mercredi, février 01, 2012

La vérité est dans les tessons

 "Je l’ai vue dans le miroir embrasser le neveu de l’évêque, j’ai aussitôt fracassé le miroir d’un coup de chandelier en bronze, le baiser est tombé en cascade par terre et ce n’était plus du tout un baiser mais juste des tessons qui réfléchissaient le plafond."
Lobo Antunes.

On rit, et puis on ne rit plus. Sans être le neveu de l'évêque, nos journées sont riches d'occasions de briser le miroir afin de ne pas affronter la réalité.  Aujourd'hui, je ne me pèse pas, et je serai mince dans ma tête. Réflexion légère qui n'est guère drôle quand on l'applique aux affaires du monde.

Lu dans:
Antonio Lobo Antunes. La splendeur du Portugal. Seuil . 2000. 528 pages. Extrait p.287

mardi, janvier 31, 2012

Les chagrins de pluie et de mer

"Si le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur
le souvenir de la douleur est de la douleur encore."
Byron
C'était du Duras, un texte de pluie et de mer
l'odeur du tabac chaud - du Signature 2010 -
et Satie au piano jouant Gymnopédie
il ne restait qu'une minute avant le chagrin
avant le téléphone    la voix est chère mais un peu étrange
annonce la fin des années d'insouciance.  

Il ne faut jamais éluder trop vite les récits de vie de nos patients. Toute la sagesse du monde s'y trouve plus dense que dans tous les livres de philosophie.  De leurs doigts gourds, ils nous décrivent leur existence, et les multiples recettes de l'apprentissage du malheur. Je ne connais de meilleurs maîtres que ces êtres simples dont l'infortune a soudain envahi l'existence. 

lundi, janvier 30, 2012

Rêver que ce n'est pas vrai

"Dans grève, il y a rêve..."
Anonyme
« Les jeunes descendent dans la rue, et ils ont raison. Il fut un temps où les étudiants descendaient dans la rue pour manifester pour des choses très spécifiques. Aujourd’hui, ils descendent sans demande particulière. Mais avec une sorte de désarroi profond, comme face à un grand vide." T. Angelopoulos.

Le cinéaste grec de l' "Eternité plus un jour" est décédé accidentellement la semaine passée. Il aimait la Grèce comme on aime une mère, une femme ou sa fille et la voir exsangue l'insupportait. On ne pourra s'empêcher d'entrevoir nos sorts se rejoindre dans les craintes exprimées ce lundi au-travers d'une grève générale aussi insolite que désespérante. 

Lu dans:
Fabienne Bradfer. L’éternité pour Théo Angelopoulos. Le Soir. 26 janvier 2012

samedi, janvier 28, 2012

Le temps des orages

"Quand vinrent les orages            dans mon sauve qui peut
à préserver un rayon de soleil       un grain de poussière
que d'entraves                             que de hâte à pousser mon maigre butin
que d'entraves                             un entrelacis d'entraves
un aiguillon dans les reins

vers quel endroit           où souhaites-tu que ton esclave se rende
vers quel horizon          j'en ai perdu jusqu'au nom
vers quel endroit          où souhaites-tu que ton esclave se rende

quand vinrent les orages             dans mon sauve qui peut
à préserver un rayon de soleil     un grain de poussière
que d'entraves                           que de hâte à pousser mon maigre butin
que d'entraves                           un entrelacis d'entraves
me firent t'aimer       comme un esclave aime son maître
mais dis-moi où
dis-moi où
dis-moi où."

Magie de Léonard Cohen, mots d'amour et de nostalgie, traduits le mieux que je pus.  Une mélodie épurée, que l'on découvre en ayant l'impression qu'elle existait déjà de toute éternité. Un pur chef d'oeuvre. 

Léonard Cohen. Old Days (janvier 2012). Show me the place.

Etrangers sur la terre

“Il y a trop d’étrangers dans le monde.”
F. Murgia. Exils
Ils sont vieux maintenant, croqués par la profession et les naissances. Nous partageons le même quartier, le même métro, les mêmes commerces, le même bureau de vote depuis trente cinq ans. Une différence toutefois, si on m'appelle "monsieur le docteur", on les affuble maintenant du vocable de "norvégiens". Cela fait une différence. Quand ils rentrent au Maroc en juillet, on les appelle "les Belges", devenus des étrangers au carré en quelque sorte, n'étant chez eux nulle part. Un humoriste complice me souffle: il déteste à tel point les étrangers que lorsqu'il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter. 
        
Lu dans:
Fabrice Murgia. Exils. Au Théâtre National jusqu’au 11 février 2012
Raymond Devos, Xénophobie

vendredi, janvier 27, 2012

Chanson bleue

Je vais te faire une chanson bleue
Pour que tu aies des rêves d'enfant
Où tes nuits n'auront plus de tourments.
Alors, le jour, tu vas chanter
Pour que les autres puissent espérer...
Quand le monde l'aura appris,
Tu pourras quitter la vie.
Tu viendras chanter dans les cieux...
...Chanson Bleue...
Dans: Chanson Bleue - Edith Piaf
Merci à Nicole Heureux qui transmet ce texte 

Des idées sans âge

"La dépression n’est pas comme un rendez-vous galant raté ou un week-end qui s’est mal passé. La dépression clinique, c’est comme si le background de toute votre vie s’effondrait. Que tout vole en morceaux."
Léonard Cohen

Etonnante observation dans la bouche d'un mythe vivant qui diffuse sagesse et sérénité, après avoir connu les heures les plus sombres. Léonard Cohen édite ce jour un nouvel album "avec des idées sans âge" ("Old Ideas"). Avec sagesse, il suggère de "ne jamais se plaindre avec désinvolture. Et si l'on exprime la grande défaite inévitable qui nous attend tous, cela doit être fait dans les limites strictes qu'imposent la dignité et la beauté. » 
Décrire la dépression comme un effondrement de son passé, alors qu'elle est fréquemment diagnostiquée par une perte totale de perception d'avenir, est déconcertant: on perd pied quand les socles s'effondrent. Ceux qui eurent la chance d'écouter le dernier opus du chantre canadien suggèrent qu'il s'agit d'une bonne thérapie. 

Lu dans:
Thierry Coljon. Le tofu de nos émotions. MAD 25 janvier 2012. Extrait p.20

mercredi, janvier 25, 2012

Point de vue

 "Tant que les lions n'auront pas leurs historiens et leurs conteurs, les récits de chasse seront toujours racontés à l'avantage des chasseurs."
Sagesse africaine
  
Lu dans:
Cathérine Makereel. Loin du misérabilisme, l'exil selon Hamadi. MAD. 25.1.12. p.32 

C'est quand qu'on va où?

"L' âge adulte de l'humanité sera atteint, s'il l'est jamais, le jour où l'homme aura découvert qu'il n'a pas à chercher un sens au monde mais à le lui donner."
T. Maulnier.
Ecrits en 1989, ces mots participaient à l'élan d'un "nouvel ordre mondial" qui résiste mal aux effondrements du début du XXIème siècle. Plus modestement, chacun est déjà heureux aujourd'hui s'il peut appliquer la phrase à sa propre existence. 

Lu dans:
Thierry Maulnier. Les matins que tun ne verras pas. Gallimard. NRF. 1989. 210 pages. Extrait p. 143 

mardi, janvier 24, 2012

La trajectoire des galets

"L'océan était d'un calme songeur qui surprend. j'ai jeté un galet plat d'un geste dont je ne me souvenais même plus. Une belle trajectoire. Le galet a affleuré l'eau et a rebondi trois ou quatre fois. Mon apaisement en constatant que les pierres acceptaient encore de se conduire comme autrefois. "
P. Hebey
Lu dans :
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. Gallimard. NRF. 1998. 221 pages. Extrait p 178

lundi, janvier 23, 2012

Travail de nuit

"Le réveil me repêcha de mon sommeil à huit heures du matin, de la même façon que les grues sur les quais ramènent à la surface les voitures toutes velues d’algues, qui ne savent pas nager."
L. Antunes

Nuit peuplée. Des personnages de Jérôme Bosch et de James Ensor frappent à ma porte en permanence, soucieux qu'on les sorte de leur enfer. Au réveil, le téléphone me ramène à la même réalité.  

Lu dans:
Lobo Antunes. Je l’ai vu, j’y étais.  Poche. 1998 

dimanche, janvier 22, 2012

Le parfum des amours impossibles


"Passe la jeune monitrice de la plage. Elle est avec l'enfant. Il marche un peu à côté d'elle, ils vont lentement, elle lui parle, elle lui dit qu'elle l'aime, qu'elle aime un enfant.  (..) Elle lui dit qu'il se souviendra toute sa vie de cette soirée d'été et d'elle. Elle lui dit que lorsqu'il aura dix-huit ans, s'il se souvient de la date et de l'heure du 30 juillet, minuit, il pourra venir, qu'elle y sera. Elle lui dit de bien regarder, ce soir, les étoiles, la mer, la ville là-bas, tous ces bateaux de pêche, ces bruits, écoute, que c'est l'été de ses six ans."
Marguerite Duras. Un été 80.

Lundi soir, aux Riches Claires, Monique Dorsel lisait Duras. L'histoire dépouillée d'une jeune fille et d'un enfant, d'un amour fugace sans avenir comme un être humain peut en rencontrer dans sa longue trajectoire, d'une pureté et d'une impossibilité absolues. On ne sait qui de Marguerite Duras ou de Monique Dorsel portait davantage la mélodie des phrases, peu importe quand survient l'instant magique d'un texte qui prend vie. On sort plus lumineux de pareille soirée. 

Lu dans:
Marguerite Duras. L'été 80. Les Editions de Minuit. 1980, 2008 (Collection Double) . 103 pages. Extrait pp 36-37

samedi, janvier 21, 2012

Du pain et de la monnaie

"Vous avez du pain?" - "Ce sera 1.50€, et 50 cents en supplément pour la coupe." - "Je le couperai moi-même." - "Dans ce cas, le supplément n'est que de 30 cents."
"Vous avez du pain?" - "Monsieur, c'est 1€ de droit d'entrée." - "Du jamais vu, je m'en vais". "Dans ce cas, comptez 1€ supplémentaire de droit de sortie."
Morale. On ne devrait pas accepter de son banquier ce qu'on refuse à son boulanger.
Publicité Deutsche Bank

Publicité légère, qui m'a fait sourire. On se souvient mieux des personnes qui vous ont fait rire.

vendredi, janvier 20, 2012

L'amour grandeur réelle

"On peut vivre d'amour et d'eau fraîche, mais on rêve que l'eau soit du champagne."
Maya Barsony, Service public, France Inter (19.1.12)
  

jeudi, janvier 19, 2012

Avec le vent la pluie

"Quelqu'un enfonce
Des clous quand l'eau éveille
L'espoir du soleil."
J. Botquin

Pluie hostile ce matin. Me revient ce vers de Tibulle: " Qu'il est doux d'entendre les vents déchaïnés quand on est dans son lit." L'espoir du soleil m'aide à me lever.

Lu dans:
Jean Botquin. Les haïkus de la pluie. http://jeanbotquin.blogspot.com/2009/06/les-haikus-de-la-pluie-jb.html

mercredi, janvier 18, 2012

Infimes transformations de la partition initiale

"A l'un de ses disciples qui proposait de creuser des canaux d'irrigation dans le potager, Confucius, l'arrosoir à la main, répondit : "Qui sait où cela nous mènerait."
Sylvain Tesson.

En 2000, on se soucie moins de ces minuscules libertés prises avec l'ordre des choses: l'entreprise de commerce de détail Wall Mart (2 millions d'employés), la tour Burj Khalifa à Dubaï (826 mètres, 160 étages) , l'Airbus A380-800 (853 passagers, 150 tonnes de fret) ou encore le paquebot Oasis of the Seas (6000 passagers, 2000 membres d'équipage) sont nos tours de Babel destinées à atteindre le ciel. On se surprend à imaginer qu'il y a moins d'un siècle "le coq disait l'aube, le chien l'étranger, le cor la chasse, le carillon de l'église marquait l'heure, la trompe la diligence, le glas la mort, les rares violons des musiciens ambulants signalaient la fête annuelle" (Pascal Quignard). Est-ce se montrer passéiste que de penser qu'un jour il nous faudra retrouver une voie médiane ?  
 
Lu dans:
Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. 2011. 288 pages. Extrait page 207
Pascal Quignard. La haine de la musique. Gallimard. Collection Folio. 1997, N°3008, Première édition : Calmann-Lévy - 1996. 

dimanche, janvier 15, 2012

Notre vie commune commence

"Et c'est à chaque fois le même éblouissement et le même mystère. Qu'un moi aussi improbable ait rencontré sur une route hasardeuse une toi construite de mille incertitudes relève du pari impossible. Que ces deux-là aient donné vie à cet enfant fragile m'émerveille. "

Basile rejoint Jeanne chez Aline et Benoît. Elle savait que Maman était en attente de vie, avait pu mettre sa petite main sur le ventre rond, sentir les coups de vie donnés par de minuscules pieds, imaginer son odeur, ses contours, la voix de son petit frère en construction. Tu occuperas le petit lit bateau, je prendrai le lit bureau, je t'écouterai respirer la nuit. Notre vie commune commence. 

Pour ma part , je ne résiste pas au bonheur d'un plongeon dans le passé. On ne peut mieux accueillir le petit Basile qu'en redécouvrant sa bande , qui enchanta les soirées endiablées de nos jeunes années. 
http://entrecafejournal.blogspot.com/2012/01/blog-post.html 

Lu dans:
Le carnet Moleskine.  Ed. Eranthis. p.29

Bienvenue à Basile









On ne peut imaginer plus joyeux accueil à Basile qu'en redécouvrant sa bande , qui enchanta les soirées de nos jeunes années...

Une pure beauté

"Un homme et une femme assis à la pointe d’un ponton, contemplant une coucher de soleil sur une haie de yachts dans un petit port de la Côté d’Azur, et lui : « C’est si beau que, dans ces moments-là, un seul mot peut venir à l’esprit : pognon… ».
Sempé. Rétrospective Sempé exposée à l'Hôtel de Ville de Paris jusqu'au 11 février 2011. 
  

samedi, janvier 14, 2012

Recettes de liberté

"Dans Les Racines du ciel, Romain Gary campe un détenu des camps de la mort plus solide que ses compagnons. Le soir, sur le châlit, il ferme les yeux, se représente les troupeaux d'éléphants sauvages. Savoir que là-bas, dans la savane, vivent des monstres libres suffit à lui raffermir l'âme."
cité par Sylvain Tesson

A chacun sa méthode. Dans "Si c'est un homme", Primo Levi décrit un prisonnier échangeant ses rations alimentaires pour du savon, soucieux de se raser et de se trouver dans une tenue propre tous les jours, question de dignité humaine. D'autres s'insurgèrent, tels les détenus des camps de Treblinka et de Sobidor, épisodes peu connus de l'histoire des camps. Insurrection armée qui vit s'évader de Treblinka en flammes 600 des 1000 prisonniers qui s'y trouvaient. Un an plus tard, à l'arrivée de l'Armée rouge, il ne restait des insurgés en fuite qu'une cinquantaine de survivants, les autres ayant été tués le jour de la révolte ou dans les mois qui suivirent. Ne pas s'enfuir n'était pas moins risqué: après le soulèvement, les SS assassinèrent tous les déportés restés sur place. La totalité du camp fut détruite et une ferme y fut implantée. 

Lu dans:
Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. 2011. 288 pages. Extrait page 110
P. Levi. Si c'est un homme. Julliard, 1987, rééd. en 2002
La révolte du camp de Treblinka.  http://d-d.natanson.pagesperso-orange.frtreblinka.htm#plan
Wikipedia. Insurrection du camp de Treblinka http://fr.wikipedia.org/wiki/Treblinka

jeudi, janvier 12, 2012

Ne pas nuire

"Aujourd'hui, je n'ai nui à aucun être vivant de cette planète. Ne pas nuire. Étrange que les anachorètes du désert n'avancent jamais ce beau souci dans les explications de leur retraite. Pacôme, Antoine, Rancé évoquent leur haine du siècle, leur combat contre les démons, leur brûlure intérieure, leur soif de pureté, leur impatience à gagner le Royaume céleste, mais jamais l'idée de vivre sans faire de mal à personne. Ne pas nuire. Après une journée dans la cabane des Cèdres du Nord, on peut se le dire en se regardant dans les glaces. "
S. Tesson 
Lu dans:
Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. 2011. 288 pages. Extrait page 108

mercredi, janvier 11, 2012

Le temps, ma patrie

"L'homme libre possède le temps. L'homme qui possède l'espace est simplement puissant."
Sylvain Tesson
Jeux sur la plage avec les chiens , qui ne se lassent de rapporter l'os qu'on leur lance. Ces maîtres nous apprennent à peupler la seule patrie qui vaille: l'instant. Comme le note Tesson, "notre péché à nous autres, les hommes, c'est d'avoir perdu cette fièvre du chien à rapporter le même os. Pour être heureux, il faut que nous accumulions des dizaines d'objets de plus en plus sophistiqués. La pub nous lance son « va chercher ! ». Le chien a admirablement réglé le problème du désir. 

Lu dans:
Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. 2011. 288 pages. Extrait page 72, pp. 155-156.

samedi, décembre 31, 2011

Mer-veilleux de bonne année deux mille douce

"Dernier jour de l'année
une feuille au vent
sur une très longue tige."
Dorothy Howard

La der des der, seule en haut de sa tige. Les autres l'ont quittée, successivement.
Plus qu'un jour, et va le vent. Tout sera à recommencer. Ainsi va la vie.

Meilleurs voeux pour deux mille douce.
CV.

vendredi, décembre 30, 2011

Tu choisiras la vie

"Ubakharta bakhaim" ("Tu choisiras la vie")
Sagesse de la tradition juive

Dernières heures d'une année, remémorations, bêtisiers et célébrations diverses. L'hebdomadaire Time a élu à titre posthume Mohamed Bouazizi, le jeune tunisien de 26 ans qui s'était immolé par le feu et déclenchant le printemps arabe, comme personnalité de l'année 2012. Un mort pour honorer la vie, ou mieux encore: une vie qui se change en vie. Un clin d'oeil à Lao-Tseu qui au matin se demande s'il est chenille rêvant qu'il est papillon, ou l'inverse. Chenille secrétant de la soie toute une existence (la nôtre?) et disparaissant au moment précis où lui poussent des ailes de papillon. En un sens, et contre toute attente, la chenille elle aussi choisit la vie.  

Lu dans:
Deutéronome chapitre 30.19 (J'en atteste sur vous, en ce jour, le ciel et la terre: j'ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et la calamité; choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité.)
Abraham Ibn Ezra. (La vie et la mort : c’est cela la bénédiction et la malédiction. Et voici tu dois choisir la vie.)

mercredi, décembre 28, 2011

Le vol éphémère de nos vies

« La photo date de trois semaines après notre voyage à Venise, calé à grand-peine entre deux séances de chimio. Un après-midi, nous sommes montés par l'ascenseur au campanile de San Giorgio Maggiore. Les touristes déjà présents sont redescendus peu à peu et nous avons été seuls. De l'endroit où nous étions enlacés, on voyait juste au-dessous le cloître et les jardins intérieurs du couvent de San Giorgio. J'ai enlevé mon soutien-gorge en le faisant glisser sous mon tee-shirt et je l'ai lancé dans le vide en espérant qu'il tomberait dans le cloître. Il a plané longtemps, entraîné par la brise dans une direction opposée. C'était l'une des choses du monde les plus gracieuses à regarder. Puis nous l'avons perdu de vue. (..) C'est toujours cette image du soutien-gorge volant doucement autour de San Giorgio qui me vient quand je pense à ce voyage de Venise. "
    Annie Ernaux.
Texte littéraire ou épisode vécu, ce court récit d'Annie Ernaux relève sans doute davantage du signifiant que du narratif. Il n'en émeut pas moins. L'image gracieuse de ce soutien-gorge virevoltant dans un cloître paisible et séculaire, à la fois geste de renoncement volontaire, de lâcher-prise et d'autodérision devant la maladie qui nous mutile, ouvre un chemin sur lequel tous - tôt ou tard - nous serons amenés à cheminer. Le vol éphémère de ce papillon gracile prend ainsi l'allure de nos vies fragiles.

Lu dans:
Annie Ernaux. L'usage de la photo. Gallimard. 2005. 150 pages

mardi, décembre 27, 2011

Entre foi et confiance

"Je ne crois en rien de ce que tu crois. Et toi, je te crois !"
Antonio Porchia. Voces (Voix).

Quarante ans après sa disparition et l'écriture d'un unique recueil, Porchia reste un auteur culte dont les aphorismes nous éveillent.

lundi, décembre 26, 2011

Le rire et l'amertume

"Si on pressait le cerveau d'un fou, le liquide qui en sortirait paraîtrait du sirop auprès du fiel que secrètent certaines tristesses."
Cioran. Syllogismes de l'amertume. 

Que j'aimerais ressembler à ce merveilleux vieillard joyeux dont on m'évoquait hier soir le rire communicatif, et manger à sa table.


Lu dans:
Cioran. Oeuvres. Quarto. Gallimard. 2011. 1850 pages. Extrait p.780

dimanche, décembre 25, 2011

Joyeux Noël

"Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune."

La naissance et l'exclusion irriguent les grand mythes fondateurs, Moïse sur les eaux dans son couffin, Jésus dans le Coran, dans la tradition juive et dans la chrétienté, Romulus et Rémus chez Tite-Live.. On se plaît à rêver que dans notre monde d'une incertitude extrême naissent au moment même des germes d'avenir. 

Joyeux Noël.

Lu dans :
Luc 2,1-7

vendredi, décembre 23, 2011

Noël pour une jeune médecin généraliste

" Situation étrange entre toutes: je suis médecin, ai un caducée sur mon pare-brise, et ce soir c'est Noël. Les gens se promènent avec de gros paquets enrubannés, ne prêtant guère attention à la jeune fille rêveuse qui dix ans plus tôt fêtait Noël comme eux , en toute insouciance.

Quelque chose a changé dans ma vie, me modifiant fondamentalement, imperceptiblement et irréversiblement. Je regarde ces familles occupées à préparer leurs fêtes, et je ne peux m'empêcher de songer à la précarité de l'équilibre que chaque famille tente de maintenir. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes ces crises cachées sous des apparences de paix et de bonheur, crises dont mes patients viennent déverser le trop plein en consultation. J'ai perdu cette insouciance et cette irresponsabilité de ceux qui pensent que ces façades heureuses sont la vraie vie. Le contact journalier avec la souffrance physique et mentale m'a rendue plus consciente de la nature humaine, et plus patiente avec la vie. Le poids des responsabilités, parfois au dessus de mes compétences ou de mes forces, m'a fait prendre conscience de mes limites, et m'a poussé à donner le meilleur de moi-même.

Et malgré ce "désenchantement" ( qui est en fait un autre enchantement face aux ressources de l'être humain!), je suis pleine d'admiration pour ces personnes décidées à donner et partager le plaisir de la fête. La contagion me gagne et je voudrais pour quelques jours retrouver mes yeux d'enfants. Sera-t-il possible de déconnecter dans ma tête le film de toutes ces vies et ces douleurs?"

Chantal Renoy. Médecin généraliste, décembre 1999

Triant des papiers, je retrouve ce superbe texte d'une jeune consoeur fraîchement diplômée (à l'époque) qui m'avait demandé une dispense d'examen oral une veille de Noël pour cause de garde. Je lui avais renvoyé la balle en lui proposant de me faire un court bilan de ses premiers mois de médecine générale.  Je ne fus pas déçu. Si elle lit par hasard ce CaféJournal, quelque part à la frontière de Limelette et d'Ottignies, elle en ressentira peut-être un court moment d'émotion. Qu'avons-nous fait de nos vingt-cinq ans? 

Je vous souhaite une bonne fête de Noël
CV.

Sagesse des portes

"Les rois ne touchent pas aux portes."
F. Ponge

Je les plains, car vaincre la douce résistance de cet obstacle familier à un espace qui vous accueille est, à l'image des autres aléas de l'existence, un rite de construction mentale bénéfique par sa répétition. Ici je suis chez moi, là je suis "ailleurs". Il y a des limites à mon espace où je suis chez moi, à ne franchir que moyennant un rite de passage: mes droits sur le monde sont limités. J'ai la possibilité de refermer la porte quand j'entre chez moi: les autres m'habitent, mais pas tout ni toujours. Qui dit porte dit serrure: il y a des clés pour me comprendre, et pour comprendre les autres. On peut rêver d'espaces sans porte, - les paysagers -, mais on perd l'obstacle à surmonter, ainsi qu'une forme de sécurité et d'intimité: tout voir, tout savoir sur l'autre détruit l'altérité. On peut aussi, parfois, pour certains, pour un temps, laisser sa porte ouverte volontairement, signe béni de confiance en soi et à l'autre. J'aime les portes. 

Lu dans:
Francis Ponge. Le parti pris des choses. Folio Plus. 1942 (2009). 170 pages. Extrait page 22.

jeudi, décembre 22, 2011

De la grandeur

"La vraie grandeur est de n’exiger rien que de soi-même "
Marcel Jouhandeau

Lu dans:
Marcel Jouhandeau. Carnets de l'écrivain. Gallimard, 1957.

mercredi, décembre 21, 2011

Lettres de guerre

"Tout cela est triste et obsolète. Te souviendras-tu encore de moi? Parfois même moi, je ne me souviens plus de moi. Je me regarde dans la glace et c'est un étranger que je vois. Pourtant extérieurement je suis toujours le même. C'est intérieurement que j'ai changé. Mon propre silence me surprend, tout comme ma voix. Je parle peu, et tout ce que je dis, je le prononce sur un ton sec et mélancolique, qui n'était pas le mien. J'ai toujours une ride sur le front et un pli amer au coin de la bouche. Tes lettres m'apportent tellement d'amour. Je les lis comme on prie. Espérons que tout ça finisse. J'aime tout de toi. Des baisers pour ma brune petite fille qui, pour son malheur, a hérité ce que j'ai de plus laid."
Lobo antunes. Chronique intime d'une séparation. 

En janvier 1971, António Lobo Antunes, médecin fraîchement diplômé, jeune marié et futur papa, s'embarque pour l'Angola où il doit effectuer son service militaire, alors que la guerre qui mènera à l'indépendance du pays prend de plus en plus d'ampleur. Et ces "lettres de la guerre" sont celles qu'il a écrites à son épouse au long de ces interminables mois: la chronique tout à la fois de leur amour et de leur séparation, de l'attente puis des premiers mois de leur fille aînée. 

mardi, décembre 20, 2011

Sagesse de Etty Hillesum

« Mais au dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien. (…) Je voulais seulement vous dire : oui la détresse est grande et, pourtant, il m’arrive souvent, le soir, quand le jour écoulé a sombré derrière moi dans les profondeurs de longer d’un pas souple les barbelés et toujours je sens monter dans mon cœur – je n’y puis rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire – la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande. »
E Hillesum

Etty Hillesum est décédée le 30 novembre 1943 au camp de concentration d’Auschwitz.

lundi, décembre 19, 2011

Sagesse de Kenneth WHite

Perché
au-dessus d'un chaos de rochers
dans la patience pluvieuse
de ce matin d'avril
à regarder
contre le ciel gris
les impeccables évolutions des goélands argentés
à écouter leurs cris 
Kenneth White. Archives du littoral. 
Merci à Nicole Heureux qui transmet ce poème

Soyons vivants

"C'est beau de traverser le pré pour chercher l'eau au puits, le soleil est si radieux et Slaley, le petit village le plus proche est ensoleillé sous sa neige comme un village italien. Je pense que Willie Hopkin viendra aujourd'hui. Enfin!
La vie est par elle-même source de vie - même dans le magnifique feuillage de givre sur la fenêtre. Pendant que nous vivons, soyons vivants. ».
D.H. Lawrence, le 9 février 1919 à Katherine Mansfield

En 1918, Katherine Mansfield et John Middleton Murry font la connaissance de D.H Lawrence et de sa femme Frieda, avec lesquels ils se lient d'amitié. Ils ont une trentaine d'années, et s'écrivent.

Ce soir il neige. Si elle tient, je crois bien que je lirai la phrase demain à l'un ou l'autre patient pas trop en forme, s'il le souhaite.

Lettres de D.H. Lawrence à Katherine Mansfield  et à J.M. Murry. Rivage Poche. Petite Bibliothèque, n°547. 400 pages. 2006

jeudi, décembre 15, 2011

Anthromorphisme et médecine

"Face à la pénurie de médecins dans les déserts médicaux, Françoise Tenenbaum, élue socialiste de Dijon, propose de solliciter les vétérinaires."
Le Monde avec AFP, 15 décembre 2011

Dans un superbe roman de Lobo Antunes un richissime fermier appelle un vétérinaire pour accoucher la domestique qu’il a lui même engrossé. Il lui explique par téléphone qu’il s’agit d’une génisse et la pauvre fille est effectivement obligée d’accoucher dans l’étable. L’époque semblait révolue mais on y revient.

Lu dans :
Lobo Antunes. Le manuel des Inquisiteurs. Christian Bourgois. 1996. 527 pages


mercredi, décembre 14, 2011

Call of Duty pour Noël

"Jeux vidéos violents et véritables fusillades ont la même origine et non pas un rapport de cause à effet."
F. Dannemark
Mon ami Francis Dannemark rebondit sur le caféjournal d'hier et enrichit la réflexion par quelques lignes à méditer.

"Le succès des jeux vidéos violents et les véritables fusillades comme celle de Liège ont la même origine et non pas un rapport de cause à effet (auquel cas on pourrait avancer que les jeux vidéos sont produits par les massacres réels, afin de les exorciser) ? Mais quelle origine?  Simplement une phase de dérèglement de notre univers, un état de chaos lié à une des nombreuses mutations que connaissent toutes les sociétés à différents stades de leur histoire. Pour un million de personnes, le jeu sera un exutoire suffisant. Pour une personne parmi toutes celles-là, il faudra un jour plus qu'un jeu. 

Il suffit de regarder en arrière pour vérifier que, sous l'effet de la faim ou de l'alcool, sous l'effet du désespoir ou de la folie, des gens ont de tout temps massacré leur famille ou la moitié des gens de leur village, à coups de couteau ou de ciseaux, avec une hache, du poison, de la poudre à canon. Et ils n'ont pas eu besoin de romans, de films, de jeux vidéos ou de ces tableaux représentant le sort des damnés en enfer que chacun pouvait observer dans les églises."

Avec un pareil avocat à la barre, je bénis la confrontation d'idées qui enrichit notre réflexion et me fais offrir Call of Duty pour Noël sans état d'âme. Merci Francis.

Homer a perdu les boules

"Homer a perdu les boules et a envie de tout flinguer autour de lui. Viens l'aider en t'amusant sur le jeu "Homer, le tueur de Flandre", un jeu fou et drôle à la fois. Tire sur tout ce qui bouge, les points pour changer de niveau dépendent de la partie du corps que vous atteignez.  Amusez-vous en jouant et défoulez-vous comme jamais."
Homer le tueur de Flandre. Dans la hotte du Père Noël. Le meilleur des jeux videos. 13 décembre 2011.

"La Belgique endeuillée par une fusillade meurtrière. L'auteur, 33 ans, s'est suicidé sur place après avoir jeté trois grenades et ouvert le feu sur la foule avec un fusil d'assaut. Selon le procureur, on n'aurait décelé chez lui aucun trouble mental. Il n'aurait pas laissé de message."
Le Monde du 13 décembre 2011.

En quelques cours,  Mohammed Atta apprend à piloter un Boeing 767 sur simulateur pour le lancer sur les Twin Towers, Teleos permet aux jeunes chirurgiens du CHU de Grenoble de se faire la main en vue d'interventions délicates sans patient, combien d'heures faut-il jouer sur Homer pour tirer sur tout ce qui bouge place Saint Lambert? 

mardi, décembre 13, 2011

Les chevaux du vent

"Un jour je ferai mon grand cerf-volant
par-dessus les bois, par dessus les champs
j'y attellerai les chevaux du vent."
Gilles Vigneault.

Bourrasques toute la nuit. Les Gingko Bilobas de la rue ont perdu leurs dernières feuilles, coupe d'hiver. 
Les passants sur terre que nous sommes s'accrochent.  Vent de tempête ne laisse que l'essentiel.

Lu dans:
LE GRAND CERF-VOLANT Paroles: Gilles Vigneault, musique: Gilles Vigneault, Robert Bibeau, 1983

dimanche, décembre 11, 2011

Dernier rayon dans une flaque froide

"Tout l'automne à la fin n'est plus qu'une tisane froide. Les feuilles mortes de toutes essences macèrent dans la pluie, pas de fermentation, pas de création d'alcool. (..) Les jours sont courts, la nuit tombe vite, le comique perd ses droits."
Francis Ponge 

Dans le ciel à l'arrière de l'hôpital Erasme, trois canards sauvages volent en escadrille, comme égarés d'une bataille perdue.

Lu dans:
Francis Ponge. Le parti pris des choses. Folio Plus. 1942 (2009). 170 pages. Extrait page 9.

La course en tête

"Le jour où t'as pas le moral, tu te regardes dans la glace et tu te dis que t'as de la chance puisque c'est toi le spermatozoïde qui a gagné la course."
Bernard Tapie 

Pas plus compliqué que cela. Cette pensée est à joindre à celle d'hier de Louis Aragon. Deux personnages, deux philosophies de vie.

Lu dans:
Renaud Dély, Henri Vernet. Tous les coups sont permis. Calmann-Lévy. 2011. 305 pages. Extrait p.217

samedi, décembre 10, 2011

Une vie gâchée

"Je ne suis pas le personnage que vous prétendez m’imposer d’être ou d’avoir été. J’ai gâché ma vie et c’est tout".
Aragon.  Dernier éditorial des "Lettres françaises" (*).
On ne saura ce que Louis Aragon plaça dans la corbeille du bilan évoqué dans son ultime éditorial des "Lettres françaises" qu'il dirigea de 1953 à 1972. Quelques années plus tôt (fin août 68) les chars soviétiques ont envahi la Tchécoslovaquie, mettant fin à l'illusion stalinienne dont il s'était fait le chantre. On imagine ce que put lui coûter de remplacer  sa phrase "Merci à Staline pour ces hommes qui se sont forgés à son exemple" par « Et voilà qu'une fin de nuit, au transistor, nous avons entendu la condamnation de nos illusions perpétuelles... ». 

Poète et amoureux mythique, il représentait avec Eluard pour les adolescents que nous fûmes la plus parfaite utopie, fusionnant dans notre imaginaire l'amour éternel, la liberté et le partage universel des richesses. Les fractures personnelles - sa non-reconnaissance par son propre père, les ruptures, ses préférences homosexuelles affichées après le décès d'Elsa Triolet, sa désillusion politique - étaient-elles prémonitoires de l'effondement des grands mythes du XXe siècle? On peut le penser. 

Cela fait-il pour autant une vie gâchée, quand on a écrit tant de textes sublimes qui résonnent encore en nous firent toucher la Beauté du doigt, c'est moins sûr.

Je vous souhaite un bon weekend
CV.

Lu dans:
Francis Matthys. Aragon, Breton, Paulhan, épistoliers. Lire. LLB. 5 décembre 2011. page 2.
Aragon. Lettres à André Breton (1918-1931) , Gallimard 472 pp.

(*)  Suite à la prise de position du journal contre l'invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968, la parution du journal cesse en 1972. Les "Lettres françaises" reparaissent depuis avril 2011, publiées chaque premier jeudi du mois.

vendredi, décembre 09, 2011

Un père ordinaire

 "Comment ai-je pu t’aimer si mal, toi qui m’aimais tant ?"
Yves Simon.
Une émouvante lettre de 80 pages qu’Yves Simon envoie à son père, cet "homme ordinaire," modeste cheminot à la SNCF, à qui il n’a jamais souhaité ressembler car si "ta vie était sans issue, je sus dès 10 ans que la mienne en aurait une." Et qu'il découvre au crépuscule de sa propre vie  "lorsque le futile et l’essentiel apparaissent dans leur lumière crue" avoir été un être extra-ordinaire qui sut lui prodiguer à l’aube des années 50 un amour paternel si maternant. Qui "précautionneux, (me réveille) en douceur, m’embrassant tendrement sur le front, empressé comme une nounou noire aimante et dévouée".

Belle interrogation d'un écrivain qui s'interroge sur la transmission, parfois estompée, de sentiments et de valeurs ressenties comme négatives et qui néanmoins nous construisent. Ce père "à qui je n’ai pas voulu ressembler, mais que je porte en mon corps comme un précieux diamant, inaltérable de bonté, de magnanimité, de tendresse." Qui de nous ne se retrouve dans pareilles questions? 

Lu dans:
M.-A.G.. L’amour en héritage. Lire. LLB. 5.12.2011. page 8.
Yves Simon. Un homme ordinaire.  Nil Editions, coll. "Les Affranchis". 2011. 80 pages.

mercredi, décembre 07, 2011

Sagesse des paryponoïans

« Ses yeux pétillaient de bêtise. »
Marcel Proust, Les plaisirs et les jours, Un dîner en ville
Ou comment parler de Proust sans l'avoir jamais lu. Je découvre par lui ce qu'est une  paryponoïan, figure rhétorique qui se caractérise par un discours accumulant antithèses et paradoxes. Plus proche de nous, la description d'internet, une "solitude en réseau". Avec quelques perles du genre, un ignorant peut briller en ville. 

sagesse de Maciamo

Une goutte sur la tête
Je lève la tête au ciel
Une goutte sur le nez !

Maciamo

Il y a dans ce court haïku un comique de situation qui me rappelle Laurel et Hardy, ou ma vie.


lundi, décembre 05, 2011

Vient de paraître. Le carnet moleskine.



"Les escargots dans le jardin,
quand ils se mettent en route,
laissent derrière eux un petit ruban luisant, leur sillage.
Que laisse à déchiffrer la piste d’un humain ? "
Claude Roy . L’ami qui venait de l’an mil.




"Un jour je trouvai dans une brocante un petit carnet Moleskine noir, anonyme, caractérisé par ses inimitables coins arrondis, son élastique de fermeture et sa pochette intérieure à soufflet. Aucune annotation ne permettait d'en identifier le propriétaire, ni l'époque à laquelle les notes, idées et récits qu'il contenait avaient été rassemblées... Une phrase de Claude Roy placée en exergue excita ma curiosité, car c'était bien le genre de question qui m'habitait depuis de longues années. "

La suite se découvre dans un petit ouvrage sans prétention que les éditions Eranthis m'ont fait l'honneur d'éditer, et qui est sorti de presse ce vendredi. Il se trouve chez votre libraire, ou en ligne sur le site d'Eranthis, et j'en ai acheté moi-même quelques exemplaires au cas où vous ne le trouveriez vraiment pas.

Lu dans:
Carl Vanwelde. Le carnet moleskine. Eranthis éditions. 2011. 86 pages. Exergue p.5.
Eranthis éditions:

samedi, décembre 03, 2011

Sagesse avant la Saint Nicolas

"Education, grammaire, orthographe, politesse...
Le plus dur avec les enfants, ça n'est pas la fabrication, c'est le service après-vente."

Anne Roumanoff, les enfants quelle galère !

vendredi, décembre 02, 2011

Lumineuses prunelles

"Toutes les mauvaises nouvelles du monde, bombardant un individu et ceux qu'il aime, ne sont pas en rivalité avec le regard magique qu'on peut porter sur les choses et qui permet de distinguer, sous la vraisemblance du désastre et du malheur, des fragments de paradis."
Luc Delisse

jeudi, décembre 01, 2011

U-topia, le pays d'ailleurs

"L'utopie, il faut en mettre beaucoup au départ car ça réduit à la cuisson."
Gébé (Georges Blondeaux, humoriste français)

mercredi, novembre 30, 2011

Un bonheur infime

"Je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme."
Alexis de Tocqueville. De la Démocratie en Amérique


mardi, novembre 29, 2011

La vie comme un tram

"C'est fou, on court pour un tram et demain je ne serai plus là."
H. Claus
La veille de sa mort programmée, Hugo Claus a voulu aller au cinéma voir Paris de Cédric Klapisch. "Nous étions trois dans la salle avec Suzanne (Holtzer, son éditrice). On avait couru pour attraper le tram. Il m'a dit: "C'est fou, on court pour un tram et demain je ne serai plus là."

Quel sera votre tram aujourd'hui?

Lu dans:
Béatrice Delvaux. Hugo Claus choisit sa mort. Le Soir. 29.11.11. page 13

dimanche, novembre 27, 2011

Sagesse des poètes

« Quand on est amoureux, on lit des poètes morts depuis près d’un siècle, et on a l’impression qu’ils parlent de vous».
Luc Dellisse
(..)
"Mais le plus beau de l’amour pour moi, c’est s’enfermer avec quelqu’un, chuchoter et avoir des fous rire, en pensant que les adultes pensent que nous sommes des adultes, alors que nous savons que nous sommes restés des enfants. C’est ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’amour (..). On a toujours une sorte de revanche à prendre sur son enfance."


Luc Dellisse, Les Atlantides, édition Les Impressions Nouvelles, collection Traverses. 2011

L'envers de l'angoisse

"Jusqu'à présent nous vivions dans l'angoisse. Eh bien! Nous allons vivre dans l'espoir."
Tristan Bernard, interné à Drancy durant l'Occupation.

A la lecture de ces quelques mots surgit le souvenir de cet oncle aimé, à qui est annoncée une affection qui l'emportera quelques semaines plus tard. Je m'inquiète de ce que cette nouvelle provoque en lui et il me rassure: "Sincèrement, je m'attendais à pire". Et si la crainte du malheur s'avérait plus redoutable que sa survenue?


François Bott. Eloge du contraire. Editions du Rocher. 2011. 104 pages. p. 74

samedi, novembre 26, 2011

La recette du weekend

"CDO, voici la recette: plonger des dettes variées dans un grand chaudron financier, bien remuer, verser la pâte, la rouler en forme de saucisse, couper la saucisse en tranches, puis vendre les tranches en tant que nouveaux produits financiers lucratifs. Les ingrédients pouvaient être des dettes de toute nature. Au début, il s'agissait de prêts hypothécaires de première catégorie (les primes), mais ensuite on a recouru à des prêts étudiants, dettes de cartes de crédit, des prêts pour l' acquisition de biens de consommation coûteux, comme les voitures, etc. Les tranches de la saucisse étaient d'abord notées "senior" ou même "super-senior" (ce qui voulait dire que leur détenteur serait payé), puis venaient des notes moins prestigieuses - et ainsi de suite, jusqu'au bas de l'échelle. Plus le remboursement avec intérêts paraissait certain, plus le produit était cher . "
Suzan George

Ou l'économie pour les nuls. Description imagée des CDO (pour collateralized debt obligation, en français : « obligation adossée à des actifs »), structure de titrisation d'actifs financiers de nature diverse. Il s'agit de titres représentatifs de portefeuilles de créances bancaires ou d'instruments financiers de nature variée. Au même titre que la titrisation et les dérivés de crédit, ces produits de finance structurés sont issus de montages complexes, répondant à différents besoins tels que réduire les coûts de refinancement, exploiter des opportunités d'arbitrage et surtout se défaire du risque de crédit (Wikipedia).

Lu dans:
Suzan George. Leurs crises, nos solutions. Albin Michel. 2010. 367 pages. Extrait page 65.

jeudi, novembre 24, 2011

L'arôme du pouvoir

"On ne meurt jamais d'une indigestion de compliments."
Jean Louis Debré

Ministre sous Chirac, Jean-Louis Debré s'amuse encore à la seule évocation des échanges autour de la table du Conseil des ministres. De Raffarin ("Monsieur le Président, vous avez été formidable") à Fillon ("Monsieur le Président, je voudrais vous dire avec gravité et émotion tout la confiance que je vous porte"), la gratitude est directement proportionnelle à la crainte d'être éconduits par le simple fait du Prince, mais comme le souligne Sarkozy, émoustillé par un si grand éloge: "Ce peut être important de se dire qu'on s'aime". Nobles pensées, émaillant les missiles et les turpitudes grouillant sous la nappe, parfois au-dessus, d'un monde insensible à la pitié. Détail amusant parmi d'autres: un café est servi au Président, les autres en hument l'arôme. La majesté se décline dans les détails.

Lu dans:
Bérengère Bonte. Dans le secret du Conseil des ministres. 2011. 260 pages. Editions du Moment. Extrait p. 143.

mardi, novembre 22, 2011

Sagesse de Rilke

"Et pourtant tout ce qui nous touche, toi et moi,
nous rassemble comme rassemble un coup d'archet ,
qui de deux cordes ne fait jaillir qu'une voix."
RM Rilke
Lu dans:
RM Rilke. Oeuvres poétiques et théâtrales. Gallimard. 1997.
cité dans. Stéphane Hessel. Tous comptes faits. Libella-Maren Sell. 2011. 198 pages. Extrait p. 58

dimanche, novembre 20, 2011

Dépasser est un plaisir bref

"Au même titre que la calamité du raccourci, qui s'avère toujours le plus long chemin entre deux points, la malédiction de la mauvaise file semble être une loi universelle de la conduite."
P. Barthélémy
L'autre voie avance-t-elle vraiment plus vite ? Guère. Deux chercheurs de Stanford démontrent dans Nature que ce problème crucial n'existe pas. Dès qu'un bouchon se forme, les deux files évoluent à la même vitesse même si, par moments, une file ralentit alors que l'autre progresse. Au bout du compte, on est dépassé autant que l'on dépasse. Cependant, ces deux phénomènes ne sont pas symétriques dans leur distribution temporelle. Sur les dix minutes, on passe moins de temps à doubler qu'à être doublé. Cela est dû à l'écart entre les voitures. Lorsque celles-ci sont à l'arrêt, pare-chocs contre pare-chocs, les chanceux de la file voisine peuvent en dépasser trois en une seconde. En revanche, comme les automobiles qui roulent sont séparées par une certaine distance, on ne sera jamais dépassé par trois véhicules en une seconde... L'impression que l'autre file est plus rapide provient de cette dissymétrie. Dépasser est un plaisir bref, être dépassé une torture longue. Nos vies aussi sont des chemins, où nous sommes dépassés en permanence. Vraiment?


Lu dans:
Pierre Barthélémy. L'autre file avance-t-elle vraiment plus vite ? Le Monde. Planète. 18.11.11.

samedi, novembre 19, 2011

Redécouvrir l'enfant rieur

"Qu'est devenu cet enfant rieur que j'aurais voulu être et qui vit toujours en moi?"
Henry Bauchau

.. se demande Bauchau à la fin de son récit, écrit et publié alors qu'il s'approche des cent ans. Question intéressante que nous nous pourrions tous nous poser, à l'instar de cette émission télévisée qui interrogeait "qu'avez-vous fait de vos vingt ans?" Découvrir simplement que cet enfant existe encore en nous, et ne demande qu'à casser la coquille, est déjà une victoire.

Lu dans :
Henry Bauchau. L'enfant rieur. 2011. Actes Sud. 336 pages.

Ces enfants qu'on élève

"Fils (fille): le terme "fils" porte la notion de transmission. Elever un enfant, c'est comme monter un mur, un travail jour après jour."

Pour la première fois, je découvre le sens double du mot "élever" un enfant. C'est surprenant.

Lu dans:
Brigitte Giraud. Pas d'inquiétude. Stock. 2011. 270 pages.

vendredi, novembre 18, 2011

La crise touche tous les secteurs

"Entre 2010 et 2011, une différence de 2.000 décès en Belgique inquiète le secteur des pompes funèbres."

Lu dans la presse du vendredi 18 novembre 2011.

Qui a écrit que la nourriture des uns est le poison des autres?




jeudi, novembre 17, 2011

Espérer

"Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre. (..) Nos désirs vont s’interférant, et dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé."
M. Proust

... "ce sentiment funeste et doux, l'espérance", décrit par Raymond Aron qui rapporte que dans les premiers camps de la mort, un prisonnier était libéré chaque jour pour bonne conduite. A lui seul, il remplaçait utilement les barbelés, les clôtures et les miradors.


Lu dans :
Marcel Proust. A la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, volume 2

mercredi, novembre 16, 2011

Je rêve d'une vie

"Mon histoire est vraie parce que je l'ai complètement inventée."
Bernard Shaw

... ainsi des grands mythes fondateurs de l'humanité et des récits de vie construits progressivement - volontairement ou non - par transmission orale ou écrite. Le livre "Les rêves de mon père" a ainsi sans aucun doute participé à l'ascension d'Obama en donnant un fil rouge à ce qui n'était au départ qu'une simple existence parmi des millions d'autres.


mardi, novembre 15, 2011

Faire une recherche

"La capacité à donner du sens à l'information pléthorique, éparse et hétérogène qui compose notre environnement, représente un enjeu majeur pour réaliser la transition nécessaire de la société de l'information vers les sociétés du savoir."

Préoccupation majeure des enseignants dans des auditoires où Google a remplacé simultanément le Grand Robert, le Bon Usage de Grévisse, le Collins et l'annuaire téléphonique. Quand une recherche sur un terme aussi désuet et abscons que "concupiscence" ne demande que 0.08 secondes pour collecter 721 000 références, quand 4.000 livres sont édités chaque jour dans le monde (58.000 nouveaux titres en 2006 pour la France), quand la notion de "faire une recherche" a substitué au travail d'une vie de bénédictin la capacité de pouvoir aligner trois mots-clé sans même plus se tracasser de leur orthographe, le métier d'enseignant prend une autre épaisseur.


Vers les sociétés du savoir. Rapport UNESCO 2005
Jean Pierre Aerts. La simplicité est payante. La Libre Entreprise. 12.11.11. p.9

lundi, novembre 14, 2011

Le bonheur est à l'hyper

"Les contraintes du passé n'étaient peut-être pas très épanouissantes mais elles avaient l'avantage d'être rassurantes.Elles offraient un enracinement et des repères stables aux individus. L'abondance des possibles peut recéler le danger d'être écrasé par la difficulté de choisir."
F. Lenoir

La naissance conditionnait le destin individuel: on héritait du métier de son père et on se conformait au mode d'existence de sa catégorie sociale. Aujourd'hui, on peut choisir son métier, son lieu de vie, on pourrait même changer de sexe par opération chirurgicale. Se promener dans un hypermarché nous expose à 25.000 références d'articles divers. Nous a-t-on enseigné qu'on peut (bien) vivre avec 150? Nous étouffons sous les possibles.


Lu dans:
Frédéric Lenoir. Petit traité de vie intérieure. Plon . 2010. 195 pages. Extrait p.86

samedi, novembre 12, 2011

Automne dense

"Le soir tamise son or entre les branches
Un nouvel hiver ne tardera pas à venir.
Les feuilles himides du parc brûlent
Frémissement de lumière sous les auvents.
Les mamelles de l'automne sont pleines..."
A. Calinas
Lu dans :
Antonio Calinas. Automne dense. trad Claude de Frayssinet. Actes Sud.
dans Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie. 2010. 955 pages. Extrait p.601

Le jour où la pluie...

"La triste, triste terre rouge
Qui craque, craque à l'infini
Les branches nues que rien ne bouge
Se gorgeront de pluie, de pluie
Et le blé roulera par vagues
Au fond de greniers endormis."
Le jour où la pluie viendra. 1958

L'eau, source future de conflit entre les peuples plus cruciale encore que le pétrole ou la terre. Je croyais être économe de son usage, l'évaluant à quelques litres quotidiens. La lecture de Suzan George me dessille les pupilles: j'appartiens à ces individus occidentaux aisés qui en consomment quotidiennement et indirectement dans les 3.000 litres par jour (refroidissement des centrales énergétiques, fabrication des puces de nos PC, production de l'essence qui nous transporte, des habits que nos portons, de la viande que nous mangeons..). La crise de l'euro est multiforme, et on perçoit chaque jour que de simples mesurettes ne suffiront guère.

Lu dans:
Suzan George. Leurs crises, nos solutions. Albin Michel. 2010. 367 pages. Extrait page 323.
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jeudi, novembre 10, 2011

Une vie à attendre maman

"Un enfant éperdu (..) sur le palier, attendant maman. C'est ainsi que nous sommes, cherchant à corriger les douleurs du passé dans notre avenir. Il faut que l'interprétation soit donnée, que cet enfant enragé et désespéré soit nommé, décrit et un jour intégré pour qu'il cesse de gouverner l'adulte."
Jacqueline Harpmann.

Courte méditation la semaine passée sur la tombe des parents, arrêt sur image dans un film en noir et blanc. Etonnant de se dire que tous mes souvenirs d'eux datent d'avant cette pierre bleutée et nue endormie sous les feuilles de novembre, relayés par les souvenirs que nos propres enfants auront de nous. On passe rapidement du stade d'enfant à celui d'ancêtre. Mieux vaut avoir été un enfant heureux.

Lu dans:
Jacqueline Harpmann. Ecriture et psychanalyse. Ed. Mardaga. 2011. 144 pages.

mercredi, novembre 09, 2011

La solution du problème

"Il ne faut pas demander à ceux qui ont créé un problème de le résoudre."

Glané sur France Inter ce matin, la phrase en réfère à l'aphorisme d'Albert Einstein "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré». La page spéciale du Soir alignant les portraits successifs des responsables politiques qui auraient payé la crise en perdant leur fonction en constitue la plus belle illustration.

mardi, novembre 08, 2011

Tapis de feuilles

"Les herbes se couvrent
d'automne
Je m'assieds."
Matsuo Bashô (1644-1694)

Après la splendeur des ocres et des roux, l'inimitable sensation des feuilles foulées sur le sol humide de nos jardins et prairies. Les vins jeunes sont dans leurs cuves en attendant une commercialisation festive, après les prix littéraires et avant les agapes des grands saints Eloy, Barbe et Nicolas: la perte de la lumière se compense.

dimanche, novembre 06, 2011

Eloge de la métamorphose

"Selon le sinologue François Jullien, la remarque souvent citée qui veut que l'idéogramme chinois signifiant « crise» combine les notions de « danger» et de «bonne occasion» est en réalité une reconstruction occidentale. Le caractère chinois fait plutôt penser à la détente de l'arbalète, c'est un mécanisme de libération. Ainsi, en grec, en chinois et, pour autant que je sache, dans d'autres langues, le mot transmet le sentiment d'un avant et d'un après, dune accumulation de tensions et d'un brusque et bref passage entre plusieurs voies possibles: c'est I'instant crucial du carrefour qui détermine l'avenir."
(communication personnelle de F. Jullien à Susan George)

La crise qui se creuse et s’amplifie conduit-elle au désastre ou au dépassement ? Pour Edgar Morin, l'hypothèse d'un effondrement qui rappellerait celui qui faillit éliminer la vie à la fin du primaire est possible. Quelques rares espèces avaient survécu puis de nouvelles espèces étaient apparues. Le chaos peut être destructeur, mais peut aussi être l’ultime chance d’une métamorphose pareille à celle de la chenille en papillon. Quand la chenille entre dans le cocon, elle commence un processus d'autodestruction de son organisme de chenille, et ce processus est en même temps celui de formation de l'organisme de papillon, lequel est à la fois le même et un autre que la chenille. Il reste à imaginer à quoi pourrait ressembler notre société métamorphosée de larve en papillon.

Lu dans:
Susan George. Leurs crises, nos solutions. Albin Michel. 2010. 366 pages. Extrait page 30.
Edgar Morin. Vers l'abîme? Herne Ed. 2007. Collection : Carnets de l'Herne. 181 pages.

Sagesse des contes de fée

"Taches? Rides? Teint terne ? En seulement deux semaines les taches sont réduites, les rides lissées, la peau retrouve sa fermeté et sa luminosité profonde.L'ombre des années s'estompe, votre visage s'éclaire d'une nouvelle jeunesse. "
Publicité Clarins. Sérum Capital Lumière


Un conte de fées pour adultes, mais pourquoi diable vouloir estomper l'ombre des années?

samedi, novembre 05, 2011

Simplement la vie

"Le jour est revenu. Avec lui pas forcément le bonheur ou la joie de vivre. Mais la vie. Simplement la vie. La conscience absolue d'être en vie. "
F. Lefèvre.

Hier j'ai croisé un joueur de boules, seul au soleil levant. Il devait avoir 80 ans, tout blanc, tout cassé, tout chiffonné. Je lui ai demandé où étaient ses coéquipiers. "Ils dorment, et moi je m'entraîne." J'ai souri, sa rencontre m'avait fait du bien.


Lu dans
Françoise Lefèvre. Se perdre avec les ombres. Editions du Rocher 2004. 200 pages. Extrait p.129

vendredi, novembre 04, 2011

Sagesse de Sibérie

"Quinze sortes de ketchup. A cause de choses pareilles j'ai eu envie de quitter ce monde."
Sylvain Tesson.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie... et dix-huit bouteilles de sauce Heinz Super Hot Tapas - trois par mois - emportée par l'auteur dans sa cabane au fond des bois en Sibérie. Un récit long comme le temps d'une retraite volontaire pour se réapproprier le temps, la solitude, l'espace et le silence qui commencent à se faire rares dans son existence quotidienne. Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Je n'ai pas encore lu le livre, nominé pour le Renaudot qui lui aura en définitive échappé d'un fifrelin. Ma question demeurée sans réponse: mais pourquoi donc est-il revenu? Pour les quinze sortes de ketchup, pour la douce chaleur des villes, ou pour retrouver cet univers quotidien tissé de quelques dizaines de liens humains enchevêtrés, infimes et essentiels, qui nous donnent une raison de vivre? Et vous.

Lu dans:
Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. 2011. 288 pages. Extrait page 21

lundi, octobre 31, 2011

Le rêve de mon père

"J'ai rêvé de mon père. Il était jeune et sage à la fois, la nuit permet de pareils raccourcis. Il m'attendait à la sortie de l'école, m'a emmené chez mes grands-parents. Je me suis réveillé habité par tout le bonheur du monde."
Plus que toute autre fête religieuse, la Toussaint peut nous rassembler au-delà de nos convictions philosophiques. Instant fugace où l'athlète mesure le chemin parcouru, la force de son élan, la trajectoire du vent et l'énergie accumulée avant le saut. Le passé conditionne notre futur, peuplé d'êtres chers qui nous renforcent.


Lu dans:
Le carnet Moleskine. Eranthis. 2011. 88 pages. p.45.

vendredi, octobre 28, 2011

Un mouchoir pour le bonheur


"Jeanne
Enfin je vais vous dire
Combien je soupire
Vous êtes si loin
Si loin d'ici
Les siècles nous séparent
Et mon cœur s'égare
Un amour subtil
L'a appris
Et je chante ma peine
Loin de celle que j'aime
L'âme pleine de
Mélancolie".
Laurent Voulzy. Jeanne

Un opus tout frais de Laurent Voulzy, doux rêveur pétri de mélancolie, qui sait se faire attendre pour mieux nous enchanter et nous faire aimer ce long weekend de passage à l'heure d'hiver, de Toussaint et de souvenirs. Entendu dans l'auto ce matin, ce superbe morceau m'est resté dans les oreilles toute la journée, du meilleur Voulzy.

L'usage paisible des libertés

"Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habituent à s'en servir. Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté. »
Alexis de Tocqueville

Lu dans:
Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique, T. 1, première partie, chap. IV, « Du système communal en Amérique »

mercredi, octobre 26, 2011

La haine a une fin

"J'ai vécu comme un chien, je meurs comme un homme. Ton pardon me ressuscite."
Marguerite Barankitse

Rescapée des massacres ethniques au Burundi, Marguerite Barankitse anime la Maison Shalom et des centres de soins pour femmes et enfants, quelle que soit leur ethnie.

Sagesse des vaches à lait

"On distingue quatre types de vaches: les laitières, les vaches à viande, les races mixtes et les rustiques. Et un cinquième, les "vaches de réforme" désigne les vaches abattues pour production insuffisante, stérilité, troubles infectieux ou de la locomotion."

Si l'anthropomorphisme, répandu dans la culture cinématographique, les consoles de jeu et la BD, peut être défini comme l'attribution de caractéristiques comportementales ou morphologiques humaines à des animaux, on ne peut être optimiste.



Lu dans:
H.Heyrendt et L.Centrella. Le boeuf dans tous ses états. Momento. LLB 22.10.2011. p.15

lundi, octobre 24, 2011

Le Capitole est au bout de la Roche tarpéienne

« Ce n’est pas que je suis plus intelligent que les autres, c’est que je reste plus longtemps avec les problèmes »
A. Einstein.

Le mérite des grands hommes résiderait-il non pas tant dans la gestion des succès que de celle de tirer le meilleur parti de leurs échecs? Après 481 jours, la 6e réforme de l’Etat belge est un échec en termes de négociation, après 482 jours, c’est un succès! Quand Edison, au terme de milliers d’essais découvre l’ampoule électrique, il peut se féliciter de ne pas faire partie de ceux qui abandonnent sans réaliser combien le succès était proche. Et si l'échec est inéluctable, d'aucuns passeront maîtres pour en valoriser les fragments. Dans un feu qui se meurt, il y a des braises chaudes, dans une guerre perdue, des batailles gagnées. Dans un échec, il y a des succès à exploiter.

Lu dans :
Dr. Ir. Daniel Lebeau. Vouloir apprendre. Un atout synergique pour le développement
personnel, économique et sociétal. Conférence (14 octobre 2011)

dimanche, octobre 23, 2011

Une bonne pub commence par un bon sujet

"Aucune chasse ne vaut la chasse à l’homme. Ceux qui ont longtemps chassé des hommes armés et ont aimé ça ne trouvent plus jamais saveur à autre chose. »
Ernest Hemingway.
Le lynchage sanglant de Kadhafi en video, précédée d'une bande annonce pour Belgacom et terminée par celle pour le Tintin de Spielberg, constitue un excellent raccourci de notre époque. Sur le site du journal La libre Belgique hier, qui nous avait habitué à plus de discernement.

A jour frisant

"Comme un chemin à l'automne
à peine l'a-t-on balayé
qu'il se couvre à nouveau de feuilles mortes."
F. Kafka
La lumière décroît sur nos journées d'octobre, si pareilles à ce sentier d'automne.

Lu dans:
Les aphorismes de Zurau. Franz Kafka. Gallimard. 2010. 142 pages. Extrait p.15

Toute ressemblance avec ..

«Celui qui recherche la vengeance devrait commencer par creuser deux tombes.»
Confucius

vendredi, octobre 21, 2011

Nous sommes sauvés

“Il y a deux sortes de bergers : ceux qui s'intéressent aux gigots et ceux qui s'intéressent à la laine. Aucun des deux ne s'intéresse aux moutons.”
Henri Rochefort.
Je découvre cette amusante réflexion en même temps qu'un article de ma presse matinale se réjouissant des investissements avisés du Qatar sur notre vieux continent aux abois. La manne divine s'abat sur l'industrie automobile, la grande distribution, l'énergie éolienne, les clubs de football, les chocolats Galler, les slots gaziers de Fluxys, le décathlonien belge Freddy Herbrand, les immeubles à appartements de Malmédy... Nous sommes sauvés.

Lu dans:
Christophe Lamfalussy. Le Qatar investit en silence. LLB 20.10.11

jeudi, octobre 20, 2011

Fais-moi peur

"La droite ridiculise la peur absurde du marché et de la libre entreprise mais insiste sur l’insécurité urbaine et la déliquescence des mœurs. La gauche n’est pas en reste qui se moque du chantage au terrorisme, à la délinquance - un fait-divers n’est qu’une diversion à ses yeux - mais elle-même souligne les dangers de la mondialisation, du réchauffement climatique".
P. Bruckner
Tous les bergers le savent: la peur du loup rassemble le troupeau. Mais est-elle bonne conseillère pour les humains?

Lu dans:
Pascal Bruckner. Le fanatisme de l'Apocalypse. Grasset. 2011. 280 pages

mardi, octobre 18, 2011

Mazarinade

"Ce prélat est une pie qui convoite tout ce qui brille. Lorsqu'il lorgne sur un décolleté, il n'en admire pas les rondeurs mais le collier."
Alain Baraton, évoquant Mazarin.

Lu dans :
Francis Mathys. Vice et Versailles. Lire de LLB. 17.10.2011. p. 4
Alain Baraton. Vice et Versailles. Grasset. 2011. 204 pages.

La force des contes

"Une cage s'en fut chercher un oiseau."
F. Kafka

On a comparé les pubs TV suivant le JT aux contes de notre enfance: elles se terminent toujours par "ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants", et à la fin il est temps pour les enfants d'aller dormir. Heureux? J'admire le savoir-faire des marchands de rêve, paré des plus beaux atours pour la chasse aux oiseaux que nous sommes.


Lu dans:
Les aphorismes de Zurau. Franz Kafka. Gallimard. 2010. 142 pages. Extrait p.26

lundi, octobre 17, 2011

Lire l'actualité

Ecouter avec une oreille à la fois enfantine et millénaire, rêveuse et attentive, capable de percevoir "la voix de fin silence" qui irrigue le temps depuis les origines, soupire dans notre propre souffle, chuchote dans le bruit sourd de notre propre sang, et sans fin luit à l'horizon du temps. .
Sylvie Germain

Je termine la lecture du journal du matin avec perplexité. "On sent l'éclat d'une nouvelle page, où tout encore peut devenir" (Rainer Maria Rilke), mais vers quel avenir? Comment trouver "l'oreille enfantine et millénaire" qui sommeille en nous nous permettant de décrypter l'actualité quotidienne avec sagesse sans nous détacher du monde. Mieux, en nous y engageant davantage? Pas simple.


Lu dans
Sylvie Germain. Songe du temps. Desclée De Brouwer. Littérature ouverte. 2003. 110 pages. Extrait p. 26.
Rainer Maria Rilke. Livre de la vie monastique.

samedi, octobre 15, 2011

La force des choses infimes

La délicatesse tragique d'une paire d'ailes [du papillon] ,
cette "plume ajoutée au poids des ans".
Erri De Luca

Tous deux pétris d'années, le vieux chasseur emporte sa proie, la dernière qu'il tirera jamais, le roi des chamois arrivé au terme de son existence. Le combat fut inégal, et l'homme l'a emporté. Il peine à avancer, le souffle court, les épaules en feu. Un papillon se pose sur les bois du chamois. Son insignifiance s'ajoute au poids des ans et déséquilbre l'ensemble, le vieux tombe et meurt sous son trophée. On retrouvera leurs deux dépouilles inextricablement mêlées à jamais sous la neige.

Lu dans:
Eri De Luca. Le poids du papillon. Gallimard. 2009. 83 pages

vendredi, octobre 14, 2011

Un être en ordre auprès de moi

"... comme la lumière se pose sur le miroir
petite la lumière, miroir minuscule,
un être en ordre croissait tout près de moi
et rassénérait mon désordre.
J'aimai sa perfection limitée."
Francisco Brines.
Ces mots d'amour à la personne disparue font écho à tant de confidences partagées en consultation, encore cet après-midi, qu'ils m'apparaissent soudain universels. La place que nos proches occupent en nous se révèle souvent au moment précis où ils disparaissent de notre horizon. Brûlure parfois insupportable, à laquelle le temps qui passe n'apporte que peu de baume. Réapprendre à dire "je t'aime" de son vivant.

Lu dans:
Francisco Brines, dans Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie 2010. 955 pages. Extrait p.565

jeudi, octobre 13, 2011

Les petits cadeaux entretiennent l'amitié

"Dans ce monde , il faut être un peu trop bon pour l'être assez."
Marivaux
Rien à voir, quoique. Vu hier soir un bout d'émission sur France2 narrant les visites d'amitié que les politiques français et leurs intermédiaires se devaient de faire avant les élections à Omar Bongo, président du Gabon. Visites se soldant par la remise d'une valise bourrée de coupures de cent euros ("on n'aurait plus su en rajouter une seule tant c'était serré"), acquise au terme d'une petite liturgie immuable: ramper à genoux devant son hôte, à qui on lavait les pieds dans un bassin, et en boire quelques gorgées d'eau ensuite en signe de respect et de gratitude. La scène est rapportée par un ancien ministre gabonais, actuellement domicilié en France, qui assure que les interlocuteurs, quel que soit leur niveau ne rechignaient guère à cet innocent rituel culturel somme toute. Ne se disait-il pas que "la France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant", venu de ce Gabon au pétrole abondant qui, avec un PIB équivalent à celui du Portugal, n'a construit que 5 km de routes par an et possède un des taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde.

Lu dans :
La transmission, chemin vers l'autre ou chemin vers soi? Weyrich. 2011. 183 pages. Extrait p.170

mardi, octobre 11, 2011

Sagesse de Youtube

"La beauté sauvera le monde."
Tzvetan Todorov
Entre petit-déjeuner et mise en route pour les visites de patients à domicile, je m'offre quelques minutes du Déluge de Michelangelo Falvetti, interprété par l'Ensemble Cappella, capté par le RTBF et archivé sur You Tube. Moment d'évasion salutaire pour le mental, comme on remet les chaises en place sous la table avant de quitter les lieux.

Le beau structure et l'époque actuelle nous gâte par la large diffusion de perles à découvrir au hasard de nos journées. Dehors il pleut, une pluie tiède qui panse plus qu'elle n'agresse, l'automne est là, belle saison où l'on range les fruits et fait provision de couleurs pour l'hiver.

lundi, octobre 10, 2011

Sagesse du vin de paille

"L'automne a enfilé son chandail de grisaille
les châtaignes grésillent.
Nous casserons les noix
boirons le vin de paille
le grand panier est plein de bois."
Alice Guitton.

Lu dans:
Alice Guitton. Ecrits de ma cabane. Ed.Pailles. 2011. 96 pages.

samedi, octobre 08, 2011

La queue de la comète

" Ma vie. Quand je pense à ces mots, je vois devant moi un rayon de lumière. Et, à y regarder plus près, je remarque que cette lumière a la forme d'une comète et que celle-ci est pourvue d'une tête et d'une queue. Son extrémité la plus lumineuse, celle de la tête, est celle de l'enfance et des années de formation. Le noyau, donc sa partie la plus concentrée, correspond à la prime enfance, où sont définies les caractéristiques les plus marquantes de l'existence. J'essaie de me souvenir, j'essaie d'aller jusque-là. Mais il est difficile de se déplacer dans cette zone compacte : cela semble même périlleux et me donne l'impression d'approcher de la mort. Plus loin, à l'arrière, la comète se dissout dans sa partie la plus longue. Elle se dissémine, sans toutefois cesser de s'élargir. Je suis maintenant très loin dans la queue de la comète : j'ai soixante ans au moment où j'écris ces lignes."
Tomas Tranströmer.


Court hommage au dernier prix Nobel de littérature, hémiplégique, aphasique, qui communique encore en jouant du piano d'une seule main les diverses oeuvres que ses amis compositeurs ont écrites pour lui. La queue de la comète recèle de beaux restes.


Lu dans.
Tomas Tranströmer. Le Castor Astral. 2004. 101 pages.

Chère chair

"Comme Libellule, qui est un insecte à quatre ailes, et qui contient autant d'l dans le mot qui le désigne."
Bernard Pivot

Plaisir de lire Pivot, gourmet de mots comme la "chair" et la "chère" qui ne s'écrivent pas de la même façon mais relèvent du même appétit, comme l'"ego" qui garde l'accent pour lui, ou de l'amusant mot "coït" car l'orthographe lui correspond bien.


Lu dans
"Les mots de ma vie". Albin Michel. 2011. 364 pages

jeudi, octobre 06, 2011

Les âges d'un siècle

"Au fond, les choses se sont déroulées ainsi au XXème siècle : il y a d'abord eu la naissance du bonheur; en tout cas, le droit au bonheur et l'accès aux loisirs et aux vacances. Ce sont les années 1930, le Front populaire. Ensuite, nous sommes passés à la seconde étape de notre progression ; une étape qu'on peut appeler le droit à l'insatisfaction. Elle est apparue dans les années 1970, avec la légalisation de l'avortement, et du divorce bien sûr. On oublie parfois que l'adultère était interdit par la loi jusqu'en 1975. Nous avons ainsi acquis le droit de juger notre bonheur. Et nous voilà maintenant, dans là troisième étape, peut-être la plus douloureuse : celle de l'hésitation permanente. Nous avons le bonheur, nous avons le droit de ne pas être satisfaits de ce bonheur, alors s'ouvre à nous la multiplicité des routes. Quel est le chemin à prendre? Je ressentais profondément la tonalité moderne de mon malaise. Je voulais une vie et son contraire. J'étais amoureux de Louise, j'aimais notre vie et notre enfant, et pourtant il m'arrivait d'étouffer. Je me disais que mon bonheur était peut-être ailleurs, dans une autre ville, avec une autre femme. L'idée de cette possibilité me rendait sec."
David Foenkinos

Lu dans :
David Foenkinos. Les souvenirs. NRF Gallimard. 2011. 266 pages. Extrait p. 251

dimanche, octobre 02, 2011

La sagesse des souvenirs

"Cela me rendait fou de la voir partir. Je n'avais plus la moindre idée sur nous (..) Pendant des années je m'étais senti seul: et je découvrais maintenant qu'il faut être deux pour ressentir réellement la solitude."
D. Foenkinos

J'avais aimé le précédent livre La délicatesse. J'ai été sous le charme de son dernier ouvrage Les souvenirs. Pas de véritable intrigue, des sentiments éternels pour des situations très actuelles vécues par des adultes-ados pas toujours bien amarrés: la mort des proches, les amours, les séparations et la vie comme elle vient car "c'était peut-être ça le héros moderne: l'homme (la femme) qui se lève tous les jours pour aller travailler, qui s'occupe de son enfant, planifie les vacances en famille, pense à payer à temps la taxe d'habitation ou l'assurance de la voiture. Il y a de l'héroïsme à vivre cette folie épuisante du concret." Que de cela on puisse faire un ouvrage relève du talent.


Lu dans :
David Foenkinos. Les souvenirs. NRF Gallimard. 2011. 266 pages. Extraits p. 207, 251

Un phare dans la nuit

"J'avais envie de traîner ; j'avais envie de me libérer d'un poids qui subitement m'étouffait ; j'avais envie de boire. J'ai marché un peu, avant de repérer au loin une enseigne clignotante. La version alcoolique du phare. Le néon n'attirait pas les bateaux mais plutôt les dérives. "
D. Foenkinos
Deux lignes, un vrai tableau. Van Gogh a peint l'inoubliable Terrasse de café, la nuit. Le court texte de Foenkinos me l'a remis en mémoire.


Lu dans:
David Foenkinos. Les souvenirs. NRF Gallimard. 2011. 266 pages. Extrait p. 165

samedi, octobre 01, 2011

Paradis perdu

"Il aimait le pain, il aimait le jambon, mais sa femme avait pris le soin d'ajouter une mayonnaise maison divine. Cette mayonnaise surpassait tout, cette mayonnaise cristallisait la beauté de son plus beau souvenir. Des années plus tard, il avait demandé à sa femme: « Peux-tu refaire ta mayonnaise? » Elle avait répondu: « Je ne me souviens plus de la recette. » Mon grand-père n'acceptant pas cette réponse, y voyant sûrement bien davantage que l'oubli d'un ingrédient, y voyant la fin d'une époque, y voyant quelque chose de tragiquement révolu, harcela sa femme pour qu'elle reproduise la fameuse mayonnaise. Il resta des heures en cuisine avec elle, goûtant chaque tentative, s'emportant pour un zeste de citron mal venu. Rien à faire, il n'avait aucun moyen de retrouver cette forme étrange de paradis perdu. "
D. Foenkinos
Lu dans
David Foenkinos. Les souvenirs. NRF Gallimard. 2011. 266 pages. Extrait p. 19

mardi, septembre 27, 2011

L'improbable et le possible

"Car chaque individu est la preuve vivante qu'un évènement improbable peut se produire".
Max Dorra

Notre existence est un pied-de-nez à l'espérance statistique et une illustration de l'espoir humain, du refus de ne pas se laisser contaminer par le calcul des probabilités pour lequel « un évènement improbable ne se produit pas». Nous sommes tous un évènement improbable qui s'est produit.


Lu dans:
Max Dorra. Quelle petite phrase bouleversante au coeur d'un être? NRF Gallimard. 2005. 292 pages. Extrait p.151

dimanche, septembre 25, 2011

Simple, sauvage, silhouette avenante

"La persicaire, une plante toute simple, facile à vivre, un tantinet sauvage, fleurit jusqu'aux premières gelées. Elle a le bon ton de faner de manière attrayante et de garder une silhouette intéressante après la floraison."

Tout un programme pour les humains que nous sommes.


Lu dans:
Marie Pascale Vasseur, Marie Noëlle Cruysmans. La persicaire, une renouée qui a de l'avenir. La Libre. Momento 30 septembre 2011. p.9.

vendredi, septembre 23, 2011

Valises, popotins et parachutes

"Quand on voit ce qu'on voit, et qu'on entend ce qu'on entend, on a raison de penser ce qu'on pense!"
Coluche

Quand on appartient à une époque où une valise servait à abriter nos petites laines en vacances, où un président de la République rentrait après le boulot dans sa lointaine province auprès d'une épouse qu'on appelait tante Yvonne, et où un chef d'entreprise qui aurait gagné dix fois autant que ses ouvriers poussait le bouchon un peu loin, on ne peut que rêver en parcourant la presse. Des valises pleines de billets issus de pays plus pauvres que pauvres, un président du conseil dans la Ville éternelle qui commente avec des mots de soudard les vertus du postérieur de son homologue allemande, des émoluments de chef d'entreprise à peine imaginables au commun des mortels, au secours Coluche, reviens.


Lu dans:
Raphaël Enthoven. Le philosophe de service. NRF Gallimard. L'infini. 2011. 112 pages. Extrait p. 62

A Paris sur la terre

« Des milliers et des milliers d'années ne sauraient dire
La petite seconde d'éternité où tu m'as embrassé,
Où je t'ai embrassée, le matin dans la lumière
Au Parc Montsouris à Paris
À Paris, sur la terre.
La terre qui est un astre »
Jacques Prévert

Un nouveau jour se lève. Contiendra-t-il un de ces moments d'éternité qui bout-à-bout font notre histoire? Ces étincelles où on se sent à la fois plus petit qu'un grain de sable et en même temps dilaté dans tout l'univers, où on touche à la fois le quotidien et l'éternité. Comme le dit joliment Danielle Quinodoz, c'est la petite seconde chronologique dans laquelle s'engouffre un sentiment d'un autre temps.


Lu dans.
Colette Mesnage. Eloge d'une vieillesse heureuse. Ed Le Relié 2011. 251 pages. Extraits pp 247

jeudi, septembre 22, 2011

L'un et l'autre

"Dans chaque homme, il y a toujours deux hommes, et le plus vrai c'est l'autre."
Jorge Louis Borges

Le vieux Borges rencontre un jeune homme qui lui ressemble étrangement et ne se reconnaît guère: "les pêcheurs à la ligne voient leur passé s'enfuir lentement dans le miroir des rivières sans retour - River of no return..." Les images de nous-mêmes se succèdent par modifications successives et imperceptibles - comme au temps où les images sur pellicule créait le mouvement par de subtiles différences - entrecoupées ci et là de ruptures. Etrangement, ce sont ces accidents dans le film dont on se remémore le mieux et qu'on raconte le soir à la veillée, abandon d'un aimé, perte d'emploi, rêve qui se fracasse.
Ayant perdu toute mémoire, un vieil homme m'a raconté cette semaine le jour précis où son existence s'est arrêtée avec la perte de son emploi, mais aussi ses premières vacances dans le sud de la France sous un bout de toile cousue dont il avait fait une tente. Mises bout à bout ces interruptions du quotidien nous créent une histoire qui se laisse raconter de mille manières selon que l'humeur soit sombre ou ensoleillée. A le voir tout gris, tout cassé, bavant un peu, cherchant ses mots, on éprouve quelque peine à l'imaginer à la Maison du peuple chantant l'Internationale juché sur une chaise, ou descendant sur Avignon à moto. Ce fut lui et c'est toujours lui, successivement.


François Bott. Eloge du contraire. Editions du Rocher. 2011. 104 pages. p. 74

mardi, septembre 20, 2011

La météo qu'on aime

"Cette nuit dans la bande des 20 milles entre Penmarc'h et l'Anse de l'Aiguillon, le vent sera moyen selon échelle Beaufort, les rafales peuvent être supérieures de 40 % au vent moyen,avec une dépression de 977 hectoPascal, centrée entre l'Islande et le Sud du Groenland, se décalant lentement vers les îles Féroé en se comblant. La mer sera belle à peu agitée, avec une houle d'ouest-nord-ouest de 1 à 2 mètres. Le temps sera souvent nuageux à très nuageux, risque de quelques crachins sur le Nord de la zone en seconde partie de nuit. Vent de nord mollissant 1 à 3 vers la mi-journée avant de s'orienter secteur nord-ouest 2 à 4 jeudi après-midi avec effets de brise."

Poésie de la météo marine, s'engouffrant avec les vents mollissants, la houle, la brise, la brume et le crachin dans l'habitacle de l'auto peu après 20 heures ce soir. Elle me transporte dans le temps, l'espace et ma mémoire familiale en l'espace de quelques secondes. J'en goûte le sel sur les lèvres, la morsure sur le visage et les babillages des gosses heureux dans les oreilles. La beauté se niche dans l'inattendu. Soudain c'est l'automne.

Entre algarade et lazzi

"Algarade, agonir, morgue, morigéner, gabegie, parangon, chafouin, lazzi, objurgation, pugnace, etc. (..) Mots en voie d'extinction, peut-être tout simplement parce qu'ils participent d'une trop belle langue pour notre époque. (..) Qui manie les mots maîtrise le pouvoir. "
Eric de Bellefroid

Lu dans
Eric de Bellefroid. Le juste mot, et son envers. Supplément Lire. LLB. 19 septembre 2011. p.8
Valérie Mandera. L'art du mot juste. 2011. Points 156 p.

dimanche, septembre 18, 2011

Une vérité trop bien construite

"L'entassement des preuves jette un doute sur ce qu'elles prouvent. (..) Quelle meilleure façon de tenir son rang, de jouer son rôle dans la comédie du "petit clan" que d'oublier , un instant, qu'on incarne un personnage? (..) Il faut se mentir à soi-même pour qu'un mensonge ne trahisse pas la vérité."
R. Enthoven


Dire la vérité, écrit Benjamin Constant, n'est un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Excité par les effets d'annonce, je me suis ainsi trouvé parmi les millions de badauds voyeurs à assister à la longue et laborieuse dramaturgie mise en scène par TF1 et Claire Chazal pour réhabiliter DSK. N'étant pas du cercle étroit de ceux et celles qui ont droit à la vérité - son épouse, ses enfants, quelques amis chers qui lui demeurent fidèles - on ne saurait lui reprocher cet exercice construit et tristounet, sa main droite agitant sans relâche comme un grigri le rapport du procureur Vance le disculpant. Observer de son fauteuil cet ex-grand du monde se réfugier ainsi derrière son juge, dire tout le bien qu'il pensait de sa femme, de son "amie" Aubry, de son immense respect pour les femmes et d'une vie entièrement consacrée au seul bien public était néanmoins un exercice salutaire: tout blanchi qu'il fût, sa parole ne compte plus. Une communication à ce point maîtrisée apparaît pire que le silence, qu'il aurait peut-être dû garder.

Lu dans:
Raphaël Enthoven. Le philosophe de service. NRF Gallimard. L'infini. 2011. 112 pages. Extrait p. 70

La crise des ânes

Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient étrange mais son prix était intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain, offrit cette fois 150 € par tête et une autre grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, empruntèrent. Les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés, tentant vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune. Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier. Celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement. Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Transmis par mon fils Pascal, je n'en connais pas la source.

vendredi, septembre 16, 2011

Au-dessus de la clameur du monde

"Dans certaines communautés africaines, dont l'organisation repose non sur l'âge chronologique mais sur l'âge social, la vie est vue comme une succession de paliers ascensionnels. Le vieux est celui qui aura monté tous les degrés, expérimenté tous les stades de la vie, qui sera l'homme accompli. D'un vieillard sourd, on dira : « Il est tellement grand que notre parole n'arrive pas jusqu'à lui."
Bernadette Puijalon

Lu dans.
Colette Mesnage. Eloge d'une vieillesse heureuse. Ed Le Relié 2011. 251 pages. Extraits pp 198

jeudi, septembre 15, 2011

Signes de vie

"Il est mort ! Mais non, on exagère, on exagère! "
Basin , duc de Guermantes (Marcel Proust À la recherche du temps perdu)

Curieuse journée hier, dans un bien curieux pays.

mercredi, septembre 14, 2011

Profs vous êtes vieux

"Profs, vous êtes vieux, et vous nous faites vieillir."
Graffiti lu en mai 68

Devenus eux-mêmes septuagénaire (François de Closets) et sexagénaire (Bernadette Puijalon), des sociologues jettent un regard sans aménité sur une génération dans le refus, la leur, ayant fort investi dans la jeunesse lors de l'éruption de mai 68. Un peu ma génération aussi, même si je n'eus vent de toutes ces clameurs que l'oreille vissée à mon poste transistor Clarville, juste trop jeune pour y être admis. Mais on en rêvait. Maintenant ce sont eux, les vieux profs, qui s'accrochent et ne veulent pas vieillir. Nombreux (le baby boom), ils constituent une force politique, économique, superficiellement libertaire mais qui sait devenir frileuse quand on touche à ses acquis. Qui surinvestit dans les secteurs de loisirs, les placements sûrs, les assurances-pension, les seniories au détriment de l'enseignement, de la création d'emplois, des initiatives solidaires et du développement durable. Qui replacent périodiquement le couvercle sur une casserole qui bout comme une cocotte-minute. Comme le dit joliment Guillebaud, un vieux monde se meurt, un nouveau s'esquisse. Déjà on entend sa respiration même si on ne distingue pas ce qu'il dit. Un peu de patience.

Lu dans.
Colette Mesnage. Eloge d'une vieillesse heureuse. Ed Le Relié 2011. 251 pages. Extraits pp 178, 190