29 octobre 2026

100% humain

 "Ceci est une pensée 100% humaine" 

                

Un groupe d'éditeurs soumettra désormais ses manuscrits à l'intelligence artificielle pour débusquer les auteurs qui en auraient bénéficié pour leur rédaction. Dan la Grande Librairie d'hier André Comte-Sponville s'amuse de voir confiée à l'IA le soin de décider ce qui est humain ou non. L'apprentissage à grande échelle par ces logiciels des marqueurs de l'écriture numérique leur fournira sans aucun doute rapidement la possibilité de produire des écrits certifiés "100% intelligence naturelle" indétectables à  la fraude.  


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André  Comte-Sponville dans La Grande Librairie du 28 octobre 2026. France 5

28 octobre 2026

Splendeur simple


 "... ces octobres semeurs de feuilles et de fruits." 
                Cécile Sauvage (1883-1927)   



Délaissant le journal et les nouvelles du monde, s'impregner le regard des nouvelles de notre petit jardin d'automne. 


27 octobre 2026

Transmettre

"Mon cher Fila,
Dans ce monde qui devient le tien
lire, penser, rêver, rire, découvrir, c'est résister."                           
                        Papa



Je tombe sur ce post LinkedIn ce matin, publié par une certaine Victoire Rivaton. Il m'a interpellé car il résonne avec une question que je me pose chaque jour : que devons-nous transmettre à nos enfants et à nos adolescents, et surtout, comment le faire ? Il n'existe sans doute pas de réponse unique ou définitive. Chacun avance avec ses convictions, ses doutes et ses expériences. Les mots de ce texte m'éclairent malgré tout, ils me rappellent que transmettre n'est peut-être pas tant une affaire de certitudes que de présence, d'exemple et de confiance.


26 octobre 2026

Le chien et la momie


                "Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! "                                     Napoléon (21 juillet 1798, juste avant la bataille des Pyramides, apocryphe) 



Sur le plateau de Gizeh, dans cette immense nécropole qu'est l'Egypte, une petite histoire s'inscrit dans la grande. Au pied de la pyramide de Khéphren, chaque matin à l'aube on peut observer Apollo, un chien errant égyptien de trois ans qui tous les matins sans relâche escalade l'une des sept merveilles du monde, admire le paysage et en redescend avec une adresse folle. Je me suis demandé avec amusement s'il n'y faisait pas sa crotte au sommet par pure provocation. Le contraste entre son destin et celui des pharaons amuse, ainsi que son impertinente liberté face à la soif d'éternité des momies qui reposent à ses pieds. 


10 octobre 2026

Une goutte de Temps dans l'éternité

 

"Car en quoi le temps diffère-t-il de l’éternité sinon en ceci que nous le mesurons ? "  
                            Anne Carson. Prix Nobel de Littérature 2026


L’univers ignore les horloges que nous lui imposons. Il déploie ses milliards d’années dans une immensité indifférente à nos calendriers, à nos anniversaires et à nos deuils. Mesurer le temps, c’est peut-être notre manière de rendre supportable l’éternité, de découper l’infini en fragments à notre mesure. La finitude humaine naît de ce paradoxe : nous appartenons à un univers qui nous dépasse infiniment, mais nous sommes les seuls, à notre connaissance, à nous inquiéter du temps qui passe. L’éternité n’a pas besoin de nous pour exister ; le temps, lui, prend tout son sens dans la conscience que nous avons de le perdre. Et c’est peut-être précisément parce que nos jours sont comptés que chacun d’eux peut devenir infiniment précieux.


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Les Hommes à leurs heures perdues. Anne Carson (Auteur), Fabienne Durand-Bogaert (Traduction) . L'Arche Editions. 2025. 176 pages

09 octobre 2026

Passeport

 

"Malgré l'inhospitalité, la méfiance des autochtones, malgré tous les obstacles, vous choisissez de rester. Vous apprenez la langue, les cultures, les fêtes et les croyances de ce pays. Bien sûr, beaucoup continueront à mépriser votre identité, vos origines, votre religion, à vous rendre responsable de l'inflation, de l'insécurité, du chômage, de tous ces maux qui existaient pourtant bien avant votre arrivée... Bien sûr, vous ne vous sentirez jamais complètement chez vous, mais vous espérez que vos enfants, ou les enfants de vos enfants, un jour, peut-être, auront ce sentiment." 
                Alexis Michalik 



Être Français, être Belge, une origine ou une appartenance ? On ne choisit pas le pays où l’on naît, mais on peut choisir celui où l’on souhaite vivre, aimer, travailler et voir grandir ses enfants. L’identité n’est pas un héritage figé, mais une histoire qui continue de s’écrire, enrichie de rencontres et de différences, substituer au « je suis d’ici » le « tu es chez toi ». Me reviennent  ces récits de patients, rentrés au pays pour les vacances où ils s'entendent nommés "les Belges". Revenus dans leur rue d'adoption, surprise de la joie des voisins inquiets de leur longue absence. 


Lu dans:  
Alexis Michalik . Passeport. Albin Michel. 2024. 228 pages.  Extrait pp 226-227
au Théâtre Le Public du 16 septembre au 31 octobre 2026. 

08 octobre 2026

Un double ratage

 

                   « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. » 
                                         Blaise Pascal 


Une vieille Espagnole de 87 ans meurt après avoir été expulsée de son logement malgré la mobilisation de centaines de personnes. Aux États-Unis, une condamnée à mort en 1995 survit à deux injections létales, au terme d'un interminable supplice. Deux drames, deux légalités respectées, mais une même faillite de l'humanité. Car une société ne se juge pas seulement à sa capacité de faire appliquer ses lois, mais aussi à sa sagesse de savoir quand il faut y renoncer. 



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Blaise Pascal . Pensées, fragment 103 (édition Brunschvicg).


07 octobre 2026

Sagesse de Syméon

 

"Maintenant, Seigneur, laisse ton serviteur s’en aller en paix."
                Cantique de Syméon


La demande de Syméon, le "vieillard juste de Jérusalem", m'inspire. Comblés d'années, il nous est permis de partir en paix dans une mort digne. La prière de Syméon ne demande ni de hâter la mort ni de la repousser. Elle dit simplement que lorsque le temps est venu et que la vie a accompli tout ce qu’elle pouvait accomplir, il n’est plus nécessaire de la retenir à tout prix. On aimerait l'ajouter à l'antienne mille fois reprise lors de la dernière visite du pape à Paris "Pour que le monde ait la vie", phrase inspirante au risque d'être détournée dans une croisade contre la législation de fin de vie récemment votée en France. Aucune mort ne ressemble à une autre, et on souhaite à ces milliers de fidèles enthousiastes, pleins de vie et de santé, un départ paisible. Mais apaiser l'angoisse de patients terminaux en grande souffrance en leur assurant que, quoi qu'il arrive, un médecin sera à leur côté pour les aider à partir rapidement et dignement est également une célébration de la vie. 


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Cantique de Syméon (Nunc dimittis). Évangile selon saint Luc, chapitre 2, versets 29-32

06 octobre 2026

Une médecine malade

 

  "Un interne [en médecine] se suicide tous les dix-huit jours."
                       Jasmina Mallet

Glaçant. Un article du Monde alerte: les étudiants en médecine sont une population à risque accru de développer des troubles anxiodépressifs sévères, un taux estimé trois fois plus élevé que celui de la population générale et dix-sept fois plus que celui des jeunes de moins de 25 ans. Confrontés simultanément à la pression de la réussite universitaire et des horaires,  mais aussi à celui de la maladie des patients qu'ils sont amenés à côtoyer, sept étudiants en médecine sur dix auraient déjà songé à arrêter leurs études, et un sur dix y penserait chaque jour. Les conséquences pourraient être durables pour ces jeunes, affectant leur vie professionnelle future, mais aussi pour leurs patients. On comprend dès lors mieux la sollicitude de ces nombreux patients qui s'inquiètent en début de consultation: "comment allez-vous, docteur?" 

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Jasmina Mallet, psychiatre à Orléans et coordinatrice d’une étude en cours sur la santé mentale des futurs médecins. citée dans 
Le profond mal-être des futurs médecins mis en lumière. Le Monde 6 octobre 2026.  

02 octobre 2026

Hrepenenje

 "Hrepenenje" (slovène)

            Ces mots intraduisibles  

"Hrepenenje" se sentir nostalgique de quelque chose qui ne s’est pas encore produit. Ce beau mot slovène désigne moins la nostalgie de ce qui fut que celle, plus étrange, de ce qui aurait pu être ou de ce qui n’est pas encore advenu. C’est une nostalgie tournée vers l’avant. Nous connaissons la mélancolie des souvenirs, "hrepenenje" serait celle de nos possibles. On peut éprouver le manque d’un lieu où l’on n’est jamais allé, d’un amour que l’on n’a pas encore rencontré, d’une vie que l’on pressent sans l’avoir vécue. Comme si l’imagination possédait, elle aussi, une mémoire. Il y a là un paradoxe délicieux : regretter par avance. Mais ce sentiment n’est pas nécessairement triste. Le manque devient désir, et le désir met en mouvement. "Hrepenenje" nous rappelle que nous ne sommes pas seulement faits de ce que nous avons vécu, mais aussi de tout ce que nous attendons encore.


Lu dans:
Léa Jeunesse et Célia Saïph. Recueil: Les saisons de mon coeur. Editions: Robert Laffont. Coll R. 2023. 192 pages
 à l'adresse électronique suivante : entrecafejournal-unsuscribe@yahoo.fr. 

01 octobre 2026

Tenir


"Tenir.
Tenir encore un peu pour ne pas décevoir
et puis lâcher le frein vers l'aventure... " 
                Philippe Colmant 


Il est des fidélités qui nous soutiennent, et d’autres qui finissent par nous retenir. « Tenir encore un peu » : ces mots portent toute la dignité de l’effort, mais aussi la fatigue de vivre sous le regard de ceux que l’on ne veut pas décevoir. À force de répondre à leur attente, on risque de ne plus entendre la sienne. Puis vient ce geste discret : lâcher le frein. L’aventure commence peut-être là, lorsque l’on cesse de confondre la responsabilité avec l’immobilité. On n’efface ni les liens ni les promesses ; on leur cherche une place dans une vie qui puisse encore nous surprendre. Et l’on accepte, avec un peu de crainte, que décevoir une attente soit parfois le prix d’une existence plus juste.



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Philippe Colmant Verso de l'ombre  Editions Le Coudrier. 2025. 100 pages.  Extrait p.39  électronique suivante : entrecafejournal-unsuscribe@yahoo.fr

30 septembre 2026

Ma liste des choses géniales

 

"Être surpris par ce qu’est l’autre, c’est une des choses géniales que je préfère, avec aussi aimer cette personne avec qui je vis, les frissons de volupté, le miracle de tomber amoureux, mon chien, pleurer de joie, la complicité entre deux êtres et les cornetto." 
                    François-Michel van der Rest


Encore sous le charme du désopilant spectacle "La liste des choses géniales", au Public, je me surprends à réécrire ma propre liste. Et vous, quelle est la vôtre?

  • Se réveiller trop tôt et découvrir qu’on peut se rendormir.
  • Le petit bruit du bouchon qui annonce que le repas devient une fête.
  • Un patient qui dit : « Je viens juste vous dire que ça va mieux. »
  • Une librairie où personne ne vous demande ce que vous cherchez. Puisque vous l’ignorez.
  • Un chien qui vous accueille comme si vous reveniez de sauver l’humanité. Vous êtes allé chercher du pain.
  • Une vieille chanson dont le corps connaît encore toutes les paroles.
  • Un écureuil qui traverse le jardin avec l’air de posséder un portefeuille d’actions.
  • Un fou rire qui rend impossible l’explication de ce qui est drôle.
  • Le pain encore chaud qu’on ampute discrètement sur le chemin du retour.
  • Une consultation où l’on finit par parler du jardin.
  • La pluie, quand on vient juste de rentrer.
  • Entendre « tu te souviens ? » et retrouver à deux un monde disparu.
  • Fermer le journal, ouvrir la fenêtre.
  • Garder de la place pour demain. Il pourrait se passer quelque chose de tout à fait inutile et merveilleux.

Lu dans: 
"Toutes les choses géniales", un solo à plusieurs. Interview de François-Michel van der Rest. Le Public De Duncan MacMillan et Jonny Donahoe. Jusqu'au 31 octobre

"Toutes les choses géniales", un solo à plusieurs. Interview de François-Michel van der Rest. Le Public. De Duncan MacMillan et Jonny Donahoe. Jusqu'au 31 octobre

28 septembre 2026

Demain dès l'aube

Demain dès l'aube
J'entrouvrirai ma porte et humerai l'air pur
Venu de la forêt qui se réveille à peine
Je goûterai l'instant entre clair et obscur
Où les ombres font place à des lueurs soudaines.

Demain dès l'aube
Je poserai des mots sur une page vierge
Qui seront les premiers d'un tout nouveau poème
Ils jailliront fringants dans le jour qui émerge
Et les couronnerai d'un précieux diadème.

Demain dès l'aube
Je rouvrirai ce livre posé sur mon chevet
Dans lequel je voyage au bout de terres australes.
Vers ces pays lointains dont j'ai toujours rêvé
Je pourrai m'enivrer d'aurores boréales.

Demain dès l'aube
J'écouterai encore ce grand air d'opéra
Qu'ému je découvris à l'âge de douze ans.
Aux Chorégies j'irai pleurer la Traviata
Qui se pâme et se meurt dans un ultime élan.

Demain dès l'aube
Je reverrai mon père dans la cour d'une école,
Une photo de classe, là, parmi ses élèves.
Puis au soir de sa vie dans son tout dernier rôle
Son regard dans le mien, une main qui s'élève.

Demain dès l'aube
Je goûterai sans frein les choses de la vie,
Douces, simples mais vraies je les savourerai.
De cesse je n'aurai d'être toujours ravi
Par l'éclat d'une rose dans un roseraie.

Demain dès l'aube
Je ferai tout cela et même plus encore
Quand s'estompe la nuit, lorsque point l'aurore.

                            Victor Hugo 



Je vous souhaite une bonne semaine. CV


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Victor Hugo. Les Contemplations. Hatier. 2019. 228 pages

26 septembre 2026

Entre pardon et oubli

"J’ai toujours pardonné à ceux qui m’ont offensé. Mais j’ai la liste."
                      Jean-Jacques Sempé



Chez Sempé, le sourire naît d’une contradiction très humaine : on peut renoncer à se venger sans parvenir à effacer l’offense. On prête à l'ancien président français Georges Pompidou une rancune tenace qui lui faisait conserver en permanence sur lui la liste des noms de ceux qui l’avaient accablé par des calomnies de dessous la ceinture et des photos truquées visant son épouse Claude dans l’affaire Marković. La blessure touchait alors autant l’homme que son amour pour sa femme. Pardonner n’exige peut-être pas d’oublier. Tout dépend de ce que l’on fait de la liste : mémoire d’une épreuve traversée, ou registre que l’on rouvre chaque jour pour entretenir sa colère. 


Lu dans:
Petite rubrique du Soir ce 26 septembre 2026


25 septembre 2026

Sagesse de Clint Eastwood


                       "Il ne faut pas laisser le vieil homme rentrer" 
                                         Clint Eastwood
                                   

Mais pourquoi donc la phrase fait-elle sourire? A 96 ans, Clint Eastwood parle du vieil homme comme d’un visiteur qui frapperait à sa porte. On l'imagine presque lui répondre, avec son regard de western : "Pas aujourd’hui." La formule a aussi quelque chose de tendre. Elle ne prétend pas empêcher les années de passer ; elle suggère qu’on peut encore choisir la place qu’on leur laisse dans sa vie. Eastwood l’aurait lancée lors d’une conversation avec Toby Keith, qui en a tiré la chanson Don’t Let the Old Man In pour le film La Mule.


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Clint Eastwood. La vieillesse, c'est le jour où on se résigne. Le Soir. 1 août 2026

24 septembre 2026

Mudita

 

"Muditā
La joie devant le bonheur d’autrui : être heureux sans rien recevoir soi-même."
                                Ces mots intraduisibles en français: ici en Pāli/Sanskrit. 


C’est peut-être le plus difficile, et le plus beau. Voir un ami réussir et être authentiquement heureux pour lui, sans envie. On nous présente souvent la vie comme une compétition. Muditā dit le contraire. 

22 septembre 2026

Bienheureux sommeil

 "Puis ils se couchèrent et reçurent le don du sommeil.» 

                Iliade. Chant 7



Qu'un homme comme nous ait pu se faire cette réflexion il y a 2800 ans interpelle: avons-nous tant changé?



21 septembre 2026

Sagesse de Lacan

 "Si tu te mets à la place de l'autre, lui, où se met-il ?" 

                   Formule attribuée à Jacques Lacan, source non retrouvée, reprise par  par Colette Nys-Mazure.




Se mettre à la place de l’autre n'est-ce pas, avec les meilleures intentions du monde, l’en déloger? La véritable empathie serait alors moins de prendre sa place que de lui en faire une. Respecter l’autre commence peut-être là, à son écoute.


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Lacan cité par Colette Nys-Mazure. Grand âge, nous voici!.  Salvator. 2026. 306 pages. Extrait p. 102

20 septembre 2026

Pluie

« Le jour où la pluie viendra,

Nous serons, toi et moi, 
les plus riches du monde. »
            Gilbert Bécaud, Le jour où la pluie viendra


Ce matin, il pleut. Une vraie pluie, bien mouillante, de celles qu'on croyait oubliées. On en réentend le bruit avant même de l'avoir vue, ce crépitement patient sur les tuiles, cette respiration retrouvée du jardin. On en goûte la saveur, on en respire la senteur, cette odeur de terre enfin libérée qui monte du trottoir comme un retour de la vie. Après ces longs mois de sécheresse et de canicule, où le ciel semblait avoir renoncé à sa part du contrat, cette pluie a des allures de bénédiction. On réécoute ce vieux refrain, et on comprend soudain sa promesse : ce jour-là, nous serons les plus riches du monde. Pas de fortune amassée, mais celle, plus rare, d'une eau qui tombe et qui suffit. On voudrait la partager, cette richesse-là, l'envoyer par-dessus les toits vers toutes les régions qui l'attendent encore, assoiffées. Mais la pluie ne se distribue pas : elle tombe où elle tombe, et il faut apprendre à s'en réjouir sans culpabilité, comme d'un cadeau qu'on n'a pas mérité mais qu'on accueille pleinement. Je vous souhaite un bon dimanche sans voiture. Marier mobilité douce et pluie, soyons créatifs.



Lu dans:
Le Jour où la pluie viendra. Paroliers : Pierre Delanoe / Gilbert Becaud. © Gordon V. Thompson Music, Ema-in, Rideau Rouge Editions 

19 septembre 2026

Les petits bonheurs


"C’était une belle soirée, nous bavardions sur le trottoir à n’en plus finir
les oiseaux chantaient, les gens passaient, les voitures filaient. (..) 
l’acacia perdait ses feuilles, le jasmin embaumait
les garçons jouaient à cache-cache près du Parc
et les filles sautaient à la corde (..)
et je les ai soudain aimés, les humains ce soir-là." 
                    Dìnos Christianòpoulos

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Celui qui louche. Dìnos Christianòpoulos. Recueil: Anthologie de la poésie grecque contemporaine 1945-2000. Traduction: Michel Volkovitch. NRF. Gallimard. 2000. 384 pages.