jeudi, juin 02, 2016

Le désert de l'âme


« ERSEL: être absolument à bout de forces, souffrir, être tourmenté, être fatigué."
            Charles de Foucauld. Dictionnaire touareg

Un dictionnaire peut être autobiographique. Le désert parcouru au péril de sa vie. Rien n'a changé. Personne n'est venu. Ses cheveux tombent. Il n'a presque plus de dents. Il a faim, ayant donné ses derniers sacs de grains à des hors-caste méprisés, noirs ou métis, à l'écart des prestigieuses tribus nobles. À présent qu'il n'a plus rien à donner, les Haratins ne viennent même plus le voir. Il reste absolument seul. Depuis trois mois il n'a reçu aucune lettre de France. Il a obtenu l'autorisation de dire la messe sans servant, à la condition qu'un chrétien y assiste. Il n'en viendra aucun. Le 1er décembre 1916, le père Charles de Foucauld est assassiné à la porte de son ermitage, ayant vécu ses dernières semaines comme un long, long naufrage. 

Tout humain rencontre la nuit, et certains plus que d'autres. Le désert n'a rien à y voir, le désespoir est aussi urbain. A l'un ou l'autre que je connais mieux je confierais bien ces quelques lignes du Père de Foucauld  au creux de la paume, afin qu'ils s'en imprègnent. ERSEL est une perception de la réalité plus que la réalité elle-même, et le temps qui passe replace les échecs et les réussites en perspective. En d'autres temps on écrivait que tout est grâce. 

Lu dans:
François Sureau. Je ne pense plus voyager. NRF Gallimard.. 2016. 154 pages. Extrait P. 78, 79

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