Entre café et journal, une pensée

Minimes, citations et poésie du quotidien

31 décembre 2025

Sonnent les cloches

 « Il aimait les cloches. Elles étaient pour lui comme des êtres vivants ; il les caressait, leur parlait, les comprenait. Dans ce vaste édifice, il n’y avait rien qui ne fût vivant pour lui : les cloches, les pierres, les poutres, les monstres de pierre sculptés aux corniches. Il semait la vibration dans l’air comme le laboureur sème le grain dans la terre. »   

                            Victor Hugo


                        

Quasimodo, le carillonneur bossu de Notre-Dame, peut reposer en paix. Au Royaume-Uni, la tradition des sonneurs de cloches connaît un renouveau spectaculaire, porté par une jeune génération très engagée. Contrairement à la Belgique, où la pratique a presque disparu, le pays compte plus de 30 000 sonneurs. À Birmingham, des étudiants se retrouvent chaque semaine dans les clochers pour apprendre cet art collectif hérité du XVIᵉ siècle. Guidés par des pairs parfois à peine plus âgés qu’eux, ils mémorisent des partitions chiffrées exigeant rigueur, coordination et esprit d’équipe.
Au-delà de la musique, l’activité séduit par son caractère social, intergénérationnel et patrimonial : nul besoin d’être croyant, musicien ou athlète. Les jeunes apprécient l’accès privilégié à des lieux chargés d’histoire et le fait de jouer pour des moments clés de la vie, fêtes, mariages, enterrements. Ce patrimoine sonore, transmis parfois sur plusieurs générations, émeut les plus anciens et offre aux plus jeunes un rare sentiment de continuité, d’utilité et de partage.  

A la recherche d'une note d’espérance pour passer une année sinistre, il m’a fallu aller jusqu’à la dernière page du Soir, dans La Petite Gazette loin des fracas de l'actualité, pour dénicher cette pépite décrivant le renouveau des carillons. Nous ne changerons sans doute pas la marche du monde à notre insignifiante échelle, mais quel bonheur d'imaginer le pied-de-nez qu'envoient aux puissants ces jeunes carillonneurs, suspendus à leur corde, soucieux de faire sonner ce qui nous relie, une cloche à la fois, une voix à la fois dans la cacophonie ambiante. Accorder nos vies à une mélodie plus lente, plus juste, et profondément humaine constitue un beau programme pour 2026.


Lu dans: 
Manon Hilaire. A Birmingham, les jeunes sonneurs de cloches ont fait vibrer Noël. Le Soir. lundi 29 décembre 2025. 
Victor Hugo; Livre II, chapitre III de Notre-Dame de Paris. 

Publié par Carl Vanwelde à 31.12.25 Aucun commentaire:
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28 décembre 2025

Bruxelles ma belle

 

" Bruxelles, ma belle, je te rejoins bientôt
aussitôt que Paris me trahit
et je sens que son amour aigrit, et puis
elle me soupçonne d′être avec toi, le soir.
Bruxelles, attends-moi, j'arrive
Bientôt je prends la dérive
Paris, je te laisse mon lit " 
                            Dick Annegarn


Chaque année, le retour des fêtes suscite en moi une émotion particulière. Pensif en observant tant de solitudes, la "fête de famille" exacerbant les blessures et les absences: Noël est une fête où on se compte. Comment "faire famille" dans un monde devenu aussi hétéroclite?  Mais pensif n'est pas triste. Plus que jamais, je demeure émerveillé par ces hommes, ces femmes, ces familles qui, malgré leurs difficultés, persistent à vouloir célébrer un peu de fête au cœur de leurs fragilités et à croire qu’un moment  partagé, des illuminations, un cadeau maladroit participent encore à tenir le monde debout.  

Sacrifiant hier à la traditionnelle sortie aux Plaisirs d'Hiver qui animent le centre ville, jamais Bruxelles ne me parut si belle, et oserais-je?, si humaine. Une pause musicale dans l'espace  réservé à l'association Tisse-Reines, conforte ce sentiment d'appartenance à une ville parfois meurtrie mais chaleureuse, dont l'extrême diversité préfigure la réalité du monde de demain. "La laine contre la haine", projet artistique et solidaire, utilise le tricot et le crochet pour créer du lien social en transformant des carrés de laine en couvertures, tipis et housses bariolées pour en faire des symboles de solidarité et de bien-être. La laine, ce fil conducteur des histoires, le tissage des fils et les mailles, ce symbole de solidarité face à l'isolement et à la violence. 

Déanbulant au sein des ruelles enchevêtrées, admiratif une fois de plus du spectacle qu'offre notre grand-place, nous faufilant dans la foule attirée par une crêche repensée et actualisée, on se laisse ensorceler par l'extrême variété des produits et des personnes un moment rassemblés. Revenant en métro, bondé, dans la minute une jeune fille nous cède sa place, avec une gentillesse touchante qui ne nous étonne plus: c'est la coutume dans ce secteur pourtant si décrié de la capitale. Sentiment étrange, incompréhensible pour beaucoup, il n'est d'endroits où je me sente autant "chez moi", et en sécurité, que dans ce patchwork de cultures qu'est devenu notre  ville. 


Lu dans: 

  • Dick Annegarn. Bruxelles. 1974. © Warner Chappell Music France. Chanson reprise par Alain Bashung, et bien plus tard (2018) par Angèle qui fut révélée grpace à elle. À la suite des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, la chanson est devenue en 24 heures un hymne, notamment grâce aux réseaux sociaux et à sa reprise par le chanteur Daan Stuyven le 22 mai 2016 lors de la cérémonie d'hommage aux victimes.
  • Tisse-Reines, La laine contre la haine. https://www.plaisirsdhiver.be/baratricot

Publié par Carl Vanwelde à 28.12.25 Aucun commentaire:
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24 décembre 2025

Les quatre âges du Père Noël

 

"Les quatre âges du Père Noël:
celui où on y croit encore 
celui où on n'y croit plus 
celui où on est le Père Noël
et enfin celui où on ressemble au Père Noël. " 


Barbe blanche fleurie, rondelet, débonnaire dans son habit rouge vif, bordé d'une fourture blanche avec des bottes et une ceinture noires, image lissée à jamais par Coca Cola, j'appartiens désormais sans aucun doute au quatrième âge du Père Noël. Ce n'est pas si désagréable. 
Publié par Carl Vanwelde à 24.12.25 Aucun commentaire:
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23 décembre 2025

La joie comme héritage

 « La joie est un héritage que nous devons à nos enfants »    
                        Kiyémis.

                              


Il y a dans la phrase de Kiyémis comme une réminiscence du moraliste Alain énonçant il y a un siècle "le serment d'être heureux". Serment et non cadeau, un leg qui engage. Léguer la capacité à aimer la vie, même lorsqu’elle blesse, ne relève pas de l'utopie ou d'une disposition à l' euphorie permanente mais de s'autoriser l'émerveillement, le rire sans justification, le droit d'aimer ce monde imparfait et de s'y inscrire sans honte. Transmettre la joie est un acte de résistance dans un monde saturé d’alertes, de catastrophes et d’angoisses programmées. Ce n’est pas nier la gravité du monde, c’est refuser qu’elle ait le dernier mot.  


Lu dans: 
Kiyemis. Pour la joie. Les liens qui libèrent. 2025. 160 pages. Autrice, poétesse et conférencière, elle a animé pendant deux saisons l’émission « Rends La Joie » chez Mediapart. Elle était l'une des invitées du numéro spécial poésie du podcast "Dans quel Monde on vit" réalisé en collaboration avec Les Midis de la Poésie et avec le soutien de la Scam sur La Première

Publié par Carl Vanwelde à 23.12.25 Aucun commentaire:
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21 décembre 2025

Le point zéro


"Attendre l’aube
pour épier les rues
qui se réveillent." 


Le solstice d'hiver n'est pas seulement un calcul d'astrophysique: c'est une respiration profonde de la nature, un instant de bascule. Il faut Imaginer une balançoire au point le plus haut de sa course, cet instant d'immobilité parfaite avant qu'elle ne reparte dans l'autre sens, le solstice est ce point zéro. Tout ce qui devait décliner a décliné, le jour de la plus grande vulnérabilité de la nature est aussi celui de sa plus grande promesse. Demain, nous gagnerons quelques secondes, puis quelques minutes. Ce n'est pas encore visible à l'œil nu mais le mouvement est amorcé, l''espoir vient se loger dans le creux de l'hiver. On sait que, quoi qu'il arrive, le plus long de l'obscurité est derrière nous. Moment privilégié pour choisir un projet qu'on laissserait grandir avec la lumière retrouvée. Le solstice nous rappelle également que la lumière ne revient jamais par fracas, mais par la répétition patiente de petits pas vers l'aube. 

Publié par Carl Vanwelde à 21.12.25 Aucun commentaire:
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20 décembre 2025

Miroir de la nuit qui vient

 

"Une triperie, deux pierres
Trois fleurs, un oiseau
Vingt-deux fossoyeurs, un amour
Le raton laveur, une madame untel
Un citron, un pain
Un grand rayon de soleil."   
                            Jacques Prévert. Inventaire. 


Notre table de nuit nous révèle. Minimaliste comme celle d'une religieuse Servante des Pauvres (un missel et un chapelet), ou port d'attache avant le grand départ pour la nuit, elle rassemble ce qui nous rassure avant de larguer les amarres. Vu cette semaine, un iventaire à la Prévert d'une tablette de nuit bien représentative, petite architectrure fragile qui veille sur notre sommeil: un réveil, une télécommande, un smartphone, un mouchoir en papier froissé, une croix de Taizé, un petit objet rose en forme d’animal stylisé, plusieurs boîtes de médicaments, un tube de pommade, un stick pour les lèvres, un spray nasal, un petit pot de crème réparatrice, trois paquets de mouchoirs en papier, un spray nettoyant, un petit cactus, un échantillon de Nivea. La vigilance discrète de celui qui sait que la nuit est parfois un terrain médical. La table de nuit est une géographie intime où chaque objet sait pourquoi il est là, protecteur et préventif, à portée de main, permettant de s'abandonner au sommeil sans renoncer à la veille.  


Lu dans:
Jacques Prévert. Inventaire. Paroles. Éditions du Point du Jour, réédité par Gallimard. 1946

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17 décembre 2025

Ode contre le désenchantement


"Derrière la saleté
S'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient

Par delà le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarmes
Des jurons de charretiers
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire

Il nous faut écouter
L'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la Terre
Qui s'endort doucement
                        Jacques Brel 


A notre petite échelle on ne changera pas la marche du monde, mais il nous est possible d'entretenir la révolte contre le désenchantement. Chaque jour nous fait croiser des personnes, des initiatives, des petits bonheurs vraiment exceptionnels mais invisibles. Les débusquer pour nous aider à grandir et à croire en un avenir heureux constitue une belle discipline de vie. 


Lu dans: 
Jacques Brel. Il nous faut regarder. 1954. PHILIPS N°1. 33 tours 25 cm. Enregistré le 15 février 1954 avec un orchestre dirigé par André Grassi. 
Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=bBaF6JYx7TM 

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16 décembre 2025

Sagesse de Cassandre

"Cassandre avait toujours raison, soit parce que ses prédictions se sont réalisées, soit parce que celles-ci ont permis d’éviter la catastrophe."  
                                Arnaud Leparmentier


Soudain nous revient à la mémoire le récit mythologique de Cassandre prédisant la chute de Troie face au cheval de bois. Personne ne l'écoute, provoquant la chute de la forteresse.. Inversément, si ses alertes avaient été suivies, la ville aurait été sauvée, rendant sa clairvoyance inutile aux yeux des sceptiques. Paradoxe de la prévention : une intervention réussie efface la preuve de son nécessité.​  Difficulté bien connue en médecine où la réussite d'une vaccination de masse est source fréquente de quolibets sur son inutilité et de réticences lors de campagnes ultérieures. 


Lu dans:  
Arnaud Leparmentier. Le chercheur Nate Soares prévoit la fin de l’humanité. Le Monde. 14 décembre 2025. 

Publié par Carl Vanwelde à 16.12.25 1 commentaire:
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13 décembre 2025

Réflexion sur le bonheur

 ' Le commencement du bonheur, c'est de renoncer aux plaisirs qui ne font pas plaisir." 
                        Claude Roy

                                



En d'autres temps, ç'aurait pu être un beau sujet de dissertation. On aurait dévelopé le thème du renoncement choisi, du bonheur, du plaisir, de ce qui est instantané et durable, de la peur irraisonée de l'ennui ou de la poursuite de ce qui brille au dépens de ce qui réchauffe. On aurait conclu  sur l'abandon des satisfactions qui encombrent pour laisser de la place à ce qui construit. Est-on encore là-dedans dans notre effervescence actuelle? La réflexion de Claude Roy, toute belle fut-elle, sent la cire dont on enduit le chêne, meubles faits pour durer mais qu'on ne parvient plus à vendre. ,   


Lu dans:
Claude Roy. La fleur du temps. 1983-1987. NRF. Gallimard. 1988. 356 pages. Extrait p.218

Publié par Carl Vanwelde à 13.12.25 Aucun commentaire:
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10 décembre 2025

Du pouvoir de la musique

 "Une étude publiée en août dernier dans la revue américaine PNAS ( Proceedings of the National Academy of Sciences) a analysé des chants venus des quatre coins du monde : inuits, touaregs, balinais… et trouvé des traits acoustiques communs. Pas des paroles : des rythmes, des intonations, des modulations. La preuve que, peu importe la langue, le continent, la météo ou l’histoire coloniale, qu’on chante dans le désert ou sur la banquise, il y a un alphabet commun. Le chant est une grammaire partagée de l’espèce humaine. Un métalangage.". 
                                                    Julie Huon

                                        


Comme le prolonge Julie Huon dans sa réflexion sur la musique,  faire chanter un groupe d’inconnus est l’ icebreaker le plus efficace au monde. "Tu prends 200 personnes, tu leur files trois refrains, et tu obtiens une cohésion instantanée. Pourquoi ? Parce qu’on calibre sa respiration sur celles et ceux qui sont à côté. Parce que le rythme cardiaque s’aligne. Parce que ça relâche des endorphines. On devient un petit morceau de chœur, bricolé à l’arrache, sans CV ni prise de parole. On ne s’est pas parlé. On s’est accordé.  



Lu dans: 
Julie Huon. Nous sommes des animaux  à chant chaud . Le Soir 9 décembre 2025.

Publié par Carl Vanwelde à 10.12.25 Aucun commentaire:
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08 décembre 2025

Sagesse d'Horace

 



"C'est d'âme qu'il faut changer, non de climat. '
                    Horace

                            



Prévisions pour ce lundi. 

Aujourd'hui, le ciel sera partiellement à souvent très nuageux avec parfois quelques faibles pluies ou ondées. Cet après-midi, les précipitations pourraient toutefois devenir plus marquées. Le vent de sud à sud-ouest sera modéré.  L'agriculteur aux terres desséchées  se réjouit , espérant que la pluie augmente. Et vous? 


Lu dans:
Sénèque. Lettres à Lucilius. 


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06 décembre 2025

Laissez-moi mes rêves

 " Personne ne sait vraiment à quoi il ressemblait, ni s’il a fait tout ce qu’on lui prête, mais chaque 6 décembre, la moitié de l’Europe mange des spéculoos à son effigie et va se coucher en déposant une carotte pour l’âne à côté d’un petit verre de vin (pour les parents mais chut.) "   
                            Julie Huon

                                   



Un de nos petits-enfants, le moins naïf de tous malgré les apparences, fit mine de croire à Saint-Nicolas juqu'à un âge avancé, récoltant ainsi chaque année le bénéfice du rêve en monnaie-cadeaux sonnante et trébuchante.  Et si Saint-Nicolas existait encore, non pas celui des vitrines, mais celui qui marche doucement dans la neige, les bottes mouillées de songes, et qu’on nous avait simplement convaincus du contraire pour que le monde paraisse plus raisonnable, moins enchanté, moins fragile ? Et si tout cela était vrai, vraiment vrai, mais que nous vivions comme des adultes éveillés dans un rêve trop étroit, un rêve où l’on a rangé l’émerveillement au grenier avec les vieux jouets et les lettres jamais envoyées ? Et si Saint-Nicolas n'était pas un mensonge destinés aux enfants mais une part de réel que nous aurions désapprise comme on oublie une langue maternelle en grandissant. Et si réveillés nous comprenions soudain que nous ne rêvions pas du tout mais revenions simplement à l’endroit du monde où l’on croit encore que tout peut arriver.  

Je vous souhaite une bonne Saint Nicolas.



Lu dans:
Julie Huon. Saint-Nicolas : fiction, folklore et spéculoos. Le Soir du 6 décembre 2025

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05 décembre 2025

Mon désordre m'appartient

 "Un beau désordre vaut mieux qu'une inerte ordonnance'" 
                        Eugène Savitskaya

                          


Un beau désordre raconte toujours une histoire, et on y retrouve même parfois quelque chose par hasard. Découvrir l'habitat d'une famille est révélateur de son mode de fonctionnement, de même que l'agencement d'une chambre décrit davantage son occupant que de longs récits. Et que dire des mêmes lieux si on y pénètre de nuit: cette fois c'est l'inconscient qu'on découvre, et tout ce qui fait les petits secrets. 


Lu dans: 
Eugène Savitzkaya. Marin mon coeur. Editions de Minuit. 2010. 96 pages

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04 décembre 2025

Ô vous, frères humains

 "Je suis resté le naïf de mes dix ans. Mais je dois leur dire ce que je sais et advienne que pourra de ma folie. Ô vous, frères humains, connaissez la joie de ne pas haïr."
                                Albert Cohen

                     


En 1972, pressentant sa mort, Albert Cohen livre ce qui restera un de ses meilleurs textes sur ces aberrations monstrueuses que sont le racisme et la xénophobie.  En première hier soir sur la scène du Public, Bernard Cogniaux en conteur prodigieux nous emporte par les chemins de l’enfance, sur les traces du petit Albert, dans les rues de Marseille. Tour à tour lyrique empathique, sarcastique, fort, tendre, érudit, mais jamais désespéré, il nous envoûte par une parole intelligente et généreuse, profonde et juste, qui ne surjoue jamais. Moment suspendu dont on ne perd pas une miette. A la fois hors du temps, et hélas si actuel. 
Y repensant ce matin, je m'interroge néanmoins. La haine de l'autre, à la source de tous les pogroms, massacres, déportations de masse, dont l'oeuvre d'Albert Cohen s'inspire, est-elle propre à l'être humain, ou aux circonstances?  Si présente dans divers foyers de notre monde actuel, à l'origine de tant d'horreurs, je ne retrouve guère cette haine dans la variété des habitants de nos quartiers et des patients que je vois chaque jour. Suis-je à ce point aveugle et sourd, ou l'extrême diversité de l'immigration dans nos communes, sans pour autant secréter un "amour infini du prochain" (comme le moque d'ailleurs l'auteur lui-même), empêche-t-elle que se fixent les animosités sur un seul groupe-cible?  Le duo Cohen/Cogniaux ne donne pas de réponse à cette interrogation, et il n'y en a sans doute pas.


Lu dans: 
Albert Cohen. Ô vous, frères humains. Gallimard 1988. 212 pages. 

Publié par Carl Vanwelde à 4.12.25 Aucun commentaire:
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03 décembre 2025

La part de l'ombre

  "A un éclat superficiel et glacé, nous avons toujours préféré les reflets profonds, un peu voilés; soit, dans les pierres naturelles aussi bien que dans les matières artificielles, ce brillant légèrement altéré qui évoque irrésistiblement les effets du temps. "Effets du temps", voilà certes qui sonne bien mais, à vrai dire, c'est le brillant que produit la caresse des mains. Les Chinois ont un mot pour cela, "le lustre de la main, 手泽 ou shǒuzé", alors que les Japonais disent l'"usure" : le contact des mains au cours d'un long usage, leur frottement, toujours pratiqué aux mêmes endroits, produit avec le temps une imprégnation grasse. [...] Contrairement aux Occidentaux qui s'efforcent d'éliminer radicalement tout ce qui ressemble à une souillure, les Extrême-Orientaux la conservent précieusement, et telle quelle, pour en faire un ingrédient du beau."

                                Junichirô Tanizaki



Dans un essai sur l'esthétique japonaise, publié en 1933, Junichirô Tanizaki défend une esthétique de la pénombre comme réaction à l'esthétique occidentale où tout est éclairé. Il revendique la patine des objets en opposition au culte du neuf et du llisse cher à l'Occident.  Et par extension lla trace laissée par la main, l'empreinte produite par le contact prolongé d’une personne chère ou d'un ancêtre, ainsi que les ridules d'un visage qui a vécu.  On sort de l'esthétique pour rejoindre une réflexion plus subtile sur nos vies.


Lu dans:
Junichirô Tanizaki, René Sieffert (Traducteur). Eloge de l'ombre . Verdier. 2011. 90 pages  

Publié par Carl Vanwelde à 3.12.25 Aucun commentaire:
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01 décembre 2025

Ne touchez pas au p'tit Jésus

 

"Mon Dieu, Seigneur, quelle affaire!
C' t' un bia p'tit effant, savous, c'ti-là!
Oh, le p'tit Jésus, te rappelles tu?
Mais il a toute changée sa tête
Note bien, ça dépend des églises
Tu vas le voir dans une église
Il n'est pas le même que dans l'autre, sais tu
Faut croire que des p'tits Jésus
Mais il y en a autant qu'il y a d'églises."
                        Julos Beaucarne  
Le Petit Jésus.1974



Quelle affaire effectivement! La nouvelle crèche de la Grand-place de Bruxelles suscite davantage de commentaires que l'arrêt de notre quatrième centrale atomique. Nos édiles s'en mordent les doigts: peut-être aurait-il été plus simple de rabibocher quelque peu l'ancienne avec quelques bouts de bois et de la corde, attendant qu'elle s'écroule définitivement. Tout changement fait peur; et ce qu'on recherche n'est pas de retrouver une crèche, mais des souvenirs d'enfance, même rapiécés. Une réparation de bric et de broc  aurait même quelque chose de rassurant: "Icoryable comme elle tient, malgré toutes ces années, c'est comme nous au fond." 

Publié par Carl Vanwelde à 1.12.25 Aucun commentaire:
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