16 novembre 2008
Le travail de la taupe
José Ortega y Gasset
Edgar Morin, commentant cette citation, ajoute "qu'l faut toujours un certain retard pour comprendre ce qui se passe. Et le présent est toujours travaillé souterrainement par des forces invisibles, parfois seulement audibles à ceux qui ont l'ouïe fine. Ce qu'Hegel appelait «le travail souterrain de la vieille taupe », qui va faire craquer la surface que l'on croyait stable.
Lu dans:
Edgar Morin, Mon chemin, Fayard. 2008. 262 pp. extrait p.235.
14 novembre 2008
le transparent familier
"Les aspects des choses les plus importants pour nous sont cachés par leur simplicité et leur familiarité: nous sommes incapables de remarquer ce qui est toujours sous nos yeux." (Wittgenstein ').
Lu dans :
Oliver Sackx. L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Essais. Points. Seuil. 2003. 320 pp. extrait p. 65
13 novembre 2008
La marée baisse
"A court terme, les mauvaises nouvelles économiques sont les meilleures amies de l'investisseur. Elles vous permettent d'acheter au rabais: c'est lorsque la marée descend que l'on voit ceux qui nagent sans maillot".Warren Buffett
Le livre des vivants
"... le miracle qui fait qu'un jour on lit debout comme on se tient debout, et la grâce qui fait qu'au prix de cent jouissances et de mille souffrances on se met à écrire dans le livre des vivants ."
B. Deprez
Lu dans:
Berengère Deprez. Kilomètre 7, Ed Luce Wilquin , 2006
Jean d'Ormesson. Qu'ai-je donc fait? Robert Laffont, 2008, 364 pp.
11 novembre 2008
Sagesse de poilu
"C'est vraiment honorers ses parents que de se développer et de ne pas toujours faire ce qu'ils vous disent."F. Dolto
Lu dans :
Les mots de Francoise Dolto pour les enfants et les parents. Dessins de Lionel Koechlin. Gallimard Jeunesse Giboulées. 138pp 2008
09 novembre 2008
Un bilan à l'aube du siècle
"En baisse: la nature, l’autorité, la tradition, le passé, le mariage, l’orthographe, la grammaire, le latin et le grec, la littérature française, le point-virgule, l’hiver, peut-être les blonds? En hausse: la physique mathématique, la biologie, la santé, le jeu, l’ironie, la dérision, la complexité, l’électronique, la toile, l’opinion publique, la langue anglaise tombée au niveau le plus bas, le chinois, l’humanitaire, l’été".Jean d'Ormesson
Lu dans:
Jean d'Ormesson. Qu'ai-je donc fait? Robert Laffont, 2008, 364 pp.
08 novembre 2008
Ne pas mourir vivant
"Seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose. Le sol sur lequel se déploie la philo est un sol meuble. Elle nous enseigne à ne pas mourir de son vivant, à ne pas se contenter des lettres mortes, des opinions figées, à les remplacer par une réflexion vivace. (..) La philosophie a pour effet de dissiper les filtres qui s’interposent entre nous et la réalité: les préjugés, l’habitude, l’ennui."
Raphaël Enthoven
Enthoven, un esprit en mouvement. Caroline Gourdin. La Libre Belgique. 8.11.2008. p.29
07 novembre 2008
Quelque chose a changé
Tous, ils semblent danser
Leur vie recommencée.
Regarde :
On pourrait encore y croire.
Il suffit de le vouloir
Avant qu'il ne soit trop tard.
Regarde :
On en a tellement rêvé
Que, sur les mur bétonnés,
Poussent des fleurs de papier
Seul,
Il est devenu des milliers
Qui marchent, émerveillés
Dans la lumière éclatée.
Regarde :
On a envie de se parler,
De s'aimer, de se toucher
Et de tout recommencer.
Regarde :
Plantée dans la grisaille,
Par-delà les murailles,
C'est la fête retrouvée.
Ce soir,
Quelque chose a changé.
Barbara. Regarde
06 novembre 2008
Comme Moïse au bord de la Terre promise
05 novembre 2008
America the beautiful
"O beautiful for spacious skies,
For amber waves of grain,
For purple mountain majesties
Above the fruited plain!
America! America!
God shed his grace on thee
And crown thy good with brotherhood
From sea to shining sea!"
Ce matin j'ai eu 9 ans. 1960, entre cousins nous jouons à Faites un voeu, et la réponse fuse: devenir président des Etats-Unis. Images en noir et blanc de JohnJohn et Caroline Kennedy, 2 et 4 ans, éblouis devant la Maison Blanche. Images de Dylan aux côtés de MLKing au Capitole chantant "The times they're A-Changin" devant des milliers de marcheurs pour les droits civiques, ou de Joan Baez égrenant "O deep in my heart I do believe We'll walk hand in hand someday". Images tremblantes d'empreintes de pas sur la Lune.
Une pensée particulière pour Corentin, sa famille, Nicole, David, leurs enfants, Paulette, Daniel, et tant d'autres qui partagent j'en suis sûr mon émotion durant cette superbe journée.
02 novembre 2008
Des morts pas comme les autres
"Les livres m'ont enseigné le goût et le bonheur du ravage»
Sagesse d'un pilonneur
Comment les livres deviennent des boîtes à pizza. Le cauchemar du pilon. Pierre Jourde. Bibliobs.com. Le site du Nouvel Observateur
http://bibliobs.nouvelobs.com/20081030/8211/le-cauchemar-du-pilon
01 novembre 2008
Sagesse du parachute
"Les esprits c'est comme les parachutes, ça ne fonctionne que quand c'est ouvert."Sagesse murale
La phrase orne les murs de la jeune entreprise NewTree, commercialisant des chocolats aux propriétés diverses. Un bon article lui est consacré dans Références du Soir (31.10.08, p.4). Tout un programme.
30 octobre 2008
L'attrait de l'avenir
Petite perfidie entre amis.
Elle est véridique, et a fait mouche, car la patiente s'en remettait mal. Hier elle a effectué la visite traditionnelle au cimetière où repose son époux mort il y a 10 ans. Elle est alerte pour ses 80 ans , conduit sa voiture, vit seule dans sa grande maison d'Overijse en bordure de la forêt de Soignes. Ses voisins lui conseillent la maison de repos et se sont portés candidats en cas de rachat de la maison. Pour tout le quartier ils s'occupent d'elle et se font un sang noir de la savoir seule dans une si grande bâtisse, un malaise arrive si vite. On en arrive à envier ceux qui n'ont pas de protecteur.
Du silence et du non dit
"Ce qui ne peut danser au bord des lèvres s'en va hurler au fond de l'âme".Christian Bobin
27 octobre 2008
L'ange de l'histoire

«Que cela suive ainsi son cours, voilà la catastrophe »Walter Benjamin (cité par E. Plenel)
« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus.Plus proche de nous, Boris Cyrulnik décrit la même réalité avec ses mots de neuropsychiatre quand il nous invite à "revenir à la vie et d'aller de l'avant tout en gardant la mémoire de sa blessure, d'éviter les chocs qui détruisent autant qu'éviter de trop s'en protéger", faute de quoi le monde serait fade et que nous perdrions l'envie d'y vivre.
Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé.
Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées.
Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé.
Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds.
Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer.
Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines.
Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.” (Walter Benjamin)
- August von Kageneck. Examen de conscience. Nous étions vaincus mais nous nous croyions innocents. Tempus. Ed. Perrin 2004. 215p.
- La phrase en exergue de W Benjamin est citée par Edwy Plenel. Procès. Folio. Stock 2006. 158 p. extrait p. 150 et 151
- Boris Cyrulnik. De chair et d'âme. Odile Jacob.2006. 256 p. extrait p. 254
25 octobre 2008
Trop tôt trop tard
"Pour écrire ses mémoires, il faut choisir le bon moment. Si on le fait trop tôt, on n'a plus d'amis. Si on le fait trop tard, on n'a plus de lecteurs."
Attribué par Herman De Croo à Léo Tindemans
Lu dans
24 octobre 2008
Est innominé ce qui n'a pas de nom
"Il y a, à la base du crâne, une série d'orifices par lesquels passent des nerfs. Un de ceux-ci n'a pas de nom. C'est pourquoi on l'appelle le trou innominé d'Arnold."
Leçon d'anatomie.
Le comique involontaire de cette phrase, entendue au cours alors que j'avais 18 ans, ne m'est apparu qu'en découvrant durant les vacances le livre de Zarifian. .
Edouard Zarifian. Une certaine idée de la folie. Aube. 2001, 2008. 120 p. Extrait p.49
21 octobre 2008
La vie comme on la perd, comme on la gagne
Lu dans :
Sylvie Germain. L'inaperçu. Albin Michel. 298 p. extrait p.293
15 octobre 2008
Comme le temps s'envole
Lu dans :
Les idées des autres. Simon Leys. Plon. 2005.125p. extrait p.112
___________________________________________________
14 octobre 2008
Tempus fugit
" Ce n'est donc pas aux cheveux blancs et aux rides que l'on appréciera si quelqu'un a longtemps vécu : il n'a pas vécu longtemps, il a longtemps existé. Penserait-on de la même personne qu'elle a beaucoup navigué parce qu'une tempête épouvantable l'a arrachée au port, emportée de-ci, de-là, tandis qu'une furieuse alternance de vents divers la faisait, dans les mêmes parages, tourner en rond? Elle n'aura guère navigué, elle aura surtout été beaucoup secouée. "
Sénèque, De la brièveté de la vie.
13 octobre 2008
Tous au Colruyt
"Tout ce qui n'est pas donné est perdu."
Sagesse des proverbes indiens
Si à l'ouverture d'Eurotunnel vous aviez pris 1000 Euro d'actions,
Aujourd'hui vous auriez encore 27 Euros .
Si vous aviez acheté pour 1000 Euros d'actions Vivendi,
Vous n'auriez plus que 70 Euros.
Si vous aviez acheté pour 1000 Euros d'actions France Télécom,
Il vous resterait aujourd'hui 159 Euros.
Si l'an passé vous aviez acheté pour 1000 Euros d'actions Alcatel,
Il vous resterait aujourd'hui 170 Euros.
Par contre, si l'an passé, vous aviez acheté pour 1000 Euros de bacs de Jupiler,
Vous auriez tout bu, et aujourd'hui, il vous resterait 380 Euros de consigne...
Soit le plus haut rendement !
Le P.E.J. , Plan EpargneJupiler , l'épargne qu'il vous faut, dividende payé en LIQUIDE, et exempt de précompte.
12 octobre 2008
Un homme à tout défaire
"S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas problème."
Sylvie Germain
Lu dans :
Sylvie Germain, L'inaperçu, Roman - Albin Michel, 2008
08 octobre 2008
Ne me réveille pas , j'aime trop ce rêve
"Le vent froid de l'automne siffle dans les ajoncs desséchés
Qui blanchissent dans la lumière du soir;
Les corneilles quittent les saules et volent vers l'intérieur des terres.
Un vieil homme se repose, seul sur la grève,
Il sent le vent dans ses cheveux, la nuit et la neige qui vient.
Depuis la rive plongée dans l'ombre il regarde vers la clarté,
Là-bas, entre nuages et lac, une bande
De terre éloignée brille encore dans la lumière chaude:
Au-delà merveilleux, règne de félicité comme le rêve et la poésie.
Il fixe du regard cette image lumineuse,
Repense à son pays, aux années de bonheur,
Voit pâlir l'or, le voit disparaître,
Se détourne, quitte les saules
Et marche lentement vers l'intérieur des terres."
Herman Hesse. Eloge de la vieillesse. Esquisse
Je cherchais un court texte pour décrire l'impression laissée par le dernier livre de Dominique Lapierre Un arc-en-ciel dans la nuit.Lecture indispensable pour comprendre et aimer l'Afrique du Sud où se trouvent Benoît et Aline pour une longue période. "Ne me réveille pas , j'aime trop ce rêve" murmurait un anonyme électeur de la première élection démocratique le 27 avril 1994. Le poème d'Hermann Hesse paraît écrit pour Nelson Mandela. Je ferme la dernière page et l'émotion reste.
Lu dans
Herman Hesse. Eloge de la vieillesse. Esquisse. Eloge de la vieillesse. Collection : Biblio Romans, 158 pages, 2003, Calmann-Lévy
Dominique Lapierre, Un arc-en-ciel dans la nuit, Robert Laffont 362 p.
05 octobre 2008
Révélation
Lu dans:
Annie Ernaux. Les Années. Gallimard. NRF.Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, "Nrf", 2008, 242 pages
Une seule voix, un seul chemin
Qui part quand il le faut,
Qui n’a qu’une seule voix,
Qui n’a qu’un seul chemin.
Rien, vraiment,
n’est plus triste qu’un train.
Ou peut-être un cheval de trait,
Coincé entre deux brancards,
Et qui ne peut même pas regarder de côté.
Sa vie se résume à marcher.
Et un homme?
N’est-ce pas triste un homme?
S’il vieillit dans la solitude,
S’il croit que son temps est fini,
Un homme, c’est bien triste aussi "
Primo Lévi
écrit le 1er janvier 46
28 septembre 2008
Du neuf ancien
Confucius
24 septembre 2008
L'irrésolution
"Déjeuner avec J.N. Il me fait part de sa perplexité: devrait-il vendre l'appartement qu'il possède sur les hauteurs de Nice, ce qui lui permettrait d'en acquérir un à Paris où il n'a pu que louer un minuscule studio dans un quartier qu'il exècre? « Pourquoi pas? lui dis-je, puisque tu ne vas presque jamais à Nice et que tu vis à Paris. - Oui, mais d'un côté quand je suis à Nice, j'y suis bien, c'est là que je travaille le mieux. - Alors garde-le et arrange-toi pour y aller plus souvent. - Oui, mais d'un autre côté, c'est à Paris que j'ai tous mes amis, à Nice je ne connais personne. » Et cela continue comme ça un bon moment: « d'un côté, d'un autre côté ». Et puis, subitement, J.N. me fixe intensément comme si j'étais son sauveur et me déclare avec un regard perdu de reconnaissance: « Tu as raison. Grâce à toi, j'ai pris ma décision: ou bien je vends ou bien je ne vends pas. »
J.-B. Pontalis
Lu dans :
En marge des jours. J.-B.Pontalis. NRF. Gallimard.2002. 122 p. extrait p.53
23 septembre 2008
Une farce zéro
Pub Coca Zéro
22 septembre 2008
On n'est jamais vieux de l'intérieur
"Quelle est cette nuit dans le jour?
Quel est dans le bruit ce silence ?
Mon jour est parti pour toujours,
[...]
Adieu, je ne suis pas lassée
De ce que je n'ai pas atteint..."
Plus jamais. Louise de Vilmorin.
J'ai admiré cet après-midi des yeux aveugles pétiller de plaisir. C'est rare. Déjà que des yeux qui voient ne pétillent pas souvent par les temps qui courent, devinez ma surprise. Elle a 85 ans et a gardé la malice d'une adolescente courant à son premier rendez-vous. Elle a mis au monde cinq enfants, tous ne sont pas prix Nobel ni Carl Lewis, on l'imagine. Tous n'ont pas eu un parcours digne d'Autant en emporte le vent, ni gagné au Lotto sentimental. La vie distribue avec équité ses jours de peine et ses jours de joie: elle a eu sa double part comme les autres, mais cela ne paraît pas l'avoir affectée outre mesure. Elle vient en tram puisque sa dégénérescence maculaire ne lui permet plus de conduire la voiture: on donne la voiture, où est le problème Milou? Elle s'endort moins vite qu'avant, lui semble-t-il, alors elle consulte une fois par six mois pour une boîte de Lendormin, 1/2 comprimé une à deux fois par semaine pour une bonne nuit. Bien dormir de temps en temps donne des forces, elle n'en abuse guère. Elle concède que je lui mesure la pression artérielle puisque cela me fait plaisir, mais pas d'auscultation, pas de palpation indiscrète, pas d'index aux conjonctives: un de ces jours avec ces manoeuvres-là le docteur finirait bien par lui trouver quelque chose qu'elle ne souhaite pas connaître. Car comme lui disait André son auguste époux: quand on ne sait pas, on ne souffre pas. Elle rit et le lustre du cabinet rit avec elle, les dossiers rangés contre le mur rient, les patients dans la salle d'attente rient vraisemblablement aussi, la vie rit et je suis heureux de ce court moment inespéré que m'apporte une adolescente délurée. On n'est jamais vieux de l'intérieur, écrivait Julien Green(*) centenaire à deux jours de sa mort. J'aimerais leur ressembler.
Lu dans :
Réflexion après l'attentat d'Islamabad
"Craignons un monde où les hommes ont juste assez de religion pour se haïr les uns les autres, et pas assez de religion pour s'aimer."
Jonathan Swift
Lu dans
Jean Claude Guillebaud. Le commencement d'un monde. Seuil. 2008. 400 p. extrait p.205
21 septembre 2008
Entre le platane, le chat et puis notre vie
"Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et
puis notre vie.
Notre image apparaît dans l'eau:
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Nous sommes au bord de l'eau,
le chat s'en ira le premier,
dans l'eau se perdra son image
et puis je m'en irai, moi
dans l'eau se perdra mon image
Et puis s'en ira le platane,
dans l'eau se perdra son image.
Et puis l'eau s'en ira,
le soleil restera, puis à son tour il s'en ira.
Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
L'eau est fraîche,
le platane est immense,
moi j'écris des vers,
le chat somnole,
nous vivons Dieu merci,
le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Nâziım Hikmet
Lu dans:
Michèle Lesbre. Le canapé rouge. Sabine Weispieser, éditeur. 2007. 150 pages, extrait p.148
19 septembre 2008
Infinité des possibles
"Pour un point qui se déplace sur la surface de la sphère, cette surface est à la fois finie et infinie."
Thierry Maulnier
Lu dans
Thierry Maulnier. Le dieu masqué. NRF. Gallimard. 1985. 340 p; extrait p. 324
17 septembre 2008
Tout voisin est mon étranger
John Maynard Keynes (1883-1946)
Une patiente, brave dame sans âge, sans identité culturelle typée, sans défaut connu ou visible, me confesse aujourd'hui qu'elle ne prend jamais le métro qui s'arrête à sa porte, par peur "car il y a bien trop de singes dedans, à toute heure du jour et de la nuit". J'hésite à réagir, feint ne pas avoir compris, mais elle insiste, "enfin des crollés, des macaques quoi". Lui souffler sans aggressivité que je la trouve raciste la fait opiner, "oui, et elle le revendique, car on ferait mieux de commencer par aider nos pauvres à nous". Ne la jugeons pas, il est décidément difficile d'échapper aux idées anciennes quand l'absence d'horizon, d'instruction et d'audace se conjuguent. J'ai souvent cité Alexis de Tocqueville, dont la lecture de "De la démocratie en Amérique" (1835 et 1840) a enchanté mes soirées. Le hasard me fait trouver un texte écrit la même année (1841) , assez confondant: «J'ai souvent entendu en France des hommes trouver mauvais qu'on brûlât les moissons, qu'on vidât les silos et enfin qu'on s'emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. Pour moi, je pense que tous les moyens de désoler les tribus doivent être employés. [...] Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l'époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu'on nomme razzias et qui ont pour objet de s'emparer des hommes ou des troupeaux. » (Alexis de Tocqueville, Travail sur l'Algérie (1841), in Œuvres complètes, Gallimard, 1962, t. Ill, vol. l, p. 226.) . Bigre, qu'en pense Emmanuel Kant (1724-1804) pivot de la pensée philosophique, dont la légendaire sédentarité (il ne quitta presque jamais sa ville) ne l’empêcha toutefois pas d’être attentif aux mouvements du monde. Il écrit quelques années plus tôt dans ses "Observations sur le sentiment du beau et du sublime" (1764), que « les nègres d'Afrique n'ont reçu de la nature que le goût des sornettes ». Le grand historien anglais James Mill, dont le livre, The History of British India (1817), faisait autorité auprès de l'administration britannique, avait si peu d'estime pour les peuples de l'Inde qu'il affirmait: « Si nos ancêtres, bien que rustiques, étaient sincères, [en revanche] sous leur apparence avenante, les hindous cachent un penchant certain pour la tromperie et la perfidie. Plus proche, Winston Churchill, héros du monde libre dressé contre le nazisme, jugeait les Indiens comme "le peuple le plus bestial du monde après le peuple allemand". Arabes, Africains, Hindous, Indiens, Allemands, nous sommes décidément tous l'étranger de notre voisin, et mon innocente patiente (aux deux sens du terme) possède de solides racines historiques.
16 septembre 2008
Un système devenu fou
André Gorz
«La question de la sortie du capitalisme n'a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicale nouveauté. Par son développement même, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu'externe qu'il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales: le travail, la valeur, le capital. [...] Le système évolue vers une limite interne où la production et l'investissement dans la production cessent d'être assez rentables. Les chiffres attestent que cette limite est atteinte. L'accumulation productive du capital productif ne cesse de régresser. Aux États-Unis, les 500 firmes de l'indice Standard & Poor's disposent de 631 mi11iards de réserves liquides; la moitié des bénéfices des entreprises américaines provient d'opérations sur les marchés financiers. En France, l'investissement productif des entreprises du CAC 40 n'augmente pas même quand leurs bénéfices explosent [...]. Une industrie financière se constitue qui ne cesse d'affiner l'art de faire de l'argent en n'achetant et ne vendant rien d'autre que diverses formes d'argent. L'argent lui-même est la seule marchandise que l'industrie finan¬cière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers. [...] L'économie réel1e devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l'industrie financière. Jusqu'au moment, inévitable, où les bul1es éclatent, entraînent les banques dans des faillites en chaîne, menaçant le système mondial de crédit d'effondrement, l'économie réelle d'une dépression sévère et prolongée. »
Lu dans :
André Gorz, «Le travail dans la sortie du capitalisme», écoRev', janvier 2008.
15 septembre 2008
La course éperdue devant le lion
Jean-Pierre Dupuy
Lu dans:
14 septembre 2008
Une solitude branchée
à vos émotions.
A votre job.
De chez vous.
De partout.
Connectez-vous.
A vos rêves.
A vos passions.
A votre monde.
Connectez-vous.
A vous."
Mobistar
13 septembre 2008
Sagesse du cancre
on lui montre un avion
il rêve d'être voilier sur la mer
on lui propose un tunnel enfumé sous la Manche
il rêve de la pâle lueur de la Lune
on lui enseigne les anneaux de Saturne
son chapeau lui serre la tête si fort
la perdra-t-il s'il l'ôte ?
quand me réveillerai-je."
Sagesse du cancre.
Lu dans
Le chien bleu dont la niche était un palais. V.Waide. NTF . Ed. La Place de Beauté. 2008. 125 p. Extrait p.45.
11 septembre 2008
La lune laiteuse
tableau merveilleux
vitrail étrange.
Par la grande fenêtre ronde de la chapelle
j'assiste à la course des nuages blancs
devant le grand disque d'argent.
Estampes japonaises des pins élancés
qui se découpent délicatement sur fond de lune
et de ciel laiteux.
Merveille de la nuit !
Grégoire Maertens, moine de Clerlande
Alors que nos oreilles bruissent de théories de complot concernant le drame du 11 septembre 2001, on se prend à imaginer ce moine du monastère de Clerlande, ami cher de notre famille, méditant sur le sort du monde en confrontant la sagesse des pins élancés et la sérénité de la lune. Ces merveilleuses lignes durent voir le jour presqu'au même moment que l'effondrement des tours jumelles. Elles contribuent à l'équilibre de notre univers, paix intérieure des uns en balance avec la haine maladive et la volonté de domination des autres, silence contre fureur, équilibre entre l'homme et son environnement quotidien face à la démesure de gratte-ciels dédiés à la haute finance. Ce qui est souple et fragile survivra à ce qui est fort mais rigide dit-on, petite réflexion d'espoir pour un triste anniversaire.
10 septembre 2008
Du temps pour naître
JM Alfroy
C'est l'histoire d'un homme âgé, veuf, isolé et malade qui finit par prendre la fuite... Ainsi commence le roman de Jean Marie Alfroy, une histoire de réconciliation avec soi-même. La phrase qui commence le livre vient se superposer dans ma mémoire à celle de Bob Dylan quinquagénaire, vu dans un film documentaire un soir de ces dernières vacances "il m'a fallu du temps pour devenir jeune, mais maintenant je suis fier de l'être".
Lu dans :
La fugue du père. Jean Marie Alfroy , NRF Gallimard., 1984, 178 p. Extrait p.9
07 septembre 2008
Les gens âgés remontent en enfance
On a beau dire qu'elle disparaît,
On a beau dire et vouloir dire
que tout s'en va,
Tout ce qui est vrai reste là.
Quand la vérité est laide,
c'est une bien fâcheuse histoire,
Quand la vérité est belle,
rien ne ternit son miroir.
Les gens très âgés remontent en enfance
Et leur coeur bat
Là ou il n'y a pas d'autrefois."
Jacques Prévert
06 septembre 2008
Les absents.
mal assurés craignant de déranger
et restant sur le seuil
Ils ne disent rien Ils baissent les yeux
ne tendent pas la main
ont l'air de s'excuser
Ils existent un peu
parce que j'existe encore
les compagnons
couchés dans le lit de la mort
C. Roy
Lu dans :
Claude Roy . Les pas du silence. NRF Gallimard. 1993. 270 p. extrait p.53
04 septembre 2008
Globule rouge de baleine dans capillaire de souris
François de La Rochefoucauld
Lu dans
la paix dans l'âme
Car vu qu't'es bon comme du pain blanc"
Le moribond. J.Brel
Auparavant, hospitalisation poignante d'une personne handicapée par un surpoids énorme. Elle redoute la clinique et s'accroche à la main de son jeune frère. Elle n'a plus quitté le divan du salon depuis trois semaines car incapable de se lever. Des plaies aux jambes larges comme des mains, la même chose au fessier. Une famille atypique mais aimante qui l'accepte comme elle est, sans reproches ni pressions. Interminable série d'essais pour la faire admettre dans un établissement qui l'accepte car elle n'est ni vieille, ni accidentée, ni vraiment malade. Ambulance spéciale, plate-forme des pompiers, voiture de police qui barre la rue: elle souhaitait la discrétion pour s'en aller, je l'ai vue pleurer en voyant la vingtaine de personnes (ambulanciers, pompiers) envahissant le salon et le trottoir, voisins aux fenêtres. Civière spéciale, lit spécial, matelas spécial, tout est problème quand on devient difforme et c'est ce qu'elle voulait précisément éviter en refusant de quitter son domicile. La jeune soeur s'excuse de ne pas avoir appelé de médecin plus tôt, ils ont honte et craignent les reproches moqueurs. L'obésité est une maladie honteuse, dont le patient est rendu responsable. Ils se sont dit que je ne me moquerais pas, étant gros moi-même. C'est bien vu: ils n'imagineront jamais à quel point j'ai éprouvé de la tendresse hier pour leur famille si liée dans l'épreuve. La nouvelle pauvreté prend des visages insolites.
01 septembre 2008
Aux élèves des écoles
Il est défendu:
1. de cracher à terre
2. de mouiller ses doigts dans sa bouche pou tourner les pages des livres et des cahiers
3.d'introduire dans son oreille le bout d'un porte-plume ou d'un crayon
4. d'essuyer les ardoises en crachant dessus ou en y portant directement la langue
5. de tenir dans sa bouche les porte-plumes, les crayons, les pièces de monnaie, etc.
Voulez-vous savoir pourquoi ces défenses vous sont faites? Demandez-le à vos maîtres qui vous donneront les explications nécessaires.Souvenez-vous que vous ne devez pas seulement obéir vous-mêmes à ces prescriptions, mais que vous avez encore le devoir de les faire connaître à tou le monde.
Règlement d'ordre intérieur. 2008.
1. Le racket est absolument interdit et entraîne l’exclusion définitive.
2. Les papiers et détritus sont jetés à la poubelle.
3. Il est interdit de manger et de boire en classe sans l’autorisation de l’enseignant.
4. L’élève s’abstient de tout acte de vandalisme envers le matériel, le bâtiment ou les plantations; les tagset les graffiti sont interdits.
5. La détention et la consommation d’alcool et de drogue sont strictement interdites.
6. Il est interdit d’apporter à l’école tout objet dangereux ou de nature à perturber les cours (GSM,baladeurs, jeux électroniques…). Ces objets seront confisqués.
7. Tout commerce est interdit à l’intérieur de l’établissement.
Une cloche sonne quelque part dans ma bonne commune. La vie scolaire reprend ses droits, rêves, espoirs, craintes, peurs et pleurs, rires aussi: l'enchantement des départs et des nouvelles frontières. Les marrons mûrissent, le jour décline, on range les souvenirs d'un été pâle en espérant les feux d'un bel automne.Je souhaite une bonne année à tous ceux que cette rentrée concerne.
22 août 2008
Travailler pour vivre
Quel(s) enseignement(s) en tirer? Il existe assurément d'autres façon de travailler, de concevoir la réussite, l'horaire d'une journée, la consommation de boissons alcoolisées, le rapport à la consommation des biens courants, le temps des loisirs (les moines sont appelés sept fois par jour à la prière, interrompant leur activité quotidienne au son du clocher) que la loi du marché, même en vivant dans une économie libérale. "Travailler plus pour gagner plus" n'est pas près de franchir le portail de nos vieilles abbayes, et cela a quelque chose de rassurant.
L’abbaye de Westmalle ne veut plus répondre à l’augmentation de la demande. Jean François Munster. Le Soir 21 août 2008. p.31
21 août 2008
Rater l'avion peut être une bonne idée
On serait pourtant parfois bien inspiré de rater l’avion, un examen, l’affaire du siècle, la rencontre de notre vie. C’est un gros problème que de devoir conduire sa vie avec une visibilité nulle."
Drame à l’aéroport de Madrid : 153 morts. jeudi 21 août 2008
09 juillet 2008
29 juin 2008
Un peu de craie dans l'encrier
.jpg)
"La grande supériorité de l'examinateur est de se trouver du bon côté de la table."
Edouard Herriot
Que retiendront-ils dès demain de leurs longues heures de classe et de veille studieuse? Me revient le conte philosophique de Jorge Luis Borges, "Funes el memorioso" (Funes le mémorieux). Funes est un homme jeune qui, tombé de cheval sur sa tête, se retrouve victime d'une étrange infirmité: sa mémoire devient hyperdéveloppée ; il est privé de toute faculté d'oubli; il retient tout; son esprit est transformé en une sorte d'énorme gadoue, un monstrueux déversoir encombré de fragments disparates, d'instants déconnectés; c'est un gigantesque amoncellement d'images sans contexte; nul détail n'en peut être évacué, si insignifiant soit-il. "Ma mémoire est comme un tas d'ordures" lâchera-t-il avant de mourir d'une congestion cérébrale. Malédiction qui exclut toute possibilité de réflexion. Car la pensée requiert un espace où l'on peut oublier, choisir, effacer, isoler, éliminer, mettre en valeur. Qui ne peut rien rejeter du grenier de la mémoire, ne peut ni abstraire ni généraliser. Sans abstraction ni généralisation, il ne peut y avoir de pensée. Si Montaigne déjà avertissait qu'« une tête bien fait vaut mieux qu’une tête bien pleine», que dire de la congestion actuelle des hémisphères, submergés par une explosion de connaissances que plus rien ne vient filtrer. Ne survivent que ceux qui parviennent à oublier suffisamment vite pour pouvoir remplir avec du neuf; ou parviennent à trier l'essentiel de l'accessoire, ce qui n'est guère donné à tout le monde. Malheur aux "bons élèves" de jadis, avides de tout savoir et de tout retenir, menacés aujourd'hui d'asphyxie lente alors qu'ils auraient jusque peu été honorés comme des puits de science.
On fermera donc, une fois de plus, les portes de cette année scolaire avec modestie, sans fanfare ni effet d'annonce. Les professeurs aussi font des erreurs, aux conséquences plus ou moins lourdes, bien ou mal assumées, parfois méconnues, parfois farouchement niées. La paresse, la désinvolture, la confusion des valeurs ne se trouvent pas d'un seul côté du bureau, même si les suites n'en sont pas les mêmes. Tel se voyait pilote et se retrouve avec un bonnet d'âne, tel se façonnait un habit d'Harlequin et finira dans une obscure fonction répétitive. Une chose console pourtant, à la lecture de la presse matinale. Une récente étude d'Accor Services révèle que la Belgique possède le plus haut taux de satisfaction professionnelle d'Europe: 81% des sondés sont heureux dans leur profession , laissant le 2ème (l'Allemagne) à 65%. Il doit exister chez nous de fort heureux jardiniers et des pilotes mélancoliques. L'histoire d'Yves Saint Laurent nous a définitivement vaccinés contre le mythe du succès qui rend heureux, et c'est très bien ainsi. Difficile à faire comprendre pourtant un 30 juin à l'étudiante qui n'a plus que ses larmes pour s'enfuir.
Dehors soudain la rue s'anime de cris joyeux et de voitures claxonnant en tous sens. L'Espagne doit avoir gagné sa finale. Les Allemands, deuxièmes dans l'enquête Accor le seront donc aussi à l'Euro. La rue savoure: les petits que nous sommes adoreront toujours de voir les grands se prendre les pieds dans le tapis.
Entre café et Journal aussi prend des vacances. Peut-être un peu plus longues que d'habitude car m'habite le vieux projet d'éditer un jour ces réflexions éparses, permettant aux lecteurs traditionnels de les redécouvrir en les confrontant à leur propre passé. Ce sera mon devoir de vacances en septembre. Travail de bénédictin pour collecter ces dizaines de bouts de textes écrits quotidiennement depuis octobre 1999, et qui surprennent parfois aujourd'hui. Le vendredi 31 décembre 1999 par exemple, à 23 heures 30, en guise de voeux, je ne se me souviens plus de ce qui me fit recopier les lignes suivantes, curieusement prémonitoires:
"Je sens tourner dans ma tête
Claude-Michel Schönberg, A.Boublil
La météo n'annonçait pourtant aucun avion maléfique dans le ciel, la nuit était claire comme le jour de feux d'artifice, seule régnait la crainte du bug de l'an 2000. Que tout cela paraît à la fois étrange, lointain et même dérisoire. Serbes et Bosniaques se déchiraient, mais c'était loin (?) : 1500 kilomètres de Bruxelles, ils ne parlaient pas notre langue, et les troupes de l'ONU protégeaient les civils assiégés. Deux tours se sont effondrées, Milosévic est mort en prison, Obama attend l'investiture de son parti pour briguer la présidence, le litre d'essence est au même prix que celui du vin rouge, on a vendu dans notre pays autant de voitures cette année-ci qu'en 1999.
Un peu de silence fera du bien.
Je vous souhaite de bonnes vacances. CV.
Lu dans
- Questions du Bac de philo 2008
- Les Belges satisfaits. La Libre Entreprise. 28 juin 2008. p.5
26 juin 2008
Du vent, du frais
"Ce petit vent, là. Qui décolle la chemise, qui relève la jupe, qui rend folles les mèches, qui désensable, décloisonne ombre et astre, qui éparpille l'odeur des feuilles, le goût de la pluie, la soif des sens. C'est lui qui ravale la ville. Qui embrase la campagne. Qui dore les bois. Qui rend beaux les gens. C'est lui qui fait que c'est enfin l'été. Que quelque chose recommence. Qui fait y croire, encore ou à nouveau. Qui fait qu'on remet la musique, très fort, pour qu'elle enveloppe, qu'elle emmène. C'est lui qui délivre. Qui porte au plaisir. A faire gicler la vie. Comme la cerise sous la dent.T. Fiorilli .
Lu dans
Le Soir. Le billet . Du vent, du frais. Thierry Fiorilli. 26.6.2008. p.1.
Les imperfections trompeuses
"Le caoutchouc serait un matériau remarquable, n'était-ce que son élasticité le rend impropre à beaucoup d'usages."
Alphonse Allais
Lu dans :Simon Leys. Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes. JC Lattès. 2008. 212 p. Extrait p.124
23 juin 2008
La sagesse
"Ne sois pas plus sage que nécessaire, tu deviendrais stupide."L 'ECCLESlASTE.
Lu dans :
La science et la vie. Claude Allègre. Librairie Arthème Fayard, 2008. 335p. Extrait p.7
Journal du dernier Nikon de campagne

Journal du dernier Nikon de campagne
Voilà que ce vieux Nikkormat se met à m'interpeller, presque à m'inquiéter. Je ne suis donc pas différent de certains de mes patients qui, dans les années quatre-vingts, ont commencé à consulter régulièrement les spécialistes libéraux dont cette époque a vu le foisonnement. Ces confrères, dont la compétence technique n'est pas mise en cause, ont installé leurs machines à diagnostiquer, pleines de clignotants et de chromes, jusque dans nos campagnes. Les patients se mirent peut-être à laisser traîner mes ordonnances au fond de leur tiroir. C'est probablement pendant ces années-là que j'ai, moi aussi, délaissé mon appareil photo pourtant irréprochable. Avant cet abandon, j'étais généraliste rural. C'était merveilleux, j'avais parfois l'impression de pouvoir tout faire, c'était un peu grisant aussi, et possiblement dangereux, car on me donnait toujours carte blanche. (..) Je ne suis pas vraiment fier de cette médecine-là, ringarde et contestable, je l'aimais, c'est tout. Cette médecine globale avait l'empreinte du bon sens. Nous arrivions à résoudre, tant bien que mal, plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des problèmes quotidiens. Depuis les accouchements jusqu'à la ponction lombaire en passant par la traumatologie, les plâtres, la chirurgie dermatologique, les stérilets et infiltrations diverses, sans oublier, bien évidemment, la routine psychiatrique, sociale ou somatique. Les jours de liesse, le généraliste se sentait «poly-spécialiste ». Les jours sombres, il se sentait incompétent dans toutes les disciplines. Il se consolait alors en pensant que la «poly-incompétence» est parfois précieuse, car elle ose tout.
Lorsque les machines des spécialistes sont arrivées avec leurs servomécanismes, mon vieux Nikkormat est allé se réfugier au fond de ce tiroir, et moi, comme les autres généralistes, je me suis progressivement désengagé, devenant moins audacieux, plus contestable, plus fragile. Ce désengagement progressif des généralistes a contribué à la perte réelle de beaucoup de leurs pratiques, donc de leurs compétences. Les premières incompréhensions sont alors apparues entre deux mondes médicaux en rivalité. (..) Un fabuleux marché médical était pressenti qui interdisait désormais l'exercice en solitaire et disqualifiait l'artisan médical.
(..)
Hélas, la machine médicale, folle et anonyme s’emballe à la moindre inquiétude maternelle, sans que plus personne n'ait le courage ou l'autorité su ffisante pour l'arrêter. La médecine ne sait plus rassurer une mère. (..) Le grand gagnant est Je marché, parce que la méconnaissance de la « bonne santé », les décisions repoussées, la perte du bon sens et de la « clé» du corps génèrent d'incessants nouveaux actes diagnostiques et thérapeutiques, générateurs de profit. Le grand perdant est le vrai malade, baladé de cliniques en spécialistes, d'hôpitaux en scanners, de savants en charlatans. Il se sent de plus en plus seul, perdu dans le labyrinthe d'un système de soins dérégulé. Le plus heureux est J'hypocondriaque nomade, ravi de découvrir toutes les faces cachées de son corps et de susciter l'intérêt d'autant de techniciens et de savants.
L'objectif du vieux Nikkormat est braqué sur moi. J'y vois mon reflet de déserteur. J'ai honte. J'ai abandonné ma pratique rurale, alors que rien ne m'y obligeait, en dehors d'une lourde charge de travail de plus de soixante-dix heures par semaine. J'aurais dû choisir de mourir au combat, comme tous les généralistes de cette région l’ont fait avant les années soixante, et dont pas un seul n'est arrivé vivant à l'âge de la retraite. J'ai honte devant les rares patients qui auraient continué à me faire une totale confiance. J'ai honte enfin devant les derniers vrais généralistes ruraux. Il n'en reste peut-être plus qu'un. Ce n'est pas moi.
Lu dans :
PERINO LUC. La sagesse du médecin. L'oeil neuf editions 2004. 112 p. Extrait p 101.
Luc Perino est né en 1947. Médecin généraliste et tropicaliste, iI a pratiqué en Afrique, en France rurale et en Chine. II exerce aujourd'hui à Lyon où il codirige un centre de formation médicale continue. Sa réflexion nous permettra de baliser l'atelier "Quel avenir pour la médecine générale" et de confronter cette vision archétypique du métier de médecin généraliste à celle qui se dégage progressivement actuellement.
La définition d'un malade
« Un malade est la personne qui consulte un médecin.
Une maladie est l'objet de leurs discussions. "
L Perino.
Lu dans :
La Sagesse du médecin. Luc Perino. L'oeil neuf édition, 2004. 112 p. Extrait p 70.
La vérité et la légende

Charcot à la Salpétrière.
Stefan Zweig. Extrait de Amerigo
Ayant été nommé, en 1862, à l'hôpital parisien de la Salpêtrière, où il devait rester de longues années, Jean Martin Charcot y ouvrit, en 1882, ce qui allait devenir la plus grande clinique neurologique d'Europe. Étudiant l'atrophie musculaire, Charcot avait identifié (1865) la sclérose latérale amyotrophique consécutive à la dégénérescence des neurones moteurs, encore appelée maladie de Charcot. Il avait aussi repéré les symptômes de l'ataxie locomotrice, dégénérescence de la colonne dorsale du cordon médullaire et des connexions nerveuses sensorielles. Professeur réputé, il attira des étudiants de toutes les parties du monde. Le plus célèbre d'entre eux fut, en 1885, Freud, dont l'intérêt pour les origines psychologiques de la névrose fut stimulé par l'emploi que faisait Charcot de l'hypnose en vue de découvrir une base organique à l'hystérie. Parmi les livres les plus connus de Charcot, on peut citer Leçons sur les maladies du système nerveux (5 vol., 1872-1883) et Iconographie de la Salpêtrière (1876-1880).
Encyclopedia Universalis? (le même article, identique, dans la Britannica)
Pour moi qui. des années durant, ai consacré mon temps disponible à l'étude de l'hypnose, ces représentations publiques à la Salpêtrière, devant le Tout-Paris, n'étaient qu'une farce absurde, un mélange désespérant de vérité et de tricherie. Certains de ces sujets étaient sans doute de vrais somnambules qui reproduisaient fidèlement à l'état de veille les diverses suggestions qu'on leur avait faites durant leur sommeil - des suggestions post-hypnotiques. Beaucoup d'entre eux étaient de purs imposteurs, qui reproduisaient parfaitement ce qu'on attendait d'eux, ravis de présenter leurs divers tours en public, et trompant aussi bien les docteurs que l'audience avec cette astuce étonnante propre aux hystériques. Ils étaient toujours prêts à "piquer une attaque" de la classique grande hystérie de Charcot, arc-en-ciel et tout, ou à montrer ses fameuses trois étapes de l'hypnose: léthargie, catalepsie, somnambulisme, toutes inventées par le Maître et impossibles à observer ailleurs qu'à la Salpêtrière. L'opinion d'Axel Munthe, neurologue suédoir réputé et ancien élève de Charcot reflète assez bien celle du corps médical français qui, tout en reconnaissant en Charcot l'un de ses plus brillants cliniciens, considère comme une fantaisie douteuse ses expériences faites en public sur les hystériques.
Le livre de San Michele, Axel Munthe.
Or Rosalie présente le phénomène singulier de n'être susceptible de léthargie, catalepsie, somnambulisme qu'après une grande attaque. Je lui donne cette attaque Ici Tripard surgit, presse le poignet de la simulatrice, qui tombe à terre en hurlant et commence une gymnastique désordonnée. Plusieurs se lèvent pour mieux voir. On crie Assis! et Chapeau! Sur un signe du patron, Tripard enraye l'attaque. Le thaumaturge continue: " Mesdames et messieurs, Rosalie est maintenant hypnotisable. Nous la mettons en léthargie." - Il appuie élégamment ses doigts fuselés sur les paupières. - Voilà qui est fait. Les membres flasques: signes caractéristiques. Nous la mettons en catalepsie. - Il relève les paupières. - Les membres raides: signes caractéristiques... Somnambulisme, enfin. .. Il frictionne le sommet du crâne et la nuque du sujet, qui s'agite, bredouille des syllabes incompréhensibles, frappe du pied d'un air mécontent. Quelques élèves prévenus étouffent des rires. »
Léon Daudet, Les Morticoles, Paris, Fasquelle, 1956, Les Cahiers rouges. p. 147-149.)
Ce texte est extrait d'un chapitre censuré du Livre de San Michele, qui n'a jamais paru dans l'édition française mais figure dans l'anglaise. Axel Munthe y critique sévèrement Charcot, et apporte notamment le témoignage suivant:
« Un dimanche, comme je quittais l'hôpital, je tombai sur un couple de vieux paysans assis sur un banc sous des platanes dans la cour intérieure. Ils sentaient la campagne, le verger, les champs et l'étable, les regarder me fit chaud au cœur. Je leur demandai d'où ils venaient et ce qu'ils faisaient là. Le vieil homme dans sa longue blouse bleue porta la main à son béret, la vieille femme, sous sa coquette coiffe blanche, s'inclina dans ma direction avec un sourire amical. Ils dirent qu'ils étaient arrivés le matin même de leur village de Normandie pour rendre visite à leur fille qui était fille de cuisine à la Salpêtrière depuis plus de deux ans. C'était un très bon emploi, elle avait été engagée la première fois par une des sœurs de leur village qui maintenant était aide-cuisinière à la cuisine de l'hôpital. Mais il y avait beaucoup de travail à la ferme, ils avaient maintenant trois vaches et six cochons, et ils étaient venus pour ramener leur fille à la maison, c'était une fille très forte et saine, et ils devenaient trop vieux pour travailler seuls à la ferme. Ils étaient si fatigués par ce voyage de nuit en train qu'ils avaient dû s'asseoir sur cc banc pour se reposer un instant. Serais-je assez gentil pour leur indiquer où se trouvaient les cuisines? Je répondis qu'ils devaient traverser trois cours, longer d'interminables couloirs, je ferais mieux de les conduire moi-mêmc aux cuisines et de les aider à trouver leur fille. Dieu sait combien d'aides-cuisinières se trouvaient dans l'immense cuisine où l'on préparait des repas pour environ trois mille bouches. Nous allâmes au pas de gymnastique jusqu'au pavillon où se trouvait la cuisine, le vieil homme ne cessant de me parler de leur verger, de leur récolte de pommes de terre, des cochons, des vaches, de l'excellent fromage que sa femme fabriquait. Elle sortit de son panier un petit fromage de crème 1 qu'elle venait de faire pour Geneviève, mais elle me dit qu'elle serait très heureuse si je voulais bien l'accepter. Tandis qu'elle me tendait le fromage, j'observai son visage. Quel âge avait Geneviève? Juste vingt ans. Etait-elle belle? vraiment très jolie? « Son père dit qu'elle me ressemble très fort », répondit simplement la vieille femme. Le vieil homme approuva d'un signe de tête . « Etes-vous sûre qu'elle travaille à la cuisine? » demandai-je avec un frisson involontaire, regardant à nouveau avec attention le visage ridé de la vieille mère. Pour toute réponse, le vieil homme se mit à farfouiller dans l'immense poche de sa blouse et en sortit la dernière lettre de Geneviève. J'avais pendant plusieurs années étudié avec passion la calligraphie et je.reconnus au premier coup d'œil l'écriture curieusement tordue et naïve, mais remarquablement nette, progressivement marquée par des centaines d'expériences d'écriture automatique. « Par ici », dis-je en les entraînant tout droit à la salle Sainte-Agnès, la salle des grandes hystériques. Axel Mumhe accompagne donc les deux paysans aux cuisines, où ils ne rouvenl nulle Irace de Geneviève. Il se dirige alors vers la salle des grandes hyslériques. Là, ils découvrenr la jeune femme, maquillée, porltnt des bas de soie, et entourée d'autres camarades.
« Geneviève était assise, les jambes pendantes, chaussées de bas de soie, sur une longue table au milieu de la salle, avec sur les genoux un exemplaire du Rire portant son propre portrait en couverture. A côté d'elle, assise également, se trouvait Lisette, autre vedette de la compagnie. La coiffure aguichante de Geneviève était ornée d'un ruban de soie bleue, un rang de fausses perles pendait à son cou, son visage pâle était fardé de rouge et ses lèvres peintes. Toute son apparence la faisait davantage ressembler à une entreprenante midinette se préparant à une balade sur les Boulevards qu'à une pensionnaire d'hôpital. Geneviève était la prima donna des séances du Mardi (...). Les deux vieux paysans dévisagèrent leur fille d'un air ahuri. Geneviève à son tour les regarda avec un air indifférent, idiot, elle sembla au départ ne pas les reconnaître. Soudain, son visage se mit à se tordre, et avec un cri perçant elle tomba de tout son long sur le sol, prise de violentes convulsions, et fut immédiatement suivie par Lisette, dans le classique arc-en-ciel. »
Comment expliquer à ces paysans que leur fille, qui travaillait aux cuisines, ait abouti dans cette salle des hystériques? Le narrateur en est incapable. Mais il conseille aux deux petits vieux de rentrer chez eux, en Normandie, et leur promet de voir au plus vite le chef de service et, s'il le faut, le directeur de l'hôpital, afin de leur renvoyer leur fille dans les délais les plus brefs. A la suite de quoi, Axel Munthe entreprend d'hypnotiser la jeune fille et de la convaincre, par le sommeil hypnotique, d'abandonner les Mardis de la Salpêtrière et de rentrer chez ses parents. Mais, le jour où elle aurait dû se présenter chez lui pour se rendre à la gare, elle ne vient pas. Le lendemain, un mardi, Munthe se présente à la Salpêtrière, dans l'espoir de voir Geneviève et de comprendre ce qui lui est arrivé. On lui apprend que la veille, la jeune fille a été ral/rapée par une infirmière au moment où elle quittait l'hôpital, et que comme elle était très agitée, on lui a donné des calmants. Il apprend aussi que Charcot demande à le voir de toute urgence. « Je frappai à la porte et pénétrai pour la dernière fois de ma vie dans le sanctuaire bien connu du Maître. Charcot était assis dans son fauteuil habituel près de la table, penché sur le microscope. Il redressa la tête et me lança un regard terrible, qui jetait des éclairs. Parlant très lentement, sa voix profonde tremblant de rage, il me dit que j'avais essayé d'attirer chez moi une pensionnaire de son hôpital, une jeune fille, une déséquilibrée, à moitié inconsciente de ses actes. De son propre aveu, elle était déjà venue une fois chez moi, et mon plan diabolique destiné à abuser d'elle la seconde fois n'avait échoué que par pur accident. C'était là un acte criminel, il devrait me remettre à la police, mais pour l'honneur de la profession comme par égard pour le ruban rouge que je portais à la boutonnière, il me laisserait quitter l'hôpital et souhaitait ne plus jamais avoir à poser les yeux sur moi. » Axel Munthe ajoule qu'ahuri par une accusalion aussi injuste, il demeura d'abord bouche bée, puis tenta de répondre et d'accuser à son tour: comment se faisail-il que cette jeune fille, parvenue en bonne santé à la Salpêlrière, ait été réduite en un tel élat? Mais Charcol, dit-il, refusa de l'entendre, et le fil raccompagner à la porte de l'hôpital.
Le livre de San Michele, Axel Munthe. Passage non repris dans la version française de l'oeuvre.
La question demeure. Y avait-il plusieurs Charcot? Ou un seul Charcot à la fois homme de science et bonimenteur? Ou la conjonction d'un homme de médias et d'une France en manque de saints laïques, déifiés de leur vivant. La célébrité ne sera-t-elle jamais que la conjonction d'un peu de réussite individuelle et d'une attente plus large prête à s'enflammer pour créer le succès.
21 juin 2008
Un soir d'été
Je suis un soir d'été
Aux fontaines les vieux
Bardés de références
Rebroussent leur enfance
A petits pas pluvieux
Ils rient de toute une dent
Pour croquer le silence
Autour des filles qui dansent
A la mort d'un printemps
Je suis un soir d'été
Jacques Brel
Lu dans
Je suis un soir d'été. Jacques Brel.Paroles et Musique. 1968 © Editions Pouchenel Bruxelles
19 juin 2008
Le savoir tempéré
"Un chercheur universitaire est un individu qui en sait toujours plus sur un sujet toujours moindre, en sorte qu'il finit par savoir tout de
rien.".
S. Leys
Lu dans
Simon Leys. Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes. JC Lattès. 2008. 212 p. Extrait p.108
18 juin 2008
Infesté de rossignols
P. Claudel. Journal
Paul Claudel ne reprend pas cette assertion à son compte, précisons-le, mais cite un de ses voisins qui venait d'abattre un orme séculaire auquel le poète était attaché.
Lu dans
Simon Leys. Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes. JC Lattès. 2008. 212 p. Extrait p.72
17 juin 2008
Il serait triste
"Il sera triste aussi qu'on se soit manqué
comme dans le rêve où celui qui me rêve
ne rencontre jamais celui qui rêve à lui
dormeur qui me ressemble comme deux gouttes de nuit."
C. Roy . Le Haut Bout samedi 14 juin 1986
Est-ce la lecture des corrigés du bac 2008, - prodigieuse récolte de questions à se poser entre café et journal au demeurant -, qui m'a fait mystérieusement redécouvrir quelques lignes de Claude Roy s'interrogeant sur les aléas des rencontres d'une vie? Peu d'écrivains surent comme lui se promener entre le monde rêvé et le monde réel, et sa mort il y a dix ans n'a pas apporté une ride à ses lignes.
Lu dans:
LE VOYAGE D' AUTOMNE. CLAUDE ROY. Editions Gallimard, 1987. 111 p. Extrait: "Rêve de la nuit du vendredi 13 juin 1986". p.83
Te savoir là
dans le demi sommeil de la demi douleur
jamais tout à fait sûr d'être toujours le même
incertain du lieu de la saison de l'heure
j'avais envie d'eau fraîche et d'une chose simple
Entendre ta voix dans la pièce à côté
seulement ta voix même parlant à d'autres
ta voix au téléphone aimable gaie songeuse
qui se tait puis reprend Entendre ton silence
pendant que tu écoutes les paroles puis réfléchit
et soudain ton rire éclaboussant d'eau fraîche
une idée qui est venue en parlant
Puis le mot peut être entre deux silences
posé comme deux notes suspendues par la main gauche sur le clavier
Un peu d'eau fraîche ta voix ton silence
Fermer les yeux Te savoir là.
Claude Roy
15 juin 2008
Même heure la semaine prochaine
"Si la peur de la mort arrêtait les hommes, vous n'auriez ni grands soldats, ni grands sportifs. Nous les admirons, mais ils n'hésitent pas devant la mort. D'autres, emportés par d'autres passions, n'hésitent pas non plus. C'est seulement pour la peine de mort qu'on invente l'idée que la peur de la mort retient l'homme dans ses passions extrêmes. Ce n'est pas exact."
Robert Badinter
Huntsville, petite ville texane de 22.000 habitants, 15000 prisonniers, 7 maisons d'arrêt (2 en projet), 5000 gardiens en activité, une famille sur deux compte en son sein un membre travaillant pour le système pénitentiaire. Les autorités judiciaires locales n'en finissent pas de former des gardiens de prison.Malgré la chaleur, les habitants d'Huntsville ne portent pas d'habits blancs de peur d'être confondus avec les prisonniers. On les croise parfois aux coins des rues, sur les pelouses, les jardins, vêtus de blanc des pieds à la tête. Par petits groupes, en plein jour, encadrés par des matons, ils réparent, nettoient, bêchent, taillent. La ville fleurit sous les coups de ciseaux des condamnés, "un moyen de sortir à l'air libre pour les moins dangereux". Ce mercredi 11juin, les exécutions ont repris à Huntsville, Texas. Les familles du condamné et de sa victime quittent l'établissement pénitentiaire et se dirigent vers leurs voitures, au parking. Les policiers retirent les banderoles interdisant l'accès à la rue. La poignée de militants opposés à la peine capitale éteignent leurs bougies. Il est 18 heures passées de quelques minutes et Karl Chamberlain, arrêté voilà plus d'une dizaine d'années pour le viol et le meurtre d'une jeune femme, vient d'être exécuté. Il est le 407ème depuis le rétablissement de la peine capitale aux Etats-Unis en 1976. L'exécution suivante est prévue pour la semaine prochaine, le 17 juin. Même heure.
Lu dans:
- Journal Officiel. Débats à l'Assemblée nationale sur l'abolition de la peine de mort en France. M. Badinter, garde des sceaux, ministre de la justice. 1ère séance du 17 septembre 1981.
- Huntsville, Prison City. LE MONDE du 13.06.08. Nicolas Bourcier.
Le seul problème...
« J'ai parfois l'impression que Denis Robert a pas mal d'emmerdements.
J'aimerais ne pas être à sa place. Le seul problème, et il est de taille, c'est
que Denis Robert, c'est moi."
D. Robert.
12 juin 2008
les femmes à ne pas épouser
La Sicilienne dit: « Si tu épouses cette femme, je te tue ! »
La mère juive dit: « Si tu épouses cette femme, je me tue !"
Lu dans
Dieu comprend les histoires drô1es. Victor Malka. Éditions Points, 2008 170 p. extrait p.60
10 juin 2008
Metz Nancy
Cette histoire faisait, dit-on, beaucoup rire l'ami Freud.
Lu dans
Dieu comprend les histoires drô1es. Victor Malka. Éditions Points, 2008 170 p. extrait p.49
09 juin 2008
Allez voir les voisins
"C'est aussi pittoresque mais c'est beaucoup moins loin
A deux pas de chez moi, allez voir mes voisins."
Cathérine Leforestier
On découvre d'étranges choses sur le Net: le site de l'UCL (www.uclouvain.be) propose une version anglaise et chinoise. Le néerlandais semble oublié. Celui de la KUL offre pour sa part une palette élargie: l'anglais et le chinois s'y retrouvent bien sûr, aux côtés du français, de l'espagnol et de l'allemand. La femme répudiée aurait-elle la rancoeur tenace?
Lu dans :
Catherine Le Forestier. Allez voir mes voisins. Paroles et Musique: Catherine Le Forestier 1974 Album "Le Pays de ton corps."
08 juin 2008
Proximités
« Quand on observe la nature, on y découvre les plaisanteries d’une ironie supérieure : elle a, par exemple, placé les crapauds près des fleurs. »
Honoré de Balzac
Lu dans :
Le bestiaire de l’étang. Chasseur d’Images, juin 2008.
Eyes wide shut
"L'utopie n'est visible qu'à l'œil intérieur."
Jorge Luis Borges.
Paradoxe doublement paradoxal: Borges était aveugle. Son texte porte le titre: « ... Avec des yeux largement fermés ».
Lu dans:
Jean Ziegler. L'empire de la Honte. Arthème Fayard 2005. Livre de Poche 30907.348 p. extrait p 42.
07 juin 2008
Une nouvelle ère
"Notre époque, comme toutes les époques "modernes", adore se considérer comme exceptionnelle. Nous entrons dans une nouvelle ère, entendons-nous dire partout. C'est Goethe qui a commencé, et tous les perroquets du monde le répètent depuis deux siècles. Nous vivons un temps de radicale transition, une révolution d'un nouveau type. Plus rien ne sera jamais comme avant. Toutes les générations se complaisent à se placer juste au moment de la déchirure du monde. Toutes veulent se donner la gloire d'avoir connu des éclatements décisifs, d'effacer le passé. Mais non. Nous sommes une époque parmi d'autres. Un jour nous serons vieux et passés de mode. D'autres nous raconteront, nous étudieront. Et ainsi de suite."J C Carrière
Lu dans:
Jean Claude Carrière. Fragilité. Ed. Odile Jacobs Poches. octobre 2007. 189. 283 p. Extrait p.278.
05 juin 2008
La complainte de la paix
«[...] je ne calcule pas ici les sommes d'argent qui s'écoulent entre les
mains des fournisseurs des armées et de leurs employés et entre les mains des
généraux. En faisant le calcul exact de toutes ces dépenses, si vous ne convenez
pas que vous auriez pu avec le dixième acheter la paix, je souffrirais avec
résignation qu'on me chasse de partout.»
Erasme. La Complainte de la paix
02 juin 2008
Un feu qui brûle au fond de nous
C Donner
Lu dans
Plus d'apprêts. Christophe Donner. Le Monde 2. 31 mai 2008. p.8
01 juin 2008
Sagesse des simples
Jules Renard.
