vendredi, août 22, 2008

Travailler pour vivre

Connaissez-vous l'abbaye Saint Sixte de Westvleteren (Ypres)? Elle produit une bière trappiste devenue pratiquement introuvable, après avoir été qualifiée dans un classement international de meilleure bière du monde. Il faut prendre commande par téléphone 3 matinées par mois et se rendre sur place (certains jours uniquement et sur rendez-vous) pour pouvoir en acquérir, avec un maximum de 2 bacs par voiture. Sa notoriété n'en a pas fait monter le prix, tout-à-fait raisonnable au demeurant. Bouteilles en verre et caisses en bois sont consignées. Ses producteurs conseillent de la conserver au frais pendant des années, et de lui donner le temps de mûrir en conservant les bouteilles à la verticale et à l'abri de la lumière à une température comprise entre 12 et 16°C. Les moines travaillent eux-mêmes dans la brasserie et produisent seulement 4.700 hectolitres par an pour subvenir aux besoins de la communauté, rien de plus. Les sirènes de la notoriété n'ont pas plus d'influence sur cette ligne de conduite que sur celle de leur grande soeur de Westmalle , dont le directeur de brasserie confiait la semaine passé "qu'il souhaitait avant tout que ses collaborateurs laïques rentrent chez eux à une heure raisonnable et qu’ils puissent ainsi consacrer du temps à leur vie familiale et sociale."

Quel(s) enseignement(s) en tirer? Il existe assurément d'autres façon de travailler, de concevoir la réussite, l'horaire d'une journée, la consommation de boissons alcoolisées, le rapport à la consommation des biens courants, le temps des loisirs (les moines sont appelés sept fois par jour à la prière, interrompant leur activité quotidienne au son du clocher) que la loi du marché, même en vivant dans une économie libérale. "Travailler plus pour gagner plus" n'est pas près de franchir le portail de nos vieilles abbayes, et cela a quelque chose de rassurant.
Lu dans:
L’abbaye de Westmalle ne veut plus répondre à l’augmentation de la demande. Jean François Munster. Le Soir 21 août 2008. p.31

jeudi, août 21, 2008

Rater l'avion peut être une bonne idée

"On a tous connu la peur de rater l’avion, un examen, l’affaire du siècle, la rencontre de notre vie. Au travers des volutes de fumée du crash de l’avion de la Spanair à Barajas, comment ne pas imaginer ces dizaines de passagers soulagés après le stress des files pour atteindre l’aéroport, le parking trop plein, le passeport du gosse égaré, la femme tardant à la salle de bain, le dernier coup de téléphone à belle-maman, la farde d’examen de passage du petit dernier, bref tout ce qui participe à l’avant embarquement. Maintenant tous se calent la tête, un journal du jour sur les genoux, s’humectant mentalement les lèvres en imaginant la première boisson proposée par l’hôtesse souriante dans dix minutes, pour moi un Bloody Mary comme de coutume, avant de goûter une paix royale jusqu’à destination. Court moment libre de toute contrainte, le vol tant espéré est déjà une promesse de vacances. La peur de le rater participe au Ouh fais-moi peur de notre enfance et ne serait qu’un prélude au plaisir.

On serait pourtant parfois bien inspiré de rater l’avion, un examen, l’affaire du siècle, la rencontre de notre vie. C’est un gros problème que de devoir conduire sa vie avec une visibilité nulle."

Drame à l’aéroport de Madrid : 153 morts. jeudi 21 août 2008