samedi, novembre 21, 2009

Prenez l'âme , je garde le corps

"Elle allait
à sa droite un ange gardien
à sa gauche un garde du corps
Prenez l'âme
dit l'ange à l'homme
moi cette nuit
je garde le corps."

André Schmitz

 
Lu dans
Francis Dannemark. Ici on parle flamand et français. Anthologie 2005. Une centaine de poèmes d'auteurs belges d'expression française et néerlandaise. Le Castor Astral. 

vendredi, novembre 20, 2009

Nos âmes se reposent

"Le psychanalyste Carl Jung était un jour en excursion quelque part en Afrique, accompagné de quelques villageois. Il s'étonnait de ce que ceux-ci désiraient s'arrêter pour se reposer plus souvent qu'il ne lui semblait nécessaire. Il ne voulait surtout pas tomber dans l'habituel piège de l'ethnocentrisme en concluant qu'ils étaient paresseux. Toutefois, les haltes ne cessaient de se multiplier. A bout de patience, il leur demanda pourquoi ils avaient besoin de se reposer aussi fréquemment. Leur réponse le laissa pantois: " Lorsque nous marchons sur ces pistes, nous nous arrêtons de temps à autre quand nous nous apercevons que nos âmes n'arrivent plus à nous suivre. Lorsque nous les avons trop distancées, nous attendons un peu, pour leur permettre de nous rattraper. Sans elles, nos idées deviennent confuses, et nous nous perdons. » 
Extrait du discours du recteur Bruno Delvaux à la rentrée académique de l'UCL 


Rien ne va plus

"Notre monde atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne saurait être loin."
Hésiode. VIIIe siècle av.JC
Lu dans 
Ce que me disent les choses. Journal de l'année 2008. Hubert Nyssen.  L'écritoire. Léméac/Actes Sud. 2009. 204 pages. Extrait p.54

jeudi, novembre 19, 2009

Ah les surréalistes

"Tout est vrai, successivement."
Peregrinos

Ah les surréalistes... Au moment où s'inaugure le musée Magritte que la terre nous envie, je découvre l'oraison funèbre écrite par André Breton (auteur du "Manifeste du surréalisme") à l'occasion du décès d'Anatole France. Il conclut son articulet par un peu amène "pour enfermer son cadavre, qu'on vide si l'on veut une boîte des quais de ces vieux livres "qu'il aimait tant" et qu'on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière." (Interdit d'inhumer, 12 octobre 24)

Anatole France eut droit à des funérailles nationales, lui qui avait participé à la fondation de la Ligue des droits de l'homme, dénoncé avec force le génocide arménien,  signé la pétition pour la révision du procès Dreyfus, rendu sa légion d'honneur par solidarité avec Zola.  L'exécration des surréaliste à son égard fit tache, eux qui lors d'un dîner en ville s'invectivèrent de si belle manière qu'on vit les corbeilles de fruits voler, s'écrasant sur la tenue d'un officiel,  les tables renversées, la vaisselle piétinée, les vitres voler en éclats, attirant les badauds. Philippe Soupault, suspendu à un lustre balaie du pied plats et bouteilles sur la table sous lui, Michel Leiris hurle par la fenêtre ouverte "A bas la France" et on finit par appeler la police pour vider la salle, les troubles se poursuivant sur le boulevard Saint Michel.

On comprend mieux la mansuétude de Bernard Pivot appelé à commenter les récentes prises de position jugées politiquement incorrectes de Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009, qui justifie son choix de s’installer à Berlin estimant que la politique du gouvernement français à l’attention des populations étrangères est monstrueuse. L'invective paraît bien pâle au regard de ce qui s'écrivait il y a moins d'un siècle. Les grands artistes ne connurent jamais le devoir de réserve, estime Pivot, on ne saurait mieux dire. 
 
Lu dans :
Les scandales littéraires. Claire Julliard. Librio 2009. 75 pages. Extrait page 28.

mercredi, novembre 18, 2009

"Je préfère Trouville à Deauville."
P. Delerm
 Ou comment parler de soi sans le dire. Dans un morceau d'anthologie Philippe Delerm s'attarde sur la forme de coquetterie qui fait énoncer "qu'on préfère Trouville à Deauville", les deux stations jumelles qui constituent la sortie du dimanche des Parisiens, et qu'on visite usuellement lors d'une même sortie. A Deauville le luxe un tantinet ostentatoire. À Trouville, quelques ruelles en pente derrière le front de mer, la jovialité revendiquée du marché au poisson, moins de place, un resserrement des terrasses justifieront la prétention à la simplicité. De part et d'autre néanmoins un casino, des tarifs élevés, le bronzage en hiver. Comme le souligne malicieusement Philippe Delerm, on n'évoque pas deux villes "en affirmant je préfère Trouville à Deauville: on parle de soi. De ce petit raffinement d'autosatisfaction qui donne la préférence aux choses plus simples, de cette qualité d'âme qu'on se prête, de cette sensibilité à ce qui est moins connu, moins spectaculaire, moins
luxueux. Avec Trouville et Deauville, on a juste sous la main, à portée d'autoroute, l'occasion d'affirmer sa finesse, son goût pour le jardin japonais. J'aime le vrai et le subtil. Je suis bien trop modeste pour l'affirmer ex abrupto. Je préfère Trouville à Deauville."
  
Lu dans
Philippe Delerm. Ma grand-mère avait les mêmes. Ed.Points 2008. 96 pages. Extrait p.33

dimanche, novembre 15, 2009

Pour la fierté d'une petite fille

"Je ne t'ai jamais fait honte."
Annie Ernaux

"Aux vacances d'été, j'invitais une ou deux copines de fac, des filles sans préjugés qui affirmaient « c'est le cœur qui compte ». Car, à la manière de ceux qui veulent prévenir tout regard condescendant sur leur famille, j'annonçais: "Tu sais chez moi c'est simple." Mon père était heureux d'accueillir ces jeunes filles si bien élevées, leur parlait beaucoup, par souci de politesse évitant de laisser tomber la conversation, s'intéressant vivement à tout ce qui concernait mes amies. La composition des repas était source d'inquiétude, « est-ce que mademoiselle Geneviève aime les tomates?». Il se mettait en quatre. Quand la famille d'une de ces amies me recevait, j'étais admise à partager de façon naturelle un mode de vie que ma venue ne changeait pas. A entrer dans leur monde qui ne redoutait aucun regard étranger, et qui m'était ouvert parce que j'avais oublié les manières, les idées et les goûts du mien. En donnant un caractère de fête à ce qui, dans ces milieux, n'était qu'une visite banale, mon père voulait honorer mes amies et passer pour quelqu'un qui a du savoir-vivre. Il révélait surtout une infériorité qu'elles reconnaissaient malgré elles, en disant par exemple, « bonjour monsieur, comme ça va-ti? Un jour, (il me dit) avec un regard fier: "Je ne t'ai jamais fait honte."


Pourquoi revenir au beau livre d'Annie Ernaux? Parce que j'en ai relu quelques pages, tard après Envoyé Spécial jeudi soir, ému par l'image finale de cette maman seule aux yeux rougis et gonflés par la fatigue, gardienne de parking 12 heures par jour - tout plutôt que le chômage - qui souffle "je voudrais tant que ma fille soit fière de moi". Avec la crise, de plus en plus de petits boulots (re)font leur apparition, permettant à de nombreux Français de joindre les deux bouts et de se reconvertir après un licenciement. Qu'il leur soit interdit de s'asseoir, de parler, de téléphoner ou de lire durant leurs heures leur donne presqu'une dignité supplémentaire, qu'on ne retrouve guère dans l'interview de leurs employeurs aux contrats d'embauche pour le moins surprenants. Sabine, 45 ans, se lève tous les jours à 4 heures du matin pour prendre un bus puis un train pour se rendre à son nouveau travail, elle est pompiste dans une station essence de supermarché, et touche 10% des pourboires que lui laissent les automobilistes. Claude, 52 ans, a longtemps travaillé dans la confection. Il est à présent vendeur de journaux à la criée au départ des trains de la gare du Nord à Paris. Mohamed, 32 ans, est "régulateur de flux" dans le RER, son rôle est de permettre aux voyageurs de mieux se répartir sur le quai et de prendre leur train sans bousculade. Le "je ne t'ai jamais fait honte" du père d'Annie Ernaux n'est guère loin.

Lu dans :
Annie Ernaux. La place. Folio.1983. 114 pages. Extrait p.92,93
Le retour des petits boulots. Un reportage de Guillaume Barthélémy et Guillaume Dumant. Envoyé Spécial. France 2. Jeudi 12 novembre 2009. 20h30

Merci à la vie

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné deux yeux et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc
Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné deux yeux et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc
Et là-haut dans le ciel, un fond étoilé
Et parmi les multitudes, l'homme que j'aime.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné d'entendre, oreilles grandes ouvertes
Enregistrer nuit et jour grillons et canaris,
Marteaux, turbines, aboiements, orages,
Et la voix si tendre de mon bien-aimé.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné la voix et des lettres
Avec lesquelles je pense les mots, et je dis
Mère, ami, frère, lumière qui éclaire
Le chemin de l'âme que j'aime.

Mercedes Sosa - Gracias A La Vida

En octobre 2009 est morte Mercedes Sosa. Un destin étrange et unique pour cette chanteuse argentine qui a été arrêtée en plein concert par la dictature, et forcée à s'exiler. De nombreuses chansons magnifiques dont celle-ci qu'un ami me fait découvrir (merci Benoît).

dimanche, novembre 08, 2009

Festina lente

"Ubi amici, ibi opes" (Là où sont les amis , là est la richesse).

"Je pris soin de ma santé à Anderlecht, qui est à la fois un endroit très connu et proche de Bruxelles, où se trouve le palais de l'Empereur. Presque chaque jour, je me rendais en ville à cheval et je retournais aussi, sans débrider, à Louvain. Depuis de nombreuses années - j'en rends grâce au Christ - jamais je n'avais été mieux en forme que je ne le fus à cctte époque-là."

La saison est propice pour découvrir le Jardin philosophique de la maison d'Erasme à Anderlecht. Jardin de sagesse, parsemé de petits étangs dans lesquels se reflètent des maximes anciennes, mais aussi jardin des simples où croissent les diverses plantes médicinales utilisées par l'humaniste arrivé en fin de vie pour se traiter. Jardin d'écriture, et grâce au verger également jardin de confitures. Les feuilles qui encombrent les pelouses et les mares incitent à la rêverie au temps qui passe, tandis que les cloches de la collégiale proche égrènent les heures de journée qui s'écourtent rapidement. Une courte promenade dans les parterres permet de parcourir une Europe dont Erasme avait tracé de premiers contours, les végétations des endroits divers où il séjourna ayant été reproduites scrupuleusement par îlots juxtaposés. Un moment unique dans un endroit unique. 
  
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Lu et à prouver

"Lu et à prouver."
Annie Ernaux 

"Autre souvenir de honte: chez le notaire, il (mon père) a dû écrire le premier « lu et approuvé», il ne savait pas comment orthographier, il a choisi « à prouver». Gêne, obsession de cette faute, sur la route du retour. L'ombre de l'indignité. Dans les films comiques de cette époque, on voyait beaucoup de héros naïfs et paysans se comporter de travers à la ville ou dans les milieux mondains (des rôles de Bourvil). On riait aux larmes des bêtises qu'ils disaient, des impairs qu'ils osaient commettre, et qui figuraient ceux qu'on craignait de commettre soi-même. Une fois, j'ai lu que Bécassine en apprentissage, ayant à broder un oiseau sur un bavoir, et sur les autres idem, broda "idem" au point de bourdon. Je n'étais pas sûre que je n'aurais pas brodé "idem."

En quelques pages d'une écriture sobre et dense, Annie Ernaux raconte son père. Paraphrasant Jean Genet qu'elle cite en épigramme, elle tente l'écriture comme "dernier recours quand on a trahi", en une tentative pathétique de combler le fossé insidieux qu'elle a laissé se creuser entre cet homme simple, terrien de Normandie, avare de ses mots et de ses sentiments et sa fille devenue agrégée en lettres. Un récit dépouillé qui possède une dimension universelle et qui m'a ému. 


Lu dans :
Annie Ernaux. La place. Folio.1983. 114 pages. Extrait p.59

mercredi, novembre 04, 2009

Mort de Lévi-Strauss

"Point n'est besoin d'aller bien loin pour rencontrer des sauvages."
Célestin Bouglé
 Petit clin d'oeil à Claude Lévi-Strauss, grand voyageur devant l'éternel, mort hier à l'âge de cent ans, qui (par boutade?) entamait son célèbre Tristes tropiques par un provocant "Je hais les voyages et les explorateurs". Toute grande expédition commence dans notre imagination, et au coin de la rue comme le rappelle avec humour Célestin Bouglé, qui fut son maître à la rue d'Ulm et initia sa vocation d'anthropologe. Il lui reste l'éternité pour observer la vie des anges au paradis, on aimerait le lire. 
 
  

lundi, novembre 02, 2009

Les mille raisons d'aimer

"On est toujours content quand les gens qui nous aiment relèvent nos travers comme des raisons supplémentaires de nous aimer."
E. Carrère

Lu dans: 
Emmanuel Carrère. D'autres vies que la mienne. P.O.L. 2009. 310 p. Extrait p.119

Epitaphe

 "Je suis mort sans laisser de fils, et regrettant
Que mon père avant moi n'en eût pas fait autant."
Epitaphe du misanthrope.
Une dernière pour fêter nos morts. Lue sur une tombe, sans doute du 3ème siècle avant notre ère. Certes, pas vraiment optimiste, pas vraiment contemporaine, sans être anachronique pour autant. Lire les anciens révèle d'étonnantes lignes.  

Lu dans :
Epigramme anonyme dans le goût de Callimaque. Date incertaine, 3ème siècle avant notre ère. Anth.Pal., VII, 309
Marguerite Yourcenar. La Couronne et la Lyre. Gallimard. NRF 1979, 485 p., extrait page 309

dimanche, novembre 01, 2009

La frontière de l'humain

"Quand on pense à quel point la mort est familière, et combien totale est notre ignorance, et qu'il n'y a jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé !"
Vladimir Jankélévitch

Encore quelques réflexions pour temps de fête des morts. Une photo, publiée dans le numéro de novembre du National Geographic, met à mal notre le présupposé que la race humaine est la seule à pleurer ses semblables. On y voit le cadavre de Dorothy, femelle chimpanzé de 40 ans, enterrée en présence d'un groupe de ses semblables. Leur silence, exceptionnel dans leur comportement quotidien, est interprété dans ce cas précis par le photographe comme signe d'émotion et de respect. La frontière de l'humain est ténue. Prolongeant cette réflexion, on appréciera que Dorothy fut faite orpheline bébé par un braconnier, et ensuite recueillie par un humain qui lui fit boire des bières et fumer des cigarettes pour amuser les touristes. Il est des jours où je préfèrerais qu'on me range chez les chimpanzés ou les bonobonos.
Lu dans:  
La Mort, Vladimir Jankelevitch, Flammarion, Champs, 2008.

samedi, octobre 31, 2009

Rire après ma mort

"C'est très beau un arbre dans un cimetière. On dirait un cercueil qui pousse."
Pierre Doris


L'humoriste est mort mardi. J'aimerais que ce que j'ai pu dire ou écrire fasse rire les jours après ma mort. Demain, nous irons au cimetière comme chaque année nous recueillir sur les tombes des proches et parents. Dans les allées, mon regard tombera sur les noms de patients décédés et je revivrai en un surprenant travelling arrière leurs chagrins, bonheurs et confidences. Leurs amours cachées et les infimes trahisons d'une existence: je n'ai guère connu ni de grands truands, ni de véritables Casanova, mais beaucoup de braves hères qui ont vécu de leur mieux avec les faibles moyens qui leur avaient été alloués à la naissance. Peu sont nés avec une cuiller en argent dans la bouche, peu sont mort riches. Mais ils m'auront rendu riches d'eux-mêmes, de leurs expériences. 
Je jetterai un regard neuf sur les arbres: tant de cercueils qui poussent, une vraie forêt.

Lu dans.
Pierre Doris a poussé son dernier râle.  Le Soir . 29 octobre 2009. p.34 

dimanche, octobre 25, 2009

Pensée de fin octobre

"This loneliness
returning like an old dog
to its favorite spot
I try to shrug its effect
while the rain continues on."

"Cette solitude
revient comme un vieux chien
à son coin favori
J'essaie d'en ignorer le sens
alors que la pluie continue à tomber."


Marjorie A. Buettner, 2002
Trad. Serge Tomé, Micheline Beaudry

samedi, octobre 24, 2009

La femme est l'avenir de l'homme

"Si Lehman Brothers avait été Lehman Sisters, on n'en serait pas là aujourd'hui!"
Ngozi Okonjo-Iweala, directrice général de la Banque mondiale au Nigeria

 Les femmes dirigeantes réunies à Deauville du 15 au 17 octobre, à l'occasion du Women's forum, sont plus que jamais convaincues que leurs paroles, leurs visions du monde doivent être davantage entendues et prises en compte. Leur ambition est globale, visant le monde de l'entreprise certes, mais aussi l'éducation, la santé, les inégalités et la prise en compte du changement climatique. Dans les entreprises, la présence de femmes accroît les performances comme le révèle cette recherche menée par Michel Ferrary, professeur au Ceram (Ecole supérieure de commerce à Nice-Sophia Antipolis) qui prouve que les firmes qui emploient plus de 35 % de femmes, ou dont le taux d'encadrement est à plus de 35 % féminin, voient leur chiffre d'affaires progresser davantage que les autres. Que ces firmes sont aussi deux fois plus rentables, ont une meilleure productivité et créent davantage d'emplois. Une étude de la société Hedge Fund Research, basée à Chicago, montre aussi que, entre 2000 et 2009, les fonds financiers ayant une majorité de femmes parmi leurs gestionnaires, ont vu leur valeur augmenter nettement plus que la moyenne. Précurseur, Jean Ferrat ne chantait-il pas avec Aragon il y a une vingtaine d'années que la femme était l'avenir de l'homme. Message confidentiel car à part la vente de disques, il ne passa guère dans les émissions de télévision à l'époque, snobé par les médias commerciaux ou officiels en raison de son image de franc-tireur. Gageons que le Women's forum aura plus d'audience. 

Lu dans :
Les femmes dirigeantes veulent faire la révolution. Annie Kahn. Le Monde. 24 octobre  2009. kahn@lemonde.fr

La femme est l'avenir de l'homme

"Si Lehman Brothers avait été Lehman Sisters, on n'en serait pas là aujourd'hui !"
Ngozi Okonjo-Iweala, directrice général de la Banque mondiale au Nigeria

 Les femmes dirigeantes réunies à Deauville du 15 au 17 octobre, à l'occasion du Women's forum, sont plus que jamais convaincues que leurs paroles, leurs visions du monde doivent être davantage entendues et prises en compte. Leur ambition est globale, visant le monde de l'entreprise certes, mais aussi l'éducation, la santé, les inégalités et la prise en compte du changement climatique. Dans les entreprises, la présence de femmes accroît les performances comme le révèle cette recherche menée par Michel Ferrary, professeur au Ceram (Ecole supérieure de commerce à Nice-Sophia Antipolis) qui prouve que les firmes qui emploient plus de 35 % de femmes, ou dont le taux d'encadrement est à plus de 35 % féminin, voient leur chiffre d'affaires progresser davantage que les autres. Que ces firmes sont aussi deux fois plus rentables, ont une meilleure productivité et créent davantage d'emplois. Une étude de la société Hedge Fund Research, basée à Chicago, montre aussi que, entre 2000 et 2009, les fonds financiers ayant une majorité de femmes parmi leurs gestionnaires, ont vu leur valeur augmenter nettement plus que la moyenne. Précurseur, Jean Ferrat ne chantait-il pas avec Aragon il y a une vingtaine d'années que la femme était l'avenir de l'homme. Message confidentiel car à part la vente de disques, il ne passa guère dans les émissions de télévision à l'époque, snobé par les médias commerciaux ou officiels en raison de son image de franc-tireur. Gageons que le Women's forum aura plus d'audience. 

Lu dans :
Les femmes dirigeantes veulent faire la révolution. Annie Kahn. Le Monde. 24 octobre  2009. kahn@lemonde.fr

La femme est l'avenir de l'homme

"Si Lehman Brothers avait été Lehman Sisters, on n'en serait pas là aujourd'hui ! "
Ngozi Okonjo-Iweala, directrice général de la Banque mondiale au Nigeria

 Les femmes dirigeantes réunies à Deauville du 15 au 17 octobre, à l'occasion du Women's forum, sont plus que jamais convaincues que leurs paroles, leurs visions du monde doivent être davantage entendues et prises en compte. Leur ambition est globale, visant le monde de l'entreprise certes, mais aussi l'éducation, la santé, les inégalités et la prise en compte du changement climatique. Dans les entreprises, la présence de femmes accroît les performances comme le révèle cette recherche menée par Michel Ferrary, professeur au Ceram (Ecole supérieure de commerce à Nice-Sophia Antipolis) qui prouve que les firmes qui emploient plus de 35 % de femmes, ou dont le taux d'encadrement est à plus de 35 % féminin, voient leur chiffre d'affaires progresser davantage que les autres. Que ces firmes sont aussi deux fois plus rentables, ont une meilleure productivité et créent davantage d'emplois. Une étude de la société Hedge Fund Research, basée à Chicago, montre aussi que, entre 2000 et 2009, les fonds financiers ayant une majorité de femmes parmi leurs gestionnaires, ont vu leur valeur augmenter nettement plus que la moyenne. Précurseur, Jean Ferrat ne chantait-il pas avec Aragon il y a une vingtaine d'années que la femme était l'avenir de l'homme. Message confidentiel car à part la vente de disques, il ne passa guère dans les émissions de télévision à l'époque, snobé par les médias commerciaux ou officiels en raison de son image de franc-tireur. Gageons que le Women's forum aura plus d'audience. 

Lu dans :
Les femmes dirigeantes veulent faire la révolution. Annie Kahn. Le Monde. 24 octobre  2009. kahn@lemonde.fr

samedi, octobre 17, 2009

Ne pas rendre la cure plus insupportable que la maladie

«Il faut employer les remèdes les plus aisés qu'il sera possible, autrement, il y a grand danger que leur accumulation et le dégoût qu'ils causeront, ne fassent mourir le malade avant qu'il en ait reçu aucun soulagement. Il faut remplir les indications par le moins de remèdes possibles et ne jamais rendre la cure plus insupportable que la maladie. »
John Quincy

Je souhaitais rencontrer ce collègue, et l'ai invité à déjeûner la semaine prochaine pour un échange informel. Je crois qu'on va bien s'entendre. Comme il vient de loin, j'espère qu'il passera sans encombre les traditionnels bouchons du carrefour de la Bastille (1789), de l'échangeur de Waterloo (1815), des tranchées de l'Yser (1918) et de la place de Dresde (1945). 

Lu dans :
Qyincy John, Pharmacopée universelle raisonnée, Paris, 1749, p514.
cité par Luc Perino, Une brève histoire du médicament. L'oeil neuf. 2009. 145 pages. extrait p.26 

vendredi, octobre 16, 2009

Le roi est nu

"C'est un peu comme dans le conte d'Andersen « Le roi est nu ». Un tailleur escroc avait fait croire à un roi autocrate qu'il était capable de lui tisser et de lui confectionner un habit sublime en fil tellement fin qu'il aurait l'illusion d'être vêtu d'un tissu invisible. Le monarque se laisse d'autant plus facilement convaincre que, bien qu'en réalité, il n'y ait pas plus de tissu que d'habit et qu'il soit totalement à poil, les courtisans s'extasient devant la magnificence de son costume. Et lorsqu'il sort, en majesté, dans la rue, ses sujets, terrifiés par la présence d'une police omniprésente, feignent d'admirer sa mise et ses atours. Jusqu'au moment où un enfant, forcément inconscient, s'écrie « Regarde maman, le roi il est tout nu ! ». Et, aussitôt, explosion d'hilarité libératrice."
JF Kahn

Je découvre ce délicieux conte dans une rubrique de Jean François Kahn ce matin. Je n'en connaissais que la dernière phrase du roi nu, mais apprécie sa délicieuse impertinence. Il faudra décidément relire ces ouvrages inactuels.


Lu dans 
Jean François Kahn. Affaire Mitterrand, lynchage disent-ils. Le Soir. Vendredi 16 octobre 2009. p.23

jeudi, octobre 15, 2009

Le goût de l'inactuel

"Mon goût pour l'inactuel (..) a revêtu l'importance d'un jeu. J'éprouve un plaisir grandissant à lire ces livres oubliés, ensommeillés sur des rayons sans visiteurs, abandonnés sans grande chance d'être redécouverts, ces revues qui parlent d'événements qui faisaient autrefois l'Actualité et que le temps a recouverts.  Je retrouve la forêt dense des livres telle que je m'y perdais entre neuf et vingt ans (..) , cet océan sans limites où des milliers de naufragés se noient, que nul ne songe à secourir. À quoi sert d'en ramener quelques dizaines sur la berge où la marée du temps viendra les rechercher? "
Pierre Hebey.


Soudain privé d'arrivage neuf en septembre, n'ayant trouvé le temps d'une demi-journée de flânerie chez mon libraire, je découvre coup sur coup quatre ouvrages ensommeillés sur les rayonnages de notre bibliothèque. Une réflexion sur l'inactuel, une biographie d'Etty Hillesum, un récit de médecin rescapé des camps de la mort, une biographie d'un journaliste juif allemand qui déserta son pays en 1933. Tous moments d'intense réflexion sur le sens d'une existence. Bien sûr la saison des prix littéraires me rendra l'impatience du neuf qui favorise les conversations de table, mais cette incursion dans nos caves à livres m'aura fait du bien. 
  
Lu dans
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. NRF. Gallimard. 1998. 222 pages. Extrait p.40
Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 pages.
Miklos Nyiszli. Médecin à Auschwitz. Julliard. 1961. 250 pages.
Sébastien Haffner , Histoire d'un Allemand, Babel, Actes Sud 2002, 425 pages.
 

mercredi, octobre 14, 2009

Quand serai-je moi ?

"S'il n'y avait qu'un seul instant de notre vie à emporter pour le grand voyage, lequel choisir? Au détriment de quoi et de qui? Et surtout, comment se reconnaître au milieu de tant d'ombres, de tant de spectres, de tant de titans?.. Qui sommes-nous au juste? Ce que nous avons été ou bien ce que nous aurions aimé être? Le tort que nous avons causé ou bien celui que nous avons subi? Les rendez-vous que nous avons ratés ou les rencontres fortuites qui ont dévié le cours de notre destin? Les coulisses qui nous ont préservés de la vanité ou bien les feux de la rampe qui nous ont servi de bûchers? Nous sommes tout cela en même temps, toute la vie qui a été la nôtre, avec ses hauts et ses bas, ses prouesses et ses vicissitudes; nous sommes aussi l'ensemble des fantômes qui nous hantent... nous sommes plusieurs personnages en un, si convaincants dans les différents rôles que nous avons assumés qu'il nous est impossible de savoir lequel nous avons été vraiment, lequel nous sommes devenus, lequel nous survivra.".
Yasmina Khadra

 
Je referme, ému, la dernière page du beau roman de Khadra, superbe fresque dans l'Algérie brûlante de la guerre d'indépendance. Ce matin, j'ai accompagné à sa dernière demeure un collègue et ami médecin généraliste, devenu patient. Ma première visite de courtoisie comme futur médecin de famille en 75 avait été pour lui, et le récit de son quotidien, renouvelant chaque soir à 22 heures le contenu de sa trousse  pour le lendemain, en espérant ne pas être réveillé de nuit, m'avait terrifié. A la fin de son existence, il s'interrogeait sur la cause d'une fatigue permanente qui ne le lâchait plus. Moi je me souvenais, et le lui ai mainte fois remis en mémoire. Le beau passage de Khadra se surimprime dans ma mémoire ce soir sur cette vie qui se termine, et dont le déroulement tranquille dans notre faubourg anderlechtois annonçait la mienne. Et pose la question sans réponse:  de quel  instantané de notre existence fera-t-on la photo officielle qui nous survivra? 

 
Lu dans:
Ce que le jour doit à la nuit. Yasmina Khadra. Julliard. 2008. 415 pages. Extrait p.406 

samedi, octobre 10, 2009

Réflexion sur la fauvette de Spencer

"L'information ne veut rien dire quand elle se situe hors d'un système interne de pensées et de réflexions qui leur sert de contexte."
D. Tammet.

«Tu vois cet oiseau? C'est une fauvette de Spencer. Bien, en italien, c'est un chutto Lapittida. En portugais, on l'appelle born da peida. En chinois, Chung-Iong-tah, et en japonais Katano Takeda. Tu peux apprendre le nom de cet oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand tu auras fini, tu ne connaîtras absolument rien de lui. Tu sauras seulement des choses sur les humains qui vivent dans différentes régions du monde et sur le nom qu'ils donnent à l'oiseau. C'est pourquoi nous allons bien regarder cet oiseau et voir son comportement - c'est cela qui compte."

Richard Feynman, citant son père

   
Lu dans:
Daniel Tammet. Embrasser le ciel immense. Les Arènes. 2009. 332 pages. extrait p.262

Une réflexion pour un Nobel

"L'esprit pense avec les idées, non avec les informations."
Theodore Roszak  
"Les idées définissent l'information, lui donnent sens et la génèrent. Les idées les plus fondamentales, comme celles des Pères fondateurs des États-Unis ("Tous les hommes sont égaux"), ne contiennent pas d'information. Elles sont le résultat d'une sensibilité humaine innée qui nous permet, à travers le brouillard des informations, de reconnaître et de synthétiser des schémas de pensée transcendants. Notre vision personnelle du monde nous aide ensuite à remettre l'information en perspective, en lui donnant intuitivement une place dans notre esprit, comme un livre dans une bibliothèque." (D. Tammet) 

Serait-ce cette capacité de donner un sens que le comité Nobel de la Paix a voulu saluer en nominant Barak Obama hier à Oslo?

Lu dans :
Théodore Roszak. The Cult of Information: A Neo-Luddite Treatise on High-Tech, Artificial Intelligence, and the True Art of Thinking. 267 pages,
April 1994, The Unoversity of California Press.
Daniel Tammet. Embrasser le ciel immense. Les Arènes. 2009. 332 pages. extrait p.262
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jeudi, octobre 08, 2009

Les portes du corps

"Si les yeux sont les fenêtres de l'âme, les lèvres sont les portes du corps". 
B Deprez


Des lèvres pour mordre dans la vie à pleines dents, passionnément. Comment ne pas évoquer "Une gourmandise" de Muriel Barbery (NRF Gallimard, 2000) et cette délicieuse description du "gourmet qui embrasse le monde sur la bouche" (auteur non retrouvé, cité de mémoire). Dans la description qu'en fait Bérengère Deprez, qui signe ici son dernier ouvrage dans la droite ligne de "Kilomètre 7" (Luce Wilquin 2006) , la gourmandise est d'un autre ordre mais la phrase garde toute sa saveur. Beau roman de passage, à l'instar de cette émouvante description de la bascule du jour dans la nuit d'Angelos Sikelianos, qui donne son titre au livre:  "A l'heure où je t'attends, la grecque, l'hirondelle, la nuit vient retourner le sablier du jour." 


Lu dans
Bérengère Deprez. Le sablier du jour. Ed. Luce Wilquin 2009, 165 pages, extrait p. 30.

mardi, octobre 06, 2009

Si je ne suis pas moi, qui donc le sera ?

"Vous n'êtes pas responsables de ce que les autres aimeraient que vous fassiez. Je ne suis pas responsable de ne pas être celui qu'ils voudraient que je sois: c'est leur erreur, pas la mienne."
Richard Feinman


La phrase est issue de "What Do You Care What Other People Think ?" (litt. Qu'est-ce que ça peut vous faire ce que les autres pensent ?). Richard Feynman (Prix Nobel de  physique 1965) fut avant tout un esprit libre qui se permettait de passer de la physique théorique au déchiffrage de hiéroglyphes mayas et au forçage de coffres-forts. Amateur de plaisanteries, il trouva la combinaison d'une serrure en essayant les numéros qu'un physicien utiliserait (il s'agissait de 27-18-28, les premiers chiffres de la valeur de e = 2,71828, la plus connue et la plus exploitée des fonctions exponentielles…), et il trouva que trois bureaux de la base top-secrète de Los Alamos qui contenaient des notes sur les recherches sur la bombe avaient la même combinaison. Il laissa une série de notes malfaisantes en guise de farce, ce qui provoqua l'inquiétude de son collègue à propos de la présence d'un éventuel espion ou saboteur qui aurait eu accès à des documents secrets concernant la bombe atomique. 

lundi, octobre 05, 2009

Le temps nous égare , le temps nous étreint

"Le temps nous égare / Le temps nous étreint
Le temps nous est gare / Le temps nous est train."
Jacques Prévert


Une belle réflexion sur la nature du temps m'a permis d'entamer ma journée sur un mode réflexif. Le physicien français Etienne Klein nous en fournit quelques clés en préambule de la conférence qu'il donne à l'ULB ce mardi soir. La physique newtonienne a séparé le temps et l'espace, mesurant le premier avec une règle, le deuxième avec une montre, et considère que ces deux référentiels sont identiques pour tous les observateurs. La théorie de la relativité les relie. Nous voilà immergés dans l'espace-temps. Vous êtes assis dans votre salon. Imaginons qu'un observateur traverse la pièce à très, très grande vitesse disons une vitesse proche de celle de la lumière; il verrait sous forme d'espace une partie de ce que vous voyez sous forme de temps; et vice versa. (..) Peut-on dès voyager dans le temps? Oui, en théorie, si l'on pouvait voyager aussi vite que la lumière. Au retour de notre voyage, ceux que nous avons quittés seraient bien plus âgés, ou morts depuis longtemps. Mais nous serions restés prisonniers de notre temps; nous ne pouvons voyager que dans le futur des autres. Le temps est une prison à roulettes ...
 
Lu dans:
Dominique Berns. Etienne Klein: le temps est une prison à roulettes. Le Soir. Forum. lundi 5 octobre 2009. p. 12
Cultures d'Europe. Mardi 6 octobre, 20 h. , auditoire Paul Janson, av. Franklin Roosevelt 48, 1050 Bruxelles. tél. 02.650.23.03

Marek Edelman, mort d’un héros éternel

Nous le croyions immortel ! Et il l’est… sans doute. Il ne sera pas oublié. Il était l’une des rares autorités morales absolues en Pologne. Il savait, disaient ses amis, comment vivre et comment mourir. Il n’a jamais accepté de se taire, n’a jamais plié à la conjoncture : il était, quelles que furent les circonstances et même à l’égard de ses proches amis, un procureur sans appel contre l’injustice, l’indifférence, la passivité, et contre la peur quand il fallait défendre l’homme et sa mémoire. 

Il fut un grand Juif et un grand Polonais. Pourquoi  était-il est resté en Pologne, malgré le souvenir de l’Holocauste, malgré les pogroms de l’après-guerre et la campagne antisémite de 1968 qui ont poussé tant de Juifs polonais à l’exode ? Edelman, dernier commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, répondait :  « C’est ici qu’est enterré mon peuple. Je suis resté car je suis le gardien des tombes juives. » 

Il y aura d’innombrables gardiens de la tombe de Marek Edelman, mort vendredi dernier, à 90 ans. Il fait partie de l’histoire des Juifs, des Polonais et de l’humanité tout entière. Né à Homl, une ville maintenant située au Belarus, dans une famille de Juifs engagés dans le Bund, le parti socialiste juif, Edelman fut, dès l’enfance, imprégné de l’idéologie de mouvement ouvrier. 

Quand il était tout petit sa famille s’était installée à Varsovie. « C’est ma ville. C’est ici que j’ai appris le polonais, le yiddish et l’allemand. C’est ici, qu’à l’école, j’ai appris qu’il fallait toujours prendre soin des autres. C’est aussi ici que j’ai pris, pour la première fois, un coup dans la figure seulement parce que j’étais juif », avait dit Edelman quand il fut fait citoyen d’honneur de Varsovie en 2001. 

Quand éclata la Seconde Guerre mondiale, il se retrouva, avec près d’un demi-million de Juifs, confiné par les Allemands dans le ghetto de Varsovie. Créé le 12 avril 1942, entouré d’un mur de 3 mètres de haut et de barbelés sur 18 km, le ghetto généra des conditions de vie très vite insupportables. Maladie et mort y devinrent banales. Entre le 22 juillet et le 12 septembre, 300.000 Juifs furent arrêtés et envoyés à Treblinka, camp de la mort. Il ne resta plus qu’environ 70.000 personnes dans le ghetto, destinées à une seconde vague de déportations. Elles devaient commencer le 18 janvier 1943. Mais cette fois les Juifs les plus jeunes et les plus vaillants qui restaient dans le ghetto, n’ayant plus rien à perdre, osèrent résister. Pour l’honneur. Ils disposaient de quelques armes livrées par la résistance polonaise. Le 19 avril 1943, les nazis pénétrèrent en force dans le ghetto et l’encerclèrent. 

« On savait parfaitement qu’on ne pouvait en aucun cas gagner. Face à 220 garçons mal armés, il y avait une armée puissante », expliquait Edelman, fondateur de l’Organisation juive de combat. Mais, ajouta-t-il, « l’humanité a décidé que la mort armes aux mains est plus belle que sans armes. Nous avons respecté cette consigne ». Ils transformèrent les caves en bunkers et malgré l’inégalité des forces, l’insurrection allait durer trois longues semaines. Lorsque Mordechaï Anielewicz, 24 ans, le commandant de l’insurrection, pris au piège, se suicida, c’est Edelman qui reprit le commandement. Pour venir à bout de l’insurrection, les Allemands brûlèrent tout le ghetto, maison par maison. Ce fut la fin. Certains combattants, dont Edelman, purent s’enfuir par les égouts. Mi-mai 1943, le général Jünger Stroop qui commandait les opérations annonça à Hitler : « Le quartier juif de Varsovie n’existe plus ! » 

Ayant échappé aux lance-flammes, Edelman réussit à exister. Il rejoignit la résistance polonaise, participa en 1944 à l’insurrection de Varsovie, qui  coûta la vie à 200.000 Varsoviens. Après la guerre, il fit des études de médecine et devint un cardiologue célèbre. Il s’engagea du côté de l’opposition anticommuniste, puis dans Solidarité et il fut interné sous la loi martiale du général Jaruzelski. A la chute du communisme en 1989, il fut élu sénateur. Il restera dans la mémoire juive et polonaise comme le symbole du combat contre le racisme et l’antisémitisme, contre le cynisme, le mensonge. L’enfer qu’il vécut et qui l’avait marqué à jamais, lui avait donné la force d’être « un homme qui a eu le courage de la vérité », référence suprême dans ce qui fait la dignité de l’homme. 

Lu dans :
Pol Mathil. Marek Edelman, mort d’un héros éternel Journaliste. Le Soir. Lundi 05 octobre 2009. 

dimanche, octobre 04, 2009

Si nous partions en promenade

"Qu'y a-t-il de plus beau qu'un oiseau libre qui vole vers le soleil ?"
J. Van Hamme


A l'arrêt sur 10 bandes de circulation (?) dans les deux sens, le Ring de Bruxelles se morfond à hauteur de Grimbergen ce mardi matin. Tache lumineuse sur un versant herbeux qui surplombe la route, fine silhouette découpée dans le soleil, un héron fait la pause en observant ce spectacle insolite. Immobile pour immobiles, gracieux, le bel oiseau "au long bec emmanché d’un long cou" décrit par Jean de la Fontaine paraît fasciné par tant d'impuissance concentrée, escargots collés au sol en attente d'un sort meilleur.  Et soudain s'envole de deux battements d'ailes en direction de la mer. "Si nous partions en promenade, et il s'envolent. C'étaient des oiseaux?" écrivit joliment Félix Leclerc. La phrase m'est revenue, et m'a fait rêver. 

Lu dans
Jean Van Hamme , Grzegorz Rosinski. Thorgal - L'île des mers gelées.   Thorgal. Tome 2. 2000. Ed. Le Lombard, 50 pages

Notre histoire à tous

"Ah, et puis: je préfère ce qui me rapproche des autres hommes à ce qui ce qui m'en distingue. Cela aussi est nouveau."
E. Carrère

 
Un précédent ouvrage (L'adversaire) m'a fait découvrir Emmanuel Carrère. Je l'ai retrouvé la semaine passée dans son dernier roman "D'autres vies que la mienne." Une longue traversée d'une transformation intérieure par la confrontation au deuil de ses proches. Qui débouche sur une certaine forme de lumière, après des longueurs - mais qui n'en a? 


Lu dans:
Emmanuel Carrère. D'autres vies que la mienne. P.O.L. 2009. 310 p. Extrait p.308

vendredi, octobre 02, 2009

Se fier aux haies et aux fossés

"Nous évoluions parmi eux avec l'insouciance de promeneurs qui, dans un zoo moderne dont on a supprimé les cages, vont et viennent parmi les fauves en se fiant aux haies et aux fosssés. Les fauves, de leur côté, devaient éprouver un sentiment correspondant: pour désigner l'ordre invisible qui leur assignait des limites tout en les laissant en liberté."
S. Haffner
Il y a six ou sept ans , un collègue luxembourgeois hébergé une nuit chez nous m'offrit un petit livre que je lui promis de découvrir rapidement, et rangeai. Les affaires urgentes prirent le dessus et je l'ai lu... la semaine passée. Ce livre modeste, écrit par un Allemand qui quitta son pays en 1933 devant la montée des périls, offre une explication subtile de la prise de pouvoir par les voies les plus légales du national-socialisme en Allemagne dans les années trente. De petites merveilles dorment paisiblement dans les rayonnages de nos bibliothèques.

 
Lu dans
Sébastien Haffner , Histoire d'un Allemand, Babel, Actes Sud 2002, 425 p. , extrait p.128

jeudi, octobre 01, 2009

S'élancer

«Pour aller de l'avant, il faut prendre du recul
Car prendre du recul, c'est prendre de l'élan.»

MC Solaar
 

mercredi, septembre 30, 2009

Une absence de bruit

«Pas d'aile, pas d'oiseau, pas de vent, mais la nuit,
 Rien que le battement d'une absence de bruit.»

Eugène Guillevic 

lundi, septembre 28, 2009

Le soleil s'est porté pâle

"Ce matin c'est l'automne
A dire ces mots
Je me sens vieillir."
Issa

Ce matin , quatre patients différents me décrivent avec leurs mots la brume matinale qui accompagna leur lever:  "On ne voyait même pas le clocher de Saint Guidon", "le soleil s'était porté pâle", "un boruillard à faire tousser", "tout-à-coup, un rappel de ce qu'est l'hiver" pour ensuite s'émerveiller d'une fin de saison superbe qui reprend vigueur dès 10 heures. Une étincelle d'émerveillement sommeille au coeur du citadin le plus endurci. 

dimanche, septembre 27, 2009

Trouvez-vous une vie

" Bas les pattes. Trouvez-vous une vie."
 Michelle Obama


La Première Dame ne supporte plus les gestes déplacés des groupies de son mari, mains aux fesses, suggestions coquines susurrées à l'oreille, numéros de portables discrètement glissés dans les poches du Président. "J'ai envie de dire à toutes ces femmes: Bas les pattes, trouvez-vous une vie.


Lu dans 
La Libre Momenton. 26 sptembre 2009. p.24

Time to move

"TTM, Time-To-Move"
 Les cadres de France Télécom testent à leurs dépens une règle interne redoutée, le "TTM", "Time-To-Move" (il est temps de bouger), ou "Tire-Toi-Maintenant !". Un cadre sup doit bouger tous les trois ans. Un cadre normal, tous les cinq ans. Ces mobilités forcées seraient en grande partie responsables, des suicides de salariés, vingt-trois au total depuis début 2008, six durant ce seul été dans la grande firme de télécommunications. Dont certains, d'une rare violence symbolique, comme celui, le 11 septembre, de Stéphanie, une jeune femme de 32 ans, qui s'est donné la mort en se défénestrant d'un des sites de l'opérateur à Paris. Sans parler des tentatives. Une salariée qui avale des barbituriques dans une agence commerciale mi-septembre, un technicien de Troyes qui se plante un couteau dans l'abdomen en pleine réunion, une semaine avant. Ou ce cadre qui a tenté de se jeter du 17e étage d'un site du groupe à Bercy, au début de l'année. "Le chef a dit à son équipe qu'il y en avait un de trop. Il était le plus vieux", raconte un collègue. 
  
Lu dans:
Cécile Ducourtieux. Le Monde interactif. 25.09.09 . France Télécom : "Mon chef m'a dit..."

mercredi, septembre 09, 2009

Avec autant d'espace auour de peu de mots

"Si j'écris un jour, je voudrais tracer quelques mots au pinceau sur un grand fond de silence, (..) comme cette estampe avec une branche fleurie dans un coin inférieur."
 E. Hillesum

 
Lu dans :
Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 126

lundi, septembre 07, 2009

ma gueule comme fonds de commerce

".. jusqu'au jour où je me suis regardé dans une glace. Alors je me suis rendu compte que ma tête était un fonds de commerce possible. » 
 Sim
Sim, est mort ce dimanche 6 septembre. Il était d'abord une gueule, "des lèvres réduites à un fin et large trait ouvert sur le visage, long nez plongeant sur le menton pointu en galoche, crâne très vite dégarni, valises sous les yeux." et un "sourire qui lui fendait sa tronche en biais en deux, d'une oreille à l'autre, ni d'un pétillement de l'œil qui montrait toute sa distance d'avec ses pitreries." Adieu l'artiste, qui nous appris à rire de nous avant de rire des autres. 

Lu dans
Sim a cassé sa fameuse gueule. Jean Claude Vantroyen, Jean François Lauwens, avec AFP. Le Soir , 7 septembre 2009, p. 18

Vie publique, vie privée

"Chaque personnage est intéressant car tous ont une vie publique, une vie privée et une vie secrète."
Meryl Streep venue présenter le film "Julie et Julia" à Deauville.

Lue entre café et journal ce matin, l'innocente réflexion me poursuit, têtue. On a tendance à confondre les deux dernières, la vie privée et la secrète, alors qu'elles ne se confondent guère dans nos têtes. La vie secrète, faite de mille et un petits bonheurs et misères pas nécessairement partageables, aussi vraie que les deux autres vies dans lesquelles elle se glisse sans qu'on la remarque, trois notes de Satie à la radio ou une bouffée de parfum humée fugacement en rue, un pinceau de soleil entre deux buissons, un trait d'humour aussitôt dit aussitôt évaporé à jamais, un café meilleur que les autres de la semaine. Le bonheur ne serait-il finalement que la recherche patiente de se sentir bien à la fois dans sa vie publique, sa vie privée et sa vie secrète? 

Lu dans 
Fabienne Bradfer. Meryl dans les rues de Deauville. Le Soir. Culture. 7 septembre 2009. p. 17.

vendredi, septembre 04, 2009

La rose et les bonobos

"La rose est sans pourquoi: elle fleurit parce qu'elle fleurit
N'a souci d'elle même, ne cherche pas si on la voit."
Angelus Silesius
Le célèbre vers du mystique allemand a inspiré Heidegger, ce qui incite à la prudence au regard de l'attitude quelque peu veule de ce dernier à l'égard des théories nazies. L'être humain s'épanouit-il en s'oubliant lui-même, dans un abandon confiant au temps, ou au contraire dans une courageuse confontation permanente au monde  qui le forme, l'informe et sur lequel il a l'audace de croire qu'il peut influer? N'est-il vraiment lui-même que s'il est à sa manière comme la rose - sans pourquoi ni souci de laisser trace - ou dans un combat éperdu contre un destin parfois absurde et des forces de destruction toujours présentes? L'époque actuelle a quelque peu perdu l'acuité des débats qui nous passionnaient naguère, ou les défis auraient-ils changé de nature ?  La simple vision des actualités nous rappelle pourtant chaque jour que ces questions demeurent d'actualité. Gunzig opposait avec humour dans une récente carte blanche le désir de rejoindre les bonobos dans les arbres ou d'affronter quotidiennement "un monde aussi réel qu’une prison chinoise, qu’un tibia cassé sur un terrain de foot, qu’un potentat libyen qui fête ses quarante ans de règne sans emmerdements notables, qu’un double millénaire de guerres immondes, qu’une multitude de petites arnaques pouilleuses dans un pays minuscule, que l’hypocrisie de l’économie libérale et le cauchemar de l’économie planifiée." Le prix est élevé pour être un humain responsable. 

Lu dans :
  • Angelus Silesius, Le Pèlerin chérubinique, éd. Arfuyen, trad. R Munier, 1988, p. 28-29.
« Die Ros' ist ohn' Warum, sie blühet, weil sie blühet,
Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie sieht. » (1,289.)

  • Bonobo. Thomas Gunzig . Le Soir. mercredi 2 septembre 2009.
  • Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 71-72 

jeudi, septembre 03, 2009

"Et puisque, désormais libre, je ne veux plus rien posséder, désormais tout m'appartient et ma richesse intérieure est immense. "
Etty Hillesum
Le livre reposait paisiblement dans la bibliothèque, depuis presque dix ans. Je savais qu'un jour je le dévorerais, c'est arrivé. Simplement il fallait que je sois prêt à l'entendre. Des événements survenus il y a 60 ans sont d'une actualité surprenante. L'histoire d'une jeune Juive hollandaise, Etty Hillesum, née le 15 janvier 1914 à Middelbourg, en Zélande, aux Pays-Bas et décédée le 30 novembre 1943 au camp de concentration d’Auschwitz en Pologne, est restée d'une rare actualité: la banalité du mal, la liberté intérieure et les liens qui unissent le bourreau et la victime ne connaissent ni époque ni pays.  Alors que nos journaux reprennent la genèse de la seconde guerre mondiale et que la télévision égrène les six épisodes d'Apocalypse, il n'est pas anodin de lire la description clinique des transports de déportés juifs hollandais vers Auschwitz. 
 
"En juin (42) Eichmann a passé un accord avec les chemins de fer du Reich pour assurer le «transfert» vers l'Est de milliers de familles ratissées à travers l'Europe. Un contingent de 40 000 Juifs est fixé pour la Hollande à court terme; ce chiffre sera largement multiplié par la suite. La Reichsbahn (la société des chemins de fer allemands) coopère sans le moindre état d'âme: elle consent à des tarifs de groupe (ceux réservés aux excursions) pour les adultes; les enfants de moins de dix ans bénéficient du demi-tarif et ceux de moins de quatre ans de la gratuité. Mais tous n'ont droit qu'à un « aller simple », sans distinction d'âge. Le ticket retour n'est octroyé qu'aux gardes, lesquels ont souvent les mêmes trajets à effectuer pour convoyer une cargaison sans cesse renouvelée. « Maintenant, précise Raul Hilberg, si les wagons étaient souillés ou endommagés -ce qui n'était pas rare - à cause des longs trajets et parce que 5 à 10 % des prisonniers mouraient en route, un supplément était facturé pour les dégâts. » Quant  au coût de ces transports, il était couvert par l'argent tiré des biens confisqués aux Juifs; le système fonctionne à circuit fermé, de manière impeccable. "

Lu dans:
Raul Hilberg, in Shoah de Claude Lanzmann, Gallimard, coll. Folio, pp 201-202
Etty Hillesum, Une vie bouleversée, coll. Points, Paris, 1995, p. 23
Sylvie Germain. Etty Hillesum. Chemins d'éternité. Pygmalion. 1999. 212 p. extrait page 47

mercredi, septembre 02, 2009

Bonjour l'école

Ainsi, cher Stefano, je t'offrirai des fusils. Et je t'apprendrai à jouer à des guerres très compliquées, où la vérité ne se trouve jamais d'un seul côté, où l'on doit
signer, à l'occasion, des armistices. Tu te défouleras, dans tes jeunes années; tes idées s'embrouilleront un peu, mais des convictions naîtront lentement en toi. Puis, une fois adulte, tu croiras que tout cela n'aura été qu'un conte: le chaperon rouge, Cendrillon, les fusils, les canons, l'homme contre l'homme, la sorcière contre les sept nains, les armées contre les armées. Mais si d'aventure, quand tu seras grand, il y a encore les monstrueuses figures de tes rêves d'enfant, les sorcières, les kobolds, les armées, les bombes, les mobilisations générales, peut-être que tu auras acquis une conscience critique à l'égard des fables, et que tu apprendras à te mouvoir de façon critique dans le monde réel. "
Umberto Eco

Une pensée accompagne l'ainé de nos petits-enfants qui entre à l'école ce matin. Quelques larmes inévitables pour un enfant sensible dont on devine les craintes devant tant de nouveauté. Soixante années de mise au pas et de respect des consignes s'ouvrent, de certifs à produire les jours de fièvre ou d'entérite, de coude-à-coude précautionneux. A moins que dès l'école gardienne se produise ce miracle: qu'il croise sur son chemin des passeurs de sens, qui sachent ouvrir la cage aux oiseaux et lui apprennent à voler.  C'est pas gagné d'avance.
 
Lu dans 
Umberto Eco. Pastiches et postiches Bibliothèque 10/18. 1992. 183 p. Extrait page 176.  
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samedi, août 29, 2009

ombres dans la rue

"Qu'est-ce qu'une ombre
Une silhouette qui t'accompagne dans la rue
ou un corps qui te cherche quand tu es déjà parti ? "
Homero Aridjis

Lu dans
Les poèmes solaires. Homero Aridjis. Mercure de France. 2008. 182 pages. extrait p.  157 
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vendredi, août 28, 2009

Comme l'ombre et le vent

"Toutes ces choses sont passées comme l'ombre et comme le vent."
Victor Hugo. Les contemplations.

Lu dans.
François Bayrou. Abus de pouvoir. Plon. 2009. 252 p. extrait page 23. 

mercredi, août 26, 2009

chic un cul

"Je suis à un tournant de ma carrière".
Geluck


Décidément , le réverbère inspire et se voit chargé de tout un imaginaire folklorique, lié aux chiens de rue le plus souvent. J'ai souri en lisant vos messages décrivant ce cartoon de Geluck où l'on voit le chat s'affairer à tourner énergiquement en rond autour d'un réverbère et déclarer: "Je suis à un tournant de ma carrière", et encore cette délicieuse petite histoire de basset tournant lui aussi autour d'un réverbère: 
"il trouve un cul
il dit :chic un  cul
snif , merde c'est le mien.."

Très allégorique tout cela, car souvent avouons-le, nous sommes comme ce chat ou ce basset, inconscients du ridicule de nos grandes décisions, découvertes et enthousiasmes, immenses à notre petite échelle, minuscules à l'échelle de la planète.

mardi, août 25, 2009

Y voir clair

"Une nuit. Un homme, seul, tourne autour d'un réverbère. Un autre s'approche: " Vous avez perdu quelque chose? » - " Oui, répond le premier, mes clefs. » Et ils cherchent ensemble. Au bout d'un moment, le second: « Vos clefs, vous êtes sûr de les avoir perdues ici ? - « Non, là-bas, mais là-bas on n'y voit rien. »
Norbert Bensaïd

Le célèbre médecin, psychiatre et écrivain français nous réenchante encore par son sens de la formule. Décédé en 94, il fut à l'origine du célèbre «A vouloir supprimer tous les risques, c'est la vie elle-même qu'on réduit à rien.» (in "La Lumière médicale") . J'y repensais à l'écoute du Journal télévisé de France 2 narrant l'infortune de ce conducteur verbalisé pour avoir fumé au volant.  Bigre, on a tué le péché mais par quoi l'a-t-on donc remplacé. 
 
 
Lu dans
Norbert Bensaïd. La consultation. Médiations. Denoël Gonthier. Mercure de France 1974. 308 pages. extrait p.7

Une passion pour l'inutile

"La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse , ni même la jeunesse comme tu disais: c'est la passion pour l'inutile."
Jean Giono

Lu dans
Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extrait p.39
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lundi, août 24, 2009

La bâtisse d'ombre seule compte

"En bas, Marthe alluma l'âtre avec le bois préparé. L'eau du chaudron commença à chanter. Le café était moulu, la. débéloire prête sur la table. Marthe v:ersa le café sec sur la passoire. Ça sentait déjà fort. Le feu, le chant de l'eau, l'odeur du café étaient une maison beaucoup plus solide que la ferme. On pouvait s'abriter là-dedans beaucoup mieux que dans toutes les constructions de pierre. C'était souverain contre le vent d'est. Marthe versa doucement l'eau bouillante. Le café se mit à passer. Il clapotait dans le bas de la débéloire, goutte par goutte. Ça donnait envie de s'asseoir près du feu, la tasse chaude.dans la main et de boire par petites lappées."
Jean Giono.

L'image de ce café chaud plus solide que la ferme elle-même est poursuivie de superbe manière : "On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent pas très exactement ce qu'ils font. Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d'une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la bâtisse d'ombre qui compte."



Lu dans
Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extrait p.27

dimanche, août 23, 2009

La dernière goutte

"Montaigne décrit la vie à partir de la vieillesse et comme une transition graduelle, « conduits par sa main, d'une douce pente et comme insensible, peu à peu, de degré en degré, elle nous roule dans ce misérable état et nous y apprivoise; si bien que nous ne sentons aucune secousse, quand la jeunesse meurt en nous .. ». Le passage est même plus rude de la jeunesse à la vieillesse, nous dit Montaigne, que de la vieillesse à la mort: il est plus « lourd» d'un être doux et fleurissant à un être pénible et douloureux» que «du mal être au non être ».

cité par François Jullien


Les dernières lignes de l'opus de François Jullien m'habitent, opposant les transformations silencieuses à l'événementiel qui fait notre vie quotidienne. L'acutalité d'un monde qui se transforme de manière sûre, constante et invisible face aux actualités se bousculant pour nous distraire de notre ennui , accumulant les petites phrases de nos hommes politiques et décideurs, l'annonce du décès de tel chanteur où la satisfaction devant le ministre d'une claque de fausses ménagères se réjouissant que le panier de la rentée soit moins cher.  

Ce dimanche nous offre un soleil éclatant, noces de l'été qui lance son bouquet final comme un superbe feu d'artifice. Je finis une longue tournée de patients hospitalisés vers 12h30, la tête pleine de questions: que ressent-on dans son lit d'hôpital quand on demande un peu d'eau fraîche avec une paille, puis un petit bonbon, petits bonheurs infmes qui parviennent à ramener le sourire sur un visage?  Les hasards (?) de l'existence me font relire durant la sieste ce passage de Giono, qui me soufflent comme une réponse à l'oreille. "Dans la montagne, un jour, je suis arrivé près de la maison où je suis né, je suis entré chez un de mes amis. Il était vieux, paralysé dans son lit, nourri de lait, incapable de bouger. Soigné par sa fille. Seule. J'entre. Je le vois, je reste un moment, je me dis: « Il serait mieux mort." (..) Sa fille était là. A un moment il nous  regarda. Il essaya. Il fit bouger son œil. Un signe. Alors je la vis. Elle alla chercher la pipe. Elle la bourra de tabac. Elle l'alluma, la mettant à sa bouche à elle et tirant. Une fois bien allumée elle la lui donna. Il se mit à pomper tout doucement. Il ferma les yeux. Sa fille me dit:  « Viens, sortons. Ça, il l'aime." (..) Une seule joie, et le monde vaut encore la peine. Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière goutte nous fait encore vivre. Le monde est une nourriture."

Le mystère de la dernière goutte de vie, voilà une petite réflexion qui peut nourrir une semaine, non?

 Lu dans:
  • François Jullien. Les transformations silencieuses. Grasset. 2009. 110 pages. extrait p.35 et 36
  • Montaigne. Essais. I. 20. éd. par Jean Plattard, coll. Les textes français.  p.123  
  • Zuanghzi. "Da Zong Shi". Guo. p.142
  • Jean Giono. Que ma joie demeure. Grasset 1935. Le Livre de Poche 493-494. 504 p. extraits p.16 et 266

vendredi, août 21, 2009

Certitudes imaginaires

"[Une vieille histoire juive] celle de ce père athée qui, soucieux de donner à son fils la meilleure instruction possible, l'envoie à l'école des jésuites; l'enfant doit, malgré ses origines, assister au cours de catéchisme, où on lui enseigne le dogme catholique de la Trinité; de retour chez lui, il demande à son père s'il est vrai qu'il y a « trois dieux». L'autre fronce les sourcils: « Ecoute-moi bien, mon fils ! Il n'y a qu'un seul Dieu, et nous n'y croyons pas! »
Amin Maalouf  
Lu dans 
Amin Maalouf. Le dérèglement du monde. Grasset.  2009. 316 pages. Extrait page 217. 

mercredi, août 19, 2009

Les rêves illusoires

"Man has survived hitherto
because he was too ignorant to know
how to realize his wishes.
Now that he can realize them,
he must either change them
or perish ."
William Carlos Williams (1883-1963)
 
"L'homme a survécu jusqu'ici
parce qu'il était trop ignorant
pour pouvoir réaliser ses désirs.
Maintenant qu'il peut les réaliser,
il doit les changer, ou périr."

Le moment paraît venu de reprendre de bonnes habitudes, triant parmi ce qui fut lu, annoté, médité durant les vacances ce qui paraît digne d'être partagé. On débutera donc par l'exergue du beau livre "Le dérèglement du monde" d'Amin Maalouf, tout un programme. 


Lu dans
Amin Maalouf. Le dérèglement du monde. Grasset.  2009. 316 pages. Extrait page 9.  

lundi, août 10, 2009

L'orage

dimanche, juillet 12, 2009

L'extinction des des feux

"Le grand repos que donnent les bêtes
c'est que je m'intéresse à elles
qui s'intéressent peu à moi."
Claude Roy
Un changement de phase, d'à peine dix minutes, m'a fait assister hier soir sur notre terrasse paisible avec vue sur jardin, à la magie d'un décor qui s'éteint. L'éclat du soleil frisant sur la tour de la collégiale Saint Michel et Gudule, relayé par l'illumination de la fée électricité a donné l'envoi. Le vol de cinq oiseaux en escadrille dans l'exacte ligne tracée par un avion parti vers l'autre bout du monde me remémore Félix Leclerc : "On va faire une promenade? Avec plaisir. Ils sont partis en direction de la mer, en volant: c'étaient des oiseaux". Le bleu soleil sombre peu à peu dans le bleu nuit. Le chuchotement d'un couple sur une terrasse voisine - la ville par la proximité des lieux de vie enseigne la discrétion et le respect des environnements particuliers - s'estompe avec la clarté. Les arbres bruissent d'oiseaux divers dont les chants se répondent, mais se répondent-ils ? Tout ce que j'ai appris ne m'a pas donné réponse à la nature profonde du langage des oiseaux: le merle de la cîme du sapin répond-il à la merlette du bas, ou chantent-ils leur partition sans se tracasser l'un de l'autre? Le pépiement des moineaux domestiques se soucie-t-il le moins du monde des trilles des mésanges ou des rouge-gorges , bref ce qui est symphonie pour nos oreilles humaines ne serait-elle qu'une cacophonie d'instruments naturellement accordés les uns aux autres, mais sans aucune partition commune. 

Un couple de tourterelles a réintégré sa place habituelle pour y bâtir son nid. Où étaient-elles donc durant leur longue absence? Pourquoi sont-elles revenues exactement à la même place, et sont-ce les mêmes d'année en année? Qui écrira l'histoire des couples de tourterelles, il doit y avoir là comme ailleurs de bien étranges histoires. Le rôle peu clair des pies reste lui aussi à éclaircir, elles n'ont pas une réputation bien nette dans le milieu et on n'en voit que rarement cohabiter avec d'autres oiseaux dans notre minuscule enclos urbain, rafraîchi par un minuscule étang. Surprise la semaine passée: un héron, un vrai, s'y est déposé, le bec avantageusement orienté vers les poissons qui y nagent. Il s'envole dès notre arrivée, la conscience apparemment peu tranquille, même si comme dans l'histoire de comptoir "il voulait sauver les poissons d'une noyade certaine en les emportant dans les cieux." 

Soudain la nuit est tombée. Les fenêtres se sont allumées une à une, quelques étoiles aussi. Un chien se met à aboyer dans le jardin d'en face, et aussitôt un voisin rageur (pavlov n'est pas mort) lui intime de se taire en frappant dans les mains, en hurlant "silence" et en s'époumonnant dans un sifflet de policier. Les oiseaux qui se sont tus les uns après les autres rient sous cape, pour autant qu'ils s'intéressent à nous autant que nous à eux, ce qui n'est pas sûr du tout. Et ils auraient raison, car il est paradoxal de hurler "silence" alors qu'on pourrait se contenter de chuchoter "bruit", surtout après l'extinction des feux. 

Je vous souhaite une bonne semaine. Je vogue demain pour quelques jours vers le moulin de Tartarin de Tarascon, Fontvieille et ses cigales, s'il en reste: je vous le confirmerai volontiers. Vivre un 14 juillet en outre-Quiévrain reste pour nous un bonheur rare. J'ai dans les bagages des livres neufs et un vieux Livre de Poche à l'odeur âcre intitulé Que ma joie demeure, du Giono pur jus qui m'avait ému à l'époque. Mais j'avais 16 ans, et de l'eau a coulé dans la Durance de Stewball et de Daudet depuis. J'en commencerai le premier chapitre et on verra bien. 

Lu dans
Impromptu de juillet. Ecrit le 13 juillet 1986. Le voyage d'automne. Gallimard. 1987. 114 pages. Extrait p.96
Le calepin d'un flâneur. Félix Leclerc. Bibiothèque québecqoise. 1961. 218 pages. Extrait p 87.

Une toux guère innocente

"Je ne resterai jamais dans une salle d'où je ne peux pas sortir !"
G. Banu

Que n'a t-on dit sur le silence durant une représentation. Récemment je fus abasourdi par la virulence d'une altercation entre une spectatrice tousseuse et une voisine de balcon au Bozar, incapable de départager le droit inaliénable d'une asthmatique d'assister à une finale du Concours Reine Elisabeth et d'une mélomane à l'ouië (trop?) sensible. Quoique. Le symptôme d'ennui n'est-il pas dans ces toux éparses, ce frémissement gêné... Les applaudissements, protocole respecté, ne sauront pas effacer les indices inquiétants fournis par le comportement du public. Ils sont repérables. Lisibles. Subtile réflexion que développe Georges Banu dans Le Monde ce samedi, qui ne clôt guère le débat.  "L'homme de théâtre ne fustige rien de plus que le spectateur qui quitte une salle au point même d'élaborer une fois encore des stratégies à même de juguler les hémorragies prévisibles. La suppression de l'entracte s'explique, parmi d'autres, par de pareilles craintes aussi. A-t-on droit de partir ? Etant jeune, dans une salle bondée, je me souviens d'un vieux metteur en scène respecté que j'ai vu se lever, lorsqu'il a appris que, selon les coutumes de l'avant-garde des années 1960, les portes du théâtre étaient fermées. En se retournant vers nous, il cria : "Je ne resterai jamais dans une salle d'où je ne peux pas sortir ! Il y a des modes violents ou discrets pour quitter une salle, mais ce départ doit toujours rester possible. A-t-on lu tous les livres jusqu'au bout ? (..) Une question : pourquoi part-on toujours en couple ? Est-ce signe de fusion ou de soumission ? "

Lu dans
Silence amoureux et départ volontaire, par Georges Banu. 11.07.09. Le Monde. Georges Banu est critique théâtral, auteur de "Miniatures théoriques" (Actes Sud, 144 pages, 22 €). 

vendredi, juillet 10, 2009

Sagesse du doute

«C'est un triste chemin que de monter et de descendre l'escalier d'autrui.»
Dante, La Divine comédie 


J'avais oublié jusqu'à l'existence de Dante, Cathérine (82 ans) me l'a remise en mémoire hier. Son mari est décédé des suites d'une démence il y a trois ans, et pour la première fois elle est revenue à sa bibliothèque pour se lancer dans la lecture de La divine comédie, imprimé il y a 50 ans. Elle y a découvert un mince feuillet jauni écrit de la main de son beau-père, recommandant de s'inspirer autant que possible de la lecture du poète italien ("Autant que savoir, douter me plaît", souligné dans le texte) et conseillant de poursuivre par la découverte de maître Eckkaert...  Cathérine m'explique qu'elle oublie de plus en plus, ce pourquoi elle recopie dans un cahier toilé l'essentiel de ses découvertes et de ses réflexions personnelles. "Je m'aperçois que mémoire et réflexion sont deux notions totalement différentes" souffle-t-elle, "dès lors et si je perds l'une, l'autre fonctionne comme lorsque j'avais 20 ans, dès lors j'écris." 

Je la quitte pour rendre visite à une autre patiente, plus âgée, plus oublieuse, dont je note l'étonnant monologue: "je ne sais pas où je suis, ni même plus qui je suis, heureusement qu'il y a des cartes d'identité, mais c'est ma fille qui l'a car elle craint que je la perde. On est le 2 juillet, je ne m'en souviens pas mais je viens de le lire sur la première page de mon journal, c'est agréable un 2 juillet, cela évoque le 21 juillet et la fête nationale, et des dizaines de souvenirs heureux. Heureusement qu'on a encore tout ce bonheur dans la tête. Je n'entends plus bien, j'ai les oreilles bouchées, tant mieux, ainsi les souvenirs heureux ne pourront pas sortir. "

On quitte tout cela avec des sentiments mélangés, dehors le ciel est gris plombé d'un côté, tout bleu de l'autre, juillet cette année est capricieux. Comme la vie sans doute, heureusement qu'on a la possibilité de garder tout ce bonheur dans la tête. 

jeudi, juillet 09, 2009

Sagesse de la différence

"Le progrès de la connaissance est entièrement basé sur les divergences d'opinion."

Karl Popper

mardi, juillet 07, 2009

La connaissance accroît les limites de l'ignorance

"Je sens que je progresse à ceci que je recommence à ne rien comprendre à rien."
Ramuz
 
Lu dans
Charles Ferdinand Ramuz. Journal, 10 septembre 1917. Extrait du Chant de notre Rhône.

Sagesse du Sun Zi

"Souvenons-nous de ces maximes du Sunzi: si l'ennemi arrive reposé, commencez par le fatiguer; s'il arrive rassasié commencez par l'affamer; s'il arrive uni, commencez par le désunir. Sans même qu'il s'en rende compte, transformez-le jusqu'à ce qu'il ait perdu la capacité de vous résister; dès lors, à peine vous l'attaquez, il se défait, et 1'action devient inutile."


Un des premiers principes de l’art de la guerre chez Sun Zi est de pouvoir gagner sans combat. L’Art de la guerre de Sun Zi fut à l’origine un ouvrage militaire, mais dont les principes sont aujourd’hui couramment utilisés dans le monde de l’entreprise et dans la construction de stratégies de développement économique par les entreprises chinoises, en particulier à l’international. La guerre devient ainsi un art de l’affrontement indirect, basé sur la tactique et l’intelligence plus que sur les forces en présence. C’est la recherche de la meilleure adaptation, par l’étude approfondie du terrain, la ruse mais aussi grâce à une utilisation optimale de l’information. Ces concepts de base de l’analyse stratégique de Sun Zi sont très adaptés à la vie économique actuelle et à la compétition qui règne pour la maîtrise des secteurs économiques dominants. 

Lu dans
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 184.

dimanche, juillet 05, 2009

Sagesse de Mencius

"Un paysan qui veut que son blé pousse, tire sur les pousses; le soir, quand ses enfants accourent voir le résultat, tout est desséché. En tirant sur les pousses, en visant par cette action directement l'effet, il a forcé l'effet et produit immanquablement du contre-effet. Car la poussée est dans la situation: la graine qui est dans la terre et ne demande qu'à pousser. Faut-il pour autant rester passivement au bord du champ et regarder pousser: j'attends que ça pousse... ? Non, bien sûr; il convient seulement, nous dit Mencius, de faire ce que tout paysan sait, qui est discret et non pas héroïque: de jour en jour, biner, sarcler, bêcher, au pied de la pousse - favoriser la poussée, c'est-à-dire favoriser la transformation silencieuse qui aboutit peu à peu, sous nos yeux, mais sans qu'on s'en aperçoive, à ce que le blé un jour soit mûr et qu'on n'ait plus qu'à le couper. "
Mencius
 
Mencius, est à la fois le nom d'un penseur chinois ayant vécu aux alentours de 380-289 av. J.-C, disciple de Confucius et recueil d'entretiens consignés dans le livre qui porte son nom, le Mencius. On y retrouve cette autre anecdote souvent racontée aux enfants en Asie du Sud-Est. Un jour, sa mère, ayant élu domicile dans un endroit "convenable" pour l'éducation de son fils, était à son ouvrage - un métier à tisser. Elle vit le jeune garçon rentrer de l'école plus tôt que prévu. Sans mot dire, elle prit les ciseaux et coupa le beau morceau de tissu qu'elle était en train de réaliser. Le jeune Mencius lui demanda pourquoi ce geste de destruction d'un si bel ouvrage ! Ce à quoi sa mère rétorqua : « C'est exactement ce que tu es en train de faire ! » Aussitôt, l'enfant se confondant en excuses, retourna à l'école et devint le grand philosophe Mencius. 

Lu dans:
Mencius II, A, 2 (16)
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 185

Pilote automatique

"Depuis la fin des années 1980 et la catastrophe de la navette Challenger, on a découvert que l'erreur humaine n'existe pas, et que c'est l'organisation du travail qui place l'homme en situation d'échec. Cela débouche sur l'analyse de la dangerosité des systèmes socio-techniques eux-mêmes." Car la relation entre l'homme et les automatismes est paradoxale : ceux-ci ne sont sûrs que s'ils intègrent l'homme comme ultime recours pour parer à leur propre défaillance ; mais l'homme qui n'intervient plus dans la conduite ordinaire perd peu à peu sa capacité d'intervention en urgence...
Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises de l'Ecole des mines de Paris

 
Ce qui vaut pour Challenger paraît s'appliquer à l'Airbus A330 d'Air France qui effectuait la liaison Rio-Paris, dans la nuit du 31 mai au 1er juin et s'est abîmé en mer sans raison connue à ce jour. Mais aussi à de nombreuses situations vécues dans notre quotidien, à chacun d'entre nous d'en faire la liste. 

 
Lu dans
Quatre minutes et quinze secondes du vol Rio-Paris, Alain Faujas, LE MONDE, 03.07.09

samedi, juillet 04, 2009

La mer au plus près

"J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fabuleuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide."
Albert Camus. La mer au plus près


Aujourd'hui la terre suffit pour incarner les tourments humains, et la mer paradoxalement devient refuge ce qu'elle n'était guère jadis. La mer, mère nourricière et cimetière des marins est devenue symbole d'une fuite perpétuelle des misères de la terre. Petite pensée pour accompagner les vacanciers qui se dirigent vers elle ce week end.   
 

vendredi, juillet 03, 2009

La montre dans les chaussures

Sieste à la plage
La montre dans ma chaussure
Le temps est à mes pieds

Christophe Rohu
 
Un certain nombre bénéficie d'un départ en vacances ce week end, ce petit clin d'oeil pour les leurs souhaiter bénéfiques

mercredi, juillet 01, 2009

HArmonie

«L’art est beau quand la main, la tête et le coeur travaillent ensemble.»
John Ruskin 
 

lundi, juin 29, 2009

L'été est là

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales à la main !

Sagesse des haïkus . Buson

 

vendredi, juin 26, 2009

L'écorce de l'existence

"J'aime appuyer ma main sur le tronc d'un arbre devant lequel je passe, non pour m'assurer de l'existence de l'arbre - dont je ne doute pas - mais de la mienne " 
Christian Bobin

jeudi, juin 25, 2009

Enfin juillet

"Devant les mystères qui nous entourent, feignons de les organiser !" 
 Jean Cocteau 


Un jeune remonte ma rue, il sourit tout seul sans raison, cela devient rare. Je le reconnais quand il arrive à ma hauteur, "Docteur j'ai réussi mes examens." Je lui lance un "Bravo bonhomme, continue comme cela." "Merci docteur, bonne journée." Cinq secondes, une éternité, une étincelle de bonheur brut. Je sors d'une semaine occupée à aligner des points et des appréciations, comme Cocteau, j'ai feint d'organiser le mystère. Que d'itinéraires divers pour arriver à cette réussite, ou à ces échecs: les premiers de classe, les derniers, les bosseurs, les tricheurs, les flatteurs, les obsessionnels, les anxieux, les rêveurs, les scolaires et les rebelles auront parcouru les routes du savoir de mille et une manières. Il est temps maintenant d'en revenir aux fondamentaux, la féérie du mois de juillet qui propose ses bras accueillants  aux enfants que nous sommes restés. 

mercredi, juin 24, 2009

Les foins l'été

"Murmures derrière la charrette de foin.
Voilà un jour d'été."
Sagesse des haikus. Ippekiro


Une belle manière d'accueillir cette journée ensoleillée qui s'offre à nous.

lundi, juin 22, 2009

Une étincelle d'été

"Un moineau s'envole
d'une poche du manteau
de l'épouvantail."
Haiku  Robert Davezies


C'est l'été.
 

dimanche, juin 21, 2009

Venu de si loin

"Certaines croix étaient décorées d'ancres marine faites de clous de cuivre aujourd'hui disparus. Il fut bouleversé par l'épitaphe d'un enfant de dix ans , "un pauvre petit mousse venu de si loin pour mourir."
Jean Paul Kauffmann

Les circonstances changent, les épitaphes demeurent. La mort d'un enfant demeure bouleversante, qu'il soit mousse mort aux îles de la Désolation ou écolière à Louvain-la-Neuve. On vient tous de si loin pour arriver sur Terre, et quand la mort vous enlève peu de temps après la naissance demeure un sentiment de profonde incompréhension. 

Lu dans :
Jean Paul Kauffmann. L'arche des Kerguelen. Voyage aux îles de la Désolation. Flammarion. 1993. 250 pages. Extrait p.200 

vendredi, juin 19, 2009

Paradoxe

"Le pire des malheurs en prison, pensa-t-il, c’est de ne pouvoir fermer sa porte."

Stendhal

dimanche, juin 14, 2009

Intelligence et incertitude

"On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter."
Emmanuel Kant


mardi, juin 09, 2009

lpslol

"lpslol"
signifie "fais gaffe, les parents surveillent, je suis mort de rire".
Sagesse des sms
 Une étonnante page de Wikipedia nous apprend comment passer par étapes de la phrase « La linguistique par ordinateur pourrait tirer profit d'une langue abrégée à la fois dans sa syntaxe et ses matériaux - non seulement du point de vue de la mémoire - mais surtout du point de vue de l'analyse algorithmique du langage humain, la particularité d'une langue abrégée étant de supprimer ou de contourner les idiomatismes. » (331 caractères) à celle-ci "Lngk pr ordi pov7 tir pft du lng abr al fs dn sn sytx e sn matr# - nn slmt ptdv mmr - ms srtt ptdv algo spc a lngg hm, 1prtk lng abr = 8:supr o ktrn idiom#." (156 caractères) en cinq étapes pour personnes de plus en plus initiées. Ou encore les secrets d'un idiome faisant de plus en plus appel aux rébus pour donner 2m1 = demain, bi1 = bien, K7 = cassette, koi 2 9 = quoi de neuf.. 
Et pendant ce temps, l'académie réforme l'orthographe, lol.

Pas mal non plus en son genre, lue ce matin dans le Monde, la phrase "Ségolène Royal (..) a assuré Martine Aubry de son soutien complet pour toutes les initiatives qu'elle prendra pour la transformation radicale du Parti socialiste", ou la manière la plus raffinée de féliciter quelqu'un en lui signifiant sa plus complète opposition, lol 2x. 
 
 
Lu dans
http://fr.wikipedia.org/, Langage SMS.
Le Monde,  Au PS, Martine Aubry sous pression, avec AFP, 09.06.09

samedi, juin 06, 2009

Imiter Beethoven ou la cascade

"Un peuple qui chante est proche du bonheur"
Villa-Lobos
Il disait de sa musique qu'elle lui était naturelle, comme une chute d'eau . Quand le compositeur brésilien Villa-Lobos meurt, le 17 novembre 1959 à Rio de Janeiro, ville de son coeur, il laisse environ 1 000 oeuvres de tous styles, avec 12 symphonies, 17 quatuors à cordes, des opéras, des ballets, des suites, des poèmes symphoniques, des concertos, des œuvres vocales, des pièces pour piano, de la musique religieuse et des musiques de film. Au-delà d'avoir été un grand compositeur, il fut également un pédagogue musical pour son pays. Il conçut un système d'apprentissage de la musique pour des générations de Brésiliens, basé sur la riche culture musicale brésilienne, et prenant ses racines dans un patriotisme profond et toujours explicite. Il composa de la musique chorale pour de grands chœurs d'enfants des écoles, souvent adaptée du folklore. Ce qu'il a légué au Brésil d'aujourd'hui, même au sein des nouvelles générations élevées avec les écoles de samba ou MTV, c'est un sentiment profond de fierté et d'amour pour lui, mêlé de semblables sentiments pour leur pays. C'est surprenant, si l'on considère qu'il s'agit d'un compositeur de musique « classique » mort depuis plus de quarante ans  1903, qui s'enfuit de chez lui à 20 ans pour parcourir le Brésil, plus particulièrement les régions de Nordeste, car "il trouvait stupide de continuer à imiter Beethoven." 

jeudi, juin 04, 2009

Quand le passé devient l'avenir

"Vieillir, c'est organiser sa jeunesse au cours des ans."
Paul Eluard
Laure égrène le dernier mois qui la sépare de ses cent ans. On l'a placée sous les combles du home le plus crado que je connaisse, qui abrita les carrières de deux médecins anderlechtois et où résonnent maintenant l'accent kinois à tous les étages, les rires et les éclats de voix d'infirmières aux formes généreuses, plutôt appréciées par cette population simple de l'ouest de Bruxelles. Un vieil accordéoniste esquinte son instrument dans la chambre voisine, il viendra comme chaque jour lui proposer ses services en fin de matinée. Hier il lui a rapporté du beurre, discrètement car Laure se fait gourmander pour ce caprice, dame, le beurre n'est guère bon pour la santé. Elle n'en a cure, et se rit des ses cent kilos qu'elle mobilise gracieusement d'une chaise à l'autre. Aujourd'hui ce sera une feuille de salade pour son canari, demain quatre Mon Chéri. Il sera payé d'une petite récompense en nature, il a les mains alertes. Laure me raconte que hier était versé le pécule de vacances de sa petite pension, aussitôt récupéré par la directrice de la maison de repos "car il y a beaucoup de frais". Comme c'est de toute manière vacances tous les jours, pas de souci, et puis après tout elle n'en a cure, même si elle n'est pas dupe. Le beurre, le canari, l'accordéon, rejoignent ce nouvel art de vivre que semblent découvrir avec bonheur les compatriotes de Barak Obama. Il paraîtrait que pour ses maisons, voitures, alimentation, en crise économique et écologique, l'Amérique redécouvre avec entrain les vertus de la sobriété et des cabanons précaires bien isolés et chauffés au bois. Laure, qui est tombée dans la frugalité non-choisie dès les premiers jours de sa vie, peut mourir en paix: son passé est devenu l'avenir.

 Lu dans
Résister ou lâcher prise, comment choisir. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009. 178 pages. extrait p 35
Vivre en plus petit : la nouvelle frugalité américaine. Hélène Crié-Wiesner. 03/06/2009. Rue 89. www.rue89.com. _______________________________________________________________________________________
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mercredi, juin 03, 2009

Si je ne suis pas moi, qui le sera?

"Près de sa fin , Rabbi Zousya prononça ces paroles :
Dans le monde qui vient la question qu'on va me poser ce n'est pas Pourquoi n'as-tu pas été Moïse? mais  Pourquoi n'as-tu pas été Zousya? "
Martin Buber

 

Lu dans
Résister ou lâcher prise, comment choisir. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009. 178 pages. extrait p 51

mardi, juin 02, 2009

Quand les aigles mangeront des grains

"Les hommes nous enseignent à penser comme des poules, bien que nous soyons des aigles.  Étendez vos ailes et envolez-vous !  Et ne vous contentez jamais des grains que l'on vous jette."
James Aggrey
À la manière de Soljenitsyne, j'ajouterais les trois consignes qui sauvent le prisonnier du goulag de la déchéance, - on peut les reprendre dans sa propre existence d'ailleurs:  ne pas lécher sa gamelle (ne pas revenir sans cesse sur ce qui fut pour en espérer un dernier prolongement),  ne pas roder  autour de l’infirmerie (ne pas espérer de bénéfices secondaires de situations qui nous placent de fait dans des états de dépendance),  ne pas contempler le ciel à-travers les barbelés (nos principales limites sont celles que nous nous imposons nous-mêmes, le ciel est notre limite, appel à élargir le cadre de nos projets à ce qui au départ apparaît comme utopique). Ceux qui me connaissent bien relieront spontanément ces modestes réflexions à celles de la cage aux singes et de la petite poèle rouge. Et avec tout cela, je vote quoi dimanche? 


dimanche, mai 31, 2009

Le vide de l'âme

"Je vais être condamné à une inaction d'une semaine sur l'une des mers les plus désertes et les plus tourmentées du monde. Mais je devine qu'à la différence des palaces flottants ou des voiliers de croisière le Marion-Dufresne m'apportera le prélude indispensable à la connaissance de tout pays inconnu: l'attente et l'ennui. Plus que la souffrance le désœuvrement n'est-il pas l'épreuve suprême? Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire. Il triomphe du supplice le plus cruel: le temps sans mesure ni terme. La douleur occupe; l'être souffrant se contemple dans son tourment. L'ennui ne connaît ni la nuance ni la satiété."
Jean Paul Kauffmann 
 
Une petite révolution agite la maison de repos. Andrée, 88 ans, a décidé de ne plus allumer sa télévision, ni pour les journaux télévisés, ni pour Question pour un champion, ni pour les débats: pour rien. Elle leur préfère la lecture de Cronin, de Boissard, des soeurs Gould et de la collection Harlequin, mais n'ouvre plus le journal  quotidien auquel elle est abonnée depuis son plus jeune âge. Une désolation pour les enfants et les équipes de soin qu'une pareille fuite du monde désole. On me suggère de lui prescrire un peu de citalopram, antidépresseur bien toléré qui fait des miracles. On préconise de lui faire douce violence en ouvrant le poste systématiquement durant certaines heures de la journée, avec le son en sourdine. L'absence de toute raison objective à cette attitude négativiste énerve l'entourage, autant que sa propension à rester parfois une ou deux heures sans rien dire ou faire, le regard perdu dans ses pensées. La pensée de Jean Paul Kauffmann me hante en la quittant ce matin: "Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire." Qui est fou et qui est sage dans cette curieuse affaire? Je penche à penser qu'André nous devance. 
  
Lu dans:
Jean Paul Kauffmann. L'arche des Kerguelen. Voyage aux îles de la Désolation. Flammarion. 1993. 250 pages. Extrait p.20

samedi, mai 30, 2009

Une réflexion musicale

« Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […] Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez que vous n’avez pas été justes avec moi, et que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Ludwig van Beethoven. Testament de Heiligenstadt, lettre qui ne fut jamais envoyée et retrouvée seulement après sa mort


Une invitation inattendue (merci Mathieu) a permis d'écouter hier soir la jeune violoniste coréenne Kim Suyoen interprétant le concerto pour violon de Beethoven. Les critiques ont noté un faux pas dans le premier mouvement, auquel le public apporta la meilleure réaction qui soit à savoir des applaudissements d'encouragement inhabituels au terme de celui-ci. Je n'ai rien entendu, emporté par la magie de cette oeuvre, une des plus tendres que Beethoven ait écrite. Malade, porté sur la bouteille, abandonné peu de temps auparavant par son amie Joséphine von Brunsvik, il semble qu'il n'en ait achevé l'écriture que peu avant le concert, obligeant le soliste à faire du déchiffrage en direct. Elle ne fut guère jouée du vivant du musicien, les auditeurs la trouvant assez peu virtuose, et succède à l'échec retentissant de Fidelio. La vie, même des plus grands, n'est décidément pas un long fleuve tranquille. Il n'empêche, on demeure songeur. Qu'une musique écrite en 1806 à Vienne par un homme sourd, alcoolique et misanthrope de réputation, déchiffrée par une jeune fille coréenne de 21 ans, jouée sur un violon amoureusement assemblé par un luthier italien en 1742, traverse ainsi le temps, l'espace, les cultures, pour me faire revivre dans mon jardin secret ma vie à moi et m'émouvoir autant que ne le ferait une lettre envoyée par une personne chère reste un mystère. Les petits trébuchages dans l'interprétation, inaudibles au profane, ajoutent paradoxalement une touche d'humanité au bonheur partagé: c'est de la vie qui s'échange, mêlant du grisé au bleu. 

Il y a 26 ans, nous assistions dans la même salle au triomphe de Pierre-Alain Volondat, alors âgé de de vingt ans, qui cumulait le premier prix de piano, le prix de la Reine Fabiola, le prix du public et la médaille de vermeil, un cumul unique dans l'histoire du prestigieux concours. Heureux présage à la naissance de Véronique, notre cadette qui vint au monde quelques heures plus tard. La beauté avait induit le travail. Cela explique sans aucun doute qu'elle est un soleil dans notre vie. Avec un peu d'avance, bon anniversaire chérie. 

vendredi, mai 29, 2009

Des limites et des traditions

"La mémoire est à la base de la personnalité individuelle, comme la tradition est à la base de la personnalité collective."
Miguel de Unamuno

 
Une petite fille interroge sa maman: pourquoi coupe-t-elle un bout à chaque côté de la saucisse avant de la cuire? On a toujours fait ainsi dans la famille. Demande à grand-maman. Grand-maman confirme la tradition, qui remonte à sa propre mère, centenaire, placée en maison de repos. L'enfant dévale la rue, déboule chez l'aïeule qui s'esclaffe: "Tu ne vas tout de même pas me dire qu'on utilise encore cette ridicule petite poèle rouge, si petite qu'elle ne pouvait contenir une saucisse sans la couper." Nous nous imposons des limites héritées, que deux minutes de réflexion feraient sauter. 

jeudi, mai 28, 2009

Ici c'est comme ça

"L'ignorance est la mère des traditions."
Montesquieu
On raconte qu'une équipe de chercheurs plaça cinq singes dans une cage et, au milieu de celle-ci, un escabeau avec des bananes. Lorqu'un des singes tentait de grimper à l’escabeau pour se saisir d'une banane, une douche glacée aspergeait automatiquement les autres. Chaque fois qu’un des singes faisait mine de vouloir grimper sur l’escabeau, les autres le frappaient par crainte de se faire asperger et rapidement plus aucun des singes ne se risqua plus à l'escalader. On remplaça un des singes, qui aussitôt tenta d'atteindre le régime de bananes.. et se fit rosser. Paradoxe: il apprit à ne plus grimper, sans même connaître la raison de cette interdiction. Un deuxième singe fut remplacé et  subit le même sort que le premier, qui se joignit d'ailleurs aux autres pour le battre. Et d'un troisième, puis d'un quatrième et d'un cinquième, qui subirent le même sort. On retrouva ainsi un groupe de cinq singes qui, bien que n’ayant jamais reçu de douche froide, continuèrent à frapper tout nouvel arrivant qui tentait de monter sur l’escabeau. Pourquoi? “Je ne sais pas, mais ici c’est comme ça.”  
 

dimanche, mai 24, 2009

De belles perles moirées

"Les coquillages, quand ils se blessent dans la mer, pour calmer leur blessure et la guérir, ils font de bel1es perIes tout autour, des perles toutes moirées, de vrais trésors qui possèdent le souvenir, la mémoire de la blessure... Eh bien nous autres les hommes, quand on se blesse, ou qu'on blesse quelqu'un, nos perIes à nous, ce sont les regrets, on se fabrique de beaux regrets, et dans une vie, qu'on soit prince, cordonnier ou sénateur, nos regrets sont écrits sur un grand livre, un superbe livre avec beaucoup d'or et d'enluminures."
Philippe Claudel

Ce qu'un crustacé peut réaliser, - faire de ses blessures des trésors, - pourquoi nous les hommes ne pourrions-nous pas le faire? Sans pour autant être des Van Gogh, des Camille Claudel ou ou des Beethoven (qui créa le final de sa neuvième symphonie atteint d'une surdité profonde), ce devrait être à notre portée. Beau programme pour une journée de printemps qui s'ouvre comme un appel au renouveau.


Lu dans:
Quelques-uns des cent regrets. Philippe Claudel. Gallimard 2000. Stock Folio 2005. 182 pages. Extrait p.178

samedi, mai 23, 2009

Porter un nom

"Suis-je vraiment celui qui porte mon nom?"
L.Wittgenstein

Je sors d'un étonnant concert en nocturne. Réveillé tôt, on peut apprécier le silence du jardin qui borde la chambre. Un premier merle lance son chant, belle série de notes mélodieuses et flûtées, d'une sonorité variée formant des phrases, avant de se terminer par une pause et de reprendre. Il chante seul, comme si le lever du soleil en dépendait. Ce doit être l'heure des coqs à la campagne toute proche, et des boulangers dans l'odeur chaude des pains que l'on enfourne. Il chante ainsi en solo pendant un quart d'heure, rejoint bientôt par un deuxième, au timbre plus modeste, qui lui répond. Vers cinq heures, lever des moineaux, petites musiques modestes mais multiples, groupées dans un coin de la scène. Cinq heures trente, la voix profonde des ramiers s'élève, comme un appel aux grandes orgues. Paisible ensemble symphonique, qui s'adjoint à ce moment une armée d'autres voix que je ne reconnais guère. Les merles chantent toujours, fil rouge de ce concert dans l'obscurité, bientôt trouée par une lueur. A six heures, un carillon lointain laisse imaginer un clocher flamand sur une placette du Pajottenland tout proche. Première sonorité humaine, encore que vraisemblablement actionnée par une minuterie: même en Flandre, on se lève plus tard un samedi. Le passage d'un premier bus annonce les choses sérieuses, l'homme se met en route. Le suivent rapidement la stridence d'une moto à folle allure, et celle d'une ambulance à destination de l'hôpital Erasme. Il est six heures trente, sur le Ring enfle déjà une rumeur discontinue de véhicules. On devine les nouvelles du monde diffusées par les autoradios, les pensées des uns des autres se rendant qui au boulot, qui aux loisirs d'un long weekend printannier, pleins de projets, de joies et de souffrances. Comment s'empêcher de mettre en parallèle les deux tempos de mon concert nocturne, le merle moqueur anonyme et ceux dont le nom qu'on leur a attribué les engage. Le conducteur du bus et les ramiers se sont vraisemblablement éveillés à la même heure, mais ces derniers "ne filent ni ne sèment" comme il nous fut enseigné. Qu'on le regrette ou non, porter un nom fait une sacrée différence. 


Lu dans :
L'extrait de Wittgenstein est cité par Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.277

lundi, mai 18, 2009

Vainqueur mais meurtri

"Sur cet épisode de ma vie, j'ai toujours tendance à éluder. Je n'aime pas trop qu'on m'enferme dans ces trois années de détention. Il faut sans cesse m'évader de la nouvelle prison qu'on m'a assignée. La répétition est la punition de l'ex-otage. Aux questions - toujours les mêmes - l'ancien prisonnier ne peut que rabâcher. (..) Aussi bien les questions ne peuvent qu'être toujours les mêmes. Comment pourrait-il en être autrement? Seuls ceux qui ont vécu une telle épreuve seraient habilités à les poser. Ils se gardent bien de le faire sous peine de se retrouver à nouveau dans l'état d'exhibition qui était le leur. (..) J'essaie d'expliquer que tout homme lutte fatalement un jour avec l'Ange: à chacun son moment de vérité! Mais il est vrai que la difficulté repose sur une incertitude: celle d'identifier le moment du combat. Une telle circonstance peut passer inaperçue. Sur le coup on ne distingue pas toujours l'enjeu ni l'injonction qui nous est faite de livrer bataille. Il y a des gens qui ne sauront jamais l'instant précis où leur destin a irrémédiablement basculé."
Jean Paul Kauffmann

 
Un des rares passages où Jean Paul Kauffmann évoque sa captivité (otage au Liban de mai 85 à mai 88), et la difficulté de reprendre le cours d'une vie normale. Réduits à un court moment médiatisé de leur existence, les otages partagent avec ceux que le succès a frappé le destin de ne plus exister qu'en fonction d'une circonstance et guère plus pour eux-mêmes. Certains ne s'en remettent guère, d'autres difficilement. L'Épervier de Maheux, roman couronné par un Goncourt en 1972 , apportera à Jean Carrière la gloire et une dépression dont il mettra des années à guérir. Prix Nobel de littérature 2007 à l'âge de 87 ans, Doris Lessing confiera un an plus tard qu'il aurait mieux valu pour elle ne jamais le recevoir. Buzz Aldrin, miné par la dépression et l'alcoolisme, qualifie de magnifique désolation son retour sur terre après la première marche de l'homme sur la lune en 1979. Primo Levi, l'auteur du sublime "Si c'est un homme" se donne la mort en 1987 quarante-deux ans après sa libération des camps, Bruno Bettelheim, interné à Buchenwald et Dachau en 38-39 avant d’en sortir après paiement d’une sorte de rançon payée au Reich, comme il était possible de le faire avant le début des hostilités, se suicide en utilisant un sac en plastique. On peut multiplier les exemples, comme s'il devenait impossible de renouer avec une vie dont on maîtrise le fil quand les circonstances vous ont réduit à ne plus rien maîtriser du tout. "Je n'étais plus maître de ma vie" confiera Aldrin, "et tous voulaient que je demeure le meilleur." Philosophe, Kauffmann compare cette confrontation avec soi-même à l'allégorique Lutte avec l'ange du peintre Delacroix, enviant le sort de ceux qui peuvent vivre celle-ci dans l'incognito. Tout comme Jacob sort vainqueur de son combat mais blessé à la hanche, l'otage libéré demeure meurtri à jamais. 

 
Lu dans:
Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.226

dimanche, mai 17, 2009

Les transformations silencieuses

"L'aspect de cette vieille [femme],  juxtaposé à celui de la jeune qu'elle était, semble tellement l'exclure »
M. Proust


"Vieillir, c'est en même temps et du même point de vue, indissolublement, être encore jeune et déjà vieux: vieux, parce qu'il y a si tôt de l'usure et de la mort à l'oeuvre en nous; et jeune, parce que la vie se renouvelle avec une opiniâtreté qui étonne, que le coeur bat toujours avec vigueur et que se lève encore dans sa fraîcheur, et même comme s'il était le premier du monde, un matin de plus. À quoi s'ajoute à présent, dénaturant le vieillir, ce que la physique grecque nous impose comme début et fin du mouvement, points de départ et d'arrivée. Car, d'une part, est-il un début du vieillissement? Quand, «à partir d'où », ai-je commencé de vieillir? Aucun début n'est assignable: aussi loin qu'on remonte en sa vie, on a toujours commencé de vieillir. Des cellules meurent déjà, sculptant le fœtus. Vieillir a toujours déjà commencé."
 
Emile est mort hier. Il était l'intelligence, la sensibilité, la gentillesse mêmes. Sa collection de Pléiade me faisait envie, une visite dans son appartement d'où on entendait les cloches de la collégiale Saint Guidon me détendait. D'une écriture appliquée, il consignait ses activités et ses pensées avec un soin presqu'obsessionnel. Sa femme le quitta il y a dix ans, et il descendit progressivement aux enfers. L'esprit se dilue dans ces moments-là, et l'attention se relâche. L'entourage se fait pressant, tonton quand te places-tu? Il entra en résistance, creusa des tranchées, noua quelques alliances douteuses. Il y a un mois, - ma dernière visite -, désemparé il me montra son agenda dont l'encollage avait lâché, libérant une à une les feuilles de ses activités quotidiennes. Le dernier repère avait cédé, et la chute fut immédiate. Le lendemain je lui apportai un agenda Janssens 2009 récupéré chez un confrère qui ne l'utilisait pas, et dont l'encollage est prévu pour résister au feu du Jugement dernier. Las, le surlendemain on le trouva errant en rue. Hospitalisé, l'incohérence de ses propos décrivait un monde de prédateurs et de comploteurs faisant le siège de sa chambre. Au placement chez les hommes , il a préféré selon ses convictions religieuses un placement auprès de l'Eternel. On lui souhaite d'avoir fait le bon pari. Je l'aimais bien. 

Lu dans:
Marcel Proust. A la recherche du temps perdu.
François Jullien. Les transformations silencieuses. Chantiers, I. Grasset. 2009. 198 pages. Extrait p. 72.

samedi, mai 16, 2009

Vide et plein

"Le vide du funambule a beau n'être ni solide ni liquide, c'est un espace terriblement plein, qui noie plus sûrement que l'eau et ensevelit plus profondément que la terre."
 Jean Paul Kauffmann

Il y a du Raymond Devos dans cette allégorie du vide qui parfois peut être plein. Le contraire est vrai aussi par ailleurs, quand on est plein, on est vide. Quand on est plein et qu'on vous fait marcher sur un fil, mieux vaut que le fil ne soit pas tendu entre les deux tours de Saint Sulpice. Les lecteurs perspicaces auront noté que je suis dans ma période de découverte des ouvrages de Kauffmann. Une bonne période. 
 

Lu dans :
Jean Paul Kauffmann. La lutte avec l'Ange. La Table Ronde. 2001. Folio. 334 pages. Extrait p.164.

vendredi, mai 15, 2009

Sagesse des yourtes

"À Osoaviachim (Krghizistan), je retrouve Hassan et sa famille. Jamais personne ne m'a accueilli avec une telle ferveur exubérante. J'apprends ainsi qu'à la réception des photos que je leur ai envoyées les habitants ont organisé des festivités dans le village. Mais on ne nous fait plus fête quand j'annonce qu'il nous faut déjà repartir. Hassan ne comprend pas que l'on puisse venir de si loin pour ne rester que deux heures. Il a raison: nous avons perdu le sens commun. Notre liberté, plus que jamais, m'apparaît illusoire."
Bernard Ollivier

 
qui poursuit: "Sur le chemin de Tash Rabat, une apparition: cette écuyère altière, royale, l' œil gentiment goguenard devant le tableau que nous représentons: des étrangers aux lourds bagages, enfermés dans une boîte d'acier à l'air vicié, alors que l'espace devant nous est ouvert, immense, que l'air est pur, les routes libres et désertes... Même le cheval semble attristé par le spectacle que nous offrons."

 
Lu dans:
Bernard Ollivier, François Dermaut. Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 154 pages. Extrait p.126

mercredi, mai 13, 2009

Pour un baiser on perd la tête

«Sarmacande, le plus beau visage que la terre ait jamais tourné vers le soleil»
Omar Khayyâm

Le nom vous dit quelque chose? Vraisemblablement aurez-vous vu le roman Samarcande, d'Amin Maalouf, en vitrine mettant en scène Omar Khayyam (qui y vécut de 1072 à 1074 avant de s'installer en Iran). A moins que lecteur de BD, vous n'ayez lu d'Hugo Pratt le Corto Maltese La Maison dorée de Samarcande. L'UNESCO a célébré son 2750ème anniversaire , ville de passage éternelle entre le monde turc et le monde persan. Je suis tombé en arrêt sur cette cité mythique de 400.000 habitants en lisant sa description dans le dernier ouvrage de Bernard Ollivier. 

"La place du Registan, d'abord, qui transporte dans les contes des Mille et Une Nuits qui l'aborde. Ici, le bleu est roi : turquoise, myosotis, azur, outre-mer, céruléen, pervenche, saphir... Cherchez bien dans vos mémoires, ils y sont tous. Les murs du paradis, d'après l'Apocalypse de saint Jean, n'étaient-ils pas faits de saphir?
La cité, après l'invasion arabe, devient une ville prospère, nantie de palais et de caravansérails somptueux. Elle est alors le premier centre de papeterie du monde arabe, fournissant même le monde chrétien. Mais c'est Timour Lang - Tamerlan -, grand conquérant turco-mongol, lointain descendant de Gengis Khan, qui choisit Samarcande comme capitale de son empire et, protecteur des arts (il fut aussi un tyran sanguinaire, amateur de pyramides montées avec les crânes des habitants qu'il avait massacrés, deux faces opposées d'un même homme.. .), fit appel aux artisans les plus doués de Perse, d'Inde et d'Asie centrale. On ne saurait aller à Samarcande sans visiter son mausolée, le Gour Emir, et la mosquée que fit construire Bibi Khanim, sa favorite. Mosquée somptueuse, aussi belle que l'était Bibi. La favorite était en effet si éblouissante, dit-on, que l'architecte pressenti, follement amoureux d'clIc, refusa de terminer l'édifice si elle ne lui accordait pas un baiser. Baiser refusé qui coûta cher au beau bâtisseur, car à son retour Tamerlan le fit proprement décapiter. C'est alors que le tyran, décrétant que la beauté des femmes est une provocation permanente pour l'homme, instaura le port du voile."

 Lu dans:
Bernard Ollivier, François Dermaut. Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 154 pages. Extrait pp.108-109

Le temps, le vin et la patience

 "Le temps ne respecte rien de ce qui se fait sans lui."
Paul Claudel
 
Réflexion puisée adossée à cette belle description du vin, "fils du soleil et de la terre, avec le travail comme auxiliaire", le vin est le travail de la patience.

 Lu dans:
Critique amoureuse des Français. Alberto Toscano. Hachette Littératures, 2009, 282 p.
Paul Claudel. discours du 2 mai 1935, Inauguration de la foire de Bruxelles 

lundi, mai 11, 2009

Sagesse des condors

"Il faut sauver les condors
Non pas tellement parce que nous avons besoin d'eux
mais parce qu'il faut développer des qualités humaines pour les sauver;
celles-là même dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan (19ème siècle)
Lu dans:
Résister ou lâcher prise: comment choisir?  Ed. Weyrich. Printemps de l'éthique. 2009.  180 pages. Extrait p.7. 

dimanche, mai 10, 2009

Une passion de vie

"Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque  de mourir d'ennui."
Raoul Vaneigem


Début mai 1968, Le Monde titrait : "La France s'ennuie"... Il est temps de faire la fête. Un récit de voyage chez les Inuits, dont j'ai perdu la référence, narrait leur étonnement face à la terreur qui saisit l'homme blanc quand il envisage une journée d'ennui, vide de toute activité. Que dire d'une vie d'ennui? Le fourmillement de nos centres commerciaux atteints de furie d'achat fournit une réponse indirecte, faute d'y trouver "un usage véritablement plus passionnant de l'existence" (extrait de l'Internationale situationniste). 

Lu dans :
Pierre Henri Simon. Deux éloges de la subversion. Le Monde du 14 février 1968. repris en Archives du Monde 2 du 9 mai 2009, p.57

samedi, mai 09, 2009

Voyage

"Aller me suffit."
René Char
Lu dans:
Bernard Ollivier François Dermaut, Carnets d'une longue marche. Phébus. Points. 2005. 153 p. extrait page 5

jeudi, mai 07, 2009

Embrasser la vie humaine comme un tout

«Dans le monde moderne abandonné par la philosophie, fractionné par des centaines de spécialisations scientifiques, le roman nous reste comme le dernier observatoire d'où l'on puisse embrasser la vie humaine comme un tout.»

Embrasser la vie comme un tout: tout un programme. Surtout pour qui a grandi dans un schéma de pensée analytique et quantitatif. L'exercice est d'ailleurs difficile pour tous ceux qui essaient de restituer le produit d'une recherche académique et intellectuelle. Ainsi, le chercheur en sciences humaines ou sociales a certainement autant de difficultés à «embrasser la vie comme un tout» que le scientifique issu des sciences dites dures. Il faut sans aucun doute y voir la raison profonde de mon amour immodéré pour la lecture, qui fait voyager son invité dans les domaines les plus divers, aux moments les plus divers de sa journée, où qu'il soit. Un bonheur sans cesse renouvelé. 

Lu dans
Micheline Louis-Courvoisier. Les livres que j'aimerais que mon médecin lise. Georg. 2008 200 pages. Extrait p.15

mercredi, mai 06, 2009

Eloge du manque

"Un bon repas doit commencer par la faim"
Daniel Tammer

Lu dans
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Les Arènes.  2009. 330 pages. Extrait  p.256 

lundi, mai 04, 2009

La lumière au bord de ses mains

" .. entourée par tant de vie qu'elle n'a jamais vue
elle ouvre les yeux pour regarder la lumière
au bord de ses mains."
Homero Aridjis.

Elle s'appelle Jeanne, est née à l'autre bout du monde dans un pays arc-en-ciel, dans une ville située sur une mine d'or, un deux mai printannier, par une année printannière: heureux présages. Comme elle, nous sommes à nouveau éblouis par tant de vie. 

Lu dans
Homero Aridjis . Les poèmes solaires. Mercure de France . 2008 . 190 pages. extrait p.30

samedi, mai 02, 2009

J'ai été mouillé

"Mon amie, il y a eu hier une grande bataille, la victoire m'est restée, mais j'ai perdu bien du monde. (..) Je suis un peu fatigué, j'ai été mouillé deux ou trois fois dans la journée."
Lettres de Napoléon à Marie-Louise après les batailles d'Eylau et de Bautzen.


Un mari trempé, menacé d'un rhume, écrit à sa femme. C'est une expression du réel. Vingt-cinq mille morts français, la moitié chez les Russes (Eylau), vingt-mille de part et d'autre (Bautzen), c'en est une autre. Vie privée, vie publique. « Quel massacre! Et sans résultats! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre » écrit-il au soir de la bataille d'Eylau, avant d'inviter à dîner les officiers d'artillerie. « Pour aller souper chez l'Empereur, nous passions entre deux montagnes de corps, de membres mis en pièces, des bras, des têtes, hélas! celles de nos amis », racontera un des invités. « Personne n'avait faim , mais ce qui dégoûta encore plus et mit le comble à la nausée, c'est que chacun, en ouvrant sa serviette, y trouva un billet de banque. » Un billet de banque pour faire oublier l'horreur d'une bataille dont la victoire fut revendiquée par les deux parties: les troupes françaises, restées maîtres du terrain, les Russes repliés en bon ordre,  les Français décrits comme trop épuisés pour les poursuivre. Que de réflexions possibles sur la vanité des événements et la duplicité des personnes en si peu de lignes. L'élévation des réflexions pacifistes de l'empereur ("inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre") résiste mal à la longue énumération des bataillles ayant émaillé son règne et à la récompense prosaïque du repas d'après bataille... dont feint s'indigner une des participants dans ses mémoires. Les choses ont-elle changé aujourd'hui? 

Lu dans :
Jean-Paul Kauffmann. La chambre noire de Longwood. Folio. La table ronde 1997. 360 p. Extraits pages 160, 204 et 206
Michelet, Histoire du dix-neuvième siècle

vendredi, mai 01, 2009

On est devenus pauvres

"Comme tout désormais
Me semble différent.
Abandonnez, amis, cette chasse harassante;
Vos biens, comprenez-le, sont à jamais perdus;
Mais notre pauvreté, ce n'est pas, voyez-vous,
De n'être plus comblés de biens terrestres,
Tout le monde ici-bas ne saurait être riche.
Notre pauvreté, c'est d'avoir perdu
Le sens des valeurs les plus hautes."
B. Brecht


Phrase prémonitoire de la réflexion de Pierre Bérégovoy, devenu Premier ministe de François Miterrand, accablé par les affaires, lâché par ses camarades socialistes, qui à la veille de perdre les élections, dit à sa femme : « On a fini par oublier de payer nos places au théâtre, aux avant-premières, et c’est là qu’on est devenus pauvres. (..) A 60 balais, il m’a fallu deux banques et un prêt privé pour acheter mon appartement. On va perdre les élections, et j’aurai quoi, après ? Rien ». Il se suicidera le 1er mai 1993. France 2 lui rend ce soir dans un émouvant téléfilm un hommage posthume qui célèbre de belle manière la fête du Travail. 
 
Lu dans :
Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des Abattoirs,L'Arche, Collection : Scene Ouverte, 1997. Extrait p.98
L’honneur sali de Bérégovoy. Vanhoenacker Charline, Le Soir, jeudi 30 avril 2009.  

mercredi, avril 29, 2009

Une prison de nuages

"On ne s'échappe pas d'une prison sans murs. (..) Les Anglais avaient bien choisi l'endroit. Longwood est une prison de nuages, un cachot aérien. Dans cette geôle, le prisonnier jouit de toutes  les apparences de la liberté: l'océan illimité à 1'horizon, le plateau dégagé, une échappée vers le plus haut sommet de l'île, le pic de Diane. Cependant, l'air et le ciel isolent et confinent aussi sûrement qu'une cellule."
 Passionnante réflexion des dernières années de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène. On s'y croirait. Quel destin tout de même.

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La chambre noire de Longwood. Folio. La table ronde 1997. 360 p. Extrait pages 98 et 148  

vendredi, avril 24, 2009

Le visage paysage

«La grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu, chaque jour, dans le même visage.
C’est plus grand que tous les voyages autour du monde.» 
Alberto Giacometti 

Comme je disais hier

"Leôn, théologien fameux de Salamanque, fut arrêté au beau milieu de son cours par le tribunal de l'Inquisition. Torturé puis condamné, Leôn passa une dizaine d'années en prison. Libéré, il reprit son enseignement à l'université, à l'endroit même où il l'avait abandonné en disant: «Comme je le disais hier ». 
J-P Kauffmann 

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La maison du retour. Folio. Gallimard 2007. 289 p. extrait page 260

jeudi, avril 23, 2009

Le bonheur des débuts

".. ce mal-être moderne: la mélancolie de l'acomplissement. (..) L'unique joie au monde, c'est de commencer. Tout ce qui est atteint est détruit."
Jean-Paul Kauffmann, citant Pavese et Montherlant.

Lu dans:
Jean-Paul Kauffmann. La maison du retour. Folio. Gallimard 2007. 289 p. extraits pages 74 et 270.
Cesare Pavese. Le métier de vivre. Folio. Gallimard. 1987.

dimanche, avril 19, 2009

C'est facile à danser


La mélodie du Bonheur 
do : le dos, qu'il a bon dos 
ré : rayon de soleil d'or 
mi : c'est la moitié d'un tout 
fa : c'est facile à chanter 
sol : l'endroit ou nous marchons 
la : là bas où nous allons 
si: c'est siffler comme un pinson 
Et nous retournons à do, do do do DO ! 

do : le dos, qu'il a bon dos 
ré : rayon de soleil d'or 
mi : c'est la moitié d'un tout 
fa : c'est facile à chanter



samedi, avril 18, 2009

Les remèdes d'aujourd'hui

"Mon doux trésor, je suis en train de te faire de bien stupides aveux et, à vrai dire, sans raison, à moins peut-être que ce soit la cocaïne qui me délie la langue."
S. Freud

L'interdit d'aujourd'hui fut remède jadis. En 1884, Freud s'intéresse aux propriétés et aux effets de la cocaïne, et en devient un fidèle utilisateur comme un ardent défenseur. A l'époque on l'utilise pour lutter contre la morphinomanie, et on la croit sans effets secondaires ni accoutumance. Aussi Freud, qui en expérimente les qualités toniques, la recommande largement, y compris à Martha, sa fiancée. Sous l'influence de ce « philtre moderne», il lui écrit des lettres enflammées et découvre, surtout, l'étrange pouvoir qu'il a de lui délier  la langue. «Le peu de cocaïne que j'ai pris me rend bavard, ma petite femme chérie... » Ce remède qui suscite une parole imprévue, non contrôlée, et dont le sens n'est pas parfaitement maîtrisé, peut être considéré comme la première clé qu'il utilisa ouvrant sur le « continent noir». La coca avait été découverte au Pérou par les conquistadors vers 1530, et ses premiers arbustes importés en France en 1750. En 1855, à force d'en broyer les feuilles, Gaedecke, un étudiant en pharmacie parvient à en isoler l'agent actif, un alcaloïde qu'il nomma érythroxyline, du nom latin de la coca : Erythroxylon Coca. A Göttingen, Nieman lui aussi broyait des feuilles. Lui aussi isola l'alcaloïde et il le baptisa cocaïne. Plus simple, plus sonore, plus dynamique, plus immédiatement compréhensible qu'érythroxyline, cocaïne s'imposa.  Avaient-ils prévu les conséquences de leurs actes? En quelques années, pharmaciens et chimistes tirent de la cocaïne des excitants, puis des anesthésiants, tous plus efficaces les uns que les autres. Le 12 octobre 1860, le président Lincoln devient l'un des premiers Américains à acheter, dans une pharmacie de Springfield (Illinois), un élixir à base de coca. En 1863 en Corse, Mariani commercialise son célèbre vin, infusé avec des feuilles de coca chargées à 6 grammes par once, soit un quart de gramme de coke pure dans une bouteille de 50cl. C'est la période de la folie cocaïne. Des célébrités y trouvent leur bonheur. Elles le font savoir : Edison, Jules Verne, Zola, le prince de Galles, le pape Léon XIII et bien sûr Freud, qui reniera par la suite ses déclarations enfarinées. Voila du beau monde derrière les barreaux s'ils étaient nés un siècle plus tard. 

Ne rions pas, l'interdit sourd de partout. Plusieurs personnalités et organisations, dont la Ligue des droits de l'homme (LDH), se sont émues ce 16 avril de la disparition de la pipe du célèbre personnage sur des affiches annonçant la promotion de la rétrospective Jacques Tati à la Cinémathèque de Paris. On y voit M. Hulot sur un Vélosolex, vêtu de son éternel chapeau, d'un pantalon trop court et d'un non moins éternel imperméable élimé. Mais sa pipe a disparu, remplacée par un petit moulin à vent. Métrobus, la régie publicitaire de la RATP et de la SNCF qui diffuse quelque 2.000 affiches, explique avoir voulu respecter la loi Evin, qui interdit toute publicité "directe ou indirecte" en faveur du tabac ou de l'alcool. L'ancien ministre Evin, son promoteur a réagi sèchement, trouvant qu'on en outrepassait l'esprit. La lutte antitabac y gagne peut-être, mais le patrimoine culture y perd certainement. Tout cela m'a donné l'envie d'une bouffarde, ce soir au coin du feu, ravi de braver la loi et les préceptes que j'enseigne. 
 
Lu dans :
Louise L Lambrichs. La Vérité médicale. Pluriel. Ed Robert Laffont. 1993. 470 pages. Extrait p.327
Comment Freud devint drogman, Paris, Navarin, 1983.
Lettre de Freud à Martha Bernays du 2 juin 1884. Voir aussi S. Freud, De la cocaïne, écrits réunis par Robert Byck, Bruxelles, Complexe, 1976.
La pipe de M. Hulot "censurée" sur des affiches. Nouvelobscom. 17.04.2009
 

vendredi, avril 17, 2009

Donner le jour

Magie des mots, magie des images : 
"Donner le jour" se traduit par "dare alla luce" en italien et "dar a luz" en espagnol, littéralement "mettre à la lumière".

Merci à Manu , qui complète ainsi mon récent "Ljosmodir", sage-femme en islandais ou mère-lumière. Et maintenant, admirons ce que Jérome Murat en fait sur scène, du pur bonheur.

Le gazouillis et l'épouillage

«Qui a fait quoi ?», « avec qui?»
Connaissez-vous Twitter et les tweets (gazouillis en anglais), ces messages courts, d'une longueur maximale de 140 caractères, circulant en permanence sur un outil de réseau social (Twitter) qui permet à l'utilisateur de signaler à son réseau "ce qu'il est en train de faire". Il est possible d'envoyer et de recevoir ces messages par Internet, par messagerie instantanée ou par messagerie numérique. Leur succès répond à l'ancestral besoin humain du commérage. Dans son livre Grooming, Gossip and the Evolution of Language ((Épouillage, bavardage et évolution du langage»), Robin Dunbar - professeur de psychologie à l'Université de Liverpool - montre que la population moyenne consacre environ deux tiers de ses conversations aux cancans. Le psychologue évoque « les rythmes naturels de la vie sociale ». Il compare les séances de commérages chez les humains à celles de l'épouillage chez les primates, pendant lesquelles les singes passent des heures à nettoyer la fourrure de leurs congénères. Chez les grands singes qui vivent en groupe, le but de ces échanges est de souder la communauté. Dunbar suggère que les humains, en évoluant, ont privilégié le langage à l'épouillage parce qu'il prenait moins de temps et permettait à l'individu de faire plusieurs choses à la fois. De nombreuses recherches vont dans le sens du commérage comme activité essentiellement positive et créant du lien: une étude a montré que, lorsque des individus s'adonnent aux ragots, seulement 5 % du contenu de leur conversation implique des jugements et des critiques négatives. Dans la majeure partie du temps, on s'interroge sur « qui a fait quoi ?», « avec qui?» et l'on partage des expériences sociales personnelles. Une autre recherche a découvert que seulement dix minutes de bavardages chaque jour étaient aussi efficaces pour stimuler la mémoire et la performance mentale que de faire des mots croisés. Pour apporter une contribution unique au patrimoine de l'humanité, j'ajouterai qu'à l'heure qu'il est (8h50) je suis chez moi, je me suis rasé, ai terminé mon café, un demi-journal et qu'il pleut: 22 mots, 113 caractères, le compte est bon. 
  
Lu dans :
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Le cerveau des génies. Ed. Les arènes. 2009. 325 pages. Extrait p.237
Robin Dunbar. Grooming, Gossip and the Evolution of Language. Harvard University Press. 1998. 242 pages.

jeudi, avril 16, 2009

La mère lumière

"Ljosmodir", sage-femme en islandais ou littéralement mère-lumière.
Daniel Tammer.

Certaines expressions issues de langues étrangères sont émouvantes et nous enrichissent. Une de nos belles-filles (en voici encore une, d'expression superbe, tellement plus parlante que l'antique "bru") consultait ce jour à Jo'burg son accoucheuse. L'heureux événement est programmé dans une dizaine de jours: on devine le foetus attendant la lumière du jour comme le marin l'aurore.

Lu dans.
Daniel Tammer. Embrasser le ciel immense. Le cerveau des génies. Ed. Les arènes. 2009. 325 pages. Extrait p.107 

dimanche, avril 12, 2009

D'ombre et de lumière

"C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre."
Edgar Morin


vendredi, avril 10, 2009

Les mobiles de la tendresse

"Les objets sortis des mains de Calder sont des tendresses en trois dimensions."
RP Turine

 
Lu dans :
Les sortilèges de Calder. Roger Pierre Turine. LLB. 03/04/2009.
Calder: Années parisiennes : 1926-1933. Centre Pompidou, rue Saint-Martin, Paris 3e. Jusqu’au 20 juillet, tous les jours, sauf le mardi et le 1er mai, de 11 h à 21 h. Catalogue. Infos : 01.44.78.14.63 et www.centrepompidou.fr

Un simple rattrapage

"Le bonheur de déguster un verre de Mission Haut-Brion 1975
le bonheur de lire et de relire une page des Géorgiques, de Virgile
d'écouter à l'envi un air adoré de Haydn
le bonheur de pouvoir contempler un paysage sauvage et jamais borné."
JP Kauffmann

De 1985 à 1988, au Liban, une vague d’enlèvements a frappé le monde occidental et particulièrement les Français, qui ont compté jusqu’à neuf concitoyens détenus à Beyrouth. Leurs souvenirs, récoltés dans un documentaire de France 2, tissent une amère réflexion sur les tractations d'état et le difficile retour à la liberté, "qui n'est pas vécu comme une victoire mais un simple et aléatoire rattrapage." Emouvant. 

Lu dans:
La maison du retour, Jean-Paul Kauffmann, Gallimard, Folio, 2008, 288 pages
Le temps des otages, France 2, 9 avril 09, Stéphane Khémis. 

mercredi, avril 08, 2009

L'être qui s'en va pour un autre (Levinas)

"Vieillir, c'est se retirer progressivement du monde des apparences."
Goethe

vendredi, avril 03, 2009

Sagesse du pardon

"Pardonner à quelqu'un, c'est libérer de la place dans son coeur."
JI'An

Une question m'habite en vous partageant cette pensée, à laquelle vous qui êtes de routes si diverses pourrez me répondre: le pardon , - le mot et l'attitude -, sont-ils génériques de la nature humaine ou plutôt de nature religieuse, auquel cas je l'aurais assimilé naturellement avec le lait maternel et le gateau de fruits. Le livre (une BD) dont je l'ai extraite, est superbe et à conseiller de 7 (et même moins) à 77 ans (et même plus). 
  
Lu dans :
La voie de la sagesse, tome 1 : Poussière de printemps. Ji An. Genre : Manhwa. Editeur : Xiao Pan. 2009. 
Trois épisodes de l'initiation d'un jeune garçon : Poussière, sur la voie du Chan, doctrine chinoise qui a donné au Japon les bases de la pensée Zen. Le Chan (du sanscrit Dhiana - méditation - plus connu sous le nom de Zen, qui est sa traduction en japonais) n'est pas à proprement parler une philosophie car il n'a pas son propre système de pensée, et il ne fait pas non plus référence à une religion. Il enseigne plutôt la méditation, la concentration de l'esprit, un état dans lequel il ne se laisse pas troubler par des éléments extérieurs.  Dessinée selon un mode traditionnel (encre, papier), chaque histoire permet au petit moine de découvrir une relation –simple- avec le monde qui nous entoure".

jeudi, avril 02, 2009

Les étoiles intérieures

"Tant que je peux observer mes propres étoiles,disait-elle,tant que je peux diriger mon esprit vers la comtemplation de tout ce que je veux voir réapparaître,les êtres et les choses,alors qu'importe le sol que foulent mes pas,qu'il soit carrelage ou aiguilles de pin."
R. Detambel

Lu dans
Noces de Chênes. Régine Detambel. Gallimard. extrait p 52.

mercredi, avril 01, 2009

Change

"Soyez le changement que vous souhaitez au monde."
Gandhi
Cité par :
Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC, prix Nobel de la paix 2007, "Changements climatiques : grand défi du XXIe siècle" (GCC, 31 mars 2009)

lundi, mars 30, 2009

La petite cale qui empêche la mise en route du destin

"Nul ne sait combien de fois par an, par semaine, voire par heure, il est témoin de faits qui représentent le préambule, l'épilogue ou un petit extrait d'un événement qui peut se terminer par une catastrophe à l'occasion mortelle, mais dont les éléments pris séparément sont tout à fait insignifiants. Notre incapacité à interpréter ces fragments nous protège de la culpabilité."
Juli Zeh
Lu dans:
La fille sans qualités. Juli Zeh. trad. de l'allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus. Actes Sud. Babel.2007. 660 pages. extrait p.70

dimanche, mars 29, 2009

Un avenir radieux

"Amour   chance    santé    maigrir
impuissance   protection     retour immédiat de l'être aimé(e)
succès en affaires et au travail       maladies inconnues ,
probèmes de famille ou d'amour
pas de problème sans solution
cent pourcents résultats garantis "
Professeur Soriba     medium voyant astrologue magnétiseur
 Sagesse des rebouteux, une médecine fondée sur l'épreuve


samedi, mars 28, 2009

A l'horizon des sillons

"Chacun a besoin d'accrocher sa charrue à une étoile."
Alain Houziaux
Où on retrouve les racines et les ailes,
la terre à labourer, le sillon qui se creuse, le goût du pain;
la ligne d'horizon, le regard et la pensée qui s'échappent, le goût du vin.

Lu dans :
Paraboles au quotidien. Alain Houziaux. Cerf. 1988
Et je serai pour vous un enfant laboureur. Gabriel Ringlet. Albin Michel. 2006. 22 pages. Exergue p.9

Quitter un monde bon

"J'ai appris une chose et je sais en mourant
Qu'elle vaut pour chacun:
Vos bons sentiments, que signifient-ils
Si rien n'en paraît en dehors?
Et votre savoir, qu'en est-il
S'il reste sans conséquences? [.. .]
Souciez-vous, en quittant ce monde,
Non d'avoir été bon, cela ne suffit pas,
Mais de quitter un monde bon!"
Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des abattoirs
Lu dans
Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des Abattoirs,L'Arche, Collection : Scene Ouverte, 1997

vendredi, mars 27, 2009

Il y a Schwarzenegger et Schwarzenegger

Il faut se garder des jugements hâtifs, fondés sur une image caricaturale parfois périmée: Philippe Lamberts, dont on connaît les penchants, me signale avec humour que  Schwarzenegger ne prend pas la révolution verte à la légère et peut donner à tous des leçons de changement en Californie dont il est gouverneur.

jeudi, mars 26, 2009

Entre le pain mou et le Perret dur

"Je crois qu'un des vrais dangers qui guettent le monde, c'est l'invasion du mou et du pré-moulé sous les formes sournoises de : hamburgers, baskets, Wonderbra, pantalons stretch, viennoiseries, gomme arabique, moelle de bœuf, balle anti-stress, bavarois industriels, gélatines colorées... "
Régine Van Damme
 ... mais je n'aime guère plus l'invasion de ces choses bien dures et tout aussi actuelles aux noms de Taser, Hummer, Browning, Schwarzenegger, Bren, Kalachnikov, Molotov, Drone, Zeppelin, Exocet, Scuds, Close Combat, Machette, Starfighter, Rafale, Mirage, Trinity, Fat Man et Little Boy. Elle n'est pas loin l'époque où on censurait les Zizis de Pierre Perret (le dur) tout en publiant en pleine page des pubs défendant "la FN, là où l'acier a le goût du pain" (le mou). Vinrent les Treets (devenus M&M's) qui "fondaient dans la bouche, pas dans main", un consensus (mou) sur lequel on peut s'entendre.

Lu dans:
Ma voix basse. Régine Van Damme. Escales du Nord. Le Castor astral. 2004. 170 pages. Extrait p.72

Les présents inutiles

"Présenter des noisettes à ceux qui n'ont plus de dents."
Dictionaire de l'Académie française.

La lecture des ouvrages les plus sérieux cache d'amusantes vérités, telle celle-ci qui résume le fait "d'offrir quelque chose à une personne dont il n'est pas en état de se servir, comme une jeune fille à un vieillard." 

mardi, mars 24, 2009

Les rencontres improbables

"Il y a Alzheimer et Parkinson qui font les cons sur un bateau: Parkinson saute à l'eau, qui reste à bord?"
Régine Van Damme
J'ai souri intérieurement dans le métro ce matin, imaginant l'improbable rencontre d'Aloïs Alzheimer, neuropsychiatre allemand et de James Parkinson, le foisonnant médecin, géologue, paléontologue et activiste politique anglais: "My name is Parkinson, Dr Alzheimer I presume". Las, il leur aurait fallu remonter l'horloge du temps, ce à quoi leur  médecine ne les avait pas (encore) préparés.

Lu dans 
Ma voix basse. Régine Van Damme. Escales du Nord. Le Castor astral. 2004. 170 pages. Extrait p.101

Une vie rêvée

"Toute vie racontée est par nature une vie rêvée."
 Alejandro Rossi


Peut-on se raconter sans valoriser certains faits au détriment d'autres, et finalement se construire un destin? Ce qui mène Rossi à baptiser sa dernière oeuvre non pas "roman" mais "vie imaginée", contrepoint à cette impression tenace qu'il a de vivre avec des papiers d'identité erronés, et que tout dans sa vie n'est que méprise et lui-même un usurpateur. Oeuvre prémonitoire, dans un monde où la p(m)aternité et la filiation se voient bouleversées par des avancées scientifiques sans précédent, devenues quotidiennes. En une seule journée de pratique (et de récit de mon épouse directrice dans l'enseignement secondaire) trois récits inimaginables il y a vingt  ans se croisent: un couple stérile fait un bref séjour dans un pays voisin où le don d'ovocytes est toléré, une jeune maman célibataire porte un bébé conçu sans père, une autre fait conserver soigneusement des paillettes de sperme congelé de son mari atteint d'une affection terminale. Et si le véritable défi à l'éthique du monde qui vient consistait à ne plus privilégier les origines, stables et reconnues d'une filiation bourgeoise, mais permettre à chacun de se construire avec des chances similaires par le simple fait qu'il est humain, de se forger un destin personnel dans lequel l'origine, la race ou le lieu de naissance feraient place au mérite individuel et à la capacité "d'être avec"? A se forger une personnalité en filiation aux être qui vous ont aimés, et non seulement engendrés? A se considérer comme mis au monde par étapes successives, par identification à des images parentales multiples et bienveillantes? A privilégier un devenir possible sur un passé castrateur, et où la notion de concevoir un enfant ne soit plus oeuvre de reproduction - horrible terme - mais invitation à se construire un projet propre? Que cette nouvelle éthique se fasse au prix de déchirements sociétaux et familiaux ne fait aucun doute, car elle remet en question la transmission des avoirs, des savoirs et des pouvoirs. Mais aussi des frontières et de nombre de privilèges issus du lieu de naissance: l'être humain est-il prêt à devenir un éternel sans-papiers sur terre? Utopie? Les faits sont tenaces et n'offrent aucune alternative plausible à l'élaboration joyeuse d'un nouvel art de vivre ensemble tenant moins compte des racines que des ailes, des certitudes héritées que des projets. Jamais autant que ces dernières années le présent n'est aussi vite devenu du passé, et c'est somme toute réjouissant. 

Lu dans:
Alejandro Rossi. Edén. Trad. de l'espagnol par Serge Mestre. Gallimard. 2009. 289 pages.

lundi, mars 23, 2009

Le temps perdu

"Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus."
     Barbara


La chanson mythique me parvient dans la voiture ce dimanche. Dehors le printemps en cette campagne brabançonne est superbe. Barbara, encore inconnue, chantait pour une première fois un texte de sa composition, enregistré en 4ème plage d'un disque 45 tours chez Odéon. Elle interprétait jusqu'ici d'autres méconnus, Brel et Gainsbourg. Tout cela me semble avoir soudain ce goût étrange venu d'ailleurs, d'une autre planète qui se serait éloignée de la Terre. Un jour aussi, nous connaîtrons cet engloutissement, et c'est heureux. Luc Ferry dans "la sagesse des mythes" raconte que la déesse Aurore, amoureuse d'un simple humain, un Troyen nommé Typhon, implore Zeus de conférer l'immortalité à son amant. Elle voit au fil des ans, Typhon se rabougrir jusqu'à n'être plus qu'un minuscule déchet qu'elle finit par jeter dans un coin, avant de le transformer en cigale. Il aurait fallu, comme Calypso le demanda pour Ulysse, offrir l'immortalité ET la jeunesse perpétuelle. Ulysse, sagement, refusa l'une et l'autre pour assumer sa condition d'humain, avec ses racines en Ithaque plutôt que la jeunesse éternelle dans une île de nulle part: "une vie de mortel réussie est préférable à une vie d'immortel ratée". Merci à Philippe Heureux qui me rappelle cette leçon de sagesse.

 Lu dans:
Dis, quand reviendras-tu. Barbara, Éditions Beuscher, Odéon, MOE 2324 M, 45t
Apprendre à vivre (2). La Sagesse des mythes, par Luc Ferry , Éd. Plon, 394 p., extrait. chap.1

dimanche, mars 22, 2009

Ce temps qui s'écoule comme eau dans le sable

"Je lis dans le marbre la saignée du temps."
Régine Van Damme
 
Les lectures de ce samedi printannier paisible ramènent dans leur filets quelques perles qui s'enfilent comme un seul collier de réflexions sur le temps qui s'écoule, insaisissable, prodigieuse machine à souvenirs sans cesse renouvelés. La nouvelle de Stefan Zweig "Le voyage dans le passé", écrite en 1929 et éditée par Grasset cette année, est allégorique en elle-même. Qu'un texte  intégré  modestement à un recueil  collectif paru à Vienne au début du siècle passé  puisse renaître près d'un siècle plus tard et se positionner en tête des ventes plusieurs semaines d'affilée, répondant par sa modernité de ton à une angoisse diffuse de notre monde actuel, interpelle: appartenir au passé et vieillir sont-ils synonymes? L'histoire âpre de ce couple séparé par un océan, un mariage et une guerre  tient en une centaine de pages et une phrase lucide: "Je compris alors que le passé ne se rattrape jamais." Phrase qui n'est pas reprise à Zweig mais à Karel Schoerman dont le dernier ouvrage sort ce mois chez Phébus: la constante de la fuite du temps ne se réduit ni à une époque, ni à une culture précises. Y répond en écho un peu désabusé le colloque sentimental de Verlaine, qui clôt et éclaire "Le voyage dans le passé": 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.
Te souvient-il de notre extase ancienne ?
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois tu mon âme en rêve? Non.
Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! C'est possible.
Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !
L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul VERLAINE, Fêtes galantes (1869) Colloque sentimental.

Lu dans:
Ma voix basse. Régine Van Damme. Escales du Nord. Le Castor astral. 2004. 170 pages. Extrait p.40
Le voyage dans le passé. Stefan Zweig. Grasset 2008. 175 pages. Traduction Baptiste Touveray , suivi du texte intégral allemand.
Cette vie. Karel Schoerman. Traduit de l'afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein. Phébus. 2009. 265 pages.   

samedi, mars 21, 2009

Publish or perish

 "Comme on ne pose jamais les bonnes questions
pourquoi aurait-on un jour les bonnes réponses?"
Miossec

"Tout était faux. Les patients supposés avoir testé des médicaments censés accélérer leur rétablissement postopératoire n'ont jamais existé. Les vingt-et-un articles scientifiques où étaient décrits les bienfaits de ces molécules miraculeuses n'étaient qu'un tissu de statistiques sans fondement. Mais, sur la foi de ces résultats frauduleux, des millions de personnes se sont vu administrer des molécules bien réelles, qui ont rapporté des sommes colossales aux compagnies qui les commercialisent, Pfizer, Merck ou Wyeth. Scott Reuben avait tout inventé. L'anesthésiste américain, auteur respecté de dizaines d'articles médicaux, a avoué la fraude. Non par remords. Mais parce qu'il a été démasqué : deux des résumés d'études qu'il avait produits en mai 2008 ont intrigué les services de santé du Baystate Medical Center (Massachusetts), où il était chef du service antidouleur. Le docteur Reuben n'avait pas l'autorisation de conduire ces essais. L'ampleur de l'imposture n'a pas tardé à être découverte. (..) La course aux honneurs, et aux crédits qui les accompagnent, est le moteur de ce type de comportement. Les "travaux" du docteur Reuben étaient en partie financés par Pfizer, qui en avait fait l'un de ses porte-parole lors de conférences scientifiques où ses interventions étaient rémunérées. Un représentant de la firme s'est dit "déçu d'apprendre les allégations envers M. Reuben". Ce dernier n'hésitait pas à défendre auprès des instances d'autorisation des médicaments l'usage de molécules qu'il testait sur ses patients fictifs... Dans l'attente d'éventuels développements judiciaires, cette affaire, comme à chaque fois qu'une telle imposture est dévoilée, conduit à s'interroger sur la fiabilité de l'édition scientifique, et en particuliers médicale. Selon l'adage bien connu "publish or perish", c'est en effet grâce à la publication dans les revues scientifiques que se construit une carrière. (..) Dans le cas du docteur Reuben, ce filtre a été gravement pris en défaut. Comment le système éditorial n'a-t-il pas été alerté, notamment par la productivité de M. Reuben ? Confiance abusive, et abusée ? Plusieurs études récentes montrent que nombre de chercheurs, à une moindre échelle, profitent des failles de ce système d'autorégulation - souvent considéré comme le moins imparfait. Le plagiat semble être une tentation forte, même si la pratique reste marginale. Une étude conduite par des chercheurs de l'université du Texas, et publiée dans la revue Science le 5 mars, a ainsi permis d'identifier 212 paires d'articles dupliqués à 86,2 %, mais signés par des auteurs différents. Contactés, les plagiaires ont réagi diversement : 28 % ont nié s'être mal conduits ; 35 % ont admis avoir effectué des emprunts, et s'en excusaient ; 22 % ont prétendu être des coauteurs non impliqués dans la rédaction ; 17 % disent avoir ignoré que leur nom figurait dans l'article incriminé. La moitié des cas de plagiat signalés aux journaux scientifiques n'ont pas reçu de réponse de la part des éditeurs. Une autre étude, parue le 13 février dans le British Medical Journal, montre que certaines revues facilitent, inconsciemment ou non, la publication de travaux financés par l'industrie pharmaceutique. Passant au peigne fin 274 études sur les vaccins grippaux, Tom Jefferson (Cochrane Vaccine Field, Italie) a constaté que celles qui paraissaient dans les journaux considérés comme les meilleurs n'étaient pas forcément les mieux conçues et les plus pertinentes. Ce qui faisait la différence, c'était la nature du sponsor de l'étude. En clair, les grosses firmes pharmaceutiques ont plus de chance de voir les travaux qu'elles financent publiés dans les journaux de haut rang. "Les sponsors industriels commandent un grand nombre de tirés à part des études qui valorisent leurs produits, assurant eux-mêmes la traduction. Ils achètent aussi des espaces publicitaires dans ces journaux. Il est temps que ceux-ci dévoilent leurs sources de financement", note M. Jefferson. Suspectée d'instrumentalisation, l'édition médicale est parfois aussi critiquée pour ce qu'elle ne publie pas. Une étude mise en ligne, le 17 février, par la revue PLoS Medicine montre que les études cliniques françaises de phase 1 - destinées à évaluer la toxicité d'un candidat médicament - ont une probabilité très faible d'être publiées dans des revues scientifiques : 17 %, contre 43 % pour les études de phase 2 à 4, plus proches de la commercialisation. Or, même s'ils se sont révélés négatifs, les résultats de phase 1 ne sont pas négligeables : on peut en tirer des enseignements sur les molécules testées, et éviter à d'autres de s'engager sur de fausses pistes."
  
Lu dans:
Ma voix basse. Régine Van Damme. Escales du Nord. Le Castor astral. 2004. 170 pages. Extrait p.7
A Medical Madoff: Anesthesiologist Faked Data in 21 Studies. Scientific American. 10 mars 2009.
Un "Dr Madoff" de la pharmacie. Hervé Morin. Le Monde du 20 mars 2009

vendredi, mars 20, 2009

Un pays qui meurt

"C'est triste un pays qui meurt. Surtout celui-là, villageois et universel, avec sa bâtardise flamboyante, sa capacité à rire avec lui-même, lumineux comme un sourire de Cécile de France et âpre comme un poème de Verhaeren."
JA Fralon

 
Il faut parfois recevoir le regard des autres sur soi pour se découvrir, telle cette description que fait de notre pays l'ancien correspondant en Belgique du Monde.

Lu dans:
La Belgique est morte, vive la Belgique. José Alain Fralon. Ed. Fayard 202 p.  

mercredi, mars 18, 2009

La vie sourd de partout

"Le soleil, pas plus que la nuit, ne peut se regarder."
G. Thinès
 
Aperçue ce matin, une coulée de crocus illuminait le parc forestier proche de mon domicile. Le printemps soudain s'annonce, timide, fait d'ombres et de lumières colorant de tons pastels ce qui fut jadis le premier cimetière d'Anderlecht.  Tout y est nuances en ce mois de mars, rien qui soit définitif : une pâle chaleur, un ciel d'un bleu timide, une végétation qui envoie quelques fleurs fragiles en estafettes pour voir si on peut déjà y aller, ou s'il vaut mieux attendre. Toutes choses qui, à la différence de la phrase de Thinès, se laissent regarder avec ravissement. La vie qui sourd de partout est de retour. 

Lu dans:
Madame Küppen et l'autre monde. Georges Thinès. L'âge d'homme. 2007. 165 pages. Extrait p.118

mardi, mars 17, 2009

Une étincelle dans l'éternité

« Toute rencontre est une étincelle dans l’éternité. »
Proverbe Zen.
... "une traînée d'argent rapide comme celles étoiles filantes", complète Luc Dietrich. "Puis un jour, on ne sait pourquoi, leurs yeux tombent dans l'ombre et on ne les revoit plus jamais." Ce qui faisait dire à Pindare (518-438 av JC) que "l'homme n'est que le rêve d'une ombre". Pas top, diraient nos grands enfants, tu n'as rien de plus drôle?  Il me plaît pourtant d'imaginer que chacune de nos rencontres suscite des étincelles.
 
Lu dans :
Luc Dietrich. Le bonheur des tristes. Editeur : Le Temps qu'il fait. 1935 (19 mai 1998). 209 pages
Pindare. Pythiques VIII, v. 95-96.

La distance abolie

"Progrès: distance de plus en plus brève entre les choses qui s'inventent et les mêmes qui s'éventent."
Albert Brie
Une demi heure de conversation au coin du feu avec Aline et Benoît à Johannesbourg sur Skype. Par la caméra, découverte de la future chambre du bébé, comme si nous y étions. La distance abolie. 
Michèle et Vincent ont bien reçu par la poste ce 15 mars notre carte de voeux envoyée du Cap le 26 décembre. La distance rétablie.
Tout change. Rien ne change. Tout se transforme.
 
Lu dans:
Le mot du silencieux, Dictionnaire du marginal. Citations de Albert Brie

lundi, mars 16, 2009

Une phrase en moins

"Une phrase en moins, et ça fera l'affaire."
Sagesse de blogueur
Derrière la formule brève, l'idée monolithique, le titre-choc se cache parfois ce qui les colore et leur donne toute leur saveur. Parfois un simple déplacement de virgule ("To ber or not to be, that's the question" devient dans sa formule originelle "To or not, to be that's the question"), parfois un contre-sens ("qui dort dîne" pour "qui dort, dîne" - celui qui loue un lit pour la nuit est tenu de prendre aussi le repas). Le célèbre "La France ne peut accueillir toute la misère du monde" de Michel Rocard se révèle quand on en connaît sa suite "mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part" (1989), tout comme la maxime de Marx désignant la religion comme "l’opium du peuple". Amin Malouf, laïc de conviction, rappelle que son auteur, sans dérision ni dédain, entendait par là qu’elle était "le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur, l’âme d’un monde sans âme". 


samedi, mars 14, 2009

Déjà l'altermondialisme, Eluard

"Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci."
Eluard
 Lu dans :
Du Corps. André Comte-Sponvielle. PUF. 2009. 335 p. Extrait p.10

vendredi, mars 13, 2009

La source qui fait son travail de source

 " ... la source qui fait modestement son travail de source
mais va rejoindre    par de très longs chemins
l'océan Atlantique

le bruit très bas   à peine si on l'entend
d'une mélodie encore suspendue     que les doigts
du musicien effleurent   invertains      sur le clavier
inventant à tâtons de l'oreille       la suite de l'air naissant
qui cherche à s'achever   à s'accomplir      Il chante enfin

Claude Roy, Kerdavid, samedi 22 août 1992

 
Que j'aime cette source-là, et cette mélodie-là.

  
Lu dans: 
Claude Roy , Les pas du silence, Gallimard, nrf, 1993, 270 p., extrait p.157

jeudi, mars 12, 2009

Eloge du vide

« Les vases sont faits d'argile, mais c'est grâce à leur vide que l'on peut s'en servir »
Laozi (ou Lao-tseu)
 
Après l'éloge du rien, l'éloge du vide, dont le mystère reste entier au point que le Centre Pompidou en expose une rétrospective (jusqu'au 23 mars), prenant la forme d'une succession de huit salles entièrement vides d’une blancheur virginale, poussant au plus loin les investigations jusqu’au risque de l’absence d’art. L’expo sera ensuite montrée à la Kunsthalle de Berne du 10 septembre au 11 octobre. Combien de camions pour le transfert? Le hasard des lectures d'une journée me fait enchaîner cette information culturelle par un extrait de Comte Sponville qui écrit "qu'on ne choisit pas ses goûts, mais pas non plus son époque. La mienne, d'un point de vue artistique, me révoltait."  C'est pensif que j'ai entamé ma tournée. 

Lu dans:
Vides. Une rétrospective. Centre Pompidou, Paris. Jusqu’au 23 mars. De 11 à 21h. Fermé mardi.
Du Corps. André Comte-Sponvielle. PUF. 2009. 335 p. Extrait p.10
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Une très vieille petite fille

"Maintenant je suis une très vieille petite fille. Vous, il me semble que vous avez grandi, je me trompe?"
Michèle Lesbre


La femme qui parle est très très âgée, et s'adresse à une jeune amie qui revient d'un long voyage à la recherche d'une personne aimée et perdue. Elle se décrit, "petite fille, je vivais dans la folle attente de la vie. Je croyais qu'un jour, brusquement, la vie allait commencer, s'ouvrir devant moi, comme un lever de rideau, comme un spectacle qui commence. Il ne se passait rien , et il se passait des quantités de choses, mais ce n'était pas ça, on ne pouvait pas dire que c'était la vie, et il faut croire  que je persiste à être une petite fille car je continue à attendre cette vie qui va venir."  On croit relire Romain Gary et son héros passionné de cerfs-volants « …j’avais sous mes yeux l’exemple d’un homme mûr ayant su conserver en lui cette part  de naïveté que ne devient sagesse que lorsqu’elle vieillit mal.» L'ami perdu de Michèle Lesbre fabrique, lui aussi, curieuse coïncidence, des cerfs-volants pour tous les gosses de son village sibérien. L'une et l'autre réfutent la trop utilisée formule "vous avez toute la vie devant vous, mais c'est quoi toute la vie?" car "il est parfaitement évident qu’un homme qui a voué toute sa vie aux cerfs-volants n’est pas dépourvu d’un grain de folie. Seulement se pose ici une question d’interprétation .Il y en a qui appellent çà « grain de folie », d’autres parlent aussi d’ « étincelle sacrée ». Il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre. Mais si tu aimes vraiment quelqu’un ou quelque chose , donne-lui tout ce que tu as et même tout ce que tu es , et ne t’occupe pas du reste … Il y eut sur sa grosse moustache un rapide passage de gaité . »  (Romain Gary) 

On termine sur Nâzim Hikmet, et son superbe "Nous sommes au bord de l'eau, le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie. L'eau est fraîche, le platane est immense, moi j'écris des vers, le chat somnole, nous vivons Dieu merci, le reflet de l'eau nous effleure, le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie." Zou. La journée est déjà finie. Je n'ai pu quitter sans le terminer ce dernier ouvrage de Michèle Lesbre, dont j'avais entamé la lecture ce matin dans le métro. J'y ai voyagé de surprise en surprise en y découvrant plusieurs références littéraires connues et aimées, éveillant plein de souvenirs d'anciennes lectures, de Milena (morte à Ravensbrück, amie de Kafka, Lettres à Miléna) à Claude Roy, Camille Claudel ou Olympe de Gouges (Déclaration des droits de la femme, découverte dans Ziegler la semaine passée). Quand une journée se lève sans soleil et sans projet particulier, essayez la lecture. 

Lu dans:
- Le canapé rouge. Michèle Lesbre. Sabine Wespieser Editeur. 2007. 150 p. extrait p.102
- Les cerfs-volants. Romain Gary. Folio 1467. 1983. 384 p. extraits p. 17 et p. 30  (merci à  Anne Weerens pour les extraits de Romain Gary)

mardi, mars 10, 2009

Il était plus que lui, il était un peu moi (Bécaud)

"La véritable amitié est peut-être le sentiment le plus désintéressé qu'il y ait. L'amour en général n'est pas désintéressé, l'amitié oui."
Dino Buzzati
La même journée voit se succéder la lecture de cette phrase de Buzzati et le récit d'une patiente, adepte de scrapbooking, heureuse comme tout de s'être trouvée enfin, à plus de cinquante ans, UNE amie avec qui tout partager, se payer des fous-rire, partir faire du lèche-vitrine à la rue Neuve, lire les mêmes livres et écouter les mêmes disques. Diverses circonstances l'ont privée de cette expérience durant l'enfance et l'adolescence. Elle s'est mariée (merci tout va bien de ce côté), deux enfants mariés et aimants, un métier épanouissant, le confort matériel suffisant pour bien vivre. Et maintenant, une amie. Elle se raconte sans détours, toute heureuse de ce qui lui arrive, et paraît rajeunie de trente ans. Et si l'émerveillement venait de l'inattendu, du non-espéré qui prend forme, de cette couleur soudainement neuve du fond de l'air qui vous fait réenchanter le monde. Un effluve neuf dans l'habituel d'une existence et le décours des années soudain s'inverse. 

Lu dans
Charles Juliet. Ces mots qui apaisent. P.O.L, 2008, 231 p, extrait p.78

dimanche, mars 08, 2009

Les circonstances ne s'y prêtent pas

"Etre bon, qui ne le voudrait ?
Mais sur cette triste planète,
Les moyens sont restreints,
L'homme est brutal et bas.
Qui ne voudrait par exemple être honnête?
Les circonstances s'y prêtent-elles?
Non, elles ne s'y prêtent pas."
Bertolt Brecht, Chant de Peachum, L'Opéra de Quat'Sous


"À l'aube du 11 mai 1996, deux alpinistes japonais et leurs trois sherpas sortent de leurs minuscules abris accrochés sous une arête de la face nord de l'Everest. Ils se trouvent à une altitude de 8 300 mètres. Leur but: réaliser l'ascension du massif (8 848 mètres d'altitude) par la face nord. Pour parcourir les 548 mètres de dénivellation et les 1 500 mètres de distance, ils prévoient un maximum de neuf heures (descente comprise). Le calcul est serré: s'ils veulent survivre, il faut qu'ils soient de retour avant la nuit au camp numéro 3. Les conditions sont extrêmement difficiles. La tempête s'est levée. Ils commencent la montée. Au-dessus d'un escarpement rocheux, à la cote 8500, s'élève un promontoire. Là, dans la neige, à quelques centimètres de leur voie d'ascension, les Japonais et les sherpas népalais aperçoivent un alpiniste indien blessé, épuisé, et partiellement gelé. Mais il parle encore. Les Japonais ne s'arrêtent pas et poursuivent l'ascension. Plus tard dans la matinée, à 8630 mètres d'altitude, une pente verticale, un rocher couvert de glace de 30 mètres d'à-pic, les arrête. Ils remplacent leurs cylindres d'oxygène et mangent un morceau. En tournant la tête à droite, le premier Japonais découvre deux autres Indiens. L'un est couché. Il agonise. L'autre est simplement accroupi dans la neige. L'expédition japonaise poursuit sa montée. Aucun de ses membres n'aura tendu ni nourriture, ni bouteille d'oxygène au survivant. Aucun mot n'aura été échangé. Juste des regards. Trois heures et demie plus tard, les cinq grimpeurs, après des efforts surhumains, atteignent le sommet de l'Everest. À leur retour, les sherpas népalais parlent. Ils sont sous le choc. Dans une expédition en haute montagne, comme en haute mer, le capitaine commande, les autres obéissent. Mais les sherpas ne peuvent oublier les yeux suppliants des Indiens abandonnés. Un débat public s'engage alors en Inde et au Japon. Les journaux font les gros titres sur l'événement. Tant en Inde qu'au Japon, la conduite des alpinistes japonais est sévèrement critiquée. Ceux-ci organisent alors une conférence de presse pour se défendre. Le porte-parole de l'expédition, Elsukhe Shigekawa, âgé de 21 ans, explique: Nous escaladons ces grands sommets par nous-mêmes, au prix d'un effort qui nous appartient en propre. Nous étions trop fatigués pour apporter de l'aide. Au-dessus de 8000 mètres, on ne peut pas se permettre d'avoir de la morale."

L'analogie avec les situations concrètes vécues quotidiennement par les prédateurs du capital mondialisé saute aux yeux. À partir d'un certain volume d'affaires, les dirigeants d'un empire financier, d'une société transcontinentale ne peuvent se permettre d'agir selon la morale. Leur progression constante, la survie et la constante extension de leur empire exigent une conduite totalement amorale."

Commentaire 
Je m'en voudrais de ne pas compléter l'extrait de Ziegler du commentaire suivant, que je trouve fort pertinent. Jean Ziegler n'est sans doute pas alpiniste, ni plongeur, moi non plus. Qu'aurions-nous fait dans de pareilles circonstances? Juger à distance, et sans avis contradictoire, n'est sans doute pas une fort bonne idée. 

Denis a écrit :
Hum. Ce me semble nettement plus compliqué que cela, cher Carl. En effet je te rappelle que récemment une équipe de secours (péruvienne sauf erreur, peu importe) a été obligée de laisser mourir sur place un alpiniste plutôt que de tenter de l'emmener, ce qui était, selon eux, physiquement impossible. Je souligne équipe de secours, partie pour aider une cordée andine (italienne) en perdition. Je ne t'apprends rien en signalant que je suis plongeur (certes modeste mais nanti de quelques diplômes), discipline très proche de l'alpinisme. C'est peut-être dur, mais si un camarade de plongée "dévisse" à 40m et plonge vers les 50/60m, le suivre pour l'aider porte un nom: suicide. Idem s'il part comme un boulet de canon vers le haut. Cela se trouve repris à foison dans tous les manuels, parce que, même si cela n'arrive que très rarement (la plongée de loisirs est bien moins dangereuse que l'alpinisme himalayo-andin), il faut y être prêt. Ce qui est certes choquant ici c'est qu'ils aient poursuivi leur escalade... mais porter un blessé? Ils ne seraient jamais revenus, selon toute probabilité (je dis probabilité parce que je ne suis pas alpiniste, aux experts de se prononcer). A 8000 mètres avec l'hypoxie c'est quasi impossible. Bien à toi. Denis

Lu dans:
  • Les nouveaux maîtres du monde. Jean Ziegler. Points. Fayard. 2002. extraits p.91,  pp 101 à 103
  • L'Opéra de quat'sous (Die Dreigroschenoper), Chant de Peachum, Bertolt Brecht et Kurt Weill, 1928.
  • Le récit détaillé de l'ascension est fourni par Richard Cowper et publié dans le Financial Times de Londres. Il a été repris et traduit par Le Monde, 26-27 mai 1996. L'ascension de l'Everest au mépris de la vie humaine.

Art et réalité

"L'art ne copie pas la réalité, mais la rend visible."
Paul Klee
et pour ne pas oublier un hommage à toutes les femmes dont on célèbre la journée , cette vidéo découverte

samedi, mars 07, 2009

Haiku glané à la Foire du livre

"Rien qui ne m'appartienne sinon la paix du coeur et la fraîcheur du ciel."
Kobayashi Issa

Le moment du passage

Vient de paraître.  Il n'est pas à La foire du livre (snif), mais disponible sur le Web: l'année 2008 d'Entre café et journal a pris la forme d'un petit opuscule sans prétention, mais qui nous permet de rédécouvrir sous une forme différente ce qui fit notre quotidien en 2008. Année étrange, d'où le titre. Doté d'un ISBN (978-1-4092-4838-5), il est en théorie disponible dans les bonnes librairies sur commande, chez Lulu et les autres maisons de diffusion en ligne. Les frais d'envoi attteignent hélas le tiers du prix de vente, aussi en ai-je gardé quelques-uns à disposition chez moi si l'un ou l'autre souhaite offrir un cadeau original, peu de risque en effet que l'élu l'ait déjà. Signalez-moi votre adresse postale et je vous l'enverrai volontiers (10€, à prix coûtant, frais d'envoi inclus, contre 15€ + 5€ en commandant en ligne).  

Support independent publishing: buy this book on Lulu.

vendredi, mars 06, 2009

Eloge de rien

"Le rien est toujours parfait, le quelque chose a toujours ses défauts."
Fritz Zorn
Le Rien, et son jumeau l'Infini, fascinent. Si un rien l'habille, une fille de rien vous fera volontiers la bise (ou plus si affinités comme dans les petites annonces Rencontre) pour deux fois rien, sachant que deux fois rien c'est déjà quelque chose (R. Devos). Un anonyme a écrit il y a trois siècles un "Eloge de rien dédicacé à personne", et on le réédite encore aujourd'hui. Peut-on dans ses conditions encore croire en quelque chose? 
 
  
Lu dans
Fritz Zorn. Marz. 1977. 1979 pour l'édition française (Mars) parue chez Gallimard. NRF. Du Monde entier. 

jeudi, mars 05, 2009

Un au-delà si proche

"L'homme peut être un nain quand il pense, mais un géant quand il rêve."
Holderlin, cité  par Pierre Mertens


Joli, proche de la phrase cueillie au vol d'une conférence de Jean Christophe Rufin lundi soir qui croit "fermement à un au-delà dans le présent, un domaine situé non pas après la vie mais derrière elle. Qu’on l’appelle le rêve, l’imaginaire, la création, il existe et je le fréquente assidûment."  Je vous souhaite vivement quelques moments dans votre au-delà illimité aujourd'hui. 

Lu dans
Le remède? La création. Camille Perotti. La Libre Belgique. 5.3.09. p.20

mercredi, mars 04, 2009

Des oxymorons et autres plaisirs minimes

"On me montre dans le foyer un "mange-debout" ! C’est ainsi qu’on semble appeler ces tables hautes, faites pour y déposer l’assiette ou le verre lors de réunions où l’on se tient debout. On trouve sur les sites de vente des tables mange-debout, des tabourets mange-debout."
J. Mercier
 
On s'amuse de peu lors du petit déjeûner, mais l'expression "tabouret mange debout" m'a fait sourire ce matin. J'avais jusqu'ici bien assimilé la notion de tabouret, petit siége à quatre pieds sans bras ni dos, exemple parfait d'un utile accessoire conçu pour s'asseoir dessus. Un détour par le dictionnaire m'apprend que par extension on nomme ainsi un petit meuble pour poser les pieds quand on est assis, ce qui devient franchement acrobatique dans le cas d'un "tabouret mange-debout". On peut imaginer toutes les positions du Kamasutra, on n'y arrive pas: ce néologisme surprenant, associant un couple de mots incompatibles comme le sont "réalité virtuelle", "force tranquille", "changement dans la continuité" ou "développement durable" demeure pour moi une trouvaille décidément amusante. Des sociologues ont vu dans la multiplication de ces oxymorons un marqueur du passage du 20ème au 21ème siècle, significatif de l'emprise croissante des publicistes et les spécialistes de la communication, passés maîtres dans l'art de travestir les contenus, les sens et les significations. Les signifiants sont vidés de leur sens premier, naturel, instinctif. Dans le cas présent, on nous explique doctement "que de nombreuses relations amicales naissent parmi des personnes qui se retrouvent autour de la même table ou tabouret mange debout lors d’un événement. Ces derniers ne sont donc pas seulement des objets très pratiques, mais aussi les déclencheurs de la communication humaine." Jusqu’à ce matin inconnus, ils prennent une valeur sociale incroyable. Surprises du langage, d'un amusement fugace, nous voilà plongés tôt le matin dans une réflexion sur la société. En voiture Simone, au boulot. 

Lu dans
Le mange-debout. Jacques Mercier. La Libre Belgique. Monsieur Dico.

mardi, mars 03, 2009

Le fort et le faible

"Ce sont souvent ceux qui apparaissent comme les plus faibles qui survivent."
Jean-Marie Pelt
  
"Ce sont parfois des champignons microscopiques qui assurent la survie d’arbres géants. La nature n’est pas qu’une histoire de prédation, mais aussi d’entraide et de coopération, qui remettent en cause les idées de faiblesse et de force. Parfois, ce sont aussi les prédateurs qui sont mangés par leur proie. Sur le bord d’une mare, un chercheur a constaté que des milliers de crapauds de taille adulte mourraient, aspirés dans la boue. En fait, ils étaient mangés vivants par des larves de taon, qui leur suçaient le sang jusqu’à la mort. Par un curieux retournement de situation, des larves d’insectes sont devenues des prédateurs de crapauds. Les mêmes qui se nourrissent des taons qui naîtront des larves." 

Lu dans:
Jean-Marie Pelt. La raison du plus faible (avec Frank Steffan). Fayard. 249 p.

dimanche, mars 01, 2009

Comment l'araignée tisse sa toile




Tremblement de soleil

"Dans le vague, dans un courant d'air, dans un tremblement de soleil, on peut capter une poussière rêveuse qui nous mènera où nous n'aurions jamais pensé aller."
Charles Dantzig.

 
On eut droit à un tremblement de soleil ce matin au lever du jour: tout espoir est permis.
  

Lu dans:
Charles Dantzig. Encyclopédie capricieuse du tout et du rien. Grasset 2009. 

vendredi, février 27, 2009

L'ivresse des cîmes

«Une fois que devenu Monarque il eut atteint les sommets, il ressentit l'ivresse des cimes, cet air raréfié qui chamboule jusqu'aux plus avertis, et là, dans cette contrée où rien ne pousse, si pelée, si glaciale, il se concentra sur lui-même en effaçant le monde, non point par la pensée car il en ignorait les ressources, mais par le puissant désordre de ses actes.»
Patrick Rambaud


On retrouve les accents de ce court texte qui parlait des "sommets extrêmes, là où ne survivent que les reptiles et les rapaces" (référence perdue, snif). Patrick Rambaud poursuit, à la manière des Caractères de La Bruyère, sa description littéraire de la France des années blingbling. 

 Lu dans:
Patrick Rambaud. Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier. Grasset & Fasquelle. 176 p. 2009. 

Bonheurs possibles

"Il est séparé de tout et uni à tout.
Impassible et d'une sensibilité souveraine.
Déifié, et il s'estime la balayure du monde.
Par-dessus tout, il est heureux.
Divinement heureux."
Évagre le Pontique.
 
Lu Dans
Les mille nécessaires. Jean Michel Varenne. Dangles. 2000. 160 p. Extrait p.147

mercredi, février 25, 2009

Iles de silence dans le temps enfoui

"Sont féminins (ndlr. en latin) femmes et villes,
arbres, pays et les noms d'îles ."
 D'un refrain mnémotechnique de la classe de latin.

 Comme Marie Rouanet, j'aime "la douce chair des villes, le fil des trottoirs, les passages piétons, les magasins qui ont plusieurs entrées sur des rues différentes, les places et les statues, les vitrines", et par-dessus tout les cimetières, les musées et les églises, ces "îles de silence qui permettent de marcher dans le temps enfoui" sous la cité. Après trois ou quatre jours de repos au vert, j'aime plus que tout retrouver Bruxelles et ses quartiers à nul autres pareils: ils sont mes vraies vacances. 


Lu dans
Marie Rouanet, Dans la douce chair des villes. Payot, 2000, 192 p, extraits  p. et p. 19. 

mardi, février 24, 2009

Ne dites pas à ma mère que je joue à Boston...

"Celui qui est le même à l'égard de l'ami et de l'ennemi, et ainsi qu'à l'égard de l' honneur et du déshonneur, qui demeure dans le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, libre d'attachement, égal dans le blâme et la louange, silencieux, content de tout - quoi qu'il arrive -, sans demeure fixe, la pensée ferme, plein de dévotion: cet homme m'est cher."
Bhagavad-Gîtâ, XII, 18- 19


Un violoniste perdu dans le métro de Washington, en janvier. Musicien de rue, il joue pour quelques pièces, en quête d'un peu d'attention. Un millier de personnes, passent, se bousculent, ne s'attardent guère. Il fait froid et il joue sans partition depuis trois quarts d'heure: Bach, Schubert, Ponce, Massenet. Sept personnes se sont arrêtées un court moment, un enfant de trois ans s'est attardé admiratif, une femme lui adresse un mot aimable à la fin. Quelques maigres dollars lestent la housse de son stradivarius (1713) de 3,5 millions de dollars, que Joshua Bell remballe avec précaution. Hier il jouait les mêmes morceaux à Boston devant une salle comble, à cent dollars la place, il a  occupé les plus belles scènes du monde et accompagné de prestigieux orchestres, mais la beauté sortie de son cadre est-elle soluble dans un environnement inapproprié? Et chacun de nous demain, combien d'instants superbes croiserons-nous sans même nous y arrêter? 

Lu dans:

samedi, février 21, 2009

L'éclipse

 L'Éclipse

Derrière l'Arc-En-Ciel
Se cache le Soleil,
Dans de lointains horizons,
Couleur passion.

Tel un phénomène
Qui n'arrive que très rarement,
Regardez au ciel,
L'Éclipse au firmament.

C'est la désolation...
Une ignoble trahison...
Telle une bombe
Qui fait éclater la maison,
Me brisant le cœur
Et mettant un terme à mon union.

Comment puis-je croire à un vrai bonheur,
Puisqu'elle possède la clef de son cœur ?
À quoi bon rester là et attendre,
Puisque le glas c'est fait entendre ?

La noirceur s'est emparée de mon âme
Et je n'ai que des idées infâmes.
Je ne sais plus ce qu'est la vérité,
Comment fera-t-il pour me l'avouer ?

Où il y a danger, il y a risque,
Tout comme le Soleil et l'Éclipse.
La vérité pourrait-elle l'aveugler ?
Mais qui de nous sera le premier ?
Est-ce le Soleil, ou l'Éclipse éplorée ?

Il n'y a pas d'avenir dans le passé,
Je ne crois plus au futur, désolée.
Les aiguilles ont tourné...
Le temps s'est arrêté...

C'est maintenant l'heure de faire le point,
Marcherons-nous encore sur le même chemin ?
Toi et moi, main dans la main ?
Ou chacun de notre côté, le regard au ciel ?
Toi, le Soleil, moi l'Éclipse, au gré de l'Arc-En-Ciel ?

Quoi qu'il adviendra de nous,
Le monde entier s'en fout,
Mais dans mon âme et dans mon cœur,
J'espère toujours le parfait bonheur...

Patricia Laroche
Merci à Michel Vasteels qui me communique le texte dont est extrait la phrase d'hier.

vendredi, février 20, 2009

Un passé anonyme

"Il n'y a pas d'avenir dans le passé."  
 
Désolé pour l'absence de référence, j'ai lu la phrase hier et ne sais plus où. Elle reste belle tout de même.

  

jeudi, février 19, 2009

Rencontre du soir

"J'ai pris l'habitude, à tout instant, en dehors des lectures suivies, de tirer un livre au hasard pour une demi-heure de loisir, et de lire, d'entrer en contact avec un esprit du passé, ne fût-ce qu'un instant. J'ai vécu dans le commerce quotidien d'une élite de penseurs qui ont eu une vie autre que la mienne, d'autres formations, d'autres goûts, d'autres tendances, d'autres partis pris, d'autres vérités. La multiplicité de ces lectures diverses m'a assoupli l'esprit. À leur donner raison tour à tour, parce que je comprenais leurs points de vue, j'ai gagné une extra-ordinaire tolérance, j'ai perdu certaines assurances d'ignorant, j'ai beaucoup compris, et j'ai jugé de tout avec plus d'impartialité."
Roger Martin du Gard



mercredi, février 18, 2009

Crise funeste, crise heureuse

 "Crise heureuse. Crise funeste. Une opinion astrologique et fausse a attribué une influence à la lune sur les crises. Après cela nous [la terre] pouvons bien prétendre à envoyer des influences à la lune et à donner des crises à ses malades. "
Bernard le Bouyer de Fontenelle, Mondes, 2e soir.


Pour sauver les banques, en quelques mois, les chefs d'État des pays les plus riches ont été capables d'organiser plusieurs Sommets et de mobiliser plus de 2300 milliards d'euros. Mais qu'a-t-on fait pour sauver la moitié de l'humanité qui vit dans la pauvreté? Pratiquement rien. Pourtant, selon les Nations unies, avec un montant cinquante fois moindre, on pourrait fournir de l'eau potable, une nourriture équilibrée, des services de santé et une éducation élémentaire à chaque habitant de notre planète.
(Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dans son rapport annuel de 1998, selon lequel il suffirait de 40 milliards de dollars pour éradiquer la grande pauvreté dans le monde).
 

Lu dans
Ignacio Ramonet. Le Krach parfait. Crise du siècle et refondation de l'avenir. Galilée. 2008. 145 p. extrait p.29

mardi, février 17, 2009

L'immensité de ce qu'on ne possède

"Quelle étrange chose que la propriété, dont les hommes sont si envieux! Quand je n'avais rien à moi, j'avais les forêts et les prairies, la mer et le ciel ; depuis que j'ai acheté cette maison et ce jardin, je n'ai plus que cette maison et ce jardin."
Alphonse Karr 

lundi, février 16, 2009

Toucher le ciel

"Poser le doigt sur un corps humain, c'est toucher le ciel."
Novalis
 ... ciel tourmenté de nuages bretons, ciel bleu andalou, ciel gris de gris, ciel de brouillard, ciel de soleil, ciel d'orage, ciel de coucher de soleil, ciel d'aube, ciel d'angélus de midi, ciel d'horizon de mer. Poser le doigt sur un corps humain, c'est entrer à la fois dans une histoire et dans un paysage. 

Lu dans
Charles Juliet . Ces mots qui nous nourrissent et nous apaisent. P.O.L.2008, 235 p., extrait p.107 

dimanche, février 15, 2009

De l'eau, de l'eau et pas une goutte à boire

"Notre planète Terre devrait s’appeler Mer."
E. Orsenna.
Water, water, everywhere,
And all the boards did shrink;
Water, water, everywhere,
Nor any drop to drink.

De l’eau, de l’eau, de l’eau, partout de l’eau,
Et les planches racornissaient ;
De l’eau, de l’eau, de l’eau, partout de l’eau,
Et pas une goutte à boire.
Samuel Taylor Coleridge. The Rime of the Ancient Mariner (La complainte du vieux marin)

Nous sommes tous des marins de Coleridge. Cartes et satellites sont formels: notre planète Terre devrait s’appeler Mer, tant les divers océans et autres Méditerranée ou Caspienne occupent de surface (71% de notre globe). Et 40 % de la population mondiale vivent à moins de 70 kilomètres d'un rivage marin. L’eau nous entoure, mais c'est une eau que nous ne pouvons boire.
  
Lu dans
L'avenir de l'eau. Erik Orsenna. Fayard. Arthème Fayard. 2008. 410 p. Extrait p.221

samedi, février 14, 2009

La chair du texte

"Empoigner un texte, faire resurgir au présent la voix du poète, et faire en sorte, en donnant chair à ses mots, que l'encre ne soit plus sèche."
Jean Liermier. Metteur en scène de Candide au Théatre de Carouge - Atelier de Genève.

Belle définition d'Entre café et Journal je trouve
 

Lu dans
Candide revisité. Marie Baudet. La Libre. Culture. 14.2.09, p 22
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mercredi, février 11, 2009

Le vin est l'avenir de l'eau

"Nous nous promenions parmi les fruits, nous voici dans la forêt, à humer des sous-bois. Le gibier n'est pas loin. Bientôt nous plongerons dans la terre, en nous approchant de la truffe. Et voici que nous partons pour une nouvelle escale, la réglisse. D'autres vont suivre. Heureusement que notre planète est ronde, nous ne reviendrions jamais. Et puis, brusquement, alors que vous croyiez avoir épuisé tous les plaisirs connus, vous arrive un miracle, une caresse, une douceur, le souffle d'un pétale de rose juste avant qu'elle ne fane. De tout cœur, je vous souhaite ce voyage une fois, rien qu'une fois dans votre vie."
Erik Orsenna.


Les amateurs de vin auront reconnu la description d'un Romanée Conti,  le vin le plus cher du monde si on en croit Wikipedia qui le décrit rubis sombre, carminé avec l'âge, diversifié et ample au nez avec arômes de petits fruits rouges et noirs, de violette, d'épices, de sous-bois. Bouche puissante, délicate, franche, complète, subtile, flamboyante. Il se garde entre 20 et 40 ans. Une bouteille (75cl) de Romanée Conti 2005 est actuellement en vente aux Galeries Lafayette à Paris pour 18.000 €. Pas de doute possible: pour Erik Orsenna qui le décrit dans son dernier ouvrage, l'avenir de l'eau passe... par le vin. 
 
Lu dans:
  1. L'avenir de l'eau. Erik Orsenna. Fayard. Arthème Fayard. 2008. 410 p. Extrait p.317.
  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Romanée_Conti

mardi, février 10, 2009

Feu

"Un feu presqu'éteint se rallume à l'approche d'un autre feu."
J. Guyon
 

lundi, février 09, 2009

La mer adoucie

"L'eau salée de la mer, aspirée par le nuage, devient eau douce.
Ainsi la pensée quand elle s'élève."
Saraha
 Saraha (ou Sarahapa or Sarahapāda) (VIIIème s.), connue aussi sous le nom de Rāhula ou Rāhulbhadra, est considérée comme le premier poète d'Inde par Mahapandit Rahul Sankrityayan (1893 – 1963, célèbre érudit indien, renommé pour l'étendue et la diversité de ses connaissances). 
 

dimanche, février 08, 2009

Longueur du temps

« Pas un ne se demande s'il vit bien, mais s'il aura longtemps à vivre. Cependant tout le monde est maître de bien vivre ; nul, de vivre longtemps. »
SÉNÈQUE 


Lu dans
Epictète. Lettres. 22, 17

samedi, février 07, 2009

L'avorton de la déesse

"La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale."
Roland Barthes
Ce matin, ma déception est proche de celle du jour où j'appris qui était Saint Nicolas. Ainsi donc la résurrection promulguée par Ciroën de la DS, sa voiture mythique des années 1955-1975 à la suspension hydraulique légendaire et à la carrosserie dessinée par Flaminio Bertoni, n'était qu'une fade opération de marketing. Des mots, pour faire rêver. Le fantasme des golden sixties a fait place à ce petit crapaud qu'on nous a fait découvrir ce jeudi, espèce d'avorton d'une déesse et d'un insecte rampant. Le passé n'est pas une garantie, et Bertoni doit se retourner dans sa tombe en découvrant la supercherie. Dans son garage dans l'au-delà se reposent une Traction, une Deuche et une déesse ailée, riant sous cape de ce qu'est devenue leur descendance. 

Lu dans
Roland Barthes. Mythologies. Seuil, 1957.

vendredi, février 06, 2009

Un moment créatif

"Ce n'est pas tant le chant qui est sacré, c'est le lien qu'il crée entre les êtres."
Philippe Barraqué


Je reviens un moment sur la vidéo de YouTube où l’on voit (et entend) des musiciens de rues de différents pays chanter chacun à sa façon “Stand by me “, une chanson popularisée par Ben E. King en 1961. Depuis son placement sur YouTube, la vidéo a été vue plus de 5 millions de fois. Le Huffington Post raconte l’histoire de cette version et Wikipedia donne une liste de musiciens l’ayant enregistrée depuis 1961. Les musiciens de rue n’ont pas grand chose à leur envier. Ils sont une trentaine à avoir participé à Santa Monica, Toulouse, Barcelone, Caracas, Moscou, l’Afrique du Sud et le Nouveau Mexique, entre autres. Chacun a contribué en ajoutant une couche à l’ensemble qui se fond de façon surprenante. La vidéo a été produite par “Playing for change ” (ça me rappelle quelque chose) une sorte de mouvement musical pour la paix. Un moment créatif à partager: l'expression artistique connaît elle aussi ses mutations en cette étonnante époque que nous vivons. 
 
Je vous souhaite une bonne semaine
CV. 

mercredi, février 04, 2009

Stand by me

When the night has come
And the land is dark,
And the moon is the only light we'll see.
No I won't be afraid,
Oh I won't be afraid,
Just as long as you stand, stand by me
So darlin' darlin' stand by me,
Oh stand by me,
Oh stand, stand by me, stand by me.

If the sky that we look upon
Should tumble and fall,
Or the mountain should crumble to the sea.
I won't cry, I won't cry,
No I won't shed a tear,
Just as long as you stand, stand by me.
And darlin' darlin' stand by me,
Oh stand by me,
Whoa stand now, stand by me, stand by me.
Darlin' darlin' stand by me,
Oh stand by me,
Oh stand now, stand by me, stand by me. 
Whenever you're in trouble just stand by me,
Oh stand by me,
Whoa stand now, oh stand, stand by me.

Quand la nuit vient
Et que la terre la terre s’éteint,
La lune pour seule lumière.
Non je n’aurai pas peur,
Je n’aurai pas peur,
Aussi longtemps que tu seras
Que tu seras auprès de moi
Ma tant aimée reste auprès de moi
reste auprès de moi
reste auprès de moi

Si le ciel que nous regardons
Devait s’effrondrer en craquant,
Ou
 la montagne s’écrouler dans la mer
Je ne pleurerai pas, Je ne pleurerai pas
Je ne pleurerai pas
Aussi longtemps que tu seras
Que tu seras auprès de moi
Ma tant aimée reste auprès de moi
reste auprès de moi
reste auprès de moi
dans la difficulté
reste auprès de moi
à l'heure actuelle,

Ma tant aimée reste auprès de moi
reste auprès de moi
reste auprès de moi
reste auprès de moi

Ben E. King

Et si nous redécouvrions l'inoubliable Stand by me de Ben E. King (1961), inspiré d'un gospel écrit en 1905, réécrite et réinterprétée sur tous les continents comme le suggère cette superbe vidéo. Cinq minutes de pur bonheur. 

 

Cinq minutes de pur bonheur

lundi, février 02, 2009

Le passé n'est pas une garantie

"Le taux d'intérêt garanti s'élève à 3%, jusqu'à communication d'un nouveau
taux."
Fiche info financière de Crest Classic.


Un taux annoncé garanti en début d'année n'est plus définitif, les noms des comptes changent aussi: Crest 10 devient Crest Classic, First migre vers Top First. Un patient "confortable", ancien cadre d'assurance lui-même, me dit qu'il ne comprend plus bien les clauses modifiées dans son contrat et qu'il me fait lire. Il se demande si ces conditions seront plus intéressantes que les anciennes, notamment celle incluant "3%, jusqu'à communication d'un nouveau taux". Je ne m'avance guère, mais ressens comme un doute, que je ne lui partage pas. L'époque des contrats à vie, jusqu'à communication d'un nouveau contrat, est annoncée.

Lu dans :Le Soir Economie. Le passé n'est pas une garantie. 31.1.2009. p.5

dimanche, février 01, 2009

Le temps, une denrée rare

"Le temps est la seule denrée vraiment rare; et celui qui contribue, par son travail, à en augmenter la disponibilité et à lui conférer sa plénitude doit être particulièrement
bien rémunéré."
Jacques Atali


Utopie? L'histoire s'est construite par elles. Comme le conclut Jacques Attali dans son dernier essai, espérons que la crise actuelle donne naissance à "un monde où les seules crises seront celles de la vie privée avec ses chagrins et ses joies, ses rassurantes routines et ses glorieuses surprises." 

Lu dans:
La crise, et après? Jacques Attali. Fayard. 2008. 210 p. extrait p.194 195

samedi, janvier 31, 2009

qui dort dîne

"La plus belle récompense de l'homme, c'est son sommeil."
André Hardellet


La châine d'hôtels Crown Plaza inaugure dans ses succursales londoniennes le service du switch off call, alternative vespérale du wake up call, pour suggérer aux clients qu'il est temps d'aller dormir. Si l'initiative est appréciée, la chaîne l'étendra à ses 331 hôtels de la planète. 
 

lu dans
Allez hop patron, au lit maintenant. Le Soir. 31 janvier 2009.

dimanche, janvier 25, 2009

L'eau multiple

"Nous devons à l'eau la plupart de nos paysages." 
Erik Orsenna

L'eau qui désaltère, qui lave, qui panse, qui purifie, qui raffraîchit, qui réchauffe, sous ses dehors bénins, adore agresser. Elle n'en peut rien, c'est sa nature. Les minéraux de roches sont ses premières victimes: elle finit par les dissoudre. Je me réjouit de découvrir le dernier essai d'Erik Orsenna consacré au sujet épineux de son avenir.  
 
Lu dans:
L'avenir de l'eau . Erik Orsenna. Fayard. 2008. 410p. pp.22, 23.

samedi, janvier 24, 2009

Renaître

"Depuis cette seconde naissance, tout ce à quoi tu aspirais mais qui te semblait à jamais interdit, s'est emparé de tes terres: la paix, la clarté. la confiance, la plénitude, une douleur humble et aimante. Parvenu désormais à proximité de la source, tu es apte à faire bon accueil au quotidien, à savourer l'instant, t'offrir à la rencontre. Et tu sais qu'en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu'elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie"  
C Juliet


 
Lu dans
Lambeaux. Charles Juliet. P.O.L. 2008

vendredi, janvier 23, 2009

La mémoire d'oubli

«Pouvoir oublier est le secret de l'éternelle jeunesse. Nous devenons vieux par le souvenir.»


Erich Maria Remarque