mardi, décembre 28, 2010

"Si j'avais su que je l'aimais tant
je l'aurais aimé encore davantage."
Frédéric Dard



en exergue de Rappelle-moi. Michel Drucker. Robert Laffont. 2010. 328 pages.

dimanche, décembre 26, 2010

Noël d'aujourd'hui

"Il neige
il neige
il neige
le jour s'achève
il neige
la nuit."
A. Kiarostami
Matin de Noël. La neige a rendu à ma rue et le silence, et la paix. Une famille la remonte à pied, à contre-sens, sur la voie désertée par les autos. La maman pousse son bébé dans un landeau. Le père suit, deux enfants à la main. Ils viennent d'Afrique et rient à tue-tête à chaque glissade. Mieux qu'une crèche pour fêter un Noël d'aujourd'hui.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.8

jeudi, décembre 23, 2010

Un hiver de l'âme

"On était heureux,
on ne le savait pas.
Les jours tendres sont loin.
Se retourner, pourquoi faire?
Il y a longtemps, tous les deux
main dans la main,
on a scellé un pacte avec le ciel.
Maintenant, tout ce qui m'arrive
n'est rien. "

Alexandre Romanès
Les mots manquent pour imaginer Jacques sans Anne. Me revient un dessin de Royer le lendemain du décès du Roi Baudouin, l'ombre d'un bras sur une épaule. Soudain, c'est l'hiver.

Lu dans:
Alexandre Romanès. Sur l'épaule de l'ange. NRF Gallimard. 2010. 90 pages. Extrait p 83


mardi, décembre 21, 2010

Une aptitude à être heureux

"... comme une inaptitude au bonheur."
Belle conclusion de l'émission consacrée hier soir à Jacques Martin, lequel semble être passé à côté du bonheur malgré le succès indéniable de ses émissions: il se rêvait acteur, il ne fut qu'animateur. L'aptitude au bonheur est diversément répartie, l'observation de tout petits enfants permet de s'en rendre compte. Nul n'est pourtant condamné à l'inaptitude, et à l'heure des bilans nos bonnes lectures et bons amis nous permettent de remettre nos réussites et échecs en perspective.

lundi, décembre 20, 2010

"Il faudrait réconcilier l'intensité des regards et la chaleur des poignées de mains".
Paul Vincensini

dimanche, décembre 19, 2010

La faculté d'oubli

"L'oubli, c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour les secrets. Ce n'est pas de la lâcheté, c'est juste la voix de la vie. Ecoute-moi bien parce que je vais te donner le vrai secret: la mémoire est pour les morts ou les mourants, l'oubli est pour les vivants. C'est valable pour les peuples comme pour les individus."
Fabrice Humbert
Etrange réflexion, que l'auteur d'un superbe roman prolonge en distinguant l'oubli de l'ignorance "tout savoir pour oublier, parce que la vie est dans l'oubli et pas le ressassement." Comment ne pas évoquer Irénée Funes (de Borges) qui, suite à un accident de cheval, a perdu la capacité d’oublier. Il retient tout, sans tri, sans filtre, « j’ai à moi seul plus de souvenirs que n’en peuvent avoir eu tous les hommes depuis que le monde est monde » mais désordonnée, « ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures ». Prisonnier de sa propre mémoire, Funes absorbe tout et retient tout sans pouvoir ordonner cette fantastique accumulation. Arrivé à un certain point, il décide de ne retenir que l’essentiel et d’essayer de réduire ce qu’il retient, de prioriser. Mais cette tâche s’avère impossible : « Il décida de réduire chacune de ses journées passées à quelques soixante-dix mille souvenirs, qu’il définirait ensuite par des chiffres. Il en fut dissuadé par deux considérations : la conscience que la besogne était interminable, la conscience qu’elle était inutile. Il pensa qu’à l’heure de sa mort il n’aurait pas fini de classer tous ses souvenirs d’enfance ».

Ne sommes-nous pas entrés insensiblement dans un processus pathologique du même ordre qui un jour nous empêchera de penser, ou d'ordonner nos connaissances professionnelles? Une réflexion pédagogique sur l'acquisition du savoir paraît urgente, mais pas nécessairement admise. Au quotidien, l'accès permanent "à l'entièreté des connaissances de l'univers", triée avec toutes les apparences de l'objectivité - un leurre commercial mais laissons aux innocents leurs illusions - par Google, ne fait-il pas de nous des Funes en puissance?

Quant à la faculté d'oubli nécessaire pour surmonter les blessures d'enfance, les secrets de famille, les humiliations fondatrices, la vie de tous les jours nous en apporte suffisamment de preuves vivantes. D'aucuns soulignent volontiers avoir une mémoire d'éléphant pour les dols subis, on ne saurait les envier.

Lu dans:
Fabrice Humbert. L'origine de la violence. Le Passage éditions. Le Livre de Poche 31750. 345 pages. Extrait page 255.

dimanche, décembre 12, 2010

Demain je recommence

"Vieillir est une chose merveilleuse pour celui qui n'a pas désappris à débuter."
Martin Buber

Roger fait partie de ces patients hors d'âge qui donnent presqu'envie de devenir vieux. Il apprend depuis peu à confectionner des mouches d'appât pour la pêche en utilisant des plumes d'oiseaux, à la mode des trappeurs canadiens des siècles passés. Rien ne sert de sacrifier une mouche vivante quand on peut façonner un leurre, adapté de surcroît au type de poisson qu'on souhaite appâter. J'apprendrais que demain il se met à l'apprentissage de la flûte à bec que je n'en serais pas autrement surpris.

Lu dans:
Martin Buber, cité d'après Heinrich Schipperges, Sein alter Leben. Wege zu erfüIIten späten Jahren, Fribourg-en-Brisgau, 1986, p. 91.
Anselm Grün. L'art de bien vieillir. Albin Michel. 2008. 200 pages. Extrait p. 40.

vendredi, décembre 10, 2010

La roue

"Si je suis un point sur la circonférence de la roue quand elle tourne, j'ai le sentiment d'être entraîné dans un mouvement circulaire. Mais la voiture avance, et j'avance moi aussi, dans un mouvement rectiligne que le mouvement circulaire a pour fonction d'obtenir, il en est ainsi sans doute de nos mouvements d'êtres vivants. Ils servent d'autres mouvements que nous connaissons mal. "
Th. Maulnier

Lu dans
Thierry Maulnier. L'étrangeté d'être. NRF. Gallimard. 1982.325 pages. Extrait p.156 157

jeudi, décembre 09, 2010

Une liberté domestique

"Quoi de plus gai que la foi en un dieu domestique?"
F. Kafka
"Nos technologies vous permettent d'être heureux en voiture (publicité du GPS TomTom). "
"Nous sommes déterminés à contribuer à faire naître un monde dans lequel chacun aura plus de liberté pour se déplacer." Message de Harold Goddijn, CEO, TomTom.

Qu'on ne s'y méprenne pas : j'apprécie mon GPS. De là à projeter qu'il augmente mon bonheur en voiture, et mieux encore qu'il augmente ma liberté, Kafka a du génie.
Franz Kafka. Les aphorismes de Zürau. Arcades Gallimard. 2004. 146 pages. Extrait p.80

mercredi, décembre 08, 2010

Sauve qui peut

"Il est curieux que l'on dise de quelqu'un "il se sauve" quand il s'en va. On ne peut pas se sauver en restant?"
F. Beigbeder
L'expression est pourtant quotidienne, au terme d'une soirée agréable, d'une rencontre bienveillante: allez, je me sauve. Un doute désormais m'habite: de qui, ou de quoi se sauve-t-il? Etonnante langue française.

Lu dans:
Frédéric Beigberger. Un roman français. Le Livre de poche 31879. Grasset 2009. 250 pages. Extrait p.33

lundi, décembre 06, 2010

Sagesse des bibliothèques

"Que d'autres se flattent des livres qu'ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j'ai lus."
J L Borges
Découvrir la personnalité de célébrités en parcourant leur bibliothèque est tendance, surtout quand il s'agit d'écrivains étant entendu que tous ont commencé par être, et demeurent avant tout, des lecteurs. Borges a ainsi offert un millier de livres lui ayant appartenu à la bibliothèque nationale de Buenos Aires, invitation à ses biographes à se plonger dans son imaginaire. Parfois, la collection personnelle a été détruite et les historiens sont amenés à la reconstituer à l'identique, comme ce fut le cas récemment pour le philosophe Walter Benjamin. Un de mes amis chers a reconstitué ainsi patiemment, précurseur de cette approche historique à la mode actuellement, la bibliothèque d'Edgar Allan Poe. Ce billet est une manière subtile d'envoyer à ce grand modeste un amical et admiratif bonjour.

Lu dans:
La bibliothèque ressuscitée de Walter Benjamin. Pierre Assouline. Le Mondes des Livres. Vendredi 3.12.10. p. 12

"Ne dit-on pas que, pour rendre fou un caméléon, il suffit de le placer sur un plaid écossais ?"



Alain Beuve-Méry.Romain Gary, l'homme aux multiples visages. Le Monde des livres 03.12.10

dimanche, décembre 05, 2010

Sagesse du bonhomme hiver

"Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau."

Jacques Prévert. Le bonhomme de neige. Chanson pour les enfants l'hiver
Quelques heures de pluie ont lavé un paysage de neige qu'on croyait installé pour longtemps. Notre pipe et notre vieux chapeau nous survivront à nous aussi

samedi, décembre 04, 2010

Du chemin à prendre

"Voudriez-vous, je vous prie, me dire quel chemin je dois prendre pour m'en aller d'ici? Cela dépend en grande partie du lieu où vous voulez vous rendre, déclara le chat."

Lewis Carroll. Alice au Pays des Merveilles. 1865

jeudi, décembre 02, 2010

Des pas dans la neige

"Les pas d'un homme dans la neige
Qu'est-il allé chercher
Reviendra-t-il
par le même chemin"
Abbas Kiarostami

La neige trace nos pas. Rares sont les jours d'une année où nos actions laissent trace. Le détachement s'apprend progressivement.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.9

mercredi, décembre 01, 2010

La neige au pouvoir

"La blancheur de l'oiseau
se perd dans les nuages blancs
un jour de neige."
Abbas Kiarostami
J'aime la neige comme le premier jour où je la vis. La magie de la métamorphose rapide de tout un paysage, gagné soudain par le silence, m'émerveille. Rien ne ressemble plus à rien: ainsi ma voiture dont j'ai dégagé patiemment le pare-brise et les lucarnes pour m'apercevoir, les mains gelées et le travail achevé qu'il s'agissait de celle du voisin. La neige peut faire sourire de grand matin.

Lu dans :
Abbas Kiarostami. Avec le vent. P.O.L Traduit du persan par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière. 2002. 242 pages. Extrait p.12