12 novembre 2010

Du monstre à la joie universelle

"Les distinctions de genres - romans et histoire, prose et poésie, fiction et essai - sont conventionnelles et n'existent que pour la commodité des bibliothécaires."
S. Leys
C'est ainsi que la lecture des annuaires était une des lectures favorites de Siménon. J'ai pour ma part redécouvert ce soir le récit le plus court et le plus évocateur du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, en mars 1814, en parcourant les seuls titres du Moniteur français - journal officiel des pouvoirs publics, alors aux mains de la monarchie française récemment restaurée - :

  • 9 mars : Le monstre s'est évadé de son lieu d'exil.
  • 10 mars : L'ogre corse a abordé au cap Juan.
  • 11 mars : Le tigre s'est montré à Gap. Les troupes avancent de tous côtés pour arrêter sa marche. Il achèvera sa misérable aventure en fugitif dans la montagne.
  • 12 mars Le monstre s'est vraiment avancé jusqu'à Grenoble.
  • 13 mars Le tyran est maintenant à Lyon. La terreur a saisi tout le monde à son apparition.
  • 18 mars: L'usurpateur s'est risqué à approcher à soixante heures de marche de la capitale.
  • 19 mars: Bonaparte avance à marches forcées, mais il est impossible qu'il atteigne Paris.
  • 20 mars : Napoléon arrivera demain sous les murs de Paris.
  • 21 mars : L'Empereur Napoléon est à Fontainebleau.
  • 22 mars : Hier soir, S. M. l'Empereur a fait son entrée publique , il est arrivé aux Tuileries. Rien ne peut dépasser la joie universelle.
Lu dans:
Simon Leys. Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes. JC Lattès. 2008. 212 pages. Extrait p.38
Clément Rosset. Le réel. Traité de l'idiotie. Les Editions de Minuit. 1997/2004. 157 pages. Extrait pp. 96 et 101

Aucun commentaire: