" Ma mère me disait qu’il fallait se moquer de soi-même car comme ça si les gens se moquaient de moi, c’était déjà fait!"
Mustapha El Atrassi
Lu dans:
Vanessa Lhuillier. Ma raison de vivre, c’est travailler. Le Soir. 23 mai 2013.
Minimes, citations et poésie du quotidien
" Ma mère me disait qu’il fallait se moquer de soi-même car comme ça si les gens se moquaient de moi, c’était déjà fait!"
Mustapha El Atrassi
"Qui pèsera ces richesses imaginaires?"
Alain (1.8.1931)
"À quelques mètres de la pierre vivante, l'eau surgit enfin d'une fontaine telle qu'on en voyait au temps des bergers d'Arcadie. La Marne en coulait doucement. Je me suis approché d'elle. Dans le vallon aux violentes odeurs telluriques, elle me murmurait : « Enfin, tu es là. Tu en as mis du temps! » Que pouvais-je répondre? J'ai joint mes deux mains pour la recueillir. Elle avait un goût étrange de menthe et de mousse, pur et coupant. "
"Si je dois tomber de haut
Que ma chute soit lente"
Mylène Farmer, Désenchantée (paroles Laurent Boutonnat)
"Nuit noire, étoiles mortes." Stephen King.Une étrange poésie se dégage de ces étoiles dont on capte encore un long moment la lumière alors qu'elle sont mortes. Que deviennent-elles, dans quel cimetière, pour quel recyclage? Que cachent les mystérieux trous noirs, les y a-t-on parquées comme nos épaves automobiles au rebut? Et si c'était au moment de leur mort apparente qu'y naissait la vie, comme pour notre planète bleue. La mort de l'astre qui autorise la vie sur sa surface, belle allégorie digne de nos plus folles questions métaphysiques.
"Je suis né de confession israélite, mais je me suis assez vite converti au narcissisme!"
Woody Allen
"Vous savez, on peut traverser toute son existence comme une mouche!"
Rabbin Haïm Harboun, à sa communauté un jour de shabbat
"Ma joie je l'ai
je ne lui pose pas de question
La douleur m'a
je l'interroge."
Robert Mallet
"Tu marches
tête baissée
pour éviter les flaques d'eau
et tu rencontres des morceaux
de ciel."
Robert Mallet
"La bulle de savon
tout le possible atteint
tout le parfait vécu
rien de plus rond, plus lisse
mieux clos
mieux irisé, plus céleste
mieux réel
rien de mieux
pour dire
soudain
sans bruit
que tout
n'est plus rien. "
Robert Mallet
"Ouvrant, à la suite de ces souvenirs inopinément resurgis, le carnet bleu de mon père que j'ai gardé précieusement, j'en extrais une anecdote datée du 8 août 1961 :
Sur la route de Vizille à Uriage, dans la lumière jeune du matin qui suivait la pente des montagnes, j'ai vu soudain, inerte au milieu de la route, un oiseau extraordinaire de beauté, un plumage bleu merveilleux, des gris et des blancs d'une délicatesse incomparable. Je me suis approché en poussant un cri d'admiration et de regret et me suis penché pour le ramasser. C'était, froissé, un paquet de Gitanes bleues. (..)
À Munich, un soir, le peintre Vassily Kandinsky rentre chez lui dans son atelier lorsqu'il aperçoit, appuyé contre un des murs, une toile inconnue qui lui paraît positivement merveilleuse; une composition tout à fait originale et inédite. Il s'approche de ce tableau énigmatique déposé là par les fées et, parvenu à quelques pas, prend soudain conscience qu'il s'agit de l'un de ses propres tableaux - un paysage stylisé - posé à l'envers et transfiguré par la lumière du crépuscule. Le lendemain, il a beau le placer de nouveau à l'envers et tenter de recréer l'éclairage de la veille, il ne parvient pas à retrouver la même émotion. Pourtant, le souvenir de ce qu'il a entrevu est si puissant qu'il ne peut se l'ôter de l'esprit. (..) À partir de cette révélation Kandinsky commencera à se livrer à des jeux de formes et de couleurs exempts de toute figuration. Il venait de créer l'art abstrait."
"Si les anges peuvent voler, c'est parce qu'ils se prennent à la légère."
Gilbert Keith Chesterton
"Les enfants ont grandi: impossible de les prendre dans ses bras en rentrant, de les pétrir comme de la mie tiède pour se remplir de toute la force qui manque - à la place des deux petites boules de mie, deux gigantesques ados ont poussé. (..) A cet instant précis, elle pourrait pleurer; elle pourrait pleurer si elle avait encore assez de vie en elle. Elle pourrait pleurer mais elle ne pleure pas. Elle ne remarque même pas ses doigts, sur l'autoradio, qui font défiler les stations, elle n'entend ni les jingles agressifs ni les pubs pour les hypermarchés, elle n'entend plus rien, absente à elle-même, absente au monde. Et puis, soudain, au hasard d'un changement de station, surgit la voix de Michel Berger: sa voix qui la prend tout de suite, portée par quelques notes de piano, sa voix qui lui parle sans même qu'elle écoute les paroles, cette mélodie qui la remplit. En elle, d'un seul coup, quelque chose se rassemble, se fluidifie. L'apaisement est total: « C'est beau. » Le temps de cette émotion esthétique, plus rien n'existe. Elle est tout entière convoquée, tout entière là, enfin présente à elle-même et au monde. C'est beau. Qu' est-ce qui est beau, au fait? La musique, ou ce qu'elle lui fait? (..) Cette émotion ne durera pas, mais elle ressemble à l'éternité. Ce plaisir esthétique est comme un indice, une promesse. La beauté de cette chanson lui souffle que tout n'est pas perdu, rallume au fond d'elle un vieux feu mal éteint: son exigence. Ce qu'elle exige d'elle-même; ce qu'elle demande à la vie. Elle s'appelle Lucie. Et c'est comme si la beauté la sauvait de son renoncement."
" Mon sac appuyé sur l'arbre me servait de dossier. Et, soudain, cette plénitude ... Elle m'a envahi délicieusement. Plaisir d'être seul, dans une solitude recueillie, non pas replié mais rassemblé en moi-même au plus profond, dans un mouvement de confiance et d'intimité avec ce qui m'entourait: les nuages, l'air tiède, les saules blancs, les églantiers bordant la rivière. Et cette lumière insaisissable. Tout cela m'était offert. Je ne voulais pas en perdre une miette. Je savourais le spectacle de cette paix comme un don gratuit, un état de complétude total. Révélation d'avoir trouvé la cadence, ou plutôt la patience avec moi-même. Jamais je n'avais regardé avec autant d'avidité la rivière: l'eau et ses froissements de soie; l'ombre des racines déployées sur les bords comme des chevelures. J'avais craint que la lassitude s'insinue par l'accumulation, la redite. La surface de la Marne était agitée de vaguelettes. Avais-je enfin acquis cette confiance itinérante qui me manquait? "
JP Kauffmann
"Aujourd’hui, chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. La partie adverse se contente de vivre modestement, et préfère profiter du temps ainsi gagné pour observer les autres et prendre du bon temps, mais leurs protestations ont des allures de bravade et de gasconnade. Il ne devrait pourtant pas en être ainsi. Cette prétendue oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail."
Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs (1877)
"Je fais la cuisine comme l'oiseau chante."
Michel Guérard.
"Le monde ne mourra jamais
par manque de merveilles,
mais par manque d'émerveillement."
Gilbert Keith Chesterton
"Après la chaleur des semaines précédentes, la pluie d'orage délivre les odeurs emprisonnées par l'été. Les gouttes explosent à la surface de l'eau. Une bruine légère s'élève dans la vallée. L'air sent à la fois le gazon mouillé, l'herbe coupée, l'argile humide, les feuilles rouies. Parfum de fin d'été plutôt que de début d'automne. L'acidité, le dessèchement, la chaleur végétale sont encore sensibles. La Marne dégage des relents marécageux. Même les piliers du viaduc exhalent une odeur que la pluie a révélée, une note minérale et chaude qui évoque l'asphalte trempé en été."
"La pluie a ressuscité des parfums enfermés par la sécheresse cette fameuse odeur d'escargot que répand l'humidité après l'orage. Des effluves de prairie mouillée montent du sol lorsqu'on enjambe les herbes hautes. Les fils tissés par les araignées étincellent et égouttent de minuscules billes d'argent."
"Bourdonnement d'abeilles dans l'oreille droite. La mort fait son miel."
Jean Sullivan
"Si vous parlez, c'est pour être compris. Si vous n'êtes pas compris, taisez-vous ou dites autre chose." (*)
"Mai c’est beau et c’est fou. Surtout le début du mois. Il y a quelque chose qui se passe. Quelque chose, justement, d’impossible à oublier."
Ilaria Gremizzi .
"T'es fou
Tire pas
C'est pas des corbeaux
C'est mes souliers
Je dors parfois dans les arbres."
Paul Vincensini
«Mon œuvre est fichue, car je n’ai pas été capable de parler des simples gens que je croise tous les jours dans la rue ».
Pablo Neruda
"Convaincus que les technologies feront un jour émerger une espèce nouvelle, qui sera délivrée des limitations dont souffre encore l'humanité (la maladie, le vieillissement, la mort. .. ), les utopistes du posthumain annoncent l'avènement prochain de la « Singularité », par quoi ils entendent le moment où la fusion de l'humain avec les machines se sera accomplie. Que la prophétie soit fantaisiste ou non, la question qu'on doit se poser aujourd'hui est d'abord de savoir comment elle a pu paraître désirable, ou tout simplement formulable."
Jean-Michel Besnier
"Je compte les jours
Sur mes doigts
J'y compte aussi mes amis
Mes amours
Un jour
Je ne compterai plus que mes doigts
Sur mes doigts."
Paul Vincensini
"Simplet, ce septième nain dont Berthoz écrit qu'« il n'est pas aussi simple qu'on croit. Il est comme le ravi de la crèche provençale, non pas l'idiot du village, mais le témoin et le sage, l'émerveillé ouvert à tous les possibles. »
JM Besnier
"Sœur Marie-Julienne, du monastère de la Paix Notre-Dame est décédée dans le silence. Elle avait laissé en évidence un papier sur son bureau: « Je quitte tout mais je ne perds rien ... »
L. Noullez
"Un vrai chemin est toujours tracé dans rien. Regardez les oiseaux."
Paul Vincensini (1930 - 1985)
"Un ouvrier dort
Si je croyais aux prières
Je voudrais
Prier pour ses mains."
Paul Vincensini (1930 1985)
"Le brochet: immobile à l'ombre d'un saule, c'est le poignard dissimulé au flanc du vieux bandit."
Jules Renard
« Une histoire racontée peut signifier le monde avec plus de profondeur qu’un traité de philosophie »
Merleau-Ponty
"Il m'a tellement manqué..
Je sais que je ne peux pas vivre sans lui trop longtemps. Il me réchauffe, il me donne de l’énergie. Il m’est indispensable comme l’air que je respire et comme l’eau que j’aime boire. Son absence m’a pesé, incroyablement. Il éblouit mes matins et il embellit mes soirs. Parfois il joue avec moi. Il passe juste quelques instants, comme pour me faire coucou et il s’en va très vite, comme s’il avait des trucs importants à faire ailleurs. Je sais que je dois tout laisser tomber, ne m’intéresser qu’à lui, le regarder intensément, pour lui signifier qu’il compte pour moi. Il n’est jamais deux fois le même. Jamais au même endroit. Il se déplace beaucoup, tout le temps, depuis toujours. Je l’aime, j’ai tant besoin de lui. Depuis des mois il s’est fait rare. Je me suis dit que ça va être comme toujours, il finira bien par revenir, ce n’est pas possible autrement, ça n’est jamais arrivé. Ce matin, pour le coup, c’est lui qui m’a réveillée. Alors j’ai décidé, aujourd’hui je vais parler de lui, je vais vous le montrer, mais vous le connaissez tous. Moi je le connais comme vous, je le regarde chaque jour, je le prends en photo souvent, sous toutes les coutures, dans toutes les positions.
Il m’a tellement manqué (..)
.. le soleil.
« Vivre, c’est se réveiller la nuit dans l’impatience du jour à venir, c’est s’émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c’est avoir des insomnies de joie. »
Paul-Emile Victor
"Chez moi, pas de compte en Suisse à découvrir, juste un compte en France à découvert."
Sagesse anonyme
"Mille choses avancent; neuf cent quatre-vingt-dix- neuf reculent: c'est là le progrès."
Henri Frédéric Amiel
"Félicitations! Une année de moins!
Cioran
"Tout pouvoir occupe tout l'espace disponible."
Thucydide
"L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit."
La Rochefoucauld
"La nostalgie n'est pas le regret du passé, mais sa présence."
Lucien NoullezUn enfant et sa luge dans la neige, un vieil homme meurt en laissant choir une "boule à neige" en verre, un ouvrier jette une luge ancienne dans le feu ("Throw that junk" "Jette ce machin"), trois scènes clé de l'inoubliable Citizen Kane d'Orson Welles. J'y repense en découvrant la luge emportée la semaine passée par mes petits-enfants dans ce qui appartient déjà à leurs souvenirs d'enfance, les montagnes et la neige. Nous passons une vie à tisser la trame qui nous habille en propre, maillant imperceptiblement le passé au présent. La nostalgie est un mot heureux.
Lu dans:
Lucien Noullez. L'âge d'Homme. 2013. 202 pages.
"Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger.
Fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère,
que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi , que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution.
Que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil,
que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire,
qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau,
que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie
car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s'enorgueillir."
Voltaire. Prière à Dieu. Traité sur la tolérance.
"Analyser un livre ! Que dirait-on d'un convive qui, mangeant une pêche mûre, en retirerait les morceaux de sa bouche pour voir ?"
Jules Renard . Journal. 15 mars 1892
"Ce n'est pas une chose de peu d'importance que de choisir ses ministres. Car c'est par les gens que le prince tient auprès de sa personne que l'on juge de son esprit et de sa prudence."
Le Prince, Nicolas Machiavel
"Il y a tellement de stimulations au moment où on va passer à table. On peut avoir faim, être fatigué de sa matinée, avoir envie de se donner un vrai plaisir ou simplement ne pas vouloir refuser les suggestions de l'autre. Tiens, hier, c'était tellement manifeste. Depuis plusieurs jours, je m'étais dit que j'allais davantage faire attention à ma faim. j'arrive au restaurant - nous allons tous les midis dans le même - et le restaurateur que je connais bien, s'avance vers moi et me dit : "Monsieur Redon, j'ai des rillettes, vous allez m'en dire des nouvelles !" Je me suis entendu dire: "Non merci, je ne prendrai pas de rillettes", simplement, tranquillement. "Mais j'ai une tarte aux pommes en dessert, un vrai régal, il vaut mieux la commander tout de suite pour être sûr qu'il en reste", a ajouté le tentateur. Nous entendons tous la voix du restaurateur en train de prononcer cette phrase, le carnet en main, jetant un coup d'œil avisé vers la cuisine, puis nous regardant de nouveau avec un air protecteur et sûr de lui. Et moi: "Allons-y pour la tarte aux pommes !"
L'histoire est trop belle! J'ose passer en mode raisonnement bancaire: nous sommes dans une société de consommation. Le banquier pense instantanément argent, le restaurateur, même s'il a à cœur de bien soigner ses clients, est là pour vendre ce qu'il a préparé. Imagine-t-on un restaurateur dire: « Écoutez, le dessert, ne le prenez pas, vous avez suffisamment mangé!»
Annie Lacuisse-Chabot
" (..) nous plantâmes notre tente dans un camping de Pompéi. Après plusieurs jours de visites, riches en surprises, de la capitale du sud de l'Italie, il était donc fatal que nous finissions par visiter les célèbres ruines. J'ai souvenir à la fois d'une errance un peu égarée parmi le labyrinthe des nombreuses allées désertes, et de l'étrange impression, renforcée par l'épais brouillard qui régnait ce matin-là, de traverser une ville contemporaine sur le point de s'éveiller. Nous pouvions admirer, au sein d'une lumière tamisée, assez onirique à vrai dire, des scènes de vie quotidienne du temps de la splendeur de la cité et ce qui se donnait à voir était stupéfiant, non seulement de par l'état de préservation et la qualité même du dessin et des couleurs mais par l'empathie de bonheur ineffable qui en émanait. Comment donc, me dis-je alors, a-t-on pu nous faire croire dans nos écoles républicaines que nous avions atteint un style de vie supérieur à celui qui se laissait deviner au travers de ces images? Il semblait d'une évidence confondante pour quiconque savait interpréter le message implicite de ces fresques, dont la patine avait résisté à près de vingt siècles, qu'un fait de civilisation merveilleux avait pris place ici en ces temps lointains, à l'ombre du Vésuve, et peut-être d'ailleurs - me dis-je encore - du fait même de cette menace qui restituait à l'existence sa valeur réelle."
Denis Grozdanovitch.
"Chez moi, je me retrouve un peu plus souvent dans ma librairie, d'où tout d'une main je commande à mon ménage. Je suis sur l'entrée et vois sous moi mon jardin, ma basse-cour, ma cour, et dans la plupart des membres de ma maison. Là je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues; tantôt je rêve, tantôt j'enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voici."
Inscription sur les murs de la bibliothèque de Montaigne (château de Montaigne, commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne)
"Tout se déroula admirablement selon le rituel immuable qui prévaut encore dans cette upper class britannique: conversations futiles émaillées de plaisanteries convenues tout au long du repas (tout propos sérieux étant prohibé), rosbif saignant accompagné de flageolets et de pommes de terre sautées, jellies douceâtres tout de suite suivies du cheddar servi avec le porto, puis le toast tonitruant porté à la reine - tous debout, verres levés bien haut -, enfin, la permission accordée de fumer le cigare dans la salle de billard."
Denis Grozdanovitch
"Je ne serais pas arrivé là où je suis si j'avais bu."
Sagesse d'un patient anonyme
"Si Auguste lui-même, empereur de l'univers, m'avait fait l'honneur de m'offrir le mariage, j'aurais préféré être appelée ta putain plutôt que son impératrice."
"Causes du tourment humain: non les choses mais les idées sur les choses."
Montaigne
"Sérendipité: art de profiter de l'inattendu."
Irving Langmuir
"Là où il y a l'homme, il y a de l'hommerie."
Rabelais
"Ça fait lire un tas de gens qui n’avaient pas besoin de lire, finalement. [...] Avant ils lisaient Nous deux ou La Vie en fleurs, et d’un seul coup ils se sont retrouvés avec Sartre dans les mains, ce qui leur a donné une espèce de prétention intellectuelle qu’ils n’avaient pas."
Vidéo de l’émission de l'ORTF "L'avenir est à vous".
" .. s'étonner au point de goûter les trilles d'un rossignol à la nuit tombée quand bien même le rossignol serait en fait un petit garçon armé d'un sifflet. Les enfants (..) savent dépouiller leurs sensations de ce que l'intelligence y ajoute et acceptent d'être dupes."
Raphaël Enthoven
"On est parfois horrifié de se découvrir soi-même en un autre."
Julien Green
"Les riches qui pensent que les pauvres sont heureux ne sont pas plus bêtes que les pauvres qui pensent que les riches le sont."Lu dans:
Mark Twain
"Papa, aujourd'hui j'ai économisé un euro. - Comment ça? - J'ai couru derrière le bus. - Imbécile, si tu avais couru derrière un taxi tu aurais économisé quatre euros! "
d'après Jean-Christophe Rufin.
"Il y a 36 définitions du bonheur. Personne ne le voit comme un état stable et merveilleux. Beaucoup de personnes cherchent « le » bonheur mais elles se fourvoient. La seule chose qui est à notre portée, c’est d’avoir une vie globalement satisfaisante. Et, surtout, de diminuer inconvénients, insatisfactions et souffrances. Pour être heureux, il faut être capable d’une relative gestion de soi. Vouloir tout contrôler, par contre, c’est une erreur. Se comparer à d’autres aussi est une source d’insatisfaction. D’abord, bien réfléchir à nos valeurs et à nos objectifs existentiels : que voulons-nous vraiment dans la vie. (..) Ensuite, il est important de pouvoir observer ses propres comportements et, surtout, les situations dans lesquelles ils se produisent. Nous sommes beaucoup plus dépendants que nous le croyons de l’environnement dans lequel nous sommes. Mais attention, trop d’analyse paralyse."
J. Van Rillaer
"Je courais toujours pour aller partout, mais je ne pensais pas pour autant que cela allait me mener quelque part."
Forrest Gump
Lu dans:
Franz-Olivier Giesbert. Derniers carnets. Flammarion 2012. J'ai Lu 10275. 223 pages. Extrait p.173
"Il était une fois quelqu'un qui écrivait ceci : les mots déjà écrits me retranchent ma main. Et cette main, il se mit à la regarder. Il fit un effort pour se rappeler le nom de chacun de ses doigts, puis il décida que sa main tout entière portait son nom puisque aucune écriture ne ressemble à une autre. J'oublie ce que j'écris, et ma main quand elle travaille oublie mon nom, c'est notre façon d'aller vers le réeL."
Bernard Noël
"Les pas d'un homme dans la neige
Qu'est-il allé chercher
Reviendra-t-il
par le même chemin."
Abbas Kiarostami
«Le bonheur ne vaut que s'il est partagé ».
Christopher Mc Candless. Journal.
"Ronald Reagan a ouvert la voie: en octobre 1989, un an après avoir achevé son mandat de président de la République, il délivrait deux conférences au Japon, à l'invitation du groupe Fujisankei Communications. Sa rémunération: 2 millions de dollars, soit davantage que ce que lui avait rapporté son salaire de président en huit ans."
Hervé Kempf.
"Il n'y a pas de succès sans copie."
Coco Chanel
Cher Carl,
Cela m'a fait grand plaisir, cet écho! Mais ça m’a un peu gêné aussi, car je pense qu'il faut toujours rendre à César ce qui est à César. Surtout avec Internet qui favorise tellement les dérapages. L'extrait de LVVA que tu proposes, c'est une citation. Et tu en connais l'auteur par cœur et mieux que quiconque... Je serais vraiment heureux si tu élargissais un peu l'extrait proposé. De cette façon :
« Quand il consulta sa messagerie le dimanche matin, le premier message que lut Max était celui d’un médecin de quartier qu’il connaissait depuis presque trente ans. Les petits bonheurs n’avaient pas de secret pour cet homme et il les partageait par e-mail, au fil de ses lectures et de ses réflexions, avec quelques amis, étudiants et patients. C’était un de ces médecins généralistes devenus trop rares qui prennent le temps d’écouter les gens et qui, les connaissant bien, les soignent avec plus d’affection que de molécules :(..) "Un nouveau jour se lève. Contiendra-t-il un de ces moments d'éternité qui, bout à bout, font notre histoire ? Ces étincelles où on se sent à la fois plus petit qu'un grain de sable et en même temps dilaté dans tout l'univers, où l’on touche à la fois le quotidien et l'éternité. Je vous souhaite une belle journée. » Quand il descendit au rez-de-chaussée, Max eut la surprise de voir de la lumière qui filtrait sous la porte du bureau de Judith… ("La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis." Laffont. 2012)Nous fonctionnons sans cesse entre oubli et mémoire. Les phrases que tu avais écrites se sont glissées dans l’immense réserve des citations qui appartiennent à tous (et deviennent en réalité anonymes), et tu ne les as pas reconnues comme tiennes mais comme justes. C’est une boucle fascinante, qui en dit long sur la façon dont notre esprit fonctionne vraiment, loin de toute vision mécanique ou logique. Tu as fait un emprunt inconscient à un auteur qui n’est autre que toi-même. Cette histoire-là, tu devrais vraiment la partager dans ta rubrique « entre café et journal » ! Elle est trop belle. Amicalement. s. Francis.
"Un nouveau jour se lève. Contiendra-t-il un de ces moments d'éternité qui, bout à bout, font notre histoire?
Ces étincelles où on se sent à la fois plus petit qu'un grain de sable et en même temps dilaté dans tout l'univers, ou l'on touche à la fois le quotidien et l'éternité."
Francis Dannemark
"Étendue sur une civière,
blême et suturée,
elle se demandait d'où pouvait bien venir
le petit être humide qu'elle avait brièvement aperçu. "
Olga Duhamel-Noyer
"Les individus sont des artifices que les gènes ont inventés pour se reproduire."
Pierre-Henri Gouyon
"L'équipe de l'Anglais Matthew Bennett a mis au jour une vingtaine d'empreintes fossiles d'hominidés dans deux couches sédimentaires de limon et de sable au Kenya. Elles témoignent de caractères modernes comme des doigts de pied courts, un gros orteil parallèle et accolé aux autres, une voûte plantaire et une grande enjambée. Les marcheurs, deux adultes de 1,75 m et un enfant de 92 cm, étaient sans doute des Homo ergaster ou Homo erectus, deux espèces d'hominidés ayant vécu entre 1,9 et 0,2 millions d'années avant notre ère ."
« - Il est maître des cerfs-volants, dis-je.
Elle parut favorablement impressionnée.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- C'est comme un grand capitaine, mais dans le ciel. »
Romain GARY
"Parce que les nombres continuent à l'infini, l'argent est sans limite. De la richesse, nous dit Aristophane, on n'a jamais assez. Le pain, le sexe, la musique, le courage, tous finissent par rassasier l'appétit, mais non l'argent. Il est impossible de mettre un frein au désir de fric. Si un homme reçoit treize pièces, il aspire à en avoir seize, et lorsqu'ils les possède il considère la vie insupportable à moins d'en gagner quarante. La nature impose des limites strictes à la taille d'un individu et à sa durée de vie, mais il n'existe aucune limite semblable pour l'argent. (..) A côté d'un milliardaire, le millionnaire est pauvre."
D. Tammet.
"La production d'énergie exige elle-même une certaine consommation d'énergie, dont le volume varie selon la difficulté d'accès de la ressource et l'état de la technologie. Du fait de l'épuisement des ressources les plus accessibles, il faut maintenant dépenser de plus en plus d'énergie pour produire une quantité donnée d'énergie utilisable. (..) Au début du XXème siècle, un baril de pétrole suffisait à réaliser les différentes opérations servant à produire 100 barils de pétrole. Le même baril ne générait plus que 35 barils dans les années 1990, 12 en 2007 - et ce taux continue à baisser."
Hervé Kempf
"Déjà l'odeur s'est modifiée. Et le rythme de ma respiration. Je pose une petite boule sur le plateau, je prends le temps de la caresser, nous nous apprivoisons, et hop en route ! Le bonheur de sentir pieds et mains se coordonner sans effort, la terre me guide, je l'écoute, nous nous aimons, juste la bonne teneur en humidité, l'argile se creuse et s'érige, le plaisir vient, la forme également, encore quelques tours, les deux plateaux gémissent en sourdine, un dernier miaulement et, lentement, s'immobilisent. Je lisse avec une petite éponge. Savoure le silence. A l'aide d'un fil métallique, je coupe précautionneusement à la base et je transporte le bol sur la grande table où sèchent déjà d'autres pièces. Je la contemple mon oeuvre. Mais oui, elle existe ! Avec un mélange d'aplomb et de modestie. "
"Je vous appelle. Je jette votre nom dans le vide dans l'espoir insensé qu'il le comble."
L. Georjin
"Gagner aux échecs, c'est simple: la victoire appartient à celui qui commet l'avant-dernière erreur."
Daniel Tammet
"Le programme c'est Nanar. Les gens y veulent plus de programme, y veulent des bonshommes."
Les Guignols de l'info.
"La simplicité des mots utilisés pour compter n'est pas qu'une question de langue, elle revêt aussi une dimension éthique."
Daniel Tammet.
"Le quotidien est tel une herbe que vous brûlez jusqu'à la racine et qui lentement reprend, se fraie un chemin à travers la nuit, puis brusquement fleurit ".
Jón Kalman Stefánsson
"Éric avait grandi; quelque chose en lui s'était élargi. Il ne serait peut-être pas comme elle privé de parole, incapable de dire au bon moment, et de se faire comprendre, au plus près au plus serré; il ne serait peut-être pas tout à fait incapable de vouloir, de saisir, d'attraper le pompon pour gagner un tour de manège supplémentaire. Elle avait secoué la tête et s'était levée pour chasser cette image brusquement surgie d'Éric enfant, à trois ou quatre ans, agrippé à une moto jaune, effaré et presque en larmes, yeux soudain immenses bouche tremblante, devant la bestiole de peluche que la dame du manège agitait à sa portée parce qu'il était le plus petit, et si sérieux et si fervent."
Marie-Hélène Lafon
"Lila et Tom, par exemple.
Elle ne l’était pas foncièrement
il peinait lui-même à l’être.
Ensemble, ils ne le furent pas du tout.
Heureux."
Monique Proulx
"Quand tout va bien, le corps est l'oubli du corps."
B. Noël
"Lumière du soir : les choses rendent du soleil au soleil absent."
B. Noël