28 avril 2008

L'infiniment proche

"Qui cherche l'infini n'a qu'à fermer les yeux."
Milan Kundera


Lu dans Milan Kundera. L'Insoutenable légèreté de l'être. Traduit du tchèque par François KÉREL. 1987, NRF GALLIMARD.

23 avril 2008

Génie du moineau

"Avec les restes de son premier coucher de soleil, le créateur a fait le flament rose; l'aigle, avec un reste de tempête et la colombe avec un peu de paix qu'il avait ébauchée. (...) Mais le moineau, c'est du génie."

Félix Leclerc



Lu dans :

Félix Leclerc . Le calepin d'un flaneur. Bibliothèque Québecquoise. 1988. 220 p. extrait p 86

22 avril 2008

The just man in the just place

"Interchangez un chameau et un chien esquimau: ils meurent."


Belle définition du talent local.

Lu dans : Félix Leclerc . Le calepin d'un flaneur. Bibliothèque Québecquoise. 1988. 220 p. extrait p 127.

17 avril 2008

Moi

"L'univers dans son étendue et dans sa durée depuis son origine, tout cela pour aboutir à cet éclair entre deux nuits sans limites, à cet instant de pensée où je le pense en me pensant moi-même, et que j'appelle moi."
T. Maulnier



Lu dans
Le dieu masqué. Thierry Maulnier. nrf. Gallimard. 1985. 338p. extrait p.27
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Prendre sa femme pour un chapeau

"Les animaux atrappent certes des maladies,mais seul l'homme tombe radicalement malade."
O Sacks


Lu dans Oliver Sacks.L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Etude Poche.1992

16 avril 2008

Je connais une rose

"Celui qui se contente de respirer le parfum d'une rose ne la connaît pas
Et celui qui la cueille uniquemement pour l'étudier ne la connaît pas davantage ."
Hölderlin
Vous souvenez-vous de ce qu'en disait Le Petit Prince ?

Lu dans
Louise L Lambrichs. La Vérité médicale. Pluriel. Ed Robert Laffont. 1993. 470p. Extrait p.211

13 avril 2008

Une émotion venue de ..

"Une émotion venue de la blancheur.
On n'y croyait plus mais elle vient,
comme une poussière ramenée par le vent.
Dans l'horizon opaque, le blanc
continue à se poser sur le blanc.
Alors on sait: cela va demeurer.
Silence, immobilité, solitude.
Le temps n'en finira plus, comme un train ne fait que passer, sans jamais s'arrêter."

H. Dorion

Emotion venue de la musique. Se laisser envahir, dans l'atelier pétri d'histoire du peintre Marcel Hastir, par la magie du duo formé par Thérèse-Marie Gilissen et Jean Claude Vanden Eynden (1) nous interprétant les Märchenbilder (Conte de fée) de Schumann, Vieuxtemps et Chostakovitch demeure un de ces cadeaux par lesquels la vie nous surprend. Le temps n'en finira plus.

(1) Récital du dimanche 13 avril 2008 à 17h00 à l'Atelier Marcel Hastir
Lu dans:
Passerelles et Poussières. Hélène Dorion. Ed. En Forêt. 2000. 52 p. Extrait p.45.

La fragilité rapproche

"La fragilité (..) nous rapproche les uns des autres, alors que la force nous éloigne. »

Jean-Claude Carrière



« J'ai rencontré quelques grands ancêtres, Shakespeare et Dostoïevski, les auteurs inconnus du Mahâbhârata, Corneille, Chateaubriand, Balzac, Proust. Ils m'ont appris ce que je savais sans doute déjà: un personnage ne peut nous toucher que lorsque nous avons trouvé en lui ce que nous appelons "vulnérabilité". Tout le théâtre, tout le cinéma, toute la littérature, toute forme d'expression repose sur la fragilité. Elle est notre source cachée, le moteur de toute émotion et de toute beauté. Acceptons-la. Revendiquons-la. Soyons frêles mais souples. Et calmes devant l'inconnu. Nous devons préserver notre fragilité comme nous devons sauver l'inutile. L'inutile, parce qu'il nous sauve du simple calcul productif, maître du monde. Il nous permet de nous en évader, il est notre issue de secours. La fragilité, parce qu'elle nous rapproche les uns des autres, alors que la force nous éloigne. »

Lu dans :Fragilité. Jean-Claude Carrière. Ed.Odile Jacob. Poches. 2007. 285 p. Extrait pp7&8

01 avril 2008

Un poisson ne fait pas le printemps

Le bonheur des petits poissons

Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa: «Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres; comme ils sont heureux!» Hui Zi objecta: « Vous n'êtes pas un poisson; d'où tenez-vous que les poissons sont heureux? Vous n'êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons? Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir ce que vous savez. Mais comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux. Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m'avez demandé "d'où tenez-vous que les poissons sont heureux" la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d'où je le sais eh bien, je le sais du haut du pont. »
Hannah Arendt a rappelé que la Vérité n'est pas un résultat de la réflexion - elle en est la précondition et le point de départ: sans une expérience préalable, nulle réflexion ne peut se développer.

Tout autre chose. J’ai lu ce week end que, si une hirondelle ne fait pas le printemps, cela reste tout de même une hirondelle. Il en va ainsi de l’heure d’été et des poissons d’avril :  par temps de pluie soutenue, cela ne ramène pas le printemps mais cela demeure tout de même l’heure d’été et le sourire des poissons.  Le reste ne saurait tarder.  . 

Lu dans
Simon Leys. Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes. JC Lattès. 2008. 212 p. Extrait p14 & 15.

23 mars 2008

"L'anonymat va bien aux cathédrales."
Sylvain Tesson


On pourrait intituler ce court extrait "comment l'homme découvrit qu'il EST un nom, notion portée au paroxysme de nos jours au point que l'oeuvre d'art est protégée par un copyrigh et que cela nourrit des empoignades juridiques sans fin. A qui appartient une oeuvre? A celui qui l'a concue (pensée), à celui qui l'a réalisée (construite), à celui qui l'a payée, à celui qui l'admire. Les Compagnons qui érigèrent les cathédrales n'ont-ils pas la vraie sagesse : à personne en particulier, mais à la Terre qu'ils embellissent. La cathédrale romane appartiendra désormais au paysage comme lui appartient la Roche de Solutré, la colline de Taizé ou la baie de Somme.

"Dissimulées sous des corniches ou dans l'obscurité d'un recoin, nous avons souvent débusqué, lors des grimpées sauvages, des décorations de pierre - frises, appliques, et même têtes ouvragées - invisibles du parvis. Elles n'avaient pas été destinées au regard des hommes mais sculptées par un compagnon par amour du geste, ou bien pour Dieu ou en offrande aux fées, ou bien encore pour l'un de ces démons qui cherchent à monnayer leur aide contre une âme. L'anonymat va bien aux cathédrales. Aucune signature de personnage célèbre n'est associée à leur édification. il n'y a que les pierres qui ont été déposées, pas les noms. Personne à honorer, pas de souvenir à célébrer. On serait incapable de citer dix artisans qui ont élevé Notre-Dame. Les bâtisseurs accomplissaient leur tâche puis s'en allaient construire ailleurs. Et voilà la raison pour laquelle sont orphelins les monstres de pierre des cités de verre.

Il y a d'abord l'empreinte des compagnons: leur signature est comme la griffe de l'ours, un signe de passage. Ils laissaient un nom symbolique, un chiffre magique ou un idéogramme destiné aux compagnons suivants: alphabet d'initiés. Un maçon dessinait un ciseau, un compas ou une équerre (héraldique artisane dont s'inspireront plus tard d'autres Maçons, plus affranchis). Puis la Révolution française. Chacun revendiquait une identité propre et donc un nom à soi: soudain, on s'aperçut qu'on n'appartenait plus seulement à une confrérie mais qu'on s'appartenait en propre. On grava donc son nom sur les moellons: Jean, Auguste, Pierre dans une tour d'abbaye normande sous les dates de 1795, 1801, 1850. Antoine, Jacques à Saint-Sulpice dans la tour sud. Étienne, 1842, à Saint-Eustache. Le compagnon por­teur du fardeau secret laissait place à l'ouvrier qui, lui, porte son nom. "


Lu dans :
Sylvain Tesson. Petit traité sur l'immensité du monde. Editions des Equateurs. Pocket. 2005. 168 p. Extraits p.114 & 122

22 mars 2008

Les deux carrés

"Les deux carrés nécessaires à la survie de l'Homme: un carré d'herbe pour reposer le corps et un carré de ciel pour reposer les yeux."
Sylvain Tesson.


Si ce n'est la neige et les grelons, le printemps est de retour avec ses envies de se vautrer dans le gazon, de tailler les arbres et de rêver en regardant le ciel dans l'attente du retour des oiseaux migrateurs. Plaisirs simples que rien ne surpasse.
Je vous souhaite une bonne fête de Pâques. Attention en vous couchant: n'écrasez pas les oeufs.
CV.

Lu dans :
Sylvain Tesson. Petit traité sur l'immensité du monde. Editions des Equateurs. Pocket. 2005. 168 p. Extrait p. 53

Qu'ai-je pris ?


"Tout lecteur est un jeteur de filet. Il est normal que, son livre refermé, il puisse se demander « Qu'ai-je pris? »."
Pierre Hebey

Lequel ajoute, quelques pages plus loin que "l'étude est notre dernière jeunesse. Toute nouvelle connaissance transfuse un sang plus vif dans nos artères durcies."


Lu dans:
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. NRF. Gallimard. 1998. 222 p Extraits pp 44 & 80.

16 mars 2008

Rien de significatif

"Demander une bougie. Ouvrir son cahier en papier de riz (économie de poids) couvert d'une écriture très fine (économie d'espace) et de phrases très brèves (économie de style). Écrire longuement sous l'œil des hôtes silencieux (économie de mots) qui contemplent la fixation en temps réel sur la page blanche des événements et des émois du jour. Au sujet de l'économie de style, toujours se souvenir de la sobriété avec laquelle écrivaient les marchands de la soie, les marins portugais ou les explorateurs arabes quand ils rendaient compte de leurs tribulations à leurs princes. Cinq ou six mois de marche et de lutte dans les vallées les plus reculées du Cachemire étaient ainsi décrits par des Jésuites portugais: « De la vallée de l'Indus au N'gari tibétain à travers une région inconnue: rien de significatif à rapporter à Sa Majesté."
S. Tesson


Lu dans :
Sylvain Tesson. Petit traité sur l'immensité du monde. Pocket. Editions des Equateurs. 2005. 168 p. Extraits p.67 & 68

15 mars 2008

L'équation Espace Temps

"En réglant son compte à l'espace, le nomade freine la course des heures. Peu lui importe que passent les instants puisque, obstinément, il les remplit des kilomètres qu'il moissonne. Opération d'alchimiste: il change le sable du sablier en poudre d'escampette."
S. Tesson.


"Paradoxalement, c'est quand j'avance, devant moi, que tout s'arrête: le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser. Depuis que j'observe les éleveurs de yacks du Tibet, les cavaliers de Mongolie, les bergers afghans ou les sherpas du Khumbu, et depuis que - par périodes - je m'essaie à les imiter, j'en suis venu à la conclusion que le nomadisme est la meilleure réponse à l'échappée du temps. Mon but n'est pas de le rattraper mais de parvenir à lui être indifférent. Le temps n'est pas un cheval dont on peut enrayer l'emballement en lui tirant la bride, il est donc préférable de le laisser galoper et de se venger de sa course en bouffant soi-même le monde. Au tic-tac de l'horloge, le voyageur répond par le martèlement de sa semelle. Un kilomètre abattu, c'est dix minutes gagnées. La marche à pied oppose au rouleau du temps la mesure de l'espace. De cette lutte, le voyageur sort vainqueur. Qui aura arpenté le monde à l'aide de sa seule énergie explorera une autre dimension du temps: plus épaisse, plus dense. Le temps de l'Occident est un courant d'air qui passe par la fenêtre de nos vies. Il se mue sur le chemin en une pâte généreusement pétrie."


Lu dans :
Sylvain Tesson. Petit traité sur l'immensité du monde. Pocket. Editions des Equateurs. 2005. 168 p. Extraits p.18 & 19

14 mars 2008

L'âge mûr

"L'âge mûr, c'est la période de la vie où l'on peut faire autant de choses qu'avant, mais qu'on préfère s'abstenir."
B. Ollivier.

Lu dans
La vie commence à 60 ans. Bernard Ollivier. Phébus. 2008. 200 p. extrait p.175

12 mars 2008

L'éducateur comme architecte

« C'est rien du tout de changer un toit de bâtisse, ou une fenêtre ou une porte, dit l'architecte, mais les fondements ne doivent pas bouger. C'est pourquoi je suis toujours présent quand on creuse la cave. Si elle est mal assise, la maison croulera."
C'est le plus beau cours que j'ai entendu sur l'éducation.
FÉLIX LECLERC

Lu dans :
Le calepin d'un flâneur. Félic Leclerc. Bibliothèque Québecquoise.1988. 218 p. Extrait p.184.

Donner et reprendre

"Il existe, dans de nombreuses langues, un mot qui désigne à la fois l'acte de donner et celui de prendre, la charité et l'avidité, la bienfaisance et la convoitise,- c'est le mot : amour. "
Alain Finkielkraut
Lu dans:
Alain Finkielkraut. La sagesse de l'amour. Folio Essais. 1984. 200 p. Extrait p.11

11 mars 2008

Une vierge portant une couronne en or

"La sécurité y était telle (dans l'empire de Gengis Khan) qu'une vierge portant une couronne en or pouvait traverser l'Asie sans craindre de perdre sa vertu ou sa fortune."
B. Ollivier

La réalité est complexe. Le nom de Gengis Khan a été associé dès ma plus tendre enfance au terme "sanguinaire", et je lis ce soir qu'il régnait sur l'empire (cliquer ici) le plus vaste et le plus pacifié de notre histoire.

Lu dans
La vie commence à 60 ans. Bernard Ollivier. Phébus. 2008. 200 p. extrait p.72

09 mars 2008

L'ombre qui éclaire

"Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l'Ombre qui s'éclaire
Et dans l'ombre qui s'épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l'Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l'Eau qui coule,
Ils sont dans l'Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts."
Birago Diop

Un beau texte intemporel, issu de la tradition orale de son pays, le Sénégal.

Lu dans
Birago Diop. Les contes d'Amadou Koumba. Editions Présence Africaine, Dakar, 1961, pp. 173-175.

Sagesse de Michaux

"Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage."
H. Michaux
Lu dans :
Tranche de savoir, Henri Michaux, Paris, Editions Les pas perdus, 1950

Sagesse de Michaux

"Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage."
H. Michaux
Lu dans :
Tranche de savoir, Henri Michaux, Paris, Editions Les pas perdus, 1950

08 mars 2008

On ne sait ce que la vie nous donne

"Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois."

Françoise Hardy. L'amitié.

L'ami Coluche aurait aimé le final de la soirée des Enfoirés ce vendredi. Un court moment, revient le souvenir en noir en blanc de ce soir de Toussaint 62 sur l'unique chaine française de l'époque. Une grande fille mélancolique chante pour la première fois en s'accompagnant d'une guitare une balade envoûtante et nostalgique. Nous étions "Tous ces garçons et ces filles" et la Françoise devint notre grande soeur à tous en moins de cinq minutes. De nombreux téléspectateurs attendaient le résultat du référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel. La légende veut que Françoise Hardy soit partie ensuite en vacances loin de la France et qu'à son retour sa chanson triste s'était vendue 500.000 fois. Les ados que nous étions la fredonnaient en boucle les soirs de spleen et cela faisait un bien fou. Tendresse rimait avec tristesse, et quand nous l'entendions énoncer "comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne, il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne" elle nous donnait à rêver à "ces amis fidèles chez qui nous irions réchauffer notre coeur à leur bois".

Ce soir, Françoise n'était même pas sur la scène, remplacée par une cinquantaine de personnalités du show bizz, le spectacle était châtoyant, les bons sentiments demeurent une valeur sûre et ma femme était heureuse de la seule soirée télévisée qu'année après année elle s'offre de bout en bout. Que souhaiter de plus?

Vu dans :
Les secrets des enfoirés. Final. TF1. vendredi 7 mars 2008.
Françoise Hardy. L'amitié. Françoise Hardy. L'amitié. Texte: Jean-Max Rivière. Musique: Gérard Bourgeois. 1965

03 mars 2008

Le grand âge n'est plus ce qu'il était

"Le vieil âge toujours. La tentation de rappeler le grand rôle qu'on a pu jouer en de petites affaires.
Encore lui. Lorsqu'on mord dans une pomme avec la terreur d'y laisser une dent (ce n'est pas qu'une image). "
Pierre Hebey.


Lu dans:
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. Gallimard. Collection NRF. 1998. 222 p. extrait p.76

02 mars 2008

Le goût de l'inactuel

"Regardant le soleil se lever, trônant devant sa table de fer laqué où fumait une cafetière, ouvrant le premier petit pain sorti de chez le boulanger espagnol voisin, enfonçant son couteau à bout rond dans une petite motte de beurre perlée d'eau, et contemplant du haut de notre colline la ville d'Alger que le soleil dans une heure écrasera, mon grand-père, dans cette merveilleuse solitude qu'assure le dernier moment de fraîcheur dispensé par la nuit, me disait lorsqu'il m'arrivait, à moitié endormi, de le rejoindre:
- C'est ainsi que la vie toujours devrait être. Il ne faut pas lui demander plus.
Sa présence m'accompagne chaque été et m'aide à retrouver de vieilles ivresses intransmissibles devant les arbres virgiliens, les produits de la terre et ceux de l'élevage. Je souhaiterais éprouver sa joie complète, en savourant un verre de lait qu'on a laissé cailler dans le garde-manger grillagé, en regardant une grappe de muscat blanc, jaune sombre, aux grains détachés qu'il présentait au soleil. Parfois, j'y parviens presque."

P. Hebey.

J'avais lu ce texte il y a quelques années. Plus qu'une référence à mon propre grand-père, il évoquait pour moi un grand-père éternel, transcendant les cultures et les expériences individuelles. Maintenant que je le suis devenu, j'espère pouvoir transmettre des messages aussi simples et aussi sereins.

Lu dans:
Pierre Hebey. Le goût de l'inactuel. Gallimard. Collection NRF. 1998. 222 p. extrait p.44

Sagesse d'Etty Hillesum

« Et puisque, désormais libre, je ne veux plus rien posséder, désormais tout m'appartient et ma richesse intérieure est immense. »
Etty Hillesum
Phrase lourde de sens, qui clôt le récit d’une vie brutalement interrompue à Auschwitz le 30 novembre 1943. Figure devenue emblématique comme le fut Anne Frank, juive hollandaise comme elle, Etty Hillesum, (1914-1943) aura vécu l’espace de deux guerres mondiales. Emprisonnée à plusieurs reprises, eElle tient son journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de transit de Westerbork. Grande figure de la spiritualité contemporaine, cette jeune femme âgée de 27 ans en 1941, au début de son Journal, vivait à Amsterdam, où elle a obtenu une maîtrise de droit en 1939. Elle commença alors des études de russe, que la guerre et l'occupation vont bientôt interrompre. Elle relate la spirale inexorable des restrictions des droits et des persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation. Comme le résume sa biographe Sylvie Germain, sa vie ne fut que dilemme: comment échapper à la double tentation de la désespérance et de la haine vengeresse ?

« Bon, on veut notre extermination complète... et en même temps, j'ai une certitude: je trouve la vie belle, digne d'être vécue, et pleine de sens... La vie et la mort, la souffrance et la joie, les ampoules des pieds meurtriS, le jasmin derrière la maison, les persécutions, les atrocités sans nombre, tout, tout est en moi et forme un ensemble puissant, je l'accepte comme une totalité indivisible et je commence à comprendre de mieux en mieux pour mon propre usage, sans pouvoir encore l'expliquer à d'autres la logique de cette totalité. Je voudrais vivre longtemps pour être un jour en mesure de l'expliquer, mais si cela ne m'est pas donné, eh bien, un autre le fera à ma place, un autre reprendra le fil de ma vie là où il sera rompu. »

«L'absence de haine n'implique pas nécessairement l'absence d'une élémentaire indignation morale. Je sais que ceux qui haïssent ont pour cela de bonnes raisons. Mais pourquoi devrions-nous choisir toujours la voie la plus facile, la plus rebattue? Au camp, j'ai senti de tout mon être que le moindre atome de haine ajouté à ce monde le rend plus inhospitalier encore»

Lu dans :
  1. Etty Hillesum. Une vie bouleversée. Editions du Seuil 1985 et 1988, p. 166
  2. Sylvie Germain. Etty Hillesum. Editions Pygmalion Gérard Watelet, 1999. Collection Chemins d’éternité. p.82
  3. La quête du sens. Une vie menacée, une vie créative. Marie de Hennezeel. Editions Albin Michel. Espaces Libres. 2004. p.130

29 février 2008

Gravé sur un bâton

«C'est par le vide entre deux bûches que le feu brûle »
M. Jourdan

Je découvrais hier dans Pierre Rabhi que « la plus grande mutilation que l'on puisse faire à l'homme, c'est de le priver de toute insécurité », et ces phrases « gravées sur un bâton » de Michel Jourdan y trouvent un bon écho. La recherche du sens dans la privation volontaire est une quête éternelle.

« J'apprends déjà à aimer autant le froid que le chaud, à tout accueillir de la nature, à accepter le danger du serpent, le vieillissement, l'usure, la fatigue, la faim et l’impermanence. Puis toute la soirée des pommes cuisant près du feu une journée dans la montagne ni plus ni moins. »

Aussitôt qu'il l'a pu, il y a quinze ans de cela, Michel Jourdan est allé vivre dans une haute vallée des Pyrénées près du brouillard et des pierres et a commencé de gratter le sol pour en tirer une subsistance, s'éclairant au pétrole ou à la bougie sous le toit percé d'une ruine, se chauffant du bois mort qu'on peut ramasser dans les bois. D'avril 1973 à mars 1976, quittant la Provence natale pour le silence la solitude et la terre de la Haute Ariège, il y écrit ces quelques bouts de phrase parmi bien d'autres. Comme le résume joliment YVES BONNEFOY, « il écrit en marchant ou en travaillant son arpent de terre ingrate et de ciel, par bribes d'observation qui raniment, dans quelques mots rassemblés, tisons de notre absolu, un peu de la flamme du monde. »

Lu dans Michel JOURDAN .
Journal du Réel gravé sur un bâton. Editions du Rocher. 1991. 340 p. extraits p.49 & 152.

28 février 2008

Sagesse de la non fragmentation

" (..) s'éveilla en nous le sentiment de la non-fragmentation. Rien n'est séparé
de rien, le balancement: joie - peine - effort - repos - espoir - désespoir, se
vit à l'intérieur d'une cohésion et non selon des alternatives contradictoires et indépendantes. Nous avons aussi appris que la plus grande mutilation que l'on puisse faire à l'homme, c'est de le priver de toute insécurité."

Pierre Rabhi

"J'aime ce pays qui nous a donné asile [les Cévennes], et à travers lui la splendide planète qui est la nôtre. J'aime ce pays dans la respiration quotidienne, dans les saisons, dans la pluie, dans le vent, si proche de tout ce qui vit. Partis de rien, nous sommes devenus des gens qui ont réussi à subsister sur un bout de terre presque inhospitalier. Et si nous avions à dire quelque chose, ce serait que notre malheureuse société n'est pas une fatalité, mais l'image pétrifiée de notre conscience. Nous avons fait des choix générateurs d'injustice, de misère pour le grand nombre et de boulimie maladive pour une minorité. Il faudra bien que nous changions ce désordre. Le superflu est reconnaissable à ce qu'il se retourne contre vous en vous donnant l'illusion qu'il est à votre service."

Lu dans:
Pierre Rabhi. Du Sahara aux Cévennes. pp.231 & 284, 285. Albin Michel 2002. Collection Espaces Libres. 295 p.

27 février 2008

Merci les moineaux

"Avec l'âge survient et grandit chez un trop grand nombre d'hommes , prélude au sommeil définitif, une inappétence de l'esprit, un dégoût devant l'effort de connaître, une anorexie mentale."
T. Maulnier.


Je relis ce soir quelques pages de Thierry Maulnier. J'aime m'extraire parfois du tourbillon des titres de livres récents qui font l'événement et procurent la délicieuse griserie d'être dans le coup ("il faudrait que tu lises ce livre, il vient de paraître" - "oui je sais je l'ai lu la semaine passée") pour effleurer les pages de livres qui firent mon bonheur il y a vingt ou trente ans. Je retrouve les pages annotées et les phrases cochées au crayon dans la marge, mesurant l'évolution de mes préoccupations et émois personnels au fil des années qui s'écoulent. Je n'avais pas coché la citation reprise ce jour: ce qu'on appelle "avec l'âge" m'apparaissait tellement incongru à l'époque sans doute. Aujourd'hui elle se superpose à cette réflexion de Francis Dannemark relue la semaine passée ("Qu’il pleuve") : «Avec le temps, on ne vit plus que des sentiments mitigés : plus rien n’est plein, ni les bonheurs ni les malheurs ; toute chose à son ombre, qui s’allonge et où l’on pourra se reposer.» On ne peut mieux dire. Ce matin, je fus réveillé une heure avant le lever du soleil par un étourdissant concert d'oiseaux annonçant un printemps proche dans notre minuscule jardin de ville. Il s'en dégageait une force de conviction peu commune, comme si ces dizaines de petits gosiers fragiles se liguaient pour conjurer l'hiver, l'obscurité, la froidure invitant à nous lever et à cueillir la lumière du jour dans sa plénitude: réveillez-vous, l'hiver s'enfuit. Jadis, très loin jadis j'avoue, je me levais avec eux et pour peu j'aurais chanté à l'unisson: une journée à vivre, quelle aventure. Je n'ai plus connu ce sentiment de plénitude depuis longtemps, cette aisance à bondir dans un jour ensoleillé avec la hâte de n'en perdre pas une minute. Suis-je le seul a entrer ainsi dans ma vie le matin à reculons, paraphrasant tel moraliste connu "le soleil brille, un nouveau jour se lève, les ennuis commencent." Merci les moineaux.

Lu dans:
Thierry Maulnier. Le dieu masqué 1980-1984. Essai. Gallimard. NRF.1985. 340 p. Extrait. p. 315.
Qu’il pleuve. Francis Dannemark. Ed. Pocket. Coll. Best. 2000.

25 février 2008

Donner ce qu'on ne possède

"Un des plus grands bonheurs: donner ce qu'on ne possède pas, ou qu'on ne possédera qu'en le donnant. L'espoir, quand on désespère. Le courage, quand on n'est que peur. La paix, quand on n'est que tumulte. Et la maîtrise de soi quand on n'est qu'une insurrection de Ça hirsutes. "

C. Roy


lu dans :
La Fleur du Temps. Claude Roy. p. 330. Gallimard . NRF. 1988. 355 p. ________________________________________________________

Rassasiés de jours

"Par temps clair, hiver pur, été sec, la plus belle lumière est celle de la fin du jour, rasante, intense, dorée, sœur vive des ombres longues et promesse du repos de la vie. Rembrandt suggère qu'il peut y avoir des fins de vie éclairées de cette lumière-là, vies de vieux hommes rassasiés de jours, et que douleur, joie et sagesse ont passées au tamis."
C. Roy.


lu dans :
La Fleur du Temps. Claude Roy. p. 330. Gallimard . NRF. 1988. 355 p. ________________________________________________________

24 février 2008

Une sainte du banal


"Dans la notice nécrologique rédigée par Suzan pour le journal local, les dons
d'Emily pour le jardinage sont mis en avant, ceux pour l'écriture à peine
mentionnés."


C. Bobin





Emily Elizabeth Dickinson, (10 décembre 1830 - 15 mai 1886) fut une poétesse étatsunienne. Bien qu’elle fût inconnue pendant toute sa vie, Dickinson est aujourd’hui considérée avec Walt Whitman comme faisant partie des poètes fondateurs américains du XIXe siècle. Emily Dickinson a passé la majeure partie de sa vie recluse dans une chambre de la maison de ses parents à Amherst, et, excepté cinq poèmes (dont trois furent publiés anonymement et un autre sans que l’auteur en ait eu connaissance), son immense œuvre resta inédite et cachée jusqu’après sa mort. Comme le dit joliment Christian Bobin qui lui consacre son dernier opus, "un lecteur d'Amherst, après avoir lu J'avis de décès lui confirmant qu'il est, lui, bien vivant, se souviendra quelques secondes de celle qui éblouissait le ciel avec ses camélias et ses jasmins, puis il passera à autre chose ignorant qu'en tournant la page du journal il venait d'enterrer la sainte du banal."

Lu dans :
La Dame Blanche. Christian Bobin. Gallimard. Coll. L'Un et l'Autre. 2007. 120 p. (ext. p.119)

23 février 2008

Homonymie

«Une vie commune... Quelle idée !
Qui voudrait d’une chose commune ?»

Francis Dannemark

Lu dans
Qu’il pleuve. Francis Dannemark. Ed. Pocket. Coll. Best. 2000.

20 février 2008

Le caillou, le baton et la bombe

"En 1139, le concile du Latran fulmine contre l'arbalète et en interdit remploi entre chrétiens. L'arbalète est adoptée par toutes les armées européennes et restera en usage jusqu'à...
... L'arquebuse à son apparition est qualifiée d'« arme diabolique», et les arquebusiers faits prisonniers sont tous exécutés.
En 1 546, en France, une ordonnance royale interdit le port d'armes à feu même aux gentilshommes, sous peine d'être saisis et étranglés sur-le-champ, sans procès.
En 1964, le concile Vatican II fulmine contre la Bombe, et en déconseille l'emploi entre les hommes, chrétiens ou non.
Chaque arme nouvelle inspire une terreur nouvelle, cc qui n'empêche ni sa fabrication, ni son stockage, ni son utilisation.
On ne l'abandonne que si l'on trouve une autre arme encore plus efficace. Il en est ainsi depuis le caillou et le bâton."

R. Barjavel


Lu dans :
René Barjavel. La faim du tigre. p.125. Ed. Denoël 1966. Folio n°847. 215 p.

A la voile et à la vapeur

"La vie humaine est tissée de prose et de poésie."
E. Morin


Lu dans:
Pour une Politique de Civilisation. Edgar Morin. p.50. Arléa 2008. 80 p.

18 février 2008

L'oiseau de Minerve

"L'oiseau de Minerve prend toujours son envol au crépuscule."
Hegel.


Dans la Grèce antique, l'oiseau perché sur l'épaule de la déesse Minerve est la chouette, allégorique de la Philosophie. Elle ne s'envole qu'à la fin du jour, quand cesse l'activité humaine. La réflexion devrait précéder l'action, et c'est le contraire qui se passe. La trop grande rapidité de l'évolution technologique actuelle contribue à empêcher notre prise de conscience. Ce n'est guère neuf: de tous temps, comme nous le rappelle Hegel, il y a eu retard de la conscience sur l'expérience. Ortéga Y Gasset (1883-1955) notait avec justesse: "Nous ne savons pas ce qui se passe, et c'est cela justement qui se passe." Le retard s'accentue dans un temps accéléré.
_______________________________________________
Lu dans:
Pour une Politique de Civilisation. Edgar Morin. p.31. Arléa 2008. 80 p.

17 février 2008

Une politique de civilisation

"Les développements de notre civilisation en menacent les fondements."
Edgar Morin.


"(..) Partout les progrès des sciences, des techniques,de l'économie, de l'urbanisation, de la bureaucratie et même de l'individualisme, qui semblaient être à la fois les moteurs et les effets d'un progrès historique généralisé, révèlent leurs ambivalences.Les solutions sont devenues problèmes dans le monde dit développé; elles le deviendront dans le reste du monde et aggraveront les problèmes mondiaux.Sans le savoir, nous avons peut-être franchi les seuils au-delà desquels les sous-produits néfastes des processus bienfaisants devenaient les produits principaux."


Lu dans:
Edgar Morin. Pour une politique de civilisation. pp. 9 & 11. Arléa 2008. 80 p.

Gare aux couverts à Buckingham Palace

16 février 2008

Nous sommes tous des farceurs

"J'aime la verve sombre de Cioran. Parfois.
Mais le plus souvent, son pessisme me blesse. C'était son fonds de commerce,
certes..."

Francis Dannemark

Le jour de la citation de Cioran "nous survivons tous à nos problèmes" , Francis revenait de l'enterrement d'un ami cher, suicidé peu auparavant. Comme il le note avec justesse, "lui n'a pas survécu à ses problèmes. "

Un autre regard

12 février 2008

Sagesse de Cioran

"Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes."
Emil Michel Cioran



Lu dans
Emil Michel Cioran. Syllogismes de l'amertume. 1952 . Poche Folio Essais.

10 février 2008

Sagesse thibétaine



"Aussi longtemps qu'existera l'espace,
Aussi longtemps qu'il y aura des êtres,
Puissé-je moi aussi demeurer
Pour dissiper la douleur du monde."

Matthieu Ricard.

Curieux destin que celui de Matthieu Ricard , né en 1946 à Paris et fils de Jean-François Revel et de la peintre Yahne Le Toumelin. Après sa thèse en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, sous la direction du Pr. François Jacob, Prix Nobel de Médecine, il décide de s'établir dans l'Himalaya où il est devenu moine et vit depuis 1972. Un long dialogue avec son père, philosophe agnostique (d'où le titre "Le moine et le philosophe"), couché sur papier, demeure un florilège de confrontation adulte entre la pensée rationaliste et la spiritualité, mêlant interrogations et curiosités avec une lumineuse intelligence.


J'y ai retrouvé, à l'occasion de la rédaction de ce petit billet cette courte réflexion qui m'a (re)fait sourire : "La perception d'un objet comme désirable ou indésirable ne réside pas dans l'objet lui-même, mais dans la façon dont on le perçoit. [...] Un poème zen dit aussi: «Pour l'amoureux, une jolie femme est un objet de réjouissance; pour l'ermite, un sujet de distraction; et pour le loup, un bon repas»"
_________________________________________________
Lu dans
La Citadelle des Neiges. Matthieu Ricard. p. 137. Nil Editions. 2005. 140 pages.
lllustration: Cocons de Lumière. Dimitri Pariméros. Photo CV.

09 février 2008

La tristesse d'Echo


« On raconte aux petits enfants des histoires pour s’endormir. Les mythes m'apparaissent comme des histoires contées aux grands pour s'éveiller. »

J. Kelen


Un exemple? Narcisse et Echo tels que les décrit Ovide (43 avant -17 après JC) nous apprennent bien des choses sur nous-mêmes. J'ai redécouvert en ce qui me concerne le célèbre mythe avec un bonheur non-feint.


Narcisse fuit toute compagnie. Il a seize ans, il éveille le désir de ceux qui le rencontrent, filles ou garçons, mais ne leur accorde aucun regard, il recherche la solitude, le silence, les espaces désertés de la vaste nature. Or voici qu'une nymphe bavarde s'attache à ses pas et cherche à capter l'attention du jeune homme taciturne. Elle se nomme Écho. À la suite d'un châtiment envoyé par Junon, elle est privée de parole personnelle, elle peut seulement répéter les derniers sons émis par la voix d'un autre. Même si elle s'éprend follement de Narcisse dès qu'elle l'aperçoit, Écho est incapable d'aimer: en l'autre elle ne cherche qu'elle-même; elle dépend de l'autre pour exister, pour se sentir vivante; elle demande à l'autre - ami, amant, époux - de la rendre heureuse.


Écho est légion chez tous les amoureux... La relation que désespérément elle cherche est impossible puisqu'elle n'est pas sujet, ne peut jamais dire je : il n'y a qu'imitation, faible "écho" de l'autre, sinon "mal-entendu". De fait, c'est elle, la nymphe, qui se révèle, au sens freudien, narcissique. Le jeune homme repousse avec vigueur les avances de la demoiselle. Si l'on ne se connaît pas soi-même, que peut-on offrir à l'autre que sa propre ignorance, sa pauvreté, sa détresse ? L’amour n'est pas le partage de deux manques, la mise en commun de deux incomplétudes... Amère et honteuse, la nymphe part se cacher au fond des grottes et des bois et elle finit par se consumer d'une vaine flamme: comme le note Ovide, elle n'aura plus que la voix et les os. Une pauvre voix qui ne sait que répéter les mots vivants, vibrants d'un autre.
Echo, privée de parole personnelle, qui peut seulement répéter les derniers sons émis par la voix d'un autre: quelle aubaine pour les psychiatres, les enseignants et les publicistes.

Lu dans :
L'Esprit de Solitude. Jacqueline Kellen. p.35, p.76. La Renaissance du LIvre. 2001. 246 p.
Métamorphoses. Livre III. Ovide. Ed. GF Flammarion . 1988.

06 février 2008

Seul en paire

« Je t'assure. Vas-y, coince ton pied à gauche et lance-toi." Comme il me
l'a appris, j'emplis mes poumons d'air, je vérifie que la corde est bien tendue,
j'arrive à coincer mon pied dans la fente, je m'élève, je sens mon pied qui
tremble et tout d'un coup il me sem­ble que je n'ai plus aucune force dans
la jambe et que mon corps tout entier n'est plus que spasme, convulsion et
tremblement. Je suis pris d'une intense angoisse, une sueur glacée m'inonde le
dos. Je ne vois pas Stéphane mais lui, de l'an­fractuosité où il est
parvenu, peut me voir. Il me dit: "Ta main, ta main gauche puis la droite et
quand tu as rapproché suffisamment ton pied tu y vas." Je n'ai plus aucune
force, comment m'élever sur mes mains? Il m'assure, il va me tirer. Je tâte
instinctivement la corde. Elle n'est pas tout à fait tendue. Donc Stéphane ne
compte pas me tirer de ce mauvais pas grâce à la corde. Il pense que je puis le
faire seul. Une sorte de force me revient. Je lance ma main droite. Je sens la
prise, je ne l'ai que du bout des doigts. La main gauche s'accroche aussi. Mon
pied dérape sur la dalle. Impossible de m'élever. La voix dit: "A gauche, en
oblique, cale ton pied." Je sens une résistance, je prends appui dessus et d'un
dernier effort j'élève le pied droit. Je passe, je suis passé. Lui devant,
assuré par lui, mais en somme seul, tout seul."

Une page d'anthologie, recopiée du dernier roman autobiographique d'Henry Bauchau. Aujourd"hui nonagénaire, il revit une double période pénible de sa vie liée au décès de deux êtres chers en écrivant ces pages. L'extrait du passage périlleux d'une varappe, la description d'un guide expérimenté qui dévisse, ou de ses propres victoires sur lui-même grâce à la main attentive d'un ami qui lui sert de maître, seront méditées avec bonheur par quiconque se targue d'éduquer ou d'enseigner. La corde non tendue signalant qu'il faudra ne compter que sur soi, qu'on vous estime capable de le faire, la certitude qu'un autre est passé devant et vous assure, la voix qui guide sans rien imposer: du tout grand Bauchau.

Lu dans : Le boulevard périphérique. Henry Bauchau. p 18. Actes Sud. 2008 256 p.

l'écume et la vague

".. s'affranchir de l'écume du quotidien pour gagner la profondeur de
la vague."
Patrick de Saint Exupéry

Dur, quand on porte pareil patronyme (Saint Ex était son grand-oncle) de justifier pourquoi on quitte un emploi de journaliste salarié au Figaro pour créer XXI, un trimestriel de journalisme de récit, publié sans aucun appel à des fonds publicitaires. D'autres l'on précédé sur cette voie de rupture sans retour. Ils tissent nos rêves pendant les jours de routine laborieuse.

lu dans. Le Soir . Charline Vanhoenacker. 6 février 2008 . p.16 L'acteur. Patrick de Saint Exupéry. p.34. Le journalisme au long cours.

31 janvier 2008

L'effroi devant le gouffre

"Paix, paix
Ne criez pas
elle n'est pas morte
elle n'est pas endormie
elle s'est seulement réveillée
des rêves de la vie "
Shelley

Traduction libre des célèbres vers de Percy Bysshe Shelley écrits à la mort de John Keats qu'il admirait et qui comme lui mourut en pleine jeunesse. Il fut l’un des plus grands poètes romantiques britanniques, mais sa vie hors des conventions sociales, son idéalisme farouche et sa voix passionnée le rendirent célèbre et... détesté. Deux ou trois générations de poètes plus tard, il devint une idole, Son nom ne vous rappelle rien d'autre? La femme qu’il épousa en secondes noces, la romancière Mary Shelley, rédigea Frankenstein.
"Peace, peace.
He is not dead,
he doth not sleep
He hath awakened
from the dream of life"

Ces vers superbes calment-ils l'angoisse et le désarroi quand des êtres chers nous quittent avant l'âge. La vue du gouffre, du Néant (ou de l'Eternel c'est selon) un instant entrevu dans la course quotidienne de nos existences, peut remplir d'effroi les plus aguerris et les plus sages. Que la mort sait être moche. Ciao Marie-Dominique, après coup, trop tard comme souvent, on se dit qu'on aurait aimé mieux te connaître, mais nous pensions que nous avions le temps devant nous.

lu dans : Percy Bysshe Shelley. Adonais: An Elegy on the Death of John
Keats. (343-44), stanza 39

30 janvier 2008

Marche doucement

"Marche doucement, car tu marches sur mes rêves."
Yeats

Sortant d'une fin de nuit agitée, une phrase programme pour commencer sa journée, empruntée à William Butler Yeats, poète irlandais (1865 - 1939) et instigateur du renouveau de la littérature irlandaise. Du romantique à la culture celtique, il finit son existence influencé par Ezra Pound et le nationalisme irlandais, évoluant vers un style moderne sans concession. D'où vient la phrase ? D'un poème nommé « He wishes for the clothes of heaven » que l'on pourrait traduire assez librement par par "Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel."

Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel
Brodé de lumière d'or et de reflets d'argents
Le mystérieux secret, le secret éternel
De la nuit et du jour, de la vie et du temps

Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds
Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves
Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter
Marche doucement, car tu marches sur mes rêves

lu dans Henry Bauchau. Le boulevard périphérique. Actes Sud. 2008. Phrase placée en exergue du roman.

28 janvier 2008

Le vent de la mode

"Être dans le vent : une vocation de feuille morte."
Attribué à Gustave Thibon, mais aussi fréquemment à Milan Kundera.

Moins douteuse, de Gustave Thibon:
"La feuille morte voltige d'un lieu à l'autre,
mais tous les lieux se valent pour elle,
car son unique patrie est dans le vent qui l'emporte."

et pourquoi pas y ajouter
"Nùmme d'tote fisch schwimme met'm strom."
Seuls les poissons morts nagent avec le courant.
Proverbe alsacien.

Lu dans : L'équilibre et l'harmonie, Gustave Thibon, p.14, Fayard, 1976

27 janvier 2008

Le berger et le paysan

"Plus tard, beaucoup plus tard, chacun se découvre étrangement nomade ou sédentaire, amateur de flux, de transports, de déplacements, ou passionné de statisme, d'immobilisme et de racines. Les premiers aiment la route, longue et interminable, sinueuse et zigzagante, les seconds jouissent du terrier, sombre et profond, humide et mystérieux."
Michel Onfray.

Une belle méditation sur ce qui nous met en route, sur notre double appartenance: berger ou paysan. Aux valeurs de l'ordre, du travail, du territoire, s'oppose l'instinct du nomade, qui ignore l'horloge et fonctionne au soleil ou aux étoiles, s'instruit des constellations et de la course de l'astre dans le ciel, n'a pas de montre mais un oeil d'animal exercé à distinguer les aubes, les aurores, les orages, les éclaircies, les crépuscules, les éclipses, les comètes, les scintillements stellaires. Du berger qui sait lire la matière des nuages et déchiffrer leurs promesses, interprète les vents et connaît leurs habitudes. Qui sommes-nous, et qui rêvons-nous d'être?

Lu dans Théorie du voyage. Poétique de la géographie. Michel Onfray. Le Livre de Poche, 2006

De senectute

"De tous les événements inattendus,
le plus inattendu de tous est la vieillesse."

Trotsky.


lu dans : Angoisse et Certitude. Maurice Schumann. Flammarion 1978. p.8.

23 janvier 2008

Du velours à la retraite

Son père affirmait volontiers: « Quand je serai à la retraite, je mettrai un pantalon en velours. » Cette tenue lui paraissait celle du loisir et de la liberté, par contraste avec le costume trois pièces que lui imposait sa profession. Il est mort avant d'avoir mis son pantalon en velours."

Colette Nys-Mazure

Je vous souhaite une bonne semaine
CV.

Lu dans : L'Age de vivre. Colette Nys-Mazure. DDB. 2007. p.21.

Consulter la lumière

Me voici dans l'atelier d'un peintre ami dont je suis le travail depuis des années. Il me montre ses derniers tableaux en observant; «Je deviens de plus en plus sombre, je m'en rends compte. Regarde ce que ma femme m'a écrit. Sur une feuille ordinaire, au marqueur noir, d'une belle écriture balancée, elle a inscrit: Tu deviens de plus en plus sombre, tu devrais consulter la lumière."
Colette Nys-Mazure

Lu dans : L'Age de vivre. Colette Nys-Mazure. DDB. 2007. p.18.
Photo CVW, exposition Cocons de lumière. Dimiri Pariméros. Les Brigittines. janvier 2008.


20 janvier 2008

Le pays de notre langue














« Avant d'habiter un pays, on habite une langue et plus on possède de mots pour y définir sa place, plus on a de chances d'y occuper tout son espace. »
Jean-Claude Germain
né à Montréal le 18 juin 1939, scénariste, écrivain, auteur, journaliste, parolier et historien québécois


lu dans Cité dans « Norme et médias », Terminogramme, numéro 97-98, printemps 2001, p. 133.

18 janvier 2008

Des mots et des idées















"L'idée sans le mot serait une abstraction;
le mot sans l'idée serait un bruit;
leur jonction est leur vie."

Victor Hugo


Sagesse de l'amitié

" Un ami, c'est quelqu'un dont le bonheur suffit au vôtre ".

Yvan Audouard

Ecrivain - journaliste - réalisateur (D'où viens-tu Johny ?) né à Saigon en 1914, mort en 2004 dont je retiens aussi le très juste : "Ce ne sont pas les mécontents qui prendront le pouvoir mais ceux qui auront su tourner le mécontentement à leur profit".

Je vous souhaite une bonne semaine

CV.

13 janvier 2008

La culture est la vie

"La culture , c'est l'ensemble des formes qui ont été plus fortes que la
mort."

André Malraux.



Lu dans: Revue des Brigittines. Mai Juin Juillet 2007.

12 janvier 2008

Le meilleur des mondes

"Renoncer au meilleur des mondes, n'est pas renoncer à un monde
meilleur."
E. Morin.

Phrase longtemps reprise sur la carte d'adhérent du Parti démocrate italien (né de la refondation du Parti communiste) , lui-même exclu du PCF en 1948.

10 janvier 2008

Les ponts sur le vide


"Entre proche et lointain
Jette du vide."

Francois Cheng . Vide et plein

Vide et plein

"Se vider de tout ce dont est plein, se remplir de tout ce dont on est vide".
Saint Augustin.

08 janvier 2008

Horizon

"Va lentement
Ne te hâte pas
Chaque pas t'amène au meilleur instant de la vie"

L ' instant présent . Thich Nhat Hanh .

05 janvier 2008

De l'avoir plein les armoires

"Oh la la la vie en rose
Le rose qu'on nous propose
D'avoir les quantités de choses
Qui donnent envie d'autre chose
Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c'est d'avoir
De l'avoir plein nos armoires."

A Souchon . Foule sentimentale

Merci à Paul de m'avoir fait découvrir ce court texte à l'occasion d'un échange d'impression sur les soldes annuelles.

01 janvier 2008

Le moment du passage


"Essaie de voir naître le moment où se fait le passage
Pour cela les oiseaux t'aideront car eux ils savent."

Guillevic. Possibles futurs. (*)

C'est l'histoire d'un village, mécontent de son entrée, qui décide d'inviter un sculpteur. Cet homme connu et apprécié observe longuement le paysage, inspecte les alentours, se promène dans les ruelles, écoute chanter la rivière et accueille les premières hirondelles. Quelques matins plus tard il se fait livrer un énorme bloc de pierre. Le lendemain, tous les habitants du village sont là, admiratifs pour le voir manier ses outils, après une semaine ils ne sont déjà plus que quelques badauds et quinze jours après ils ne sont plus personne à le regarder travailler. Personne sauf un enfant qui l'observe en silence. Lorsque après plusieurs mois de travail et de patience l'oeuvre est inaugurée, un magnifique cheval trône à l'entrée du village. L'enfant l'observe , et rompt enfin son silence : "Dis monsieur, quand tu as vu le gros bloc de pierre, comment savais-tu qu'il y avait un cheval dedans? " (*)

Belle allégorie pour l'an neuf inauguré ce matin. Il cache un cheval, et bien d'autres choses qui nous sont propres à chacun. Rude tâche que d'en découvrir les contours en les créant patiemment jour après jour. Rien ne préexiste, les pages à écrire sont vierges, à l'encre sympathique. L'avenir n'est ni préécrit ni redondant, comme on aime parfois nous le faire croire. Je vous souhaite un beau cheval.

CV.

(*) Citation et conte repris au superbe livre de mes amis Cécile Bolly et Michel Vanhalewyn (avec Véronique Greandjean et Serge Vidal, que je ne connais guère) "L'éthique en chemin", Weyrich Edition, 2004, 264p. Le conte a été un tantinet réécrit pour se mouler au modèle de ces billets Entre café et journal (une page écran): Cécile me le pardonnera j'en suis sûr.

31 décembre 2007

Changement de phase - bis

"Je pense qu'on vit une révolution comparable à celle du XIXe siècle, lors du passage au capitalisme industriel. Dans ce système, même quand on dénonçait son pire aspect, qui est l'exploitation de l' homme par l' homme, il y avait l'homme - exploité ou exploiteur. la particularité de l' économie actuelle, du néocapitalisme financier, c'est que l'homme disparaît - qu'il soit exploiteur ou exploité. Prenez une entreprise qui est rachetée par un fonds de pension ou de placement, les travailleurs de cette entreprise ne savent pas qui est le propritétaire et les propriétaires ne savent pas de quoi ils sont propriétaires. "

Jean-François Kahn, directeur-fondateur de l' hebdomadaire "Marianne", dans une interview au quotidien Le Soir, 28/12/2007.

Changement de phase

"Quelque chose est à bout de course dans les grands systèmes religieux qui ont réglé le sexe, la mort ou l'imaginaire. Mais les bousculer avec notre frénésie d'objets inutiles aboutit à revitaliser leur part la plus stupide".

Olivier Germain-Thomas, in "Le Bénarès-Kyoto", Ed. du rocher, récit de voyage, prix Renaudot de l' essai 2007

25 décembre 2007

Le bonheur, encore

"Le commencement du bonheur, c'est de renoncer aux plaisirs qui ne font pas plaisir."
Claude Roy . La Fleur du Temps.
Je vous souhaite une bonne fête de Noël

24 décembre 2007

Le voyage de retour

"«Pourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ?»

Julien Gracq, géant des lettres françaises, auteur du «Rivage des Syrtes», est mort samedi, à 97 ans.

22 décembre 2007

L'Utopie de Moore

"La Nature (disent les Utopiens) invite tous les hommes à s'entraider mutuellement , et à partager en commun le joyeux festin de la vie . (...)
La Nature a donné la même forme à tous ; elle les réchauffe tous de la même chaleur , elle les embrasse tous du même amour ; ce qu'elle réprouve , c'est qu'on augmente son bien-être en aggravant le malheur d'autrui ."


Saint Thomas More (1478-1535)
théologien et philosophe humaniste anglais
"L'Utopie ou le Traité de la meilleure forme de gouvernement"

20 décembre 2007

Zen

"La méditation permet d'ouvrir l'esprit à toute la farce du monde."

Martine Seguy

17 décembre 2007

Un homme à cheval

"Longtemps jeune fille j'ai rêvé d'être enlevée par un homme à cheval. Il a tardé un peu, mais l'essentiel est qu'il m'ait emmenée."
Marthe, dans La femme coquelicot, téléfilm français réalisé par Jérôme Foulon visionné ce soir sur TV5.

A découvrir par toutes les âmes esseulées qui désespèrent un jour d'être aimées à leur tour.

L'ami témoin

"Un ami, un véritable ami, c'est aussi un témoin, quelqu'un dont le regard permet d'évaluer mieux sa propre vie."
E Carrère. L'adversaire. Folio.

16 décembre 2007

La fragilité

"La fragilité est ainsi la condition de l'existence : nous ne sommes pas convoqués au lien, ni avec les autres ni avec l'environnement, nous sommes liés, ontologiquement liés. La fragilité, condition même de l'existence, est ce qui nous rappelle ces liens, avec le tout substantiel, dont nous sommes porteurs, mais aussi avec ce que notre époque oublie, la longue durée des phénomène sociaux. Assumer cette fragilité est le défi de tout un chacun."

Miguyel Benasayag . La fragilité. La Découverte, 2004

15 décembre 2007

Tendresse

"Il faut que je vous dise
Qu'un bisou, une bise,
C'est souvent
glacé
Et que les mots "Je t'embrasse"
Rarement remplacent
La douceur
d'un baiser."

Francis Dannemark

Ce petit aphorisme tendre de Francis Dannemark me permet de réinitier ma liste, laissée en friche pour parer à plus pressé durant de longs mois. Cela devrait aller mieux. Bon week end.

02 décembre 2007

"Quand on a pour seul outil un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous."


Variante attribuée à Mark Twain, citée régulièrement par Guillebaud et qu'une rapide recherche sur Google met dans la bouche de bien d'autres. J'ai lu un jour (je crois que c'est dans un livre de Dannemark) qu'un "auteur n'est jamais qu'un futur volé voleur volant lui-même des voleurs." (cité de mémoire, excuse-moi Francis pour les approximations). Ceci dit cette variant est encore plus lumineuse que le proverbe québequois

29 novembre 2007

la forme des problèmes

"Quand on a un marteau dans la tête , on voit tous les problèmes en forme de clous ".

Proverbe québecquois

25 novembre 2007

15 novembre 2007

Une chambre


"Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d'espérance, rien d'aute: telle est la petit chambre dont l'âme est locataire."
Christian Bobin . Ressusciter.

La maman d'amis chers s'est éteinte ce jour. Mieux que jamais je mesure ce que ce terme de "s'éteindre" signifie, illustré par les quelques mots de Bobin si parlants en cette circonstance.

10 novembre 2007

Il pleut


"Je devine qu'il pleut quand je vois les parapluies s'ouvrir en rue."
Sagesse de patient


Petite leçon de philosophie du quotidien, extrapolable à bien d'autres
réalités. L'indicible, l'inaudible, l'invisible, l'inexprimable ont leurs canaux
que nos sens ne perçoivent guère.

08 novembre 2007

06 novembre 2007

04 novembre 2007

03 novembre 2007

02 novembre 2007

Le pouvoir des heures



"Vulnerant omnes, ultima necat"
Sagesse des cadrans solaires


trad. Toutes blessent, la dernière tue (il s'agit des heures ; inscription traditionnelle sur les cadrans solaires)

30 octobre 2007

La foule solitaire


"Je ne me sens jamais aussi seule que dans la foule."
Sagesse d'une patiente anonyme



Elle marque un silence, me signale son spleen à la veille de la Toussaint, et en imaginant les fêtes proches. Mari mort il y a cinq ans, une fille célibataire adorable, une amie octogénaire fidèle. Et tous les autres, voisins, fournisseurs, commerçants, facteur, femme de ménage, employé du gaz, médecin oserais-je souffler, tous proches et lointains à la fois. On se sent tous seuls un jour, dis-je. C'est curieux, je ne me sens jamais aussi seule que dans la foule, répond-elle. Un ange passe. On n'échange pas plus de vingt mots ensuite: tout a été dit.

La fumée que le vent dissipe

"J'ai eu des maîtres éminents.
Je me suis réjoui de mes progrès,
de mes
triomphes.
Quand j' évoque le savant que j'étais,
je le compare à l'eau
qui prend la forme du vase
et à la fumée que le vent dissipe."

Omar Khayyam. Les Robaiyat.

Voilà un an , je découvrais incidemment sur la table d'une vieille patiente fort digne les Robaiyat (Quatrains) d'Omar Khayyam, poète philosophe mathématicien érudit ayant vécu autour de l'an mil. Son nom signifie le dissipateur de biens, expression qui dans la terminologie soufie est attribuée à "celui qui distribue ou ignore les biens du monde constituant un fardeau dans le voyage qu'il entreprend sur le sentier soufi" (Omar Ali-Shah). Je ne le connaissais guère, ma patiente avait reçu le livre de son directeur d'école de secrétariat il y a de fort longues années. "Je le relis, il me console de mon actuelle infortune." Elle est morte récemment et le livre m'est revenu ce matin, précieux entre tous. Je le redécouvre et m'en délecte, comme d'un ami cher qui me partagerait ses errances à notre époque.

28 octobre 2007

Lu dans une revue Photo

"Méfie-toi de ceux qui confondent l'éclairage et la lumière"

Tonino Benacquista, écrivain et scénariste français.

Comme un flocon

"Sur le chemin de Saint -Sernin les flocons de neige se précipitaient sur moi avec la gaieté d'enfants porteurs d'une bonne nouvelle: «Ta vie dans l'absolu n'est pas plus longue que la nôtre - mais comme elle, éternelle. »
Christian Bobin. Une bibliothèque de nuages.



26 octobre 2007

Etincelle de souvenir

"Une étincelle de souvenir
J'y suis toujours
puis n'y suis plus ."

Claude Roy
Les pas du silence

Une dernière petite patiente, grimée en chauve souris, quitte le cabinet. Halloween est sur toutes les lèvres. La fête où on tourne la mort en dérision a remplacé subrepticement ce moment intense où nos morts, c'était il y a un siècle, étaient fêtés. J'en ai gardé au fond de moi quelque chose, plein de douceur et de gratitude pour tous ceux qui m'ont permis de me construire. Comment expliquer ceci en mots simples à ma petite chauve souris?

25 octobre 2007

La musique du silence

'art du mime, comme la musique, comme la danse, est au-delà des mots. C'est un cri silencieux, c'est la musique du silence"
Le mime Marceau

23 octobre 2007

Une pluie de lumière


"Le vent, en secouant les feuillages, fait tomber quelques gouttes de lumière sur mon âme étonnée."
Christian Bobin. Une bibliothèque de nuages.






C'est ce que j'ai vu ce matin à l'ombre de Saint Luc, sur le parking facultaire bordé d'arbres. Un soleil frisant et pâle illuminait tout d'une aura neigeuse. La beauté est inattendue .

20 octobre 2007

By the K-way


"C'est imperméable, mais à l'intérieur t'es tout trempé."
Dany Boon

Comment ne pas se souvenir de notre premier K-way, avec les oreilles qui crissent à l'intérieur du capuchon. J'en ai pleuré de rire en lisant cette phrase embaumant les souvenirs d'enfance. Ceci dit, la boutade s'applique à bon nombre de nos ustensiles utilisés quotidiennement, et bien plus récents que l'antique anorak kangourou.

Les mains d'or

Superbe et émouvant Bernard Lavilliers


14 octobre 2007

Se situer

"Quand nous saurons, une bonne fois d'où nous venons et où nous allons, nous saurons alors où nous en sommes."

Pierre Dac

09 octobre 2007

Sonne la pendule

"La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit ."

C. Baudelaire. L'examen de minuit

Ces bruits qui construisent

« On ne mesure pas l’importance d’une parole au bruit qu’elle fait mais à ce qu’elle éveille. Soyons fiers de n’être pas assourdissants. Nous sommes gens de vie, plus que gens du monde. Plus vaste que tous les mondes est la vie.»

Henri GOUGAUD, in Dire, revue du conte et de l’oralité N°17-hiver 93.

07 octobre 2007

Le vrombissement de l'homme









photo C. Demey

"Il n'y aura bientôt plus de lieu où ne s'entende le vrombissement de l'homme: la nature devient plus ce qu'on invente que ce qu'on explore."

François Daguonet, cité par Alain Finkielkraut dans L'imparfait du présent, Folio, p.310.

05 octobre 2007

Sagesse de Kaléko


" Partout, le regret de l'ailleurs

T'aura en sa puissance

Le dedans, quand tu es dehors;

Le dehors quand tu es dedans. "


Mascha Kaléko

04 octobre 2007

Les paradoxes du temps

"Dans le passé, il y avait plus d'avenir."

P.Kroll


D'accord, c'est l'humoriste qui parle. Mais la réflexion dépasse le clin d'oeil et des théoriciens de la perception du temps dans nos sociétés ont écrit de belles et longues pages sur le sujet.

03 octobre 2007

Tumulte


"Tumulte, ça veut dire qu'il y a tant de bruit qu'on n'entend rien."

Entretien avec Charles Berling, film "Notable donc coupable", Le Soir 2.10.07

30 septembre 2007

Transparence

"Qui n’a plus qu’un moment à vivre
N’a plus rien à dissimuler. "

Quinault. – Atys

29 septembre 2007

"Le temps est invention ou il n'est rien du tout"

Bergson.

Lettre à Véronique


"Le fleuve construit la rive qui l'empêche de se répandre et de se perdre."

Jacques de Bourbon Busset. Lettre à Laurence


Véronique enterre sa vie de jeune fille à l'heure qu'il est, entourée d'amies chères et de ses belles-soeurs. J'aurais dû lui écrire quelques lignes, pour lesquelles le temps m'a manqué. Elle les trouvera donc demain dans son courrier électronique, sous la plume de Jacques de Bourbon Busset. Engagement et liberté ne sont guère antagonistes: la rive donne au fleuve sa cohérence. Comme l'ombre est la chance de la lumière, la rive est la chance du fleuve.


D'importantes choses peuvent être dites en une vingtaine de mots. Les vivre demeure un autre défi, et demande tout de même un petit coup de pouce du destin, ce zeste de bonne fortune dont la présence ou l'absence fait et défait les existences.

28 septembre 2007

encore le bonheur

"On s'en va parce qu'on a besoin de distraction et l'on revient parce qu'on a besoin de bonheur."

Victor Hugo

26 septembre 2007

Toi et je


« A toi dite Kay qui, en me donnant Toi, m'a donné Je. »


Dédicace inscrite par André Gorz dans l'exemplaire du Traître offert à son épouse Dorine

Histoire d'un amour


"Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans. (...) Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien."


André Gorz. "Lettre à D. Histoire d'un amour" (éditions Galilée, 76 pages). à son épouse Dorine.



Le philosophe André Gorz, 84 ans, et son épouse Dorine, 83 ans, ont été retrouvés morts, lundi 24 septembre, à leur domicile de Vosnon (Aube). Les deux octogénaires reposaient côte à côte. De son vrai nom Gérard Horst, l'auteur d'Ecologie et politique et des Adieux au prolétariat, longtemps proche de Jean-Paul Sartre, avait pris sa retraite en 1983 pour s'occuper de sa femme, atteinte d'une affection évolutive qui s'est doublée d'un cancer. Très épris, le couple s'était retiré dans cette maison, à 35 kilomètres de Troyes. Jean Daniel, avec lequel André Gorz fonda, en 1964, l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, où il fut rédacteur en chef sous le nom de Michel Bosquet, a vu dans leur décès "l'écrasante beauté d'une communion dans le suicide de deux amoureux octogénaires". André Gorz aurait fait part à une amie, il y a quelques jours, de son désarroi devant l'aggravation de l'état de santé de son épouse.Dans un ouvrage paru en 2006 et qu'il voulait le dernier, il notait que la présence de son épouse "fut décisive dans la construction d'une oeuvre dont la visibilité ne porte qu'un nom alors qu'elle fut celle d'un couple, le fruit d'un long dialogue."

24 septembre 2007

Aérien



"Des notes prises au vol surgissent un texte aérien."

Julien Green. Le grand large du soir.

23 septembre 2007

Une petite histoire de chien pour Bernard Kouchner

A en croire ses dernières déclarations, le ministre français des Affaires étrangères (ou est-ce le ministre de la Guerre?) serait déterminé à en découdre à tout prix avec l’Iran. Avant que les choses n’aillent trop loin, qu’il me soit permis, au vu de la mésaventure arrivée à l’un de mes amis antiquaire, de lui conseiller la prudence.
Cet ami-là était récemment à Téhéran en quête de l’objet rare. Or voilà qu’au bazar, passant l’échoppe d’un marchand d’épices, le spectacle d’un chien enfournant sa pitance attire son regard. C’est alors qu’il se rend compte que le bol bleu turquoise qui sert à l’animal de gamelle est un précieux kachan datant du treizième siècle et valant des dizaines de milliers de dollars. Il me le faut, se dit-il, mais je dois à tout prix éviter de mettre la puce à l’oreille du marchand. Il s’approche donc de ce dernier et lui demande du safran."Accepteriez-vous" lui dit-il ensuite en agitant devant ses yeux un beau billet vert, "de me vendre ce chien pour cent dollars américains? " "Marché conclu" s’empresse de dire le marchand en empochant l’argent. "Je vais lui prendre sa gamelle", lui dit alors mon ami qui voyait bien que l’Iranien avait mordu à l’hameçon. "Je vous en donne dix dollars". Mais à sa grande surprise, ce dernier refuse de lui céder la gamelle du chien pour dix dollars. Mon ami lui en offre alors cent, puis deux cents, puis cinq cents, puis mille, mais en vain.
"Pourquoi diable tenez-vous tant à cette gamelle?" s’insurge-t-il finalement. "C’est un talisman, monsieur" lui répond le marchand persan. "Un vrai porte-bonheur !"ajoute-t-il. "Un porte-bonheur? Un talisman?" Mon ami n’y comprenait rien. "Voyez-vous", lui explique alors l’Iranien, "depuis que j’ai cette gamelle, j’ai bien dû vendre un millier de chiens comme celui-ci à des messieurs occidentaux comme vous."
Cela pour dire qu’avant de se fourvoyer plus avant dans ce bras de fer, nos gouvernants feraient bien de se rappeler que les ancêtres de ceux qui président aujourd’hui aux destinées de l’Iran excellaient déjà dans l’art de la diplomatie quand, en Occident, on en était encore à pousser des grognements, à se taper dessus à coups de massue et à traîner les femmes par les cheveux. Mon souci étant que, les Persans continuant à se montrer plus malins qu’eux, les dirigeants du monde occidental ne perdent finalement leurs nerfs et ne recourent à la canonnière. Auquel cas ils ne devraient pas avoir plus de succès avec les Iraniens, que mon ami antiquaire. Bien au contraire. Lui au moins, serait reparti de Téhéran avec un gentil chien-chien.
Percy Kemp. Rue 89. 19/09/2007

22 septembre 2007

Les mots qu'on ne dit pas

"Aussi longtemps que les mots sont dans ta bouche, tu es leur maître. Une fois qu'ils sont prononcés, tu es leur esclave !"

Salomon ibn Gabirol, poète et philosophe espagnol

Destinée curieuse de ce « poète parmi les philosophes, philosophe parmi les poètes » comme le qualifiait Heinrich Heine, dont l'œuvre philosophique influença bien plus la scolastique chrétienne que la philosophie juive, alors que ses poèmes (dont le plus célèbre, Keter Malkhout est encore chanté de nos jours à Yom Kippour) ont tant fait pour sa renommée que la grande artère du district nord de Tel-Aviv, porte aujourd'hui son nom, ainsi que d'autres rues en Israël.

Rien ne vaut un drame

"Pour être réussi et savouré, il [le compromis à la belge] doit être précédé d'un psychodrame. Il faut que l'on sente l'ombre de la rupture, la froideur de la lame qui va tout casser. Il faut que le temps manque pour conclure; en un mot que l'échec soit vraisemblable. Ensuite, il contient une dose d'imagination sophistiquée que l'on ne trouve pas dans les autres pays."

Jean Gandois, dans Le Soir du samedi 22 septembre 2007

20 septembre 2007

Je et moi


"Dès notre naissance, nous vivons avec un inconnu. Il faut s'arranger ensemble, et essayer de se comprendre, ce n'est pas toujours évident. Je ne s'entend pas avec moi. Et pour certains, cela durera jusqu'à ce qu'ils soient enfin sous la terre. De la clarté à l'ombre, le différend aura duré."



Julien Green. Le grand large du soir. Journal.

19 septembre 2007

El amor crece





"La muerte no te ha eliminado
te ha transformado
El dolor disminuye
el amor crece."

"La mort ne t'a pas éliminé
elle t'a transformé
la douleur diminue
l'amour grandit."

Alejandro Jodorowsky . Les Pierres du Chemin (Piedras del camino).

18 septembre 2007

Passeur de sens






Mes maîtres m'ont appris le sens, ce sens qui donne un accord et une correspondance entre le mot et le monde, ce sens qui établit un courant entre l'âme humaine et la transcendance toujours voilée de l'oeuvre.

"H.Grimaud. Leçons particulières.

On rejoint les thèses de René Barbier d'un "éducateur comme passeur de sens". A la fin de son roman intitulé "Siddharta", l'écrivain Herman Hesse un vieux passeur sur le fleuve. Son ami de jeunesse, Govinda, toujours en quête spirituelle, ne le reconnaît pas et continue à suivre son Maître. Il méconnaît ainsi tout ce qu'un "passeur" vers l' "autre rive" comme disent les sages orientaux, pouvait lui apporter. Nous aussi, dans notre monde tourmenté, nous avons besoin de passeurs entre des univers de significations de plus en plus plurielles et paradoxales. Il y a nécessité, en quelque sorte aujourd'hui, de découvrir des "passeurs de sens" entre les spécialités disciplinaires dans l'ordre des sciences de la matière, des sciences de la vie et des sciences humaines.

17 septembre 2007

La nature est un bon maître



" En prenant la nature pour modèle, il m'apprit que rien de ce qu'on prétendait n'était définitivement établi et que l'équilibre ne pouvait être atteint que par l'acceptation inconditionnelle d'un univers aux multiples reflets.




Le bien dissipe les effets du mal, la douceur de l'air efface le souvenir des frimas et le geste d'un homme partageant son pain est plus important que le crime d'un fugitif aux abois. Il faut que le meilleur l'emporte sur le pire."


José-Maximilienne Bourbon. Le testament sauvage. Editions Eole 2001.
Illustration . Neuvillers, 26.8.2007. Cécile Bolly.

interrogation sur le bonheur

"Le bonheur, c'est d'être heureux; ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est"

Jules Renard

15 septembre 2007

"Dans leur immobilité les mots ne renvoient qu’indirectement aux choses; mais les images tendent par leur écoulement à s’y substituer, en nous empêchant de les percevoir et de les penser à notre gré."

Pense-t-on devant sa télévision ?
Usages de la philosophie par Juliette Chiche et Gilles Blanc-Brude

13 septembre 2007

vivre, je veux vivre

"Hier soir, ma copine et moi étions assis à table, à discuter de choses et d’autres puis nous en sommes venus à parler de l’euthanasie, sujet délicat du choix entre la vie et la mort. Je lui ai dit : "Ne me laisse jamais vivre dans un état végétatif, dépendant d’une machine et alimenté par le liquide d’une bouteille. Si tu me vois dans cet état, débranche les appareils qui me relient à la vie". Elle s’est levée, a débranché la télé, a éteint l’ordinateur et a jeté ma bière."

Proximité

"Le cannibalisme et le fratricide sont à proscrire dans les sociétés un tant soit peu civilisés. C'et vite dit quand, dans le ventre de votre mère, vous avez un jumeau qui boulotte l'essentiel de la nourriture commune. "

N'avouez jamais, on pourrait vous croire .
Voix d'encre N° 34 - ISBN 2 35128-005-9 - Page 5
Denis Langlois