24 mai 2018

Gulliver heureux


"C'est effrayant comme la vie se complique quand on la veut simple."
André Baillon

Comment s'en dégager? A chaque jour son lien neuf, séduisant par les possibilités promises de contacts, de services, d'accès à la connaissance. A chaque objet sa connexion, à chaque proche son adresse mail, devenue une véritable identité remplaçant utilement les traditionnels nom, prénom, adresse et date de naissance. Une si douce servitude dont les contraintes cachées et multiples ne nous apparaissent presque plus, parsemant notre existence de petites poses paisibles se substituant à la cigarette. On s'en libérerait bien, mesurant l'assuétude qui s'installe, mais n'est-il pas déjà trop tard? Est-il possible d'exister sans ces objets et liens quotidiens qui nous donnent une visibilité, une accessibilité, une place dans le monde? Pratiquer mon métier de médecin sans mon identité électronique et mon ordinateur connecté est tout simplement devenu impossible. Payer mes factures itou, communiquer avec mes enfants et petits-enfants disséminés, consulter les horaires de mes moyens de déplacement, prendre mon abonnement à la STIB ou à mon journal. Je rêvais d'être Robinson, et me voilà Gulliver. Nul homme n'est une île, il reste à imaginer un Gulliver heureux.


Lu dans:
André Baillon. Un homme si simple. Ed F.Rieder. 1925. 211 pages

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