"Quand on veut ferrer le poisson, on commence par soigner l'hameçon."
Sophie Kester
Sophie Kester. Au-dela des ombres. 180°. 2022. 336 p.
"Quand on veut ferrer le poisson, on commence par soigner l'hameçon."
Sophie Kester
"Rien jamais ne nous est dû."
Jean-Michel Longneaux
La saison des fruits rouges, fraises, groseilles, framboises est
aussi celle de l'émerveillement des gosses devant pareille
abondance gratuite. On cueille jusqu'à remplir le récipient, et
puis on donne en se servant au passage, sans paiement ni merci.
Observer la scène est une leçon de vie, on ne donne finalement
jamais que ce qu'on a soi-même reçu, en toute gratuité.
"À la fin du Mahâbhârata, d'un côté comme de l'autre, tous les fils des héros sont morts. Les mères, les épouses, les sœurs errent lentement parmi les cadavres, au lever du jour. Ce qui pourrait se présenter comme une victoire lumineuse n'est qu'un sordide et puant désastre.
D'ailleurs le poème le dit lui-même. À quelque dieu caché dans un lac qui demande : «Donne-moi un exemple de défaite », un homme donne la bonne réponse : « La victoire. »
Jean-Claude Carrière.
"Dans le cimetière de Mirabeau, tant la douleur me paralysait la tête et la voix, je n’aurais pas pu prononcer un mot devant le cercueil de mon ami [l'éditeur Jean Claude Lattès]. Mais, quelques jours plus tard, au cours de l’hommage qui lui a été rendu à la synagogue de la rue Copernic, je suis monté à la tribune pour dire à sa famille et à ses autres et nombreux amis combien j’avais été heureux d’être si proche de lui et combien son départ me rendait triste. J’ai commencé ainsi mon salut à Jean-Claude: « Dans l’amitié, il n’y a pas de promesses. Dans l’amitié, il n’y a pas d’engagement. Dans l’amitié, il n’y a pas de serments. L’amitié est un sentiment muet, même s’il unit deux bavards. »
Bernard Pivot
L'amitié est un sentiment muet. L'amour est volubile, déclarations,
serments, interrogations inquiètes, parcours jalonné de paroles et de
gestes, rien de tel dans la relation amicale et c'est sans doute ce qui
la rend si naturelle. L'amitié supporte bien le partage, n'étant guère
exclusive ni hiérarchisante. Mais peut-être faut-il du temps, et des
années, pour en mesurer la richesse. C'est ce qui rend la lecture du
petit ouvrage de Bernard Pivot, écrivain sur le tard après avoir tant
lu, si rafraichissante.
"Avec de l'Italie
Qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la Blonde
Quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre
Nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante
Et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire
Quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud
Écoutez-le chanter
Le plat pays
Qui est le mien."
Jacques Brel . Le plat pays
Cela porte un bien beau nom: solstice d'été, aux soirées
interminables et à la certitude de s'éveiller dans la clarté. Tout
paraît léger, et annonce le long pont des vacances. On feint d'oublier
qu'à partir de demain les jours raccourcissent, tout dans l’existence
n'est qu'équilibre. Bel été quand même, il est de superbes automnes.
"Pour être heureux il faut supprimer deux choses: la peur d'un mal futur et le souvenir d'un mal passé."
Sénèque
"Aucun penseur n'oserait dire que le parfum de l'aubépine est inutile aux constellations."
Victor Hugo
"Pas de boue, pas de lotus."
Thich Nhat Hahn
"Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre (...)
le temps qui m'est donné que l'amour le prolonge."
René Guy Cadou
"C'est toujours toi qui m'accueilles
au bas de l'escalier (..)
Quand tes mains voleront sous les prèles
quand la terre baignera tes paupières
je reprendrai la vie où tu l'auras laissée."René Guy Cadou
"Ma vieille maison a son grenier, sous la pente, jonché de souvenirs sauvages, des objets. Les hommes sont des gardiens d’objets. Mais peut-être que ça va changer, peut-être que je vais me détacher des petites pièces, des collections, des miniatures. J’ai un bocal de surprises en plastique, un Schtroumpf costaud, une fée avec un tampon, à encre je veux dire, pour imprimer un petit cœur sur du papier. Je vais peut-être devenir un autre, nu. "
Luc Baba
"Aimer, c’est savoir ce dont l’autre a besoin et dans quelle quantité."
Katherine Pancol
"On ne s'ennuie jamais à contempler l'heur ou le malheur d'autrui tant il vous renseigne plus efficacement que n'importe quel docteur de l'âme sur vos propres désordres."
Katherine Pancol
« Et puis, il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie."
Victor Hugo
"Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit. L’enfant dont on dit qu’il a les cheveux gris. Dont on attend des choses, promesses, gloires et accomplissements, alors que tout ce qu’il souhaite, c’est rester à jouer avec son bâton en regardant tomber la pluie, les mains couvertes de boue. Je suis vieux, (..) parce que j’ai sept ans tous les jours depuis sept décennies, mais que personne ne le voit."
Antoine Wauters
"Lorsqu'on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l'ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu, offert à qui entrera sans avoir les moyens d'en payer une tasse. Certains disent que cette tradition a été initiée lors des années douloureuses de la Seconde Guerre mondiale, elle serait née de l'habitude d'une bande de copains qui laissaient toujours un peu plus d'argent car ils ne savaient jamais lequel d'entre eux avait pensé à régler l'addition ; certains la font remonter au dix-neuvième siècle, lorsqu'il existait encore des cafetiers ambulants qui se promenaient avec deux gros récipients, l'un empli de café et l'autre de lait. Quand ils croisaient un malheureux, ils lui tendaient le café suspendu qu'un homme plus fortuné avait payé avec le sien, par solidarité et sans doute, dans ce pays imprégné de chrétienté, par charité. Un ami m'a dit que je me trompais, que c'est le fameux acteur Totè, proche de ses racines et généreux, qui en était l'instigateur. Peu importe son origine, le café sospeso vit encore aujourd'hui. On a beau faire une mauvaise réputation à Naples et recommander de prêter attention à son sac quand on s'y promène, il y a des tasses fumantes de générosité partout dans la ville."
Amanda Sthers
« Même un paysage tranquille
même une prairie avec des vols de corbeaux des moissons et des feux d’herbe
même une route où passent des voitures des paysans des couples
même un village pour vacances avec une foire et un clocher
peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration…"
Nuit et brouillard. Alain Resnais et Jean Cayrol. Texte lu par Michel Bouquet
« Parfois je lève la tête et je regarde mon frère l’océan avec amitié. Il feint l’infini. Mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites. Et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte. Tout ce fracas. " Romain Gary
"Quant à l’accaparement des ressources et l’assujettissement des vaincus, où réside l'intérêt de détruire les villes convoitées ou de tuer ceux qui seront demain nos sujets? Il n'existe pas d’ennemi héréditaire."
Sun Zi. L'art de la guerre. 1078.
"Sur le fleuve, sur les canaux, nous n’avons
nulle autre frontière que la brume."
Carl Norac
" Sur le chemin, il y a les anciens
ceux qui ont des yeux qu'on retient
nous ont captés, enseigné
ce qu'il faut savoir pour qu'on comprenne
avec classe nous donnent des ailes
nous ont transmis qu'apprendre se rêve.
La vie fait qu'on les quitte mais ils ne savent pas
combien ils nous élèvent. "
Manon Gilbert & Guillaume Shelly
"Un jour, on découvre qu'on a un nouvel ami et qu'on y tient. C'est une information accueillie avec calme. On n'est pas excité, survolté, insupportable comme dans l'affichage d'un nouvel amant ou d'une amoureuse tombée du ciel. L'introduction de ce bonus dans l'existence se déroule tranquillement. L'amitié n'emménage pas. Elle respecte les distances. Elle n'entame pas l'autonomie ni la liberté des nouveaux amis. Elle ne mélange pas leurs emplois du temps, leurs nuits et leurs petites cuillères. Ni obligations de charges ni contraintes par corps. L'amitié est légère comme une brise de jardin."
Bernard Pivot
"A quoi bon marcher si longtemps si ce n'est pas pour devenir?"
Jacques Lacarrière
"Éclaire ce que tu aimes
sans toucher à son ombre."
Christian Bobin
" Faut-il absolument jouer sur un Stradivarius pour être virtuose ? Ou est-ce le contraire. Le bois a de la mémoire, et le son d’un instrument varie en fonction de la personne qui le joue. Lorsqu’un virtuose s’empare par exemple d’un violon, la qualité de l’instrument a tendance à augmenter. Comme le note Pierre-Yves Thienpont, "c’est d’ailleurs pour ça que les Stradivarius sont bons. Tous n’étaient pas bons au départ, mais ceux qui l’étaient ont directement été joués par les plus grands musiciens d’Europe et ça n’a jamais cessé. "
Gaëlle Moury
"J'aime la lumière du soir
qui réchauffe le sable,
effleure les contours,
caresse les sommets,
et laisse aux ombres
la part du doute."
Christiane Gleize
"Longtemps, je n’ai pas eu le vertige. Je n’éprouvais sans doute aucune de ses deux composantes : la peur de la chute et l’attirance pour le vide. Aujourd’hui, je dois avoir perdu mes ailes : si je grimpe au sommet d’une tour d’où se dévoile un vaste panorama, je garde mes distances. Ce n’est pas tellement que j’aie peur de tomber mais plutôt d’avoir envie de plonger. "
Daniel Charneux
Lu dans:
Daniel Charneux. Les oiseaux n’ont pas le vertige. Genèse édition. 2022. 207 pages.
Il y a vraiment très peu si peu de chances
que dans quelques milliards d'années sidérales
je me trouve nez à nez avec toi
dans un degré perdu du cosmos
et que je dise enfin content
après un long séjour dans le rien et l'absence
« Tiens te voilà Loleh »Claude Roy. Un rendez-vous aléatoire
"Matin de mai je perds
mon goût pour la détresse
La visibilité est bonne."
Karel Logist.
"Que fais-tu donc là? Tu le vois, je taille des pierres, à longueur de journée, il faut bien vivre.
Et toi? Tu le vois, je taille des pierres, pour que s'élève un mur.
Et toi donc? Tu le vois, je taille des pierres et construis une cathédrale."
Alix Myôshô
Par-delà les mains qui pétrissent la pierre, il y a l'esprit qui
façonne - ou non - une œuvre. Un court récit qui nous interpelle tous.
" Quoi qu'il en soit de nous, ceux qui croient à l'immortalité de la personne humaine n'ont pas à craindre d'être trompés après leur mort. S'ils ont espéré en vain, s'ils ont été dupes, ils ne le sauront jamais."
Anatole France. Notice nécrologique de Louise Ackermann"On devrait dire aux gens quand on les aime
Trouver les phrases, trouver le temps
Oh juste merci d'être ceux qu'ils sont
Qu'ils changent nos heures amères en poèmes
On devrait tout se dire avant
Il faut le dire aux gens quand on les aime
Comme ils comptent pour nous chaque instant
Et tant qu'on est là, bien vivant
Tout se dire tant qu'il est temps."
Patrick Fiori. Les gens qu'on aime
Petit moment de grâce vendredi au "Printemps de l'Ethique", à
Libramont, consacré à la "Douceur dans les soins." Interprété par une
classe d'élèves, quelques notes et quelques paroles touchent l'assemblée
par sa simplicité. J'ai retrouvé le texte, réécouté la musique, et ai
eu envie de vous les partager. Il n'y a pas de honte à se laisser
émouvoir.
Lu dans:
Les gens qu'on aime. Interp. Patrick Fiori. Paroliers : Jean-jacques Goldman, Yann Mace, Luc Lero
Écouter: https://music.youtube.com/watch?v=OBO-3nwcv1g
"J'aime allumer une cigarette au milieu de la mer.
C'est un minuscule point rouge sur le bleu.
Un point d'incandescence, de grésillement et de chaleur.
Il signifie que j'existe."
Jean-Michel Maulpoix
"Quand il est juste, le mot conduit. Quand il ne l'est pas, il écarte du chemin."
Janouch. Conversations avec Kafka
"Les mots vous échappent ! (..) Chaque fois que je mets « bien sûr », ce n’est pas sûr du tout, en fait ! Vous savez, c’est comme les gens qui commencent leurs phrases par « sincèrement », vous êtes sûr que suit un gros mensonge ! "
Florence Aubenas
"Beauté
perdue comme une graine livrée aux vents aux orages
ne faisant nul bruit souvent perdue
mais elle persiste à fleurir au hasard ici là
nourrie par l'ombre accueillie par la profondeur.
Légère frêle presque invisible
apparemment sans force exposée abandonnée livrée
une fleur s'ouvre au versant des montagnes.
Cela est persiste contre le bruit la sottise
tenace parmi le sang et la malédiction
ainsi l'esprit circule en dépit de tout. "
Philippe Jaccottet
Ce matin au réveil nos voisins nous surprennent, printaniers. Le
premier entame la grande taille végétale de son jardin envahi par la
broussaille. Tout y passe, du gazon aux arbres, le repiquage de bulbes,
l'achat de plantes vivaces. Une transformation inattendue d'un espace
devenu déprimant en un jardin à la Monet (enfin, presque). Le second
remet à neuf, tout blanc, tout beau, une façade défraichie qui
s'écaillait. Elle reflète désormais le soleil sur notre terrasse, pur
bonheur.
Lu dans:
Philippe Jaccottet. La Semaison. Carnets 1954-1967. 1962, in La Pléiade. Paris. 2014. Extrait page 365 et 366.
« Quand j’étais jeune, ma mère m’encourageait à imaginer un monde sans ségrégation. Plus tard, en tant qu’activiste contre le système carcéral, j’ai imaginé à quoi ressemblerait une société sans prison. En allant plus loin, il faudrait imaginer une société qui ne soit pas déterminée par le capitalisme, par les résidus du colonialisme, un monde qui ne serait pas défini par des frontières. »
Angela Davis, au Théatre National ce lundi 25 avril
La célèbre militante afro-américaine n’a rien
perdu de sa verve. C’est par le très festif Pata Pata de la
Sud-Africaine Miriam
Makeba qu’Angela Davis a été accueillie ce lundi matin au Théâtre
National, à Bruxelles. Sourire aux lèvres, la septuagénaire a
semblé
puiser émotion et énergie dans cette haie d’honneur musicale avant
d’entamer un marathon de rencontres. Bien sûr, rêver d'un monde ne
le change guère, et les utopies se fracassent au choc de réalités, mais
ce remue-méninges vaut bien des conversations sur le temps maussade et
l'interdiction de circuler au centre-ville.
"Elle m’a dit : « Laisse le temps passer. »
C’est ce que nous avons fait, longtemps.
Nous avions si joyeusement
bien plus d’une minute à perdre."Carl Norac
"Quand il cherchait de l’or
il récoltait le vent (./..)
quand il revenait les mains vides
lui restait juste un peu des sept couleurs
sur la peau dans le sang au fond des yeux
La première pluie le nettoyait
lui rendait sa blancheur c’était le signal
il fallait repartir."Daniel Charneux
"Ce qui te manque
cherche-le dans ce que tu as."
Daniel Charneux
"Un arbre-bateau
un vieux tilleul de 250 ans
immense majestueux un peu décati par endroits
avec des ramifications intéressantes
[… qui] se situe au point le plus haut de la région
comme un navire prêt à se lancer
sur la mer du paysage.»
Caroline LAMARCHE
"Je me suis replié dans ma bibliothèque
à l'abri
des tracas du quotidien
et des fracas de notre époque de plomb
auprès de ceux que je considère comme des amis
souvent plus proches que ceux de la société des vivants."
Gérard Oberlé
"C'est un homme pauvre qui s'installe tous les matins sur un banc devant un boui-boui parce que, même s'il ne peut pas s'acheter de petit déjeuner, il adore l'odeur du bacon en train de frire. Alors il reste là assis et le hume tout son saoul. Mais le patron du restaurant le remarque et au bout de quelques jours ça commence à lui taper sur les nerfs alors il sort avec une assiette en fer blanc et dit : "Maintenant il faut payer tout le plaisir que vous a donné mon bacon". L'homme pauvre glisse une main dans sa poche, sort une pièce d'argent et la fait tomber dans l'assiette. Ensuite il la ramasse et la remet dans sa poche. "Ce n'est pas ce que j'appelle payer !" dit le patron furieux, et l'homme pauvre lui dit en souriant : " Ça me paraît juste : moi j'ai l'odeur de votre bacon, vous avez le bruit de mon argent !"
Nancy Huston
"Ça leur fait mal, aux hommes, pourtant maîtres du monde, de ne pouvoir maîtriser une partie si cruciale de leur anatomie ; ça les énerve qu'elle puisse se mettre au garde-à-vous alors qu'ils ne lui ont rien demandé, ou refuser d'esquisser le moindre mouvement quand ils en ont le plus urgemment besoin. D'où leur tendance à se cramponner aux choses qui demeurent rigides de façon fiable : fusils-mitrailleurs, médailles, attachés-cases, honneurs, doctrines."
Nancy Huston
"Lorsque je circule en voiture sur des routes de campagne, je découvre parfois, accroché à un poteau électrique ou un muret de pierre, un petit bouquet de fleurs à demi fanées, nouées par un ruban. Il ne s'agit pas d'un monument. Il ne s'agit pas d'une tombe. Il ne s'agit que d'un amour et d'un chagrin immense. Là s'est brisée une vie. Un matin de printemps, peut-être. Quelqu'un, sur le bord de la route. Est-il signe plus poignant que celui-là?"
Jean-Michel Maulpoix
"Et moi, je suis qui moi déjà, moi."
Anthont Hopkins dans The Father
Vu dans:
Un homme d'exception (A Beautiful Mind), film réalisé en 2001 par Ron
Howard. Adapté du livre Un cerveau d'exception, la biographie de John
Forbes Nash Jr. par Sylvia Nasar (1999).
The Father (Le Père), film franco-britannique réalisé par Florian
Zeller en 2020, Oscar 2021 du meilleur scénario pour Christopher Hampton
et du meilleur acteur pour Anthony Hopkins.
"La juge a démissionné de son poste en février – lorsque les premiers articles de presse ont évoqué l’enquête – après un long parcours comme magistrate dont deux décennies à la Cour suprême du royaume où ils ne sont que 16 à siéger.
Outre un jambon de Noël et des boulettes de viande – mets traditionnel du réveillon suédois – elle avait dissimulé des saucisses et du fromage dans un cabas tissé en les recouvrant d’un autre sac, selon le journal suédois spécialisé Dagens Juridik."
AFP
Il neige sur les arbres en fleurs. Blanc sur blanc, un 1er avril, cela surprend. Pas de poisson aujourd’hui, la pêche est remise à des temps meilleurs.
"Le rideau
Ne sait pas
Combien l’œil a besoin de lui
Pour se protéger
De la rue.
Le rideau
Ne sait pas
Combien la rue a besoin de lui
Pour rêver."
Hala Mohammad
« Pollen, tout est pollen, aux jours d’avril en Israël.
Pollen, tout est pollen, les mêmes jours en Palestine. […]
Le mur, les barbelés, le dôme d’acier ne peuvent y faire :
ici et là, les oliviers sont fécondés. »
Jean-Pierre Sonnet
"Quand la force occupe le chemin, le faible entre dans la brousse avec son bon droit.“
Ahmadou Kourouma
"Je suis au bord de la mer
Il est 8h du soir et je me perds au bord de l'eau
Je foule le sable de mes pieds nus
Il est doux et chaud
La mer est partie
Laissant derrière des bancs de coquillages
Je ne peux résister
C'est chaque fois pareil
Je dois en ramasser
Le soleil rougeoie juste au bout de la mer qui s'embrase
Là où on croit qu'il va tomber
La mer murmure des vagues
Je suis seule sur la plage avec mon chien
Il court derrière les oiseaux
Et moi je ramasse des coquillages."
Marianne Ledent
"Mais les rêves
tous ces rêves que l'on croyait perdus
il suffit d'une étincelle pour que tout à coup
ils reviennent de plus belle au plus profond de nous
tous ces rêves nous élèvent et nous font aimer la vie."
Pierre Rapsat. 2001
"On voulait voguer en mer d'Iroise
les ancres mouiller.
les baleines la belle turquoise,
les coffres oubliés
les sirènes les belles sournoises
les grands voiliers.
Mais la vie nous promène en Seine et Oise
Dans sa Simca rouillée."
Alain Souchon
"Je ne sais pas pourquoi
cette mélodie me fait penser à Chopin
je l'aime bien, Chopin
je jouais bien Chopin
chez moi à Varsovie
Varsovie une place peuplée de pigeons
une vieille demeure avec pignon
un escalier en colimaçon
et tout en haut mon professeur (..)
Des pas qui claquent
des murs qui craquent
des pas qui foulent
des murs qui croulent
pourquoi?
Des yeux qui pleurent
des mains qui meurent
des pas qui chassent
des pas qui glacent
pourquoi
le ciel est-il si loin de nous?
Le Pianiste de Varsovie. Pierre Delanoë, Gilbert Bécaud. 1956
"Il s'agit surtout de passionner le temps."
Vladimir Jankélévitch, formule reprise de H. Bergson
"J’aime les heures à attendre entre deux trains
dans des villes connues ou inconnues
peu importe, elles sont toutes les mêmes alors
c’est la pensée qui respire entre deux vies
entre deux destinations . "
Laurence Vielle
"Alice est intriguée par un lapin blanc qu’elle suit au fond de son terrier. Elle tombe dans une salle où il n’y a personne, elle trouve une clé pour une petite porte par laquelle elle ne peut pas passer, elle trouve un flacon indiqué « Buvez-moi », ce qu’elle fait. La boisson la fait rapetisser. Alice rapetisse si rapidement qu’elle n’a pas le temps de récupérer la clé sur la table.."
Lewis Carroll. Alice aux pays des merveilles
Les contes ont la peau dure. Hier, Alice a adopté la pièce la plus
modeste de la maison, 4 mètres carré, la plus cachée aussi, méconnue de
tous. Elle en repeint les murs, y a placé un tapis, ce sera désormais sa
cabane dans les arbres à elle. Elle y reçoit deux amies, toujours les
mêmes, et le monde est beau. Que d'êtres sur la Terre rêveraient de
pareil bonheur à l'heure actuelle.
"Voulez-vous, je vous prie, me dire quel chemin je dois prendre pour m'en aller d'ici? Cela dépend en grande partie du lieu où vous voulez vous rendre", déclara le chat.
Lewis Carroll. Alice au Pays des merveilles. 1865
C'est quand qu'on va où, papa? Il y avait un jardin d'enfants, il reste un cratère. On était instit, épicier, policier, docteur, en quelques minutes et deux missiles on devient réfugié dans son propre village. Vers où se diriger quand disparaissent les plus infimes repères indiquant où on est, et surtout qui on est. Quand s'écroulent dans le fracas tout ce à quoi on croyait, une histoire, un paysage, une culture, la croyance en un avenir meilleur, la bienveillance pour les pays voisins, la solution non-violente aux conflits, le respect des différences. Quand des mômes interrogent leurs parents: on a fait quelque chose de mal, maman? Quand naissent les conflits jusqu'au sein des familles, comme ce mari qui enjoint à son épouse de fuir avec les gosses, abandonnant sa vieille maman alitée. Elle ne s'y résoudra pas, prenant la route de l'exil dans sa propre rue: il y a des limites à ce qu'on s'autorise à abandonner. Les images se bousculent dans les lucarnes de nos TV et de nos yeux, imprégnant nos nuits. Qui a écrit un jour "j'ai vu le monde entier, et le contraire du monde"? Jamais phrase ne me parut plus vraie.
Comment oublier le regard de l'homme qui se noie? La mémoire de ce court récit, que je pensais avoir oublié, m'est revenue en découvrant les images de Marioupol dévastée. L'homme se noie et, sur les rives glacées, un autre homme impuissant le regarde, il ne sait pas nager, il a le cœur fragile, il est seul et cherche du regard une perche, une corde, une idée géniale. Il lui parle, évoque les secours qui ne sauraient tarder, mais arriveront trop tard. Une souffrance se termine, une autre commence car rien n'enlèvera jamais la honte d'un regard implorant qu'on n'a pu aider. Comment ne pas se projeter dans le récit de cet innocent coupable, nauséeux à la vision des images d'Ukraine tout en taillant le saucisson du repas du soir, toutes nos certitudes antérieures battues en brèche par l'incompréhension et une anxiété de ne pas cerner la fin de l'histoire. J'appréciais le journal télévisé, pause paisible à la fin de journées professionnellement chargées, et soudain je ne m'y retrouve guère. Quelques jours de vacances, la vacuité des heures laissant tout l'espace disponible pour que s'y déploient sans aucune limite les images de l'horreur, le contraste entre la beauté des paysages et la laideur des faits de guerre, entre des soucis de vacancier et l'incertitude de réfugiés, m'ont fait découvrir qu'aucune angoisse existentielle ne résiste à l'occupation de l'esprit par la résolution des problèmes réels et quotidiens de nos semblables proches, parents, patients, voisins. Les mains dans le cambouis de la petite misère comme antidote à une anxiété incontrôlée en écoutant le bruit du monde?
Une journée se termine emplie de questions sans réponse. Demain on reprend les appels téléphoniques, on répond aux mails, on traquera à nouveau un virus insaisissable, les aiguilles de la montre tourneront à nouveau deux fois plus vite, une façon comme une autre de tenter d'oublier l'Ukraine qui se noie?
« La barricade n'est faite ni de pavés, ni de poutres, ni de ferrailles ; elle est faite de deux monceaux, un monceau d'idées et un monceau de douleurs. »
Victor Hugo. Les Misérables
"Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme vos propres soldats. Faites en sorte, s'il se peut, qu'ils se trouvent mieux chez vous qu'ils ne le seraient dans leur propre camp, ou au sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables, et, pour le dire en deux mots, conduisez-vous à leur égard comme s'ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards. Voilà comment on gagne une bataille."
Sun Tzu. L'Art de la guerre
Ouvrage emblématique, encore enseigné de nos jours dans les académies militaires, L'Art de la guerre du stratège Sun Tzu est un ouvrage de sagesse. En appliquer les principes enseigne la victoire sans effusion de sang inutile, le but ultime d'une guerre étant moins d’anéantir l’adversaire que de lui faire perdre l’envie de se battre, privilégiant l'économie de l'engagement, la ruse qui déstabilise un ennemi désemparé, la connaissance fine de son adversaire en utilisant son intelligence et l’espionnage qui ouvre au chef de guerre une vue d’ensemble de la situation qu'il affronte. Les images récentes de la guerre en Ukraine actualisent ces théories millénaires, diffusant sur les réseaux sociaux ces vidéos de soldats russes désemparés, isolés dans leur tank embourbé dans les champs, faits prisonniers par des Ukrainiens qui leur offrent le thé et la nourriture. Dans une séquence virale de moins d'une minute centrée sur le visage d'un jeune engagé russe, une femme civile lui tend un téléphone montrant sa mère en vidéo, l'engageant à la rassurer. Mesurant l'impact que pareille séquence peut avoir sur la population russe, momentanément écartée des médias, le ministère de la défense ukrainien a invité les mères des soldats russes capturés à venir les chercher dans le pays envahi sous les bombes. Ont-ils lu Sun Tzu? Pas sûr, même si tous les ingrédients du traité millénaire de la stratégie pour remporter un conflit improbable s'y retrouvent.
"L'invraisemblable s'était produit. Un champion du monde, le vainqueur d'innombrables tournois, venait de baisser pavillon devant un inconnu, devant un homme qui n'avait pas touché à un échiquier depuis vingt ou vingt-cinq ans."
Stefan Zweig
Le jeune président ukrainien Zelensky est-il en train de gagner
la bataille d'image face à Poutine? Le contraste entre
l'acteur-humoriste considéré comme une invention des médias et le
vieux président russe est cruel. Réfugié au Kremlin, obnubilé par
sa phobie des maladies contagieuses exacerbée par le Covid, qui le
fait rencontrer les dirigeants, généraux et ministres autour d’une
table de six mètres de long, répétant de longs discours décousus
et affligés, le président Poutine n'a plus été vu depuis le début
de la crise ukrainienne que dans ses quartiers royaux. La
confrontation quotidienne avec son adversaire Zelensky, traqué par
les forces spéciales russes et refusant une exfiltration, devenu
ainsi un opposant héroïque, est cruel. Cela ne sauvera peut-être
pas Kiev, mais le sang-froid et le courage du président ukrainien
dans des circonstances désespérées aura certainement aidé
l’Ukraine à se bâtir une identité.
"Même avec une chose que tout le monde croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux."
Axl Cendres
"Vous vouliez savoir si c'est une histoire vraie ? Bien sûr que non, pas du tout. Il n'y eut pas de trains de marchandises traversant les continents en guerre afin de livrer d'urgence leurs marchandises, ô combien périssables. Ni de camp de regroupement, d'internement, de concentration, ou même d’extermination. Ni de familles dispersées en fumée au terme de leur dernier voyage. Ni de cheveux tondus récupérés, emballés puis expédiés. Ni le feu, ni la cendre, ni les larmes. Rien, rien de tout cela n'est arrivé, rien de tout cela n'est vrai. Pas plus que ne le sont la pauvre bûcheronne et son pauvre bûcheron, pas plus que les sans-cœur et les chasseurs de sans-cœur. Rien, rien de tout cela n'est vrai. Ni la libération des villes et des champs, des bois et des camps, qui n'existaient pas. Ni les années qui suivirent cette libération. Ni la douleur des pères et mères cherchant leurs enfants disparus. Rien, rien de tout cela n'est vrai. (..)
La seule chose vraie, vraiment vraie, c'est qu'une petite fille fut jetée de la lucarne d'un train de marchandises, par amour et par désespoir, dans !a neige aux pieds d'une pauvre bûcheronne sans enfant à chérir, et que cette pauvre bûcheronne l'a ramassée, nourrie, chérie, et aimée plus que tout. Plus que sa vie même. Voilà la seule chose qui mérite d'exister dans les histoires comme dans la vie vraie. L’amour, l'amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres, l’amour qui fait que, malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n'existe pas, l’amour qui fait que la vie continue."
Jean-Claude Grumberg
– Tu sais... le Dieu des Français... Il est plus généreux pour les Français que le Dieu des Maures pour les Maures ! Quelques semaines auparavant, en Savoie leur guide les a conduits en face d'une lourde cascade qui grondait : – Goûtez, leur a-t-il dit. Et c'était de l'eau douce. L'eau ! Combien faut-il de jours de marche, au désert, pour atteindre le puits le plus proche et, si on le trouve, combien d'heures, pour creuser le sable dont il est rempli, jusqu'à une boue mêlée d'urine de chameau ! (..) – Repartons, leur disait leur guide. Mais ils ne bougeaient pas : – Laisse-nous encore... Ils se taisaient. (..) Ce qui coulait ainsi, hors du ventre de la montagne, c'était la vie. Le débit d'une seconde eût ressuscité des caravanes entières, qui, ivres de soif, s'étaient enfoncées, à jamais, dans l'infini des lacs de sel et des mirages. (..) Les trois Maures demeuraient immobiles. – Que verrez-vous de plus ? Venez... – Il faut attendre. – Attendre quoi ? – La fin. Ils voulaient attendre, incrédules que cette eau puisse couler depuis mille ans !
Antoine de Saint-Exupéry.
Il est des jours où on remplacerait volontiers le vacarme du monde
par le bruit d'une cascade en montagne et par le silence des hommes du
désert qui, émerveillés, la contemplent. Un court moment troquer les problèmes réels
de notre planète, - la pandémie, la folie guerrière, la fonte des
glaciers -, pour les problèmes quotidiens des êtres qui la peuplent.
Avoir soif, manquer d'eau, avoir un toit, pouvoir apprendre, scruter un
avenir meilleur pour les gosses. On ne saurait hiérarchiser la misère,
si ce n'est par la place que les médias lui accordent et par sa
proximité dans nos quartiers et notre quotidien. La plus silencieuse
n'est pas nécessairement la moindre.
"Regarde papa j'apprends vite
à descendre une pente à vélo
sans les freinssans les mainspuis sans les piedset maintenant sans les dents."
Sagesse de Toto
"What your shape says."
Claudia Losi.
Que dit de vous votre image? Laide, que vous êtes un être laid? Alourdie, que vous êtes un lourdaud? Filiforme comme un Giacometti, que vous n'êtes qu'un marcheur inquiet? La silhouette que nous habitons finit-elle par nous définir, à notre insu et parfois à notre désespoir? Dans la belle exposition La Vie matérielle, à la Centrale for Contempory Art, une œuvre de Claudia Losi, légère comme le vent, fait danser jusqu'aux cimaises les innombrables confidences de femmes décrivant ce qu'elles pensent d'elles-mêmes quand elles se contemplent dans le miroir de la vie. Imprimées sur de longues bandelettes rassemblées côte à côte, voletant dans l'air qui danse, elles créent une sculpture animée de ce que nous aimerions être s'il n'y avait la réalité de ce que nous sommes, des êtres d'esprit captifs dans des êtres de chair. On adore cet art contemporain qui nous parle avec tant de délicatesse de notre monde d'aujourd'hui.