dimanche, mars 06, 2016

Carrément trop jeune


«Trop énorme, ça me pompe grave."

Il y a un effet identitaire dans les tics de langage, ces «grands indispensables inutiles». Aussi irritants soient-ils parfois, leur connotation n’est pas seulement négative mais ils trahissent souvent un fossé générationnel. Un père de famille peut s’énerver de l’emploi du «trop énorme» et autres «tu vois, genre» qui sortent en flots de la bouche de sa marmaille mais, malgré les alternatives qu'il pourra proposer, rien n’y fera. Parce que ladite marmaille utilise ces expressions exprès, inconsciemment ou non, pour se différencier et montrer son appartenance à un clan excluant les parents. Ces frontières générationnelles ne sont d'ailleurs guère poreuses, le sexagénaire qui s’essaiera à un «ça me pompe, grave», là où d’ordinaire il dit «cela a le don de m’agacer», frisera le ridicule au mieux, ou au pire suscitera l’indignation devant sa vulgarité.



Lu dans:
Anne-Sophie Leurquin. «Carrément», «Du coup» : les tics de langage, inutiles et indispensables. Le Soir jeudi 3 mars 2016.
Michel Francard. Vous avez de ces mots…  Chronique Le Soir

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