"Notre société ressemble à cette machine implacable que je vis une fois dans un magasin de jouets à New York. C'était un coffret métallique. Il vous suffisait d'appuyer sur un bouton et le couvercle s'ouvrait avec un claquement sec. Une main métallique apparaissait alors. Ses doigts chromés se dépliaient, venaient saisir le bord du couvercle. Ils tiraient et le couvercle se refermait. Comme c'était une boîte, vous vous attendiez à pouvoir y trouver quelque chose. Elle ne contenait qu'un mécanisme de fermeture automatique."
Ivan Illitch
Considérez une journée qui vous serait offerte, hier, ou demain par
exemple. Placez-y tout ce qu'on vous a vendu pour gagner du temps, du
rêve, de l'aventure, de l'espace. Chic maison, smart TV, bling auto, big
robot, speed PC, space audio. Ajoutez-y ce qu'on vous loue au mois pour
lire, écouter de la musique, voir des films, laver votre auto,
bénéficier des services d'un réparateur, d'un dépanneur, d'un nettoyeur
sans limitation aucune. Chacune de ces merveilles contient son contrat
d'entretien, son assurance, sa pilule de fin de vie qui vous amènera à
la remplacer par une plus rapide encore. Vous disposiez d'une journée
vaste comme le désert de Gobi, vous en avez fait un capharnaüm où chacun
de vos pas fait tomber un vase chinois. La boîte de Pandore n'était
qu'un piège, laissant échapper nos rêves pour un mécanisme de fermeture
automatique appelé progrès.
Lu dans:
Jean-Michel Djian. Ivan Illich - L'homme qui a libéré l'avenir. Seuil. 2020. 240 pages. Extrait p. 233
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire