27 août 2007
Où va l'amour après la mort ?
Le temps guérit, dit-on. Mais on devrait dire : le temps répète. C'est un exercice de révision. Vous refaites indéfiniment les mêmes choses, assez longtemps pour en oublier que c'était la première fois. C'est pourquoi Orphée n'avait pas le droit de se retourner. En la revoyant, il la "refaisait". Et ce faisant il l'effaçait. "
PF Thomèse. L'enfant ombre. Actes Sud. 2004
Le présent de l'avenir, c'est l'attente (St Augustin)
Le Talmud
26 août 2007
Secrets de négociation
Steve Stevaert (ancien président du SPA)
21 août 2007
Deux univers se côtoyent
Régis Jauffret . Univers, 2003
20 août 2007
Deux ou trois visions du paradis
Coran, Muhammad, XLVII; 15
Cette vision explicitement voluptueuse de la vie éternelle proposée par l'islam est à comparer avec celle, désincarnée et strictement spirituelle, du paradis chrétien, ou encore avec cette austère description de l'au-delà donnée dans le Talmud. «Il n'y a dans le monde futur ni manger ni boire, ni procréation ni commerce, ni jalousie, nihaine, ni concurrence, mais les justes sont assis, leur diadème sur la tête, et jouissent de l'éclat de la présence divine. [...] Quelque chose est promis, mais ce quelque chose est caché (2). »
19 août 2007
Un vide vertical
On abat un grand arbre.
Un vide vertical
Tremble en forme de fût
Près du tronc étendu.
Cherchez, cherchez, oiseaux,
La place de vos nids
Dans ce haut souvenir
Tant qu'il murmure encore
Jules Supervielle. Le voyage difficile.
Retour de vacances
W.Shakespeare
Ebloui d'entendre à nouveau le téléphone, comme un poussin qui sort de l'oeuf après avoir cassé sa coquille. On s'y remet.
Oublier
Marilyn Monroe.
La célèbre actrice, assaillie par les insomnies et les anxiétés nocturnes, tente d'oublier les célèbres amants qui l'ont célébrée, puis négligée. Sa propre mère est morte démente, elle la connut à peine mais l'image la hante. Quelques semaines plus tard, elle mourra dans de mystérieuses circonstances. L'histoire complète est à votre disposition si vous souhaitez un thriller pour l'automne.
Echange avec Sidney SKOLSKY. Don Wolfe. Marilyn Monroe. Enquête sur un assassinat. Ed Albin Michel 1998. J’ai Lu p.522.
21 juin 2007
la lampe allumée pour nourrir le matin
l'obscurité efface de chaque chose la patience des contours,
laisse la nuit peser de toutes ses paupières.
N'aie crainte,
la nuit se consume toujours dans l'écho d'une lampe allumée,
d'une lumière à t'attendre pour nourrir le matin."
Ph Mathy
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20 juin 2007
Bernard et Bianca inaugurent un vieil été
Alouette si tu t'envoles
Tu me sauras à ton école
Quand tu iras dans tes hauteurs
J'affronterai mes profondeurs"
Guillevic
Curieux été. Premier jour, et l'impression d'y avoir été déjà, depuis avril. Il y a comme une perte de repères, bien dans l'air du temps, et qui ne se limite guère au climat. On découvre des classes où des profs donnent cours (un 21 juin!) devant cinq élèves, un Sarkozy hilare entouré de Christine Boutin et Fadéla Amara, un Pape rappelant que la voiture ne saurait être symbole de puissance et bénissant une mer de Ferrari rassemblées place Saint Pierre, le couple Clinton jouant à Bernard et Bianca pour la bonne cause électorale. Bel été tout de même!
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sagesse de Guillevic
Ce qui t'intéresse
C'est tenir dans ta main
Une chose
Où se raconte l'univers. . . "
Guillevic
17 juin 2007
le ciel comme paysage
Albert Willemetz
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
13 juin 2007
dans la durée
Jankélévitch
Mais il faut souvent du courage pour être fidèle, commentaire ajouté par Isabelle Dagneaux qui me transmet cette pensée.
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
l'espace devant soi
Elles sont difficiles à conserver parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces."
Montesquieu
04 juin 2007
sagesse de Valéry
Paul Valéry
paradoxe de la lumière
Je viens quand le soleil est là."
Henry Bauchau.
03 juin 2007
entre rêve et réalité
si ce n'est pour montrer comme la réalité est vaste
et comme elle nous suffit."
Henri Bauchau. Gengis Khan
Je vous souhaite un bon dimanche
CV.
02 juin 2007
Desnos, parti de Compiègne
Robert Desnos, La Liberté ou l'Amour (1927), éd. Gallimard,
Robert Desnos, poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris, mort le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt en Tchécoslovaquie. Le poète aura été l'un des membres les plus actifs du groupe surréaliste. Selon André Breton, il "parl[ait] surréaliste à volonté". Desnos, lui-même, déclarait avoir fait "acte de surréalisme absolu". Résolument tourné vers l'amour et la liberté, et d'abord séduit par l'audace des expériences poétiques dont Breton est l'animateur, il revient au cours des années 1930 à des formes plus traditionnelles, ne négligeant pas le vers rimé, tout en lui offrant des perspectives inusitées et un élan original et unique.
En 1971, Jean Ferrat interprète Robert le diable, poème dédié par Louis Aragon à la mémoire de son ami tragiquement disparu. La chanson avait été créée, auparavant, par Christine Sèvres (1931-1981), alors épouse de Ferrat :
"Je pense à toi Desnos
qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant
tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout
ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne…"
Toutes ces mélodies et noms étrangers qui bercèrent notre mémoire ont une histoire...
Je vous souhaite un bon week end
31 mai 2007
30 mai 2007
29 mai 2007
la lampe cachée
Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre,
Une lampe cachée contre son coeur,
Pour retrouver une autre ombre dansante.»
Yves Bonnefoy - Les Planches courbes
28 mai 2007
27 mai 2007
Une petite musique de nuit
Je rue dans les brancards
Je suis Léopoldine
La soeur de Mozart
Et comme la renommée
N'est pas un boomerang
Je n'aurais pas dû le laisser signer
Wolfgang. "
Wolgang et moi, F. Mallet Joris/ MP Belle. 1973
Il m'aura fallu plus de trente ans pour réaliser que la superbe ritournelle deMarie-Paule Belle, écrite par sa comparse Françoise Mallet Joris n'étaitnullement le fruit de leur imagination débordante. Un tout récent ouvrage de Rita Charbonnier narre toute l'histoire d'une rivalité familiale peu ordinaire. En cette année 1763, dans toutes les Coursd'Europe, Maria-Anna Mozart, surnommée Nannerl, fait un triomphe aux côtés deson jeune frère. Unis par une même passion, ils nourrissent une tendrecomplicité face aux sévérités d'un père opposant une rigoureuse discipline àl'insolence de leur génie. Mais Nannerl, l'aînée, est vite rattrapée par les obligations imposées auxjeunes filles de son temps. Et devra étouffer ses aspirations, taire sesprodigieuses facultés et s'effacer devant Wolfgang, ressentant tout à tourranc½ur; jalousie et admiration pour ce petit frère, objet de tous les soins.Elle ne gardera rien de ses propres compositions, brûlera ses partitions et ne laissera à la postérité que quelques lettres, témoignage d'un talent sacrifié.
La Soeur de Mozart Rita Charbonnier . Points Seuil n° PI 696, 399 pp.
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
26 mai 2007
vive la vie
c'est comme crier "j'aime les crèmes glacées" dans sa maison en flammes."
Lu hier, quelque part
le passage du temps
Kebir M. Ammi. Le ciel sans détours. Gallimard.
Une bien belle réflexion sur le passage du temps...
25 mai 2007
de la fidélité en amitié
Louis Scutenaire.
24 mai 2007
l'ouië fine du malheur
Une blessure écoute toujours plus finement qu'une oreille."
Aaron Appelfeld.
21 mai 2007
acide sulfurique
il leur en fallut le spectacle."
Amélie Nothomb. Acide sulfurique
L'art d'un auteur; mettre des mots sur des sentiments ressentis chaque soir, lors de la découverte des nouvelles su monde.
20 mai 2007
Sagesse du passant lambda.
Entre moka et croissant ce dimanche matin, cette petite phrase anodine me revient, avec une pensée amicale pour Philippe qui doit se trouver dans le Thalys le ramenant d'Annecy. J'imagine le retour sur terre après une semaine stimulante de formation Balint, l'esprit enchanté par la multiplicité de la relation patient-médecin, un zeste d'introspection et une interprétation enrichie des multiples signes cachés de nos mots, gestes et et regards.
Je l'imagine découvrant son courrier de huit jours, parsemé de demandes triviales de renouvellement de prescription urgente, de dispense à l'obligation de vote et de certificats pour la natation: le beau métier de médecin, sur la terre comme au ciel.
17 mai 2007
Qui aime les bêtes aime les hommes
"Dans un courrier adressé le 18 avril 2007 au président de l’association Stéphane Lamart pour la défense des droits des animaux, le candidat Nicolas Sarkozy écrit : «[…]On estime que 100 000 animaux entrent de manière illégale sur notre territoire. Cette réalité confirme la nécessité de mieux encadrer le commerce des animaux de compagnie. […] Sans doute faut-il également rendre obligatoire la stérilisation des animaux dans les refuges avant leur adoption. […]»
16 mai 2007
Il empêche de naître
Au dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.
Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la sue d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître".
Alexis de Toqueville (1805-1859). De la démocratie en Amérique, "Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre"
13 mai 2007
La fête, le lendemain
Alain Fournier. Le grand Meaulnes
Bon vent à Anne Cathérine et Quentin sur la route prometteuse d'une existence partagée. La fête fut belle, rappelant par certains accents les plus beaux textes d'Alain Fournier.
Qu'elle soit à l'image de votre vie
CV
11 mai 2007
Eloge du silence
Je te dirai qui tu es."
Exergue du Petit Silence illustré, édité en 1955 par Jacques Sternberg (7 numéros) et remplacé ensuite par le journal satirique Hara Kiri.
10 mai 2007
Les mots qu'on murmure et ceux qu'on profère
J.M.G. Le Clezio. Ballaciner. Nrf. Gallimard. 2007.
Neologisme poétique créé par Le Clezion pour exprimer son amour du cinéma, associant ballade et ciné, il fait partie de ces mots friandises qu'on se répète pour le simple plaisir. Rien de commun avec "bavasser", que je ne connaissais guère non plus jusqu'il y a deux semaines, avant qu'un futur président français ne l'utilise avec rage ("Il y en a qui sont dans un grand hôtel à bavasser ensemble, moi, mon hôtel, c'est ici."
Curieux: tant de voyelles et de consonnes communes entre ces deux verbes, positionnés pourtant aux antipodes l'un de l'autre. Ce sont les lèvres qui font les mots.
09 mai 2007
Sagesse du silence
Wittgenstein. Tractatus logico-philosophicus
Il ne se paiera pas de mots: après la sortie de son ouvrage, il gardera le silence pendant huit ans, abandonnant Cambridge pour devenir assistant jardinier dans un monastère près de Vienne.
08 mai 2007
Sagesse de l'inconnu
il faut emprunter des chemins qu'on ne connaît pas."
Saint Augustin, cité par Pierre Bartholomé.
05 mai 2007
le goût de la chouquette
J'ouvrais le sac sans ménagement, je tirais sur le plastique et agrandissais ensuite grossièrement le trou que mon impatience y avait formé. Je plongeais la main dans le sac, je n'aimais pas le contact gluant du sucre déposé sur les parois par la condensation de la vapeur. Je détachais précautionneusement une chouquette de ses congénères, je la portais religieusement à ma bouche et je l'engloutissais en fermant les yeux. On a beaucoup écrit sur la première bouchée, la deuxième et la troisième. On a dit beaucoup de choses justes à ce sujet. Toutes sont vraies. Mais elles n'atteignent pas, et de très loin, l'ineffable de cette sensation-là, de l'effleurement puis du broyage de la pâte humide dans une bouche devenue orgasmique. Le sucre imbibé d'eau ne croquait pas: il cristallisait sous la dent, ses particules se dissociaient sans heurt, harmonieusement, les mâchoires ne le cassaient pas, elles l'éparpillaient en douceur, dans un indicible ballet fondant et croustillant.
La chouquette adhérait aux muqueuses les plus intimes de mon palais, sa mollesse sensuelle épousait mes joues, son élasticité indécente la compactait immédiatement en une pâte homogène et onctueuse que la douceur du sucre rehaussait d'une pointe de perfection. Je l'avalais rapidement, parce qu'il y en avait encore dix-neuf autres à connaître. Seules les dernières seraient mâchées et remâchées avec le désespoir de la fin imminente.
Je me consolais en songeant à la dernière offrande de ce sachet divin: les cristaux de sucre déposés tout au fond, en souffrance d'un chou auquel s'agripper, et dont je fourrerais les dernières petites sphères magiques, avec mes doigts poisseux, pour terminer le festin d'une explosion sucrée."
Muriel Barbery. Une gourmandise. (6)
On termine. au terme d'une quête éperdue, arrivé en fin de vie, notre critique gastronome retrouve inopinément la saveur perdue qu'il traquait afin d'en savourer la sensation une dernière fois avant de mourir. On l'aura deviné, comme dans Proust, elle l'amène aux années sauvages de ses quinze ans, sur le chemin du retour de l'école, insouciant et avide de tout. Le goût de la chouquette...
Pour ceux qui ignorent comment se prépare une bonne chouquette, la page de Wikipedia qui lui est consacrée lèvera les incertitudes: http://fr.wikipedia.org/wiki/Chouquette
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04 mai 2007
Sagesse du dimanche matin
Muriel Barbery . Une friandise. (5)
03 mai 2007
Le pain quotidien
À l'intersection de la croûte et de la mie, en revanche, c'est un moulin qui prend forme sous notre regard intérieur; la poussière de blé vole autour de la meule, l'air est infesté de poudre volatile; et de nouveau changement de tableau, parce que le palais vient d'épouser la mousse alvéolée libérée de son carcan et que le travail des mâchoires peut commencer. C’est bien du pain et pourtant ça se mange comme du gâteau ; mais à la différence de la pâtisserie, ou même de la viennoiserie, mâcher le pain aboutit à un résultat surprenant, à un résultat... gluant. Il faut que la boule de mie mâchée et remâchée finisse par s'agglomérer en une masse gluante et sans espace par où l'air puisse s'infiltrer; le pain glue, oui, parfaitement, il glue. Qui n'a jamais osé malaxer longuement de ses dents, de sa langue, de son palais et de ses joues le cœur du pain n'a jamais tressailli de ressentir en lui l'ardeur jubilatoire du visqueux. Cc n'est plus ni pain, ni mie, ni gâteau que nous mastiquons alors, c'est un semblant de nous-mêmes, de ce que doit être le goût de nos tissus intimes, que nous pétrissons ainsi de nos bouches expérimentées où la salive et la levure se mêlent en une fraternité ambiguë."
Muriel Barbery . Une gourmandise (4)
30 avril 2007
Ah les beaux jours !
Muriel Barbery. Une gourmandise (3)
La recherche éperdue d'une saveur peut passer par les souvenirs olfactifs. Ce n'est pas Proust qui me contredira. Par le goût du miel associé au parfum du tilleul. Laissez-vous bercer 3 à 4 minutes par un moment de bonheur pur.
"Aux heures les plus chaudes de l'été, son ombrage importun offrait la plus odorante des tonnelles. Je m'asseyais sur le petit banc de bois vermoulu, contre le tronc, et j'aspirais à grandes goulées avides l'odeur de miel pur et velouté qui s'échappait de ses fleurs d'or pâle. Un tilleul qui embaume dans la fin du jour, c'est un ravissement qui s'imprime en nous de manière indélébile et, au creux de notre joie d'exister, trace un sillon de bonheur que la douceur d'un soir de juillet à elle seule ne saurait expliquer. A humer à pleins poumons, dans mon souvenir, un parfum qui n'a plus effleuré mes narines depuis longtemps déjà, j'ai compris enfin ce qui en faisait l'arôme; c'est la connivence du miel et de l'odeur si particulière qu'ont les feuilles des arbres, lorsqu'il a fait chaud longtemps et qu'elles sont empreintes de la poussière des beaux jours, qui provoque ce sentiment, absurde mais sublime, que nous buvons dans l'air un concentré de l'été.
Ah, les beaux jours! Le corps libre des entraves de l'hiver éprouve enfin la caresse de la brise sur sa peau nue, offerte au monde auquel elle s'ouvre démesurément dans l'extase d'une liberté retrouvée... Dans l'air immobile, saturé du bourdonnement d'insectes invisibles, le temps s'est arrêté... Les peupliers, le long des chemins de halage, chantent aux alizés une mélodie de bruissements verdoyants, entre lumière et ombre chatoyante... Une cathédrale, oui, une cathédrale de verdure éclaboussée de soleil m'environne de sa beauté immédiate et claire...
29 avril 2007
Le souvenir de l'odeur des sardines grillées
Une fois dans le mois, mon grand-père prenait au petit déjeuner une mine sévère et solennelle, se levait sans un mot et partait seul vers la criée. Nous savions alors que c'était LE jour. Une heure plus tard, mon grand-père revenait du port avec une énorme caisse qui sentait la marée. Lorsque à une heure nous rentrions de bains pris distraitement, dans l'attente éperdue du déjeuner, nous humions déjà à l'angle de la rue l'odeur céleste. J'en aurais sangloté de bonheur. Les sardines grillées embaumaient tout le quartier de leur fumet océanique et cendré. (..)
Dire de cette chair qu'elle est fine, que son goût est subtil et expansif à la fois, qu'elle excite les gencives, à mi-chemin entre la force et la douceur, dire que l'amertume légère de la peau grillée alliée à l'extrême onctuosité des tissus serrés, solidaires et puissants qui emplissent la bouche d'une saveur d'ailleurs fait de la sardine grillée une apothéose culinaire, c'est tout au plus évoquer la vertu dormitive de l'opium."
Muriel Barbery . Une gourmandise (2)
Faut-il préciser que cette partie de l'essai traite des vacances d'été chez les grands-parents de notre critique gastronomique, qui y apprend le métier de la plus belle manière, "grands-parents qui nous aimaient à leur manière: sans partage."
27 avril 2007
sagesse des livres non lus
Muriel Barbery. Une gourmandise.
C'est l'histoire simple d'un critique gastronome réputé, en fin d'existence. Il est à la recherche d'une saveur, anciennement rencontrée, source d'un plaisir intense qu'il aimerait revivre une fois au moins avant de mourir. Sa quête le mène de lieux de bouche renommés en restaurants qu'il a visités jadis pour son travail. Ce soir , il nous fait découvrir les charmes subtils de la cuisine japonaise, belle allégorie de l'existence humaine: on met tant de temps à découvrir ce qui en nous est le lieu du meilleur, qu'on ne partagera qu'en de rares circonstances. Encore faut-il le découvrir, comme le suggère Françoise Houdart dans son dernier roman (Bastida) "Que faire de ce que nous ignorions de nous-mêmes quand nous le découvrons?"
Si nous faisions un expérience? Je suis sous le charme du magistral essai de Pierre Bayard "Comment parler des livres qu'on n'a pas lus?" En cinq billets, une petite semaine, je vous ferai découvrir le roman de Muriel Barbery "Une gourmandise": vous pourrez en parler avec d'autres qui eux non plus ne l'ont pas lu avec une maîtrise rare.
26 avril 2007
sagesse de l'amour
Francis Dannemark. Une fraction d'éternité.
24 avril 2007
Silence à Gaillardbois
Henri Bauchau. Le Présent d'incertitude.
20 avril 2007
19 avril 2007
Indépendance d'esprit
Oscar Wilde
17 avril 2007
16 avril 2007
15 avril 2007
13 avril 2007
12 avril 2007
« Dans le mot "seul" il y a quatre lettres, quatre définitions de la solitude.
S comme solitaire, c'est-à-dire seul par goût de la solitude,
E comme esseulé, c'est-à-dire seul parce qu'abandonné des autres,
U comme unique, seul de son espèce et enfin
L comme libre, c'est-à-dire seul à décider.
Les Anglais ont quatre mots: lone, alone, lonely et lonesome.
Chacun a sa propre définition de la solitude. »
C.Nys Mazure. Sans y toucher.
09 avril 2007
Du paradoxe du Win-Win
Jean Claude Liaudet. Le complexe d'Ubu ou la Névrose libérale.
07 avril 2007
La célébration des oiseaux
Arrivée avec Danièle et Jean-Pierre au gîte rural de Bacqueville. Petite maison ancienne restaurée et aménagée selon le confort actuel. Ensemble agréable, un petit jardin, un pré avec deux poneys sympathiques et poilus. Journée de Pâques en Normandie. J'aurais voulu me trouver un moment à une messe de Pâques comme autrefois ou au moins dans une église. Le sort en a disposé autrement. Je me suis fortement : cogné au coin d'une table basse en verre. Pendant que Danièle et Jean-Pierre allaient chercher dans une pharmacie de quoi me soigner, je voulais donner un peu de pain et de sucre aux poneys. J'ai très vite senti qu'il me fallait renoncer à la promenade. Je me suis assis bien couvert dans les terribles fauteuils en plastique blanc d'aujourd'hui et j'ai écouté le chant des oiseaux. Je m'avise en écrivant que, sans me le formuler alors, j'ai passé ainsi une heure dans l'église des oiseaux. Elle existe toujours et la parade amoureuse du petit peuple ailé est toujours aussi alerte, toutes les forces de ces corps vifs et menus tendus à l'extrême par le chant. Pourtant, très vite ils s'envolent pour se poser ailleurs donnant une impression d'aisance, de vivacité, à l'opposé de l'effort que semble faire entendre l'acuité de leur chant. Ainsi j'ai passé un long moment à les entendre, à tenter de les voir, de les reconnaître. Moment non pas de bonheur mais moment de présence. D'un côté le moi, un peu douloureux, appesanti et de l'autre quelque chose qui m'habitait, qui produisait en moi quelque vivace équivalence des chants que ma demi-surdité ne capte plus dans leur naturelle innocence. Sans ailes bien sûr, toujours sans ailes, j'ai pris part à la célébration des oiseaux.
Henry Bauchau . Le présent d'incertitude.
Je vous souhaite une bonne fête de Pâques
CV.
Nos quatre dromadaires
Don Pedro d'Alfaroubeira
Connut le monde et l'admira
Il fit ce que je voudrais faire
Si j'avais quatre dromadaires"
Guillaume Apollinaire
Curieuse phrase que chacun habillera à sa mode. Nos quatre dromadaires manquants nous sont propres, et leur absence porte des noms différents: peur du lâcher prise, douillet confort d'existence, besoin de sécurité , piètre image de soi, prescience de l'échec de toute chose engagée.
06 avril 2007
adieu l'artiste
Christiane Singer
Christiane Singer vient de décéder d'un cancer, à l'âge de 64 ans, Elle raconte son dernier combat dans un livre qui devrait paraître la semaine prochaine. Belle manière de dire au revoir à ceux qui l'ont appréciée.
Bonnes fêtes de Pâques.
05 avril 2007
Les yeux
Amedeo Modigliani.
02 avril 2007
Amour et connaissance de l'autre
Alain Braconnier . Les filles et les pères. Ed. Odile Jacob. 2007
Vivre j'aime ce métier
Jean-Paul Kauffmann. La maison du retour. Nil Ed. 2007
On se souvient avec émotion de l'otage de Beyrouth (1985-1988), grand reporter au Matin de Paris et à l'Evenement du Jeudi, compagnon d'infortune de Michel Seurat (qui décédera en captivité). Antenne 2 s'était associée à l'époque au mouvement contre l'oubli en rappelant quotidiennement leur détention en ouverture de journal durant trois ans. L'ex-otage a pansé ses plaies et raconte son retour difficile à la vie dans la maison landaise achetée à son retour. "Vivre, j'aime ce métier", confie-t-il, mêm si "pour renaître, il faut d'abord mourir."
28 mars 2007
fenêtres sur la terre
fenêtres ouvertes sur la terre."
M. Jourdan. Journal du réel gravé sur un baton
24 mars 2007
vue sur le présent
Antonio Porchia . Voices.
21 mars 2007
tant va la source à la mer
qui fait modestement son travail de source
mais va rejoindre
par de longs chemins
l'océan Atlantique."
Un bruit très bas
Claude Roy
Un autre monde
Arundhati Roy
Interview, Le Monde, 18 janvier 2004
Quarante huit heures après l'avoir découvert, je demeure sous la forteimpression du dernier film de Marion Hansel "Si le vent soulève les sables". La superbe et dramatique odyssée d'une famille africaine à la recherche de l'eau, qui a déserté son village. Par-delà de cette quête, c'est tout le destin humain qui transparaît en filigrane: l'existence, ses choix qui sont autant de risque, la fragilité de l'être humain, et sa force. Un superbe acte de foi dans l'avenir.
18 mars 2007
17 mars 2007
Cézanne peint
contiennent la même quantité de merveilles."
C Bobin
14 mars 2007
Heureux qui comme Ulysse
Ici même, vous en souvenez-vous ?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C'est là que j'ai compris, tout à coup,
J'avais fini mon voyage,
Et j'ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous."
Aline et Benoît reviennent ce matin.
Le périple fut long et notre bonheur de les revoir immense.
de la tiédeur
Nietzsche, cité par Ziegler (L'empire de la honte , Fayard 2005)
12 mars 2007
11 mars 2007
Le monde appartient aux créatifs
Soyez créatifs.
10 mars 2007
08 mars 2007
SUR UNE TOMBE AU BORD DU RIVAGE
Soyez remerciés, mais mon sort est amer.
Devrai-je entendre, à tout jamais, gronder la mer ? "
Posidippus, 3ème siècle avant notre ère.
Repris par Marguerite Yourcenat dans La Couronne et la Lyre.
Sagesse des jardins japonais
Où qu'on soit, on peut y distinguer la rivière, ou le ciel au travers de la cîme des arbres, ou la solidité des rochers et du sable propices au repos. D'aucun endroit on ne peut embrasser les trois à la fois: eau, ciel, pierre. On ne peut à la fois allier la progression du mouvement et la stabilité du repos sur le rocher, la progression vers l'inconnu et la légèreté de l'âme qui regarde le ciel et prie, la stabilité du roc qui réconforte et l'appel du ciel qui nous incite à nous élever.
Notre vie est recherche permanente d'équilibre."
07 mars 2007
Simulacres
Jean Baudrillard. Simulacres et simulations.
05 mars 2007
paroles de silence
Jean Claude Guillebaud. La tyrannie du plaisir. Seuil 1998.
04 mars 2007
Clouds
LE GUIDE DU CHASSEUR DE NUAGES. The Cloudspotter's Guide. Gavin Pretor-Pinney. JC Lattès, 320 p., 19 ¤.
Eloge des nuages et de ceux qui les aiment: pas de bonheur sans nuages. La formule pourrait prêter à confusion, être prise dans un sens pessimiste. On entendrait qu'il n'existe aucun vrai bon moment durable et complet, dépourvu d'ombre ou de perturbation. Des obstacles obscurciraient toujours les instants lumineux. Ce serait un total malentendu. Il faut comprendre, au contraire, que les nuages sont tout bonnement la condition d'une existence heureuse. Les vrais nuages, évidemment, grands troupeaux de vapeur d'eau que l'on contemple, dans leur diversité infinie, sous toutes les latitudes.Plaisir des nuées, hautes ou basses, lourdes ou légères, opaques ou diaphanes, bombées ou lisses, unies ou contrastées, immobiles ou fugaces, ces formes imprévisibles offrent matière à découvertes, extases et contemplations sans fin. Il y a des nuages à profusion à peu près partout. Quelques malheureux déserts mis à part, on en trouve toute l'année d'un bout à l'autre du globe. Collectionneurs de stratus en couleurs? Adhérez à la Cloud Appreciation Society (www.cloudappreciationsociety.org) où 2 000 amoureux s'échangent leurs plus beaux clichés, lectures et anecdotes. Ces nimbophiles répartis sur les cinq continents ne sont pas tous, et de loin, climatologues ou physiciens. Juste des gens que réjouit la contemplation des nuées.
ROGER-POL DROIT (Le Monde des Livres du 1er mars 2007)
03 mars 2007
Le temps qui passe
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus"
Barbara. Dis, quand reviendras-tu.
Nouvelles du ciel
02 mars 2007
soi et différence
Paul Valéry. Cahiers
28 février 2007
sagesse de Guillevic
Recueille encore.
Tout s'oubliera,
Sauf cette attente
Qui fut comblée."
Guillevic.
27 février 2007
Sagesse de l'oubli
Maurice Chapelan
sagesse du voyage
Que toujours te déplaise ce que tu es pour parvenir à ce que tu n'es pas
encore.
Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours. "
Saint Augustin. La Cité de Dieu.
24 février 2007
sagesse de Bukowski
«Toi, tu es laid, et tu ne connais pas ta chance :
au moins, si on t'aime, c'est pour une autre raison.»
Charles Bukowski. Contes de la folie ordinaire
Vérité côté pile côté face
"L'hirondelle est sûre que la journée commence au lever du soleil.
La chauve-souris est sûre que la journée commence au coucher su soleil.
Elles sont dans le vrai toutes les deux. "
Claude Roy. L'ami qui venait de l'an mil.
23 février 2007
Les p'tits papiers
"Qu'est-ce qu'on peut acheter chez vous pour remplacer la colombe en porceleine de maman?."
Lettre d'enfant déposée à l'atelier de Picasso , rue des Grands-Augustins (Paris), reprise par Pierre Assouline dans son dernier ouvrage (Rosebud).
Pareille innocence touche, et on ne connaît pas la réponse du Maître. On minimise l'importance des petits papiers. J'en ai trouvé deux dans les escaliers, cet après-midi de consultation. Je demeurais sur l'impression d'un couple d'âge mûr dont le mari mène un rude combat, épuisant, contre les TOCs.
Longue écoute de ce bagne quotidien, jour et nuit. Une demi-heure perdue parmi tant d'autres, affections et troubles divers au stade soit débutant, soit bien installé, soit chronicisé, soit en rechute. Un pied livide et froid, brutalement cette nuit, n'autorisant plus plus 25 mètres sans s'arrêter. Je convainc le patient de se laisser reconduire chez lui et l'emmène.
Du sang noir dans les selles, depuis ce matin. Un malaise abdominal sévère hier chez un cadre financier récemment promu; il ne dort plus depuis. Un jeune belge d'origine maghrebine qui m'explique les difficultés d'insertion professionnelle qu'on rencontre quand on est épileptique et que par malheur une crise vous surprend sur les lieux de travail. Une nouvelle grand mère, atteinte de coeliaquie, vient se renseigner sur les risques héréditaires de son affection.
On arrête ici, ce ne sont pourtant que quelques pépites volées à la journée d'un modeste médecin de famille, qui ramasse à mains nues les plaintes comme les petits mineurs de cuivre au Congo. Et soudain, on y revient, deux modestes cartons de remerciements dans les escaliers, avec une attention inattendue. L'un des deux signale sa guérison après deux ans et demi de dépression, l'enfer existe sur la terre, et a ramené des produits du soleil d'une région lumineuse du sud de la France. L'autre me surprend par son caractère inattendu, gratuit, de la gentillesse pure.
Magie des petits mots grifonnés à la hâte, avec les paroles du coeur. D'un seul coup, le soleil illumine la maison de l'intérieur, rappelant même si on en doute parfois que toute plaie n'est pas mortelle, que toute douleur n'est pas maladie, qu'aucune solitude n'est définitive.
Promis, demain je fais un petit mot, au moins un.
22 février 2007
11 février 2007
Le roman de la Terre
"Colomb a terminé le roman de la Terre, il ne reste aucun nouveau monde à l'humanité."
Hermann Melville
08 février 2007
Sagesse de Paul Valéry
« Tout ce qui est simple est faux, mais tout ce qui ne l'est pas est inutilisable. »
Paul Valéry
sagesse de Teilhard de Chardin
"Ce n'est pas tant (quoi qu'il paraisse) de la quantité de nos réserves économiques, mais bien plutôt de l'intensité de nos puissances réflexives et affectives que dépendent, en fin de compte, le succès ou l'échec ultime de l'humanité."
Pierre Teilhard de Chardin.
05 février 2007
Désirs des parents et homme orchestre
"Je suis son fils, parce que j'ai hérité de ses désirs."
Erri de Luca, en parlant de son père Aldo dans "Sur la trace de Nives", Gallimard. 2007
Jours étanges, quand nos enfants quittent la maison familiale pour parcourir les routes du monde à la recherche de leur propre voie.
On les imagine en hommes-orchestre, jouant de concert l'orgue de Barbarie, la flûte et la guimbarde. L'orgue qui déroule mécaniquement ses superbes cartons préenregistrés comme l'est notre patrimoine génétique, la flute pour interpréter de manière plus ou moins personnelle les partitions antérieures (l'héritage des désirs de nos parents, des maîtres, des êtres chers qui nous ont précédés sur la route), la guimbarde pour jouer à tue-tête sa petite musique personnelle, intime, qui ne préexiste nulle part, qui crée une mélodie inédite à chaque jour neuf que la vie nous donne.
Aucune ne domine l'autre, mais je ne suis pas loin de croire que la réussite d'une vie tient à l'équilibre de ces trois instruments.
04 février 2007
du passé simple au passé recomposé
"Le souvenir redonne une possibilité au passé."
Giorgio Agamben (né en 1942, philosophe italien contemporain)
03 février 2007
God morning, little boy
"Je lui dirai qu'il est né de l'amour
Que nous l'attendions passionnément
Que chaque nuit s'efface au nouveau jour
Qu'il sera grand mais qu'il a bien le temps
Oh dieu qu'il a bien le temps
Et que la vie l'appelle que le monde l'attend
Que la terre est si belle et le ciel est si grand
Qu'il est beau, que je l'aime, qu'il est ma vie, ma joie
Qu'il est un parmi des millions d'humains
Mais bien l'unique pour moi
Je lui dirai qu'ici bas tout s'apprend
Le bien le mal et même le bonheur
Qu'il ne perde jamais ses yeux d'enfant
Devant trop de malheurs et de laideur
Qu'il regarde avec son coeur
Je lui dirai d'être sage et prudent
D'aller frôler les glaces et les feux
Qu'il goûte à tout mais sans jamais dépendre
Que trop peut être pire que trop peu
Oh bien pire que trop peu
Et que la vie l'appelle que le monde l'attend
Que la terre est si belle et le ciel est si grand
Qu'il est beau, que je l'aime, qu'il est ma vie, ma joie
Qu'il est un parmi des millions d'humains
Mais bien l'unique pour moi
Je lui dirai les chansons les poèmes
Qu'il n'y a pas d'amour sans histoire
Que le bonheur est un grain que l'on sème
Qu'amour et santé ne s'achètent pas
Et qu'on n'est riche que de ça."
C'est un de ces soirs où le médecin étonné dépose sa trousse, le temps de l'accueillir d'une phrase étonnée : "Tu es déjà là, toi!"
Un soir pour se demander où sont passées toutes ces années, avec l'impression tenace de passer le relais, "vas-y, petit, c'est à toi maintenant."
En sourdine, j'écoute pour la dixième fois en chaîne cette ballade ensorcelante au rude accent québecquois de l'amie Céline et me dis qu'il n'est de plus belle manière de lui souhaiter la bienvenue.
Se bousculent dans ma tête des dizaines d'image de gosses turbulents, les miens, de chutes à vélo, de coups de pieds perdus, d'arcs à flèche, de plaines de jeux urbaines où nous nous réfugions à la recherche d'hypothétiques espaces verts les dimanches matins, bonheurs paisibles d'enfants s'amusant de tout et surtout de rien.
Et brutalement, comme au réveil d'un rêve, un de ces bambins tient lui-même un petit bout de chair tout frèle dans ses bras à lui, le nourrit, l'habille mieux que je ne le fis jamais. On s'aperçoit à ce moment-là que, contrairement à tout ce qui se dit et se lit, l'humanité progresse.
Et que les paroles du chant sonnent bien juste.
CV
02 février 2007
sagesse des îles Hébrides
"Les îles Hébrides,
où on laisse passer le temps qu'il fait,
où on laisse faire le temps qui passe. "
Ushuia. vendredi soir 2.2.07
01 février 2007
La nature du silence
"Les paroles qu'on refuse d'écouter et celles qu'on renonce à prononcer sont plus silencieuses que le silence.
Elles renforcent la solitude, creusent le vide et tombent dans un gouffre sans fond, où elles n'éveillent aucun écho."
Marcel Jouhandeau. Nouveau Testament, Journaliers XII, Editions Gallimard, 1968, page 112
31 janvier 2007
29 janvier 2007
L'imparfait du présent
"La nature devient plus ce qu'on invente que ce qu'on explore."
François Dagognet.
L'être humain est en voie d'instrumentaliser sa planète, agité lui-même par une espèce de mouvement perpétuel qu'il a élargi au transport de biens.
Subtilement associée à la notion de progrès, le mouvement s'est imposé à notre manière de concevoir l'existence, ce quelque chose qui "avance" de la naissance à la mort.
Il n'y aura bientôt plus, selon l'expression de Finkielkaut, d'endroit sur terre où le vrombissement de l'homme ne soit perceptible en permanence.
(L'imparfait du présent. Alain Finkielkaut.)
28 janvier 2007
sagesse de Scutenaire
"L'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire".
Louis Scutenaire
27 janvier 2007
L'art , facette de la mémoire
L'art est le seul substitut de l'expérience que nous n'avons pas pu acquérir.
Georges Semprun
Si le témoignage et la mémoire semblent limités dans leurs capacités à transmettre la réalité existentielle dune expérience personnelle, il subsiste un complément efficient : lart et plus précisément la littérature.
Si les tableaux de Zoran Muzic ont la froideur et le pathétique dune représentation fidèle de lhorreur des camps, les livres de Primo Levi ont cette capacité à décrire, à raconter puis à introduire le lecteur dans cet univers, a priori, indicible.
Lart comme objectivation de nos sentiments, de nos émotions, comme miroir de lâme ou du corps, évoque avec plus dauthenticité ce que le discours peine à exprimer.
26 janvier 2007
Borgès et l'oubli
"La mémoire choisit ce qu'elle oublie."
Borgès
Je crois déjà avoir partagé cette courte affirmation du grand Borgès. Je la trouve plus belle que jamais.
La faculté d'oubli n'est-elle pas la première condition du bonheur, et de notre survie?
Infernale doit être l'existence de celui qui se souvient de tout.
25 janvier 2007
Danger et fragilité
"C'est le rôle de l'avenir que d'être dangereux."
Whitehead
Notre troisième fils et son épouse préparent la venue de leur premier bébé dans les jours qui viennent. Quitter la tiédeur et le sentiment de sécurité absolue procurées par le sein maternel est une bien cruelle épreuve, indispensable pourtant pour connaître des joies encore bien plus grandes que tout ce qu'il peut imaginer.
Oui, l'avenir est dangereux. Le seul rempart qu'on puisse y opposer est cette petite chose frèle; d'autres humains, apparus plus tôt que ce bébé, et qui vont lui baliser la route.
24 janvier 2007
sagesse de Claude Monet
"J'ai cherché la perfection ,
et j'ai détruit ce qui allait bien."
Claude Monet
Faveur du grand âge
"Seul privilège du grand âge: on peut ne plus parler à mots couverts. Dire ce qu'on pense vraiment ne tire plus à conséquence.
Mais on ne vous écoute plus."
JC Brisville. Quartiers d'hiver. Ed du Fallois. 2006
22 janvier 2007
tant qu'il y aura des îles
"Pourquoi sommes-nous donc à ce point gagnés par le bien-être dès que nous abordons et séjournons, ne fût-ce que pour quelques heures, dans les îles?
Ossip Mandelstam déclare, dans Le Sceau égyptien, que c'est parce qu'il ne s'y ouvre que des chemins courts et limités qui n'offrent plus «l'infini de leur liberté négative» !
Il est vrai que nous n'y sommes plus perpétuellement tenaillés par l'anxiété des choix comme c'est le cas aux différents carrefours du vaste monde ...
Il semble, en effet, que cette exaltation microcosmique nous saisisse dès l'instant où nous posons le pied sur ces «bouts du monde» repliés sur eux-mêmes, ces monades géographiques. Nous redécouvrons, oubliés depuis l'enfance, les multiples et riches ressources de l'immédiat, les trésors anciennement enfouis de nous¬mêmes, des dimensions à nos mesures.
En bref, nous renouons avec cette évidence que bien souvent l'existence gagne à se restreindre!"
Petit traité de la désinvolture . Denis Grozdanovitch.
21 janvier 2007
éloge de la lenteur
Vroeg rijp, vroeg rot, vroeg wijs, vroeg zot.
(Maturité précoce, détérioration hâtive, précoce sagesse, hâtive sottise)
Sagesse des proverbes flamands
20 janvier 2007
le puzzle d'une vie
"Puzzle
Combien de vies dans une vie?
C'est comme demander combien de pièces dans un puzzle, dit-il.
L'un en compte douze, l'autre douze fois plus,
il en faudra mille ici, là quarante.
Et chemin faisant,
on comprend que chacun aura
très exactement le temps
de compléter le sien,
et que le nombre de pièces n'aura rien signifié,
et que le temps lui-même,
cent ans, dix secondes,
n'aura jamais été qu'un instant,
une fabuleuse fraction d'éternité. "
Francis Dannemark. Une fraction d'éternité. Le Castor Astral. 2005
17 janvier 2007
L'légance du hérisson
"En pensant à ça, ce soir, le c½ur et l'estomac en marmelade,
je me dis que finalement, c'est peut-être ça la vie:
beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté
où le temps n'est plus le même.
C'est comme si les notes de musique
faisaient un genre de parenthèses dans le temps,
de suspension,
un ailleurs ici même,
un toujours dans le jamais.
Oui, c'est ça, un toujours dans le jamais."
Muriel Barbery. L'élégance du hérisson. NRF 2006
.
13 janvier 2007
conversation asynchrone
« Ne t'entête pas à rechercher la vérité,
cesse simplement de t'accrocher à tes opinions. »
Jack KORNFJELD
Je retrouve cette phrase en relisant le dernier livre de Francis Dannemark (Une fraction d'éternité), qui m'enchante tant et plus.
Me reviennent les Rubayat (Quatrains) d'Omar Khayyam, né il y 1000 ans. Ces deux-là me donnent l'air de converser paisiblement ensemble.
"Contente-toi de savoir que tout est mystère :
la création du monde et la tienne,
la destinée du monde et la tienne.
Souris à ces mystères comme à un danger que tu mépriserais.
Ne crois pas que tu sauras quelque chose
quand tu auras franchi la porte de la Mort."
Pluie et lumière
"Ce qu'il faut vivre avant de mourir,
c'est une pluie battante qui se transforme en lumière ."
Muriel Barbery. L'élégance du hérisson. NRF 2006.
Soyez aux aguets : on annonce de la pluie battante ce week end.
12 janvier 2007
10 janvier 2007
Une dentelle d'ombre
"Le soleil, traversant le rideau de la cuisine de ma mère, en détache une dentelle d'ombre finement vibrante qu'il accroche au mur. La fin du jour décroche sans état d'âme le pur chef-d' ½uvre."
Christian Bobin. Une bibliothèque de nuages. 2006
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
08 janvier 2007
Une histoire de homard ayant perdu sa carapace en chemin
"On se défait d'une névrose, on ne se guérit pas de soi."
Coché et souligné par Paul Celan dans son exemplaire de "Les Mots" de JP Sartre. Pénétrer dans la bibliothèque d'un autre peut être indiscret, surtout s'il est décédé. Comme le disait Sartre, cela revient à feuilleter le mort.
La galette des Rois signe bien la fin de la trève. A gros goulots, la vie et ses masques grimaçants à la Ensor a reconquis la salle d'attente. On sourit parfois, comme à l'histoire de ce réveillon gâché par la découverte d'une carapace de homard totalement vide dans son assiette. Infortuné convive, dont le chemin croisa la route d'un homard buissonnier ayant décidé de mettre la phrase de Sartre en application en se débarrassant in extenso de sa carapace qu'il pend au clou. J'imagine le homard , nu comme un ver, recommençant sa vie et se riant du bon tour qu'il vient de jouer aux pêcheurs et aux traiteurs.
D'autres récits de tranches de vie survenus ces derniers jours font moins sourire: le jus de l'existence quotidienne possède un goût bien amer pour certains, et certains décors de cauchemars peints par Bosch ou Goya sont pipi de chat comparés à ce d'aucuns vivent dans la "réelle réalité" durant ce qu'on persiste à nommer "les fêtes". En raconter les détails serait à la fois cruel et indiscret, mais expliquerait pourquoi ce soir j'ai le bourdon en tête et une vague nausée au coeur. Non, la vie ne possède pas la même saveur pour tous, et que l'homme fût le meilleur artisan possible de son propre malheur dans bien des cas n'ôte rien à ce constat: dans la galette du prince partagée ce samedi, certains ne sont pas nés pour croquer la fève et j'en connais beaucoup qui aimeraient guérir d'eux-mêmes.
07 janvier 2007
06 janvier 2007
Le Palagui est un animal étrange
"Touiavii, le chef de la tribu de Tiavéa, a observé de près cet être étrange
qu'est le Papalagui et en dresse un portrait plus éclairé que ne pour¬rait le
faire un ethnologue:
- le Papalagui étouffe son corps avec des peaux lourdes et serrées qui le
privent de soleil;
- le Papalagui vit dans des coffres de pierre empilés, séparés par des fentes
bruyantes et gnses;
- le Papalagui est obsédé par le métal rond et le papier lourd qui régissent
toute sa vie;
- le Papalagui a inventé un objet qui compte le temps; depuis il court sans
cesse derrière ...
- Le Papalagui a développé bien d'autres maladies et comportements absurdes ...
Alors le sage Touiavii, qui vit dans les îles Samoa, aimerait bien que son
peuple ne devienne pas comme le Papalagui, ce curieux homme blanc qui vit en
Europe."
Eric Scheuermann. Le Palagui.
04 janvier 2007
les amis, les étoiles
""Good friends are like stars...you don't always see them but you know
they are always there"
"Les bons amis sont comme les étoiles ... on ne les voit pas toujours
mais on sait qu'ils sont toujours là "
auteur inconnu
Une fable thibétaine
Jai regardé au loin.
Jai vu quelque chose qui bougeait.
Je me suis approché.
Jai vu un animal.
Je me suis encore approché.
Jai vu un homme.
Je me suis encore approché.
Jai vu que cétait mon frère.
Fable tibétaine
02 janvier 2007
Le bonheur , essai de définition
"Le bonheur. Ce qu'il n'est pas:
une rémission des revers et un suspens du tragique.
Ce qu'il pourrait être:
un scintillement à l'horizon, ne fut-ce qu'une seule fois,
de la lumière d'un sens pleinement partagé."
Yves Bonnefoy.
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
de la Peinture
"Mon sens de l'ouië
est passé dans celui du toucher,
où il apprend à voir."
De la Peinture. Paul Celan.
31 décembre 2006
Ouvrir toute grande une fenêtre
"Je me serai souvent tenue derrière les fenêtres. L'hiver, avec des enfants encore petits, juchés sur une chaise, appuyant leur bouche au carreau pour y faire fondre le givre. Au printemps, c'était pour suivre le vol d'une hirondelle.
Mais ce que j'aime avant tout c'est ouvrir toute grande une fenêtre. De préférence, sur des arbres ou une prairie. De mes deux poings, pousser les volets sur le printemps revenu. Arbres. Écureuils. Balcons. Cerises aux oreilles des enfants. Ne me quittez pas.
Le jour est revenu. Avec lui, non pas forcément le bonheur ou la joie de vivre. Mais la vie. Simplement la vie. La conscience absolue d'être en vie.
Avec l'aube reviennent les cloches. Le chant d'un coq. L'aboiement d'un chien. On entend la campagne qui s'éveille. Les sons d'une vie bien plus ancienne que la nôtre reviennent à notre mémoire. On entend résonner un marteau sur une enclume. Pourtant, ce bruit n'existe plus, même dans nos villages. Il vient de notre enfance ou d'une autre vie. Mais, dans cette vie-là, j'entends encore le marteau d'un charpentier. Et c'est un son qui me remplit de joie. Je ne sais pas exactement pourquoi. Peut-être parce qu'il me ramène à des gestes simples. Construire. Bâtir. L'opposé de la guerre.
Avec le jour qui se lève, ces bruits que j'aime me donnent du courage. Curieusement, ils produisent du sIlence. Concerto pour le jour qui se lève. "
Françoise Lefèvre. Se perdre avec les ombres. Editions du Rocher 2004.
Ouvrir toute grande la fenêtre d'une année qui commence, c'est tout le bonheur qu'on puisse se souhaiter en ce moment de l'année, où "on porte en soi tous les rêves du monde" comme l'écrivait le poète Alvaro de Campos.
Je vous souhaite sincèrement une bonne année 2007
CV.
Ame contre âme
« Quand les amoureux quittent leurs corps nocturnes,
l'un se pose sur une branche au loin,
l'autre s'accoude à la fenêtre.
L'amour, c'est âme contre âme. »
PASCAL QUlGNARD. Vie secrète. (Gallimard, 1998)
29 décembre 2006
En relisant Goethe
Über allen Gipfeln
Ist Ruh .
ln allen Wipfeln
Spürest Du
Kaum einen Hauch.
Die Vögelein schweigen im Walde.
Warte nur, balde
Ruhest Du auch .
Sur toutes les cimes
Ce n'est que repos.
Au sommet des arbres
A peine si tu sens
Le moindre souffle.
Les oiseaux dans la forêt se taisent.
Patience. Bientôt
Toi aussi tu connaîtras le repos.
Goethe. Über allen Gipfeln
cité par W. Stegner. Vue cavalière.
28 décembre 2006
L'automne à Kyoto
Je suis à Kyoto,
rêvant d'être à Kyoto,
Ô, oiseau du temps!
Le soleil écarlate
ne connaît pas
le froid du vent d'automne,
Un oiseau se baigne
dans l'ombre de l'arbre
sur le lac d'automne,
On envie leur beauté.
Elles sont pourtant mortes
les feuilles d'érable pourpres.
Un chardon gris-bleu
après la pluie d'automne:
ah! bijou très précieux.
Ciel clair et calme.
La fumée du feu d'herbes
monte droit.
Une cloche dans la brume
un faisan dans la montagne,
l'automne, mes cheveux blancs.
Une libellule verte
dans le soleil d'automne.
Elle ne sait pas que c'est la fin.
Automne. Crépuscule.
Faut-il allumer la lampe?
dit une voix.
Je me suis retourné
mais déjà le passant
était voilé de brume.
Sur la grande cloche
quand elle ne sonne pas
dort le dernier papillon.
Le chemin
où ne passe personne
l'ombre d'automne le recouvre
J'arrête mon cheval. J'écoute.
Quelle est cette rivière?
Le vent d'automne dans les arbres.
Un daim au milieu de la mer?
Dans l'étang de la forêt
son reflet pendant qu'il boit.
Je m'en vais, un.
Vous restez, une.
Deux automnes.
Feuilles qui tombent
sur les feuilles.
Pluie qui pleut sur la pluie.
Au galop, des cavaliers
passent dans la nuit:
bourrasque d'automne.
Une branche noire et nue.
Un corbeau noir,
crépuscule d'automne.
Premières bourrasques.
Les feuilles d'érable s'envolent.
La chatte rentre à la maison.
Dans la brume, des pèlerins
revenant du temple en devisant.
Cris des oies sauvages volant vers le sud.
Quand aucun vent n'agite
l'arbre Kiri
une feuille qui tombe, seule.
Cerisiers en fleur, chant du coucou,
pleine lune, érables rouges, pluie, neige - et déjà
l'année est passée.
Claude Roy
Dernier vendredi , dernier week end, et déjà l'année est passée.
Je vous souhaite une bonne fin de semaine
CV.
La vie , comme un tourbillon
"Et pour ce qui est de ta vie, considère ce qu'elle est:
un vent;
et non pas un vent soutenu, mais, à chaque instant d'une heure,
tantôt s'échappant, tantôt aspiré de nouveau ..."
Marc Aurèle.
26 décembre 2006
Le secret et ses mystères
"Ne cherche pas le fin mot d'une énigme: le secret a sa raison d'être.
Qu'il n'y ait pas de réponse à certaines questions devrait multiplier le nombre des gens heureux. "
Robert Pinget.
25 décembre 2006
regard sur le passé
"L'historien est un prophète du passé."
Hegel.
Ma série de misères informatiques se poursuivant, je suis sans ligne Internet
depuis mercredi.
Ceci explique l'interruption de mes pensées entre café et jounal, devenues bien
irrégulières ce mois-ci.
C'est beau la technique, mais vulnérable
Demain cela ira mieux.
Relisant Bède le Vénérable
"La représentation la plus exacte que je connaisse de la vie est proposée par Bède le Vénérable : c'est cet oiseau qui entre dans le hall éclairé, y volette quelques instants , puis ressort dans la nuit."
Wallace Stegner. Vue cavalière.
Bède était moine et érudit anglais, a vécu à cheval sur les VIIème et VIIIème siècle. Toute l'érudition du monde tient parfois en une formule de quelques mots compréhensibles par chacun, et inaltérés d'un siècle à l'autre.
En lisant ceci, nous partageons quelques moments fugaces dans le même hall éclairé, on sait que cela ne durera guère, mais c'était bon tout de même.
Je vous souhaite un joyeux Noël
24 décembre 2006
un avenir de Noël
"Le monde a de lavenir et il nous le prouve."
Couverture de la revue Reporters despoir (novembre 2005)
Des rats dressés à la détection de mines antipersonnel. Une école du week-end pour les enfants des rues brésiliens. Des plastiques biodégradables en un temps record. Des PDG qui conseillent bénévolement les futurs créateurs d'entreprise. Des femmes bosniaques, serbes, croates et kosovares réunies dans un voyage de mémoire commun, à travers l'ex-Yougoslavie. Des filets pour attraper la brume du désert chilien et la transformer en eau ...
Point commun entre ces différentes informations? Montrer que des solutions existent. Y compris à l'échelle de nos existences individuelles.
Je retrouve avec étonnement mon clavier, qui à nouveau communique après une quinzaine de jours d'interruption de ligne Internet aussi mystérieuse qu'inattendue. Personne n'a pu me fournir d'explication sur cette coupure intempestive, de Belgacom à Scarlet, ex-Tiscali, ex-Wanadoo si ce n'est que mystérieusement ma ligne ADSL n'apparaissait plus nulle part. Disparue aussi soudainement que nous disparaîtrons un jour à notre tour, tout cela n'est finalement que bien humain. Tout baigne puisqu'à terme, ceci au moins se répare. J'ai appris en outre ce qu'est un interlocuteur anonyme, officier de call-desks délocalisés, et leurs tempéraments divers. Le dernier fut charmant, compétent, attentif au problème, qu'il en soit remercié.
Une série de phrases lues durant ces quinze jours se sont déjà volatilisées de ma mémoire, "tout ce qui n'est pas donné est perdu" dit le proverbe, tant pis. On savourera d'autant mieux celles qui viennent.
12 décembre 2006
se lever au coucher du soleil
"A quoi servirait un lever de soleil si nous ne nous levions pas? "
Georg Christoph Liechtenberg. Le miroir de l'âme. 1997.
11 décembre 2006
on a changé le sens des poussettes
"Olivier Rey, professeur de mathématique à Polytechnique, chercheur au CNRS, jeune auteur du Seuil, ma fait un jour remarquer un détail emblématique : vers le milieu des années 70, les poussettes ont changé de sens ! Je vous invite à repenser à cela. On est passé des poussettes où lenfant était tourné vers ses parents à des poussettes où lenfant tourne le dos à ses parents et est projeté dans lavenir. Comme si lenfant devait faire son deuil de lhéritage, de la transmission, de la filiation elle-même. Cest tout de même étrange que des designers et des industriels en même temps, dans la plupart des pays développés, aient tous eu la même idée : changer le sens des poussettes !"
02 décembre 2006
un seul , plusieurs
"Nous naissons plusieurs, nous mourons un seul."
Paul Valéry
On passe une vie à se forger parmi les mille possibilités offertes, pour parvenir comme le dit Claude Arnaud dans son dernier opuscule (prix Femina de l'essai 2006) à être celui qui dit Je en nous.
Notre époque y a ajouté un correctif: m'identité laisse progressivement la place à la notoriété, Oedipe s'efface devant Narcisse, pour être, il ne faut plus seulement être enraciné mais connu.
Y gagne-t-on ? Beau sujet de méditation pour une journée de repos.
la neige en hiver
"la neige , c'est de l'eau qui fleurit en hiver."
M. Jourdan. Journal du réel gravé sur un baton.
s'engager
« Sengager, cest adhérer volontairement à une cause que lon sait imparfaite ».
Paul-Louis Landsberg (1901-1944)
30 novembre 2006
tout changer
"Il faut changer de vie. Il faut changer tout.
Mais tout changer, ce n'est pas tout détruire: c'est sauver tout."
Maurice Bellet. La Longue Veille. DDB 2002
29 novembre 2006
poire comme un feu de bois
"Tu faisais partie de ces gens auprès de qui on se tient comme un bon feu de bois."
Bertrand Tavernier, évoquant Philippe Noiret.
Ce dernier mit des années à se consoler de son allure disgracieuse, un profil en forme de poire si on en croit les critiques de l'époque. Il estimait qu'il assumait là un handicap insurmontable dans sa fonction d'acteur. On a tous besoin d'un feu de bois et d'une personne en forme de poire à un moment ou l'autre de notre existence.
26 novembre 2006
l'obscur et la raison
"L'obscurantisme est de retour. Mais cette fois-ci nous avons affaire à des gens qui se réclament de la raison. "
Pierre Bourdieu
23 novembre 2006
la poussière de pollen de l'été finissant
"Nous partagerons notre souffle, quand nos cendres seront éteintes. Nous serons
cette poussière de pollen que l'été soulève aux coins intimes de la véranda. Et
des jeunes gens s'embrassant dans ces coins diront: « Mais qu'est-ce que cela ?
Cela sent comme l'été, c'est bouleversant...» Et l'on entendra l'océan.
Françoise Lefèvre. L'or des chambres.
Philippe Noiret a tiré sa révérence. Inoubliable Alexandre le Bienheureux, dont
on revit quelques images au JT de France2 ce soir. J'ai retrouvé avec bonheur
celui auquel je m'identifiai le mieux lors des visions répétées de ce qui
demeure mon film fétiche: son chien, avec lequel il s'enfonce dans les champs
dans la dernière séquence, faisant s'envoler une nuée d'oiseaux dans le soleil
couchant.
20 novembre 2006
le petit et l'infini
"Quand on a une aiguille dans l'oeil, que peut bien vous faire l'avenir de la maribe britannique?"
Henri Michaux.
19 novembre 2006
les ruines et leur reflet
"Les fleurs sont le reflet riant des ruines."
Pierre Jean Jouve
Découvert sur les murs d'une cabine de bain dans l'ancienne piscine de Roubaix, métamorphosée en un superbe musée d'art et de technique.
entre mélancolie et espoir
"Dans ces épreuves, je suis partagé entre deux sentiments contraires; la mélancolie, en voyant s'abîmer ce que j'ai aimé.
Mais aussi l'espérance; lorsque les éléments sont décomposés, ils peuvent se recomposer d'une manière plus pure, pour préparer une nouvelle aurore."
Jean Guitton. Un siècle une vie.
Ecrits de retour de captivité. Les rescapés n'étaient plus des héros, comme en attesteront bien d'autres écrivains rescapés par la suite, de Primo Levi à Jorge Semprun, des vétérans du Vietnam qui campèrent hagards dans Central Parc à New York aux éclopés d'Irak. Mais reste-t-il aujourd'hui l'espoir d'une nouvelle aurore?
le parallèle et l'infini
"Le chemin de fer est l'image du successif qui se rapproche du parallèle : la parité des rails."
Robert Delaunay, cité par Merleau-Ponty in L'oeil et l'Esprit."
Notre cadette et son compagnon nous surprennent hier dans notre quotidien pour nous parler de leurs projets. Leur enthousiasme et leur foi dans la Vie fait du bien à voir. Les rails qui convergent et ne convergent pas, qui convergent pour rester là-bas équidistants, belle image allégorique pour un couple qui tisse son existence. La lecture de quelques pages de Merleau Ponty ce matin me les fait découvrir par hasard, et je ne résiste pas au plaisir de vous les partager.
14 novembre 2006
silence et absence de vide
"Le silence est une tranquillité mais jamais un vide
il est clarté mais jamais absence de couleur
il est rythme
il est le fondement de toute pensée. "
Yehudi Menuhin
13 novembre 2006
11 novembre 2006
l'éternité
"L'éternité n'est pas un temps interminable. C'est l'absence de temps."
Jean d'Ormesson. La Création du monde.
10 novembre 2006
ce tic tac assourdi
"À l'heure où le vent tombe
où le jour se suspend
lorsque les hirondelles ne sortent plus du nid
quand la chouette chevêche se prépare à chasser
quand les feuilles des arbres parlent à voix si basse
que leur chuchotement est tissé de silence
ce battement de sang ce tic-tac assourdi
est-ce ton c½ur? Est-ce le mien?
Est-ce la mer qui inspire et respire
ou le souffle du temps qui passe et glisse et fuit?
Écoute
Des pas légers hésitent dans le noir
Qui vient à la rencontre? Qui se tait? Qui attend?
Est-ce toi? Est-ce moi? Est-ce nous deux ensemble?"
Claude Roy. LE SILENCE DE LA NUIT
Curieux moment de l'année, où la nuit reprend le dessus sur le jour.
L'alternance de toute chose dans la nature demeure ma meilleure boussole de vie.
l'espoir le désir
"Tout espoir envolé, il nous reste le désir."
Dante
Hubert Nyssen reprend cette phrase de Dante dans son dernier ouvrage, "la sagesse de l'éditeur", et l'aime manifestement. Il la reprend texto dans une des notes de son blog ainsi que dans la lettre ouverte adressée à son arrière petie fille de deux ans : « Ne jamais oublier le plaisir dans la nécessité, ni la nécessité dans le plaisir ; ne jamais cesser de pédaler sous peine de voir le vélo vaciller et entraîner le cycliste dans sa chute, et, selon les mots de Dante, se rappeler que, “tout espoir envolé, il reste le désir”.
05 novembre 2006
de la liberté présumée
"Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage: on en changera tout au plus le nom.
Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses: soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares."
Marguerite Yourcenar . Mémoires d'Hadrien.
en évoquant la maison d'Erasme
"Les choses les plus belles sont celles
que souffle la folie et qu'écrit la raison."
André Gide Journal
Cité par Hubert Nyssen en exergue de son dernier ouvrage-confession "La sagesse de l'éditeur". Il y raconte les après-midi de ses jeunes années , durant la guerre, où il allait puiser la sagesse dans l'enclos magique de la maison d'Ersame, à Anderlecht.
Le conservateur lui fit découvrir L'éloge de la folie en édition originale, soigneusement conservé dans une vitrine. Il en fut marqué à jamais.
La maison d'Erasme se situe à 250 m de notre maison, et j'adore m'y recueillir de temps en temps, endroit préservé et bénéfique pour la santé de l'esprit.
Je ne sais pourquoi, ce petit clin d'oeil m'a rendu heureux.
02 novembre 2006
connu inconnu
"Nous vivons auprès d'êtres que nous croyons connaître: il manque l'événement qui les fera apparaître tout à coup autres que nous les savons."
Marcel Proust
Ces frontières qu'on outrepasse
"Il nest frontière quon noutrepasse."
Edouard Glissant. Le Monde diplomatique , octobre 2006.
A défaut de montagnes ou de mers, l'homme a inventé toutes sortes de frontières pour se protéger de l'Autre: grillages, barbelés, murs, barrières électrifiées, etc. Aucune, pourtant, n'a résisté à l'irrépressible volonté - ou nécessité - de passer outre.
Nous fréquenons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l'impossible. mais comme lieux du passage et de la transformation. Dans la relation. l'influence mutuelle des identités, individuelles et collectives, requiert une autonomie réelle de chacune de ces identités. La Relation n'est pas confusion ou dilution. Je peux changer en échangeant avec l'autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer.
C'est pourquoi nous avons besoin des froncières. non plus pour nous arrêter, mais pour exercer ce libre passage du même à l'autre, pou souligner la merveille de l'ici-là.
Pour ce qui est des frontières légales entre communautés, observons comme il est agréable de les quitter sans contrainte, sans mesure, de continuer comme naturellement de l'atmosphère Maroc à l'atmosphère Algérie et de ce vivre-France à ce vivre-Espagne, et de l'air qu'on respire en Savoie à l'air qu'on respire en Toscane ("C'est encore loin, la Toscane?"), et des déserts bleus du Pérou aux déserts ocre du Chili. Vous vous sentez léger d'une inouië vêture, et plein d'un appétit ancien pour ce qui va survenir, la frontière est cette invitation à goûter les différences, et tout un plaisir de varier.
Mais revenons ensuite à tous ceux qui ne disposent pas d'un tel loisir, les immigrants interdits, et concevons le poids terrible de cet interdit. Franchir la frontière est un privilège dont nul ne devrait être privé, sous quelque raison que ce soit. Il n'y a de frontière que pour cette plénitude enfin de l'outrepasser, et à travers elle de partager à plein souffle les différences."
28 octobre 2006
Les choses s'arrangent
"Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux."
Kate Atkinson. De Fallois . 2006
La lecture du supplément Livres du Soir devant la télévision donne parfois de comiques raccourcis. Telle la découverte de ce récent roman dont le titre s'est superposé aux images télévisées de Bush commentant les résultats de l'intervention américaine en Irak et di Rupo la reprise en main des affaires de Charleroi.
Se perdre
"C'est en se perdant en soi-même qu'on peut un jour s'accepter."
Jacques Attali . Chemins de sagesse, Traité du labyrinthe.
C'est en se perdant qu'Ulysse réalise l'amour de sa femme, que Colomb découvre l'Amérique, que Newton comprend la gravitation. C'est en s'égarant dans le désert que le peuple juif a reçu sa Loi. C'est aussi ce que dit la sagesse celte lorsqu'elle écrit quë « dans certains voyages, c'est quand les voyageurs ont perdu leur chemin et qu'ils ramènent leurs rames à bord, quand ils ne vont plus nulle part, qu'ils atteignent les îles merveilleuses.
Dans la société industrielle, se perdre, c'est perdre. Perdre du temps et de l'argent. Toutes nos sociétés font de l'égarement un échec, voire une folie: il faut marcher droit, savoir où l'on va, ne jamais reconnaître qu'on s'est perdu.
Le labyrinthe - tous les labyrinthes dont j'ai parlé jusqu'ici - requiert pourtant une tout autre attitude. En y entrant, il faut accepter d'être désorienté, de vivre hors de J'espace et du temps, d'avoir le vertige, le tournis, de ne connaître d'avance ni la durée ni le chemin; d'admettre, alors qu'on croit atteindre le centre, qu'on est peut-être en train de s'en éloigner.
De fait, se perdre n'est jamais un échec. C'est une occasion de prendre du recul, d'aller là où l'on n'est pas attendu, de se trouver. Il faut même vouloir être égaré, trouver du plaisir à être perdu, ne pas faire ne pas faire ne pas faire d'une traversée un combat, mais une expectative curieuse. Ne pas craindre l'errance, la solitude, dominer la peur de l'inconnu, accepter d'avancer à l'aveugle, malgré l'ennemi peut-être tapi après la prochaine bifurcation. En science, sans errance, on ne trouve rien de ce qu'on ne cherche pas. En art, se perdre est la condition de la création. Dans l' apprentissage, sans échecs, on n'apprend rien.
Aimer se perdre suppose encore une qualité particulière: la curiosité. Elle permet d'apprendre dans l'égarement, de découvrir dans l'inconnu, de rencontrer dans l'ignorance. Elle implique de s'intéresser aux autres, de ne point chercher à leur imposer d'emblée sa propre voie, d'être aux aguets de toutes les différences, de se mettre à la place de l'étranger pour comprendre sa singularité. La curiosité est la qualité vitale du nomade, essentielle au voyageur du futur. Nombre de jeux vidéo forment assez bien à cette exigence. J'y vois même un exercice infiniment plus enrichissant que la contemplation passive de la télévision. Etrange coïncidence que l'avènement d'une technologie à l'heure où se révèle toute son utilité initiatrice pour les adolescents de demain.
C'est en se perdant dans une ville qu'on la rencontre. « Labyrinther », dit Rabelais; «trabouler », dit-on à Lyon. C'est se perdre avec plaisir. C'est en se perdant sur Internet qu'on apprend ce qu'on croyait ne pas avoir à savoir. C'est en se perdant en soi-même qu'on peut un jour s'accepter.
26 octobre 2006
le feu, le vide
"C'est par le vide entre deux bûches
que le feu brûle."
Michel Jourdan. Journal du réel gravé sur un bâton.
23 octobre 2006
Toute passion abolie
"J'ai toujours pensé qu'il valait mieux plaire beaucoup à une seule personne, qu'un peu à tout le monde!"
Vita Sackville-West. Toute passion abolie. p.65, Ed. Autrement, 2005
22 octobre 2006
les besoins d'un arbre
"Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d'élégance. La beauté qui leur est nécessaire c'est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d'étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches.[...]
Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait."
Erri de Luca . Trois chevaux, trad. Danièle Valin, p.23, Folio n°3678
Je vous souhaite une bonne semaine
CV.
20 octobre 2006
Mort sans descendance
ÉPITAPHE DE MISANTHROPE
"Je suis mort sans laisser de fils, et regrettant Que mon père avant moi n'en eût pas fait autant."
Anth. Pal., VII, 309.
Épigramme anonyme dans le goût de Callimaque, date incertaine. Peut-être Ille siècle avant notre ère
19 octobre 2006
les temps ordinaires
« C’est ainsi que je revins dans les temps ordinaires : on ne peut vivre sans cesse dans les aveuglantes certitudes de la vie et de la mort. Il faut bien qu'elles s’apaisent et que on retourne au temps mesuré des jours qui passent en glissant, égaux, où nous mènent des rênes invisibles et des repères banals et forts. Les enfants reprirent leur place d'enfants, nous la place de parents. »
Marie Rouanet. Année blanche. Albin Michel. 2003
L'inoubliable et l'inespéré
16 octobre 2006
des yeux pour voir
"Il ne suffit pas d'ouvrir les yeux pour voir, il faut que ces yeux interrogent."
Jean Louis Chrétien. L'appel et la réponse, Paris, éditions de Minuit, 1992.
15 octobre 2006
vos rires
« J'entends vos rires »
Alice Ferney. Les autres
Une courte phrase du dernier livre d'une auteure qui nous a déjà enchanté il y a peu. Parmi le florilège de belles phrases dont elle nous a gâtés, elle ne nous en voudra pas d'avoir choisi la plus simple pour en symboliser le coeur, dernier mots d'une vieille femme qui va mourir : «J'entends vos rires »
Bilan d'une vie
Ci-gît un fameux Cardinal
Qui fit plus de mal que de bien
Le bien qu'il fit, il le fit mal
Le mal qu'il fit, il le fit bien.
Epitaphe pour le cardinal Richelieu
14 octobre 2006
la beauté des ponts
"J'ai passé ma vie à Istanboul, sur la rive européenne, dans les maisons donnant sur l'autre rive, l'Asie. Demeurer auprès de l'eau, en regardant la rive d'en face, l'autre continent, me rappelait sans cesse ma place dans le monde, et c'était bien. Et puis un jour, ils ont construit un pont qui joignait les deux rives du Bosphore. Lorsque je suis monté sur ce pont et que j'ai regardé le paysage, j'ai compris que c'était encore mieux, encore plus beau de voir les deux rives en même temps. J'ai saisi que le mieux était d'être un pont entre deux rives. S'adresser aux deux rives sans appartenir totalement à l'une ni à l'autre dévoilait le plus beau des paysages. "
Turquie, Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature 2006.
12 octobre 2006
sans hésitation c'est oui
«Quel est le plus beau mot d'amour? me demanda-t-il un jour.
« Sans hésitation, c'est: oui. »
FO Giesbert. Le vieil homme et la mort.
la suite dans le texte :
Il (Mitterrand) hocha la tête et me récita en substance les dernières lignes d'Ulysse de James Joyce: «Alors, je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne et d'abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son c½ur battait comme un fou et oui j'ai dit oui je veux bien oui. »
10 octobre 2006
des étoiles dorment
"Au fond des puits
dorment des étoiles."
A Gide
Une petite phrase qu'on a envie d'adresser à tous ceux (ou celles) qui ce soir sont tristes.
faire du silence une oreille
Un homme parle
et fait de cent silences
une vibrante oeille
Claire Lejeune
09 octobre 2006
Je c'est tout moi
Dès notre naissance, nous vivons avec un inconnu. Il faut s'arranger ensemble, et essayer de se comprendre, ce n'est pas toujours évident. "Je" ne s'entend pas avec "moi". Et pour certains, cela durera jusqu'à ce qu'ils soient enfin sous la terre. De la clarté à l'ombre, le différend aura duré. Et j'ose aussi écrire le différent avec un t.
J. Green. Le grand calme du soir. Flammarion. p.253
08 octobre 2006
sur les épaules du géant
"C'est mal récompenser un maître que de rester toujours son disciple."
Nietzsche
07 octobre 2006
la poule n'est pas une nuisance
"Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d'un oeuf) au serein (dégustation d'un ver de terre) en passant par l'affolé (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommodé que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux à l'égard des propriétaires de ces gallinacés ; la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre et la poule un habitant d'un lieu-dit ".
Sagesse des décisions judiciaires.
05 octobre 2006
fleurs de neige
"La neige c'est de l'eau qui fleurit en hiver."
Michel Jourdan. Journal du réel gravé sur un baton. Ed du Rocher.
éveil et acte
"Tel homme s'éveille, le matin, dans son lit. A peine levé, il est déjà de nouveau endormi ; en se livrant à tous les automatismes qui font que son on corps s'habiller, sortir, marcher, aller à son travail, s'agiter selon la règle quotidienne, manger, bavarder, lire un journal; car c'est en général le corps seul qui se charge de tout cela , ce faisant il dort 'Pour s'éveiller il faudrait qu'il pensât : toute cette agitation est hors de moi. Il lui faudrait un acte de réflexion. Mais si cet acte déclenche en lui de nouveaux automatismes, ceux de la mémoire, du raisonnement , sa voix pourra continuer à prétendre qu'il réfléchit toujours; nais il s'est encore endormi. Il peut ainsi passer des journées entières sans s'éveiller un seul instant. Songe seulement à cela au milieu d'une foule, et tu te verras environné d'un peuple de somnambules L'homme passe, non pas, comme on dit, un tiers. de sa vie, mais presque toute sa vie à dormir de ce vrai sommeil de l'esprit. Et ce sommeil, qui est l'inertie de la conscience a beau jeu de prendre l'homme dans ses pièges : car celui-ci, naturellement et presque irrémédiablement paresseux, vouait bien s'éveiller certes, mais comme l'effort lui répugne, il voudrait; et, naïvement il croit la chose possible, que cet effort une fois accompli le plaçât dans un état de veille définitif ou au moins de quelque longue durée; voulant se reposer dans son éveil, il s'endort. De même qu'on ne peut pas vouloir dormir, car vouloir, quoi que ce soit, c'est toujours s'éveiller, de même on ne peut rester que si on le veut à tout instant.
Et le seul acte immédiat que tu puisses accomplir, c'est t'éveiller, c'est prendre conscience de toi-même. Jette alors un regard sur ce que tu crois avoir fait depuis le commencement de cette journée c'est peut-être la première fois que tu t'éveille vraiment; et c'est seulement en cet instant que tu as conscience de tu as conscience de tout ce que tu as fait, comme un automate sans pensée. Pour la plupart, les hommes ne s'éveillent même jamais à ce point qu'ils se rendent, compte d'avoir dormi. Maintenant, accepte si tu veux cette existence de somnambule. Tu pourras te comporter dans la vie en oisif, en ouvrier en paysan, en marchand, en diplomate, en artiste, en philosophe sans t'éveiller jamais que, de temps en temps, juste ce qu'il faut pour jouir ou souffrir de la façon dont tu dors ; ce serait même peut-être plus commode, sans rien changer à ton apparence, de ne pas t'éveiller du tout.
René Daumal, Tu t'es toujours trompé, Mercure de France
03 octobre 2006
plus plus moins
"Plus vite, plus fort, plus tôt, plus longtemps, plus tard,
plus performant, plus mobile, plus polyglotte, plus jeune
plus diplômé, plus svelte, plus sportif, plus bronzé
plus payé, plus embouteillé, plus pollué, plus enveloppé, plus imbibé
plus PLUS
cent millions d'euros d'antidépresseurs precrits en Belgique en 2005
quatre vingt trois millions d'euros d'antiulcéreux
les médecins prescrivent décidément ces choses-là sans aucun discernement."
02 octobre 2006
seul plein d'amis
"I'm sitting alone with some friends."
Ballade irlandaise
C'est une vieille et rude ballade irlandaise, qui parle d'un vieux chanteur entouré d'amis qui l'entourent, et si seul pourtant. Le contraire aussi existe: seul avec une étendue immense sous les yeux, et des amis plein le coeur.
01 octobre 2006
le vide et la vie
"Aux noces de Cana, je leur servirai la soif
Et ils me reprocheront de ne pas l'avoir servie d'abord."
Claire Lejeune. La gangue et le feu.
Le TAO nous rappelle que tout s'articule autour d'un vide, qui seul permet le mouvement, la vie: moyeu de la roue, bloc-cylindre des moteurs, case vide des puzzles carrés de notre enfance qui nous voyaient reconstruire une image cohérente en faisant glisser sous nos doigts de minuscules cases imagées, enveloppe creuse de la montgolfière.
La soif, faim et désert de l'âme précèdent-ils les plus belles fêtes?