11 avril 2020

Sagesse du jardin zen


« Ce jardin date du XVe siècle. Presque rien n’y a changé depuis. Hors de ses murs, les hommes se sont agités, combattus, entre-tués. À l’intérieur des murs, des jardiniers et des religieux ont entretenu la paix du jardin en soignant les arbres, les feuilles et la paix de leur cœur en se plongeant dans la méditation et la prière. La sagesse de quelques-uns compense et pardonne peut-être la folie de tous les autres. »
                                    Robert Guillain


Robert Guillain rapporte dans Orient Extrême ces propos d'un moine ratissant une étendue de sable blanc face à un temple zen. Récit édifiant,  mais pourquoi opposer la sagesse des moines jardiniers à la supposée "folie de tous les autres" qui, les mains dans le cambouis d'un monde déboussolé, en  assurent au quotidien la bonne marche? Ratisser le sable de son jardin nous revient à tous, tâche d'autant plus méritoire qu'à l'extérieur le chaos est intense. La liturgie chrétienne place dans la semaine de Pâques, entre la cène, le calvaire et le tombeau vide une journée "sans", pause où il ne se passe rien, suspendue dans l'absence complète de projet. Moment propice pour ratisser notre jardin intérieur, laissant la place à un avenir inattendu. Ce que nous laissent nos récits d'enfance n'est que faiblement corrélé à notre degré de foi adulte, mais la force de ces images symboliques transcende les religions. Nous avons tous à certains moments un carré de sable blanc à gratter, et les circonstances que nous traversons y sont particulièrement propices. 
 
  

Lu dans:
Robert Guillain. Orient extrême, une vie en Asie. Seuil. 1986.
Corinne Atlan. Un automne à Kyôto . Albin Michel. 2018. 306 pages.Extrait p. 129

Aucun commentaire: