"Du moment que quelqu’un est né, a vécu, il en restera toujours quelque chose, même si on ne peut pas dire quoi. Le « plus rien » est distinct à jamais du néant pur et simple. […] Il est sauvé de l’inexistence éternelle, sauvé pour l’éternité. Cet « avoir été » est comme le fantôme d’une petite fille inconnue suppliciée et anéantie à Auschwitz. Un monde, où le bref passage de cette enfant sur la terre a eu lieu, diffère désormais irréductiblement et pour toujours d’un monde où il n’aurait pas eu lieu. Ce qui a été ne peut pas ne pas avoir été."
Vladimir Jankélévitch
L'ombre est venue sans bruit, a longé le mur et comme un rite
d'amitié au moment d'éteindre la lumière, les photos au mur des
parents et amis disparus dans l'année paraissent me souhaiter la
bonne nuit. Cimetière intime où s'estompent les préséances, les
préférences, les distinctions de fortune et de diplômes, leur
disparition les rends tous également chers dans nos cœurs.
Souriants ou mélancoliques, leurs visages nous invitent à nous
arrêter un court moment sur ce qu'est l'empreinte, ce presque
rien qui aura changé nos vies, nous laissant différents par le
simple fait de les avoir côtoyés. Bien sûr, il n'y a plus rien,
et pourtant ce n'est pas le néant: tu es venu(e) dans ma vie, on
s'est croisés, et je serais différent si je ne t'avais connu(e).
Le néant n'est pas voué à disparaître, alors que le "plus rien"
est la preuve même que quelqu'un a été.
Lu dans:
Vladimir Jankelevitch La mort. Flammarion. 1966.
cité par Éric Brogniet dans Le Carnet et les instants. Le poème
et les mots dits. 12 mars 2025
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