" L’instant n’a pas de présent
rien qu’un avant rien qu’un après
des avant
des après
et un plus jamais "
Pedro Vianna
Funambules sur le fil de nos vies, dans un paysage infini, nous sommes à la merci du vol d'un oiseau étourdi qui nous heurte.
" L’instant n’a pas de présent
rien qu’un avant rien qu’un après
des avant
des après
et un plus jamais "
Pedro Vianna
"Pose-toi la question être ministre à la cour
comment le comparer à être immortel dans la forêt?
Un pichet de vin un fourneau pour l'élixir,
le bonheur d'écouter le vent dans les pins
et en pleine journée de s'endormir."
Chang Ling Wen
"Le XXI" siècle est celui de la vitesse. Comme en Formule I, ça va de plus en plus vite, mais ça tourne en rond. "
Bruno Gacchio
«La colère est nécessaire, on ne triomphe de rien sans elle si elle n'échauffe le cœur. Elle doit donc nous servir, non pas comme chef, mais comme soldat.»
Aristote
«La liberté consiste à faire tout ce que permet la longueur de la chaîne.»
Cavanna
N'aspire pas à l'existence éternelle
mais épuise le champ des possibles."
Pindare (518-438 av JC)
"C'est pas grand-chose mais ça fait du bien".
Raymond Carver
"Elle vint
Il ôta le vent de ses épaules
fit glisser de ses hanches
la neige du voyage
Il lui demanda d'oser dire
Elle parla avec audace
d'un jardin déserté
de trois ou quatre bouleaux trahis
Il lui offrit la première lampe
du soir."
André Schmitz.
"Le miracle, ce n'est pas de marcher sur l'eau
le miracle c'est de marcher sur la terre verte."
Tich Nhat Hanh (1926- )
"Le monde est malade. Médecin, je lui prescrirais le silence."
Søren Kierkegaard (1813-1855)
"La vitesse coûte cher. Vous voulez dépenser du combien à l'heure?"
M.Crawford
"Picasso estimait qu'il faut un long temps pour devenir jeune. C'est ce que j'ai pu vérifier. Ma jeunesse n'a été que confusion, ennui, détresse ... Ainsi à l'angoisse, à la lourdeur, à la grisaille se sont progressivement substitués une quiétude, un profond bonheur d'être, une clarté qui ne s'éteint plus. Je n'ai jamais été précoce, et il m'a fallu atteindre la soixantaine pour pouvoir jouir de cette maturité tant attendue. Et formidable surprise, à la faveur de ce qu'elle m'accordait, je suis enfin devenu jeune. Liberté et jeunesse auxquelles je n'avais jamais goûté et qui furent d'autant plus appréciées."
Charles Juliet
"Cent mille poux ne font pas un lion
mais un seul le rend fou. "
Marcel Havrenne revisité par Jean Burton sj
«Elle était jolie, sa petite Jeanne, au début. Mais la misère rend laid.»
Isabelle Baldacchino
« Et comme la vérité est fausse, je mens pour la rétablir »
Sébastien Thiéry
"N'être qu'une lumière
qui porte les choses
jusqu'à tes yeux."
d'après Eugène Guillevic
«Quand j'étais à Alexandrie, me promenant seul sur le bateau que m'avait offert mon père ou faisant les 400 coups avec mes copains, et qu'on me demandait: "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard?" , je répondais toujours: "Je voudrais être vieux." Entre l'enfant insouciant que j'étais et les vieillards que je voyais s'amuser, regarder les filles, aller à la pêche ou au café, il y avait les gens sérieux, ceux qui mettaient leur costume, qui prenaient leur voiture, qui allaient travailler, et je ne pouvais pas m'identifier à eux. Je voulais soit rester enfant, soit devenir vieux. »
Georges Moustaki
"Oh ! ses petits habits de l’année dernière
dans l’armoire de l’enfant, tant de fantômes déjà . "
Eric Chevillard.
"Les manguiers se sont mués
en hêtre et tremble
le hamac n’a pas de crochet
l’eau n’est plus la même
la compagnie a changé
plus d’un demi-siècle a filé
et pourtant
il semble que
seul un instant
sépare ces deux instants."
Pedro Vianna
"Tout être porte en lui l'étincelle
dont le ciel tirera sa lumière"
Paracelse
Quand on lui a demandé :
Qu’est-ce que l’espoir,
il a dit « Le rêve d’un homme réveillé »
Aristote (384 av. J.-C. – 322)
"Depuis, Maître Kuro a renoué avec l'art subtil de la calligraphie.
Il a retrouvé l'équilibre entre le plein et le délié.
La lenteur et la fulgurance.
La fermeté et le relâchement.
Le yin et le yang.
Et sait désormais,
comme Yuna le lui enseigne chaque jour avec tant de délicatesse,
que la plus belle des calligraphies est celle que l'on écrit à l'encre de ses doigts,
tel un tatouage sensuel et éphémère,
sur la peau de l'être aimé. "
Maxence Fermine
"Être attentif à une branche prise dans le vent du matin
observer le mouvement de la brume et des nuages
vivre les lieux respirer les parfums de la nature
saisir l'instant
puis s'enfermer dans son atelier
et reproduire en un trait unique les nuances de la réalité
art de l'éphémère cristallisé dans un mouvement d'éternité
trouver l'équilibre entre les pleins et les déliés la lenteur et la fulgurance
Calligraphie écriture de la beauté."
Maxence Fermine
"Je porte sur mon dos les montagnes du monde
mon front s'est creusé de tous les sentiers sur lesquels j'ai marché
tu peux entendre dans ma voix les grondements de la terre
et voir dans mes yeux l'eau de toutes les mers..."
Séverine Gauthier
"Regretter, c'est prendre des décisions au passé".
Timothy Ferriss
"Mais les rêves, tous ces rêves que l'on ne faisait plus
Mais les rêves, tous ces rêves que l'on croyait perdus
Il suffit d'une étincelle pour que tout à coup
Ils reviennent de plus belle, les rêves sont en nous.
Les rêves sont en nous... "
Pierre Rapsat
"L'étincelle ne sait pas si elle vient de l'enclume ou du marteau."
Marcel Havrenne
"La proximité, en musique et ailleurs, exige cette sorte de silence intérieur qui laisse en nous la place pour la voix de l'autre."
Jean-Marc Besse
"La vie est-elle
un instant âpre arrimé au hasard
un instant succulent dérobé au malheur
un instant imprécis tendu vers sa fin
l'instant où le néant se fait tout (..)
la vie
n'est que l'impossible accompli."
Pedro VIANNA
"L'argent, c'est coûteux."
J. Jarvis
"Foi en cette humanité
ni tout à fait barbare
ni tout à fait humaine
se perdant
se retrouvant
trébuchant
se relevant
marchant sur sa corde raide
mais marchant
connaissant ses limites
les repoussant
succombant aux ruses de l'Histoire
les déjouant
amnésique
et férue de mémoire
Cette humanité-là
mon unique peuple."
Abdellatif Laâbi
"À ceux que je croise je demanderai
Avez-vous vu l'image d'une femme
qui a sauté d'ici
ou de là?
Peut-être se moqueront-ils
et comme eux je rirai de mon désarroi
puis retournerai là d'où je viens
au siège encore vide
au rêve encore chaud
au temps où il était encore possible
de monter dans l'ultime compartiment du dernier train."
Chawqi Baghdadi (1928- , Damas)
"On n'est jamais aussi heureux que lorsqu'on n'avait pas prévu de l'être."
Monique Proulx
"Il y a des fréquences illégales sur le disque. J’ai testé le truc pendant des concerts, au cours des entractes, on le passait doucement pour voir ce qui se passerait, et il s’est produit exactement ce que je pensais : bagarres, beaucoup d’irritation, c’était fabuleux!»
Lou Reed, évoquant Metal Machine Music
"Aquarelle
symbiose entre l'eau, la couleur et la lumière
qui n'en font des fois qu'à leur tête."
Marie-Hélène Dechambre
"A défaut de soleil, sache mûrir dans la glace".
Henri Michaux
"Respirer, c'est expulser de soi un air ancien pour laisser entrer en soi un air nouveau. Au plus profond de moi, il y a un mouvement constant de remplacement qui est la vie même, mouvement rythmé d'entrée et de sortie du monde en moi et de moi vers le monde."
Jean-Marc Besse
"Il faut se méfier des interprétations hasardeuses. De l'Autre je recevrai toute parole comme un signe de vérité. Et lorsque je parlerai, je ne mettrai pas en doute qu'il reçoive pour vrai ce que je dirai."
Roland Barthes
"Tiens, les entends-tu maintenant? Ce sont les autres coqs.
Ils chantent dans du rose Ils croient à la beauté dès qu'ils peuvent la voir.
Ils chantent dans du bleu
J'ai chanté dans du noir Ma chanson s'éleva dans l'ombre la première
C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière."
Edmond Rostand. Chantecler, acte Il, scène 2.
Delia: "Que Dieu protège tout le monde même mes ennemis."
Sagesse d'enfant.
"Quand notre blé sera couché
que nos épis battus joncheront la campagne
quand nous ne serons plus que morte et molle paille
quel pain deviendrons-nous
aux dures dents de nos vivants? "
Louis Daubier. 1984:79
Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur. Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes.
Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus."Antoine Leiris, journaliste à France Bleu
"Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux !"
Woody Allen (1935- )
"Cher Carl,
Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec toi, et suis heurté par la dernière phrase de ton texte. Je trouve déplacé de mettre ce qui se passe sur un plan quantitatif. Je pense que les français ont vécu là un traumatisme qui sous certains aspects ressemble un peu au traumatisme que les belges ont vécu lors de l'affaire Dutroux. Quelque chose d'incompréhensible et d'injuste, touchant des innocents. "
"On appelle profond ce dont simplement on ne peut voir le fond."
Friedrich Nietzsche
"Comme dans la chanson les feuilles
soulevées par le vent vont se mettre à danser."
Valentine Goby. Kinderzimmer.
"On regarde briller les feux de Port-Saïd,
comme les Juifs regardaient la Terre promise:
car on ne peut débarquer; c'est interdit
- paraît-il - par la convention de Venise
(..)
Poète, on eût aimé, pendant la courte escale
fouler une heure ou deux le sol des Pharaons
au lieu d'écouter miss Florence Marshall
chanter The Belle of New York, au salon. "
Henry Jean-Marie Levet (1874-1906)
"Je ne vais rien écouter
Je ne vais rien regarder
Je vais éteindre tout sauf la lumière
Je vais faire des choses simples avec de l'amour dedans
marcher avec les chiens cuisiner lire un livre
parler à mes proches mesurer la chance que j'ai
Je vais éviter de maudire de haïr de rejeter la faute sur l'autre.
Je vais me souvenir qu'il suffit
d'une poignée d'individus pour semer la mort
et d'une multitude pour défendre l'essentiel de nos valeurs : la liberté, l'égalité
la fraternité."
David Lallemand Pesleux
"Je regarde la petite cour d'école, bien carrée, bien goudronnée, avec sa lumière plombée sur le préau et les quatre tilleuls muets. Quel essaim de mondes d'enfants disparus volette dans cette cour."
Jean-Pierre Amette
"Je n'ai pas encore compris
comment fonctionne le monde,
mais je sais très bien
ce que le ciel exige de moi.
Le temps du gâchis est fini.
Maintenant, je pose la main
sur tout ce qui est beau."
Alexandre Romanès
"Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n'ai pas sommeil."
Lanzmann/Dutronc
"Les choses ne sont pas seulement des choses, elles portent des traces humaines, elles nous prolongent. Nos objets de longue compagnie ne sont pas moins fidèles, à leur façon modeste et loyale, que les animaux ou les plantes qui nous entourent. Chacun a une histoire et une signification mêlées à celle des personnes qui les ont utilisés et aimés. Ils forment ensemble, objets et personnes, une sorte d'unité qui ne peut se désolidariser sans peine."
L. Flem
"Pourquoi ça, que c'est une victoire? Sulphart déconcerté un instant, ne trouvant pas tout de suite les mots qu'il fallait pour exprimer son farouche bonheur. Puis sans même comprendre la terrible grandeur de son aveu, il répondit crûment: J'trouve que c'est une victoire, parce que j'en suis sorti vivant..."
Roland Dorgelès. Les Croix de bois. 1919
"Où donc sont partis trotter mes petits pieds ?
Que sont encore en train de saisir mes mains ?
Sur quelle pente roule en ce moment ma tête ?
Nous n’avons vraiment souci que de nos enfants."
Eric Chevillard.
"Le mérite du chant de cet oiseau tient à ce qu'il est dépourvu de toute connotation plaintive. Le chanteur peut facilement nous arracher des larmes ou nous faire rire, mais où est-il celui qui peut faire naître en nous une pure joie matinale? Quand, dans une humeur dolente, brisant l'horrible silence d'un trottoir en bois, par un dimanche ou bien quand je veille dans la maison en deuil, j'entends un coquelet chanter tout près ou au loin, je me dis qu'il y en a au moins un de nous qui va bien, et d'un coup je retrouve mes esprits. "
Henry David Thoreau
"Qui est là
Personne
C’est simplement mon cœur qui bat
Qui bat bien fort
À cause de toi
Mais dehors
La petite main de bronze
sur la porte de bois
Ne bouge pas."
Jacques Prévert
"Lorsque, parvenu à l'automne de sa vie, on se retourne sur elle pour l'observer, l'image qui vient à l'esprit, plutôt que le chemin qu'on gravirait d'un pas régulier, est celle d'une partie d'échecs. L.e début de la partie donne toujours un grand sentiment de liberté et de sécurité. Les pièces nombreuses offrent d'innombrables possibilités; leur nombre met le joueur à l'abri des surprises: elles forment un glacis que, sauf erreur grossière, l'adversaire ne peut guère surprendre. La connaissance même approximative, des principes de l'ouverture permet de se garantir contre les mauvais coups. Paradoxalement la fin de partie, en diminuant le nombre des pièces en jeu, augmente les risques. Moins Il y a de pièces, plus le mouvement de chacune prend d'importance. Alors qu'en début de partie il semblait à peu près indifférent de placer son fou ou son cavalier ici ou là, désormais chaque coup compte; la moindre erreur entraîne la défaite. On devine confusément qu'il n'y a plus cinquante façons de gagner, mais une seule, et qu'il s'agit de la trouver. Simultanément, l'imbrication des pièces fait qu'il n'y a plus de camps, plus d'espace de sécurité. À tout instant l'adversaire peut débouler au cœur de mon dispositif.
Lorsqu'on est jeune - disons jusqu'à la quarantaine -, on se sent dans les mêmes dispositions que le joueur en début de partie. La vigueur du corps, ses capacités de récupération, l'abondance des occasions et expériences de toutes sortes - amours, voyages, amitiés, plaisirs divers -, tout cela donne un sentiment de liberté en même temps que de sécurité. Quoi qu'on fasse, à condition de ne pas faire l'imbécile, on ne risque pas grand-chose. Si on se trompe, il suffit de tirer un trait et de repartir dans une autre direction. Avec l'âge il en va différemment. Comme le joueur en fin de partie, on n'a plus que quelques pièces à jouer : l'homme ou la femme avec qui on a fait sa vie, les enfants qui sont déjà grands, les projets qu'on n'a plus beaucoup de temps pour réaliser. Et comme lui, on découvre des risques multipliés: un accident peut anéantir celles ou ceux qu'on aime, un examen médical rétrécir la vie de vingt ans à quelques mois. Un mauvais choix, une mauvaise expérience, et il faut désormais plus de temps et d'efforts pour s'en remettre. Quant aux projets, on doit décider ceux qu'on fera vraiment, car on ne peut plus réaliser tous ceux qu'on a rêvés. Si on se trompe, c'est encore du temps gâché avant la décrépitude finale. Bref, l'âge des essais, des erreurs fructueuses, des tâtonnements bénéfiques, des fautes pardonnées d'avance est révolu. Désormais, on vit avec le sentiment que chaque coup compte, et qu'un seul mauvais coup peut faire perdre la partie. Cela donne à l'existence un piment que la jeunesse ne connaît pas: tous les joueurs d'échecs savent que ce n'est pas au début de la partie mais à la fin qu'on éprouve les sensations les plus fortes et que le cœur se met à battre. C'est dans la finale que l'intensité du jeu atteint son sommet, parce que le risque y est porté à son paroxysme. Sans doute faut-il penser que ce plaisir propre à l'automne de la vie est une compensation pour tous les agréments perdus de la jeunesse."
François Gauchet
"Les lieux de pleine habitation se rencontrent avant tout dans des moments vécus dont nous portons longtemps sur nous l'empreinte, dans cette ancienne chanson entendue avec des amis dans le bar de la plage, dans cette couleur du nuage au-dessus des toits après la fin de la moisson, dans ce repas partagé, dans la sensation de l'eau qui coule encore sur le corps longtemps après la pluie, dans ces fêtes populaires, dans ces langages particuliers qu'on ne parlait qu'ici. La liste pourrait, on le comprend, indéfiniment s'allonger de ces moments qui ont constitué les lieux dont je cherche à parler: les lieux où quelque chose a été vécu."
Jean-Marc Hesse
"C'est une belle journée la vie calme et vivante
avec juste la pensée sourde (qu'on chasse doucement)
que cette fois-ci l'été c'est vraiment bien fini
qu'on a changé l'heure que les jours raccourcissent
les jours du jour et les jours des vivants dans le jour
Il faudra chaque soir allumer un peu plus tôt les lampes
et je ne sais plus quand déjà la nuit tombe
si j'entends l'oiseau Mélancolie chanter doucement dans la brume
ou bien l'enfant chassé de l'été pour rentrer à l'école
qui pousse un soupir en ouvrant ses cahiers
(..)
A la tombée du jour on ne sait pas non plus
si on a le cœur triste d'un jour déjà passé d'une journée de moins
ou bien le cœur calme parce qu'on a vécu près de ceux qu'on aime
ou simplement des sentiments brouillés vaguement métaphysiques
Les lumières de la nuit tremblent dans la brume."
Claude Roy
"A ce moment, on se dit qu’une simple épingle suffirait à crever la montgolfière."
Pierre Rimbert.
Une vie sans fin serait inhumaine. Déjà dans la Grèce ancienne la perfection coïncide avec la finitude: ce qui n'a pas de fin est incomplet. Une vie acquiert tout son sens à son terme, quand le cercle se ferme, "nul ne pouvant juger du bonheur ou du malheur d'un homme avant sa mort" (Sophocle, Trachiniennes)
Emilio Mordini
"La matinée était chaude et magnifique, l'air immobile et les fleurs, ouvertes comme des bouches à la lumière, palpitaient imperceptiblement, exprimant la joie infinie d'exister. Pour couronner cette sensation d'extase, deux papillons blancs, enivrés de lumière et de chaleur, allaient de l'une à l'autre de ces fleurs, s'éloignant un moment dans le ciel bleu, comme hésitant sur leur choix, mourant de bonheur."
Anna Maria ORTESE
"J'ai abandonné la pêche le jour où je me suis aperçu qu'en les attrapant, les poissons ne frétillaient pas de joie."
Louis de Funès
"Le Grand Feu de Matheson a été le plus meurtrier. Deux cent quarante-trois morts. Ce sont les chiffres officiels. Ils ne comptent pas les prospecteurs, les trappeurs, et les errants, ces êtres qui n'ont pas de nom, pas de nationalité, qui n'existent pas, qui vont d'un endroit à l'autre. On en retrouvera quelques-uns dans des ruisseaux asséchés, mais la plupart ne formeront qu'un petit tas d'os calcinés que le vent emportera loin des chiffres comptables."
Jocelyne Saucier.
«Quand vous entendez le bruit des applaudissements, vous savez qu’il est temps de s’en aller.»
Jacques Chardonne
"Elle vint toute vêtue de blanc, d’un blanc aussi pur que son esprit :
Sa face était voilée, mais pas pour ma vue imaginée :
Amour, douceur, bonté rayonnait en sa personne
Si clairement, plus que jamais aucun visage n’émit de joie.
Mais, Oh ! comme pour m’embrasser elle s’inclina,
Je m’éveillai, elle s’envola, et le jour me rendit ma nuit. "
John MILTON (1608-1674)
"- Mon poisson rouge a crevé, je dis. J'ai perdu mon boulot. Mon mec m'a plaquée.
- Dans quel ordre ?
- Le poisson à la fin."
Claudie Gallay
"La beauté cachée
Des laids des laids
Se voit sans
Délai délai."
Serge Gainsbourg
À Orval, Frère Lode me raconte qu'il effectua son service militaire comme secrétaire de l'évêque responsable des armées. Ce Padre avait grade de général. Il se déplaçait donc dans une voiture assez luxueuse pilotée par un chauffeur. Il était parfois accompagné d'un autre aumônier. Les distances étaient longues, et monsieur l'aumônier en chef ne soufflait mot. Deux ou trois heures de silence ... À l'arrivée, il se tournait vers son convive et lui disait rieusement : « Tout ceci entre nous, bien entendu! »
Lucien Noullez
"Ce doit être ça, l’amour : quand le regard de l’autre voit en vous ce que vous ne voyez pas vous-même, l’extrait comme une pépite dorée et vous l’offre."
Catherine Pancol
"J'aime les gens qui doutent
moitié dans leurs godasses
et moitié à côté
ceux qui paniquent
qui n'auront pas honte
de n'être au bout du compte
que des ratés..."
"Les gens qui doutent", Anne Sylvestre, 1977
"Je n'ai jamais connu qu'avec toi ce sentiment d'être au moyeu de la roue, là où le mouvement est repos".
Jacques de Bourbon Busset
"Vieillir, c'est voir mourir."
Lucien Noullez
"Voilà. Ma fille avait obtenu une place. Oh, ce n'était pas une place au soleil, loin s'en faut, mais c'était une place sûre, qu'elle occuperait toute sa vie."
Corine Jamar.
On fait des montagnes / avec ce qu’on peut."
Jacques Brel . La bière.
"Cela peut encore servir."
"Si je devenais nuage
Je trouverais un nuage
Qui serait toi."
Eugène Guillevic
"Le bruit très bas à peine si on l'entend
de la source timide cachée sous la verdure
entre les menthes les guimauves le cresson
la source qui fait modestement son travail de source
mais va rejoindre par de très longs chemins
l'océan Atlantique."
Claude Roy
«Dieu nous rend souvent visite, mais la plupart du temps, nous ne sommes pas chez nous. »
Maître Eckhart (1260-1328). Conseils spirituels
Mmamihlapinatapei (trad. "silence très expressif")
nom commun, en langue de Terre de Feu.
"Considérez votre nature d'hommes :
Vous n'avez pas été créés pour vivre
comme des brutes,
Mais pour chercher à acquérir vertu
et connaissances."
Dante
Un temps viendra seule certitude
où moi aussi je m'en irai
de la terre à la terre de la lumière au feu
rendu aux flots tourbillonnants de la mer
ou emporté vers le ciel par quelque rapace lambeau de chair morte
insignifiant et ultime voyage
ce temps viendra
on se souviendra
de comment j'ai vécu seule chose qui importe
et cela aussi assez rapidement
s'estompera dans le temps
Carol Snyder
"Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y'aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche
Le soleil sortira à peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine
Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines
Il y aura certainement,
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides qui traînent
Et des nuages pris aux antennes
Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'Octobre nous prenne
On ira tout en haut des collines
Regarder tout ce qu'Octobre illumine
Et sans doute on verra apparaître
Quelques dessins sur la buée des fenêtres
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord.
Octobre restera peut-être."
Francis Cabrel. Octobre.
"Tout a commencé avec le bruit d'une mouche. D'habitude, c'est agaçant, et là, non: c'est apaisant. C'est juste la vie. Comme le petit nuage qui passe dans le ciel. Comme les miettes sur la table de la cuisine déserte. En cette après-midi d'été et de vacances, certains font la sieste, les autres sont partis en balade. Et toi, tu es resté là, à bouquiner et à ne rien faire. Tu viens d'entrer dans la cuisine, et tu regardes autour de toi, tu écoutes le silence, ce silence habité: le tic-tac de l'horloge, le ronronnement du vieux frigo. Et la mouche. Le bourdonnement dure quelques secondes, puis disparaît: la bestiole a trouvé la sortie. Dans le sillage de son vol, un peu plus de silence. Et une drôle d'impression. Comment ça s'appelle, cette douceur sans cause précise, ce sentiment que tout est à sa place et que tu n'as plus besoin de rien? C'est ça, la sérénité?"
"Uitwaaien" (néerlandais). Ce verbe charmant signifie «marcher dans le vent pour le plaisir» et évoque les ravissants tableaux des paysagistes flamands. On lui opposera "Koyaanisqatsi", joli mot hopi (ancienne communauté d'Amérique du Nord, « le peuple paisible ») pour décrire à la fois "une vie déséquilibrée" ou «une existence si aliénante qu'il faut en changer». Godfrey Reggio en a fait un film homonyme (1982), à la fois hymne à la technologie et représentation de l'enfermement qu'elle est susceptible de provoquer, à l'image de cette ville vue du ciel à différentes échelles se terminant par la photographie d’un microprocesseur. Pareil aux électrons, en mouvement constant, l’individu reste libre, mais dans un monde totalement programmé. Entre "Uitwaaien" et "Koyaanisqatsi", notre vie se déroule. Si le premier reste un idéal à atteindre, le second reflète hélas davantage la réalité quotidienne des motifs de consultation.
Il a retrouvé sa rue, quittée précipitamment dix ans plus tôt, la maison de son enfance, la boulangerie, la boutique du cordonnier où il avait déposé la veille de sa fuite une paire de chaussures . Il y pénètre, hume aussitôt l'odeur de jadis mêlant cuir mouillé, colle, sueur. Il sort le coupon jauni avec un chiffre et ses initiales. Miracle, le cordonnier retrouve la paire sans peine et dit: "j'ai eu beaucoup de travail ces temps-ci et n'ai pu les terminer, pouvez-vous repasser demain?" En temps normal, il aurait pesté, ici il sort heureux.Tout est faux bien sûr dans cette histoire de corps de garde, et tout est vrai dans sa morale: notre tolérance aux contretemps est à l'aune inverse de l'intensité de ce que nous avons vécu précédemment.
"Et si je m'en vais avant toi
dis-toi bien que je serai là
j'épouserai la pluie, le vent
le soleil et les éléments
pour te caresser tout le temps
l'air sera tiède et léger
comme tu aimes
et si tu nous oublies
il me faudra laisser la pluie
le soleil et les éléments
et je te quitterai vraiment
et je me quitterai aussi
l'air ne sera que du vent
comme l'oubli ."
Françoise Hardy
"Le loup et l'agneau dormiront ensemble, mais l'agneau ne dormira pas beaucoup."
Woody Allen
"Le client: Dieu a fait le monde en six jours et vous, vous n'êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
Le tailleur: Mais, monsieur, regardez le monde et regardez mon pantalon."
Samuel Beckett.
"Je ne crois pas que l'agneau se protège du loup en bêlant."
Alice Ferney