samedi, avril 25, 2015


"Que sais-tu du soleil si tu n'as pas été à la mine."
     Sagesse des mineurs du Donbass


Lu dans:
Sylvain Tesson. Berezina. Ed. Guérin. 2015. 200 pages. Extrait p. 93

vendredi, avril 24, 2015


« Celui qui a mille verstes à faire doit pouvoir se dire, oubliant le but final: ''Aujourd'hui, en faisant quarante verstes j'arriverai à un endroit où je pourrai me reposer et dormir" ; et, pendant la première étape, ce lieu de repos masque le but final et concentre sur lui tous les désirs et tous les espoirs ».
    Léon Tolstoï
Lu dans :
Sylvain Tesson. Berezina. Ed. Guérin. 2015. 200 pages. Extrait p. 161

jeudi, avril 23, 2015


"Il disait qu'il rangerait la pièce, les affaires, les papiers dès qu'il aurait le temps. Il ne l'a pas eu et après sa mort on a tout livré à une entreprise de débarras. "
    Claude Roy


Lu dans:
Claude Roy . La fleur du temps. NRF. Gallimard. 1988 350 pages. Extrait p. 218.

mercredi, avril 22, 2015


"Le commencement du bonheur, c'est de renoncer aux plaisirs qui ne font pas plaisir."
    Claude Roy


Lu dans
Claude Roy . La fleur du temps. NRF. Gallimard. 1988 350 pages. Extrait p. 218.

mardi, avril 21, 2015


« On peut plaisanter sur tout : sur l’échec, sur la guerre, sur la mort, sur l’amour, sur la maladie, sur la torture… Encore faut-il que ce rire ajoute un peu de joie, un peu de douceur ou de légèreté à la misère du monde, et non davantage de haine, de souffrance ou de mépris. »
    André Comte-Sponville

lundi, avril 20, 2015

Les cerisiers sont blancs


On descend dans ton jardin et l’on monte dans le mien
Quatre parcelles en éventail
Du thym, de la sauge et de l’ail
Les fleurs aux couleurs  de rocaille
Isolent les courges  des coloquintes
Sous les feuillages  grince une plainte
Les chenilles se roulent dans tes mains.
    Alice Guitton

Pâques dans le dos, une longue descente vers les vacances d'été s'entamait, le trimestre le plus joyeux de l'année. Il était ponctué  de fêtes diverses, d'excursions scolaires, de compétitions sportives, illuminé par la floraison d'essences aussi colorées que parfumées. On se souvient de tout cela avec un bonheur que la mémoire enjolive, un tri s'est opéré. 

samedi, avril 04, 2015

L'oeuf perdu


"Pendant une semaine, les festivités pascales avaient jeté leur lustre sur tout le village, remplissant chaque maison de gâteaux pascals et d’œufs rouges. Elles avaient rayonné sur les jardins et les avaient couverts de fleurs. Leur éclat s’était fait sentir jusque sur les rudes caboches des paysans ; l’ivresse en avait chassé pour quelques jours les froids calculs de l’intérêt. Pendant une semaine, la vie, ayant rejeté le joug de ses misères, s’était faite plus légère."
             Nikos Kazantzakis

L'enfant en moi garde des matins de Pâques le souvenir d'une légèreté de l'air sans pareille, d’œufs multicolores maladroitement dissimulés pour nous laisser la joie de trouver sans l’amertume de chercher en vain. Émois d'enfance qui n’en dureront pas moins à travers Pâques et l’été, et à travers Noël, et toutes les années à venir. Quelle que soit notre relation à la transcendance, le récit de Pâques et de la Passion, lu ou mis en scène avec un art consommé du suspense par des acteurs improvisés dont nous étions, sa gradation dramatique, son mystère, ses traîtres, ses moments de tendresse, son acmé tragique et son happy end ont intimement structuré notre relation à l'existence et aux autres. Le cri de désespoir et d'abandon "eli eli lama sabactani",  les ténèbres sur le Golgotha, le voile du temple qui se déchire n'étaient séparés que d'une journée de la joie du jardinier devant le tombeau ensoleillé  "femmes, ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant". Message d'envoi pour ce qui constituerait notre propre existence, alternant les périodes d'échec et de renaissance: la désespérance peut se voir surmontée. Images fondatrices dont j'ai personnellement gardé un souvenir heureux.

Et puis...
"quand tout est fini, que tous les œufs ont été trouvés, à grands cris et grand émoi, personne ne s’aperçoit que l’on a oublié un œuf. Personne ne l’a trouvé, personne ne s’en est inquiété. Un œuf qui restera, sera détruit, ne laissera pas de trace. N’en est-il pas ainsi de la plus grande partie de notre passé, de ceux que nous aimons, de nous-mêmes ? J’oublie déjà tant de noms…" (Jacqueline de Romilly)

Je vous souhaite une heureuse fête de Pâques. Les pensées entre café et journal prennent quelques jours de repos et de silence, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas votre connexion Internet qui fait défaut. Belles vacances à ceux qui en bénéficient.
CV

Lu dans :
Nikos Kazantzakis. Le Christ recrucifié. Ed. Pocket. 2002. 347 pages
Jacqueline de Romilly. Les oeufs de Pâques. Prologue à Astropoulos est mort. Fallois. 1992. 232 pages

vendredi, avril 03, 2015

Une guitare sur le sol


"Nous restâmes silencieux auprès du brasero, tard dans la nuit. Je sentais de nouveau combien le bonheur est une chose simple et frugale: un verre de vin, une châtaigne, un misérable poêle, la rumeur de la mer. Rien d'autre. Et pour sentir que tout cela c'est du bonheur, il ne faut qu'un cœur simple et frugal."
            Nikos Kazantzakis

Relisant Zorba, j'entends distinctement les cigales, le crépitement des bûches qui rougeoient, le murmure de conversations à mi-voix comme s'il ne fallait pas rompre le charme de la nuit. Une guitare traîne sur le sol, épuisée. Demain notre groupe se disloque, l'aventure fut belle, on reprend chacun sa route. L'un de nous fredonne du Joe Dassin où "on se quitte tout doucement / sans penser à demain / à demain qui vient toujours un peu trop vite / aux adieux qui quelquefois se passent un peu trop bien." C'était le bonheur, en avions-nous conscience, ce bonheur qui nous est donné par surcroît au terme d'une aventure, d'un projet ou d'une route, l'accomplissement d'un vécu bien avant d'être un but. Ces images simples nous construisent sans que nous nous en apercevions, un vrai trésor de guerre bien utile quand viennent les années. 


Lu dans:
Nikos Kazantzakis. Alexis Zorba. Robert Laffont, 1960, 391 pages

jeudi, avril 02, 2015


"Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée: car chacun pense en être bien pourvu."
             René Descartes

mercredi, avril 01, 2015

La médecine évolue


"Pendant les travaux, la vente continue."

A partir de la semaine prochaine, le cabinet va connaître de profondes transformations qui s'étendront sur une période de trois mois. Séduit par le concept du self-banking, le hall d'entrée sécurisé proposera un espace de self-caring 24/7 avec guichets automatisés pour les prescriptions et les certificats, tous les jours weekend compris et aussi durant la nuit. Les documents administratifs seront accessibles de chez vous via notre site en permanence. Les dossiers papiers vont être scannés et brûlés, l'ordinateur va être remplacé par un smartphone et une tablette, connectés au vôtre à la demande. Mon vieux bureau hérité du pépé de Marie-France (cent ans de bons et loyaux services, et de milliers de confidences) va partir au musée de la médecine d'Erasme et sera remplacé par deux fauteuils cosy dans un espace santé repensé par un styliste d'intérieur. Un kit d'examen sera fourni à chaque patient pour permettre de s'examiner soi-même à domicile, les données m'étant transmises par le réseau et les éventuelles prescriptions rapidement accessible aux guichets du self-caring. Un container adapté à la poursuite des consultations sera placé par une entreprise spécialisée dans la rue devant le 24 rue Cyriel Buysse pendant ces trois mois afin de ne pas interrompre le service assuré depuis de longues années. Nous vous remercions pour votre compréhension pendant cette période de transformations.


lundi, mars 30, 2015

Savoir et sagesse


"De nos jours les gens cherchent le savoir, pas la sagesse.
Le savoir est attaché au passé, la sagesse appartient de l'avenir."
    Sagesse de Vernon Cooper (Lumbee)

Phrase étrange, aussitôt suggestive d'un visage, puis de deux, puis de cinq, issus de diverses périodes de nos vies. Souvent plus vieux que nous, mais parfois aussi plus jeunes. Les derniers évoqués ont même parfois l'expression poupine de ceux à qui l'école n'a encore rien appris. Zéro savoir, et néanmoins ce petit quelque chose qui nous ferait leur demander conseil, accorder confiance. La sagesse est une qualité sans âge. 


Lu dans :
Joseph Bruchac. Sagesse des Indiens d’Amérique. Éd. La Table Ronde. Poche. 1995. 114 pages. Extrait p.19
Vernon Cooper (Lumbee). Wisdomkeepers: Meetings with Native American Spiritual Eiders, Steve Wall et Harvey Arden. 1990.

Les mots simples


"Et les épaules qui tombent
Sont relevées par la tendresse."
         Mandelstam

Au silence d'un co-pilote suicidaire (?) qui aurait précipité son avion et ses 150 passagers dans les Alpes répond la parole juste de ce commandant de bord venu accueillir ses passagers quelques heures plus tard à l'embarquement, les saluant individuellement entouré de l'ensemble de l'équipage. Il explique combien tout l'équipage a été touché par la catastrophe, qu'il a une famille, que l'équipage aussi a une famille, et qu'ils allaient tout faire pour être de retour avec eux ce soir. Tout l'avion écoute en silence et applaudit à la fin du discours. Les mots les plus simples sont parfois les plus forts: une parole en pleine détresse est plus douce qu'une pluie opportune (Wu Congxian).


Lu dans:
Wu Congxian . Vu par la petite fenêtre. Aphorismes. Ed Bleu de Chine. 2005. 76 pages. Extrait p. 69.
Crash de l'A320 : l'émouvant discours d'un pilote de la Germanwings. Le Figaro.fr. dimanche 29 mars 2015

dimanche, mars 29, 2015

Les voyages immobiles


"Moi, je ne voyage guère. Je vis. Je lis, écris parfois des poèmes. Je voyage immobile sous les longs nuages qui remorquent le ciel."
             Francis Dannemark
Climat idéal ce weekend pour voyager immobile sous les longs nuages.

Lu dans:
Francis Dannemark. Une fraction d'éternité. Le Castor Astral. 2005. 100 pages. Extrait p.12

vendredi, mars 27, 2015

Ravissement

"Ravissement:
État de quelqu'un qui est transporté de joie, d'admiration, d'enthousiasme. Anc. Rapt, action d'enlever."
        Larousse.

Hier matin un jardin de patient s'égayait d'une superbe mer de jonquilles, comme si le soleil absent du ciel était tombé dans la pelouse. On est "ravi", soudainement emporté d'un quotidien besogneux vers la beauté pure.


mercredi, mars 25, 2015

Expert en jihad


"Le poisson rouge ne peut ramener la complexité des océans à la quiétude de son bocal."
Yasmina Khadra

De nos jours avoir un boulanger turc, un garagiste marocain et deux voisins nigérians fait de vous un expert du monde musulman. Ce matin deux experts dissertaient en rue du Jihad. Comme je n'y connais rien, j'ai pris garde de ne pas me mêler à leur conversation. 



Lu dans:
L’équation africaine. Yasmina Khadra. Julliard. 2011. 336 p. Extrait. p 185

Comme un oiseau blanc


"... un cartable d'enfant ouvert avec un crayon rose coupé en deux."

Perdu dans les décombres, ce crayon brisé m'émeut davantage que tous les récits possibles. Un des seuls témoins du drame épandait du fumier à l'extrémité du champ de son grand-père quand il a vu passer l'A320, blanc à l'avant avec de l'orange sur l'arrière, silencieux comme un oiseau qui plane.  Comment ne pas évoquer le laboureur de Bruegel dans La chute d'Icare? La confrontation du drame personnel et de la vie qui poursuit son cours est une interpellation éternelle. 

Lu dans:
Jean-Michel Verne. Je n'ai pas entendu le bruit. Le Soir 25 mars 2015. p.3

lundi, mars 23, 2015

L'heure du cerf-volant


" Le vent se lève. ... Il faut tenter de vivre !"
            Paul Valéry      

Les vacances en Bretagne m'ont fait apprécier le vent et les lourds nuages soudain mis en mouvement. C'était l'heure du cerf-volant, et l'apprentissage d'une complicité neuve avec la nature. Savoir saisir ce qui dans nos existences apparaît comme une épreuve et n'est qu'une occasion de nous mettre en route. 


vendredi, mars 20, 2015

Aux couleurs du printemps


"Ça fait rire les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil.
Ça fait rire les oiseaux
Et danser les écureuils.
Ça rajoute des couleurs
Aux couleurs de l'arc-en-ciel."
            La Compagnie Créole

... le printemps qu'on accueille aujourd'hui


jeudi, mars 19, 2015

Collecte sélective


"On ne jette pas les grenades à la poubelle."

On ne rit pas. Le ministère serbe de l’Intérieur a invité "tous les citoyens qui ont des grenades à main et autres engins explosifs à ne pas s’en débarrasser en les mettant dans des conteneurs à ordure, mais à appeler le commissariat de police le plus proche. Des policiers viendront le plus vite possible pour les emporter en toute sécurité."


Lu dans :
dépêche AFP. Le Soir. La petite Gazette. 19 mars 2015.

Et mon ombre

"J'ai, dès notre première rencontre, trouvé cet homme ridicule et pompeux, bien qu'il sourît. (..) Mais son sourire n'enlevait rien à son air odieux de contentement. Au diable si je sais pourquoi j'ai accepté de prendre avec lui, à dix heures sonnantes, un café dans un bar d'hiver aux vitres fumées et aux murs couverts de glace. À l'heure dite, j'entrai. Je l'aperçus aussitôt. Debout pour m'accueillir, m'offrant son perpétuel sourire, le cheveux poivre et sel gonflé au séchoir. Je m'avançai et je constatai avec horreur que celui que je venais de voir, c'était moi. C'était moi, reflété en pied par un miroir facétieux.."
        Pierre Hebey

Réécrivant ces lignes avec bonne humeur, je fais le rapprochement avec les expressions quotidiennes "je vais ME promener", "je M'appelle Carl", ou l'inénarrable belgicisme "je ne ME comprends plus moi-même" si fréquent en consultation. Je dévorai en mon jeune âge "L'homme et lui-même" de Graham Greene, qui décrit l'intimité d'un homme et de son ombre, présente en permanence, rappel vivant de ses forces et insuffisances, avec laquelle il s'entretient, qu'il tente de décrypter en vain. Une coexistence qui s'étale sur une vie entière, pas toujours la plus simple.


Lu dans :
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. Gallimard. NRF. 1998. 221 pages. Extrait p 99

mercredi, mars 18, 2015


"La transition, c'est le changement désiré."
        Pascal Chabot


Lu dans:
Pascal Chabot. L'âge des transitions. P.U.F. 2015. 190 pages

mardi, mars 17, 2015

Sagesse de Topor


"Toujours couri
Pour gagner vie
Quand bien couru
Vie l'est foutue ».
        Roland Topor

L'humanité au pas de course à la poursuite de quelque chose d'aussi évanescent qu'un papillon doré, tel serait-il notre destin? Le quatrain foutraque de Topor fait sourire, quoique. Une de mes plus anciennes patientes s'inquiète pour sa fille qui a manqué son boulot pour la première fois en 25 ans, rebroussant chemin en larmes à 5h45 sur l'autoroute Namur Bruxelles, soliloquant qu'elle ne veut plus vivre ses 20 prochaines années partagée entre son auto et un réduit sans fenêtre à faire les bilans d'une firme sans âme. Son récit me poursuit entre deux visites. L'autoradio diffuse une émission consacrée à la reconversion professionnelle d'une quadra qui tient un restaurant de cuisine sauvage aux herbes folles. Les coïncidences que nous réserve le ruban d'une journée me laissent pensif, le bonheur d'une vie se situant sans doute quelque part entre ces deux types d'existence, et pas identique pour tous. 

Je vous souhaite une bonne journée.
CV

Lu dans:
Anne t'Sterstevens et Delphine Brasseur. Le Bonheur des Belges. Editions Soliflor. 2005. 380 pages. Gaston Compère. "Encore", le mot terrible. Extrait p.120
Véronique Thyberghien. Questions Clés. La Première. Une nouvelle tendance : La cuisine sauvage ou Native Cooking, avec Lionel Raway. Jeudi 12 mars 2015. 11h-12h.

dimanche, mars 15, 2015

Deuche ma belle


"Se séparer de sa voiture, dans laquelle ont été vécus des dizaines,voire des centaines de milliers de kilomètres, c'est parfois dur émotionnellement.
Il y a des souvenirs, un attachement, des trophées de voyage, des reliques.."

... la première fois qu'on s'est trouvé seul au volant, face à l'infini des routes possibles, les fantômes de ceux qu'on y a véhiculés, les conversations échangées dans l'habitacle clos propice aux confidences, les visions de paysages brumeux, salins, lumineux, les premiers émois amoureux. Des sièges enfants à l'arrière, du coussin pour belle-maman, du plaid écossais élimé au cas où, du panier pique-nique en osier, du tricycle dans le coffre, des poils de chien incrustés dans la moquette. Opel a saisi ce sujet pour créer une campagne axée sur les liens affectifs entre une voiture et son propriétaire. On est prêts à s'émerveiller.

Lu dans:
Olivier Standaert. Campagne Opel au chevet des voitures mortes. La LIbre Entreprise. samedi 14 mars 2015.

vendredi, mars 13, 2015

Une petite brise


"Je me souviens d'une randonnée à vélo durant l'été 1973, sur la frontière belgo-néerlandaise entre Knokke et Retranchement. Le soir tombait. Dans les prairies environnantes, des bunkers, vestiges de la guerre, inutiles à en devenir émouvants, côtoyaient les vaches qui paissaient, indolentes, toutes à leurs rêveries. J'avais presque dix-sept. Le temps semblait devoir rester à jamais magnifique, il soufflait une petite brise, les vacances paraissaient éternelles et j 'avais le sentiment que la vie serait simplement splendide. Et il en est bien ainsi."
        Rik Torfs

Le souvenir du bonheur est encore du bonheur. L'odeur âcre des braises d'un feu de camp qui s'éteint, l'envol des canards sauvages des côtes bretonnes à la fin des vacances, les premières notes de bridge over trouble water, tout est brise en nos mémoires. Et il en est bien ainsi. 

Lu dans:
Anne t'Sterstevens et Delphine Brasseur. Le Bonheur des Belges. Editions Soliflor. 2005. 380 pages. Rik Torfs. Une petite brise. Extrait pp. 318

Devenir père


"On va me dire que j'exagère? Autant par désoeuvrement que dans le but de vérifier la disponibilité du titre que j'ai choisi, je tape sur Google "éloge de la paternité" - et la réponse que j'obtiens en ce mois de septembre 2009 justifierait à elle seule, si nécessaire, ce projet: «Essayez avec cette orthographe : éloge de la maternité.» Déjà moins désoeuvré et un brin amusé, je tape comme on veut voir au poker «instinct de paternité». Google me propose de recommencer «avec cette orthographe : instinct de maternité».
        Betrand Leclair. Petit éloge de la paternité.

Quatre ami(e)s - qui ne se connaissent pas - me partagent cette semaine des lignes denses sur la mort de leur père, inspirées par l'un ou l'autre CaféJournal récent. L'amusante réflexion de Bertrand Leclair sur cet insaisissable instinct de paternité me ramène à ma propre difficulté d'émerveillement face à mes enfants ou petits-enfants à leur naissance. Vaguement coupable de me sentir si peu père, il me fallut bien des années pour construire patiemment cette relation pourtant si forte maintenant qu'ils sont adultes. La lecture d'Elie Wiesel, détenu avec son père à Buchenwald, est éclairante de cette relation si complexe qui ne s'épanouit pleinement que dans l'égalité de deux adultes, dont l'un reste le père, l'autre le fils, dont on ne sait lequel apporte le plus à l'autre. 

"Si j'étais motivé, c'était essentiellement par la présence de mon père. Au camp, nous étions proches, plus proches que jamais. Parce que nous étions peut-être les derniers survivants de notre famille? Il y avait autre chose : nous étions plus unis parce que, mon père, je l'avais enfin pour moi tout seul. A la maison, dois-je rappeler, il s'absentait trop souvent. Au camp, je le voyais du matin au soir, du crépuscule à l'aube; je ne voyais que lui. Nous dépendions l'un de l'autre: il avait besoin de moi comme j'avais besoin de lui. A cause de lui, je voulais vivre; à cause de moi, il essayait de ne pas mourir. Tant que j'étais en vie, il se savait utile, peut-être même indispensable. Face à moi, il était l'homme, le père d'autrefois, responsable d'un être, d'une vie. Moi parti, il aurait perdu son rôle, son autorité, bref: son identité. Et inversément: sans lui, ma vie n'aurait plus eu ni sens ni but. Moi, j'ai tenu grâce à mon père. Sans lui, je me serais effondré. Il me suffisait de le voir, se traînant d'un pas lourd, à la recherche d'un sourire, pour que je le lui offre. Il était mon point d'appui, mon ballon d'oxygène, comme j'étais le sien.         
Souvent je ferme les yeux, uniquement pour te voir.
Tu t'éloignes ou je m'éloigne, et pourtant. La distance entre nous ne diminue pas.
Je quitte le camp, nous quittons le camp, nous allons vers une nouvelle vie.
Et toi, là-bas, tu n'es qu'une poignée de cendre. Même pas."
        Elie Wiesel



Lu dans:
Bertrand Leclair. Petit éloge de la paternité. Folio 5126. Gallimard 2010. 112 pages. Extrait p.45
Elie Wiesel. Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Seuil. 1994. 562 pages. Extraits pp.105-6, 125

jeudi, mars 12, 2015

Le cornet à deux boules


"Récemment durant les vacances, j'ai emmené le plus âgé de mes deux fils - respectivement, presque cinq ans et deux ans - à la plaine de jeux. J'avais prévu de m'occuper uniquement de lui, mais n'arrivais pas à me départir de pensées obsédantes du type « maintenant je dois faire ceci et après, je devrai encore faire cela ». Il ne faisait pas beau et le cadre était assez ordinaire. Voilà qu'à un moment, mon fils me demande de lui offrir une glace. Le plaisir avec lequel il l'a contemplée m'a rendu heureux. Mon fils a léché consciencieusement sa glace pendant vingt-cinq minutes sans dire un mot. Ses yeux me remplissaient d'un sentiment qui n'est en rien comparable avec le coup de fouet que vous donne la présence de cinquante mille personnes à un concert. Il paraissait parfaitement heureux, ne pensant à rien, observant les alentours calme et silencieux. Cela m'a moi-même apaisé; j'aurais pu rester assis là une heure durant, pour moi, c'était bon, tellement intense et tellement ténu à la fois."      
        Steven Kolacny, pianiste. La plaine de jeux.

J'imagine les dizaines d'images et de souvenirs que ce petit récit banal peut susciter, tant le cornet à deux boules nous relie à l'été, à la mer, aux vacances, aux souvenirs de famille et d'amitié partagée. Il a sa musique, son parfum, ses couleurs, sa texture inimitable. A lui seul il est l'attente, l'apprentissage du choix - pistache ou fraise - , de la plénitude ou de la déception si praliné n'est pas chocolat, du regard éperdu quand la boule malencontreusement chute à terre, de l'incertitude apeurée quand le filet de vanille fondante dégouline le long de la manche et que la langue ne sait où donner de la tête, de la saveur particulière du dernier centimètre de biscuit où se cache le dernier centimètre de glace (comment a-t-on fait pour le remplir aussi loin?), du mouchoir complice sorti d'une poche pour vous faire une bouche présentable, "et maintenant on marche sans rouspéter".  Le petit recueil s'apellera Le cornet à deux boules, et tous ceux qui auront envoyé leurs dix lignes en recevront un exemplaire.  Chiche?  



Lu dans:
Anne t'Sterstevens et Delphine Brasseur. Le Bonheur des Belges. Editions Soliflor. 2005. 380 pages. Steven Kolacny. La plaine de jeux Extrait pp. 339-340

mercredi, mars 11, 2015

Des ailes pour rêver

"Des poètes imaginent que nos omoplates sont ce qu'il nous reste de nos ailes. J'attends qu'elles se déploient une dernière fois."     
David Lelait-Helo

Quand le rêve devient réalité, les omoplates donnent naissance aux montgolfières, aux ailes delta et au Solar Impulse II, libellule géante et gracile dans la lumière du matin. J'aime les ingénieurs poètes qui vont au bout de leurs rêves.


Lu dans:
David Lelait-Hélo. Sur l'épaule de la nuit. Editions Anne Carrière. 2010. 175 pages. Extrait p. 18

lundi, mars 09, 2015

Au bonheur des copains


"Mieux vaut regarder le ciel que d'y être."
    David Lelait-Helo

Ne pas tenter de quantifier le bonheur de vivre, on ne comprendra jamais. Ces deux grands vieillards à qui je demande ce matin s'ils se promènent encore: "et comment! hiver comme été. Une fois par semaine. Jusqu'à la pharmacie." Et ces autres, interrogés sur leurs bonheurs volés, les uns un apéro deux fois par semaine à la terrasse du café "Aux portes du cimetière" (avec vue sur le cimetière d'Anderlecht), les autres un repas le dimanche au resto-bistrot de l'hôpital Iris-Sud ou mieux encore un déjeuner-rencontre scandinave quotidien chez Ikea où se retrouvent à 10 heures pile une joyeuse bande de "copains d'abord" - et s'il en manquait un c'est qu'il était mort (Brassens). On nous a fait croire que le bonheur, c'était l'enfance. Balivernes. D'abord, les enfants pleurent plus que les vieux, et de vrais chagrins. Et puis la vie c'est comme l'argent, moins on en a, plus on y tient. Mystérieux plaisir d'être sur-terre.  


Lu dans:
David Lelait-Hélo. Sur l'épaule de la nuit. Editions Anne Carrière. 2010. 175 pages. Extrait p. 40

Sagesse d'Octavio Paz


"Je suis homme: je dure peu
et la nuit est énorme
mais je regarde vers le haut
ce que les étoiles écrivent
sans comprendre."
    Octavio Paz


dimanche, mars 08, 2015

La langue en jeu


"Dis-moi dix mots que tu accueilles"

A la pêche aux mots pour décrire ce qu'on est, ce qu'on vit, ce qu'on craint ou ce qu'on espère. Petit exercice à la portée de chacun, parfois plus révélateur que de longues pages. 
Je vous souhaite un bon dimanche ensoleillé. Attention, les perce-neige ne se cueillent pas, ni les crocus. 
CV 

Lu dans :
La langue française en fête, 20ème édition. Du 14 au 22 mars en Fédération Wallonie Bruxelles. http://www.lalanguefrancaiseenfete.be/ ou 02.413.32.74

samedi, mars 07, 2015

Sagesse de Confucius


"Le galet est poli par la vague
le sage apprend par l'épreuve."
    Confucius.


jeudi, mars 05, 2015

Vivre sans Facebook

"J'essaie de trouver de nouveaux amis sans l'aide de facebook.  Depuis 2 jours, je descends dans la rue en gueulant ce que j’ai cuisiné, ce que j’ai mangé, comment je me sens, ce que je suis en train de faire, où je suis en ce moment, je photographie tout ce qui bouge et aussi ce qui ne bouge pas ! je touche les gens que je croise en hurlant « j’aime ».  J’ai déjà 7 personnes qui me suivent : 2 policiers, 1 psychiatre, 2 infirmiers, une ambulance et un docteur…. Pas mal non ? "

Le bonheur en brèves


"Vous croyez qu'il y a quelque chose après? demanda Flora d'une voix inhabituellement posée. Il y eut un silence, sans hululement, sans rien, sans rires ni soupirs. Et dans ce silence, c'est la voix de Lydie qui se fit entendre.
- Ce qui compte le plus, dit-elle tout doucement, c'est qu'il y ait quelque chose avant. Quelque chose de bien."
            Biefnot-Dannemark

"Si vous ne vivez pas au bon moment, alors vous ne mourrez jamais au bon moment non plus (I.Yalom)". A grandes interrogations, réponses courtes, et le dernier opus de Biefnot-Dannemark (qui sort aujourd'hui en librairie, clin d'oeil) s'en délecte. Road-movie littéraire à-travers l'Europe au volant d'une Opel hors d'âge, ce roman pointilliste nous fait redécouvrir que la soif de vivre n'a pas d'âge, ni l'amour. On en cueille quelques pépites, calligraphiées et enroulées sur un papier cigarettes qu'on dépose précieusement dans le creux de la main de patients ayant perdu espoir. Thérapie douce sans effet secondaire. 


Lu dans:
Biefnot-Dannemark. La route des coquelicots. Escales des lettres. Le Castor astral. 2015. 310 pages. Extrait pp 59-90
Ce roman et le recueil "Au tour de l'amour" seront en librairie ce 5 mars.
Irvin D. Yalom. Et Nietzsche a pleuré. Galaade. 2012. 480 pages.

mercredi, mars 04, 2015

La quête


"Rétractation revêche du passant qui me voit approcher, mais comme je ne veux ni une pièce ni une clope, juste lui demander poliment mon chemin, le voici tout miel, prodigue en informations détaillées et précises, la générosité incarnée, pour un peu il me ferait visiter la ville – merci !"
        Eric Chevillard

Qui de nous ne se reconnaît dans ce passant revêche? Quelle résistance éveille en nous la quête d'une piécette, pour laquelle nous ne nous baisserions même pas pour la ramasser en rue? L'agacement provoqué par la  mendicité révèle quelque chose de nous-même, mais quoi? 


Lu dans :
Eric Chevillard. L'autofictif. http://autofictif.blogspot.fr/

lundi, mars 02, 2015

Confiezo que he vivido


"Quand il ressent la plénitude des heures
 un éléphant part mourir seul.
 Et quand mes mains ne serviront
 plus à rien, ni pour caresser,

ni pour écrire ou travailler le bois,
 ni pour jouer avec mes petits-enfants,
 mon heure aussi sera arrivée.
 Ce sera une heure simple et juste.

Je monterai lentement les sentiers antiques
 de l’altiplano vers les sommets andins
 et au final, depuis le sommet de l’Illimani,

je verrai les blanches neiges d’antan,
 les nuages de toujours, la lune claire.
 seul, j’attendrai le dernier petit matin."

           Jan Antoon Mariën (25 mars 1953 - 28 février 2015)

Emouvant adieu à la vie, Confiezo que he vivido (J’avoue avoir vécu) que je vous invite à prolonger par la lecture de la dernière page de son blog (http://www.janantoon.be/adieu).

Les larmes de Nietsche


“Il est plus facile d'obéir à autrui que se commander soi-même.”
       Irvin D. Yalom . Et Nietzsche a pleuré

Si "le roman est de l'histoire qui aurait pu être (Gide)" le récit d'Irvin Yalom plaira à ceux qui aiment l'histoire, et les romans. Une intrigue habilement menée dans la Vienne d'un XIXe siècle finissant enchevètre les destins de Breuer et Freud (fondateurs de la psychanalyse), du philosophe Nietzsche et de sa houleuse amante Lou Andréa Salomé. Sort-on heureux de pareille réflexion en pareille compagnie? Pas nécessairement, mais on n'en sort pas le même non plus, avec quelques interrogations tenaces sur ce qui nous reste de vie à parcourir. 

"- Malgré tout, Josef, vous fuyez ma question. Avez-vous vécu votre vie ? Ou bien est-ce votre vie qui vous a vécu ? L’avez-vous choisie ? Ou avez-vous été choisi par elle ? L’avez-vous aimée ? Ou la regrettez-vous ? Voilà ce que j’entends lorsque je vous demande si vous avez vécu jusqu’au bout. […]
« Ces questions… Mais vous en connaissez la réponse ! Non, je n’ai pas choisi ! Non, je n’ai pas vécu la vie que j’ai voulue ! J’ai vécu celle que l’on m’a donnée. J’ai été, moi, le vrai moi… j’ai été enfermé dans ma propre vie.
- Et c’est là, Josef, j’en suis persuadé, la cause première de votre angoisse. Cette pression précordiale que vous ressentez est tout simplement due au fait que vous débordez d’une vie non vécue. Et votre cœur bat à l’unisson du temps qui passe, de ce temps qui ne cesse d’être vorace, qui engloutit, mais ne rend jamais rien. Qu’il est terrible de vous entendre dire que vous avez vécu la vie qu’on vous a donnée ! De vous voir affronter la mort sans avoir jamais réclamé votre liberté, si dangereuse fût-elle ! »



Lu dans:
Irvin D. Yalom. Et Nietzsche a pleuré. Galaade. 2012. 480 pages.
Compagnie Claude Volter. Les larmes de Nietzsche, d’Irvin YALOM, adaptation de Michel Wright. Du 25 février au 8 mars

dimanche, mars 01, 2015

Sagesse de Keaton


"Si l'homme descend du singe, il peut aussi y remonter."
    Buster Keaton


samedi, février 28, 2015

La mangue de midi est la grâce du jour


"Il faut attendre un midi de juillet
quand la chaleur devient insupportable.
Une cuvette blanche remplie d'eau fraîche
sur une petite table bancale,
sous un manguier.
Vous arrivez en sueur d'une demi-journée
agitée pour vous asseoir à l'ombre,
sans rien dire pendant un long moment,
jusqu'à ce que votre sieste
soit interrompue
par le bruit sourd d'une mangue
qui vient de tomber près de votre pied.
Il faut la respirer longuement
avant de la dévorer pour qu'il ne
reste plus une once de chair
ni non plus une goutte de jus.
Puis vous vous lavez le visage et le torse
dans la cuvette d'eau
avant de retourner à votre chaise.
La mangue de midi est la grâce du jour."

Lu dans:
Dany Laferrière. L'art presque perdu de ne rien faire. L'art de manger une mangue. Grasset. 2014. 425 pages. Extrait p. 11

vendredi, février 27, 2015

Simplexe


"Simplet, ce septième nain, pas aussi simple qu on croit. Il est comme le ravi de la crèche provençale, non pas l'idiot du village, mais le témoin et le sage, l'émerveillé, ouvert à tous les possibles? "
        Berthoz

Comment mieux décrire cette simplexité dont Berthoz décrit qu'elle est une nouvelle façon de vivre la complexité croissante du monde, de poser les problèmes parfois au prix de quelques détours, prenant en compte l’expérience passée et en anticipant l’avenir avec imagination, pour arriver à des actions plus rapides, plus élégantes, plus efficaces. Faire simple n’est jamais facile ; cela demande d’inhiber, de sélectionner, de lier, d’imaginer pour pouvoir ensuite agir au mieux. Une version actualisée de Blanche-Neige placerait sans aucun doute un smartphone dans les mains du nain Simplet, et je me plais à imaginer tout ce qu'il en tirerait avec émerveillement.


Lu dans:
Jean Michel Besnier. L'homme simplifié. Fayard. 2012. 205 pages. Extrait pp. 35-36
Alain Berthoz, La Simplexité. Paris, Éditions Odile Jacob, 2009. p. 42

jeudi, février 26, 2015

De la vie soudain


'Un château abandonné des Carpathes, dont soudain un jour s'échappe de la fumée..."

Je ne connais pas le livre de Jules Verne dont serait issue cette phrase, mais elle fait rêver à mille intrigues possibles. Et peut s'appliquer à quelques situations de vie.

mercredi, février 25, 2015

La seconde avant l'annonce


"Ce matin-là il avait commencé une phrase
    Il faudra pourtant se décider à...
et à ce moment le téléphone a sonné
C'était André qui lui apprenait la nouvelle et il est parti aussitôt
Nous ne l'avons pas revu vivant
Et je ne sais pas comment il aurait terminé la phrase
ni à quoi il pensait qu'il fallait pourtant se décider.
(..)
Qui finira pour nous malgré l'absence après l'arrêt subit
la vie qu'on avait pourtant l'intention de vivre?"
        Claude Roy . Kerdavid . Samedi 29 août 1992

Elle a trente-six ans, je l'ai vue naître. Veuve depuis le 2 janvier de cette année, un bloc de marbre dont on fait les tombes a fracassé son mari. Il avait pris congé ce lendemain de fête, mais il arrive qu'on doive changer ses plans, pour longtemps. Une fois de plus je tente d'imaginer ce à quoi on rêve la seconde avant qu'on ne meure. Et ce que dure la seconde qui suit l'annonce. 


Lu dans:
Claude Roy. Les pas du silence. NRF Gallimard. 1993. 271 pages. Extrait pp.166-167

lundi, février 23, 2015

Moi je suis vintage


«Quand on regarde l’être humain, on sent bien que le chantier n’a pas été terminé…».
            Florence Foresti

L'humour dévastateur d'une femme qui se regarde dans la glace. Morceaux choisis.  Les femmes aussi ont leur Vietnam: "l’accouchement, avec ou sans péridurale, avec ou sans césarienne. Sans compter la grossesse, qui est «comme une gastro qui durerait neuf mois… à part qu’ici tu grossis».  Scènes de course avec sa fille de 7 ans sur le chemin de l’école, portrait de la mère parfaite, «toujours à l’heure, qui ne s’énerve pas et parle avec une voix tellement douce». 40 ans? «Tu arrêtes de boire, tu arrêtes de manger… tu arrêtes de vivre. On va tous crever. Ma prochaine aventure, c’est le cancer.» 50 ans, «l’adolescence avec une carte bleue… Moi, je suis longue conservation. Je ne suis pas vieille, je suis vintage». On attend avec impatience qu'elle fête ses 60 ans.



Lu dans :
Nicolas Crousse. Florence Foresti, les femmes lui disent merci. Le Soir. Lundi 23 février 2015
Flavie Gauthier. Le spectacle de la maturité décomplexée. Ibid

dimanche, février 22, 2015

Sagesse des arbres


"Imaginez un arbre
Regardez-le maintenant avec les yeux d'un architecte.
Il devient alors une véritable inspiration pour les bâtiments et les habitations d'après-demain."
        Luc Schuyten

Du bourgeon à la feuille morte


"Gloire à la branche maîtresse
honneur au rameau
et merci pour la feuille
de la feuille qui tombe
à la feuille qui vient."
    M. Delpastre

A un moment de l'année où les bourgeons sont guettés avec impatience, on se plaît à citer les arbres.

samedi, février 21, 2015

Et si c'était


"Et si c'était la dernière fois ...
Si c'était la dernière fois que je vois
dans les yeux d'un homme qu'il me trouve belle?
Si c'était la dernière fois que je suis belle?"
        Biefnot-Dannemark


Lu dans:
Biefnot-Dannemark. Au tour de l'amour. Le Castor Astral. 2014. 120 pages.Extrait p.57
Ce recueil et le roman "La route des coquelicots" seront en librairie le 5 mars.
www.francisdannemark.be/biefnot-dannemark/

vendredi, février 20, 2015

Improbable renommée


"Une anecdote pour écrivains débutants. Kafka, malade, vint passer ses vacances d'été à Marienbad. Jetant un coup sur la fiche, l'aubergiste lui dit: « Votre nom me semble connu. - Impossible, répondit Kafka. C'est la première fois que je descends chez vous. » L'écrivain prit sa valise et monta se reposer dans sa chambre. A peine assoupi, il perçut des petits coups à la porte. C'était l'aubergiste: «Pardonnez-moi de vous déranger, mais j'ai une question à vous poser : seriez-vous écrivain? » Ahuri, Kafka répondit: «Pas vraiment... Mais pourquoi me demandez-vous cela? - Parce que mon fils me dit que vous l'êtes. - Dites-lui qu'il se trompe sur mon identité. » L'aubergiste sortit et Kafka essaya de se rendormir. A nouveau, des coups à la porte le réveillèrent: « C'est encore mon fils dit l'aubergiste. Il prétend que vous êtes un très grand écrivain et il souhaite vous saluer. C'est important pour lui. Si vous tenez à votre repos, dites oui, et qu'on en finisse. » Kafka accepta et l'aubergiste alla chercher son fils. Celui-ci, ému et intimidé, ne put que bafouiller: «Quel honneur ... quel bonheur ...   - Mais pourquoi? demanda Kafka. - Parce que ... parce que vous êtes Kafka ...
- Et après?
- Comment et après? Monsieur Kafka, ne savez-vous donc pas qui vous êtes? Vous êtes un grand écrivain, l'écrivain que j'admire le plus au monde ...
- Auriez-vous lu quelque chose de moi?
- Quelque chose, vous dites quelque chose? Votre ouvrage a changé ma vie...
- Lequel?
- La Métamorphose.
- Vous l'avez lu?
- Bien sûr que je l'ai lu, et relu.
- Où l'avez-vous trouvé?
- Mais je l'ai acheté ... »
Et Kafka de s'écrier: « Non ... c'était donc vous? »
        E. Wiesel


Lu dans
Elie Wiesel. Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Seuil. 1994. 562 pages. Extrait p.418, 419

mercredi, février 18, 2015

L'art de changer de café


"La vie , voyez-vous,
c'est de changer de café."
        Aragon

Dès qu'on s'installe dans un café, tout le reste
de la ville s'efface. (..)
Tout ici ne se déroule pas toujours
de manière harmonieuse
mais nous sommes des animaux capables
d'endurer les situations les plus inconfortables.
J'ai vu des gens subir sans broncher
le mépris de serveurs maussades
ou l'indifférence de leurs voisins de table
alors qu'il suffisait de traverser la rue
pour se rendre au café d'en face et changer
ainsi de roman ou de vie."
        D. Laferrière


Lu dans:
Dany Laferrière. L'Art presque perdu de ne rien faire. L'art de changer de café. Grasset. 2014. 425 pages. Extrait p. 419

Chez nous


"C'est fou comme on s'habitue vite à tout. Y pensant aujourd'hui, j'ai du mal à l'admettre. Quelques heures après avoir respiré l'air nauséabond et suffocant du wagon, voilà que nous nous sentons chez nous. « Chez nous », c'est le bout de plancher sur lequel je suis assis. Je songe aux exilés juifs de l'Antiquité et du Moyen-Age; je suis leur frère. (..) Le principal, c'est que nous soyons entre nous. Si l'on nous avait dit que ce voyage durerait des semaines ou même des années, nous aurions tous répondu : plaise à Dieu qu'il en soit ainsi. Car rien n'est pire que l'inconnu. (..) La vie dans les wagons. La mort de mon adolescence. Comme je vieillis vite: enfant, j'aimais l'imprévu. Un visiteur venu de loin. Un événement inattendu. Un mariage, une tempête, une catastrophe. N'importe quoi plutôt que la routine. Maintenant, c'est le contraire. N'importe quoi plutôt que le changement. Accrochés au présent, nous redoutons l'avenir."
        Elie Wiesel.

Tous nos séjours de vacances, voyages, weekends prolongés portent en filigrane des noms de livres emportés. Les Vosges avec Elie Wiesel, cela donne indubitablement à la neige et au carnaval une coloration méditative que les seuls serpentins, turlututus et chapeaux pointus ne possèdent guère, et que j'apprécie. Cette longue méditation sur le sentiment de sécurité que peut procurer le plancher d'un wagon à bestiaux pour Auschwitz m'habite l'esprit de manière durable. 


Lu dans
Elie Wiesel. Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Seuil. 1994. 562 pages. Extrait p.98

samedi, février 14, 2015

Les mots simples


"Quand on voit des ombres
c'est qu'il y a de la lumière
Quand tu es là, quand toi et moi sommes un,
la nuit sans fond épouse le jour sans fin. "
    Biefnot-Dannemark

On fredonnait avec Moustaki "Je ne sais pas où tu commences, tu ne sais pas où je finis", j'en découvre la suite ce matin au courrier dans le merveilleux petit recueil de Véronique Biefnot et Francis Dannemark. Les mots simples décrivent le mieux le mystère. 



Lu dans:
Biefnot-Dannemark. Au tour de l'amour. Le Castor Astral. 2014. 120 pages.Extrait p.77
Ce recueil et le roman "La route des coquelicots" seront en librairie le 5 mars.
www.francisdannemark.be/biefnot-dannemark/


vendredi, février 13, 2015

Le retour


"Quant à ceux qui furent assez bêtes, ou du moins assez naïfs, pour rentrer dans leurs pays d'origine, ils se heurtèrent à l'animosité de leurs anciens voisins ou concitoyens. Au lieu d'accueillir les revenants avec des fleurs (comme ce fut le cas au Danemark), au lieu de fêter leur retour, leur survie, en leur demandant pardon, en les entourant d'égards et de chaleur, on les considérait avec suspicion et rancune : « Vous voilà de retour, vous aussi? Auschwitz n'était donc pas si terrible que ça, hein? » On refusait de leur restituer leurs foyers et leurs biens. En Hongrie, déclare un sociologue informé, l'antisémitisme d'après-guerre avait un mobile prédominant : les habitants craignaient le retour des déportés dont ils avaient confisqué les appartements et les entreprises. Kielce, en Pologne, fut le théâtre d'un véritable pogrom."
        Elie Wiesel.

Encore Elie Wiesel, dont je partage les réflexions douces-amères sur l'être humain depuis une semaine, racontant son retour "chez lui" après sa sortie d'Auschwitz. "Pendant des années je n'ai cessé de penser au retour dans la ville qui m'a vu naître. J'en étais obsédé. Il m'a fallu attendre vingt ans et, maintenant, ce retour fait aussi partie de mes obsessions. C'était la nuit. La ville dormait. La maison dormait. Elle n'avait pas changé: même portail, même jardin, même puits. La peur m'étouffait. Je me croyais pris dans un tourbillon d'hallucinations. Et si ce n'était qu'un rêve? Et si nos voisins juifs étaient toujours là? Et mes parents? Et mes soeurs? Une vague d'angoisse m'emporta et me ramena, je m'attendais à ce qu'une fenêtre s'ouvre et qu'un garçon ressemblant à celui que j'avais été m'interpelle: hé, monsieur l'étranger, que faites-vous donc dans mon rêve? J'anticipe: des inconnus habitent ma maison. Ils n'ont jamais entendu mon nom. A l'intérieur, rien n'a été transformé. Ce sont les mêmes meubles, le même poêle en faïence que mon père put acheter grâce à un emprunt. Les lits, les tables, les chaises : ce sont les nôtres, au même endroit. Mes yeux fiévreux se promènent à droite, à gauche, en haut, en bas: est-il possible qu'il n'y ait plus ici une seule trace de notre passé? Si, il en reste une, une seule. Sur le mur, au-dessus de mon lit, il y avait la photo de mon vieux Maître adoré, Rabbi Israël de Wizhnitz. Je me souviens: je l'avais accrochée le jour de son décès, le deuxième jour du mois de Sivan. Je me revois encore: avec un marteau très lourd, j'enfonce un clou et y suspends le cadre. (..) C'est en pleurant la mort du Rabbi que j'avais placé sa photo au-dessus de mon lit. Le clou y est toujours. Une grosse croix y est suspendue."

Lu dans
Elie Wiesel. Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Seuil. 1994. 562 pages. Extrait pp. 94-95, 179

jeudi, février 12, 2015

Sagesse de Pierre Rhabi


"Nous avons besoin de ce qui est nécessaire à notre survie physique
mais aussi de ce qui nous enchante
    de la beauté
    du coassement des crapauds le soir
    du chant des oiseaux le matin."
            Pierre Rhabi

Lu dans:
Pierre Rabhi. De la beauté. Entretien avec Olivier Le Naire. Nos voies d'espérance. Actes Sud. LLL.  229 pages. Extrait p.127

mercredi, février 11, 2015

La vie à deux


"On a moisi ensemble."
   
Elle a de longues années de vie derrière elle, peu devant. Je m'interroge encore sur la raison pour laquelle elle a traversé la ville afin de consulter: pas d'affection mortelle, pas de douleur térébrante, rien de bouleversant dans un agenda morne. Mais l'évocation de son époux, mort vingt ans plus tôt me glace encore, ainsi que la forme que prenaient ses lèvres quand elle résume son existence. Un long silence s'est installé, suivi d'un imperceptible haussement d'épaules soulignant un "bah, c'est le passé". Et le ton redevient badin, comme si rien d'essentiel n'avait été dit.  D'où vient alors que ces mots me tournent en tête sans plus en sortir? 


mardi, février 10, 2015

Bel or


"Le luxe est l'effet des richesses et les rend nécessaires
il corrompt à la fois le riche et le pauvre
l'un par la possession
l'autre par la convoitise."
        Jean-Jacques ROUSSEAU

Courte réflexion d'un utopiste, qui me vient naturellement à l'esprit en découvrant "les nouvelles du journal" ce matin: les milliards grands-ducaux de SwissLeaks, les milliards de madame Bettencourt, son valet de chambre, son légataire, son gestionnaire, ses nombreux amis, les milliards spoliés à la Grèce lors des arrangements entre grands soldant le second conflit mondial et les milliards que n'auront jamais les milliards d'êtres humains que j'imagine en ce moment même dans les métros et les trains bondés, sur les routes, dans les ateliers, chantiers et bureaux pour rapporter de quoi payer leurs factures en souffrance le soir. On a tous ses soucis, comme disait ma grand-mère. 

Lu dans:
Dominique Méda. De l'audace. in Olivier Le Naire. Nos voies d'espérance. Actes Sud. LLL.  229 pages. Extrait p.101

dimanche, février 08, 2015

Le fuite du père


"Ton père est parti à la chasse
Car la bête il ne peut l'attacher
Et il laisse un bébé endormi
Et ses bénédictions derrière lui."
        Leonard Cohen
[«Your father's gone a-hunting
For the beast he cannot bind
And he leaves a baby sleeping
And his blessings all behind.]

"Je m'échappais toujours, une grande partie de ma vie a consisté à m'échapper. Quoi qu'il en soit, même quand la situation paraissait bonne, il fallait que je m'échappe, parce qu'à moi elle ne paraissait pas bonne."
        Léonard Cohen

Impressionnant aveu d'un artiste se retournant sur son passé et son rôle de père. Un homme en errance, pourchassé par une insatisfaction incurable, alternant les états d'âme, si peu conforme à l'image de sage impassible qu'il donne lorsqu'on le voit en scène aujourd'hui. Aurait-il pu composer sans cette déchirure, ou le fit-il pour y échapper? C'est par les failles que la lumière passe. 


Lu dans:
Jean-Dominique Brierre, Jacques Vassal. Léonard Cohen par lui-même. Ed. Cherche-Midi. 2014. 410 pages. Extrait page 323-324,337.
Leonard Cohen. Hunter's Lullaby, in album «Various Positions", 1984

Satchmo


"C'est la première seconde de l'année 1913. Un coup de feu retentit dans la nuit obscure. Un bref cliquetis, doigts tendus sur la gâchette, puis un second coup, plus sourd. La police, avertie, se précipite sur place et arrête immédiatement le tireur. Il s'appelle Louis Armstrong.  Le garçon, âgé de douze ans, avait voulu saluer la nouvelle année à la Nouvelle-Orléans avec un revolver volé. La police le jette dans une cellule et, dès le petit matin du 1er janvier, le renvoie dans un foyer pour enfants de couleur abandonnés où il a déjà fait de nombreux séjours en raison d'actes de délinquance. Il se comporte sur place de façon si insensée que le directeur de l'institution, Peter Davis lui met spontanément une trompette dans les mains."
        Florian Illies

La suite est connue. Celui qu'on surnommera Satchmo accepte l'instrument, et ses doigts qui avaient taquiné la gâchette se retrouvent de nouveau au contact d'un métal froid - si ce n'est qu'à la place d'un coup de feu, ce sont ses toutes premières notes, chaudes, folles, qu'il laisse s'échapper de la trompette. Il apprend à jouer du cornet à pistons dans l’orchestre de ce centre et ne cessera de nous enchanter durant quarante ans.

Lu dans :
Florian Illies. 2013 Chronique d'un monde disparu. Piranha 2014. 315 pages. Extrait p. 9

samedi, février 07, 2015

A malheur, bonheur


"Tante Giza a survécu à la déportation et je l'ai rencontrée en Israël. Elle pleurait de bonheur, elle pleurait de malheur. Elle avait perdu son mari et ses enfants. Mais, après la libération, elle avait retrouvé un ami d'enfance qu'elle aimait et qui l'aimait. Lui aussi avait perdu ses enfants et leur mère à Birkenau. Sourire ou ricanement du destin? A l'époque, leurs familles s'étaient opposées au mariage. A présent, il n'y avait plus d'opposition; il n'y avait plus de familles. Enfin mariés, ils me paraissaient heureux. D'un bonheur pur et entier, comme on dit? Comment l'aurait-il été? Ils devaient se sentir un peu coupables."
        Elie Wiesel

Qu'en peu de mots le drame et le bonheur d'une existence se voient ainsi écrits. On peut épiloguer une journée sur les réflexions que ce simple récit évoque en nous, sur la nature du bonheur, le poids du passé, les interdits familiaux et la place qu'occupe l'inattendu dans notre existence. Je me contenterai d'imaginer qu'il y a, quelque part en Israël, un vieux couple qui s'aime. 


Lu dans:
Elie Wiesel. Tous les fleuves vont à la mer. Mémoires. Seuil. 1994. 562 pages. Extrait p.15

vendredi, février 06, 2015

Va, vis, deviens

"Nous voulons t'éduquer parce que nous avons confiance en toi, parce que nous pensons que tu pourras mieux faire, infiniment mieux que ce que nous te laissons en héritage. Mais pour cela, tu dois aller. Nous quitter, oui, parce qu'en restant en la maison du père, en ses origines, on n'est pas prêt à affronter l'avenir. Tu dois aller, aller pour toi, pour ta vie et celle de tes frères humains. Tu vas t'éloigner. Mais si ton pas est sûr, si tu sais éviter les embûches et les pièges, si tu prends la relève, une relève meilleure, alors nous pourrons te regarder partir l'âme en paix, avec le sentiment du devoir accompli. Nous pourrons nous effacer et nous réjouir infiniment lorsque tu passeras nous saluer, nous raconter comment tu fais pour vivre en humain digne de ce nom. Va pour toi, enfant."
        Myriam Tonus

Beau texte sur la notion d' "élever" un enfant, comme on élève une offrande vers le ciel, ou encore comme on élève (construit) un mur. Le Baloo que je fus se souvient avec émotion du récit que nous faisions en fin de veillée en fin de camp aux louveteaux qui quitteraient bientôt la meute, tiré du Second livre de la Jungle, quand Mowgli l'enfant-loup quitte ses frères pour rejoindre les hommes. "— Allons, lève les yeux, Petit Frère, répéta Baloo. Il n’y a pas de honte à cette chasse-là. Lorsque le miel est mangé, on abandonne le rayon vide. — Lorsqu’on a jeté la peau, dit Kaa, on ne peut pas y rentrer de nouveau. - Mais souviens-toi pour toujours que Bagheera et les autres t'aimaient." Aimer c'est laisser aller.

Lu dans:
Myriam Tonus. Elève-moi!. Couleur Livres. 2014. 128 pages. Extrait p. 59

jeudi, février 05, 2015

Ceci est un message pour tous les cinglés, les malades mentaux qui décident de se déclarer islamistes, intégristes, djihadistes, pianistes, cyclistes, juste pour commettre leurs méfaits (…). Merci de choisir une autre religion!»
    Samia Orosemane


mardi, février 03, 2015

La petite fée espérance


"Il n'est jamais trop tard pour naître."
            Jean-Marie Alfroy.

Entendu ce matin "J'ai 47 ans et j'attends toujours que ma vie commence." L'existence peut être une longue attente, que désaltère l'espérance. C'est pourquoi, contre toute attente, l'espérance survit. Avec parfois quelques bonnes surprises.


Lu dans :
Jean-Marie Alfroy. La fugue du père. NRF Gallimard. 1984. 180 pages Extrait page 9

Une simplicité volontaire


«Avec Hydra (*), ce fut le coup de foudre. Les gens, l'architecture, le ciel, les mulets, l'odeur, la vie. Tout ce que vous regardiez était beau, chaque coin, chaque lampe, tout ce que vous touchiez, tout ce que vous utilisiez était à sa juste place. On n'avait pas d'eau courante, il fallait la capturer goutte par goutte, vous connaissiez chaque goutte. Vous connaissiez tout ce que vous utilisiez, chaque fois que vous allumiez la lampe, vous saviez qu'il vous faudrait la remplir et la nettoyer le lendemain. Les choses que vous utilisiez étaient riches ... C'était une sensation très agréable."
        Léonard Cohen

Lu dans:
Jean-Dominique Brierre, Jacques Vassal. Léonard Cohen par lui-même. Ed. Cherche-Midi. 2014. 410 pages. Extrait page 180

(*) Hydra, île grecque du golfe Saronique, au sud d’Athènes, dans la mer Égée, en face de la péninsule de l’Argolide. Cette île est sans voitures. Léonard Cohen y a vécu en partie.

dimanche, février 01, 2015

Picasso intime


"Déclaration de disparition. A disparu: la Mona Lisa de Léonard de Vinci. Volée au Louvre en 1911, elle n'a toujours pas réapparu. Pablo Picasso est entendu par la police parisienne, mais il a un alibi et est autorisé à rentrer chez lui. Au Louvre, les Français éplorés déposent des bouquets au pied du mur."
        Florian Illies.

J'ai cru à un canular d'auteur. Après vérification à de bonnes sources, rien que de la réalité: Picasso s'est bien retrouvé en 1911 au commissariat, suspecté de complicité du vol de la Joconde. Il lui manquait sans doute à l'époque la célébrité qui aurait donné à la scène l'impact qu'eut le cliché de DSK hagard, menotté à New York. Vous partager l'info un siècle plus tard ne nuira pas à la réputation du grand peintre. PS. Mona Lisa a été retrouvée. 


Lu dans:
Florian Illies. 2013 Chronique d'un monde disparu. Piranha. 2014. 315 pages. Extrait p.11

samedi, janvier 31, 2015

A l'écoute des monstres

"Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres."
        Antonio Gramsci

Comme l’écrivait déjà Voltaire en 1764 dans son Dictionnaire philosophique, « il est plus difficile qu’on ne pense de définir les monstres», le mot latin monstrum signifiant simplement présage sans connotation péjorative. Le monstre est de manière plus générale un individu qui par certaines de ses caractéristiques propres se démarque de façon significative de ses congénères, la monstruosité proprement dite n'étant pas forcément négative, mais se révélant parfois être un gain par rapport à une norme commune. Poussé à sa limite Albert Einstein, par exemple, de par ses capacités intellectuelles hors-normes pourrait être considéré comme un monstre. Ou ces tamagotchi dotés d'une intelligence artificielle telle qu'ils nous dépasseront un jour, non-limités comme l'être humain par le poids et le lenteur de sa nature biologique. Quand le soir tombe, la tête au repos, il me plaît de prêter l'oreille à ces monstres.

Lu dans :
Anne-Sophie Novel. De la lucidité. in Olivier Le Naire. Nos voies d'espérance. Actes Sud. LLL.  229 pages. Extrait p.64

jeudi, janvier 29, 2015

La couleur d'origine

Pour retrouver le rose initial
De ta joue, devenue pâle
Le bleu de nos baisers du début
Tant d'azur, perdu
Passez notre amour à la machine
Faites le bouillir
Pour voir si les couleurs d'origine
Peuvent revenir
Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel ?
Des sentiments
La blancheur qu'on croyait éternelle
Avant
        Alain Souchon . L'amour à la machine

Une pépite parmi les mails, postée ce matin par un patient-ami. "J'ai été opéré de la cataracte de l'oeil droit - c'est extraordinaire de voir les couleurs beaucoup plus vives qu'auparavant et aussi de découvrir certains détails. J'ai l'impression de voir le linge plus blanc que blanc même sans Javel - mais aussi le tapis de neige samedi dernier. C'est même émotionnant, je vois la vie autrement." L'après-midi, un autre patient me décrit la palette sonore redécouverte grâce à sa récente prothèse auditive. Un opéré du pancréas me demande de transmettre ses remerciements au personnel hospitalier, "cette multitude de vêtements blancs qui gravitent au huitième nord. Merci pour les sourires et les paroles de réconfort, merci pour les explications nécessaires, pour le soin apporté aux soins." 
Deux mondes cohabitent. L'un paraît en permanence au bord du gouffre, chaotique, en ébullition permanente; on s'y branche dès notre lever, avide de saisir dès l'éveil la rumeur de la planète. L'autre, plus intimiste, distille ces perles qui font du bien et qu'il nous faut capter avec soin dans nos boîtes à messages, conversations, silences. Il me plaît à imaginer la multitude de ces semences d'espoir silencieuses, modestes, infinitésimales multipliées par l'infinité des hommes qu'elles atteignent. Face au chaos, ce sont sans doute elles qui maintiennent au monde une forme de cohésion. 

Ce qu'un lit peut dire

"Le lit a été fait comme il faut
et les vieilles mains passent
en un rite discret
sur le revers bien blanc du drap
c'est un geste qui ne sert à rien
et l'oeuvre sera détruite ce soir
comme tous les soirs innombrables
c'est un geste indispensable
quand plus personne ne le fera
un monde aura pris fin.
La croyance dans les lits bien faits
le désir du paradis
propre, lisse, blanc
les certitudes d'un siècle
les vieilles mains caressent le drap
doux au toucher."
             Murièle Camac. Sanctuaire

Lu dans :
Murièle Camac. Sanctuaire. La mer devrait suffire.-éd. Henry, 2014. - 114 p. 

mercredi, janvier 28, 2015

Moment propice

"Dans chaque conflit, il y a toujours, au moins, quelques secondes où les rivaux sont d'accord, et si, à ce moment opportun, ils s'en ouvraient l'un à l'autre au lieu de continuer de se renifler, une entente, inespérée, pourrait en résulter. "
         H. Grémillon

Moment d'équilibre parfois dû à un état d'épuisement partagé, ou à un événement si neuf qu'il modifie toutes les données du problème. Miracle s'il se trouve à ce moment des humains pour capter l'instant. 

 
Lu dans:
Hélène Grémillon. Le confident. Folio 5374. Plon Jc Lattès 2010.317 p. Extrait p 248

mardi, janvier 27, 2015


"Quand on met les soldats dans la rue et les sans-abris dans les casernes c'est que vraiment le monde change."
        La Une. Dimanche 25 janvier.


dimanche, janvier 25, 2015

Le temps qui glisse


"Maintenant les années ont passé
Et j'ai des jours heureux
Mais il suffit d'un parfum
D'un air et ..
Mon coeur se serre
Parfois d'aller dans les rues d'avant
Tu sais mon coeur se fend
Souffrir de se souvenir
Voilà le délice
Et je chante la douleur exquise
Du temps, du temps qui glisse
Souvent de fermer les yeux
De partir autrefois
Ça me rend malheureux
Et heureux à la fois
Comprenez-ça
Ainsi la joie et les sourires
Sont aux larmes mêlés
Souffrir de se souvenir
Voilà le délice
Et je chante la douleur exquise
Du temps, du temps qui glisse."
         Souffrir de se souvenir. Alain Souchon, Laurent Voulzy

Leurs visages, rires et pleurs mêlés, sont autant de paysages. Nos petits-enfants déroulent à nos pieds le futur et nous ramènent en même temps des brassées d'images passées, de jeux retrouvés, de livres de contes, de vagues, du vent, du sable, du chocolat chaud moustachant les lèvres, des granulés au chocolat tombant du pain en pistes de fourmis sur la nappe. Ils investissent le temps présent avec une telle légitimité qu'insensiblement nous devenons des occupants du balcon, des guetteurs de signes ou de souvenirs. Se méfier de la nostalgie, ce sentiment si doux pour le passé, si aigre pour l'avenir.

Vote en mer Egée


"D'abord il y eut la mer
je suis né entouré d'îles
je suis une île surgie
le temps de voir la lumière
dure comme la pierre
et puis sombrer.
Les montagnes sont venues après
je les ai choisies
il fallait bien que je partage un peu le poids
écrasant ce pays depuis des siècles."
        Titos Patrikios. Mai 1968

La plus ancienne démocratie vote ce jour. Petit Poucet européen, à qui soudain tous s'intéressent, découvrant que voter ne sert pas à rien.


Lu dans:
Titos Patrikios. Mai 1968. Kedros Publishers. trad. Michel Volhovitch. Gallimard
Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie. 2010. 955 pages. Extrait p.199
Le Soir. Jeudi 22 janvier 2015. L’obligation pour la Grèce de rembourser sa dette n’est pas inconditionnelle.

samedi, janvier 24, 2015

Cantique

Un parfum s'impose      c'est ton nom
joie pour nous
joie par toi
toi que j'aime     moi
raconte-moi où est le pré
là où tu emmènes tes bêtes
là où tu les fais reposer à midi
et je ne serai désormais plus perdue
au milieu des troupeaux de tes amis
        inspiré du Cantique des Cantiques


Lu dans:
Olivier Cadiot, Michel Berder. Le poème. Trad du Cantique des cantiques. Bayard 2002. 80 pages . Extrait pp 12-13

jeudi, janvier 22, 2015

Sagesse de Roumi


« La vérité
ce miroir brisé dont chacun ramasse un fragment
et laisse croire ensuite que toute la vérité s'y trouve »
    Djalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī1 ou Roumi (1207 - 1273)

Roumi le mystique persan, féru de spiritualité, mais aussi le transcripteur des fables d'Esope reprises ensuite par Jean de La Fontaine, a profondément influencé le soufisme. Fréquentant les chrétiens et les juifs tout autant que ses coreligionnaires, il participa au rayonnement de cet âge d'or de la culture islamique dont il fut dit "qu'elle était la Renaissance avant le Moyen Age". Il en reste des écrits fondateurs dans lesquels tout être humain peut se retrouver, particulièrement dans les époques de transition que nous connaissons.

"Sois comme l'eau pour la générosité et l'assistance
sois comme le soleil pour l'affection et la miséricorde
sois comme la nuit pour la couverture des défauts d'autrui
sois comme la mort pour la colère et la nervosité
sois comme la terre pour la modestie et l'humilité
sois comme la mer pour la tolérance
mais surtout veille à paraître tel que tu es
et à être tel que tu parais.


Lu dans:
Jamel Balhi. Les routes de la foi. Le Cherche midi. 1999. Extrait p. 292
Lu dans :
Frédéric Lenoir. Du discernement. in Olivier Le Naire. Nos voies d'espérance. Actes Sud. LLL.  229 pages. Extrait p.96

Une liberté contrainte


" Le cerf-volant, à la fois libre de ses mouvements et en même temps, relié à un fil, prisonnier de celui qui le mène. Assez doux pour t'appeler le maître, assez fort pour t'appeler le fou ».
Léonard Cohen

L'allégorie est belle et l'envie nous prend, entamant une journée professionnelle tissée de contraintes, de sortir le cerf-volant de la cave poussiéreuse où nous l'avons abandonné depuis de longues années pour rejoindre les moines de Lhassa, qui en ont fait un exercice de prière. 


Lu dans:
Jean-Dominique Brierre, Jacques Vassal. Léonard Cohen par lui-même. Ed. Cherche-Midi. 2014. 410 pages. Extrait page 96.

mercredi, janvier 21, 2015

Sagesse de Cat Stevens

"Ce qu'on sait hurle en nous
comme une plaie ouverte
mais moindre
que la douleur de ne pas savoir."
    Cat Stevens . Father and Son

« AlI the times that I cried,
keeping all the things I knew inside
ir's hard, but it's harder to ignore it. »
)

mardi, janvier 20, 2015

Prière muette

"Oui, écrire ce serait d’abord cela : s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté, répétant comme une prière muette cette phrase si simple de Beckett : « Je regarde passer le temps et c’est si beau »
        Jacques Ancet. Un homme assis et qui regarde. 

lundi, janvier 19, 2015

La nuit intérieure


"Il faut savoir se faire nuit pour éprouver l’étoilement du ciel intérieur."
C.G. Guez Ricord (1948-1988)

Né à Marseille, où il a vécu jusqu'à sa mort prématurée, Guez-Ricord incarne certainement le poète maudit de la fin du XXème siècle, à la croisée de Gérard de Nerval et Antonin Artaud. Comme eux, génie effervescent aux propos et vociférations parfois dispersées à tous les vents, d'une écriture parfois hermétique et difficile à l'image de sa souffrance mentale, il connaîtra des séjours en asile psychiatrique, des périodes de délire, mais aussi, archange, la capacité par l'écriture de se sauver provisoirement.  Sa superbe réflexion sur la nuit et le ciel intérieur étoilé n'en acquiert que plus de signification. Pareils à ces étoiles mortes dont on aperçoit le scintillement de longues années après qu'elles se soient éteintes, ses écrits ont continué lentement, depuis sa mort prématurée, de paraître sous la direction de son exécuteur testamentaire le poète Bernar Mialet.

samedi, janvier 17, 2015


"C'est parce que je me plante, que je pousse."
            Anne-Sophie Novel

Lu dans :
Anne-Sophie Novel. De la lucidité. in Olivier Le Naire. Nos voies d'espérance. Actes Sud. LLL.  229 pages. Extrait p.60

vendredi, janvier 16, 2015

Ces enfants sont les nôtres


"Cet enfant que je fus s'en vint à moi
Il ne dit mot, nous cheminâmes
chacun fixant l'autre en silence
Des racines nous ont réunis
au nom de ces feuilles qui voyagent dans le vent.
Nous nous sommes séparés
forêt écrite par la terre, contée par les saisons.
Toi, l'enfant que je fus, approche:
quoi, désormais, pour nous unir, et que nous dire?"
    Ali Ahmed Saïd Esber (Adonis), poète syrien (1930 - )

Superbes lignes, contemporaines, écrites sur les bords de l'Euphrate. Ce soir je pleure sur la Syrie, devenue notre fantasme de perdition, quelque part entre l'enfer, Sodome et Gomorrhe. Y être passé s'apparente à une escale à l'île de Molokai à l'époque du père Damien: on en revient lépreux pour la vie. Que ce pays martyrisé, qui abrita une des plus anciennes civilisations de notre histoire, devienne dans notre imaginaire la matrice unique d'où sortent les enragés à la Kalachnikov qui sèment la terreur dans nos villes me dérange.  Ces enfants-là sont les nôtres, nés dans nos villes, nos quartiers proprets ou nos foyers d'habitations sociales. Nous interrogeons-nous assez sur les raisons pour lesquelles ils sont partis un jour, délaissant la sécurité, la protection sociale, le confort douillet d'un pays où ils sont nés, où ils furent scolarisés, où vivent leurs parents, frères et soeurs? Sommes-nous suffisamment inquiétés par l'énigme d'une intégration ratée, le sentiment de rejet qui les habite peut-être, l'absence d'horizon d'existence ou simplement de repères culturels communs? Comme l'écrit joliment Le Clézio dans Le Monde ce matin "le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n'était que de l'aliénation."
Leur conversion terroriste au retour est-elle aussi univoque qu'on l'imagine? Pour combien d'entre ces gosses perdus l'aventure ne se transforma-t-elle pas en un piège effrayant, dont ils sortirent terrorisés, voire meurtris à jamais?  Les condamner tous sans discrimination à la descente d'avion comme des djihadistes fait peu de cas des errances qui mènent de l'adolescence à l'âge adulte, avec les possibilités de maturation, de réflexion sur son expérience, de renoncement aux chemins de folie qui caractérisent l'aventure humaine. Ce soir, écoutant les bulletins d'information, je guette la parole courageuse qui se tracassera autant du pourrissement de nos quartiers suburbains, de la pénurie de crèches, d'écoles, de centres de santé mentales qui les caractérise, que de l'attraction morbide pour les entreprises suicidaires d'une jeunesse déboussolée. 


Lu dans:
Adonis. De la parole. Éditions de Nulle Part. Trad. Clzawki Abdelamit, Serge Sautreau.  Les Poètes de la Méditerranée. Gallimard Poésie. 2010. 955 pages. Extrait p.199
JMG Le Clezio. Lettre à ma fille, au lendemain du 11 janvier 2015. Le Monde 15 janvier 2015

jeudi, janvier 15, 2015

Différences


"Dans le monde des courses hippiques, le mot handicap indique un avantage."
        M. Andries

Le cheval le plus jeune et le moins expérimenté, ou celui n'ayant terminé qu'une piètre course, se verra retirer du poids pour la suivante, visant à une compétition la plus équilibrée possible. Saine réflexion partagée après un échange sur les potentialités insoupçonnées développées par des non-voyants ou des malentendants dans des domaines inaccessibles aux gens normaux. C'est toute la notion de différence qui se voit ainsi repensée, et c'est stimulant pour débuter sa journée. 


mardi, janvier 13, 2015

Entre le tout et le presque rien


"Notre vie entière, perdue dans l’éternité, se réduit à ce tranchant aigu, à cette finesse filiforme, à ce trait imperceptible : elle est un tout qui se réduit à rien, et elle est donc Presque-rien.
Aussi est-elle passionnante et infiniment précieuse."
Jankélévitch

On naît, on s'aime, on se perd. D'autres nous entourent, plus jeunes ou plus chanceux, s'imaginant encore éternels. Ce détail de perception crée une sacrée différence. 

lundi, janvier 12, 2015

Connivence


"Silence
    des soirées de fin d’été
    où l’on écoute ensemble
    unis par l’amitié
    le soleil s’enrouler dans le sommeil pour la nuit. "

Sortir un instant du vacarme et se laisser emporter au terme de sa journée vers la promesse de l'été, le bonheur d'une connivence et la nuit qui vient. A lire ces lignes écrites il y a 2500 ans on rêve à leur auteur dont on aurait pu se faire un ami.   


Lu dans :
Premier Livre des Rois chapitre 19, verset 15-16

dimanche, janvier 11, 2015

Quand la tête tourne


"Le temps tourne. Je tourne et ma tête avec. Il y a comme un vertige, un désordre de mots, scandales, crises, douleur, que d’autres recouvrent, sandales, cris, douceur. Comment s’y retrouver ?"
Jacques Ancet

Cherchant mes mots pour décrire l'incompréhension suscitée par les images de ces trois derniers jours, je préfère citer le traducteur-poète Jacques Ancet. Que pareille violence débouche sur pareille unanimité m'intrigue par son caractère irréel et précipité. En climatologie on évoquerait une tornade, est-ce rassurant? 

samedi, janvier 10, 2015

Gare aux fous, gare à nous


Que tu pleures     que tu chantes
quelle que soit la couleur de ta peau
pour traverser la tourmente
on est tous sur le même bateau
Gare au vent         gare au grain
gare aux fous     aux casse-cou
qui n'ont pas peur des remous
qui font tout pour couler le bateau
Gare à nous     méfions nous de nous
        Adamo. On est tous sur le même bateau.

vendredi, janvier 09, 2015

Matin de pluie


"Même un chat peut paraître chiffonné au réveil."
    Chantal Dellicour

Certains jours plus que d'autres, dont ce matin. Le ciel pleure à grosses pluies au lever, donnant à la rue une espèce de gravité. Un ami cher m'a envoyé du Benjamin Franklin (Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux) sans commentaire, on s'est compris.  Nos voisins historiques ont été placés ou sont morts, remplacés par Horia, Hinna, Zarina, Mohammed, Emil, Wissem, Wi'am, Logan, Hind, Hakim, Siham. Ils ont conscience que ce qui s'est passé à Paris les concerne autant que nous-mêmes, et même davantage car ils demeurent des Belges tolérés, vaguement suspects. Me reviennent les mots de l’acteur Ben Affleck lors d'un vif débat critique à l’encontre de l’islam: « Etes-vous expert en doctrine islamique? Il y a un milliard de personnes qui ne sont pas fanatiques, qui ne frappent pas les femmes, qui veulent aller à l’école, manger des sandwiches, prier cinq fois par jour et ne font rien de ce que vous dites que font les musulmans. C’est un cliché ». Un mur affiche "C'est l'encre qui doit couler, pas le sang."  Jusqu'ici, dans mon coin de ville à l'arôme de Barbès, les signaux en réponse au massacre de Charlie Hebdo sont positifs. 

Lu dans :
Chantal Dellicour. A quelle fête? Conversion. 2014. 30 pages. Extrait p.6

jeudi, janvier 08, 2015

L'humour est le plus court chemin entre les hommes


«J’ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme ça je verrai tes fesses tous les jours. »
   Georges Wolinski (tué ce jour avec l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo à Paris)

Ce soir je serai donc Charlie, appréciant que l'humour, même s'il est trash, est plus fort que la mort. Ils disposaient d'une arme qu'ils utilisèrent sans compter, le crayon de presse, et sans épargner personne. Ils n'étaient pas du monde de Sempé, Royer ou Plantu mais on riait quand même, un peu comme on blaguait potaches durant les années soixante à la récré dans nos collèges, d'un humour un peu vicelard dont les filles et les curés étaient les sujets principaux. Wolinski, redessinant le célèbre dessin de Royer le soir de la mort du Roi Baudouin, lui aurait sans aucun doute fait pincer les fesses, et fait rougir les milliers de personnes qui sont ce soir dans la rue. La provocation a un prix, qu'ils acceptaient de payer le jour où. On ne crie pas impunément "même pas peur" durant cinquante ans à tous les esprits siphonnés qu'on croise en rue, de toutes les chapelles, dans toutes les langues, sans risquer la baffe. Mais qu'il se trouve inlassablement des fous du roi, mesurant le risque encouru, pour crier que celui-ci est nu me rassure. 

mercredi, janvier 07, 2015

La musique, le bois

     "Tailler la matière que sent la main,
ne garder que ce qui est prévu
    pour la qualité de l’œuvre,
    peut-être pour la beauté de l'objet
mais surtout pour la qualité de l’œuvre.
Tailler la courbe que voit l’œil,
cette même courbe qui va de l'outil à la main
tailler et écouter le son que donne à l'oreille
la matière enlevée par le couteau aiguisé.
Toucher, œil, son
    l'obsession est là
la matière taillée répond au plan de l'esprit
et l'esprit sait que l’œuvre sera."
            Philippe Devuyst

Au billet d'hier sur les mots/le bois répond comme en écho ce poème sur la musique et le bois, belle méditation d'un père sur le travail de son fils, luthier. 

lundi, janvier 05, 2015

La force des mots


"J’ai vu le menuisier
tirer parti du bois
comparer plusieurs planches.
caresser la plus belle
approcher le rabot
donner la juste forme
Tu chantais, menuisier
en assemblant l’armoire
je garde ton image
avec l’odeur du bois.
Moi j’assemble des mots
et c’est un peu pareil.
              Eugène Guillevic

Croire au mots avec la même conviction qu'on travaille le bois. Le dramaturge d’origine libanaise Wajdi Mouawad, est actuellement en résidence à l’UCL sur le thème du conflit. Lors d’un débat il a expliqué avec une rare délicatesse l’importance du langage comme seule possibilité de déminer un conflit, avant qu’il ne soit trop tard et que l’humiliation lance les peuples dans la guerre.  En 2003, il a publié chez Actes Sud une pièce de théâtre tirée "Incendies", et en 2006 une autre appelée "Forêts". Les mots, le bois... 

Texte de guérison


"Avec joie mon intérieur s'apaise.
Avec joie mes membres retrouvent leur force.
Avec joie ma tête devient calme.
Avec joie j'entends à nouveau.
Avec joie je marche.
La lumière en moi, je marche.
Sentant la vie, je marche."
        Extrait de cérémonie de guérison Navajo, chanté et répété en mantra pendant des heures

La fête est finie, on reprend la route. Je cherchais un texte de guérison pour l'accompagner, je l'ai trouvé simple et beau.


Lu dans
Joseph Bruchac. Sagesse des Indiens d’Amérique. Éd. La Table Ronde. Poche. 1995. 114 pages.

mercredi, décembre 31, 2014

L'an neuf


"Le givre s'est invité au festin de l'hiver. Il est froid et beau, alors on l'a gardé comme un de ces convives dont on ne sait s'il est bien fréquentable, mais qui nous fait rêver. Passée dans l'alambic du temps, la dernière goutte de l'année s'évanouira devant celle de l'an neuf. Sa flamme ravivera le foyer des visages. Le réel des douze mois écoulés aura dévoré un peu de l'existence de chacun et au jour de l'an, ce sera l'heure des voeux."
    Viviane Montagnon. L'an nouveau.

Dernière journée d'une année. Je lisais hier "qu'aucun homme n'a jamais pu construire un seul arbre", mais il peut en replanter. Nous ne referons pas le monde en 2015, mais on peut le transmettre un rien meilleur. Que nous souhaiter de mieux ? 

Je vous souhaite une bonne année 2015.

Lu dans :
Viviane Montagnon. Le panier de Lucette. L'an nouveau. Aréopage. 2014. 120 pages. Extrait p. 49.50

jeudi, décembre 25, 2014

Joyeux Noël


"La lingua dell'Europa è la traduzione."
        Umberto Eco

Gëzuar Krishtlindja, fröhliche Weihnachten, merry Christmas, sretan Božić, весела коледа, sretan Božić, glædelig jul, feliz Navidad, häid jõule, hyvää joulua, joyeux Noël, Nollaig shona, kala christougenna, boldog karácsonyt, gleðileg jól, buon Natale, priecīgus Ziemassvētkus, su Kalėdomis, schéi Chrëschtdeeg, среќен Божиќ, il-milied it-tajjeb, vrolijk Kerstfeest, god jul, Wesołych Świąt, feliz Natal, un Crăciun fericit, Срећан Божић, vesele vianoce, vesel božič, god jul, veselé Vánoce. 

Lu en:
albanais, allemand, anglais, bosniaque, bulgare, croate, danois, espagnol, estonien, finnois, français, gaélique d'irlande, grec, hongrois, islandais, italien, letton, lituanien, luxembourgeois, macédonien, maltais, néerlandais, norvégien, polonais, portugais, roumain, serbe, slovaque, slovène, suédois, tchèque. 

mercredi, décembre 24, 2014

L'émerveillement d'une veillée


"Scène vécue à Paris, le 24 décembre dernier, dans l'après-midi précédant le réveillon de Noël. C'était une journée de froid et de ciel bas où les flocons épars voletaient dans l'espace, une journée d'avant neige, mélancolique à souhait. Je m'étais longuement promené à pied le long des quais, puis dans les petites rues avoisinant la place Saint-Michel, jouissant comme chaque année à la même période de l'accalmie dans la course aux vanités, de la bonhomie cordiale qui règne alors sur la ville pendant quelques heures. (..) Je me sentis parfaitement à ma place dans ce décor et cette atmosphère intemporelle d'un Paris soudain rendu à sa vocation poétique et désuète de haute civilisation, je veux dire une grande ville pour un moment redevenue languissante et où il était encore loisible de prêter une attention vétilleuse aux petits riens superflus qui sont le sel de la vie."
           Denis Grozdanovitch

Les premiers flocons annoncés, et l'émerveillement des lumières dans les jardins et au fond des yeux, suscitent parfois des vocations d'écrire. Ce court conte vous donnera sans aucun doute des idées.

Je vous souhaite une bonne veillée de Noël
CV

Lu dans:
Denis Grozdanovitch. Petit éloge du temps comme il va. Gallimard 2014. Folio 5820. 132 pages. Extraits pp 128-130.

mardi, décembre 23, 2014


 "Il est plus facile d'interdire l'entrée à un souvenir que de se libérer de lui, après qu'il a été enregistré."
    Primo Levi.

Débusquer les petits événements, lectures, rencontres, ces tout petits riens qui nous sont toxiques est un apprentissage. La phrase de Levi m'était apparue comme absurde en première lecture, et pourtant...

Lu dans:
Myriam Anissimov. Primo Levi ou la tragédie d'un optimiste. JC Lattès. 1996.696 pages. Extrait p 555

dimanche, décembre 21, 2014

Si je ne suis...


"Si je ne suis pas pour moi , qui le sera
Si je ne suis que pour moi, qui suis-je?
Et si ce n'est maintenant, quand? "
    Rabbi Hillel Hazaken. Aleph. Verset 14.  

Guérison bien ordonnée commence par un sursaut: reprendre les clés de sa vie, de son agenda, de ses pensées, de ses envies trop souvent déléguées. Et en même temps, paradoxe, par une mise en route vers l'autre: centré sur soi-même, le regard louche. La durée limitée de nos existences y ajoute un facteur: l'urgence. 

Lu dans:
Myriam Anissimov. Primo Levi ou la tragédie d'un optimiste. JC Lattès. 1996.696 pages. Extrait p 522.

samedi, décembre 20, 2014

Le cordonnier de nos âmes


"Vous me regardez et vous ne voyez en moi que les traits du vieil homme que je suis, mais, à l'intérieur, je suis empli d'une grande beauté: je suis assis au sommet d'une montage et je regarde vers le futur."
        Oren Lions. Sagesse amérindienne.

Rassasié d'années, l'abbé Joseph Kennes est mort cette nuit. Sa vie durant, il fut ce cordonnier de nos âmes "sans rien d'particulier / dans un village dont le nom m'a échappé / qui faisait des souliers si jolis, si légers / que nos vies semblaient un peu moins lourdes à  porter."  Hors d'âge, il restait le plus jeune de nous tous, le regard étonné d'être encore là. Présent quand c'est possible aux funérailles de mes patients, je l'ai entendu de nombreuses fois - on a chacun nos phrases en boucle - prendre congé d'eux en leur soufflant "tu as bien oeuvré sur terre, repose-toi maintenant". C'est ce que tous ceux qui l'ont connu souhaitent lui dire aujourd'hui.


Lu dans:
Steve Wall et Harvey Arden. Wisdomkeepers.' Meetings with Native American Spirituai Eiders. 1990.  
Jean Jacques Goldman. Il changeait la vie.

vendredi, décembre 19, 2014

Compréhension du quotidien


"On voit le faible secours qu'apportent les idées générales à la compréhension des cas particuliers."
    Primo Levi

Il m'arrive de parcourir le journal avant d'entamer la consultation. Les analyses politiques et sociétales retiennent toute mon attention, et j'admire leur pertinence. La confrontation avec le quotidien vécu illustre bien la phrase de Primo Levi. 


Lu dans:
Myriam Anissimov. Primo Levi ou la tragédie d'un optimiste. JC Lattès. 1996.696 pages. Extrait p 342

mercredi, décembre 17, 2014

The sky's the limit


"Si les Égyptiens n'ont pas été capables de voler il y a cinq mille ans, c'est, me direz-vous, parce qu'ils n'avaient pas la technologie pour cela. En aucun cas. Les premiers planeurs furent construits avec de la toile tendue sur des baguettes de bois et il aurait été parfaitement possible d'en concevoir il y déjà des millénaires. Non, si l'homme n'a pas volé plus tôt, c'est en raison de l'idée que le ciel était réservé aux dieux et qu'il ne fallait pas les déranger. Il a fallu attendre la fin du XIXème siècle pour enfin nous affranchir de cette croyance. De la même façon, ce ne sont pas des Népalais ou des Tibétains qui ont été les premiers à gravir l'Everest, montagne sacrée entre toutes, qu'ils avaient pourtant devant les yeux depuis des siècles, mais des étrangers venus de l'autre bout du monde."
    B. Piccard

Et aujourd'hui, de quelles croyances faisons-nous nos frontières?


Lu dans :
Bertand Piccard. Changer d'altitude. 2014. Stock. 295 pages. Extrait pp.82-83

Quand le parler-vrai se faufile par la fenêtre


"Une amie me disait au téléphone:
j'aurai un quart d'heure
de retard, ne m'en veux pas,
je dois encore lécher le singe.
Elle voulait dire,
on l'aura compris: une seconde,
je dois encore sécher le linge."
    F. Dannemark

Si le lapsus est, comme le suggèrent les psychanalystes,  le « parler-vrai » de l’inconscient qui contourne le barrage de la conscience pour se faufiler au dehors, régalons-nous. Nous en produisons semble-t-il en moyenne un tous les 600 à 900 mots, c'est-à-dire à peu près une dizaine dans une heure de parole continue, ce qui laisse la porte grande ouverte à l'expression de ce que nos pensons vraiment. 


Lu dans:
Francis Dannemark. Une fraction d'éternité. Le Castor Astral. 2005. 100 pages. Extrait p.13

mardi, décembre 16, 2014

Nul ne l'aurait cru


"Nous avons toujours eu beaucoup; nos enfants n'ont jamais pleuré la faim, notre peuple n'a jamais manqué de rien. Les rapides de Rock River nous fournissaient en abondance un excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, de citrouilles et de courges. Ici était notre village depuis plus de cent ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée du Mississippi sans qu'elle nous fût jamais disputée . Notre village était sain et nulle part, dans le pays, on ne pouvait trouver autant d'avantages ni de chasses meilleures que chez nous. Si un prophète  était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui devait advenir, et qui est advenu, personne dans le village ne l'aurait cru."
        Black Hawk (1767-1838), chef amérindien de la tribu Sauk et Foxdes

Amertume d'un discours de reddition. Faucon Noir sera exhibé avec d'autres chefs captifs dans une dizaine de grandes villes de la côte Est des Etats-Unis avant une longue captivité au Fort Monroe. A Détroit, la foule brûle et pend les effigies des prisonniers, ce qui lui fera écrire que "les hommes blancs savent pourquoi nous avons fait la guerre et ils devraient en avoir honte. Un Indien qui serait aussi mauvais que les blancs ne pourrait vivre parmi nous. Il serait mis à mort et dévoré par les loups.» 

Lu dans:
TC Mac Luhan, Edward S. Curtis. Pieds nus sur la terre sacrée. Denoël. 1971. 188 pages. Extrait page 11

dimanche, décembre 14, 2014

Un cheval flou


"Aujourd'hui la mémoire est beaucoup moins sûre d'elle-même, (..) la recherche du temps perdu se heurte à une masse d'oubli qui recouvre tout. "
                Patrick Modiano

Souvenir d'une promenade  à cheval avec papa, à 13 ans. Ce fut la seule. Nous fîmes une photo, floue. "Un" était une abondance. Actuellement on imprimerait tout un album, en pleine page. Le souvenir en serait-t-il plus net?