dimanche, février 19, 2017

Ces clairières d'où on repart

"Je n’ai pas de mots.
Mais la question est venue, je l’ai posée.
Qui veux-tu être, maintenant ?"
            Biefnot-Dannemark

Est-ce un hasard si refermant le dernier ouvrage diptyque de Véronique Biefnot et Francis Dannemark nous demeure la petite musique d'un appel au large, « ce que la chenille appelle fin, le reste du monde l’appelle papillon (Lao-Tseu )». Roman jubilatoire, élaboré, qui voit se succéder deux récits de vie que vingt années séparent, écrits l'un par Biefnot, l'autre par Dannemark à deux âmes et quatre mains. On s'éloigne ici de la ligne claire qui avait caractérisé leurs premiers ouvrages pour adopter une construction fantastique où il n'est pas un indice, pas un lieu, pas un personnage qui ne trouve son avatar au moment où l'intrigue se complexifie. On est pris par la main sans savoir où cela nous mène, on croise un tendre bestiaire d'animaux étranges et familiers, dans un récit rythmé par de courts fragments poétiques qui relient les chapitres comme une ponctuation. Les lecteurs les plus anciens rechercheront vainement - à part une citation d'Emily Dickinson et une interprétation de The Dream sur une marimba - les références littéraires, musicales et cinématographiques multiples auxquelles nous avait habitué Francis Dannemark depuis quarante ans, ce qui confirme bien qu'il s'est laissé gagner par la tentation d'une création duale totalement originale, ne dédaignant guère un zeste de surnaturel. Au terme de ce labyrinthe digne d'un roman policier où chaque porte s'ouvre sur un escalier en colimaçon, où chaque échelle est posée contre une fenêtre et où chaque sentiment en évoque un autre déjà vécu précédemment, on se pose, ébloui, dans une clairière paisible où se voit posée la seule question qui compte vraiment: qui voulons-nous être, maintenant, pour quel envol? Le mot FIN ne fait décidément pas partie des scénarios imaginés par Biefnot-Dannemark, pour notre plus grand bonheur. 

 
Lu dans:
Biefnot-Dannemark. Place des ombres, après la brume. Kyrielle. 2017. 503 pages. Extraits p.499 et p.503. Sort en librairie ce 17 février 2017

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