31 décembre 2020

Passage d'année

 

"La nuit n'est jamais complète
il y a toujours
une fenêtre ouverte
une fenêtre éclairée
il y a toujours un rêve qui veille
désir à combler     faim à satisfaire
un cœur généreux
une main tendue     une main ouverte
des yeux attentifs
une vie         la vie à se partager."
                Paul Eluard



Comment clore une année à ce point insolite, durant laquelle toutes les projections et anticipations furent suspendues, où tout fut susceptible d’être remis en question du jour au lendemain, vécu sur le mode de l’incertitude et de l’inquiétude? Une année où l'actualité du monde s'est confondue à notre actualité propre, concernant chacun d’entre nous. La tentation d'épiloguer sur le monde qui vient soudain m'abandonne, seules me viennent aux lèvres les paroles d'une patiente moralement épuisée à qui je suggérais la prise d'un antidépresseur: "merci, J'attendrai que ma joie revienne, qu'au matin je puisse sourire".  

Je me réjouirai bien sûr de l'arrivée du vaccin dans un mois, dans un an, mais surtout de partager dès potron-minet avec mes voisins l'odeur entêtante des croissants frais, le bruit familier du bus chargeant ses passagers devant la maison, la magie des guirlandes lumineuses célébrant l'année nouvelle, l'appel à distance s'assurant que les proches vont bien, le mot gentil envoyé à ceux qu'on aime, la main qu'on agite à la fenêtre au voisin d'en face, toutes ces minimes choses familières qui rythment nos journées et dessinent l'image du bonheur. Les pandémies les plus redoutables n'ont qu'une durée de vie limitée, s'en imprégner est déjà un traitement. 
 

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