jeudi, février 18, 2016

Regarde bien, petit


"Qu'attendons-nous, rassemblés sur l'agora ?
On dit que les Barbares seront là aujourd'hui.
Pourquoi cette léthargie, au Sénat ?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer ?
Parce que les Barbares seront là aujourd'hui.
À quoi bon faire des lois à présent ?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront...
(..)
Pourquoi ce trouble, cette subite
inquiétude? - Comme les visages sont graves!
Pourquoi places et rues si vite désertées?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux?
Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
et certains qui arrivent des frontières
disent qu'il n'y a plus de Barbares.
Mais alors, qu'allons-nous devenir sans les Barbares?
Ces gens étaient en somme une solution."
    Constantin Cavafy. En attendant les Barbares.

Relire Constantin Cavafy (1863-1933) en filigrane d'une actualité décadente est éclairant. Dans le célèbre Désert des Tartares, Dino Buzzati peignait lui aussi cette obsession de scruter la frontière d'où viendrait tout le mal et les Tartares, tuant l'ennui mortel guettant la cité qui vit sans perspective. Toute ressemblance avec une situation réelle et actuelle n'est que le fait du hasard.



Lu dans:
Constantin Cavafy. En attendant les barbares. Traduit du grec par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras
Dino Buzzati. Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari). 1940. Traduction française Michel Arnaud. Robert Laffont. 1949.

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