"Quand je ferme les yeux je vois des points brillants
un pan de ciel en moi et ses milliers d'étoiles
Si je rouvre les yeux par une nuit très claire
je fais partie du ciel qui fait partie de moi. "
Claude Roy . le Haut Bout 13 mai 1983
Le grand poète argentin Borges, dans sa nuit, aurait-il lu ces vers de Claude Roy comme une petite métaphysique de la vision perdue. Non pas une plainte, mais une réconciliation : fermer les yeux ne supprime pas le monde, cela le déplace. Le ciel n’est plus seulement au-dessus de nous ; il devient une chambre intérieure, un firmament intime, une bibliothèque d’étoiles mémorisées. Chez Claude Roy, il y a ce passage très simple et très profond : les yeux clos ne donnent pas le noir, mais des points brillants. La nuit intérieure n’est pas absence, elle est constellation. Et lorsque les yeux se rouvrent sur la nuit réelle, la séparation entre dedans et dehors s’efface : « je fais partie du ciel qui fait partie de moi ». Le ciel est dans l’homme, l’homme est dans le ciel, et nul ne sait plus lequel contient l’autre.
Lu dans:
Claude Roy. A la lisière du temps. Dehors Dedans. NRF Gallimard. 208 pages. Extrait p.97
Jorge Luis Borges (1899–1986), écrivain, poète et essayiste argentin, est considéré comme l'un des plus grands auteurs du XXe siècle. Progressivement frappé par la cécité à partir des années 1950, il a continué à créer en dictant ses textes. Il est resté célèbre pour cette citation : "Dieu [...] avec une ironie magnifique m'a donné à la fois les livres et la nuit."
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