"Dès qu'une religion domine, elle a pour adversaires ceux qui auraient été ses premiers adeptes. » Nietzsche
Paradoxe? Trahison? Pas vraiment. Une doctrine vivante attire d’abord les esprits libres, les chercheurs, les inquiets, ceux qui sentent dans la religion naissante une puissance de rupture contre l’ordre établi. Mais dès qu’elle domine, elle cesse souvent d’être une aventure spirituelle pour devenir une institution, une norme, parfois une police des âmes. Ceux qui auraient été séduits par son élan initial se dressent alors contre sa forme victorieuse. Cette remarque peut d’ailleurs s’étendre au-delà de la religion : toute idée émancipatrice, un mouvement artistique, une philosophie, une révolution politique, une cause morale, lorsqu’elles triomphent institutionnellement, risquent de produire leurs dissidents les plus profonds parmi ceux-là mêmes qui ont soutenu leur commencement. Une pensée reste vivante tant qu’elle peut encore être contestée par ceux qui l’aiment.
Lu dans:
Nietzsche. Humain, trop humain, §118 .
Aimer Jérusalem. Nathan Devers. Gallimard. NRF. 2026. 430 pages. Exergue
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