire, sans raison, à moins peut-être que ce soit la cocaïne qui me délie la langue."
S. Freud

L'interdit d'aujourd'hui fut remède jadis. En 1884, Freud s'intéresse aux propriétés et aux effets de la cocaïne, et en devient un fidèle utilisateur comme un ardent défenseur. A l'époque on l'utilise pour lutter contre la morphinomanie, et on la croit sans effets secondaires ni accoutumance. Aussi Freud, qui en expérimente les qualités toniques, la recommande largement, y compris à Martha, sa fiancée. Sous l'influence de ce « philtre moderne», il lui écrit des lettres enflammées et découvre, surtout, l'étrange pouvoir qu'il a de lui délier  la langue. «Le peu de cocaïne que j'ai pris me rend bavard, ma petite femme chérie... » Ce remède qui suscite une parole imprévue, non contrôlée, et dont le sens n'est pas parfaitement maîtrisé, peut être considéré comme la première clé qu'il utilisa ouvrant sur le « continent noir». La coca avait été découverte au Pérou par les conquistadors vers 1530, et ses premiers arbustes importés en France en 1750. En 1855, à force d'en broyer les feuilles, Gaedecke, un étudiant en pharmacie parvient à en isoler l'agent actif, un alcaloïde qu'il nomma érythroxyline, du nom latin de la coca : Erythroxylon Coca. A Göttingen, Nieman lui aussi broyait des feuilles. Lui aussi isola l'alcaloïde et il le baptisa cocaïne. Plus simple, plus sonore, plus dynamique, plus immédiatement compréhensible qu'érythroxyline, cocaïne s'imposa.  Avaient-ils prévu les conséquences de leurs actes? En quelques années, pharmaciens et chimistes tirent de la cocaïne des excitants, puis des anesthésiants, tous plus efficaces les uns que les autres. Le 12 octobre 1860, le président Lincoln devient l'un des premiers Américains à acheter, dans une pharmacie de Springfield (Illinois), un élixir à base de coca. En 1863 en Corse, Mariani commercialise son célèbre vin, infusé avec des feuilles de coca chargées à 6 grammes par once, soit un quart de gramme de coke pure dans une bouteille de 50cl. C'est la période de la folie cocaïne. Des célébrités y trouvent leur bonheur. Elles le font savoir : Edison, Jules Verne, Zola, le prince de Galles, le pape Léon XIII et bien sûr Freud, qui reniera par la suite ses déclarations enfarinées. Voila du beau monde derrière les barreaux s'ils étaient nés un siècle plus tard. 

Ne rions pas, l'interdit sourd de partout. Plusieurs personnalités et organisations, dont la Ligue des droits de l'homme (LDH), se sont émues ce 16 avril de la disparition de la pipe du célèbre personnage sur des affiches annonçant la promotion de la rétrospective Jacques Tati à la Cinémathèque de Paris. On y voit M. Hulot sur un Vélosolex, vêtu de son éternel chapeau, d'un pantalon trop court et d'un non moins éternel imperméable élimé. Mais sa pipe a disparu, remplacée par un petit moulin à vent. Métrobus, la régie publicitaire de la RATP et de la SNCF qui diffuse quelque 2.000 affiches, explique avoir voulu respecter la loi Evin, qui interdit toute publicité "directe ou indirecte" en faveur du tabac ou de l'alcool. L'ancien ministre Evin, son promoteur a réagi sèchement, trouvant qu'on en outrepassait l'esprit. La lutte antitabac y gagne peut-être, mais le patrimoine culture y perd certainement. Tout cela m'a donné l'envie d'une bouffarde, ce soir au coin du feu, ravi de braver la loi et les préceptes que j'enseigne. 
 
Lu dans :
Louise L Lambrichs. La Vérité médicale. Pluriel. Ed Robert Laffont. 1993. 470 pages. Extrait p.327
Comment Freud devint drogman, Paris, Navarin, 1983.
Lettre de Freud à Martha Bernays du 2 juin 1884. Voir aussi S. Freud, De la cocaïne, écrits réunis par Robert Byck, Bruxelles, Complexe, 1976.
La pipe de M. Hulot "censurée" sur des affiches. Nouvelobscom. 17.04.2009
 

17 avril 2009

Donner le jour

Magie des mots, magie des images : 
"Donner le jour" se traduit par "dare alla luce" en italien et "dar a luz" en espagnol, littéralement "mettre à la lumière".

Merci à Manu , qui complète ainsi mon récent "Ljosmodir", sage-femme en islandais ou mère-lumière. Et maintenant, admirons ce que Jérome Murat en fait sur scène, du pur bonheur.

Le gazouillis et l'épouillage

«Qui a fait quoi ?», « avec qui?»
Connaissez-vous Twitter et les tweets (gazouillis en anglais), ces messages courts, d'une longueur maximale de 140 caractères, circulant en permanence sur un outil de réseau social (Twitter) qui permet à l'utilisateur de signaler à son réseau "ce qu'il est en train de faire". Il est possible d'envoyer et de recevoir ces messages par Internet, par messagerie instantanée ou par messagerie numérique. Leur succès répond à l'ancestral besoin humain du commérage. Dans son livre Grooming, Gossip and the Evolution of Language ((Épouillage, bavardage et évolution du langage»), Robin Dunbar - professeur de psychologie à l'Université de Liverpool - montre que la population moyenne consacre environ deux tiers de ses conversations aux cancans. Le psychologue évoque « les rythmes naturels de la vie sociale ». Il compare les séances de commérages chez les humains à celles de l'épouillage chez les primates, pendant lesquelles les singes passent des heures à nettoyer la fourrure de leurs congénères. Chez les grands singes qui vivent en groupe, le but de ces échanges est de souder la communauté. Dunbar suggère que les humains, en évoluant, ont privilégié le langage à l'épouillage parce qu'il prenait moins de temps et permettait à l'individu de faire plusieurs choses à la fois. De nombreuses recherches vont dans le sens du commérage comme activité essentiellement positive et créant du lien: une étude a montré que, lorsque des individus s'adonnent aux ragots, seulement 5 % du contenu de leur conversation implique des jugements et des critiques négatives. Dans la majeure partie du temps, on s'interroge sur « qui a fait quoi ?», « avec qui?» et l'on partage des expériences sociales personnelles. Une autre recherche a découvert que seulement dix minutes de bavardages chaque jour étaient aussi efficaces pour stimuler la mémoire et la performance mentale que de faire des mots croisés. Pour apporter une contribution unique au patrimoine de l'humanité, j'ajouterai qu'à l'heure qu'il est (8h50) je suis chez moi, je me suis rasé, ai terminé mon café, un demi-journal et qu'il pleut: 22 mots, 113 caractères, le compte est bon. 
  
Lu dans :
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Le cerveau des génies. Ed. Les arènes. 2009. 325 pages. Extrait p.237
Robin Dunbar. Grooming, Gossip and the Evolution of Language. Harvard University Press. 1998. 242 pages.

16 avril 2009

La mère lumière

"Ljosmodir", sage-femme en islandais ou littéralement mère-lumière.
Daniel Tammer.

Certaines expressions issues de langues étrangères sont émouvantes et nous enrichissent. Une de nos belles-filles (en voici encore une, d'expression superbe, tellement plus parlante que l'antique "bru") consultait ce jour à Jo'burg son accoucheuse. L'heureux événement est programmé dans une dizaine de jours: on devine le foetus attendant la lumière du jour comme le marin l'aurore.

Lu dans.
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Le cerveau des génies. Ed. Les arènes. 2009. 325 pages. Extrait p.107 

10 avril 2009

Les mobiles de la tendresse

"Les objets sortis des mains de Calder sont des tendresses en trois dimensions."
RP Turine

 
Lu dans :
Les sortilèges de Calder. Roger Pierre Turine. LLB. 03/04/2009.
Calder: Années parisiennes : 1926-1933. Centre Pompidou, rue Saint-Martin, Paris 3e. Jusqu’au 20 juillet, tous les jours, sauf le mardi et le 1er mai, de 11 h à 21 h. Catalogue. Infos : 01.44.78.14.63 et www.centrepompidou.fr

Un simple rattrapage

"Le bonheur de déguster un verre de Mission Haut-Brion 1975
le bonheur de lire et de relire une page des Géorgiques, de Virgile
d'écouter à l'envi un air adoré de Haydn
le bonheur de pouvoir contempler un paysage sauvage et jamais borné."
JP Kauffmann

De 1985 à 1988, au Liban, une vague d’enlèvements a frappé le monde occidental et particulièrement les Français, qui ont compté jusqu’à neuf concitoyens détenus à Beyrouth. Leurs souvenirs, récoltés dans un documentaire de France 2, tissent une amère réflexion sur les tractations d'état et le difficile retour à la liberté, "qui n'est pas vécu comme une victoire mais un simple et aléatoire rattrapage." Emouvant. 

Lu dans:
La maison du retour, Jean-Paul Kauffmann, Gallimard, Folio, 2008, 288 pages
Le temps des otages, France 2, 9 avril 09, Stéphane Khémis. 

03 avril 2009

Sagesse du pardon

"Pardonner à quelqu'un, c'est libérer de la place dans son coeur."
JI'An

Une question m'habite en vous partageant cette pensée, à laquelle vous qui êtes de routes si diverses pourrez me répondre: le pardon , - le mot et l'attitude -, sont-ils génériques de la nature humaine ou plutôt de nature religieuse, auquel cas je l'aurais assimilé naturellement avec le lait maternel et le gateau de fruits. Le livre (une BD) dont je l'ai extraite, est superbe et à conseiller de 7 (et même moins) à 77 ans (et même plus). 
  
Lu dans :
La voie de la sagesse, tome 1 : Poussière de printemps. Ji An. Genre : Manhwa. Editeur : Xiao Pan. 2009. 
Trois épisodes de l'initiation d'un jeune garçon : Poussière, sur la voie du Chan, doctrine chinoise qui a donné au Japon les bases de la pensée Zen. Le Chan (du sanscrit Dhiana - méditation - plus connu sous le nom de Zen, qui est sa traduction en japonais) n'est pas à proprement parler une philosophie car il n'a pas son propre système de pensée, et il ne fait pas non plus référence à une religion. Il enseigne plutôt la méditation, la concentration de l'esprit, un état dans lequel il ne se laisse pas troubler par des éléments extérieurs.  Dessinée selon un mode traditionnel (encre, papier), chaque histoire permet au petit moine de découvrir une relation –simple- avec le monde qui nous entoure".

02 avril 2009

Les étoiles intérieures

"Tant que je peux observer mes propres étoiles,disait-elle,tant que je peux diriger mon esprit vers la comtemplation de tout ce que je veux voir réapparaître,les êtres et les choses,alors qu'importe le sol que foulent mes pas,qu'il soit carrelage ou aiguilles de pin."
R. Detambel

Lu dans
Noces de Chênes. Régine Detambel. Gallimard. extrait p 52.

01 avril 2009

Change

"Soyez le changement que vous souhaitez au monde."
Gandhi
Cité par :
Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC, prix Nobel de la paix 2007, "Changements climatiques : grand défi du XXIe siècle" (GCC, 31 mars 2009)