10 mars 2025

Une Histoire qui se répète

"Qui peut dire si, dans l’avenir (…), les deux puissances qui auraient le monopole des armes nucléaires ne s’entendraient pas pour se partager le monde, et à la suite d’on ne sait quel bouleversement politique et social, en viendraient à se confondre. Sans mettre en doute la sincérité et la résolution de ses alliés américains, mon pays doit tenir compte de ce que l’avenir comporte pour lui d’inconnu et le passé d’expérience. »

                        Charles de Gaulle

                                   


Paroles échangées en novembre 1959 par le général de Gaulle , fraichement revenu au pouvoir quelques mois plus tôt, et le président américain Dwight Eisenhower arrivé en fin de son second mandat. La France justifiait sa décision de se doter de l'arme nucléaire. Le poids de la mémoire historique fait référence au retrait de la garantie anglo-américaine après la Première Guerre mondiale (décidant de ne pas honorer une promesse de garantie de sécurité faite à la France en 1919), à la conférence de Yalta (1945) élevée par le Général en véritable mythe du partage du monde, et à la crise de Suez (1956) lorsque les États-Unis votent avec l’Union soviétique la résolution 997 (ES-I) exigeant un cessez-le-feu immédiat.  Paroles prémonitoires à la lecture des événements actuels, nous rappelant le sens premier de la "prophétie", qui n'est pas une prédiction de l'avenir mais un éclairage de ce que l'avenir pourrait être, fondé sur une analyse du passé. Le prophète n'est pas un devin, mais une voix dans le désert des certitudes communément admises, avertissant, discernant à la fois des périls et des solutions inexplorés, sans crainte de passer pour un farfelu.


Lu dans:
Maurice Vaïsse. OTAN : Les propos du général de Gaulle en 1959 collent à l’actualité de 2025. Le Monde 6 mars 2025. Tribune.
M. Vaisse est historien et spécialiste des relations internationales, auteur de « La Grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle, 1958-1969 » (Fayard, 1998).

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