30 septembre 2021

Départ

 

"Même si tout s'arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s'il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d'être né,
D'avoir bu à longs traits le vin de l'existence,
D'avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D'avoir aimé, d'avoir lutté, d'avoir pleuré.

Je n'ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l'on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j'ai parfois marché sur l'eau, flotté dans l'air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J'ai respiré un peu d'éternité." 
                Liliane Wouters. Le livre du soufi.



 

Lu dans:
Liliane Wouters. Le livre du soufi. Editions Le Taillis Pré. Décembre 2009. 70 pages. Extrait p.64

29 septembre 2021

Automne

"La clarté très claire    comme par temps de grand froid
une lumière de patins à glace de soleil après le vent du Nord
une lumière de fil du rasoir
un air de cristal réfracté
mais l'extrême douceur de juin en septembre
et la tiédeur qui descend en flânant dans le creux des os

Cette journée m'a été donnée
je n'y comptais pas tellement
un jour transparent parmi le lot qu'on a rajouté à ma part
osons le mot malgré l'insolence
ce serait presque du bonheur
partagé avec toi sous le même ciel clair
comme par temps de grand froid
comme juin en septembre.  "
                Claude Roy     Bonheur du jour  Le Haut Bout  26 septembre 1983

 
 

Lu dans:
Claude Roy. A la lisière du Temps. Gallimard. NRF. 1984. 204 pages. Extrait p.168

28 septembre 2021

L'ombre de toi

 

« Je veux bien n’être que ça : une trace dans ta main.» 
                        Yves Namur


S'il y a du Brel dans cette déclaration d'amour sublime, qui rappelle l'inoubliable "laisse-moi devenir / l'ombre de ton ombre / l'ombre de ta main / L'ombre de ton chien", je ne pense pas que j'aurais pu partager ma vie avec pareille dulcinée.


Lu dans:
Yves NAMUR. N’être que ça. Lettres Vives. Coll. Entre 4 yeux. 2021. 92 pages

26 septembre 2021

"Quel est votre moment préféré de la journée ? Il y en a deux. Le matin tôt, au réveil, je regarde les plantes sur la terrasse avant de m'immerger dans le reste, c'est une façon de recueillir mes pensées. Le soir, quand il y a encore de la lumière mais qu'il ne fait plus jour. C'est un moment de passage. La bataille de la journée s'est accomplie, c'est le moment où l’on se rappelle de soi."

                    Carlo Rovelli 


 

 

Lu dans:
Anne-Sophie Novel. Carlo Rovelli : « On ne voit jamais le temps, mais on voit les choses changer ». Le Monde. 15 juin 2015.

25 septembre 2021

Surprendre

 

"Un repas, il n’est pas nécessaire que ce soit toujours délicieux, mais il faut que ce soit mémorable. Il faut déranger, sinon on ne se rappelle pas ce qu’on a mangé. Quand on fait dans notre manufacture un sorbet aux herbes fraîches ou de la glace à l’huile d’olive, en utilisant des olives séchées de Sicile, maturées, on va dans la caricature du goût, mais c’est volontaire." 
                    Alain Ducasse




La gastronomie serait-elle le dernier des voyages capables de surprendre, et de laisser des souvenirs? Louveteaux, nous fûmes gratifiés un soir d'un plat étrange, baptisé par l'intendance "Banane de Mowgli". Prenez une banane, coupez-la en deux dans le sens de sa longueur et fourrez-la de moutarde. Entourez le tout d'une tranche de jambon blanc, savourez. Je me souviens encore du recul provoqué par l'annonce du plat, de la surprise des papilles et des images qui m'en restent cinquante ans plus tard: c'était tout simplement délicieux. Et quand me revient la saveur conjuguée d'un crottin de Chavignol trempé dans un Sancerre frais, partagé avec la famille en roulotte dans le Val-de-Loire, ce ne sont ni le lait de chèvre ni le raisin qui dominent mais l’inoubliable rencontre d'un terroir, d'un savoir-faire, du bonheur d'être ensemble et de la conscience aiguë de la non-reproductibilité d'un moment unique dans notre existence.

 

 

Lu dans:
Alain Ducassse. J'ai besoin de toucher, de sentir, de manger à cru. Propos recueillis par Leo Pajon. Le Monde 24 septembre 2021. page 29

24 septembre 2021

Œuvre intime

 

"Il ne faut pas s'astreindre à une œuvre. Il faut seulement écrire quelque chose qui puisse se murmurer aux oreilles d'un ivrogne ou d'un mourant."
            E. Cioran, Syllogismes de l'amertume
 



Le soir, elle tient une sorte de journal dans son agenda. "Matin: Colruyt, pharmacie, petite promenade au parc. Il y a un an, décès de S. (sa fille). Pourquoi m'en voulait-elle tant?" En quelques mots allusifs, un roman intime se déroule.



 

Lu dans:
Jean Loubry. Penser contre nature. Aphorismes de philosophie. Presses Universitaires de Louvain. Coll. Petites empreintes. 2018. 74 pages. Exergue

22 septembre 2021

Les héros sans gloire

 «Harry Ramos est mort en héros, c'était le type le plus adorable au monde. Il a aidé ses collègues à évacuer, et en descendant, ils ont croisé un homme obèse qui semblait avoir abandonné tout espoir. Harry et un autre de nos employés, Hong Zhu, l’ont aidé à continuer. Ils sont arrivés jusqu’au 30e étage environ, mais l’homme a de nouveau voulu abandonner. Les pompiers qui montaient dans les étages criaient : « Allez, vite, on se relève, on se relève ! » Ils ont conseillé à Hong et à Harry : « S’il ne veut pas continuer, laissez-le ici, et partez, vite. » Hong a eu peur, il a dit : « Harry, allez, viens, on y va. » Harry a répondu : « Non, je vais rester avec lui. » Hong a réussi à sortir. Harry n’a jamais été retrouvé. L’homme que Harry Ramos a tenté de sauver s’appelait Victor Wald, 49 ans, courtier new-yorkais chez Avalon Partners et père de deux enfants. Wald avait été embauché par Avalon à la fin du mois d’août. Plus tard, les familles de Ramos et de Wald ont demandé que leurs noms soient inscrits l’un à côté de l’autre sur le mémorial du 11 septembre."       

                    Garrett M. Graff.  11 septembre, une histoire orale



Quand viendrait l'heure, qui serions-nous? Si ce court texte m'interpelle tant, c'est que je pourrais sans aucun doute être Hong, ma poche de courage étant si menue - ou mon instinct de vie si grand, la frontière est ténue entre les deux. Je pourrais aussi être Harry, par atavisme professionnel, certaines attitudes d'aide étant devenues des automatismes, comme une seconde nature. Je pourrais surtout être Wald, invalidé par son obésité, sa méforme, sa descente pataude ralentissant les autres. Il existe à Los Angeles le Walk of Fame, trottoir célèbre du quartier de Hollywood visité chaque année par 10 millions de visiteurs, pavé de 2 621 étoiles payantes dédicacées à tout ce que l'Amérique compte de célèbre, politiques, industriels, acteurs de cinéma, artistes, sportifs. Que pèsent deux prénoms anonymes - Harry, Wald - côte à côte sur le mémorial du 11 septembre, face à tant de gloire? Rien sans doute, si ce n'est le poids du simple courage, et de la fraternité humaine.




Lu dans:
Garrett M. Graff.  Trad. Jerome Schmidt. 11 septembre, une histoire orale. Ed. Arènes. 2021. 529 pages. Extraits pp 158, 167

Un exercice militaire plus vrai que nature

 

"On était en plein dans notre grand exercice annuel dénommé Global Guardian. Tous les bombardiers étaient armés, les sous-marins étaient à l’eau et les missiles balistiques étaient presque tous actionnés. On faisait ça chaque année, c’était la routine. Un capitaine a dit : « Monsieur, un avion vient de s’écraser sur le World Trade Center. » Je l’ai immédiatement repris : « Lorsque nous sommes en exercice, il faut commencer ses phrases par : “Ceci est un exercice”, histoire de ne pas confondre avec un événement réel. » Il m’a alors désigné l’un des écrans de télévision allumés dans le centre opérationnel. On pouvait voir de la fumée sortir du gratte-ciel. Comme tous ceux qui travaillaient dans le secteur de l’aviation ce jour-là, je me suis dit "Mais comment peut-on s’écraser sur le World Trade Center avec une météo aussi bonne ?"  
            Garrett M. Graff.  11 septembre, une histoire orale



Où on découvre que la lecture de la réalité passe par le filtre du regard, trompé à deux reprises dans le cas de ce récit d'exercice militaire le 11 septembre.

 
 
Lu dans:     
Garrett M. Graff.  Trad. Jerome Schmidt. 11 septembre, une histoire orale. Ed. Arènes. 2021. 529 pages. Extrait p. 46.

21 septembre 2021

Ces jours qui commencent bien

 

«Monsieur  Atta, si vous n’y allez pas maintenant, l’avion va décoller sans vous.  »
                    Garrett M. Graff, Jerome Schmidt. 11 septembre, une histoire orale




Le préposé à l'embarquement du vol pour Boston à l'aéroport de Portland se souvient: "On était tous de bonne humeur. Il faisait très beau, et tout se déroulait sans le moindre problème." Deux passagers avaient l’air égarés, et il s'est dit : «  Ouah, des sièges de première classe. On ne voit plus beaucoup ce genre de billets à 2400  dollars. Il a posé  les questions classiques, quelqu’un leur avait-t-il confié quelque chose à emporter dans l’avion, avaient-ils toujours gardé un œil sur leurs bagages? Ils acquiesçaient, tout sourire, et il en avait déduit que c’était bon. On avait tout juste fini l’enregistrement. Le comptoir était vide. Il dit à l’autre guichetier  : «  Ces passagers sont en retard, mais je pense que nous pouvons tout de même les accepter à bord.  »  On dut les houspiller pour qu'ils se dépêchent. Vingt ans plus tard l'infortuné préposé ne se remet pas d'avoir été celui qui avait laissé pénétrer Mohammed Atta sur le vol American Airlines 11, qui s'est écrasé contre la tour nord du World Trade Center le 11 septembre moins d'une heure plus tard. Il faut parfois se méfier des journées qui débutent trop bien.
 
 


Lu dans:      
Garrett M. Graff.  Trad. Jerome Schmidt. 11 septembre, une histoire orale. Ed. Arènes. 2021. 529 pages. Extrait p. 27.

19 septembre 2021

Sagesse de Julos

 

"Il est très joli ton petit perroquet blanc
mais je ne vais pas le garder
parce que je ne sais pas quoi en faire. "
   Chantal Dellicour



Le vieux barde de Tourinnes-la-Grosse nous a quittés ce dimanche, lui qui transmit tant de petites gayoles où mettre tous nos perroquets blancs dont on ne sait que faire. "Elle me l'avait toudi promis / Une belle petite gayole / Pour mettre em' canari ." Les sobres mots écrits le soir du décès de son épouse, poignardée par un malade mental hébergé à leur domicile, nous avaient émus et interpellés. Il fait partie de ces poètes philosophes qui nous ont rendus meilleurs.



Lu dans:
Chantal Dellicour. Une âme simple. Autoédition. 2021. 146 pages. Extrait p.99
Oscar Sabeau. La Ptite Gayole. 1941. Reprise par Julos Beaucarne en 1981. L'air de la chanson est également l’air de base joué chaque heure au carillon de Louvain-La-Neuve.

09 septembre 2021

Covid pour tous

 Inouï, à quoi une structure aussi insignifiante qu'un virus peut vous réduire.



Rien de majeur, j'expérimente le concept nouveau de vacciné infecté. Quarantaine, repos, patience. L'écriture n'est plus une priorité, mais cela reviendra.

 

05 septembre 2021

 « Entre deux individus, l’harmonie n’est jamais donnée, elle doit indéfiniment se conquérir. »

                 Simone de Beauvoir                         




Lu dans:
Simone de Beauvoir. La force de l'âge. Gallimard. 1960. 704 pages.

04 septembre 2021

Figures de style

  « Dans la vie, il faut éviter trois figures géométriques : les cercles vicieux, les triangles amoureux et les esprits trop carrés. »



Attribuée à tant de gens célèbres, elle oublie l'ellipse, sans doute la plus belle, qui permet de ne pas évoquer dans un texte ou un récit ce qui est essentiel.

02 septembre 2021

Rimbaud

    "On fait tout dire à un silence."
         Sylvain Tesson



Arthur Rimbaud, commence à écrire ses premiers poèmes à quinze ans. À seize, il compose Le Bateau ivre. Pendant trois ans, il tire un feu d'artifice qui fera de lui une des figures majeures de la littérature française, à titre posthume. En 1875, n'ayant publié qu'un seul ouvrage à compte d'auteur tiré à dix exemplaires (Une saison en enfer), il confie à Verlaine le manuscrit des Illuminations, dont il ne verra pas la publication. Puis il se taille et se tait. Pourquoi? Les hypothèses à son silence, se succèdent, variées, nombreuses, oiseuses. Il devient négociant, vend des fusils et des cartouches, commence sa longue traversée de l'ennui. Les lettres qu'il écrit désormais à ses amis et sa famille n'ont plus rien de commun avec ses écrits de jeunesse, simples listes de commerce d'armes, de commandes de livres (le Manuel du tanneur, Manuel du charron, Le Parfait Serrurier, le Manuel du verrier, du briquetier, du faïencier, potier), parfois un catalogue de récriminations sur l'ennui d'être né.  Il meurt à 37 ans d'un cancer généralisé, les obsèques se déroulent dans l'intimité. Il n'y eut qu'un seul article dans la presse faisant état de son décès.  Sylvain Tesson raconte surimpressionnant itinéraire du poète maudit dans une série de chroniques sur France Inter, devenues un livre.



Lu dans:
Sylvain Tesson. Un été avec Rimbaud. Des Equateurs. 2021. 217 pages.

Vivre mouillé

 "La vie, c'est d'être toujours mouillé."

            Antoine Wauters



Pigeons trempés sous l'averse, calfeutrés dans l'attente, à l'image des contraintes qu'impose un costume trop étroit. On rêve de lait au sein, et déjà c'est Nestlé en poudre, de cavalcades cheveux au vent et on tourne dans un manège, de reconstruire Babylone et on calfeutre un abri de jardin. Progressivement l'horizon se rapproche, jusqu'à ce qu'on puisse en toucher les limites, le dieu devient homme.  Ce n'est pas trop grave, c'est vivre, et c'est déjà ça.



Lu dans:
Antoine Wauters. Mahmoud ou la montée des eaux. Verdier. Collection jaune. 2021. 144 pages

01 septembre 2021

Premier septembre


"C'était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n'avaient pour s'en sortir
Que l'école et le droit qu'a chacun de s'instruire
Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
À sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie."
                Jean-Jacques Goldmann. Il changeait la vie.

 

Première sonnerie, premiers rangs, l'énorme marronnier dans la cour, une lumière d'été rasante, et l'envie que ça se passe bien. On jauge le nouvel instit - pas tous sympas ! comme ce petit monstre en tablier gris scrutant sa classe à la recherche d'un roux, car "il n'aimait pas les roux, tous sournois, à surveiller en permanence". Soixante ans plus tard, je ressens encore la honte de ne pas l'avoir interpellé, mais le combat était trop inégal. L'année suivante heureusement, un instit au costume de clown me réconcilia avec le savoir, et puis un autre encore dont la bienveillance m'habite toujours. Nouvelle classe, nouveau banc avec ses biffures de générations de potaches, ses chewing-gums et ses crottes de nez collés sous le pupitre qu'un doigt explorateur détache, ça commence bien.  On regrette de ne pas retrouver l'ami sympa, turbulent exfiltré vers une école moins parfaite, l'absence totale de filles nous préservant de chagrins plus tristes.  Une année commençait par la personnalisation de la première page de journal de classe par un majestueux JMJ - Jésus Marie Joseph - à calligraphier dans le coin supérieur gauche. Par la fenêtre ouverte nous parvenaient l'odeur puissante du bon chocolat des usines Côte d'Or voisines, et les notes gaies de la classe des grands qui entamaient l'année par le cours de chant. Tout ne serait pas triste, mais tout ne serait pas drôle.  C'est loin tout cela, et ayant atteint l'âge où l'horizon du passé se fait plus vaste que celui qui nous attend, on se surprend parfois à préférer l'actuelle incertitude aux vérités énoncées en ces temps-là.


31 août 2021

 Le véritable ami n'est pas celui qui sèche tes larmes. C'est celui qui n'en fait pas couler.

            Proverbe yiddish 

30 août 2021

Choses sans importance


En nous quittant, vers quatre heures, M. Brouard a dit :
"Faut que j'sort' les poubelles."
                     Philippe Delerm.



Et si l'importance donnée aux contraintes matérielles demeurait le meilleur baume pour calmer les inquiétudes?


 

Lu dans:
Philippe Delerm. Journal d'un homme heureux. Seuil. 2016. 262 pages. Extrait p.29

28 août 2021

  "Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées."

                    Louis Scutenaire




Lu dans:
Louis Scutenaire. Mes inscriptions 1945-1963. Ed Allia. 1983
 


26 août 2021

Patchwork


"On nous demande l’impossible
alors on rafistole des bouts de possibles
puis on s’en retourne à nos miracles quotidiens. "
            L'ami terrien



Une définition douce-amère de ce qui constitue le fil de nos journées, quelle que soit notre activité. Et le plus incroyable est qu'avec tout cela, le monde tourne.



Lu dans:
L’ami terrien. Les réflexions fantômes. Arbre à paroles. 2021. 240 pages

Déjà l'été s'éloigne


"Terrasse bruyante
A l'été finissant
Étoile filante
Été fuyant
Le soleil trop longtemps
S'est fait attendre
Les premiers champignons
Tendent les bras
Aux feuilles mortes
Qui tombent déjà." 
                Marc Vanwelde
 


Clin d'oeil à ce jeune frère, retraité de fraîche date, qui redécouvre de nouvelles priorités et nous les partage.


25 août 2021

Retour au pays

"Dans chaque perle de rosée

tremble

mon pays natal."

                    Nicolas Crousse


Ce matin, un frémissement dans l'air soudain redevenu lumineux me replonge dans mon pays natal à moi, visages aimés parfois disparus, ses copains d'alors, ses rues familières, des images, bruits, arômes prêts à resurgir de notre mémoire, l'épicerie et les commerces de quartier où on achetait davantage du contact que des marchandises, et toute une ambiance d'années en apparence insouciantes.  Ces retrouvailles ne durent qu'un court moment, mais peuvent illuminer une journée.


Lu dans :
Nicolas Crousse.  Retour en pays natal. Castor astral. 2021. 192 pages.

24 août 2021

Ce qui brille

 "La première fois que Michel Poniatowski fit rencontrer VGE à son grand-père, celui-ci lui dit : « Ton ami doit faire attention. L’intelligence est presque inutile à celui qui ne possède qu’elle. »

                            Philippe Labro 




Lu dans:
Philippe Labro. J'irais nager dans plus de rivières. Gallimard NRF. 2020. 304 pages.

23 août 2021

Petites boîtes, très étroites

 "On danse, les uns contre les autres

On vit, les uns avec les autres
On se caresse, on se cajole
On se comprend, on se console
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde. "
                Alain Souchon
    


Les pistes de danse accessibles 1er octobre, mais selon un protocole impossible à tenir selon leurs propriétaires qui en rejettent tous les termes. Le port obligatoire du masque,  "incompatible avec l’ADN de notre secteur, à savoir se retrouver les uns contre les autres. Puis les gens fument et boivent. Nous ne pouvons pas transformer nos lieux de fête en zones de flicage, en forçant nos clients à remettre leur masque. Ce serait source de conflit avec eux. Et ces consignes incessantes finiraient par les faire fuir, grand saut final vers la faillite." Pour les mêmes raisons financières, les organisateurs de fête refusent toute jauge, revendiquant de fonctionner à pleine capacité pour atteindre la rentabilité. "Puis, limiter notre public n’a aucun sens, parce que celui-ci se concentre toujours sur la piste de danse et devant le bar. A quoi bon laisser des espaces vides ? "  A peine réveillés, on croit qu'on rêve, mais non puisque c'est écrit dans le journal.


 
Lu dans :
Julien Bosseler. Les boîtes de nuit refusent  le masque et les jauges. Le Soir 23 août 2021.

21 août 2021

Kaboul août 2021

 "J'ai lavé le visage de ton avenir."

        Henri Michaux. Agir, je viens.


Images émouvantes de l'aéroport de Kaboul: des mamans ne pouvant embarquer confient leur bébé aux soldats qui les hissent à bord des avions. Espoir et désespoir confondus: la perte de ce qu'on a de plus cher pour lui assurer un avenir meilleur. Que deviendront chacun de ces gosses, et le chagrin de leur mère?


 

Lu dans :
Henri Michaux. Face aux verrous. Collection Poésie. Gallimard n° 258. 1954. 288 pages.

20 août 2021

Hier ist kein warum

 "Assoiffé, j'ai remarqué un beau glaçon qui pendait dehors, j'ai ouvert la fenêtre et je l'ai pris. Un gardien du camp est venu vers moi et me l'a arraché brutalement des mains.

—    Warum ? lui ai-je demandé dans mon pauvre allemand.
—    Hier ist kein warum, m'a-t-il répondu, et il m'a repoussé vers l'intérieur.
                    Primo Levi


« Hier ist kein warum. » Ici, il n'y a pas de pourquoi. Les mots de Primo Levi résument sobrement ce que tentent de créer les régimes totalitaires, où qu'ils soient: créer un espace où il n'y aurait pas de pourquoi. Dénoyautant hier des mirabelles, tâche modeste par excellence que nous offre sans retour un arbre généreux, mon esprit gambadait sur les promesses de ces autres fruits merveilleux que sont les petits-enfants: seront-ils artistes, artisans, aventuriers, commerçants, docteurs, ou créateurs de mondes que nous ne pouvons même pas   imaginer? Quel trésor que ce plat de mirabelles et cette balade dans tous nos possibles, cet espace préservé où nous sont permis tous les pourquoi , et surtout les pourquoi pas? Et si c'était à ce bonheur simple mais précieux que rêvaient au même moment ces 650 naufragés entassés à l'aéroport de Kaboul dans un avion cargo à destination d'Abou Dabi, privilégiés car rescapés? 
 




Lu dans:
Santiago Amigorena. Le ghetto intérieur. Folio. P.O.L. 2019. 180 pages. Extrait p.191

19 août 2021

Darwin

 "Au zoo. Toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l'homme n'est pas loin."

                        Émile Cioran



Lu dans:
Émile Cioran. Écartèlement. NRF Gallimard. 1990. 184 pages.

18 août 2021

Harmonie

 "Le temps restera très nuageux à couvert avec de faibles pluies ou de la bruine par intermittence ce mercredi, selon les prévisions de l’IRM. La possibilité d’apercevoir des éclaircies restera limitée."

                Météo du mercredi 18 août 2021



Quand le bulletin météo se met au diapason de l'information générale, l'annonce et la résume en quelque sorte, cela crée de la cohérence. L'an passé, un magnifique printemps débouchant sur un long été jouait les contrastes avec une actualité difficile et apparaissait comme une erreur de casting. Cette année-ci tout rentre dans l'ordre par la magie d'un grand ensemblier qui a su harmoniser les couleurs du temps et celles de notre monde.

 

16 août 2021

Sagesse militaire

 "Afghanistan : vingt ans après leur chute, les talibans reprennent Kaboul sans combat."
            Jacques Follorou. Le Monde. 16 août 2021

« On ne saurait tenir les troupes longtemps en campagne, sans porter un très grand préjudice à l’État. »
« L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. »
            Sun Tzu. L’Art de la guerre  孙子兵法 . 1078.

 

14 août 2021

Bonheur

 "Pour être heureux il faut éliminer deux choses : la peur d'un mal futur et le souvenir d'un mal passé."

        Sénèque
 
 
Cela sonne comme une évidence, mais tout le monde n'est pas Sénèque. Plus accessible au grand nombre, cette simple perception au quotidien que "le bonheur, c'est d'avoir quelqu'un à perdre (Delerm)" et se réjouir de sa présence.

 

Lu dans:
Philippe Delerm. Journal d'un homme heureux. Seuil. 2016; 261 pages

13 août 2021

La rouille c'est la vie

 "La rouille d'une vieille voiture, c'est un témoignage de vie. Tout ce qu'elle raconte est saturé d'ancienneté, d'une histoire qui n'a pas été retouchée. Elle a une texture absolument unique, quelque chose d'impossible à fabriquer ou acheter."

            David Freiburger



Les contraintes CO2 nous ont amenés à nous défaire de nos deux fidèles véhicules diesel de 11 et 14 ans d'âge avec regret: il n'était de griffe, d'enfoncement, de souillure sur les sièges, de vignettes aux vitres, d'odeurs mêlées, de menus objets dans les portes qui ne fussent porteurs de souvenirs de voyages, de gardes de gosses, de départs et de retours, bref de tout ce qui fait une vie. On les devine sur d'autres routes moins exigeantes, où elles recommencent une autre existence, ou pire à la casse après avoir été démembrées de tout ce qui peut revivre sur le marché des accessoires d'occasion. On recommence donc une nouvelle vie de voiture qui brille et sent bon, mais hélas on ne recommence pas la nôtre.





Lu dans:
David Freiburger. Patina. Hot Rod Magazine. Avril 2007. Extrait page 61, cité par David N. Lucsko. Junkyards, Gearheads, and Rust : Salvaging the Automotive Past. Johns Hopkins University Press. Baltimore. 2016.

12 août 2021

Blood Brothers

 "Lueur gaie-triste de ton regard
quand tu te demandes où se passe ta vie. »

                Claude Roy 
 
 

C'est l'histoire de deux jumeaux séparés à la naissance, faute à pas de chance et à la pauvreté. L'un élevé dans l'aisance d'une famille adoptive aura tout, l'autre rien. Le rideau tombe sur la question qui tue: pourquoi n'ai-je pas été donné, moi? La comédie musicale Blood Brothers (en plein air au Karreveld, dans le cadre du festival d'été Bruxellons), est un moment de bonheur et de réflexion dans un quotidien parfois morose.


Vu au :
Blood Brothers, de Willy Russell. Mise en scène: Jack Cooper et Daniel Hanssens. Une coproduction de Bulles Production, Cooper Production et La Comédie de Bruxelles. 21 représentations du 11 juillet au 30 août 2020 au Festival Bruxellons (Karreveld).

10 août 2021

Humour du confinement

 "La cabane au ca(na)youx rouvrira,
 rouvrira bien qui rouvrira le dernier !
Pour tout grand saignement : 06.98.07.26.86. "
            Panonceau annonçant la fermeture (temporaire?) d'une huitrière pour confinement (Oléron Les Salines)


Facétieux comme un canaillou, synonyme de coquin, espiègle, malicieux, ce panneau ornait encore ce cabanon aux huîtres en juillet, lors d'une promenade dans les Salines. Mauvais signe? L'humour est parfois ce qui reste quand la réalité est trop dure.